Le Coran définit lui-même la mission du nabī comme tablīgh et tadhkīr — transmission et rappel. Il lui retire explicitement la fonction de muṣayṭir (autorité coercitive). La question n’est pas : le nabī était-il une bonne personne ? La question est : le Coran lui attribue-t-il une autorité législative normative indépendante ?
I · Ce que le Coran dit de la mission du nabī
Innamā = restriction absolue. Lasta bi-muṣayṭir = négation explicite de l’autorité coercitive. Le fiqh est un corpus de contraintes juridiques (obligations, interdictions, sanctions). Attribuer au nabī des jugements de fiqh revient à lui attribuer exactement la fonction de muṣayṭir que le Coran lui retire nommément. La contradiction est frontale et intra-coranique.
II · Le nabī ne modifie pas la révélation
III · L’argument de ʿAbasa — Le Coran corrige le nabī
Si les actes du nabī constituaient une source normative, il faudrait pouvoir distinguer ceux qui sont corrects de ceux qui ne le sont pas. Or le seul instrument de cette distinction est le Coran lui-même — qui corrige le nabī en ʿAbasa. Le Coran est donc nécessairement supérieur et antérieur à tout acte du nabī comme source de norme. Même dans l’hypothèse où des récits sur les actes du nabī seraient avérés, ils ne pourraient constituer une norme qu’à condition d’être validés par le Coran. Mais s’ils doivent être validés par le Coran, c’est le Coran seul qui est la norme.
IV · S.42:21 — Le pivot contre la législation indépendante
Ce verset qualifie de shirk législatif le fait de légiférer en matière de dīn sans autorisation d’Allaah. Toute source humaine — ḥadīth, fiqh, ijmāʿ, qiyās — présentée comme normative au sens du dīn sans ancrage coranique direct entre dans la catégorie que ce verset condamne. Ce n’est pas une inférence : c’est la portée textuelle directe de la formule.
V · Ce que le texte ne dit pas
Le texte ne dit pas que les paroles du nabī hors révélation ont force normative égale au Coran. Le texte ne dit pas que le nabī était chargé de légiférer les détails du dīn par ses propres actes. Le texte ne dit pas qu’obéir au rasūl signifie obéir à des récits transmis des siècles plus tard. S.4:80 — man yuṭiʿi r-rasūla fa-qad aṭāʿa llāha — « celui qui obéit au rasūl obéit à Allaah » — décrit une relation de mission, non une prescription d’un corpus hadithique autonome.