Sourate Al-Anʿām · 6:57
إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ
Ini l-ḥukmu illā li-llāh Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah.
Note méthodologique

Ce document est une cartographie de compréhension, non un énoncé normatif. Sources admises : texte coranique exclusivement, Lisān al-ʿArab (Ibn Manẓūr), Maqāyīs al-Lugha (Ibn Fāris), Kitāb al-ʿAyn (al-Farāhīdī). Sources exclues : tout ḥadīth, tout tafsīr, toute école juridique. La discipline dit/non-dit est appliquée à chaque verset. Les silences du texte sont nommés comme tels — jamais comblés.

I — Le fondement : Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah

La question du pouvoir législatif n’est pas une question ouverte dans le Coran. Elle est tranchée, répétée, et structurée autour d’une formule qui revient comme une colonne vertébrale du texte : ini l-ḥukmu illā li-llāh. Deux occurrences textuellement distinctes. Une seule signification.

Sourate Al-Anʿām · 6:57
إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ يَقُصُّ الْحَقَّ وَهُوَ خَيْرُ الْفَاصِلِينَ
Ini l-ḥukmu illā li-llāh, yaquṣṣu l-ḥaqq, wa-huwa khayru l-fāṣilīn Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah. Il expose le ḥaqq, et Il est le meilleur des fāṣilīn.
Notes lexicales — S6:57

ḥukm (حُكْم) — Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha, racine ḥ-k-m) : sens primitif = empêcher, contenir ; d'où décision qui s'impose, jugement souverain, législation. Le ḥukm n'est pas seulement « jugement » au sens judiciaire : il englobe tout acte de délimitation entre ce qui est permis et ce qui ne l'est pas.

fāṣilīn (فَاصِلِين) — de racine f-ṣ-l : trancher, séparer nettement. Ceux qui rendent des décisions définitives sans appel. Allaah est qualifié de meilleur d'entre eux — formulation qui, par comparatif, implique l'existence d'autres prétendants qu'elle invalide.

Sourate Yūsuf · 12:40
إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ أَمَرَ أَلَّا تَعْبُدُوا إِلَّا إِيَّاهُ ذَٰلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ
Ini l-ḥukmu illā li-llāh. Amara allā taʿbudū illā iyyāh. Dhālika d-dīnu l-qayyim. Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah. Il a ordonné que vous ne serviez que Lui seul. Tel est le dīn qayyim.
Note lexicale — S12:40

dīn qayyim (دِين قَيِّم)dīn : orientation totale de l'être, mode d'existence structuré. qayyim (Ibn Fāris, racine q-w-m) : qui se tient droit, qui est solide, debout, qui ne dévie pas. Le dīn qayyim n'est pas défini par un code de lois humaines mais par cette relation unilatérale de service envers Allaah seul.

Sourate Al-Anʿām · 6:114
أَفَغَيْرَ اللَّهِ أَبْتَغِي حَكَمًا وَهُوَ الَّذِي أَنزَلَ إِلَيْكُمُ الْكِتَابَ مُفَصَّلًا
A-fa-ghayra llāhi abtaghī ḥakaman wa-huwa lladhī anzala ilaykumu l-kitāba mufaṣṣalā? Chercherais-je d’autre qu’Allaah comme ḥakam alors qu’Il est Ce qui a fait descendre vers vous le Kitāb en détail mufaṣṣal ?
Notes lexicales — S6:114

ḥakam (حَكَم) — l'arbitre, le trancheur de litige, celui à qui on se réfère pour obtenir une décision qui s'impose. Racine identique à ḥukm. La question est rhétorique : le nabī déclare l'absurdité de chercher un autre arbitre législatif dès lors que le Kitāb mufaṣṣal existe.

mufaṣṣal (مُفَصَّل) — exposé en détail, articulé distinctement. Ibn Fāris (racine f-ṣ-l) : ce qui est nettement séparé, distingué partie par partie. Le Kitāb est dit suffisamment détaillé pour ne pas nécessiter de supplément législatif externe.

Dit / Non-dit

Ce qui est dit : Le ḥukm n'appartient qu'à Allaah — formule exclusive (ini … illā). Le Kitāb est mufaṣṣal — suffisamment détaillé.

Ce qui n'est pas dit : Le texte ne dit pas que des humains sont autorisés à légiférer dans les silences du texte.

Le Coran nomme et condamne directement la législation humaine autonome dans le dīn

Quatre versets distincts, quatre formulations, quatre qualifications.

Premier verset — Sourate 16 · An-Naḥl · S16:116 : L’interdiction directe

Sourate An-Naḥl · 16:116
وَلَا تَقُولُوا لِمَا تَصِفُ أَلْسِنَتُكُمُ الْكَذِبَ هَٰذَا حَلَالٌ وَهَٰذَا حَرَامٌ لِّتَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ ۚ إِنَّ الَّذِينَ يَفْتَرُونَ عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ لَا يُفْلِحُونَ
Wa-lā taqūlū li-mā taṣifu alsinatukumu l-kadhiba hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmun li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhib. Inna lladhīna yaftarūna ʿalā llāhi l-kadhiba lā yufliḥūn. Ne dites pas, selon ce que décrivent vos langues en mensonge : « Ceci est ḥalāl et ceci est ḥarām » pour fabriquer contre Allaah le mensonge. Ceux qui fabriquent contre Allaah le mensonge ne réussiront pas.
Notes lexicales — S16:116

hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmunla formule exacte de la fatwa : déclarer que ceci est permis et ceci est interdit. Le texte la nomme comme kadhib (mensonge) et comme iftirāʾ (fabrication attribuée à Allaah). Ce n'est pas une description neutre, c'est une condamnation.

taftarū (تَفْتَرُوا) — racine f-r-y : trancher, tailler, puis par extension inventer, fabriquer. Ibn Fāris (Maqāyīs) : l'acte de couper et de façonner quelque chose qui n'existait pas. L'iftirāʾ ʿalā llāh est l'acte de fabriquer des propos et de les attribuer à Allaah. C'est précisément ce que fait tout muftī qui déclare ḥalāl ou ḥarām sans que le texte ne le fasse.

lā yufliḥūn — ils ne réussiront pas. Ibn Fāris (racine f-l-ḥ) : fendre la terre pour faire pousser, atteindre ce que l'on cherche par un effort qui perce. La négation porte sur cet aboutissement pour ceux qui pratiquent l'iftirāʾ.

Dit / non-dit sur lā yufliḥūn

Ce que le texte dit : ceux qui fabriquent contre Allaah le mensonge ne réussiront pas.

Ce que le texte ne dit pas : que la tawba est fermée. 16:116 ne traite pas de la tawba — ni pour l'ouvrir ni pour la fermer. Ce silence est un silence, non une fermeture. Le principe de disponibilité de la tawba avant la mort, sous ses trois conditions (tāba, aṣlaḥa, bayyina — 2:160), est établi ailleurs dans le corpus et vaut pour toute faute nommée.

Deuxième verset — Sourate 5 · Al-Māʾida · S5:44–45–47 : Le triptyque des qualifications

Sourate Al-Māʾida · 5:44–45–47
وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ ۝ وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ ۝ وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَا أَنزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ
Wa-man lam yaḥkum bi-mā anzala llāhu fa-ulāʾika humu l-kāfirūn. Wa-man lam yaḥkum bi-mā anzala llāhu fa-ulāʾika humu ẓ-ẓālimūn. Wa-man lam yaḥkum bi-mā anzala llāhu fa-ulāʾika humu l-fāsiqūn. Quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a descendu — ceux-là sont les kāfirūn. … Quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a descendu — ceux-là sont les ẓālimūn. … Quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a descendu — ceux-là sont les fāsiqūn.
Notes lexicales

yaḥkum bi-mā anzala llāh — juger par ce qu'Allaah a descendu. La norme est définie : mā anzala llāh — ce qu'Allaah a descendu, non ce que des humains ont déduit ou élaboré. Juger par autre chose que cela, c'est ne pas juger par ce qu'Allaah a descendu.

kāfirūn / ẓālimūn / fāsiqūn — le texte applique successivement trois qualifications à la même action. Kāfirūn : ceux qui couvrent, occultent — Ibn Fāris (k-f-r) : recouvrir quelque chose pour le dissimuler. Ẓālimūn : ceux qui dévient de la juste mesure — Ibn Fāris (ẓ-l-m) : mettre une chose hors de sa place. Fāsiqūn : ceux qui sortent des limites — Ibn Fāris (f-s-q) : la graine qui sort de son enveloppe. La répétition de la même structure syntaxique pour trois qualifications différentes est délibérée — elle signale l'exhaustivité de la condamnation.

Ce que dit le bloc S5:42–50 dans son entier

Le schéma est explicite et répété : les Banū Isrāʾīl avaient la Tawrāt contenant le ḥukm d'Allaah (5:43–44) — ils étaient tenus de juger par elle (5:44–45). Les ahl al-Injīl avaient l'Injīl — ils étaient tenus de juger par lui (5:47). Les destinataires du Kitāb final sont tenus de juger par lui (5:48–49).

La structure est identique pour les trois révélations. Contourner sa révélation pour obtenir un verdict humain alternatif (5:43) est qualifié de kufr, ẓulm, fisq selon l'aspect. La question finale (5:50) ferme le bloc : il n'y a que deux ḥukm possibles — celui d'Allaah ou celui de la jāhiliyya.

Sourate Al-Māʾida · 5:50
أَفَحُكْمَ الْجَاهِلِيَّةِ يَبْغُونَ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللَّهِ حُكْمًا لِّقَوْمٍ يُوقِنُونَ
A-fa-ḥukma l-jāhiliyyati yabghūn wa-man aḥsanu mina llāhi ḥukman li-qawmin yūqinūn Est-ce le ḥukm de la jāhiliyya qu’ils cherchent ? Et qui est meilleur qu’Allaah en ḥukm pour un peuple qui a la certitude ?
Note lexicale — jāhiliyya

jāhiliyya (جَاهِلِيَّة) — de j-h-l : l'ignorance, l'état de ne pas savoir. La jāhiliyya n'est pas seulement l'Arabie pré-islamique : c'est toute organisation du ḥukm construite hors de ce qu'Allaah a descendu. Le verset la nomme comme l'alternative au ḥukm d'Allaah : deux seules options, pas de troisième.

Troisième verset — Sourate 9 · At-Tawba · S9:31 : Prendre les savants comme arbāb

Sourate At-Tawba · 9:31
اتَّخَذُوا أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَانَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ اللَّهِ
Ittakhadhū aḥbārahum wa-ruhbānahum arbāban min dūni llāh Ils ont pris leurs aḥbār et leurs ruhbān comme arbāb en dehors d’Allaah.
Notes lexicales — S9:31

aḥbār (أَحْبَار) — pluriel de ḥibr : le savant religieux versé dans les textes sacrés, le juriste théologien. C'est le terme pour les autorités productrices de normes religieuses — l'équivalent fonctionnel du muftī.

arbāban min dūni llāh — des arbāb (seigneurs, maîtres dont on suit les décisions) en dehors d'Allaah. Ibn Fāris (racine r-b-b) : celui qui possède, qui gouverne, qui est obéi. Prendre quelqu'un comme rabb en dehors d'Allaah c'est lui obéir dans ce qu'il déclare permis ou interdit. Ce verset établit que l'acte de suivre les aḥbār dans leurs législations constitue un acte d'ittikhadh arbāb — prendre des seigneurs. C'est la définition fonctionnelle du shirk appliquée à l'autorité normative religieuse. Non une métaphore — une qualification textuelle directe.

Quatrième verset — Sourate 6 · Al-Anʿām · S6:121 : Obéir aux législateurs sans mandat = shirk nommé

Sourate Al-Anʿām · 6:121
وَإِنَّ الشَّيَاطِينَ لَيُوحُونَ إِلَىٰ أَوْلِيَائِهِمْ لِيُجَادِلُوكُمْ ۖ وَإِنْ أَطَعْتُمُوهُمْ إِنَّكُمْ لَمُشْرِكُونَ
Wa-inna sh-shayāṭīna la-yūḥūna ilā awliyāʾihim li-yujādilūkum wa-in aṭaʿtumūhum innakum la-mushrikūn. Et les shayāṭīn révèlent à leurs alliés pour qu’ils vous combattent par la parole — et si vous leur obéissez, vous êtes certes des mushrikūn.
Bilan des quatre versets

Le Coran nomme directement l'acte de législation autonome dans le dīn :

— Fabrication de mensonge contre Allaah (16:116)

— Acte des kāfirūn / ẓālimūn / fāsiqūn (5:44–47)

— Prise d'arbāb en dehors d'Allaah (9:31)

Shirk (6:121)

Ce ne sont pas des inférences — ce sont des qualifications textuelles directes.

II — La mission du Nabī : Définie, accomplie, et close

La tradition post-coranique a fait du nabī un législateur, un juge, un modèle normatif dont chaque acte et chaque parole constituent une source de droit. Le Coran pose une image radicalement différente : un bashar dont la mission est strictement limitée à la transmission de la waḥy, et qui l’a accomplie.

Sourate Al-Anʿām · 6:50 — Paroles directes du nabī
قُل لَّا أَقُولُ لَكُمْ عِندِي خَزَائِنُ اللَّهِ وَلَا أَعْلَمُ الْغَيْبَ وَلَا أَقُولُ لَكُمْ إِنِّي مَلَكٌ ۖ إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَىٰ إِلَيَّ
Qul : lā aqūlu lakum ʿindī khazāʾinu llāhi, wa-lā aʿlamu l-ghayb, wa-lā aqūlu lakum innī malak. In attabiʿu illā mā yūḥā ilayy. Dis : « Je ne vous dis pas que j’ai les trésors d’Allaah. Je ne connais pas le ghayb. Je ne vous dis pas que je suis un malak. Je ne suis que ce qui m’est révélé. »
Sourate Yūnus · 10:15 — Paroles directes du nabī
قُلْ مَا يَكُونُ لِي أَنْ أُبَدِّلَهُ مِن تِلْقَاءِ نَفْسِي ۖ إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَىٰ إِلَيَّ ۖ إِنِّي أَخَافُ إِنْ عَصَيْتُ رَبِّي عَذَابَ يَوْمٍ عَظِيمٍ
Qul : mā yakūnu lī an ubaddilahu min tilqāʾi nafsī. In attabiʿu illā mā yūḥā ilayy. Innī akhāfu in ʿaṣaytu rabbī ʿadhāba yawmin ʿaẓīm. Dis : « Il ne m’appartient pas de le modifier de mon propre fond. Je ne suis que ce qui m’est révélé. Je crains, si je désobéissais à mon Rabb, le châtiment d’un jour immense. »
Note lexicale — S10:15

ubaddilahu (أُبَدِّلَهُ) — forme II de b-d-l : substituer, remplacer, altérer. La déclaration du nabī est catégorique : modifier la waḥy lui est structurellement impossible (mā yakūnu lī — ce n'est pas de l'ordre de ce qui m'appartient). Non pas « je ne veux pas » mais « cela ne m'appartient pas ».

ʿaṣaytu rabbī — si je désobéissais à mon Rabb. Le nabī formule l'hypothèse de sa propre désobéissance — et la menace qui en découlerait. Cela suppose que la désobéissance était concevable, et que la protection contre elle venait de la crainte, non d'une infaillibilité intrinsèque.

Sourate Al-Anbiyāʾ · 21:45 — Paroles directes du nabī
قُلْ إِنَّمَا أُنذِرُكُم بِالْوَحْيِ
Qul : innamā undhirukum bi-l-waḥy. Dis : « Je ne vous avertis que par la waḥy. »
Note — innamā

Innamā — particule de restriction exclusive. La restriction est totale : le nabī ne s'arroge aucune autre source. Ni jugement personnel, ni sagesse propre, ni tradition héritée. La waḥy seule.

La mission accomplie — S5:67 et S5:3

Sourate Al-Māʾida · 5:67
يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ ۖ وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ
Yā ayyuhā r-rasūlu balligh mā unzila ilayka min rabbika. Wa-in lam tafʿal fa-mā ballaghta risālatah. Ô rasūl, transmets ce qui a été descendu vers toi de ton Rabb. Et si tu ne le fais pas, tu n’auras pas transmis le message.
Sourate Al-Māʾida · 5:3 (extrait)
الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا
al-yawma akmaltu lakum dīnakum wa-atmamtu ʿalaykum niʿmatī wa-raḍītu lakumu l-islāma dīnā Aujourd’hui J’ai complété pour vous votre dīn et J’ai parachevé sur vous Ma grâce et J’ai agréé pour vous l’islām comme dīn.
Ce qui est Non-dit

Le texte ne dit nulle part que les paroles personnelles du nabī hors waḥy, ni ses actes privés, constituent une source législative.

III — Le périmètre de la waḥy : Al-Qurʾān entier, exhaustif, rien de plus

La tradition post-coranique repose sur une prémisse implicite : que le nabī aurait reçu une révélation en dehors du Coran, un waḥy privé, non-récité — appelé waḥy ghayru matluww. Le Coran contient des éléments qui permettent d’évaluer cette prémisse.

Le Coran corrige des actes réels du nabī :

Sourate ʿAbasa · 80:1–2
عَبَسَ وَتَوَلَّىٰ ۝ أَن جَاءَهُ الْأَعْمَىٰ
ʿAbasa wa-tawallā an jāʾahu l-aʿmā Il fronça et se détourna parce que l’aveugle vint à lui.

Deux actes réels du nabī — froncer, se détourner — sont décrits puis corrigés publiquement par le texte qui suit. Si ces actes avaient été waḥy, Allaah aurait corrigé Sa propre waḥy.

Le Coran atteste un ḏanb du nabī :

Sourate Muḥammad · 47:19
فَاعْلَمْ أَنَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُ وَاسْتَغْفِرْ لِذَنبِكَ
fa-ʿlam annahu lā ilāha illā llāhu wa-staghfir li-dhanbika Sache qu’il n’y a pas d’ilāh sauf Allaah — et demande pardon pour ta faute.

Le nabī est prescrit l’istighfār pour son propre ḏanb. La tradition qui sacralise chaque acte et parole du nabī comme source de droit contredit directement ces données textuelles.

S42:21 et l’ijtihād comme usurpation

Sourate Ash-Shūrā · 42:21 — Le pivot du shirk législatif
أَمْ لَهُمْ شُرَكَاءُ شَرَعُوا لَهُم مِّنَ الدِّينِ مَا لَمْ يَأْذَن بِهِ اللَّهُ
Am lahum shurakāʾu sharaʿū lahum mina d-dīni mā lam yaʾdhan bihi llāh? Ont-ils des associés qui leur ont légifèré dans le dīn ce qu’Allaah n’a pas autorisé ?
Notes lexicales — S42:21

shurakāʾu — Associés, de racine sh-r-k : partager, associer. Le shirk n'est pas seulement l'adoration d'idoles : il est ici explicitement défini comme l'acte d'associer à Allaah des entités qui légifèrent dans le dīn.

sharaʿū — Ils ont légiféré, de racine sh-r-ʿ : tracer une voie, un chemin d'eau praticable. Ibn Fāris : l'acte d'ouvrir une voie que d'autres suivront.

mā lam yaʾdhan bihi llāh — ce qu'Allaah n'a pas autorisé. La formule définit le critère : si Allaah ne l'a pas autorisé dans le texte, le légiférer est du shirk.

Conclusion textuelle

Observations convergentes :

1. Le dīn est déclaré complet et achevé par Allaah Lui-même (5:3). Si le dīn est complet, les « cas non couverts » par le texte sont, textuellement, des silences délibérés — non des lacunes à combler.

2. Le Kitāb est déclaré mufaṣṣal — exposé en détail (6:114). Ce qui est exposé en détail ne requiert pas de supplément.

3. Le ḥukm n'appartient qu'à Allaah (6:57, 12:40). Émettre un ḥukm dans le dīn sans mandat d'Allaah revient à s'arroger ce qui appartient à Allaah.

4. Qui légifère dans le dīn ce qu'Allaah n'a pas autorisé est nommé dans le Coran : un sharīk, un associé (42:21).

L'ijtihād comme production de normes contraignantes dans le dīn constitue, selon le cadre textuel coranique, un acte de shirk législatif — indépendamment des intentions ou des compétences de ceux qui le pratiquent.

L’imposture des muftī : la chaîne argumentative

L’institution du muftī repose sur une triple usurpation que le Coran rend visible :

Sourate An-Najm · 53:3–4 — La source unique de l'autorité du nabī
وَمَا يَنطِقُ عَنِ الْهَوَىٰ ۝ إِنْ هُوَ إِلَّا وَحْيٌ يُوحَىٰ
Wa-mā yanṭiqu ʿan il-hawā. In huwa illā waḥyun yūḥā. Il ne parle pas par le désir personnel. Ce n’est que la waḥy qui lui est révélée.

hawā (هَوَى) — le penchant, le désir personnel. Ibn Fāris (racine h-w-y) : chute, inclination vers le bas. Lā yanṭiqu ʿan il-hawā : il ne parle pas par penchant propre — la restriction définit la source de son autorité comme exclusivement la waḥy. Ce verset est précisément la raison pour laquelle le nabī avait une autorité : parce qu’il transmettait la waḥy. Cette autorité ne s’étend pas à ceux qui prétendent parler en son nom — qui, eux, parlent bien par hawā.

La prétention du muftī Ce que le Coran dit
Hériter de l’autorité du nabī (al-ʿulamāʾ waratha al-anbiyāʾ) Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah (6:57, 12:40)
Lier et délier par ijtihād Le nabī lui-même ne modifiait pas la waḥy (10:15)
Émettre des fatāwā contraignantes Le nabī ne parlait que par waḥy (53:3–4)
Définir ce qui est ḥalāl et ce qui est ḥarām Qui légifère sans autorisation d’Allaah est un sharīk (42:21)
Parler au nom de l’islām Le dīn est complet — sans supplément nécessaire (5:3)

IX — Verdict : Fermeture du dossier

Le Coran ne laisse pas de zone d’ombre sur ces questions. Il les traite directement, par des formules exclusives (innamā, ini … illā), par des hypothèses dont les conséquences sont décrites avec une précision physique, et par des attestations de faillibilité qui invalident structurellement l’infaillibilité revendiquée.

Conclusion Versets
Le nabī n’est pas législateur — il ne modifie pas la waḥy (10:15), il ne parle pas par hawā (53:3–4), il était sur le point d’incliner et Allaah l’a affermi (17:73–75). 10:15 · 53:3–4 · 17:73–75
La sunnah comme source législative autonome est sans fondement coranique — le nabī est corrigé par le Coran (80:1–10), il a un ḏanb (47:19, 48:2), sa mission était la transmission — rien de plus (21:45, 5:67). 80:1–10 · 47:19 · 48:2
L’ijtihād comme production de normes contraignantes dans le dīn est du shirk — 42:21 le nomme — shurakāʾ qui sharaʿū mā lam yaʾdhan bihi llāh. Le dīn est complet (5:3). Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah (6:57, 12:40). 42:21 · 5:3 · 6:57
L’institution des muftī est une usurpation du ḥukm d’Allaah — ils légifèrent ce qu’Allaah n’a pas autorisé, ils parlent par hawā, et ils ont fragmenté le dīn en factions (30:31–32). 6:121 · 9:31 · 30:31–32

Le nabī est décrit comme un bashar (18:110, 41:6), un nadhīr mubīn (15:89), un ʿabd (25:1) — non comme un législateur, non comme un intercesseur garanti, non comme une source de normes indépendante du texte qu’il a transmis.

Sa mission a été accomplie. Elle est close. Le dīn est complet.

Ce qui a été construit après lui dans le nom de la « science du ḥadīth », de la « sunnah du nabī », de l’« ijtihād » des muftī est une structure extra-coranique qui s’est substituée au texte en prétendant le compléter. Le Coran, lu par lui-même, ne l’autorise pas. Il l’interdit explicitement, et en nomme le nom : shirk.

إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ
Cartographie de compréhension

Cette étude est une présentation personnelle et non normative de la lecture du Coran par lui-même selon la méthode d'islamducoran.fr. Elle ne constitue pas une fatwā, ne prétend à aucune autorité religieuse institutionnelle, et n'engage que son auteur. Le lecteur est invité à vérifier chaque verset dans le texte arabe et à former son propre jugement.