Certains avancent la possibilité — voire la nécessité — de la venue d’un nouveau nabī ou rasūl à notre époque. Le texte coranique a-t-il une réponse ? L’étude procède exclusivement à partir des lexiques arabes classiques et du Coran lui-même, sans ḥadīth, tafsīr ni école juridique.
I · Nabī — نَبِيٌّ
Débat étymologique fondamental. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha, racine ن-ب-أ) : al-nabāʾ = al-khabar dhū sh-shaʾn — la nouvelle importante, l’information de poids. Sur la racine ن-ب-و : nabā = s’élever, être éminent. Les deux étymologies convergent : le nabī est à la fois celui qui est élevé (statut) et celui qui apporte une information (fonction). Le Coran porte les deux strates simultanément : le pluriel anbiyāʾ suit ن-ب-أ, le pluriel nabiyyūn suit ن-ب-و.
Champ sémantique dans le Coran. Cinq dimensions se dégagent de l’analyse des co-occurrences : al-waḥy (réception de la révélation), al-kitāb (lien avec l’Écriture), al-ḥukm (jugement par la révélation), al-mīthāq (alliance avec Allaah), al-iṣṭifāʾ (élection).
Le nabī est un être humain qu’Allaah a élevé et choisi pour recevoir une révélation, lié par un pacte (mīthāq), chargé d’annoncer et d’avertir, dont la fonction inclut le jugement par la révélation reçue. Il opère dans la continuité d’une chaîne révélatoire.
II · Rasūl — رَسُولٌ
Ibn Fāris (Maqāyīs, racine ر-س-ل) : aṣl wāḥid yadullu ʿalā l-inbiʿāth wa-t-tawjīh wa-t-tatābuʿ — trois composantes : être envoyé en mission, la direction vers un but, la succession des envoyés. Le Kitāb al-ʿAyn (al-Farāhīdī) : rasala = envoyer quelqu’un en mission vers un autre, la risāla = ce qui est porté et transmis. La forme rasūl (فَعُول) est passive : celui qui est envoyé.
Le rasūl est envoyé par Allaah avec une mission précise (risāla) vers une communauté identifiée. Sa fonction essentielle est la transmission intégrale (tablīgh). Il se présente explicitement comme tel, est accompagné de signes (āyāt), proclame l’unicité, et fait face au rejet (takdhīb).
III · Distinction textuelle — S.22:52
La conjonction wa-lā relie deux catégories différentes et complémentaires. Si rasūl et nabī étaient synonymes, cette structure serait une tautologie — ce que la langue du Coran n’autorise pas. Il existe deux catégories distinctes d’envoyés. Les doubles désignations rasūlan nabiyyan (S.19:51, S.19:54) confirment que les deux qualités sont cumulables mais non identiques. Relation logique : tout rasūl est un nabī, tout nabī n’est pas un rasūl.
IV · Muḥammad — موقعه من النبوة والرسالة
Lexique de khātam. Al-Khalīl (Kitāb al-ʿAyn) : al-khatm = al-ṭabʿ ʿalā sh-shayʾ — apposer un sceau sur quelque chose, le fermer définitivement. Ibn Fāris : atteindre la fin de quelque chose et la clore. Le Coran emploie la racine خ-ت-م pour khatama llāhu ʿalā qulūbihim (S.2:7) et nakhtumu ʿalā afwāhihim (S.36:65) — clôture définitive dans les deux cas.
Muḥammad cumule les deux qualités (rasūl + nabī) et porte le titre de khātam al-nabiyyīn — le Sceau de la chaîne prophétique. Sa mission est universelle (S.34:28, S.21:107). Le dīn est déclaré parfait (akmaltu) et accompli (atammtu). Si Muḥammad est le sceau des nabiyyīn (catégorie inclusive) et si tout rasūl est un nabī, alors le sceau de la catégorie inclut le sceau de la sous-catégorie.
Le texte n’ouvre nulle part la possibilité d’un nouveau nabī ou rasūl après Muḥammad. Affirmer qu’un nouveau nabī est attendu sans ancrage textuel relève, selon S.7:33 et S.17:36, de parler d’Allaah sans fondement — ce que le Coran range parmi les grandes prohibitions.