Note préliminaire. Cette sourate est aussi désignée dans le texte coranique par Sabʿan mina l-mathānī — « les sept versets répétés » — en référence à S.15:87. Le titre textuel Al-Ṭalab (La Requête) est argumenté depuis la structure interne : la sourate est une requête adressée à Allaah, articulée en reconnaissance (S.1:2–4), engagement (S.1:5), et demande (S.1:6–7).


S.1:1 · La formule d’ouverture

S.1:1
بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ
Bi-smi llāhi r-raḥmāni r-raḥīm Par le nom d’Allaah, ar-raḥmān, ar-raḥīm.

Notes lexicales

  • bi-smib + ism : « par le nom de » — le nom comme point d’entrée, ancrage dans la réalité nommée.
  • ar-raḥmān — racine r-ḥ-m : vastitude de la raḥma, englobement général. Al-Farāhīdī : al-riqqatu wa-l-ʿaṭf — la tendresse et le penchant vers. Raḥmān : forme d’intensité maximale (faʿlān) — ce que l’on peut dire lorsqu’on parle d’Allaah comme source de raḥma enveloppant toute chose.
  • ar-raḥīm — même racine, forme faʿīl : application ciblée, répétée, sur le croyant. La distinction raḥmān / raḥīm opère sur l’axe général / particulier. Conservés en translittération : aucun équivalent français ne rend la distinction sans distorsion.

S.1:2 · La ḥamd appartient à Allaah

S.1:2
الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Al-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn La ḥamd appartient à Allaah, Seigneur des ʿālamīn.

Notes lexicales

  • al-ḥamd — racine ḥ-m-d : reconnaissance due pour une excellence intrinsèque, distincte du shukr (gratitude pour un bienfait reçu). Ibn Fāris : al-thanāʾ bi-l-jamīl — l’éloge pour la beauté propre. Conservé en translittération : « louange » ne rend pas l’aspect d’appartenance ontologique que marque al-ḥamdu li-llāhi.
  • rabbr-b-b : celui qui élève, nourrit, développe progressivement vers la plénitude. Traduit par « Seigneur » — approximation acceptable à condition de ne pas projeter la connotation féodale.
  • al-ʿālamīn — racine ʿ-l-m : les mondes, la totalité de ce qui peut être connu, toutes les sphères d’existence. Pluriel d’intensité : non pas « les deux mondes » mais l’ensemble exhaustif des univers.

S.1:3 · Ce que l’on peut dire lorsqu’on parle d’Allaah : ar-raḥmān, ar-raḥīm

S.1:3
الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ
Ar-raḥmāni r-raḥīm Ar-raḥmān, ar-raḥīm.

Note méthodologique. S.1:3 reprend les deux termes de S.1:1. Ce n’est pas une répétition : en S.1:1 ils sont attributifs (bi-smi llāhi r-raḥmāni r-raḥīm — le nom est raḥmān raḥīm) ; en S.1:3 ils sont en position de titre, comme constituant l’identité du rabb al-ʿālamīn dont vient la ḥamd. La structure S.1:2–3 forme une unité : la reconnaissance est due au rabb al-ʿālamīn — qui est précisément ar-raḥmān ar-raḥīm.


S.1:4 · Maître du Jour du dīn

S.1:4
مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ
Māliki yawmi d-dīn Maître du Jour du dīn.

Notes lexicales

  • mālik — racine m-l-k : détenteur souverain, maître absolu d’une chose. Distinct de malik (roi) par la vocalisation. Mālik yawmi d-dīn : la souveraineté absolue sur le Jour du dīn appartient à Allaah.
  • yawm — le Jour comme unité temporelle qualitative, non quantitative.
  • al-dīn — racine d-y-n : la rétribution, la dette rendue, la balance rendue droite. Ibn Fāris : al-jazāʾ wa-l-mukāfāʾa — la récompense et la rétribution. Conservé en translittération : « religion » est une trahison radicale du terme dans ce contexte.

S.1:5 · Toi seul nous servons · Toi seul nous implorons

S.1:5
إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ
Iyyāka naʿbudu wa-iyyāka nastaʿīn Toi seul nous servons, et Toi seul nous implorons l’aide.

Notes lexicales

  • iyyāka — pronom d’insistance antéposé : la topicalisation marque l’exclusivité. Iyyāka naʿbudu : c’est Toi — et rien ni personne d’autre — que nous servons.
  • naʿbudu — racine ʿ-b-d : servir, se soumettre entièrement, être ʿabd (serviteur). Ibn Fāris : al-khuḍūʿ wa-t-tadhallul — la soumission et l’abaissement volontaire.
  • nastaʿīn — racine ʿ-w-n : demander aide et secours. Forme X (istaʿāna) : imploration active, non passive. Le passage du singulier implicite (le locuteur récite) au pluriel (nous) reflète l’énonciation collective de la communauté croyante face à Allaah.

S.1:6 · La demande de guidance

S.1:6
اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ
Ihdinā ṣ-ṣirāṭa l-mustaqīm Oriente-nous sur le chemin droit.

Notes lexicales

  • ihdinā — racine h-d-y : guider, orienter, conduire vers un but. Non pas « enseigne-nous » (information) mais « oriente-nous » (direction active). L’impératif adressé à Allaah est la requête centrale de la sourate.
  • aṣ-ṣirāṭ al-mustaqīmṣirāṭ : chemin large et praticable (Ibn Manẓūr : al-ṭarīq al-wāsiʿ). Mustaqīm : racine q-w-m — ce qui se tient droit, ce qui ne dévie pas. Traduit : « le chemin droit » — adéquat en français.

S.1:7 · Le chemin des comblés — non des égarés

S.1:7
صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ
Ṣirāṭa lladhīna anʿamta ʿalayhim, ghayri l-maghḍūbi ʿalayhim wa-lā ḍ-ḍāllīn Le chemin de ceux que Tu as comblés de bienfaits — non de ceux sur qui s’abat le ghaḍab, ni des ḍāllīn.

Notes lexicales

  • anʿamta ʿalayhim — ceux sur qui a été versée la niʿma (le bienfait, la plénitude accordée). Le texte ne précise pas qui ils sont — c’est une inférence que de les identifier à une communauté particulière.
  • al-maghḍūb ʿalayhim — racine gh-ḍ-b : le ghaḍab est une réaction de rejet, un retrait de la faveur. Ceux sur qui s’abat le ghaḍab. Le texte ne désigne nominalement aucun groupe. Toute identification spécifique excède le texte.
  • aḍ-ḍāllīn — racine ḍ-l-l : ceux qui errent, qui ont perdu le chemin. Conservé en translittération pour éviter « les égarés » qui transporte des connotations extratextuelles. Inférence non autorisée : identifier les ḍāllīn à une religion ou communauté précise — le texte ne le fait pas.

Dit / Non-dit. S.1 dit : il y a un chemin droit (celui des munʿam ʿalayhim) et deux voies à éviter (celle du ghaḍab et celle de ḍalāl). Non-dit : qui sont précisément ces groupes. Toute identification nominale est une inférence externe au texte.

↑ Haut de page