Ce document ne prescrit rien. Il procède à un examen méthodique du texte coranique pour répondre à une question précise : Existe-t-il, dans l'ensemble du Coran, un empêchement à certains actes et formules dans la ṣalāt ?
Cette question est rigoureusement distincte de celle de la prescription. Ces conclusions constituent une cartographie de compréhension — provisoire et révisable. Le Coran dit ce qu'il dit ; nous lisons ce que nous lisons.
§ 1 · La distinction fondamentale
Nos études précédentes ont rigoureusement établi que le Coran ne prescrit pas les formules rituelles courantes dans leurs positions précises au sein de la ṣalāt — ni le takbīr d’ouverture, ni les tasbīḥāt du rukūʿ et du sujūd dans leur libellé spécifique, ni les litanies de la tradition. Cette conclusion reste entière.
La question posée ici est d’une autre nature. Elle ne demande pas ce que le Coran prescrit, mais ce qu’il interdit ou empêche. Ces deux questions ont des critères d’évidence différents et peuvent — doivent — produire des réponses différentes.
Le Coran ne prescrit pas X ≠ Le texte interdit X
Deux questions distinctes. Deux critères d'évidence distincts. Deux réponses potentiellement différentes.
Le principe du dit/non-dit coupe dans les deux sens. L'honnêteté méthodologique nous oblige autant à ne pas lire des prescriptions absentes qu'à ne pas construire des interdictions que le texte ne formule pas. Ce que le texte ne ferme pas constitue un espace libre.
§ 2 · Les quatre formules courantes
Chacune des formules suivantes est examinée selon une seule question : Existe-t-il dans le Coran un empêchement à son usage dans la ṣalāt ?
Formule 01 — اللَّهُ أَكْبَرُ · Allāhu Akbar
La racine k-b-r appliquée à Allaah est présente dans le Coran à plusieurs reprises, notamment sous forme d’impératifs directs :
La formule Allāhu Akbar est une actualisation vocale directe de l’impératif coranique fa-kabbir. La ṣalāt est établie pour le dhikr (20:14) ; le takbīr d’Allaah est du dhikr. Aucun verset ne s’oppose à cette formule.
◦ Aucun empêchement coranique
Formule 02 — سُبْحَانَ رَبِّيَ الأَعْلَى · Subḥāna rabbiya l-aʿlā dans le sujūd
Racine ʿ-l-w. Ibn Fāris (Maqāyīs) : sens primitif = al-ʿuluww wa-l-irtifāʿ — éminence et primauté absolue sur toute chose. Ce que l-aʿlā dit d’Allaah relève du rang et de l’éminence absolue — non d’une localisation.
La formule Subḥāna rabbiya l-aʿlā est une actualisation vocale de l’impératif de 87:1. Le sujūd est, selon 96:19, le moment du rapprochement (qtarib). Rien dans le texte ne s’oppose à ce que la tasbīḥ du rabb al-aʿlā soit prononcée dans ce moment.
◦ Aucun empêchement coranique
Formule 03 — سُبْحَانَ رَبِّيَ الْعَظِيمِ · Subḥāna rabbiya l-ʿaẓīm dans le rukūʿ
La formule actualise l’impératif coranique fa-sabbiḥ bi-smi rabbika l-ʿaẓīm. Le rukūʿ est prescrit en 22:77 sans que le texte n’associe ou n’interdise aucune parole spécifique à cette posture. Aucun verset ne s’y oppose.
56:74/96 n’assignent pas cette tasbīḥ au rukūʿ spécifiquement. Pas de prescription → pas d’empêchement non plus.
◦ Aucun empêchement coranique
Formule 04 — الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ · Al-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn
Racine ḥ-m-d. Ibn Fāris : ḥusnu th-thanāʾ — l’excellence de la commendation. Ibn Manẓūr distingue : madḥ (éloge générique) ; shukr (gratitude pour un bienfait reçu) ; ḥamd — reconnaissance de l’excellence intrinsèque, indépendamment de tout bienfait reçu.
Cette formule est le verset 1:2 du Coran lui-même. Le texte prescrit en 73:20 la récitation de mā tayassara mina l-Qurʾān. Réciter un verset coranique dans la ṣalāt est non seulement sans empêchement : c’est précisément ce que le texte prescrit.
◦ Aucun empêchement coranique — texte coranique
§ 3 · Le duʿāʾ dans la ṣalāt — Cas 1
Extraits coraniques qui sont eux-mêmes des demandes
Le verset 73:20 prescrit la récitation de ce qui est accessible du Coran (mā tayassara mina l-Qurʾān). Le Coran contient de nombreuses formules qui sont en elles-mêmes des demandes adressées à Allaah, formulées à la première personne. Leur récitation dans la ṣalāt relève directement de cette prescription.
La récitation du Coran est une composante prescrite de la ṣalāt. Tout verset coranique, y compris ceux formulés comme demandes, entre dans le cadre de mā tayassara mina l-Qurʾān. L’empêchement est structurellement exclu pour cette catégorie.
Le Coran contient un corpus étendu de versets formulés à la première personne comme demandes directes adressées à Allaah. Ces demandes couvrent douze registres : guidance, pardon, miséricorde, bien ici-bas et dans l’au-delà, connaissance, famille et descendants, patience et victoire, facilitation de la mission, sagesse et compagnie des justes, protection contre les shayāṭīn, gratitude, lumière.
Tous ces versets sont du texte coranique. Leur récitation dans la ṣalāt relève de l’impératif de 73:20 : mā tayassara mina l-Qurʾān. La question de l’empêchement ne se pose pas pour cette catégorie — elle est structurellement exclue.
§ 3 · Le duʿāʾ dans la ṣalāt — Cas 2
Demandes personnelles en arabe ou dans sa propre langue
Ce second cas est méthodologiquement le plus exigeant. Il s’agit de demandes que l’on formule en dehors du texte coranique — en arabe non-coranique ou dans toute autre langue — pour des besoins strictement personnels.
Ce verset est le seul du Coran qui articule explicitement dans la même instruction l'acte de duʿāʾ et le réglage de la ṣalāt. Il commande l'invocation d'Allaah sans restreindre ni la langue, ni le contenu, puis donne une instruction portant uniquement sur le niveau sonore.
Ce verset formule une promesse absolue de réponse au duʿāʾ. La formulation est universelle : daʿwata d-dāʿi — l’appel de celui qui appelle. Aucune restriction de langue, aucune restriction de contenu, aucune restriction de forme.
Le Coran ne contient aucune disposition qui lierait la recevabilité ou la légitimité du duʿāʾ à une langue particulière. La restriction à l'arabe pour le duʿāʾ personnel serait une addition sans fondement textuel. Ce serait précisément le type de projection que notre méthode interdit : faire dire au texte ce qu'il ne dit pas.
Le Coran commande le duʿāʾ adressé à Allaah. Il promet d'y répondre. Il ne restreint ni la langue, ni le contenu des demandes personnelles. La seule contrainte formelle que 17:110 pose dans le contexte de la ṣalāt est celle du niveau sonore : ni trop fort, ni trop bas.
§ 4 · L’espace libre — ce que le texte ouvre
La ṣalāt telle que le Coran la dessine comporte un noyau prescrit avec précision : une orientation (qibla), une récitation du Coran, un recueillement (khushūʿ), des postures — rukūʿ et sujūd —, une finalité — le dhikr d’Allaah (20:14). Ce noyau est rigoureusement délimité.
Mais le texte ne clôt pas la ṣalāt sur ce noyau. Il ne dit pas : voilà ce qui est prescrit et tout le reste est interdit. Il y a ce que le Coran dit, ce qu’il ne dit pas, et — distinction fondamentale de cette étude — ce qu’il ne ferme pas.
La finalité est le dhikr d’Allaah. Tout acte, toute parole qui constitue du dhikr adressé à Allaah — tasbīḥ, takbīr, taḥmīd, duʿāʾ — est cohérent avec cette finalité. Le Coran ne restreint pas le dhikr à des formules codifiées. Il en fait la raison d’être de la ṣalāt.
- → Takbīr d’Allaah — commandé par le texte (74:3, 17:111).
- → Tasbīḥ du rabb al-aʿlā — commandée par le texte (87:1).
- → Tasbīḥ du rabb al-ʿaẓīm — commandée par le texte (56:74, 56:96).
- → Récitation coranique — prescrite (73:20), y compris les versets qui sont eux-mêmes des demandes.
- → Duʿāʾ adressé à Allaah — commandé (40:60, 17:110), sans restriction de langue ni de contenu.
Récapitulatif · Tableau synthétique
| Élément | Prescrit par le Coran ? | Empêchement coranique ? | Statut |
|---|---|---|---|
| Allāhu Akbar dans la ṣalāt | Non — pas pour cette position spécifique | Aucun | Espace libre |
| Subḥāna rabbiya l-aʿlā dans le sujūd | Non — 87:1 est général | Aucun | Espace libre |
| Subḥāna rabbiya l-ʿaẓīm dans le rukūʿ | Non — 56:74/96 est général | Aucun | Espace libre |
| Al-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn | Oui — texte coranique (73:20) | Aucun | Texte coranique prescrit |
| Duʿāʾ coraniques (versets-demandes) | Oui — texte coranique (73:20) | Aucun | Texte coranique prescrit |
| Duʿāʾ personnel en arabe non-coranique | Non prescrit comme tel | Aucun | Espace libre |
| Duʿāʾ personnel dans sa propre langue | Non prescrit comme tel | Aucun | Espace libre |
Conclusion · Dit / Non-dit / Espace libre
— La ṣalāt est établie pour le dhikr d'Allaah (20:14).
— Elle comporte la récitation de ce qui est accessible du Coran (73:20).
— Le duʿāʾ adressé à Allaah est commandé (40:60) et la promesse de réponse est absolue (2:186).
— Allaah répond à daʿwata d-dāʿi sans restriction de forme ni de langue.
— Le verset 17:110 place dans la même instruction l'invocation d'Allaah et le niveau sonore de la ṣalāt.
— Les impératifs de tasbīḥ du rabb al-aʿlā (87:1) et du rabb al-ʿaẓīm (56:74, 56:96) sont coraniques.
— Le takbīr d'Allaah est commandé (74:3, 17:111).
— Le Coran ne prescrit pas Allāhu Akbar comme formule d'ouverture ou de transition de la ṣalāt.
— Il ne prescrit pas Subḥāna rabbiya l-aʿlā pour le sujūd spécifiquement.
— Il ne prescrit pas Subḥāna rabbiya l-ʿaẓīm pour le rukūʿ spécifiquement.
— Il ne prescrit pas de formule pour les demandes personnelles.
— Il ne restreint pas le duʿāʾ à l'arabe.
— Il ne restreint pas le contenu des demandes à des formules codifiées.
Aucun verset du Coran ne constitue un empêchement à l'une des formules ou pratiques examinées dans cette étude.
La distinction entre prescription et absence d'empêchement est le principe structurant de cette analyse.
Ce que le texte ne prescrit pas et ne ferme pas constitue l'espace libre de la ṣalāt — la part que le texte remet à celui qui prie, dans la cohérence de la finalité qu'il lui assigne : Le dhikr d'Allaah.