Partie I · Les racines
Al-Farāhīdī : al-ḥill — la levée de l’interdiction, ce qui est ouvert, accessible, non lié. Ḥalla — il s’est dénoué, il est devenu licite.
Ibn Fāris : sens primitif — al-fatḥ wa-l-inḥilāl — l’ouverture et le dénouement. Ḥalāl : ce qui est délié, ouvert, accessible.
Al-Farāhīdī : al-ḥurma — ce qui est protégé, inviolable, dont l’accès est interdit. Al-ḥirmān — la privation, l’exclusion.
Ibn Fāris : sens primitif unique — al-manʿ — l’interdiction, la mise hors d’atteinte.
Partie II · Qui a le droit de déclarer ḥalāl ou ḥarām ?
§ 1 · Le principe coranique fondamental
Déclarer ḥalāl ou ḥarām sans autorisation coranique est qualifié d’iftirāʾ ʿalā llāh — forger un mensonge sur Allaah. Ce n’est pas une exagération rhétorique : c’est la formule coraniqe du shirk (cf. S.4:48). Seul Allaah déclare ḥarām.
Faṣṣala — Il a détaillé, Il a explicité. Le Coran affirme que les interdictions ont été détaillées. Ce qui n’est pas dans ce détail n’est pas interdit. L’inventaire des interdictions coraniques explicites est donc fermé — non ouvert à l’addition par d’autres sources.
Partie III · Inventaire exhaustif des interdictions coraniques explicites
| Catégorie | Verset(s) | Ce que le texte dit |
|---|---|---|
| Chair de l’animal mort (mayta) | 2:173, 5:3, 6:145, 16:115 | Interdit sauf contrainte |
| Sang répandu (dam masfūḥ) | 6:145 | Précision textuelle : sang qui coule |
| Chair du porc (laḥm al-khinzīr) | 2:173, 5:3, 6:145, 16:115 | Interdit |
| Ce qui est consacré à autre qu’Allaah | 2:173, 5:3, 6:145 | Interdit |
| Bête étranglée, frappée, tombée, encornée | 5:3 | Interdit sauf si abattue avant la mort |
| Ce sur quoi un nom autre qu’Allaah est invoqué | 6:121 | Interdit |
| Alcool (khamr) | 5:90–91 | Rijs — à éviter (ijtanibūhu) |
| Jeux de hasard (maysir) | 5:90–91 | Rijs — à éviter |
| Relations dans les degrés prohibés | 4:22–23 | Liste explicite |
| Adultère (zinā) | 17:32 | Fāḥisha wa-sāʾa sabīlā |
| Usure (ribā) | 2:275–279 | Interdit |
| Vol | 5:38 | Sanction prescrite |
Cette liste est exhaustive dans le Coran. Tout ce qui n’y figure pas et que la tradition a déclaré ḥarām — tabac, musique instrumentale, représentations figuratives, etc. — n’a pas de fondement coranique. Ces interdictions supplémentaires relèvent du shirk législatif selon S.42:21.
Partie IV · Le principe de la permission par défaut
La création a été faite pour vous (lakum) — tout ce qui est dans la terre. Couplé à S.6:119 (Il a détaillé ce qu’Il a interdit), l’inférence est : ce qui n’est pas explicitement interdit dans le texte est disponible. C’est la règle de la permission par défaut (al-ibāḥa al-aṣliyya) — inférence forte depuis la cohérence du corpus.
Partie V · Synthèse
- Seul Allaah déclare ḥarām — tout autre déclarant forge un mensonge sur Allaah (16:116)
- Les interdictions ont été détaillées (faṣṣala) dans le Coran (6:119)
- La création est mise à disposition des hommes — ce qui n’est pas interdit est disponible (2:29)
Le Coran ne donne aucun mandat à qui que ce soit pour étendre la liste des interdictions au-delà de ce qu’il a lui-même énoncé. Les milliers d’interdictions supplémentaires produites par le fiqh au cours des siècles n’ont pas de fondement textuel coranique.