Partie I · Les racines

Note lexicale — ح · ل · ل

Al-Farāhīdī : al-ḥill — la levée de l’interdiction, ce qui est ouvert, accessible, non lié. Ḥalla — il s’est dénoué, il est devenu licite.

Ibn Fāris : sens primitif — al-fatḥ wa-l-inḥilāl — l’ouverture et le dénouement. Ḥalāl : ce qui est délié, ouvert, accessible.

Note lexicale — ح · ر · م

Al-Farāhīdī : al-ḥurma — ce qui est protégé, inviolable, dont l’accès est interdit. Al-ḥirmān — la privation, l’exclusion.

Ibn Fāris : sens primitif unique — al-manʿ — l’interdiction, la mise hors d’atteinte.

Partie II · Qui a le droit de déclarer ḥalāl ou ḥarām ?

§ 1 · Le principe coranique fondamental

Sourate 16 · v. 116
وَلَا تَقُولُوا لِمَا تَصِفُ أَلْسِنَتُكُمُ الْكَذِبَ هَٰذَا حَلَالٌ وَهَٰذَا حَرَامٌ لِّتَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ
Wa-lā taqūlū… hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmun li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhib Ne dites pas, selon ce que vos langues décrivent mensongèrement, « ceci est ḥalāl et ceci est ḥarām », pour forger sur Allaah le mensonge.
Dit — monopole législatif d'Allaah

Déclarer ḥalāl ou ḥarām sans autorisation coranique est qualifié d’iftirāʾ ʿalā llāh — forger un mensonge sur Allaah. Ce n’est pas une exagération rhétorique : c’est la formule coraniqe du shirk (cf. S.4:48). Seul Allaah déclare ḥarām.

Sourate 6 · v. 119
وَقَدْ فَصَّلَ لَكُم مَّا حَرَّمَ عَلَيْكُمْ
Wa-qad faṣṣala lakum mā ḥarrama ʿalaykum Il a détaillé pour vous ce qu’Il vous a interdit.
Verset pivot — ce qu'il implique

Faṣṣala — Il a détaillé, Il a explicité. Le Coran affirme que les interdictions ont été détaillées. Ce qui n’est pas dans ce détail n’est pas interdit. L’inventaire des interdictions coraniques explicites est donc fermé — non ouvert à l’addition par d’autres sources.

Partie III · Inventaire exhaustif des interdictions coraniques explicites

Catégorie Verset(s) Ce que le texte dit
Chair de l’animal mort (mayta) 2:173, 5:3, 6:145, 16:115 Interdit sauf contrainte
Sang répandu (dam masfūḥ) 6:145 Précision textuelle : sang qui coule
Chair du porc (laḥm al-khinzīr) 2:173, 5:3, 6:145, 16:115 Interdit
Ce qui est consacré à autre qu’Allaah 2:173, 5:3, 6:145 Interdit
Bête étranglée, frappée, tombée, encornée 5:3 Interdit sauf si abattue avant la mort
Ce sur quoi un nom autre qu’Allaah est invoqué 6:121 Interdit
Alcool (khamr) 5:90–91 Rijs — à éviter (ijtanibūhu)
Jeux de hasard (maysir) 5:90–91 Rijs — à éviter
Relations dans les degrés prohibés 4:22–23 Liste explicite
Adultère (zinā) 17:32 Fāḥisha wa-sāʾa sabīlā
Usure (ribā) 2:275–279 Interdit
Vol 5:38 Sanction prescrite
Dit — liste close

Cette liste est exhaustive dans le Coran. Tout ce qui n’y figure pas et que la tradition a déclaré ḥarām — tabac, musique instrumentale, représentations figuratives, etc. — n’a pas de fondement coranique. Ces interdictions supplémentaires relèvent du shirk législatif selon S.42:21.

Partie IV · Le principe de la permission par défaut

Sourate 2 · v. 29
هُوَ الَّذِي خَلَقَ لَكُم مَّا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا
Huwa lladhī khalaqa lakum mā fī l-arḍi jamīʿan C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est dans la terre.
Inférence légitime

La création a été faite pour vous (lakum) — tout ce qui est dans la terre. Couplé à S.6:119 (Il a détaillé ce qu’Il a interdit), l’inférence est : ce qui n’est pas explicitement interdit dans le texte est disponible. C’est la règle de la permission par défaut (al-ibāḥa al-aṣliyya) — inférence forte depuis la cohérence du corpus.

Partie V · Synthèse

Trois principes textuels
  1. Seul Allaah déclare ḥarām — tout autre déclarant forge un mensonge sur Allaah (16:116)
  2. Les interdictions ont été détaillées (faṣṣala) dans le Coran (6:119)
  3. La création est mise à disposition des hommes — ce qui n’est pas interdit est disponible (2:29)
Non-dit

Le Coran ne donne aucun mandat à qui que ce soit pour étendre la liste des interdictions au-delà de ce qu’il a lui-même énoncé. Les milliers d’interdictions supplémentaires produites par le fiqh au cours des siècles n’ont pas de fondement textuel coranique.