Sens radical de ص-و-م

Ibn Manẓūr (Lisān) : al-ṣawm fī l-lugha : al-imsāk ʿan ash-shayʾ wa-t-tark lahu — l’abstention d’une chose et le fait de la délaisser. Ibn Fāris (Maqāyīs) : al-imsāk wa-l-kaff — la retenue et l’abstention. La racine couvre toute retenue volontaire : nourriture, parole, mouvement. Preuve interne : le ṣawm de Maryam en S.19:26 est un ṣawm de silence.

Sourate Maryam · 19:26 — Le ṣawm de parole de Maryam
فَإِمَّا تَرَيْنَ مِنَ الْبَشَرِ أَحَدًا فَقُولِي إِنِّي نَذَرْتُ لِلرَّحْمَٰنِ صَوْمًا فَلَنْ أُكَلِّمَ الْيَوْمَ إِنسِيًّا
Fa-immā tarayna mina l-bashari aḥadan fa-qūlī innī nadhartu li-r-raḥmāni ṣawman fa-lan ukallima l-yawma insiyyā Si jamais tu vois un être humain, dis : « J’ai voué un ṣawm au Raḥmān, aujourd’hui je ne parlerai à personne. »

I · Corpus coranique — Al-Baqara 2:183–187

Sourate Al-Ijāba · 2:183 — La prescription et sa finalité
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū kutiba ʿalaykumu ṣ-ṣiyāmu kamā kutiba ʿalā lladhīna min qablikum laʿallakum tattaqūn Ô vous qui avez cru ! Le ṣiyām vous a été prescrit comme il avait été prescrit à ceux qui vous ont précédés — afin que vous atteigniez la taqwā.
Sourate Al-Ijāba · 2:184 — Note critique sur yuṭīqūnahu
وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدْيَةٌ طَعَامُ مِسْكِينٍ
Wa-ʿalā lladhīna yuṭīqūnahu fidyatun ṭaʿāmu miskīn Et pour ceux qui en ont la capacité (yuṭīqūnahu), une compensation : nourrir un pauvre.
Note de traduction critique — S.2:184

Le verbe yuṭīqūnahu vient de la racine ط-و-ق dont le sens primaire dans les trois lexiques est constant et sans ambiguïté : être capable de, avoir la force et la capacité de faire quelque chose. Yuṭīqūnahu = ceux qui en sont capables. Or une large partie de la bibliographie francophone traduit : « ceux qui éprouvent une difficulté à jeûner » — ce qui correspond à lā yuṭīqūnahu (avec la négation ). Cette négation n’existe pas dans le texte. Introduire une négation absente pour en renverser le sens n’est pas traduire : c’est réécrire.

Sourate Al-Ijāba · 2:185 — Identification du mois et obligation de le compléter
شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِي أُنزِلَ فِيهِ الْقُرْآنُ هُدًى لِّلنَّاسِ ۚ فَمَن شَهِدَ مِنكُمُ الشَّهْرَ فَلْيَصُمْهُ ۚ وَلِتُكْمِلُوا الْعِدَّةَ
Shahru ramaḍāna lladhī unzila fīhi l-Qurʾānu · fa-man shahida minkumu sh-shahr fa-l-yaṣumhu · wa-li-tukmilū l-ʿiddata Le mois de Ramaḍān, celui dans lequel a été descendu le Coran · quiconque d’entre vous est témoin du mois qu’il le jeûne · pour que vous complétiez le décompte.

II · Démonstration : le mois lunaire complet

Quatre convergences textuelles :

  1. Shahr (racine ش-ه-ر : manifestation visible du croissant) = cycle lunaire complet par définition
  2. Fa-l-yaṣumhu — le pronom hu renvoie à ash-shahr entier — « qu’il jeûne le mois »
  3. Wa-li-tukmilū l-ʿiddata — verbe d’achèvement intégral (ك-م-ل) — présuppose un total à atteindre
  4. La logique des dispenses : on reporte ce qu’on a manqué de ce qu’on devait accomplir en totalité
Ce que le Coran ne dit pas — formulation choisie

Si le Coran avait voulu dire 3 jours : thalāthat ayyāmin. Si 10 jours : ʿasharat ayyāmin. Si 29 jours : tisʿatun wa-ʿishrūna yawman. Si 30 jours : thalāthūna yawman. Ces formes grammaticales existent et sont connues. Le Coran choisit shahrur ramaḍāna → fa-l-yaṣumhu — le mois, qu’il le jeûne — dont la durée exacte (29 ou 30 jours) est déterminée par l’observation du croissant.


III · Bornes journalières et abstentions prescrites

Sourate Al-Ijāba · 2:187 — Bornes et abstentions
وَكُلُوا وَاشْرَبُوا حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الْأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الْأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ ثُمَّ أَتِمُّوا الصِّيَامَ إِلَى اللَّيْلِ
Wa-kulū wa-shrabū ḥattā yatabayyana lakumu l-khayṭu l-abyaḍu mina l-khayṭi l-aswadi mina l-fajri · thumma atimmū ṣ-ṣiyāma ilā l-layl Mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue pour vous le fil blanc du fil noir de l’aube — puis accomplissez le ṣiyām jusqu’à la nuit.
Abstention Nature Précision
Nourriture (suspendue le jour) Implicite par délimitation Borne : fil blanc / fil noir de l’aube
Boisson (suspendue le jour) Implicite par délimitation Borne : fil blanc / fil noir de l’aube
Rapprochement intime (suspendu aussi lors de l’iʿtikāf) Explicitement nommé Permis la nuit
Silences du texte 2:183–187

Le texte ne mentionne pas l’abstention de la parole, de la colère ou d’autres comportements dans ce passage — même si la polysémie de la racine ص-و-م l’atteste en 19:26. L’analyse s’arrête à ce que le texte articule. Les communautés précédentes (alladhīna min qablikum) ne sont pas nommées. Le moment précis de l’entrée dans « la nuit » (ilā l-layl) n’est pas défini astronomiquement.