Ibn Manẓūr (Lisān) : al-ṣawm fī l-lugha : al-imsāk ʿan ash-shayʾ wa-t-tark lahu — l’abstention d’une chose et le fait de la délaisser. Ibn Fāris (Maqāyīs) : al-imsāk wa-l-kaff — la retenue et l’abstention. La racine couvre toute retenue volontaire : nourriture, parole, mouvement. Preuve interne : le ṣawm de Maryam en S.19:26 est un ṣawm de silence.
I · Corpus coranique — Al-Baqara 2:183–187
Le verbe yuṭīqūnahu vient de la racine ط-و-ق dont le sens primaire dans les trois lexiques est constant et sans ambiguïté : être capable de, avoir la force et la capacité de faire quelque chose. Yuṭīqūnahu = ceux qui en sont capables. Or une large partie de la bibliographie francophone traduit : « ceux qui éprouvent une difficulté à jeûner » — ce qui correspond à lā yuṭīqūnahu (avec la négation lā). Cette négation n’existe pas dans le texte. Introduire une négation absente pour en renverser le sens n’est pas traduire : c’est réécrire.
II · Démonstration : le mois lunaire complet
Quatre convergences textuelles :
- Shahr (racine ش-ه-ر : manifestation visible du croissant) = cycle lunaire complet par définition
- Fa-l-yaṣumhu — le pronom hu renvoie à ash-shahr entier — « qu’il jeûne le mois »
- Wa-li-tukmilū l-ʿiddata — verbe d’achèvement intégral (ك-م-ل) — présuppose un total à atteindre
- La logique des dispenses : on reporte ce qu’on a manqué de ce qu’on devait accomplir en totalité
Si le Coran avait voulu dire 3 jours : thalāthat ayyāmin. Si 10 jours : ʿasharat ayyāmin. Si 29 jours : tisʿatun wa-ʿishrūna yawman. Si 30 jours : thalāthūna yawman. Ces formes grammaticales existent et sont connues. Le Coran choisit shahrur ramaḍāna → fa-l-yaṣumhu — le mois, qu’il le jeûne — dont la durée exacte (29 ou 30 jours) est déterminée par l’observation du croissant.
III · Bornes journalières et abstentions prescrites
| Abstention | Nature | Précision |
|---|---|---|
| Nourriture (suspendue le jour) | Implicite par délimitation | Borne : fil blanc / fil noir de l’aube |
| Boisson (suspendue le jour) | Implicite par délimitation | Borne : fil blanc / fil noir de l’aube |
| Rapprochement intime (suspendu aussi lors de l’iʿtikāf) | Explicitement nommé | Permis la nuit |
Le texte ne mentionne pas l’abstention de la parole, de la colère ou d’autres comportements dans ce passage — même si la polysémie de la racine ص-و-م l’atteste en 19:26. L’analyse s’arrête à ce que le texte articule. Les communautés précédentes (alladhīna min qablikum) ne sont pas nommées. Le moment précis de l’entrée dans « la nuit » (ilā l-layl) n’est pas défini astronomiquement.