Cette étude ne cite que le Coran et la lexicographie arabe classique. Elle recense l'intégralité des occurrences du radical س-ن-ن dans le texte coranique, sans en écarter aucune. Chaque occurrence est citée dans son contexte immédiat, traduite selon la méthode interleaved, et analysée dans sa portée exacte. La mesure de l'écart entre le sens coranique et le sens post-coranique du terme est un fait textuel, non un jugement sur des personnes ou des institutions.
« Tradition du Prophète · pratiques transmises » — cette traduction ne correspond pas à l'usage du terme dans le Coran lui-même.
Section I · La racine س-ن-ن — le tracé continu, la voie établie par le passage
Les trois sources classiques convergent sur un sens premier qui n’a rien à voir avec la « tradition religieuse ».
Al-Khalīl ibn Aḥmad · Kitāb al-ʿAyn (IIe H) :
السُّنَّةُ: السِّيرَةُ. سَنَّ فُلَانٌ سُنَّةً: إِذَا سَلَكَ طَرِيقًا أَوْ عَمِلَ عَمَلًا فَاقْتُدِيَ بِهِ
La sunna : la sīra — la conduite continue, le cours que quelqu’un tient. Sanna fulānun sunnatan : quelqu’un a tracé une voie ou accompli un acte qui est suivi ensuite — c’est le tracé laissé par le passage répété qui devient lui-même référence.
Ibn Fāris · Maqāyīs al-Lugha (IVe H) :
السِّينُ وَالنُّونُ: أَصْلٌ وَاحِدٌ يَدُلُّ عَلَى جَرَيَانِ الشَّيْءِ وَاطِّرَادِهِ
La racine porte un sens unique : le cours continu d’une chose et sa régularité — ce qui coule sans rupture, dans la même direction, de manière constante. Comme l’eau qui creuse son lit par passages répétés et dont le tracé devient loi.
Ibn Manẓūr · Lisān al-ʿArab (VIIe H) :
السُّنَّةُ: الطَّرِيقَةُ وَالسِّيرَةُ. وَسَنَنُ الطَّرِيقِ: مَحَجَّتُهُ وَوَسَطُهُ. وَاسْتَنَّ السَّيْلُ: جَرَى فِي مَسِيلٍ
La sunna : la voie et le cours de conduite. Sanan al-ṭarīq : le milieu battu de la route, là où le passage a creusé son tracé définitif. Istanna l-sayl : le torrent qui a creusé son lit en coulant.
La racine porte une image physique précise : le tracé que laisse un cours d’eau, un chemin fréquenté, une conduite répétée jusqu’à ce que ce tracé devienne lui-même la norme, la référence, la voie à suivre. La sunna n’est pas une déclaration — c’est un tracé en acte, reconnaissable parce qu’il est constant et régulier. La question décisive que pose le texte coranique est alors : qui a tracé ce tracé ? La réponse du Coran est sans ambiguïté — et elle est répétée.
Section II · Pourquoi « tradition du Prophète » déplace le sens
Dans la terminologie islamique classique, le terme ḥadīth désigne le corpus des récits transmis sur les paroles et actes attribués au Prophète, constituant — selon la théologie sunnite — une seconde source normative aux côtés du Coran. Cette acception est légitime comme terme technique d’une discipline. Mais elle produit un effet de substitution grave lorsqu’on l’applique aux occurrences du terme dans le texte coranique : on plaque sur le mot une définition qui n’est pas la sienne dans le texte.
L’expression سُنَّةُ النَّبِيِّ (sunnat al-nabī) est absente du Coran. L’expression سُنَّةُ الرَّسُولِ (sunnat al-rasūl) est absente du Coran. Ces deux constructions — qui sont le fondement de la discipline traditionnelle — ne figurent nulle part dans le texte qu’elles prétendent prolonger.
Section III · Inventaire complet des dix occurrences coraniques
Le radical س-ن-ن apparaît sous forme nominale (sunna / sunan) en dix occurrences distinctes dans le texte coranique. Elles se distribuent en trois catégories selon le possessif qui gouverne le terme.
| Référence | Forme | Possessif | Contexte |
|---|---|---|---|
| S.4:26 | سُنَنَ الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ | peuples précédents (pluriel) | Allāh veut vous guider vers les voies de ceux d’avant vous |
| S.8:38 | سُنَّتُ الْأَوَّلِينَ | les anciens | la voie des anciens est passée — historique |
| S.15:13 | سُنَّةُ الْأَوَّلِينَ | les anciens | ils ne croient pas — la voie des anciens est passée |
| S.17:77 | سُنَّةَ مَن أَرْسَلْنَا · سُنَّتِنَا | Allāh (1ère personne) | la voie de ceux Nous avons envoyés · Notre voie — lā taḥwīl |
| S.18:55 | سُنَّةُ الْأَوَّلِينَ | les anciens | ce qui empêche les gens de croire |
| S.33:38 | سُنَّةَ اللَّهِ | Allāh | la voie d’Allāh dans ceux qui sont passés avant |
| S.33:62 | سُنَّةَ اللَّهِ · لِسُنَّةِ اللَّهِ | Allāh | la voie d’Allāh dans ceux d’avant — lā tabdīl |
| S.35:43 | سُنَّتَ الْأَوَّلِينَ · سُنَّتِ اللَّهِ | les anciens + Allāh | les deux dans le même verset — lā tabdīl + lā taḥwīl |
| S.40:85 | سُنَّتَ اللَّهِ | Allāh | la voie d’Allāh dans Ses serviteurs |
| S.48:23 | سُنَّةَ اللَّهِ · لِسُنَّتِ اللَّهِ | Allāh | la voie d’Allāh passée avant — lā tabdīl |
Dans les dix occurrences coraniques du terme sunna / sunan, le possessif est Allāh (cinq fois : S.33:38, S.33:62, S.35:43, S.40:85, S.48:23), Allāh à la première personne (S.17:77 : sunnatinā), ou les peuples précédents dans leur cours historique (S.4:26, S.8:38, S.15:13, S.18:55, S.35:43). Jamais un être humain nommé. Jamais le nabī. Jamais le rasūl.
Section IV · Sunnat Allāh — la voie d’Allāh dans l’histoire
Dans les quatre occurrences, la sunnat Allāh désigne invariablement la loi historique d’Allāh : le cours constant selon lequel Allaah a traité les peuples qui rejettent, les oppresseurs, ceux qui combattent les messagers. Ce n’est pas un ensemble de pratiques rituelles. C’est une loi de l’histoire : ce qui est arrivé aux peuples précédents arrivera aux suivants de la même manière. La formule fī lladhīna khalaw min qabl — « dans ceux qui sont passés avant » — lie chaque occurrence à ce qui s’est produit dans le passé historique.
Section V · S.17:77 — Verset pivot absolu : Allāh parle à la première personne
Premier membre : sunnat man qad arsalnā qablaka min rusulinā — la sunna de ceux que Nous avons envoyés. Le sujet actif est Allāh : arsalnā = Nous avons envoyés. La sunna des messagers est une sunna inscrite dans l’envoi d’Allāh, non dans leur personne propre.
Deuxième membre : wa-lā tajidu li-sunnatinā taḥwīlā — et pour Notre sunna tu ne trouveras aucune déviation. Le passage du premier au deuxième membre est un passage du possessif ‘des messagers envoyés’ au possessif de première personne d’Allāh.
La sunna des messagers est la sunna d’Allāh — elles ne font qu’une. C’est une égalité constitutive : la sunna que les messagers portent n’est pas leur sunna personnelle — c’est la sunna d’Allāh qu’ils transmettent. Le nabī est le vecteur, non l’auteur.
Taḥwīl · Racine ح-و-ل — Ibn Fāris (Maqāyīs) : le mouvement circulaire ou le passage d’un état à un autre — changer, faire pivoter, dévier de sa trajectoire. Al-taḥwīl : le fait de faire pivoter quelque chose, de le faire dévier de son axe. Distinct de tabdīl (substitution, remplacement par autre chose) : le taḥwīl est la déviation du tracé lui-même.
Section VI · La double formule d’immutabilité
Le texte coranique associe la sunnat Allāh à deux formules d’immutabilité qui apparaissent au total cinq fois, et qui atteignent leur plénitude en S.35:43 où les deux figurent simultanément.
Ce verset est d’une densité remarquable. Il pose dans le même mouvement la sunnat al-awwalīn et la sunnat Allāh — et les identifie : attendre la sunnat al-awwalīn, c’est attendre la sunnat Allāh. Les deux sont un seul tracé. Il scelle ensuite cette réalité avec les deux négations : elle ne peut être substituée (tabdīl) ni déviée (taḥwīl). La sunnat Allāh est doublement immuable — dans sa substance et dans son cours.
Section VII · Sunnat al-awwalīn — le cours de l’histoire des peuples
Dans les trois occurrences, la sunnat al-awwalīn désigne invariablement le sort des peuples précédents qui ont rejeté — la destruction, le châtiment, la fin. La formule qad maḍat / qad khalat — « est déjà passée » — signale que la sunnat al-awwalīn est un fait accompli dans l’histoire, non une promesse future abstraite. Et S.35:43 l’identifie explicitement à la sunnat Allāh. La sunna dans le Coran est toujours la loi d’Allāh.
Section VIII · S.4:26 — La seule occurrence au pluriel
C’est la seule occurrence au pluriel — sunan. Les voies des peuples croyants qui ont précédé. Le sujet actif est Allāh : yurīdu llāhu — Allāh veut — et c’est Allāh qui guide vers ces voies. Les sunan ne sont pas une source autonome d’autorité humaine — elles sont l’objet d’une guidance qu’Allāh dispense.
Section IX · Non-dit absolu — ce que le Coran ne dit jamais
L’expression سُنَّةُ النَّبِيِّ (sunnat al-nabī) est absente du Coran. Sur les dix occurrences du radical س-ن-ن sous forme nominale, aucune ne porte le possessif « du nabī ». Ce n’est pas une lacune — c’est une architecture textuelle cohérente avec le fait que la sunna normative appartient à Allāh.
L’expression سُنَّةُ الرَّسُولِ (sunnat al-rasūl) est absente du Coran. Le texte emploie sunnat man arsalnā (S.17:77) — la voie de ceux que Nous avons envoyés. Mais le possessif reste ancré dans l’acte d’Allāh qui envoie, non dans la personne du rasūl lui-même.
Le Coran ne contient aucune formulation du type ittabiʿū sunnat al-nabī (suivez la sunna du nabī). Les injonctions à suivre dans le Coran ont pour objet le texte révélé : ittabiʿū mā unzila ilaykum min rabbikum (S.7:3), fa-ttabiʿūhu en référence au Livre (S.6:155), fa-ttabiʿūnī dit par le nabī lui-même dans le cadre de la transmission de la révélation (S.3:31).
Section X · Le déplacement documenté — al-Risāla d’al-Shāfiʿī
L’étude serait incomplète sans documenter précisément les textes qui ont opéré le déplacement sémantique — comment un terme que le Coran emploie exclusivement pour désigner la voie d’Allāh est devenu le nom d’un corpus de pratiques humaines attribuées au nabī. Trois passages de la Risāla d’al-Shāfiʿī documentent ce déplacement pas à pas.
Source : Muḥammad ibn Idrīs al-Shāfiʿī (150–204 H / 767–820 EC), al-Risāla fī Uṣūl al-Fiqh, éd. critique Aḥmad Muḥammad Shākir, Le Caire : Maṭbaʿat Muṣṭafā al-Bābī al-Ḥalabī, 1358 H / 1940 EC. Les numéros de paragraphes renvoient à cette édition.
Passage 1 · Le déplacement fondateur — al-ḥikma = sunnat al-rasūl
Al-Risāla · Paragraphes 108–110 (éd. Shākir)
Al-Shāfiʿī parte d’une opinion entendue — samiʿtu man arḍā : « j’ai entendu ceux que j’approuve » — et la transforme en nécessité logique :
فَذَكَرَ اللهُ الكِتَابَ وَهُوَ القُرآنُ، وَذَكَرَ الحِكمَةَ، فَسَمِعتُ مَن أَرضَى مِن أَهلِ العِلمِ بِالقُرآنِ يَقُولُ: الحِكمَةُ سُنَّةُ رَسُولِ اللهِ. وَلَا يَجُوزُ أَن تَكُونَ الحِكمَةُ هَا هُنَا إِلَّا سُنَّةَ رَسُولِ اللهِ
« Allāh a mentionné le Livre — qui est le Coran — et a mentionné la Sagesse. Et j’ai entendu ceux que j’approuve parmi les gens de science du Coran dire : La Sagesse est la sunna du Messager d’Allāh. Il n’est pas permis que la Sagesse ici soit autre chose que la sunna du Messager d’Allāh. »
Al-Shāfiʿī part de samiʿtu man arḍā : « j’ai entendu » — et le transforme en lā yajūzu an takūna illā — « il n’est pas permis que ce soit autre chose que ». Ce glissement de « j’ai entendu » à « il n’est pas permis autrement » est le mouvement fondateur. Le Coran ne pose nulle part l’équation ḥikma = sunnat al-rasūl. En S.4:113 (wa-anzala llāhu ʿalayka l-kitāba wa-l-ḥikma), la ḥikma est quelque chose qu’Allāh fait descendre (anzala) : c’est une révélation. En S.17:39 (dhālika mimmā awḥā ilayka rabbuka mina l-ḥikma), elle est explicitement une waḥy — une révélation reçue du Seigneur.
Passage 2 · L’obéissance au Messager comme source indépendante
Al-Risāla · Paragraphes 86–88 · Chapitre « Farḍ ṭāʿat al-rasūl »
Al-Shāfiʿī part du verset S.4:59 — atīʿū llāha wa-atīʿū r-rasūla — et construit l’argument que la répétition de atīʿū établit une source d’obéissance distincte et indépendante du Coran :
وَفَرَضَ اللهُ طَاعَةَ رَسُولِهِ عَلَى خَلقِهِ وَسُنَّتَهُ. فَمَن قَبِلَ عَنِ النَّبِيِّ فَقَد قَبِلَ عَن اللهِ
« Allāh a imposé à Sa création l’obéissance à Son Messager — et Sa sunna. Qui accepte du nabī a accepté d’Allāh. »
Al-Shāfiʿī n’cite que atīʿū llāha wa-atīʿū r-rasūl. Il s’arrête là. Le verset ne s’arrête pas là.
Le verset complet — S.4:59 : yā ayyuhā lladhīna āmanū atīʿū llāha wa-atīʿū r-rasūla wa-ūlī l-amri minkum — fa-in tanāzaʿtum fī shayʾin fa-ruddūhu ilā llāhi wa-r-rasūl
Première omission — wa-ūlī l-amri minkum : le verset répète atīʿū deux fois — non trois. Les ūlī l-amr sont mentionnés sans que atīʿū soit répété. Le texte traite donc l’obéissance aux ūlī l-amr différemment — distinction qu’al-Shāfiʿī ignore.
Deuxième omission — fa-ruddūhu ilā llāhi wa-r-rasūl : C’est l’omission la plus lourde. Le verset lui-même définit ce que signifie ‘obéir au Rasūl’ en cas de désaccord : renvoyer la question au texte. La seconde partie du verset contredit directement l’argument qu’al-Shāfiʿī construit à partir de la première.
Passage 3 · L’aveu structurel — ce que le nabī a établi sans origine coranique
Al-Risāla · Chapitre « Bāb mā farḍahu llāhu fī kitābihi min ittibāʿ al-nabī »
وَالصِّنفُ الرَّابِعُ: مَا سَنَّ رَسُولُ اللهِ مِمَّا لَيسَ فِيهِ نَصٌّ كِتَابٍ، فَفَرَضَ اللهُ طَاعَتَهُ فِيهِ
« La quatrième catégorie : ce que le Messager d’Allāh a établi comme sunna sans qu’il y ait de texte du Livre à ce sujet — et Allāh a rendu obligatoire l’obéissance à lui là-dessus. »
Al-Shāfiʿī reconnaît explicitement l’existence d’une catégorie normative issue du nabī sans aucune origine dans le texte coranique — laysa fīhi naṣṣu kitāb — et la déclare néanmoins obligatoire. Pour établir l’obligation d’obéir à ce qui n’a pas de texte coranique, al-Shāfiʿī invoque l’obéissance au Messager — que le Coran ordonne. Sauf que le Coran ordonne l’obéissance au Messager dans ce qu’il transmet du texte révélé — non dans ce qui n’a pas de texte. Ce passage, mis en regard de S.16:116 (wa-lā taqūlū… hādhā ḥalālun wa-hādhā ḥarāmun li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhib), pose une tension textuelle irréductible.
Section XI · Les aḥkām al-khamsa — mécanisme de sacralisation culturelle
La jurisprudence islamique classique organise tous les actes humains en cinq catégories : wājib (obligatoire), sunna/mandūb (recommandé), mubāḥ (indifférent), makrūh (déconseillé), ḥarām (interdit). La définition canonique de l’acte sunna en fiqh :
مَا ثَابَ فَاعِلُهُ وَلَمْ يُعَاقَبْ تَارِكُهُ
« Ce qui est récompensé quand on le fait — et dont l’abandon n’entraîne pas de punition. »
Sources : Al-Ghazālī, Iḥyāʾ ʿUlūm al-Dīn · Al-Nawāwī, al-Majmūʿ · Al-Āmidī, al-Iḥkām
Le Coran ne crée pas cinq catégories normatives. Il en crée deux : ḥarām (interdit — liste explicite et courte) et le reste (permis). S.16:116 est formel : déclarer ḥalāl ou ḥarām sans autorisation coranique est un iftirāʾ ʿalā llāh — forger un mensonge sur Allāh. Les trois catégories intermédiaires — wājib, mandūb/sunna (recommandé), makrūh (déconseillé) — sont absentes du Coran. Elles produisent des conséquences eschatologiques que le Coran n’a pas produites.
La combinaison de (1) la définition de l’acte sunna avec récompense eschatologique et (2) la classification des pratiques culturelles arabes du VIIe siècle comme sunna produit structurellement : toute pratique attribuée au nabī dans un ḥadīth reçoit une valorisation eschatologique, indépendamment de sa valeur intrinsèque ou de sa présence dans le Coran. La culture arabe du VIIe siècle de la péninsule arabique devient, par ce mécanisme, la culture dite islamique, et s’impose aux peuples convertis non comme une option culturelle parmi d’autres, mais comme une expression de l’identité religieuse elle-même. Ce constat est documenté, vérifiable et ses effets sont observables dans l’histoire des peuples islamisés. (Cf. R. Bulliet, Conversion to Islam in the Medieval Period, Harvard, 1979 ; N. Levtzion, Conversion to Islam, Holmes & Meier, 1979.)
Section XII · Universalité prophétique — S.14:4 et ses implications
S.34:44 est l’énoncé le plus direct : wa-mā arsalnā ilayhim qablaka min nadhīr — Nous n’avions envoyé vers eux avant toi aucun avertisseur. S.36:6 confirme : un peuple dont les pères n’ont pas été avertis. Combiné à wa-li-kulli ummatin rasūl (S.10:47) : tous les peuples ont reçu leurs messagers — les Arabes sont les derniers. La langue est un vecteur d’accessibilité (li-yubayyina lahum — S.14:4), non un titre de gloire. L’affirmation que l’arabe est ‘la langue du paradis’ est absente du Coran (al-ʿAjlūnī, Kashf al-Khafāʾ, n°1435 — classé sans fondement authentifié).
Synthèse · Cartographie textuelle
- La racine s-n-n désigne le tracé creusé par le passage continu — la voie rendue loi par sa régularité.
- Dans les dix occurrences coraniques, le possessif normatif de sunna est toujours Allāh — jamais le nabī, jamais le rasūl.
- La sunnat Allāh est doublement immuable : ni substitution (lā tabdīl — S.33:62, S.35:43, S.48:23) ni déviation (lā taḥwīl — S.17:77, S.35:43).
- S.17:77 : le glissement de sunnat man arsalnā à sunnatinā dans le même verset établit que la sunna des messagers envoyés EST la sunna d’Allāh — le messager transmet, il n’est pas auteur.
- S.35:43 : la sunnat al-awwalīn et la sunnat Allāh sont identifiées dans le même verset.
- Le fondement textuel coranique du deuxième pilier du droit islamique traditionnel n’existe pas dans le Coran.
Sunnat al-nabī — absent du Coran. Sunnat al-rasūl — absent du Coran. Injonction à suivre la sunna d’un être humain nommé comme source normative indépendante — absente. Le Coran ne dit jamais que les pratiques personnelles du nabī constituent une sunna au sens où il emploie ce terme. Le Coran ne dit jamais que la sunnat Allāh est un corpus de pratiques rituelles ou un code de conduite personnel transmis par un homme.
Le Coran emploie le terme *sunna* de manière cohérente et constante sur dix occurrences. Ce terme désigne le cours immuable d'Allāh dans l'histoire des peuples — une loi historique, non un corpus de pratiques rituelles personnelles. Le possessif est Allāh, la caractéristique est l'immutabilité, le contenu est la loi du rapport entre Allāh et Ses créatures. La construction *sunnat al-nabī*, qui fonde le deuxième pilier du droit islamique classique, n'existe pas dans le texte qu'elle prétend prolonger.