Structure du Bloc I. Ce bloc présente les trois catégories humaines face au Livre (S.2:1–20), puis l’appel universel à la ʿibāda et le taḥaddī (S.2:21–29). La structure tripartite muttaqīn / kāfirūn / munāfiqūn est la clé d’entrée dans la sourate.


Portrait des muttaqīn · S2:1–5

S.2:1 · Les muqaṭṭaʿāt

S.2:1
الٓمٓ
Alif · Lām · Mīm Lettres séparées — ḥurūf muqaṭṭaʿāt.

Note méthodologique. Le texte coranique ne commente nulle part ces lettres. Toute attribution de sens — codes, abréviations, noms divins, défi stylistique — est une inférence qui dépasse ce que le texte dit. Ce que le texte dit : ces lettres sont là, en position d’ouverture. → Voir l’étude exhaustive : Les Muqaṭṭaʿāt.


S.2:2 · Ce Livre — guide pour les muttaqīn

S.2:2
ذَٰلِكَ الْكِتَابُ لَا رَيْبَ ۛ فِيهِ ۛ هُدًى لِّلْمُتَّقِينَ
Dhālika l-kitābu lā rayba fīhi — hudan li-l-muttaqīn Ce Livre — nul doute en lui — est un guide pour les muttaqīn.
Notes lexicales
dhālika
déictique de distance : « celui-là », désignant quelque chose d'éminent, placé au rang de référence absolue. *Inférence* : certains commentateurs voient dans la distance déictique une allusion au Coran récité avant d'être écrit. Le texte ne le dit pas.
lā rayba fīhi
*rayb* : le doute qui trouble, l'inquiétude qui vacille. Distinct du *shakk* (doute intellectuel neutre). *Lā rayba fīhi* : nul trouble, nulle vacillation en lui.
hudan
*h-d-y* : une guidance concrète, non une vague orientation. Le *hudā* est un guide actif.
al-muttaqīn
racine *w-q-y* : ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri. Non simplement « les pieux » : la racine désigne une action active de protection de soi par Allaah.

S.2:3 · Qualités I des muttaqīn

S.2:3
الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِالْغَيْبِ وَيُقِيمُونَ الصَّلَاةَ وَمِمَّا رَزَقْنَاهُمْ يُنفِقُونَ
Alladhīna yuʾminūna bi-l-ghaybi wa-yuqīmūna ṣ-ṣalāta wa-mimmā razaqnāhum yunfiqūn Ceux qui croient au ghayb, établissent la ṣalāt, et dépensent de ce dont Nous les avons pourvus.
Notes lexicales
al-ghayb
racine *gh-y-b* : ce qui est absent de la perception, ce qui échappe aux sens. Non « l'invisible » au sens mystique : tout ce qui n'est pas accessible à la perception directe.
yuqīmūna ṣ-ṣalāt
*aqāma* : établir, dresser, maintenir en station. Non simplement « prier » : *aqāma* désigne une action pérenne, structurée, tenue droite. *Ṣalāt* conservé en translittération.
mimmā razaqnāhum yunfiqūn
dépenser *de ce dont Nous les avons pourvus* : le *rizq* (provision) vient d'Allaah ; la dépense est un retour de ce qui a été reçu. Aucune restriction quantitative n'est posée par le texte.

S.2:4 · Qualités II — La continuité de la révélation

S.2:4
وَالَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِمَا أُنزِلَ إِلَيْكَ وَمَا أُنزِلَ مِن قَبْلِكَ وَبِالْآخِرَةِ هُمْ يُوقِنُونَ
Wa-lladhīna yuʾminūna bi-mā unzila ilayka wa-mā unzila min qablika wa-bi-l-ākhirati hum yūqinūn Et ceux qui croient en ce qui t’a été révélé et en ce qui a été révélé avant toi, et qui ont la certitude de l’ākhira.
Notes lexicales
yūqinūn
racine *y-q-n* : la *yaqīn* est la certitude ancrée, sans fissure. Supérieure au *ʿilm* (connaissance) : c'est une certitude de l'être, non seulement de l'intellect. Traduit par « certitude » — adéquat.

S.2:5 · La réussite des mufliḥūn

S.2:5
أُولَٰئِكَ عَلَىٰ هُدًى مِّن رَّبِّهِمْ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
Ulāʾika ʿalā hudan min rabbihim wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn Ceux-là sont sur une guidance venant de leur Rabb, et ceux-là sont les mufliḥūn.
Notes lexicales
rabb
racine *r-b-b*. Selon la méthode retenue ici, *Rabb* est conservé en translittération plutôt que traduit par « Seigneur » : la racine porte, dans son champ sémantique arabe, à la fois l'idée d'éducation et de croissance progressive (*tarbiya*) et celle de souveraineté sur ce qui est élevé et conduit à son plein accomplissement — un champ que le seul mot français « Seigneur » (registre féodal et d'autorité) ne couvre pas.
mufliḥūn
racine *f-l-ḥ* : ceux qui fendent, qui ouvrent un passage, qui réussissent en surmontant l'obstacle. Le *falāḥ* est une réussite active, non passive. Conservé en translittération : « les bienheureux » ou « les prospères » ne rendent pas l'idée d'une réussite qui brise une résistance.

Portrait des kāfirūn · S2:6–7

S.2:6 · L’obstination des kāfirūn

S.2:6
إِنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا سَوَاءٌ عَلَيْهِمْ أَأَنذَرْتَهُمْ أَمْ لَمْ تُنذِرْهُمْ لَا يُؤْمِنُونَ
Inna lladhīna kafarū sawāʾun ʿalayhim a-andhartahum am lam tundhirhum lā yuʾminūn Ceux qui ont commis le kufr : qu’importe pour eux que tu les aies avertis ou non — ils ne croiront pas.
Notes lexicales
kafarū
racine *k-f-r*, voir l'étude dédiée Le kāfir dans le Coran : la racine désigne fondamentalement l'acte de recouvrir, dissimuler, nier ce qui devrait être reconnu (Al-Farāhīdī : *al-kufr* — le recouvrement, la dissimulation ; Ibn Fāris : *al-sitr wa-t-tughyān*). Ce sens se décline, selon le contexte, en ingratitude, refus délibéré après reconnaissance, ou incroyance générale — trois dimensions distinctes, non un sens unique. Faute d'un mot français qui les couvre toutes, *kāfir/kāfirūn/kufr* sont conservés translittérés par défaut, et traduits en français seulement lorsque le contexte précise laquelle des trois dimensions est en jeu (voir la note méthodologique dédiée dans la banque lexicale). **Non-dit** : le texte décrit ici un état de fait (*ils ne croiront pas*) — il ne dit pas que ces personnes sont condamnées de toute éternité sans recours ; voir aussi l'étude dédiée sur ce qu'Allaah seul connaît des cœurs, et sur l'absence, dans le texte, d'un droit humain à déclarer autrui *kāfir*.

S.2:7 · Le scellement des sens

S.2:7
خَتَمَ اللَّهُ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ وَعَلَىٰ سَمْعِهِمْ ۖ وَعَلَىٰ أَبْصَارِهِمْ غِشَاوَةٌ ۖ وَلَهُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ
Khatama llāhu ʿalā qulūbihim wa-ʿalā samʿihim wa-ʿalā abṣārihim ghishāwatun wa-lahum ʿadhābun ʿaẓīm Allaah a scellé leurs cœurs et leur ouïe ; et sur leurs regards, un voile — à eux un châtiment immense.
Notes lexicales
khatama
racine *kh-t-m* : apposer un sceau, fermer hermétiquement. Le scellement est la conséquence du *kufr* actif décrit en S.2:6 — non une prédestination arbitraire.
ghishāwa
voile, pellicule qui recouvre. Sur les *abṣār* (regards, faculté visuelle) — non sur les yeux physiques.

Lien S.2:6–7. La structure causale est dans le texte : kafarū (ils ont commis le kufr) → khatama llāhu (Allaah a scellé). Le scellement est une conséquence, non un décret initial. Le texte ne dit pas qu’Allaah scelle les cœurs avant le kufr.


Portrait des munāfiqūn · S2:8–20

S.2:8–10 · Déclaration, tromperie, maladie

S.2:8
وَمِنَ النَّاسِ مَن يَقُولُ آمَنَّا بِاللَّهِ وَبِالْيَوْمِ الْآخِرِ وَمَا هُم بِمُؤْمِنِينَ
Wa-mina n-nāsi man yaqūlu āmannā bi-llāhi wa-bi-l-yawmi l-ākhiri wa-mā hum bi-muʾminīn Parmi les gens, certains disent : « Nous croyons en Allaah et au Jour dernier » — alors qu’ils ne sont pas croyants.
S.2:9
يُخَادِعُونَ اللَّهَ وَالَّذِينَ آمَنُوا وَمَا يَخْدَعُونَ إِلَّا أَنفُسَهُمْ وَمَا يَشْعُرُونَ
Yukhādiʿūna llāha wa-lladhīna āmanū wa-mā yakhḍaʿūna illā anfusahum wa-mā yashʿurūn Ils s’ingénient à tromper Allaah et ceux qui croient — mais c’est eux-mêmes qu’ils trompent, sans en avoir conscience.
S.2:10
فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ فَزَادَهُمُ اللَّهُ مَرَضًا ۖ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ بِمَا كَانُوا يَكْذِبُونَ
Fī qulūbihim maraḍun fa-zādahumu llāhu maraḍan wa-lahum ʿadhābun alīmun bi-mā kānū yakdhibūn Il y a dans leurs cœurs une maladie, et Allaah leur a accru en maladie — à eux un châtiment douloureux pour les mensonges qu’ils proféraient.
Notes lexicales
maraḍ
maladie, corruption interne. Al-Farāhīdī : *fasād fī l-jism* — corruption de l'intérieur. La maladie du cœur est une métaphore filée : un cœur malade ne perçoit plus correctement. *Inférence* : le *maraḍ* est ici le *nifāq* (hypocrisie). Le texte ne pose pas ce lien explicitement mais il est cohérent avec le contexte.

S.2:11–16 · Les quatre traits de l’hypocrisie

S.2:11–12
وَإِذَا قِيلَ لَهُمْ لَا تُفْسِدُوا فِي الْأَرْضِ قَالُوا إِنَّمَا نَحْنُ مُصْلِحُونَ ۝ أَلَا إِنَّهُمْ هُمُ الْمُفْسِدُونَ وَلَٰكِن لَّا يَشْعُرُونَ
Wa-idhā qīla lahum lā tufsidū fi l-arḍi qālū innamā naḥnu muṣliḥūn · Alā innahum humu l-mufsidūna wa-lākin lā yashʿurūn Et lorsqu’on leur dit : « Ne semez pas la corruption sur la terre », ils disent : « Nous ne sommes que des muṣliḥūn. » — Assurément, ce sont eux les mufsidūn — mais ils n’en ont pas conscience.
Notes lexicales
muṣliḥūn / mufsidūn
couple antithétique de deux racines : *ṣ-l-ḥ* (rendre droit, remettre en bon état, faire cesser un désordre) et *f-s-d* (corrompre, faire sortir une chose de son état sain). Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) : *al-ṣalāḥ* est *naqīḍ al-fasād* — l'opposé exact du *fasād*. Le texte ne dit pas ce qui, concrètement, constitue ici le *fasād* qu'ils nient commettre : un **non-dit**. Conservés en translittération : « réformateurs » / « corrupteurs » figent le couple dans un registre social ou politique moderne que la racine ne pose pas d'elle-même.
S.2:13
وَإِذَا قِيلَ لَهُمْ آمِنُوا كَمَا آمَنَ النَّاسُ قَالُوا أَنُؤْمِنُ كَمَا آمَنَ السُّفَهَاءُ ۗ أَلَا إِنَّهُمْ هُمُ السُّفَهَاءُ وَلَٰكِن لَّا يَعْلَمُونَ
Wa-idhā qīla lahum āminū kamā āmana n-nāsu qālū a-nuʾminu kamā āmana s-sufahāʾu — alā innahum humu s-sufahāʾu wa-lākin lā yaʿlamūn Quand on leur dit : « Croyez comme al-nās ont cru », ils disent : « Allons-nous croire comme ont cru les sufahāʾ ? » — Assurément, ce sont eux les sufahāʾ — mais ils ne savent pas.
Notes lexicales
al-nās
racine *ʾ-n-s* : ce qui se manifeste et vit dans la familiarité, par opposition à ce qui est farouche ou caché (Ibn Fāris). *Al-nās* est un collectif qui désigne les êtres humains dans leur ensemble, femmes et hommes, sans distinction de groupe. Non traduit : « les gens » est vague et familier, « les hommes » prête à confusion avec le masculin ; aucun des deux ne rend ce collectif humain. Dans « Croyez comme *al-nās* ont cru », le texte pose *al-nās* comme la référence collective de la foi, sans préciser de quels humains il s'agit — un **non-dit**.
sufahāʾ
racine *s-f-h* : légèreté, absence de gravité, manque de solidité intellectuelle. Non simplement « idiots » : les *sufahāʾ* sont ceux dont la pensée ne tient pas, qui ne distinguent pas l'essentiel du futile.
S.2:14–16
وَإِذَا لَقُوا الَّذِينَ آمَنُوا قَالُوا آمَنَّا وَإِذَا خَلَوْا إِلَىٰ شَيَاطِينِهِمْ قَالُوا إِنَّا مَعَكُمْ إِنَّمَا نَحْنُ مُسْتَهْزِئُونَ ۝ اللَّهُ يَسْتَهْزِئُ بِهِمْ وَيَمُدُّهُمْ فِي طُغْيَانِهِمْ يَعْمَهُونَ ۝ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ اشْتَرَوُا الضَّلَالَةَ بِالْهُدَىٰ فَمَا رَبِحَت تِّجَارَتُهُمْ وَمَا كَانُوا مُهْتَدِينَ
Wa-idhā laqū lladhīna āmanū qālū āmannā wa-idhā khalaw ilā shayāṭīnihim qālū innā maʿakum innamā naḥnu mustahziʾūn · Allāhu yastahziʾu bihim wa-yamadduhum fī ṭughyānihim yaʿmahūn · Ulāʾika lladhīna shtarawu ḍ-ḍalālata bi-l-hudā fa-mā rabiḥat tijāratuhum wa-mā kānū muhtadīn Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : « Nous croyons » ; et quand ils se retrouvent seuls avec leurs shayāṭīn, ils disent : « Nous sommes avec vous — nous les raillons. » — Allaah les rend dérisoires et les prolonge dans leur ṭughyān — égarés sans repère. — Voilà ceux qui ont troqué le hudā contre la ḍalāla : leur commerce n’a fait aucun profit.
Notes lexicales
shayāṭīn
racine *sh-ṭ-n* : ce qui s'éloigne, s'écarte, s'embrase. Non traduit : l'équivalent « diables » projette une cosmologie étrangère au texte.
ṭughyān
racine *ṭ-gh-y* : dépassement des limites, débordement. Ibn Fāris : *al-mujāwaza ʿan l-ḥadd* — franchir la frontière fixée.

S.2:17–20 · Les deux paraboles

S.2:17–18
مَثَلُهُمْ كَمَثَلِ الَّذِي اسْتَوْقَدَ نَارًا فَلَمَّا أَضَاءَتْ مَا حَوْلَهُ ذَهَبَ اللَّهُ بِنُورِهِمْ وَتَرَكَهُمْ فِي ظُلُمَاتٍ لَّا يُبْصِرُونَ ۝ صُمٌّ بُكْمٌ عُمْيٌ فَهُمْ لَا يَرْجِعُونَ
Mathaluhum ka-mathali lladhī stawqada nāran fa-lammā aḍāʾat mā ḥawlahu dhahaba llāhu bi-nūrihim wa-tarakahum fī ẓulumātin lā yubṣirūn · Ṣummun bukmun ʿumyun fa-hum lā yarjiʿūn Leur comparaison est celle de quelqu’un qui a allumé un feu : quand il a illuminé ce qui l’entourait, Allaah a emporté leur lumière et les a laissés dans des ténèbres sans qu’ils puissent voir. — Sourds, muets, aveugles — ils ne reviendront donc pas.
S.2:19–20
أَوْ كَصَيِّبٍ مِّنَ السَّمَاءِ فِيهِ ظُلُمَاتٌ وَرَعْدٌ وَبَرْقٌ يَجْعَلُونَ أَصَابِعَهُمْ فِي آذَانِهِم مِّنَ الصَّوَاعِقِ حَذَرَ الْمَوْتِ ۚ وَاللَّهُ مُحِيطٌ بِالْكَافِرِينَ ۝ يَكَادُ الْبَرْقُ يَخْطَفُ أَبْصَارَهُمْ ۖ كُلَّمَا أَضَاءَ لَهُم مَّشَوْا فِيهِ وَإِذَا أَظْلَمَ عَلَيْهِمْ قَامُوا ۚ وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَذَهَبَ بِسَمْعِهِمْ وَأَبْصَارِهِمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Aw ka-ṣayyibin mina s-samāʾi fīhi ẓulumātun wa-raʿdun wa-barqun yajʿalūna aṣābiʿahum fī ādhānihim mina ṣ-ṣawāʿiqi ḥadhara l-mawti wa-llāhu muḥīṭun bi-l-kāfirīn · Yakādu l-barqu yakhṭafu abṣārahum kullamā aḍāʾa lahum mashaw fīhi wa-idhā aẓlama ʿalayhim qāmū wa-law shāʾa llāhu la-dhahaba bi-samʿihim wa-abṣārihim inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr Ou encore comme une averse du ciel chargée de ténèbres, de tonnerre et d’éclair : ils mettent leurs doigts dans leurs oreilles contre la foudre, par crainte de la mort — et Allaah muḥīṭ les kāfirīn. L’éclair est sur le point d’emporter leurs regards : chaque fois qu’il illumine, ils marchent ; et quand l’obscurité s’étend sur eux, ils s’immobilisent. Si Allaah le voulait, Il emporterait leur ouïe et leurs regards — Allaah est capable de toute chose.
Notes lexicales
muḥīṭ
racine *ḥ-w-ṭ* : ce qui encercle, entoure, encompasse. Traduit contextuellement : Allaah *entoure* les *kāfirīn* — ils n'ont aucun échappatoire à Sa connaissance et à Sa maîtrise.

Appel universel et taḥaddī · S2:21–29

S.2:21–22 · Appel à l’adoration et création

S.2:21
يَا أَيُّهَا النَّاسُ اعْبُدُوا رَبَّكُمُ الَّذِي خَلَقَكُمْ وَالَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
Yā ayyuhā n-nāsu ʿbudū rabbakumu lladhī khalaqakum wa-lladhīna min qablikum laʿallakum tattaqūn Ô al-nās ! Adorez votre Rabb, Ce qui vous a créés, vous et ceux d’avant vous — afin que vous atteigniez la taqwā.
Notes lexicales
Ce qui
Lorsqu'il s'agit d'Allaah, la traduction n'emploie pas « Celui qui ». En français, « celui qui » est un pronom masculin qui désigne une personne : il installe un genre et une figure que le texte ne pose pas. Le neutre absolu s'exprime en français par la locution **« ce qui »** ou **« ce que »**, qui ne suppose ni genre ni personne. C'est pourquoi l'arabe *alladhī* est rendu ici par « Ce qui vous a créés » et non par « Celui qui vous a créés ».
S.2:22
الَّذِي جَعَلَ لَكُمُ الْأَرْضَ فِرَاشًا وَالسَّمَاءَ بِنَاءً وَأَنزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجَ بِهِ مِنَ الثَّمَرَاتِ رِزْقًا لَّكُمْ ۖ فَلَا تَجْعَلُوا لِلَّهِ أَندَادًا وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ
Alladhī jaʿala lakumu l-arḍa firāshan wa-s-samāʾa binīʾan wa-anzala mina s-samāʾi māʾan fa-akhraja bihi mina th-thamarāti rizqan lakum — fa-lā tajʿalū li-llāhi andādan wa-antum taʿlamūn Ce qui a fait de la terre un firāsh pour vous et du ciel un bināʾ ; Ce qui a fait descendre du ciel une eau et par elle a fait sortir des thamarāt comme rizq pour vous — n’assignez donc pas à Allaah des andād, alors que vous savez.
Notes lexicales
firāsh
ce sur quoi on s'étend, base plane et stable. Non simplement « tapis » : l'image est celle d'une surface habitable.
bināʾ
racine *b-n-y* : construire, bâtir, édifier. *Bināʾ* : une structure édifiée, assemblée pièce par pièce — non un simple espace, mais une architecture. Le vis-à-vis *firāsh* (surface plane où l'on s'étend) / *bināʾ* (structure édifiée au-dessus) pose la terre et le *samāʾ* comme les deux limites d'un espace habité, sans plus de précision cosmologique que cela.
thamarāt
racine *th-m-r* : fruit, résultat, produit d'un processus. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à l'idée de ce qui est produit et récolté au terme d'une croissance. Conservé en translittération ici : le terme couvre aussi bien le fruit végétal que, par extension, le résultat de toute chose menée à son terme.
rizq
racine *r-z-q* : ce qui est alloué, part de provision accordée. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à l'idée d'une part donnée en subsistance, sans que le mot se limite à la nourriture. Conservé en translittération lorsque le terme est mis en relief comme ici : « subsistance » ou « nourriture » restreignent le champ que couvre *rizq*.
andād
pluriel de *nidd* : égaux, rivaux, contreparties. Al-Farāhīdī : *al-mithl wa-n-naẓīr* — ce qui est mis en équivalence. *Andād* : ce qu'on assigne comme équivalents à Allaah. Le *shirk* au sens structurel.

S.2:23–24 · Le taḥaddī et le feu

S.2:23
وَإِن كُنتُمْ فِي رَيْبٍ مِّمَّا نَزَّلْنَا عَلَىٰ عَبْدِنَا فَأْتُوا بِسُورَةٍ مِّن مِّثْلِهِ وَادْعُوا شُهَدَاءَكُم مِّن دُونِ اللَّهِ إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ
Wa-in kuntum fī raybin mimmā nazzalnā ʿalā ʿabdinā fa-ʾtū bi-sūratin min mithlihi wa-dʿū shuhadāʾakum min dūni llāhi in kuntum ṣādiqīn Si vous êtes dans le doute de ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, apportez une sūra comparable et invoquez vos témoins en dehors d’Allaah — si vous êtes véridiques.
Notes lexicales
sūra
racine *s-w-r* : enceinte, ce qui délimite et enclôt (*sūr*, le mur d'enceinte d'une ville). Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) rattache *sūra* à une portion délimitée, détachée du reste, à la manière d'un rang ou d'un degré construit. Conservé en translittération : « chapitre » (du latin *capitulum*, petite tête) n'a pas cette image de délimitation par une enceinte.
S.2:24
فَإِن لَّمْ تَفْعَلُوا وَلَن تَفْعَلُوا فَاتَّقُوا النَّارَ الَّتِي وَقُودُهَا النَّاسُ وَالْحِجَارَةُ ۖ أُعِدَّتْ لِلْكَافِرِينَ
Fa-in lam tafʿalū wa-lan tafʿalū fa-ttaqū n-nāra llatī waqūduhā n-nāsu wa-l-ḥijāra — uʿiddat li-l-kāfirīn Si vous ne le faites pas — et vous ne le ferez jamais — gardez-vous du feu dont le combustible est composé d’humains et de roches, préparé pour les kāfirīn.
Notes lexicales
an-nās / al-ḥijāra
*an-nās* : les humains, l'espèce humaine (voir déjà la note à l'ouverture de ce Bloc, S.2:21). *Al-ḥijāra* : pluriel de *ḥajar*, les pierres, les roches. Le verset ne vise pas l'ensemble indifférencié des humains comme combustible de ce feu : la clause finale, « *uʿiddat li-l-kāfirīn* » (préparé pour les *kāfirīn*), précise que ce feu est destiné aux *kāfirīn* — ce sont donc eux, parmi *an-nās*, qui en constituent le combustible aux côtés des *ḥijāra*, non l'humanité tout entière.

S.2:25 · La récompense des croyants

S.2:25
وَبَشِّرِ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ أَنَّ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ ۖ كُلَّمَا رُزِقُوا مِنْهَا مِن ثَمَرَةٍ رِّزْقًا ۙ قَالُوا هَٰذَا الَّذِي رُزِقْنَا مِن قَبْلُ ۖ وَأُتُوا بِهِ مُتَشَابِهًا ۖ وَلَهُمْ فِيهَا أَزْوَاجٌ مُّطَهَّرَةٌ ۖ وَهُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Wa-bashshiri lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti anna lahum jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru — kullamā ruziqū minhā min thamaratin rizqan qālū hādhā lladhī ruziqnā min qablu wa-utū bihi mutashābihan wa-lahum fīhā azwājun muṭahharatun wa-hum fīhā khālidūn Annonce la bonne nouvelle à ceux qui ont cru et accompli les actes droits : à eux des jannāt sous lesquelles coulent des fleuves — chaque fois qu’on leur accordera un fruit comme rizq, ils diront : « C’est ce dont on nous a pourvus auparavant » — et on leur en donnera de similaires. À eux des épouses purifiées, et ils y demeureront éternellement.
Notes lexicales
janna / jannāt
racine *j-n-n* : ce qui est couvert, dérobé à la vue (même mouvement de racine que *jinn*, *janīn*, *junna* le bouclier qui couvre). *Janna* / *jannāt* : lieu de végétation si dense qu'elle en couvre le sol. Le texte ne précise ici ni l'emplacement ni la nature exacte de ce qui est promis — un **non-dit**. Conservé en translittération plutôt que « jardin », qui ne porte pas l'idée de dissimulation par la densité du couvert. Cf. l'occurrence au singulier en S.2:35, dans le récit d'Ādam.

S.2:26–27 · La parabole du moustique · La rupture du pacte

S.2:26
إِنَّ اللَّهَ لَا يَسْتَحْيِي أَن يَضْرِبَ مَثَلًا مَّا بَعُوضَةً فَمَا فَوْقَهَا ۚ فَأَمَّا الَّذِينَ آمَنُوا فَيَعْلَمُونَ أَنَّهُ الْحَقُّ مِن رَّبِّهِمْ ۖ وَأَمَّا الَّذِينَ كَفَرُوا فَيَقُولُونَ مَاذَا أَرَادَ اللَّهُ بِهَٰذَا مَثَلًا ۘ يُضِلُّ بِهِ كَثِيرًا وَيَهْدِي بِهِ كَثِيرًا ۚ وَمَا يُضِلُّ بِهِ إِلَّا الْفَاسِقِينَ
Inna llāha lā yastaḥyī an yaḍriba mathalan mā baʿūḍatan fa-mā fawqahā — fa-ammā lladhīna āmanū fa-yaʿlamūna annahu l-ḥaqqu min rabbihim wa-ammā lladhīna kafarū fa-yaqūlūna mādhā arāda llāhu bi-hādhā mathalan — yuḍillu bihi kathīran wa-yahdī bihi kathīran wa-mā yuḍillu bihi illā l-fāsiqīn Certes Allaah ne se prive pas de prendre en exemple un moustique ou ce qui le dépasse. Ceux qui ont cru savent que c’est le ḥaqq venant de leur Rabb. Quant à ceux qui ont commis le kufr, ils disent : « Qu’a voulu Allaah par cet exemple ? » — Par cela Il en égare beaucoup et en guide beaucoup, et Il n’égare par cela que les fāsiqīn.
S.2:27
الَّذِينَ يَنقُضُونَ عَهْدَ اللَّهِ مِن بَعْدِ مِيثَاقِهِ وَيَقْطَعُونَ مَا أَمَرَ اللَّهُ بِهِ أَن يُوصَلَ وَيُفْسِدُونَ فِي الْأَرْضِ ۚ أُولَٰئِكَ هُمُ الْخَاسِرُونَ
Alladhīna yanquḍūna ʿahda llāhi min baʿdi mīthāqihi wa-yaqṭaʿūna mā amara llāhu bihi an yūṣala wa-yufsidūna fī l-arḍi — ulāʾika humu l-khāsirūn Ceux qui rompent le pacte d’Allaah après l’avoir solidement scellé, qui rompent ce qu’Allaah a ordonné de relier, et qui sèment la corruption sur la terre — ceux-là sont les khāsirūn.
Notes lexicales
khāsirūn
racine *kh-s-r* : perdre, subir une diminution nette, un déficit. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à l'idée d'un manque, d'une perte par rapport à un capital de départ. Conservé en translittération : « les perdants » en français a un usage trop courant et affaibli (jeu, compétition) pour porter le poids de la racine ici.
ḥaqq
racine *ḥ-q-q* : ce qui est établi, avéré, ce qui correspond effectivement à ce qui est. Al-Farāhīdī : *al-ḥaqq naqīḍ al-bāṭil* — le *ḥaqq* est l'opposé exact du *bāṭil*. Non simplement « la vérité » (qui, en français, se limite souvent à l'énoncé vrai) : le *ḥaqq* couvre aussi ce qui est fondé, ce qui est dû, ce qui tient. Conservé en translittération faute d'un mot français unique couvrant l'ensemble de ce champ.
fāsiqīn
racine *f-s-q* : sortir de l'enveloppe, éclater hors de sa limite. Al-Farāhīdī : *kharaj min ḥadd al-istiqa-ma* — sortir de la ligne droite. Non simplement « pervers » : le *fisq* est une sortie hors du cadre.

S.2:28–29 · Le cycle de la vie · La création

S.2:28
كَيْفَ تَكْفُرُونَ بِاللَّهِ وَكُنتُمْ أَمْوَاتًا فَأَحْيَاكُمْ ثُمَّ يُمِيتُكُمْ ثُمَّ يُحْيِيكُمْ ثُمَّ إِلَيْهِ تُرْجَعُونَ
Kayfa takfurūna bi-llāhi wa-kuntum amwātan fa-aḥyākum thumma yumītukum thumma yuḥyīkum thumma ilayhi turjaʿūn Comment pouvez-vous commettre le kufr envers Allaah alors que vous étiez morts et qu’Il vous a fait vivre, puis Il vous fera mourir, puis Il vous fera vivre à nouveau, puis c’est vers Lui que vous serez ramenés ?
S.2:29
هُوَ الَّذِي خَلَقَ لَكُم مَّا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا ثُمَّ اسْتَوَىٰ إِلَى السَّمَاءِ فَسَوَّاهُنَّ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ ۚ وَهُوَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Huwa lladhī khalaqa lakum mā fī l-arḍi jamīʿan thumma stawā ilā s-samāʾi fa-sawwāhunna sabʿa samāwātin wa-huwa bi-kulli shayʾin ʿalīm C’est Ce qui a créé pour vous tout ce qui est dans la terre, en totalité ; puis stawā vers le samāʾ et en a égalisé sept samāwāt — et Il est de toute chose savant.
Notes lexicales
stawā
racine *s-w-y* : s'établir, se stabiliser, se diriger vers avec maîtrise. Conservé en translittération : toute traduction de ce terme appliqué à Allaah risque d'introduire une connotation de lieu ou de mouvement spatial contraire à *laysa ka-mithlihi shayʾ* (S.42:11).
samāʾ / samāwāt
racine *s-m-w* : l'élévation, la hauteur. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à *al-ʿuluww wa-l-irtifāʿ* — ce qui est élevé, haussé. Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) rapporte que *as-samāʾ* désigne tout ce qui est au-dessus et couvre celui qui est dessous — non un objet précis, localisable, identifiable au ciel bleu visible de l'atmosphère. Conservé en translittération ici pour le même motif que *stawā* ci-dessus : « ciel »/« cieux » installe une image concrète et une géographie que la racine elle-même ne pose pas nécessairement.

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