Structure du Bloc II. Ce bloc s’articule en deux grands ensembles : le récit de la création de l’humain et la mise à l’épreuve d’Ādam (S.2:30–39), puis le long discours adressé aux descendants d’Isrāʾīl rappelant les bienfaits d’Allaah et les manquements répétés (S.2:40–74).


Ādam, les malāʾika, Iblīs · S2:30–39

S.2:30 · L’instauration du khalīfa sur terre

S.2:30
وَإِذْ قَالَ رَبُّكَ لِلْمَلَائِكَةِ إِنِّي جَاعِلٌ فِي الْأَرْضِ خَلِيفَةً ۖ قَالُوا أَتَجْعَلُ فِيهَا مَن يُفْسِدُ فِيهَا وَيَسْفِكُ الدِّمَاءَ وَنَحْنُ نُسَبِّحُ بِحَمْدِكَ وَنُقَدِّسُ لَكَ ۖ قَالَ إِنِّي أَعْلَمُ مَا لَا تَعْلَمُونَ
Wa-idh qāla rabbuka li-l-malāʾikati innī jāʿilun fī l-arḍi khalīfatan · qālū a-tajʿalu fīhā man yufsidu fīhā wa-yasfiku d-dimāʾa wa-naḥnu nusabbiḥu bi-ḥamdika wa-nuqaddisu laka · qāla innī aʿlamu mā lā taʿlamūn Et quand ton Rabb dit aux malāʾika : « Je vais établir sur la terre un khalīfa » — ils dirent : « Vas-Tu y établir des êtres qui y répandront la corruption et verseront le sang, alors que nous accomplissons le tasbīḥ en Ta ḥamd et Te sanctifions ? » — Il dit : « Je sais ce que vous ne savez pas. »
Notes lexicales
khalīfa
racine *kh-l-f* : celui qui vient après, qui succède, qui représente. *Inférence* : le *khalīfa* est souvent interprété comme « vicaire de Dieu sur terre ». Le texte dit seulement *khalīfa fī l-arḍ* — un successeur/représentant sur la terre. La nature précise de cette succession n'est pas explicitée.
malāʾika
racine *l-ʾ-k* : les envoyés, ceux qui portent un message. Conservé en translittération.
man yufsidu fīhā
*man* : pronom collectif englobant une catégorie, non un individu. Les *malāʾika* anticipent un comportement général. Le texte dit : *un être qui répandrait la corruption*. Non-dit : que tous les humains corrompent.
tasbīḥ
racine *s-b-ḥ* : le même mouvement que *subḥāna* (voir la note à S.2:32, plus bas sur cette page) mis à l'infinitif d'action — nager, se mouvoir librement, sans entrave. *Nusabbiḥu bi-ḥamdika* : nous accomplissons ce mouvement de dégagement en portant Ta *ḥamd* (déjà notée en [S.1:2](/etudes/trad-s1-al-talab/#hamd)).

S.2:31–34 · Les noms · L’aveu · La prosternation

S.2:31
وَعَلَّمَ آدَمَ الْأَسْمَاءَ كُلَّهَا ثُمَّ عَرَضَهُمْ عَلَى الْمَلَائِكَةِ فَقَالَ أَنبِئُونِي بِأَسْمَاءِ هَٰؤُلَاءِ إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ
Wa-ʿallama Ādama l-asmāʾa kullahā thumma ʿaraḍahum ʿalā l-malāʾikati fa-qāla anbiʾūnī bi-asmāʾi hāʾulāʾi in kuntum ṣādiqīn Et Il enseigna à Ādam tous les noms ; puis Il les présenta aux malāʾika et dit : « Informez-moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques. »
S.2:32
قَالُوا سُبْحَانَكَ لَا عِلْمَ لَنَا إِلَّا مَا عَلَّمْتَنَا ۖ إِنَّكَ أَنتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
Qālū subḥānaka lā ʿilma lanā illā mā ʿallamtanā innaka anta l-ʿalīmu l-ḥakīm Ils dirent : « Subḥānaka — nulle connaissance pour nous sinon ce que Tu nous as enseigné — Tu es al-ʿalīmu l-ḥakīm. »
Notes lexicales
subḥāna
racine *s-b-ḥ* : nager, se mouvoir librement dans un vaste espace. *Subḥāna llāh* : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme entièrement dégagé de toute limitation, entièrement au-delà de toute imperfection. Non traduit par « gloire à » : cette formule fait de la phrase une louange adressée à Allaah, alors que *subḥāna* dit d'abord ce qu'on peut dire d'Allaah lui-même : dégagé de toute imperfection. La louange est une autre notion, exprimée par le mot *ḥamd*.
S.2:33
قَالَ يَا آدَمُ أَنبِئْهُم بِأَسْمَائِهِمْ ۖ فَلَمَّا أَنبَأَهُم بِأَسْمَائِهِمْ قَالَ أَلَمْ أَقُل لَّكُمْ إِنِّي أَعْلَمُ غَيْبَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَأَعْلَمُ مَا تُبْدُونَ وَمَا كُنتُمْ تَكْتُمُونَ
Qāla yā Ādamu anbiʾhum bi-asmāʾihim · fa-lammā anbaʾahum bi-asmāʾihim qāla a-lam aqul lakum innī aʿlamu ghayba s-samāwāti wa-l-arḍi wa-aʿlamu mā tubdūna wa-mā kuntum taktumūn Il dit : « Ô Ādam, informe-les de leurs noms. » Quand il les eut informés de leurs noms, Il dit : « Ne vous ai-Je pas dit que Je connais le ghayb des cieux et de la terre, et que Je sais ce que vous exprimez et ce que vous dissimuliez ? »
S.2:34
وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلَائِكَةِ اسْجُدُوا لِآدَمَ فَسَجَدُوا إِلَّا إِبْلِيسَ أَبَىٰ وَاسْتَكْبَرَ وَكَانَ مِنَ الْكَافِرِينَ
Wa-idh qulnā li-l-malāʾikati sjudū li-Ādama fa-sajadū illā Iblīsa abā wa-stakbara wa-kāna mina l-kāfirīn Et quand Nous dîmes aux malāʾika : « Prosternez-vous devant Ādam » — ils se prosternèrent, sauf Iblīs : il refusa, s’enorgueillit, et il fut parmi les kāfirīn.

S.2:35–39 · La demeure · La chute · Le repentir · La guidance

S.2:35
وَقُلْنَا يَا آدَمُ اسْكُنْ أَنتَ وَزَوْجُكَ الْجَنَّةَ وَكُلَا مِنْهَا رَغَدًا حَيْثُ شِئْتُمَا وَلَا تَقْرَبَا هَٰذِهِ الشَّجَرَةَ فَتَكُونَا مِنَ الظَّالِمِينَ
Wa-qulnā yā Ādamu skun anta wa-zawjuka l-jannata wa-kulā minhā raghadam ḥaythu shiʾtumā wa-lā taqrabā hādhihi sh-shajarata fa-takūnā mina ẓ-ẓālimīn Nous dîmes : « Ô Ādam, demeure, toi et ton épouse, dans la janna, et mangez librement de ce qu’il s’y trouve comme nourriture, où vous voudrez — mais n’approchez pas cet arbre, autrement vous seriez des ẓālimīn. »
Notes lexicales
ẓālimīn
racine *ẓ-l-m* : obscurité, déplacement d'une chose hors de sa place juste. Al-Farāhīdī : *waḍʿ al-shayʾ fī ghayri mawḍiʿihi* — placer une chose là où elle n'a pas sa place. Non simplement « injustes » : le *ẓulm* est un désordre ontologique, un déséquilibre.
S.2:36
فَأَزَلَّهُمَا الشَّيْطَانُ عَنْهَا فَأَخْرَجَهُمَا مِمَّا كَانَا فِيهِ ۖ وَقُلْنَا اهْبِطُوا بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ ۖ وَلَكُمْ فِي الْأَرْضِ مُسْتَقَرٌّ وَمَتَاعٌ إِلَىٰ حِينٍ
Fa-azallahumā sh-shayṭānu ʿanhā fa-akhrajahumā mimmā kānā fīhi wa-qulnā hbiṭū baʿḍukum li-baʿḍin ʿaduwwun wa-lakum fī l-arḍi mustaqarrun wa-matāʿun ilā ḥīn Alors le shayṭān les fit glisser hors d’elle et les fit sortir de là où ils se trouvaient. Nous dîmes : « Descendez — vous serez mutuellement ennemis. À vous sur la terre une demeure et une jouissance jusqu’à un terme fixé. »
S.2:37
فَتَلَقَّىٰ آدَمُ مِن رَّبِّهِ كَلِمَاتٍ فَتَابَ عَلَيْهِ ۚ إِنَّهُ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ
Fa-talaqqā Ādamu min rabbihi kalimātin fa-tāba ʿalayhi innahu huwa t-tawwābu r-raḥīm Alors Ādam reçut de son Rabb des kalimāt, et Il (Allaah) accueillit son retour — Il est at-Tawwāb, le raḥīm.
Notes lexicales
kalimāt
pluriel de *kalima*, racine *k-l-m* : un énoncé articulé qui se fait comprendre — une parole, un mot ou un groupe de mots. Non traduit par « paroles » seul, qui effacerait le terme technique que le texte emploie. Le verset ne dit ni le contenu, ni le nombre, ni la forme de ces *kalimāt* : ce sont là des **non-dits**.
at-Tawwāb
racine *t-w-b* : revenir, retourner. *Tawwāb* : forme d'intensité — Ce qui accueille sans cesse le retour, Ce vers qui le retour est toujours possible. Non « le Très-Repentant » (attribut du croyant) mais *at-Tawwāb* d'Allaah : Ce qui accueille le retour du serviteur.
S.2:38–39
قُلْنَا اهْبِطُوا مِنْهَا جَمِيعًا ۖ فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُم مِّنِّي هُدًى فَمَن تَبِعَ هُدَايَ فَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ ۝ وَالَّذِينَ كَفَرُوا وَكَذَّبُوا بِآيَاتِنَا أُولَٰئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ ۖ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Qulnā hbiṭū minhā jamīʿan fa-immā yaʾtiyannakum minnī hudan fa-man tabiʿa hudāya fa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn · Wa-lladhīna kafarū wa-kadhdhabū bi-āyātinā ulāʾika aṣḥābu n-nār hum fīhā khālidūn Nous dîmes : « Descendez-en tous — si un guide venant de Moi vous parvient, ceux qui suivront Mon guide n’auront nulle crainte et ne seront pas attristés. » — Et ceux qui ont commis le kufr et démenti Nos āyāt — ceux-là sont les compagnons du feu, ils y demeureront en permanence.

L’appel aux descendants d’Isrāʾīl · S2:40–74

S.2:40–48 · Le pacte — les commandements — le Jour

S.2:40–41
يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ اذْكُرُوا نِعْمَتِيَ الَّتِي أَنْعَمْتُ عَلَيْكُمْ وَأَوْفُوا بِعَهْدِي أُوفِ بِعَهْدِكُمْ وَإِيَّايَ فَارْهَبُونِ ۝ وَآمِنُوا بِمَا أَنزَلْتُ مُصَدِّقًا لِّمَا مَعَكُمْ وَلَا تَكُونُوا أَوَّلَ كَافِرٍ بِهِ ۖ وَلَا تَشْتَرُوا بِآيَاتِي ثَمَنًا قَلِيلًا وَإِيَّايَ فَاتَّقُونِ
Yā banī Isrāʾīla dhkurū niʿmatiya llatī anʿamtu ʿalaykum wa-awfū bi-ʿahdī ūfi bi-ʿahdikum wa-iyyāya fa-rhbūn · Wa-āminū bi-mā anzaltu muṣaddiqan li-mā maʿakum wa-lā takūnū awwala kāfirin bihi wa-lā tashtarū bi-āyātī thamanan qalīlan wa-iyyāya fa-ttaqūn Ô descendants d’Isrāʾīl, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés : respectez Mon pacte, Je respecterai votre pacte — et ne redoutez que Moi. — Et croyez en ce que J’ai révélé, confirmant ce qui est avec vous — ne soyez pas les premiers à le renier — et ne vendez pas Mes āyāt pour un prix dérisoire — et ne craignez que Moi.
S.2:42–44
وَلَا تَلْبِسُوا الْحَقَّ بِالْبَاطِلِ وَتَكْتُمُوا الْحَقَّ وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ ۝ وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَارْكَعُوا مَعَ الرَّاكِعِينَ ۝ أَتَأْمُرُونَ النَّاسَ بِالْبِرِّ وَتَنسَوْنَ أَنفُسَكُمْ وَأَنتُمْ تَتْلُونَ الْكِتَابَ ۚ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Wa-lā talbisū l-ḥaqqa bi-l-bāṭili wa-taktumū l-ḥaqqa wa-antum taʿlamūn · Wa-aqīmū ṣ-ṣalāta wa-ātū z-zakāta wa-rkaʿū maʿa r-rākiʿīn · A-taʾmurūna n-nāsa bi-l-birri wa-tansawna anfusakum wa-antum tatlūna l-kitāba a-fa-lā taʿqilūn Et ne recouvrez pas le ḥaqq de bāṭil et ne dissimulez pas le ḥaqq alors que vous savez. — Établissez la ṣalāt, faites parvenir la zakāt, et inclinez-vous avec ceux qui s’inclinent. — Commandez-vous aux gens le birr tout en vous oubliant vous-mêmes, alors que vous récitez le Livre ? Ne raisonnez-vous pas ?
Notes lexicales
bāṭil
racine *b-ṭ-l* : ce qui est vain, sans fondement, ce qui s'évanouit et ne tient pas — opposé exact du *ḥaqq* (déjà noté en [S.2:26](/etudes/trad-s2-bloc1/#haqq)). Le verset ne dit pas ici de quel *bāṭil* précis il s'agit : un **non-dit**, l'accent portant sur la structure — mélanger et dissimuler ce qui est établi sous ce qui ne tient pas.
birr
racine *b-r-r* : l'étendue vaste et dégagée (la terre ferme, par opposition à la mer) ; par extension, l'accomplissement large et généreux du bien. Non réduit à « la bonté » ou « la piété » : le verset reproche ici de commander aux autres le *birr* tout en s'oubliant soi-même — l'écart entre la parole et l'acte.
S.2:45–48
وَاسْتَعِينُوا بِالصَّبْرِ وَالصَّلَاةِ ۚ وَإِنَّهَا لَكَبِيرَةٌ إِلَّا عَلَى الْخَاشِعِينَ ۝ الَّذِينَ يَظُنُّونَ أَنَّهُم مُّلَاقُو رَبِّهِمْ وَأَنَّهُمْ إِلَيْهِ رَاجِعُونَ ۝ يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ اذْكُرُوا نِعْمَتِيَ الَّتِي أَنْعَمْتُ عَلَيْكُمْ وَأَنِّي فَضَّلْتُكُمْ عَلَى الْعَالَمِينَ ۝ وَاتَّقُوا يَوْمًا لَّا تَجْزِي نَفْسٌ عَن نَّفْسٍ شَيْئًا وَلَا يُقْبَلُ مِنْهَا شَفَاعَةٌ وَلَا يُؤْخَذُ مِنْهَا عَدْلٌ وَلَا هُمْ يُنصَرُونَ
Wa-staʿīnū bi-ṣ-ṣabri wa-ṣ-ṣalāti wa-innahā la-kabīratun illā ʿalā l-khāshiʿīn · Alladhīna yaẓunnūna annahum mulāqū rabbihim wa-annahum ilayhi rājiʿūn · Yā banī Isrāʾīla dhkurū niʿmatiya llatī anʿamtu ʿalaykum wa-annī faḍḍaltukum ʿalā l-ʿālamīn · Wa-ttaqū yawman lā tajzī nafsun ʿan nafsin shayʾan wa-lā yuqbalu minhā shafāʿatun wa-lā yuʾkhadhu minhā ʿadlun wa-lā hum yunṣarūn Et cherchez appui dans le ṣabr et la ṣalāt — c’est certes lourd, sauf pour les khāshiʿīn : ceux qui ont la certitude intérieure qu’ils rencontreront leur Rabb et que c’est vers Lui qu’ils retourneront. — Ô descendants d’Isrāʾīl, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés et que Je vous ai distingués au-dessus des ʿālamīn. — Et constituez-vous une taqwā en vue d’un Jour où nulle âme ne s’acquittera pour une autre de quoi que ce soit, nulle shafāʿa ne sera acceptée, nulle rançon ne sera prise, et ils ne seront pas secourus.
Notes lexicales
ṣabr
racine *ṣ-b-r* : retenir, contenir, tenir bon sans relâcher. Ibn Fāris : *ḥabs an-nafs* — retenir l'âme, l'empêcher de céder. Conservé en translittération : « patience » restreint la racine à une durée passive, quand *ṣabr* dit d'abord une retenue active.
khāshiʿīn
racine *kh-sh-ʿ* : s'abaisser, se faire humble et calme devant plus grand que soi. Le verset ne dit rien de la posture physique : le texte définit lui-même les *khāshiʿīn* par ce qui suit — ceux qui ont la certitude intérieure de rencontrer leur *Rabb* et d'y retourner.
ittaqū / taqwā
racine *w-q-y*, déjà établie (étude dédiée Les muttaqūn) : « ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri » — non simplement « les pieux ». Selon la méthode retenue ici, *taqwā* est conservé en translittération ; la forme verbale est rendue par « se constituer une taqwā », non par « se prémunir », afin de garder visible en français le nom d'action *taqwā* lui-même.
shafāʿa
racine *sh-f-ʿ* : al-Farāhīdī — *al-izdiwāj*, le fait de se joindre par deux, de former une paire. Non pas « intercession » au sens d'une plaidoirie qui arracherait une décision : le texte dit ici que nulle *shafāʿa* ne sera acceptée (*yuqbal*) en ce Jour. → Voir l'étude dédiée La shafāʿa dans le Coran.

S.2:49–66 · Les mémoires — de Firʿawn au Sabt

S.2:49–50
وَإِذْ نَجَّيْنَاكُم مِّنْ آلِ فِرْعَوْنَ يَسُومُونَكُمْ سُوءَ الْعَذَابِ يُذَبِّحُونَ أَبْنَاءَكُمْ وَيَسْتَحْيُونَ نِسَاءَكُمْ ۚ وَفِي ذَٰلِكُم بَلَاءٌ مِّن رَّبِّكُمْ عَظِيمٌ ۝ وَإِذْ فَرَقْنَا بِكُمُ الْبَحْرَ فَأَنجَيْنَاكُمْ وَأَغْرَقْنَا آلَ فِرْعَوْنَ وَأَنتُمْ تَنظُرُونَ
Wa-idh najjaynākum min āli Firʿawna yasūmūnakum sūʾa l-ʿadhābi yudhabbihūna abnāʾakum wa-yastaḥyūna nisāʾakum wa-fī dhālikum balāʾun min rabbikum ʿaẓīm · Wa-idh faraqnā bi-kumu l-baḥra fa-anjaynākum wa-aghraqnā āla Firʿawna wa-antum tanẓurūn Et quand Nous vous avons sauvés de l’entourage de Firʿawn qui vous infligeaient le pire du châtiment — égorgeant vos fils et laissant vivre vos femmes — en cela il y avait une épreuve immense de votre Rabb. — Et quand Nous avons fendu la mer pour vous, Nous vous avons sauvés et avons noyé l’entourage de Firʿawn sous vos regards.
S.2:51–53
وَإِذْ وَاعَدْنَا مُوسَىٰ أَرْبَعِينَ لَيْلَةً ثُمَّ اتَّخَذْتُمُ الْعِجْلَ مِن بَعْدِهِ وَأَنتُمْ ظَالِمُونَ ۝ ثُمَّ عَفَوْنَا عَنكُم مِّن بَعْدِ ذَٰلِكَ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ ۝ وَإِذْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ وَالْفُرْقَانَ لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ
Wa-idh wāʿadnā Mūsā arbaʿīna laylatan thumma ttakhadhtumu l-ʿijla min baʿdihi wa-antum ẓālimūn · Thumma ʿafawnā ʿankum min baʿdi dhālika laʿallakum tashkurūn · Wa-idh ātaynā Mūsā l-kitāba wa-l-furqāna laʿallakum tahtadūn Et quand Nous avons accordé rendez-vous à Mūsā quarante nuits — vous avez pris le ʿijl après lui, et vous étiez des ẓālimīn. — Puis Nous vous avons pardonné après cela — afin que vous soyez reconnaissants. — Et quand Nous avons donné à Mūsā le Livre et le furqān — afin que vous soyez guidés.
Notes lexicales
al-furqān
racine *f-r-q* : ce qui sépare, ce qui distingue, le critère de discernement. Ibn Fāris : *al-faṣl bayna sh-shayʾayn* — la séparation entre deux choses. Distinct du *kitāb* : le *furqān* est le pouvoir de discerner le vrai du faux. Conservé en translittération.
S.2:54
وَإِذْ قَالَ مُوسَىٰ لِقَوْمِهِ يَا قَوْمِ إِنَّكُمْ ظَلَمْتُمْ أَنْفُسَكُمْ بِاتِّخَاذِكُمُ الْعِجْلَ فَتُوبُوا إِلَىٰ بَارِئِكُمْ فَاقْتُلُوا أَنْفُسَكُمْ ذَٰلِكُمْ خَيْرٌ لَكُمْ عِنْدَ بَارِئِكُمْ فَتَابَ عَلَيْكُمْ ۚ إِنَّهُ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ
Wa-idh qāla Mūsā li-qawmihi yā qawmi innakum ẓalamtum anfusakum bi-ttikhādhikumu l-ʿijla fa-tūbū ilā bāriʾikum fa-qtulū anfusakum dhālikum khayrun lakum ʿinda bāriʾikum fa-tāba ʿalaykum innahu huwa t-tawwābu r-raḥīm Et quand Mūsā dit à son peuple : « Ô mon peuple, vous vous êtes causé le ẓulm à vous-mêmes en prenant le ʿijl — revenez vers votre Bāriʾ et tuez-vous les uns les autres — cela est meilleur pour vous auprès de votre Bāriʾ » — et Il accueillit votre retour — Il est at-Tawwāb, le raḥīm.
Notes lexicales
ʿijl
racine *ʿ-j-l* : le veau, le jeune bovin (et, de la même racine, la hâte). Le texte dit seulement que le peuple « a pris » le *ʿijl* ; il n'en dit ni l'origine ni la forme. Conservé en translittération.
S.2:55
وَإِذْ قُلْتُمْ يَا مُوسَىٰ لَنْ نُؤْمِنَ لَكَ حَتَّىٰ نَرَى اللَّهَ جَهْرَةً فَأَخَذَتْكُمُ الصَّاعِقَةُ وَأَنْتُمْ تَنْظُرُونَ
Wa-idh qultum yā Mūsā lan nuʾmina laka ḥattā narā llāha jahratan fa-akhadhatkumu ṣ-ṣāʿiqatu wa-antum tanẓurūn Et quand vous avez dit : « Ô Mūsā, nous ne croirons pas en toi jusqu’à ce que nous voyions Allaah jahratan » — la ṣāʿiqa vous a saisis, alors que vous regardiez.
Notes lexicales
jahratan
racine *j-h-r* : ce qui se fait au grand jour, à découvert, sans voile. Le verset rapporte l'exigence de ceux à qui Mūsā s'adresse, puis la saisie qui la suit. Il ne dit rien de plus sur ce qui pourrait ou non être vu : un **non-dit**.
ṣāʿiqa
racine *ṣ-ʿ-q* : ce qui frappe avec un fracas foudroyant. Conservé en translittération : « foudre » ou « tonnerre » précisent une nature que le verset ne donne pas. Ce qu'elle est exactement, et si elle a causé la mort, le verset ne le dit pas — le verset suivant parle d'un *baʿth* « après votre mort ».
S.2:56
ثُمَّ بَعَثْنَاكُمْ مِنْ بَعْدِ مَوْتِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ
Thumma baʿathnākum min baʿdi mawtikum laʿallakum tashkurūn Puis Nous vous avons ressuscités après votre mort, afin que vous soyez reconnaissants.
Notes lexicales
baʿathnākum
racine *b-ʿ-th* : faire se lever, susciter, mettre en mouvement. Le verset ne dit ni la manière, ni la durée, ni l'état dans lequel ils étaient : des **non-dits**.
Notes lexicales
bāriʾ
racine *b-r-ʾ* : créer en séparant, en dégageant de la matière brute. Ibn Fāris : *al-khalq ʿalā ghayri mithāl* — créer sans modèle préalable. Ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme Bāriʾ : Ce qui crée en distinguant, en dégageant la forme de la matière.
S.2:57
وَظَلَّلْنَا عَلَيْكُمُ الْغَمَامَ وَأَنْزَلْنَا عَلَيْكُمُ الْمَنَّ وَالسَّلْوَىٰ ۖ كُلُوا مِنْ طَيِّبَاتِ مَا رَزَقْنَاكُمْ ۖ وَمَا ظَلَمُونَا وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
Wa-ẓallalnā ʿalaykumu l-ghamāma wa-anzalnā ʿalaykumu l-manna wa-s-salwā kulū min ṭayyibāti mā razaqnākum wa-mā ẓalamūnā wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn Nous avons étendu sur vous le nuage comme ombrage, Nous avons fait descendre sur vous le mann et la salwā — mangez des bonnes choses dont Nous vous avons pourvus — et ils ne Nous ont pas causé de ẓulm, mais c’est à eux-mêmes qu’ils causaient le ẓulm.
Notes lexicales
mann / salwā
*mann* : ce qui est donné sans effort, en bienfait (racine *m-n-n*) ; *salwā* : ce qui console et apaise (racine *s-l-w*). Le verset ne décrit pas ce que ces deux mots désignent concrètement : ils sont conservés en translittération.
S.2:58
وَإِذْ قُلْنَا ادْخُلُوا هَٰذِهِ الْقَرْيَةَ فَكُلُوا مِنْهَا حَيْثُ شِئْتُمْ رَغَدًا وَادْخُلُوا الْبَابَ سُجَّدًا وَقُولُوا حِطَّةٌ نَغْفِرْ لَكُمْ خَطَايَاكُمْ ۚ وَسَنَزِيدُ الْمُحْسِنِينَ
Wa-idh qulnā dkhulū hādhihi l-qaryata fa-kulū minhā ḥaythu shiʾtum raghadan wa-dkhulū l-bāba sujjadan wa-qūlū ḥiṭṭatun naghfir lakum khaṭāyākum wa-sa-nazīdu l-muḥsinīn Et quand Nous avons dit : « Entrez dans cette qarya et mangez librement de ce qu’elle contient, où vous voudrez ; entrez par la porte en vous prosternant et dites : ḥiṭṭa — Nous vous pardonnerons vos khaṭāyā ; et Nous donnerons davantage aux muḥsinūn. »
Notes lexicales
qarya
racine *q-r-y* : lieu où l'on se rassemble, localité. Le verset ne la nomme pas : un **non-dit**.
ḥiṭṭa
racine *ḥ-ṭ-ṭ* : déposer à terre, abaisser (un fardeau). Le mot est donné comme parole à prononcer ; le verset n'en dit pas davantage. Conservé en translittération.
khaṭāyā
pluriel de *khaṭīʾa*, racine *kh-ṭ-ʾ* : dévier de la cible, manquer le but.
muḥsinūn
racine *ḥ-s-n* : ceux qui agissent avec excellence, qui rendent beau ce qu'ils font.
S.2:59
فَبَدَّلَ الَّذِينَ ظَلَمُوا قَوْلًا غَيْرَ الَّذِي قِيلَ لَهُمْ فَأَنْزَلْنَا عَلَى الَّذِينَ ظَلَمُوا رِجْزًا مِنَ السَّمَاءِ بِمَا كَانُوا يَفْسُقُونَ
Fa-baddala lladhīna ẓalamū qawlan ghayra lladhī qīla lahum fa-anzalnā ʿalā lladhīna ẓalamū rijzan mina s-samāʾi bi-mā kānū yafsuqūn Mais ceux qui avaient commis le ẓulm ont substitué à ce qu’on leur avait dit une parole autre. Alors Nous avons fait descendre sur ceux qui avaient commis le ẓulm un rijz venu du ciel, à cause de ce qu’ils commettaient comme fisq.
Notes lexicales
rijz
racine *r-j-z* : trouble, agitation violente. Conservé en translittération : « peste », « tourment » ou « châtiment » précisent une nature que le verset ne donne pas.
fisq
racine *f-s-q* : sortir de son enveloppe (la datte qui sort de sa peau) — sortir du cadre fixé.
S.2:60
۞ وَإِذِ اسْتَسْقَىٰ مُوسَىٰ لِقَوْمِهِ فَقُلْنَا اضْرِبْ بِعَصَاكَ الْحَجَرَ ۖ فَانْفَجَرَتْ مِنْهُ اثْنَتَا عَشْرَةَ عَيْنًا ۖ قَدْ عَلِمَ كُلُّ أُنَاسٍ مَشْرَبَهُمْ ۖ كُلُوا وَاشْرَبُوا مِنْ رِزْقِ اللَّهِ وَلَا تَعْثَوْا فِي الْأَرْضِ مُفْسِدِينَ
Wa-idhi staqā Mūsā li-qawmihi fa-qulnā ḍrib bi-ʿaṣāka l-ḥajara fa-nfajarat minhu thnatā ʿashrata ʿaynan qad ʿalima kullu unāsin mashrabahum kulū wa-shrabū min rizqi llāhi wa-lā taʿthaw fī l-arḍi mufsidīn Et quand Mūsā demanda de l’eau pour son peuple, Nous dîmes : « Frappe la pierre de ton bâton. » Il en jaillit douze sources — chaque groupe d’hommes connut son lieu pour boire. « Mangez et buvez du rizq d’Allaah, et ne commettez pas de ravages sur la terre en y semant la corruption. »
Notes lexicales
rizq
racine *r-z-q* : ce qui est accordé pour subsister, la provision. Conservé en translittération : « nourriture » ou « biens » en restreignent le sens.
S.2:61
وَإِذْ قُلْتُمْ يَا مُوسَىٰ لَنْ نَصْبِرَ عَلَىٰ طَعَامٍ وَاحِدٍ فَادْعُ لَنَا رَبَّكَ يُخْرِجْ لَنَا مِمَّا تُنْبِتُ الْأَرْضُ مِنْ بَقْلِهَا وَقِثَّائِهَا وَفُومِهَا وَعَدَسِهَا وَبَصَلِهَا ۖ قَالَ أَتَسْتَبْدِلُونَ الَّذِي هُوَ أَدْنَىٰ بِالَّذِي هُوَ خَيْرٌ ۚ اهْبِطُوا مِصْرًا فَإِنَّ لَكُمْ مَا سَأَلْتُمْ ۗ وَضُرِبَتْ عَلَيْهِمُ الذِّلَّةُ وَالْمَسْكَنَةُ وَبَاءُوا بِغَضَبٍ مِنَ اللَّهِ ۗ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ كَانُوا يَكْفُرُونَ بِآيَاتِ اللَّهِ وَيَقْتُلُونَ النَّبِيِّينَ بِغَيْرِ الْحَقِّ ۗ ذَٰلِكَ بِمَا عَصَوْا وَكَانُوا يَعْتَدُونَ
Wa-idh qultum yā Mūsā lan naṣbira ʿalā ṭaʿāmin wāḥidin fa-dʿu lanā rabbaka yukhrij lanā mimmā tunbitu l-arḍu min baqlihā wa-qiththāʾihā wa-fūmihā wa-ʿadasihā wa-baṣalihā · qāla a-tastabdilūna lladhī huwa adnā bi-lladhī huwa khayrun · ihbiṭū miṣran fa-inna lakum mā saʾaltum · wa-ḍuribat ʿalayhimu dh-dhillatu wa-l-maskanatu wa-bāʾū bi-ghaḍabin mina llāhi · dhālika bi-annahum kānū yakfurūna bi-āyāti llāhi wa-yaqtulūna n-nabiyyīna bi-ghayri l-ḥaqqi · dhālika bi-mā ʿaṣaw wa-kānū yaʿtadūn Et quand vous avez dit : « Ô Mūsā, nous ne supporterons pas une seule nourriture. Invoque pour nous ton Rabb : qu’Il fasse sortir pour nous de ce que la terre fait pousser — de ses légumes verts, de ses concombres, de son fūm, de ses lentilles et de ses oignons. » — Il dit : « Voulez-vous échanger ce qui est moindre contre ce qui est meilleur ? Descendez vers une ville : vous y aurez ce que vous avez demandé. » — La dhilla et la maskana furent imposées sur eux, et ils revinrent chargés d’un ghaḍab venu d’Allaah. Cela, parce qu’ils faisaient le kufr des āyāt d’Allaah et tuaient les nabiyyīn sans ḥaqq ; cela, parce qu’ils désobéissaient et transgressaient.
Notes lexicales
fūm
deux lectures lexicographiques sont attestées : l'ail, ou les céréales (le blé). Le verset ne tranche pas ; le mot est conservé en translittération.
miṣr
avec la marque de l'indéfini (*miṣran*) : une ville, un centre habité, non le nom propre Miṣr. Le verset ne la nomme pas : un **non-dit**.
dhilla / maskana
*dhilla* (racine *dh-l-l*) : l'abaissement, la docilité imposée ; *maskana* (racine *s-k-n*) : le dénuement, l'immobilité de celui qui n'a plus de ressource. « Frappées sur eux » : la formule dit une marque imposée, comme on frappe une monnaie ou dresse une tente.
ghaḍab
racine *gh-ḍ-b* : réaction de rejet, retrait de la faveur. Voir la note sur *al-maghḍūb ʿalayhim* en S.1:7. Dit d'Allaah, le terme n'est pas rendu par un mot d'affect humain.
kufr / ḥaqq
*kufr* : recouvrir, dénier ce qui devrait être reconnu → Voir l'étude dédiée Le kāfir dans le Coran. *ḥaqq* : ce qui est établi, réel, dû. « Sans *ḥaqq* » : sans droit, sans fondement établi.
nabiyyīn
pluriel de *nabī*, racine *n-b-ʾ* : celui qui annonce, qui porte une annonce.
S.2:62
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَادُوا وَالنَّصَارَىٰ وَالصَّابِئِينَ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحًا فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Inna lladhīna āmanū wa-lladhīna hādū wa-n-naṣārā wa-ṣ-ṣābiʾīna man āmana bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-ʿamila ṣāliḥan fa-lahum ajruhum ʿinda rabbihim wa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn Ceux qui ont cru, ceux qui ont pratiqué le judaïsme, les naṣārā et les ṣābiʾūn — quiconque parmi eux a cru en Allaah et au Jour dernier et a accompli des actes droits — à eux leur rétribution auprès de leur Rabb : nulle crainte sur eux, et ils ne seront pas attristés.
Notes lexicales
ṣābiʾūn
racine *ṣ-b-ʾ* : sortir d'une chose, passer à une autre, changer d'appartenance. Le verset nomme ce groupe aux côtés des croyants, des juifs et des *naṣārā* sans en préciser davantage la nature ou les croyances : un **non-dit**. Conservé en translittération.

Verset pivot — S.2:62. Ce verset énonce un principe cardinal : le critère de rétribution n’est pas l’appartenance communautaire mais la foi en Allaah et au Jour dernier et l’accomplissement d’actes droits. Quatre communautés sont nommées sans hiérarchie. Non-dit : le texte ne dit pas que toutes ces communautés sont également sur la hudā — il dit que parmi toutes, man āmana wa-ʿamila ṣāliḥan recevra sa rétribution.

S.2:63
وَإِذْ أَخَذْنَا مِيثَاقَكُمْ وَرَفَعْنَا فَوْقَكُمُ الطُّورَ خُذُوا مَا آتَيْنَاكُمْ بِقُوَّةٍ وَاذْكُرُوا مَا فِيهِ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
Wa-idh akhadhnā mīthāqakum wa-rafaʿnā fawqakumu ṭ-ṭūra khudhū mā ātaynākum bi-quwwatin wa-dhkurū mā fīhi laʿallakum tattaqūn Et quand Nous avons pris votre mīthāq et avons élevé le Ṭūr au-dessus de vous : « Saisissez ce que Nous vous avons donné avec force, et rappelez-vous ce qui s’y trouve — afin que vous vous constituiez une taqwā. »
Notes lexicales
mīthāq
racine *w-th-q* : ce qui lie fermement, l'engagement solennel. Conservé en translittération.
Ṭūr
nom d'une montagne. Le texte dit seulement qu'elle a été « élevée au-dessus » d'eux ; il ne dit pas la manière : un **non-dit**.
S.2:64
ثُمَّ تَوَلَّيْتُمْ مِنْ بَعْدِ ذَٰلِكَ ۖ فَلَوْلَا فَضْلُ اللَّهِ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَتُهُ لَكُنْتُمْ مِنَ الْخَاسِرِينَ
Thumma tawallaytum min baʿdi dhālika fa-lawlā faḍlu llāhi ʿalaykum wa-raḥmatuhu la-kuntum mina l-khāsirīn Puis vous avez tourné le dos après cela — sans le faḍl d’Allaah sur vous et Sa raḥma, vous auriez été parmi les khāsirīn.
Notes lexicales
faḍl / raḥma / khāsirīn
*faḍl* : le surplus donné au-delà de ce qui est dû ; *raḥma* : ce qui est accordé à partir d'un lien de matrice (racine *r-ḥ-m*) ; *khāsirīn* : ceux qui perdent leur mise (racine *kh-s-r*).
S.2:65
وَلَقَدْ عَلِمْتُمُ الَّذِينَ اعْتَدَوْا مِنْكُمْ فِي السَّبْتِ فَقُلْنَا لَهُمْ كُونُوا قِرَدَةً خَاسِئِينَ
Wa-la-qad ʿalimtumu lladhīna ʿtadaw minkum fī s-sabti fa-qulnā lahum kūnū qiradatan khāsiʾīn Vous avez assurément connu ceux d’entre vous qui ont transgressé à propos du sabt. Nous leur avons dit : « Soyez des singes khāsiʾīn. »
Notes lexicales
sabt
racine *s-b-t* : la cessation, le repos. Le texte ne détaille pas ici l'interdit transgressé : un **non-dit**.
khāsiʾīn
racine *kh-s-ʾ* : repoussés avec mépris, tenus à distance.
qiradatan
*qirada*, pluriel de *qird* : singes. Deux lectures sont attestées : une transformation de corps, ou une image de l'abaissement de leur conduite. Le verset dit *kūnū* (« soyez ») et ne tranche pas : un **non-dit**.
S.2:66
فَجَعَلْنَاهَا نَكَالًا لِمَا بَيْنَ يَدَيْهَا وَمَا خَلْفَهَا وَمَوْعِظَةً لِلْمُتَّقِينَ
Fa-jaʿalnāhā nakālan li-mā bayna yadayhā wa-mā khalfahā wa-mawʿiẓatan li-l-muttaqīn Nous en avons fait un nakāl pour ce qui se trouvait devant elle et ce qui se trouvait derrière elle, et une exhortation pour les muttaqīn.
Notes lexicales
nakāl
racine *n-k-l* : ce qui retient les autres, par crainte, de faire de même — un exemple qui arrête. « Elle » : le verset ne nomme pas le référent du pronom (*-hā*) : un **non-dit**. « Devant elle / derrière elle » : ce qui précède et ce qui suit, ou les contemporains et ceux d'après ; le verset ne précise pas.
mawʿiẓa
racine *w-ʿ-ẓ* : rappeler à quelqu'un ce qui le retient de mal agir.

S.2:67–74 · L’épisode de la vache

S.2:67
وَإِذْ قَالَ مُوسَىٰ لِقَوْمِهِ إِنَّ اللَّهَ يَأْمُرُكُمْ أَنْ تَذْبَحُوا بَقَرَةً ۖ قَالُوا أَتَتَّخِذُنَا هُزُوًا ۖ قَالَ أَعُوذُ بِاللَّهِ أَنْ أَكُونَ مِنَ الْجَاهِلِينَ
Wa-idh qāla Mūsā li-qawmihi inna llāha yaʾmurukum an tadhbaḥū baqaratan · qālū a-tattakhidhunā huzuwan · qāla aʿūdhu bi-llāhi an akūna mina l-jāhilīn Et quand Mūsā dit à son peuple : « Allaah vous ordonne d’égorger une vache. » — Ils dirent : « Nous prends-tu en moquerie ? » — Il dit : « Je cherche refuge en Allaah pour ne pas être du nombre des jāhilīn. »
S.2:68
قَالُوا ادْعُ لَنَا رَبَّكَ يُبَيِّنْ لَنَا مَا هِيَ ۚ قَالَ إِنَّهُ يَقُولُ إِنَّهَا بَقَرَةٌ لَا فَارِضٌ وَلَا بِكْرٌ عَوَانٌ بَيْنَ ذَٰلِكَ ۖ فَافْعَلُوا مَا تُؤْمَرُونَ
Qālū dʿu lanā rabbaka yubayyin lanā mā hiya · qāla innahu yaqūlu innahā baqaratun lā fāriḍun wa-lā bikrun ʿawānun bayna dhālika · fa-fʿalū mā tuʾmarūn Ils dirent : « Invoque pour nous ton Rabb : qu’Il nous précise ce qu’elle est. » — Il dit : « Il dit d’elle que c’est une vache ni âgée ni génisse, mais ʿawān entre les deux. Faites donc ce que l’on vous ordonne. »
S.2:69
قَالُوا ادْعُ لَنَا رَبَّكَ يُبَيِّنْ لَنَا مَا لَوْنُهَا ۚ قَالَ إِنَّهُ يَقُولُ إِنَّهَا بَقَرَةٌ صَفْرَاءُ فَاقِعٌ لَوْنُهَا تَسُرُّ النَّاظِرِينَ
Qālū dʿu lanā rabbaka yubayyin lanā mā lawnuhā · qāla innahu yaqūlu innahā baqaratun ṣafrāʾu fāqiʿun lawnuhā tasurru n-nāẓirīn Ils dirent : « Invoque pour nous ton Rabb : qu’Il nous précise quelle est sa couleur. » — Il dit : « Il dit d’elle que c’est une vache jaune, d’un jaune franc, qui réjouit ceux qui la regardent. »
S.2:70
قَالُوا ادْعُ لَنَا رَبَّكَ يُبَيِّنْ لَنَا مَا هِيَ إِنَّ الْبَقَرَ تَشَابَهَ عَلَيْنَا وَإِنَّا إِنْ شَاءَ اللَّهُ لَمُهْتَدُونَ
Qālū dʿu lanā rabbaka yubayyin lanā mā hiya inna l-baqara tashābaha ʿalaynā wa-innā in shāʾa llāhu la-muhtadūn Ils dirent : « Invoque pour nous ton Rabb : qu’Il nous précise ce qu’elle est — car les vaches se ressemblent pour nous, et nous, si Allaah le veut, nous serons certes de ceux qui trouvent la bonne direction. »
S.2:71
قَالَ إِنَّهُ يَقُولُ إِنَّهَا بَقَرَةٌ لَا ذَلُولٌ تُثِيرُ الْأَرْضَ وَلَا تَسْقِي الْحَرْثَ مُسَلَّمَةٌ لَا شِيَةَ فِيهَا ۚ قَالُوا الْآنَ جِئْتَ بِالْحَقِّ ۚ فَذَبَحُوهَا وَمَا كَادُوا يَفْعَلُونَ
Qāla innahu yaqūlu innahā baqaratun lā dhalūlun tuthīru l-arḍa wa-lā tasqī l-ḥartha musallamatun lā shiyata fīhā · qālū l-āna jiʾta bi-l-ḥaqq · fa-dhabaḥūhā wa-mā kādū yafʿalūn Il dit : « Il dit d’elle que c’est une vache qui n’est pas dressée à retourner la terre ni à arroser le champ cultivé, intacte, sans aucune marque en elle. » — Ils dirent : « Maintenant tu es venu avec le ḥaqq. » — Ils l’égorgèrent, et peu s’en fallut qu’ils ne le fassent pas.
Notes lexicales
jāhilīn
racine *j-h-l* : ce qui s'oppose au *ʿilm* (savoir) et, de façon plus large, l'agir sans discernement ni retenue. Non traduit par « ignorants » : le mot ne dit pas simplement l'absence d'information, mais une conduite dépourvue de discernement. Mūsā demande refuge contre le fait d'être de ceux qui agissent ainsi, en prêtant à Allaah un ordre qu'Il n'aurait pas donné.
ʿawān
racine *ʿ-w-n* : d'âge moyen, qui a déjà porté — ni la vache âgée (*fāriḍ*, qui n'enfante plus) ni la génisse (*bikr*, qui n'a pas encore porté). Conservé en translittération : aucun mot français unique ne dit cet âge intermédiaire, et le groupe de mots qui l'exprime (« d'âge moyen, ayant déjà porté ») alourdirait le verset.
fāqiʿ
racine *f-q-ʿ* : d'un jaune franc, pur, sans mélange. Le terme s'emploie pour le jaune seulement.
dhalūl / shiya
*dhalūl* (racine *dh-l-l*) : rendue docile par le dressage, asservie au travail. *Shiya* (racine *w-sh-y*) : une marque, un trait d'une couleur autre que la couleur d'ensemble — la vache est donc d'une seule couleur, sans tache.
S.2:72
وَإِذْ قَتَلْتُمْ نَفْسًا فَادَّارَأْتُمْ فِيهَا ۖ وَاللَّهُ مُخْرِجٌ مَا كُنْتُمْ تَكْتُمُونَ
Wa-idh qataltum nafsan fa-ddāraʾtum fīhā · wa-llāhu mukhrijun mā kuntum taktumūn Et quand vous avez tué une âme et vous en êtes rejeté la responsabilité — Allaah fit sortir ce que vous dissimuliez.
S.2:73
فَقُلْنَا اضْرِبُوهُ بِبَعْضِهَا ۚ كَذَٰلِكَ يُحْيِي اللَّهُ الْمَوْتَىٰ وَيُرِيكُمْ آيَاتِهِ لَعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَ
Fa-qulnā iḍribūhu bi-baʿḍihā · ka-dhālika yuḥyī llāhu l-mawtā wa-yurīkum āyātihi laʿallakum taʿqilūn Nous avons dit : « Frappez-le avec une partie d’elle. » Ainsi Allaah redonne vie aux morts et vous montre Ses āyāt, afin que vous raisonniez.
S.2:74
ثُمَّ قَسَتْ قُلُوبُكُمْ مِنْ بَعْدِ ذَٰلِكَ فَهِيَ كَالْحِجَارَةِ أَوْ أَشَدُّ قَسْوَةً ۚ وَإِنَّ مِنَ الْحِجَارَةِ لَمَا يَتَفَجَّرُ مِنْهُ الْأَنْهَارُ ۚ وَإِنَّ مِنْهَا لَمَا يَشَّقَّقُ فَيَخْرُجُ مِنْهُ الْمَاءُ ۚ وَإِنَّ مِنْهَا لَمَا يَهْبِطُ مِنْ خَشْيَةِ اللَّهِ ۗ وَمَا اللَّهُ بِغَافِلٍ عَمَّا تَعْمَلُونَ
Thumma qasat qulūbukum min baʿdi dhālika fa-hiya ka-l-ḥijārati aw ashaddu qaswatan · wa-inna mina l-ḥijārati la-mā yatafajjaru minhu l-anhār · wa-inna minhā la-mā yashshaqqaqu fa-yakhruju minhu l-māʾ · wa-inna minhā la-mā yahbiṭu min khashyati llāh · wa-mā llāhu bi-ghāfilin ʿammā taʿmalūn Puis vos cœurs se sont durcis après cela : ils sont comme les pierres, ou plus durs encore en dureté. Or parmi les pierres il en est d’où jaillissent les fleuves, il en est qui se fendent et d’où sort l’eau, et il en est qui s’effondrent par khashya d’Allaah — et Allaah n’est pas inattentif à ce que vous faites.
Notes lexicales
khashya
racine *kh-sh-y* : crainte respectueuse qui fait s'incliner devant ce que l'on sait puissant. Conservé en translittération : « crainte » seul efface la dimension de reconnaissance qui accompagne ce mot. Le verset le dit des pierres : une des trois issues qu'il énumère est de s'effondrer par *khashya* d'Allaah — le texte ne précise pas la manière dont une pierre l'éprouve, un **non-dit**.

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