Structure du Bloc III. Ce bloc poursuit l’adresse aux descendants d’Isrāʾīl en documentant trois comportements : la falsification délibérée de la parole d’Allaah (S.2:75–86), le refus répété des envoyés (S.2:87–103), et l’épisode de la sorcellerie à Bābil comme exemple de ce qui nuit.


Falsification et maladie du cœur · S2:75–86

S.2:75–77 · La falsification consciente

S.2:75
أَفَتَطْمَعُونَ أَن يُؤْمِنُوا لَكُمْ وَقَدْ كَانَ فَرِيقٌ مِّنْهُمْ يَسْمَعُونَ كَلَامَ اللَّهِ ثُمَّ يُحَرِّفُونَهُ مِن بَعْدِ مَا عَقَلُوهُ وَهُمْ يَعْلَمُونَ
A-fa-taṭmaʿūna an yuʾminū lakum wa-qad kāna farīqun minhum yasmaʿūna kalāma llāhi thumma yuḥarrifūnahu min baʿdi mā ʿaqalūhu wa-hum yaʿlamūn Espérez-vous qu’ils vous croient alors qu’un groupe d’entre eux entendait la parole d’Allaah puis la déformait après l’avoir pleinement intégré par leur raison, en pleine conscience ?

Note lexicale

  • yuḥarrifūna — racine ḥ-r-f : dévier, faire pencher vers un bord. Taḥrīf : déplacement du sens vers une lisière, altération qui conserve l’apparence de l’original tout en le déviant. Distinct de la suppression (ikhfāʾ) et de la fabrication (iftirāʾ).
S.2:76–77
وَإِذَا لَقُوا الَّذِينَ آمَنُوا قَالُوا آمَنَّا وَإِذَا خَلَا بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ قَالُوا أَتُحَدِّثُونَهُم بِمَا فَتَحَ اللَّهُ عَلَيْكُمْ لِيُحَاجُّوكُم بِهِ عِندَ رَبِّكُمْ ۚ أَفَلَا تَعْقِلُونَ ۝ أَوَلَا يَعْلَمُونَ أَنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ مَا يُسِرُّونَ وَمَا يُعْلِنُونَ
Wa-idhā laqū lladhīna āmanū qālū āmannā wa-idhā khalā baʿḍuhum ilā baʿḍin qālū a-tuḥaddithūnahum bi-mā fataḥa llāhu ʿalaykum li-yuḥājjūkum bihi ʿinda rabbikum a-fa-lā taʿqilūn · A-wa-lā yaʿlamūna anna llāha yaʿlamu mā yusirrūna wa-mā yuʿlinūn Quand ils rencontrent ceux qui croient, ils disent : « Nous croyons » ; mais quand certains se retirent avec d’autres, ils disent : « Leur parlez-vous de ce qu’Allaah a ouvert sur vous, pour qu’ils vous en fassent argument auprès de votre Rabb ? Ne raisonnez-vous pas ! » — Ne savent-ils pas qu’Allaah sait ce qu’ils taisent et ce qu’ils proclament ?

S.2:78–86 · Ummiyyūn, falsification écrite, contradiction du Livre

S.2:78–79
وَمِنْهُمْ أُمِّيُّونَ لَا يَعْلَمُونَ الْكِتَابَ إِلَّا أَمَانِيَّ وَإِن هُمْ إِلَّا يَظُنُّونَ ۝ فَوَيْلٌ لِّلَّذِينَ يَكْتُبُونَ الْكِتَابَ بِأَيْدِيهِمْ ثُمَّ يَقُولُونَ هَٰذَا مِنْ عِندِ اللَّهِ لِيَشْتَرُوا بِهِ ثَمَنًا قَلِيلًا
Wa-minhum ummiyyūna lā yaʿlamūna l-kitāba illā amāniyya wa-in hum illā yaẓunnūn · Fa-waylun li-lladhīna yaktubūna l-kitāba bi-aydīhim thumma yaqūlūna hādhā min ʿindi llāhi li-yashtarū bihi thamanan qalīlan Parmi eux des ummiyyūn qui ne connaissent le Livre que par des amānī — ils ne font que conjecturer. — Waylun à ceux qui écrivent le Livre de leurs propres mains puis disent : « Ceci vient d’Allaah Lui-même » pour en tirer un prix dérisoire.

Note lexicale

  • ummiyyūn — racine ʾ-m-m : les gens de l’umma non scripturaire, ceux qui n’ont pas reçu de Livre. Dans ce contexte, les ummiyyūn parmi les descendants d’Isrāʾīl sont ceux qui ne connaissent pas directement le Livre — contrairement aux savants qui le falsifient en connaissance de cause. → Voir l’étude dédiée Ummī dans le Coran.
S.2:80–82
وَقَالُوا لَن تَمَسَّنَا النَّارُ إِلَّا أَيَّامًا مَّعْدُودَةً ۚ قُلْ أَتَّخَذْتُمْ عِندَ اللَّهِ عَهْدًا فَلَن يُخْلِفَ اللَّهُ عَهْدَهُ ۖ أَمْ تَقُولُونَ عَلَى اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ
Wa-qālū lan tamassanā n-nāru illā ayyāman maʿdūdatan · Qul a-ttakhadhtum ʿinda llāhi ʿahdan fa-lan yukhlifa llāhu ʿahdahu am taqūlūna ʿalā llāhi mā lā taʿlamūn Et ils dirent : « Le feu ne nous touchera que quelques jours comptés. » — Dis : « Avez-vous pris auprès d’Allaah un ʿahd — car Allaah ne manquera pas à Son ʿahd — ou dites-vous sur Allaah ce que vous ne savez pas ? » — Bien au contraire : quiconque acquiert une mauvaise action et que sa khaṭīʾa l’a encerclé — ceux-là sont les gens du feu, ils y demeureront éternellement. Ceux qui ont cru et accompli des actes droits — ceux-là sont les gens de la janna, ils y demeureront éternellement.
S.2:83–86
وَإِذْ أَخَذْنَا مِيثَاقَ بَنِي إِسْرَائِيلَ لَا تَعْبُدُونَ إِلَّا اللَّهَ وَبِالْوَالِدَيْنِ إِحْسَانًا وَذِي الْقُرْبَىٰ وَالْيَتَامَىٰ وَالْمَسَاكِينِ وَقُولُوا لِلنَّاسِ حُسْنًا وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ
Wa-idh akhadhnā mīthāqa banī Isrāʾīla lā taʿbudūna illā llāha wa-bi-l-wālidayni iḥsānan wa-dhī l-qurbā wa-l-yatāmā wa-l-masākīni wa-qūlū li-n-nāsi ḥusnan wa-aqīmū ṣ-ṣalāta wa-ātū z-zakāta Et quand Nous avons pris le mīthāq des fils d’Isrāʾīl : vous ne servirez qu’Allaah — et envers les deux parents de l’iḥsān, et envers les proches, les yatāmā et les masākīn — dites aux gens de belles paroles — établissez la ṣalāt, faites parvenir la zakāt. — Puis vous avez tourné le dos — sauf un petit nombre. — Voilà que vous vous entretuez et expulsez un groupe de vos demeures : croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous l’autre ?

Le refus répété des envoyés · S2:87–103

S.2:87–96 · Les rusul — le défi de la mort

S.2:87–88
وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ وَقَفَّيْنَا مِن بَعْدِهِ بِالرُّسُلِ ۖ وَآتَيْنَا عِيسَى ابْنَ مَرْيَمَ الْبَيِّنَاتِ وَأَيَّدْنَاهُ بِرُوحِ الْقُدُسِ ۗ أَفَكُلَّمَا جَاءَكُمْ رَسُولٌ بِمَا لَا تَهْوَىٰ أَنفُسُكُمُ اسْتَكْبَرْتُمْ فَفَرِيقًا كَذَّبْتُمْ وَفَرِيقًا تَقْتُلُونَ
Wa-laqad ātaynā Mūsā l-kitāba wa-qaffaynā min baʿdihi bi-r-rusuli wa-ātaynā ʿĪsā bna Maryama l-bayyināti wa-ayyadnāhu bi-rūḥi l-qudusi · A-fa-kullamā jāʾakum rasūlun bi-mā lā tahwā anfusakum istakbartum fa-farīqan kadhdhabtum wa-farīqan taqtulūn Et assurément Nous avons donné à Mūsā le Livre et fait suivre après lui des rusul ; et Nous avons donné à ʿĪsā fils de Maryam les preuves manifestes et l’avons soutenu par le rūḥ al-qudus. — Et c’est ainsi que, chaque fois qu’un rasūl vous est venu avec ce qui ne correspondait pas aux désirs de vos âmes, vous vous êtes montrés arrogants — traitant de menteurs un groupe, et en tuant un autre ?

Note lexicale

  • rūḥ al-qudusrūḥ : le souffle, la réalité spirituelle. al-qudus : la pureté absolue, la sainteté. Ce que l’on peut dire : le souffle de la pureté absolue. Le texte ne précise pas la nature de ce rūḥ. Toute identification à une entité particulière excède ce que le texte dit.
S.2:89–93
وَلَمَّا جَاءَهُمْ كِتَابٌ مِّنْ عِندِ اللَّهِ مُصَدِّقٌ لِّمَا مَعَهُمْ وَكَانُوا مِن قَبْلُ يَسْتَفْتِحُونَ عَلَى الَّذِينَ كَفَرُوا فَلَمَّا جَاءَهُم مَّا عَرَفُوا كَفَرُوا بِهِ ۚ فَلَعْنَةُ اللَّهِ عَلَى الْكَافِرِينَ
Wa-lammā jāʾahum kitābun min ʿindi llāhi muṣaddiqun li-mā maʿahum wa-kānū min qablu yastaftiḥūna ʿalā lladhīna kafarū fa-lammā jāʾahum mā ʿarafū kafarū bihi fa-laʿnatu llāhi ʿalā l-kāfirīn Et quand leur est venu un Livre de chez Allaah, confirmant ce qu’ils avaient avec eux — alors qu’auparavant ils demandaient l’ouverture contre ceux qui refusaient — quand ce qu’ils reconnaissaient leur est venu, ils l’ont refusé. La malédiction d’Allaah est sur les kāfirīn.
S.2:94–96
قُلْ إِن كَانَتْ لَكُمُ الدَّارُ الْآخِرَةُ عِندَ اللَّهِ خَالِصَةً مِّن دُونِ النَّاسِ فَتَمَنَّوُا الْمَوْتَ إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ ۝ وَلَن يَتَمَنَّوْهُ أَبَدًا بِمَا قَدَّمَتْ أَيْدِيهِمْ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ بِالظَّالِمِينَ
Qul in kānat lakumu d-dāru l-ākhiratu ʿinda llāhi khāliṣatan min dūni n-nāsi fa-tamannawu l-mawta in kuntum ṣādiqīn · Wa-lan yatamannawhu abadan bi-mā qaddimat aydīhim wa-llāhu ʿalīmun bi-ẓ-ẓālimīn Dis : « Si la demeure de l’ākhira auprès d’Allaah vous appartient en exclusivité à l’exclusion des autres gens — souhaitez la mort, si vous êtes véridiques. » — Ils ne la souhaiteront jamais, à cause de ce que leurs mains ont avancé — et Allaah est savant des ẓālimīn.

S.2:97–103 · Jibrīl · La sorcellerie · Ce qu’aurait valu la foi

S.2:97–99
قُلْ مَن كَانَ عَدُوًّا لِّجِبْرِيلَ فَإِنَّهُ نَزَّلَهُ عَلَىٰ قَلْبِكَ بِإِذْنِ اللَّهِ مُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ وَهُدًى وَبُشْرَىٰ لِلْمُؤْمِنِينَ ۝ مَن كَانَ عَدُوًّا لِّلَّهِ وَمَلَائِكَتِهِ وَرُسُلِهِ وَجِبْرِيلَ وَمِيكَالَ فَإِنَّ اللَّهَ عَدُوٌّ لِّلْكَافِرِينَ
Qul man kāna ʿaduwwan li-Jibrīla fa-innahu nazzalahu ʿalā qalbika bi-idhni llāhi muṣaddiqan li-mā bayna yadayhi wa-hudan wa-bushrā li-l-muʾminīn · Man kāna ʿaduwwan li-llāhi wa-malāʾikatihi wa-rusulihi wa-Jibrīla wa-Mīkāla fa-inna llāha ʿaduwwun li-l-kāfirīn Dis : « Quiconque est ennemi de Jibrīl — c’est lui qui l’a fait descendre sur ton cœur avec la permission d’Allaah, confirmant ce qui est devant lui, et guidance et annonce heureuse pour les croyants. » — Quiconque est ennemi d’Allaah, de Ses malāʾika, de Ses envoyés, de Jibrīl et de Mīkāl — Allaah est ennemi des kāfirīn.
S.2:100–101
أَوَكُلَّمَا عَاهَدُوا عَهْدًا نَّبَذَهُ فَرِيقٌ مِّنْهُمْ ۚ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يُؤْمِنُونَ ۝ وَلَمَّا جَاءَهُمْ رَسُولٌ مِّنْ عِندِ اللَّهِ مُصَدِّقٌ لِّمَا مَعَهُمْ نَبَذَ فَرِيقٌ مِّنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ كِتَابَ اللَّهِ وَرَاءَ ظُهُورِهِمْ كَأَنَّهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
A-wa-kullamā ʿāhadū ʿahdan nabadha-hu farīqun minhum bal aktharuhum lā yuʾminūn · Wa-lammā jāʾahum rasūlun min ʿindi llāhi muṣaddiqun li-mā maʿahum nabadha farīqun mina lladhīna ūtū l-kitāba kitāba llāhi warāʾa ẓuhūrihim ka-annahum lā yaʿlamūn Chaque fois qu’ils concluaient un ʿahd, un groupe d’entre eux le jetait — non, la plupart d’entre eux ne croient pas. — Quand leur est venu un rasūl de chez Allaah confirmant ce qui était avec eux, un groupe parmi ceux à qui le Livre avait été donné a jeté le Livre d’Allaah derrière leur dos — comme s’ils ne savaient pas.
S.2:102
وَاتَّبَعُوا مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ عَلَىٰ مُلْكِ سُلَيْمَانَ ۖ وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَٰكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا أُنزِلَ عَلَى الْمَلَكَيْنِ بِبَابِلَ هَارُوتَ وَمَارُوتَ ۚ وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّىٰ يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ
Wa-ttabaʿū mā tatlū sh-shayāṭīnu ʿalā mulki Sulaymāna · wa-mā kafara Sulaymānu wa-lākinna sh-shayāṭīna kafarū yuʿallimūna n-nāsa s-siḥra wa-mā unzila ʿalā l-malakayni bi-Bābila Hārūta wa-Mārūta · wa-mā yuʿallimāni min aḥadin ḥattā yaqūlā innamā naḥnu fitnatun fa-lā takfur Ils ont suivi ce que les shayāṭīn récitaient sur le règne de Sulaymān — Sulaymān n’avait pas commis le kufr, mais les shayāṭīn ont commis le kufr en enseignant aux gens le siḥr et ce qui est descendu sur les deux malaks à Bābil, Hārūt et Mārūt. Ces deux-là n’enseignaient à personne sans dire : « Nous ne sommes qu’une fitna — ne commets pas le kufr. » Ils apprenaient ce par quoi ils séparaient l’homme de son épouse — mais ils ne sont nullement en mesure de nuire par cela à quiconque sinon avec la permission d’Allaah. Ils apprenaient ce qui leur nuisait et ne leur profitait pas. Ils savaient bien que celui qui acquiert cela n’a aucun khalāq dans l’ākhira.
S.2:103
وَلَوْ أَنَّهُمْ آمَنُوا وَاتَّقَوْا لَمَثُوبَةٌ مِّنْ عِندِ اللَّهِ خَيْرٌ ۖ لَّوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ
Wa-law annahum āmanū wa-ttaqaw la-mathūbatun min ʿindi llāhi khayrun law kānū yaʿlamūn S’ils avaient cru et s’étaient constitués une taqwā, une mathūba venant d’Allaah aurait été meilleure — s’ils savaient.

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