Structure du Bloc IV. Ce bloc marque un tournant dans la sourate : du récit des descendants d’Isrāʾīl, le texte passe à l’adresse directe aux croyants et introduit les grandes balises de la qibla, du wajhu llāh, et du lignage d’Ibrāhīm comme fondement de la Maison et de l’imāma.
Adresse aux croyants · S2:104–113
S.2:104–107 · L’adresse · Le naskh · La souveraineté
S.2:104
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَقُولُوا رَاعِنَا وَقُولُوا انْظُرْنَا وَاسْمَعُوا ۗ وَلِلْكَافِرِينَ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā taqūlū rāʿinā wa-qūlū unẓurnā wa-smaʿū wa-li-l-kāfirīna ʿadhābun alīm
Ô vous qui avez cru, ne dites pas rāʿinā — dites unẓurnā et écoutez. Et aux kāfirīn, un châtiment douloureux.
S.2:105
مَا يَوَدُّ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ وَلَا الْمُشْرِكِينَ أَنْ يُنَزَّلَ عَلَيْكُمْ مِنْ خَيْرٍ مِنْ رَبِّكُمْ ۗ وَاللَّهُ يَخْتَصُّ بِرَحْمَتِهِ مَنْ يَشَاءُ ۚ وَاللَّهُ ذُو الْفَضْلِ الْعَظِيمِ
Mā yawaddu lladhīna kafarū min ahli l-kitābi wa-lā l-mushrikīna an yunazzala ʿalaykum min khayrin min rabbikum wa-llāhu yakhtaṣṣu bi-raḥmatihi man yashāʾu wa-llāhu dhū l-faḍli l-ʿaẓīm
Ceux qui ont commis le kufr parmi les gens du Livre, et les mushrikīn, ne souhaitent pas que descende sur vous un bien venu de votre Rabb. Or Allaah met à part, pour Sa raḥma, qui Il veut, et Allaah est le Maître du faḍl immense.
Notes lexicales
- yakhtaṣṣu
- racine *kh-ṣ-ṣ* : mettre à part, réserver en propre. Le verset dit que la *raḥma* est réservée à qui Allaah veut ; il ne dit pas selon quel critère : un **non-dit**.
- faḍl
- racine *f-ḍ-l* : ce qui excède le nécessaire, le surplus. Ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme *dhū l-faḍl* : Ce qui donne au-delà de ce qui est dû.
Notes lexicales
- rāʿinā / unẓurnā
- équivoque lexicale : en arabe, « prends soin de nous / regarde-nous avec attention » ; mais la forme *rāʿin* peut être retournée en un terme péjoratif dans d'autres langues sémitiques. Le texte ordonne de substituer *unẓurnā* (regarde-nous, prends-nous en considération) pour éviter toute équivoque.
S.2:106–107
مَا نَنسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِّنْهَا أَوْ مِثْلِهَا ۗ أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۗ وَمَا لَكُم مِّن دُونِ اللَّهِ مِن وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ
Mā nansakh min āyatin aw nunsihā naʾti bi-khayrin minhā aw mithlihā a-lam taʿlam anna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr · A-lam taʿlam anna llāha lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi wa-mā lakum min dūni llāhi min walīyin wa-lā naṣīr
Toute āya que Nous nansakh ou que Nous faisons oublier, Nous en apportons une meilleure ou une semblable — ne sais-tu pas qu’Allaah est capable de toute chose ? — Ne sais-tu pas qu’à Allaah appartient le mulk des cieux et de la terre ? Vous n’avez en dehors d’Allaah ni walī ni naṣīr.
Notes lexicales
- nansakh
- racine *n-s-kh* : copier, transcrire, puis par extension : remplacer, substituer. Le *naskh* coranique ici : toute *āya* que Nous *nansakh* — Nous en apportons une meilleure ou semblable. → Voir l'étude dédiée Le Naskh.
S.2:108–113 · Les errances · Les divergences
S.2:108
أَمْ تُرِيدُونَ أَنْ تَسْأَلُوا رَسُولَكُمْ كَمَا سُئِلَ مُوسَىٰ مِنْ قَبْلُ ۗ وَمَنْ يَتَبَدَّلِ الْكُفْرَ بِالْإِيمَانِ فَقَدْ ضَلَّ سَوَاءَ السَّبِيلِ
Am turīdūna an tasʾalū rasūlakum kamā suʾila Mūsā min qablu wa-man yatabaddali l-kufra bi-l-īmāni fa-qad ḍalla sawāʾa s-sabīl
Ou bien voulez-vous interroger votre rasūl comme Mūsā fut interrogé auparavant ? Quiconque substitue le kufr à l’īmān s’est égaré du juste milieu du chemin.
S.2:109
وَدَّ كَثِيرٌ مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ لَوْ يَرُدُّونَكُمْ مِنْ بَعْدِ إِيمَانِكُمْ كُفَّارًا حَسَدًا مِنْ عِنْدِ أَنْفُسِهِمْ مِنْ بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمُ الْحَقُّ ۖ فَاعْفُوا وَاصْفَحُوا حَتَّىٰ يَأْتِيَ اللَّهُ بِأَمْرِهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Wadda kathīrun min ahli l-kitābi law yaruddūnakum min baʿdi īmānikum kuffāran ḥasadan min ʿindi anfusihim min baʿdi mā tabayyana lahumu l-ḥaqqu fa-ʿfū wa-ṣfaḥū ḥattā yaʾtiya llāhu bi-amrihi inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr
Beaucoup parmi les gens du Livre auraient voulu, par un ḥasad venu d’eux-mêmes, vous ramener au kufr après votre īmān, après que le ḥaqq leur est devenu clair. Passez sur cela, détournez-vous, jusqu’à ce qu’Allaah amène Son amr. Allaah est capable de toute chose.
Notes lexicales
- ḥasad
- racine *ḥ-s-d* : désirer que l'autre perde ce qu'il possède. Conservé en translittération : « jalousie » recouvre aussi le désir de garder pour soi, ce que la racine ne dit pas.
- ʿafw / ṣafḥ
- *ʿafw* (racine *ʿ-f-w*) : effacer, laisser la trace disparaître ; *ṣafḥ* (racine *ṣ-f-ḥ*) : tourner le visage de côté, passer outre. Deux impératifs qui se suivent : laisser passer, puis se détourner.
- amr
- racine *ʾ-m-r* : ce qui est ordonné, la chose décidée. Ce que sera cet *amr* et quand il viendra, le verset ne le dit pas : un **non-dit**.
S.2:110
وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ ۚ وَمَا تُقَدِّمُوا لِأَنْفُسِكُمْ مِنْ خَيْرٍ تَجِدُوهُ عِنْدَ اللَّهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ
Wa-aqīmū ṣ-ṣalāta wa-ātū z-zakāta wa-mā tuqaddimū li-anfusikum min khayrin tajidūhu ʿinda llāhi inna llāha bi-mā taʿmalūna baṣīr
Établissez la ṣalāt et faites parvenir la zakāt. Tout bien que vous avancez pour vous-mêmes, vous le retrouverez auprès d’Allaah. Allaah est Baṣīr de ce que vous faites.
Notes lexicales
- Baṣīr
- racine *b-ṣ-r* : percevoir, discerner. Conservé en translittération : « voyant » installerait l'image d'un organe ; le sens retenu est que rien de ce que vous faites ne Lui échappe.
S.2:111
وَقَالُوا لَنْ يَدْخُلَ الْجَنَّةَ إِلَّا مَنْ كَانَ هُودًا أَوْ نَصَارَىٰ ۗ تِلْكَ أَمَانِيُّهُمْ ۗ قُلْ هَاتُوا بُرْهَانَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ
Wa-qālū lan yadkhula l-jannata illā man kāna hūdan aw naṣārā tilka amāniyyuhum qul hātū burhānakum in kuntum ṣādiqīn
Et ils ont dit : « Nul n’entrera dans la janna s’il n’est Juif ou naṣrānī. » Ce sont là leurs amānī. Dis : « Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques. »
Notes lexicales
- naṣrānī / naṣārā
- racine *n-ṣ-r* : secourir, porter assistance. *Naṣārā* est rapproché par les lexicographes soit du nom du village *Nāṣira* (Nazareth), soit de l'auto-désignation des disciples de ʿĪsā comme *anṣār* — ceux qui se sont portés à son secours (cf. S.3:52, S.61:14, où ʿĪsā demande : « Qui sont mes *anṣār* vers Allaah ? »). Conservé en translittération : « chrétien » vient du grec *khristos* et désigne l'appartenance à une doctrine, quand *naṣrānī* pointe une autre origine lexicale, liée au secours ou au lieu.
S.2:112
بَلَىٰ مَنْ أَسْلَمَ وَجْهَهُ لِلَّهِ وَهُوَ مُحْسِنٌ فَلَهُ أَجْرُهُ عِنْدَ رَبِّهِ وَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Balā man aslama wajhahu li-llāhi wa-huwa muḥsinun fa-lahu ajruhu ʿinda rabbihi wa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn
Bien au contraire : quiconque se voue, tout entier et sans partage, à Allaah, tout en étant muḥsin, aura sa rétribution auprès de son Rabb : nulle crainte sur eux, et ils ne seront pas attristés.
Notes lexicales
- muḥsin
- racine *ḥ-s-n* : ce qui est beau, bon, mené à son meilleur accomplissement. *Muḥsin* (participe de la forme IV *aḥsana*, faire *ḥasan*) : celui qui accomplit l'acte au mieux de ce qu'il peut être. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à *khilāf al-qabīḥ* — l'opposé du laid, du défectueux. Conservé en translittération : « bienfaisant » ne rend que l'aspect envers autrui, quand *iḥsān* porte aussi la qualité de l'acte lui-même, quel qu'en soit le destinataire.
S.2:113
وَقَالَتِ الْيَهُودُ لَيْسَتِ النَّصَارَىٰ عَلَىٰ شَيْءٍ وَقَالَتِ النَّصَارَىٰ لَيْسَتِ الْيَهُودُ عَلَىٰ شَيْءٍ وَهُمْ يَتْلُونَ الْكِتَابَ ۗ كَذَٰلِكَ قَالَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ مِثْلَ قَوْلِهِمْ ۚ فَاللَّهُ يَحْكُمُ بَيْنَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فِيمَا كَانُوا فِيهِ يَخْتَلِفُونَ
Wa-qālati l-yahūdu laysati n-naṣārā ʿalā shayʾin wa-qālati n-naṣārā laysati l-yahūdu ʿalā shayʾin wa-hum yatlūna l-kitāba ka-dhālika qāla lladhīna lā yaʿlamūna mithla qawlihim fa-llāhu yaḥkumu baynahum yawma l-qiyāmati fīmā kānū fīhi yakhtalifūn
Les Juifs ont dit : « Les naṣārā ne reposent sur rien », et les naṣārā ont dit : « Les Juifs ne reposent sur rien » — alors qu’ils récitent le Livre. De la même manière, ceux qui ne savent pas ont tenu des paroles semblables aux leurs. Allaah tranchera entre eux, au jour de la Qiyāma, sur ce en quoi ils divergeaient.
Notes lexicales
- ʿalā shayʾ
- littéralement « sur quelque chose » : avoir une assise, un fondement. « Ne reposent sur rien » rend l'idée : n'ont aucune assise.
- yaḥkumu
- racine *ḥ-k-m* : trancher, mettre fin à un différend en rendant un jugement.
- Qiyāma
- racine *q-w-m* : se dresser, se tenir debout. Le nom dit l'action de se dresser ; conservé en translittération. Le verset ne dit rien de plus sur ce jour.
Notes lexicales
- aslama wajhahu li-llāh
- *aslama* (forme IV de *s-l-m*, remettre entièrement, se placer sans réserve sous la sauvegarde d'un autre) appliqué au *wajh* — racine qui recouvre, chez les lexicographes classiques, trois axes convergents : l'orientation (al-Farāhīdī), la primauté/l'essence de la chose (Ibn Fāris), le rang conféré (Ibn Manẓūr). *Aslama wajhahu li-llāh* porte donc une remise de soi totale et exclusive, non une image corporelle. Même construction en S3:20 et S4:125 ; à distinguer de *wajhu llāh* (S2:115), qui désigne l'objet visé et non le sujet qui se voue.
La qibla et wajhu llāh · S2:114–118
S.2:114–115 · Les masājid · Wajhu llāh en tout lieu
S.2:114
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنْ مَنَعَ مَسَاجِدَ اللَّهِ أَنْ يُذْكَرَ فِيهَا اسْمُهُ وَسَعَىٰ فِي خَرَابِهَا ۚ أُولَٰئِكَ مَا كَانَ لَهُمْ أَنْ يَدْخُلُوهَا إِلَّا خَائِفِينَ ۚ لَهُمْ فِي الدُّنْيَا خِزْيٌ وَلَهُمْ فِي الْآخِرَةِ عَذَابٌ عَظِيمٌ
Wa-man aẓlamu mimman manaʿa masājida llāhi an yudhkara fīhā smuhu wa-saʿā fī kharābihā ulāʾika mā kāna lahum an yadkhulūhā illā khāʾifīna lahum fī d-dunyā khizyun wa-lahum fī l-ākhirati ʿadhābun ʿaẓīm
Qui est plus ẓālim que celui qui prive les masājid d’Allaah de l’invocation de Son nom et qui s’emploie activement à les désoler ? Ceux-là n’avaient à y entrer que craintifs : à eux, dans la vie proche, une humiliation, et à eux, dans l’ākhira, un châtiment immense.
Notes lexicales
- masājid
- racine *s-j-d* : se prosterner, poser le front au sol. *Masjid* : nom de lieu (schème *maf ʿil*) — le lieu où s'accomplit le *sujūd*. Conservé en translittération : « mosquée » (via l'espagnol *mezquita*, de l'arabe *masjid* lui-même) a fini par désigner un type d'édifice codifié historiquement, quand le texte ici désigne plus largement tout lieu où l'on se prosterne devant Allaah.
S.2:115
وَلِلَّهِ الْمَشْرِقُ وَالْمَغْرِبُ ۚ فَأَيْنَمَا تُوَلُّوا فَثَمَّ وَجْهُ اللَّهِ ۚ إِنَّ اللَّهَ وَاسِعٌ عَلِيمٌ
Wa-li-llāhi l-mashriqu wa-l-maghribu fa-ayynamā tuwallū fa-thamma wajhu llāhi inna llāha wāsiʿun ʿalīm
À Allaah appartient le mashriq et le maghrib — en quelque direction que vous vous tourniez, le wajhu llāh est là — Allaah est wāsiʿ, ʿalīm.
Notes lexicales
- mashriq / maghrib
- *mashriq* (racine *sh-r-q*, se lever, poindre) et *maghrib* (racine *gh-r-b*, disparaître, s'en aller) : les deux noms de lieu de la course du soleil, l'endroit où il se lève et celui où il se couche. Conservés en translittération : « orient »/« occident » et « levant »/« couchant » chargent ces mots d'une géographie culturelle (points cardinaux, civilisations) que la racine, elle, rattache seulement au mouvement du soleil.
- wāsiʿ
- racine *w-s-ʿ* : ce qui est vaste, ample, qui embrasse largement sans être resserré. Ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme *Wāsiʿ* : Ce dont l'embrassement n'est borné par aucune direction ni aucun lieu — cohérent avec ce que dit le verset : en quelque direction qu'on se tourne, le *wajhu llāh* est là.
Note sur wajhu llāh · S.2:115. Dans ce contexte de qibla et d’orientation, wajhu llāh doit être lu selon l’axe direction/orientation de la racine w-j-h (al-Farāhīdī : mā astaqbala min kull shayʾ — ce vers quoi une chose fait face). La traduction retenue : le wajhu llāh est là — Ce vers quoi la créature s’oriente pour exprimer son orientation vers Allaah. Jamais « la face d’Allaah ». → Voir la note sur wajhu llāh dans la Note méthodologique.
S.2:116–121 · Réfutation · Badīʿ · Kun fa-yakūn · La récitation vraie
S.2:116–117
وَقَالُوا اتَّخَذَ اللَّهُ وَلَدًا ۗ سُبْحَانَهُ ۖ بَل لَّهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ كُلٌّ لَهُ قَانِتُونَ بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ وَإِذَا قَضَىٰ أَمْرًا فَإِنَّمَا يَقُولُ لَهُ كُن فَيَكُونُ
Wa-qālū ttakhadha llāhu waladan subḥānahu bal lahu mā fī s-samāwāti wa-l-arḍi kullun lahu qānitūn · Badīʿu s-samāwāti wa-l-arḍi wa-idhā qaḍā amran fa-innamā yaqūlu lahu kun fa-yakūn
Et ils ont dit : « Allaah s’est donné un fils. » Subḥānahu — non, à Lui appartient ce qui est dans les cieux et la terre — tout est qānit devant Lui. — Badīʿ des cieux et de la terre — quand Il décrète une chose Il dit seulement : « Sois » — et cela est.
Notes lexicales
- qānitūn
- racine *q-n-t* : se tenir dans la soumission constante, l'obéissance durable. Ce que l'on peut dire lorsqu'on parle des créatures comme *qānitūn* : chacune est en état de soumission permanente à Allaah.
- badīʿ
- racine *b-d-ʿ* : inaugurateur absolu, créateur d'un genre entièrement nouveau. Ibn Fāris : *al-ibdāʿ : ikhtirāʿ al-shayʾ lā ʿan miṭhāl* — inventer une chose sans modèle préalable. Ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme *Badīʿ* : Ce qui instaure sans précédent, sans modèle, sans matière première.
S.2:118
وَقَالَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ لَوْلَا يُكَلِّمُنَا اللَّهُ أَوْ تَأْتِينَا آيَةٌ ۗ كَذَٰلِكَ قَالَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ مِثْلَ قَوْلِهِمْ ۘ تَشَابَهَتْ قُلُوبُهُمْ ۗ قَدْ بَيَّنَّا الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يُوقِنُونَ
Wa-qāla lladhīna lā yaʿlamūna lawlā yukallimunā llāhu aw taʾtīnā āyatun ka-dhālika qāla lladhīna min qablihim mithla qawlihim tashābahat qulūbuhum qad bayyannā l-āyāti li-qawmin yūqinūn
Et ceux qui ne savent pas ont dit : « Que ne nous adresse la parole Allaah, ou qu’une āya nous vienne ! » De la même manière, ceux d’avant eux ont tenu des paroles semblables aux leurs : leurs cœurs se ressemblent. Nous avons rendu les āyāt claires pour un peuple qui a la certitude.
Notes lexicales
- yūqinūn
- racine *y-q-n* : la certitude ancrée. Voir la note sur *yaqīn* au Bloc I.
S.2:119
إِنَّا أَرْسَلْنَاكَ بِالْحَقِّ بَشِيرًا وَنَذِيرًا ۖ وَلَا تُسْأَلُ عَنْ أَصْحَابِ الْجَحِيمِ
Innā arsalnāka bi-l-ḥaqqi bashīran wa-nadhīran wa-lā tusʾalu ʿan aṣḥābi l-jaḥīm
Nous t’avons envoyé avec le ḥaqq, bashīr et nadhīr, et tu ne seras pas interrogé sur les gens du jaḥīm.
Notes lexicales
- bashīr / nadhīr
- *bashīr* (racine *b-sh-r*) : celui qui annonce ce qui réjouit ; *nadhīr* (racine *n-dh-r*) : celui qui avertit d'un danger. Conservés en translittération : ils nomment deux fonctions de l'envoyé.
- jaḥīm
- racine *j-ḥ-m* : ardeur intense d'un feu attisé. Conservé en translittération : « enfer » est un mot de la tradition chrétienne latine (*infernus*, lieu d'en bas) et porte une géographie que le mot arabe ne dit pas.
S.2:120
وَلَنْ تَرْضَىٰ عَنْكَ الْيَهُودُ وَلَا النَّصَارَىٰ حَتَّىٰ تَتَّبِعَ مِلَّتَهُمْ ۗ قُلْ إِنَّ هُدَى اللَّهِ هُوَ الْهُدَىٰ ۗ وَلَئِنِ اتَّبَعْتَ أَهْوَاءَهُمْ بَعْدَ الَّذِي جَاءَكَ مِنَ الْعِلْمِ ۙ مَا لَكَ مِنَ اللَّهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ
Wa-lan tarḍā ʿanka l-yahūdu wa-lā n-naṣārā ḥattā tattabiʿa millatahum qul inna hudā llāhi huwa l-hudā wa-la-ini ttabaʿta ahwāʾahum baʿda lladhī jāʾaka mina l-ʿilmi mā laka mina llāhi min waliyyin wa-lā naṣīr
Ni les Juifs ni les naṣārā ne seront jamais satisfaits de toi jusqu’à ce que tu suives leur milla. Dis : « Le hudā d’Allaah est le seul hudā. » Et si tu suivais leurs ahwāʾ après ce qui t’est venu de la connaissance, tu n’aurais, du côté d’Allaah, ni walī ni naṣīr.
Notes lexicales
- hudā
- racine *h-d-y*. Conservé en translittération pour le moment — une note lexicale complète sur ce terme sera ajoutée ultérieurement.
- milla
- racine *m-l-l* : tracer, dicter — d'où la voie tracée, la règle de vie d'un groupe. Conservé en translittération.
- ahwāʾ
- pluriel de *hawā*, racine *h-w-y* : pente, inclination de l'âme vers ce qu'elle désire.
- mina llāhi
- **deux lectures** possibles de la préposition *min* : « de la part d'Allaah » (aucun *walī* ni *naṣīr* ne te viendrait de Lui) ou « face à Allaah » (aucun ne pourrait te protéger contre ce qui vient de Lui). Les deux sont compatibles avec S.2:107 ; le verset ne tranche pas. Traduit par « du côté d'Allaah », qui reste ouvert aux deux ; **à relire**, car « côté » a une connotation spatiale que la méthode écarte.
S.2:121
الَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَتْلُونَهُ حَقَّ تِلَاوَتِهِ أُولَٰئِكَ يُؤْمِنُونَ بِهِ ۗ وَمَنْ يَكْفُرْ بِهِ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْخَاسِرُونَ
Alladhīna ātaynāhumu l-kitāba yatlūnahu ḥaqqa tilāwatihi ulāʾika yuʾminūna bihi wa-man yakfur bihi fa-ulāʾika humu l-khāsirūn
Ceux à qui Nous avons donné le Livre le suivent comme il doit être suivi : ceux-là croient en lui. Et quiconque en fait le kufr — ceux-là sont les khāsirūn.
Notes lexicales
- yatlūnahu ḥaqqa tilāwatihi
- racine *t-l-w* : suivre, venir à la suite de. Deux lectures : « le suivent comme il doit être suivi » (le mettre en pratique pas à pas) et « le récitent comme il doit être récité » (dire les mots à la suite). La racine porte les deux ; les deux sont cohérentes avec S.91:2 (*talāhā*, « la suit »). Traduit par « suivent », la réciter n'étant qu'un cas de l'action de suivre les mots.
Ibrāhīm et la Maison · S2:122–129
S.2:122–124 · Le bienfait · Le Jour · L’épreuve d’Ibrāhīm
S.2:122–123
يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ اذْكُرُوا نِعْمَتِيَ الَّتِي أَنْعَمْتُ عَلَيْكُمْ وَأَنِّي فَضَّلْتُكُمْ عَلَى الْعَالَمِينَ وَاتَّقُوا يَوْمًا لَّا تَجْزِي نَفْسٌ عَن نَّفْسٍ شَيْئًا وَلَا يُقْبَلُ مِنْهَا عَدْلٌ وَلَا تَنفَعُهَا شَفَاعَةٌ وَلَا هُمْ يُنصَرُونَ
Yā banī Isrāʾīla dhkurū niʿmatiya llatī anʿamtu ʿalaykum wa-annī faḍḍaltukum ʿalā l-ʿālamīn · Wa-ttaqū yawman lā tajzī nafsun ʿan nafsin shayʾan wa-lā yuqbalu minhā ʿadlun wa-lā tanfaʿuhā shafāʿatun wa-lā hum yunṣarūn
Ô descendants d’Isrāʾīl, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés et que Je vous ai distingués au-dessus des ʿālamīn. — Et constituez-vous une taqwā en vue d’un Jour où nulle âme ne s’acquittera pour une autre de quoi que ce soit — nulle rançon ne sera acceptée, nulle shafāʿa ne lui profitera — et ils ne seront pas secourus.
Notes lexicales
- ittaqū / taqwā
- racine *w-q-y*, déjà établie (étude dédiée Les muttaqūn) : « ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri » — non simplement « les pieux ». Selon la méthode retenue ici, *taqwā* est conservé en translittération ; la forme verbale est rendue par « se constituer une taqwā », non par « se prémunir », afin de garder visible en français le nom d'action *taqwā* lui-même.
- shafāʿa
- racine *sh-f-ʿ* : joindre, adjoindre un second à un premier, faire la paire (*shafʿ* : le nombre pair, par opposition à *witr*, l'impair). *Shafāʿa* : le fait de joindre sa demande à celle d'un autre pour la porter. Le verset dit seulement qu'aucune *shafāʿa* ne profitera ce Jour-là ; il ne dit pas ici si une *shafāʿa* est possible ou effective en d'autres circonstances : un **non-dit** propre à ce verset.
S.2:124
وَإِذِ ابْتَلَىٰ إِبْرَاهِيمَ رَبُّهُ بِكَلِمَاتٍ فَأَتَمَّهُنَّ ۖ قَالَ إِنِّي جَاعِلُكَ لِلنَّاسِ إِمَامًا ۖ قَالَ وَمِن ذُرِّيَّتِي ۖ قَالَ لَا يَنَالُ عَهْدِي الظَّالِمِينَ
Wa-idhi btalā Ibrāhīma rabbuhu bi-kalimātin fa-atammahunna qāla innī jāʿiluka li-n-nāsi imāman qāla wa-min dhurriyyatī qāla lā yanālu ʿahdī ẓ-ẓālimīn
Et quand son Rabb éprouva Ibrāhīm par des kalimāt et qu’il les accomplit toutes — Il dit : « Je vais faire de toi un imām pour les gens. » — Il dit : « Et parmi ma descendance ? » — Il dit : « Mon ʿahd n’atteint pas les ẓālimīn. »
Notes lexicales
- kalimāt
- racine *k-l-m* : la parole en tant qu'elle blesse ou marque (*kalm* : la blessure, l'entaille). *Kalima* : ce qui est prononcé et qui marque, laisse une trace. Le texte ne dit pas ici en quoi consistaient ces *kalimāt* par lesquelles Ibrāhīm fut éprouvé : un **non-dit**. Conservé en translittération : « paroles » n'a pas ce lien étymologique à la marque laissée.
- imām
- racine *ʾ-m-m* : ce qui est devant, ce vers quoi on se dirige, ce que l'on suit (*amma* : se diriger vers ; *umm*, la mère, ce d'où l'on procède). *Imām* : ce qui est pris comme référence à suivre. Le verset ne précise pas en quoi consiste concrètement cette fonction d'*imām* conférée à Ibrāhīm : un **non-dit**.
Verset pivot — S.2:124. Ce verset établit la limite de l’imāma : elle ne se transmet pas automatiquement par filiation — elle s’arrête aux ẓālimīn. Le texte dit : lā yanālu ʿahdī ẓ-ẓālimīn — Mon ʿahd n’atteint pas les ẓālimīn. Non-dit : qui exactement parmi la descendance d’Ibrāhīm est ẓālim. Le critère est posé, pas son application à des individus ou lignées particulières.
S.2:125–129 · La Maison · Les suppliques d’Ibrāhīm et Ismāʿīl
S.2:125
وَإِذْ جَعَلْنَا الْبَيْتَ مَثَابَةً لِّلنَّاسِ وَأَمْنًا وَاتَّخِذُوا مِن مَّقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى ۖ وَعَهِدْنَا إِلَىٰ إِبْرَاهِيمَ وَإِسْمَاعِيلَ أَن طَهِّرَا بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْعَاكِفِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ
Wa-idh jaʿalnā l-bayta mathābatan li-n-nāsi wa-amnan wa-ttakhidhū min maqāmi Ibrāhīma muṣallan wa-ʿahidnā ilā Ibrāhīma wa-Ismāʿīla an ṭahhirā baytiya li-ṭ-ṭāʾifīna wa-l-ʿākifīna wa-r-rukkaʿi s-sujūd
Et quand Nous avons fait de la Maison une mathāba pour les gens et un espace de sécurité — et prenez le maqām d’Ibrāhīm comme muṣallā — et Nous avons chargé Ibrāhīm et Ismāʿīl de purifier Ma Maison pour les ṭāʾifīn, les ʿākifīn, et ceux qui font les rukūʿ et les sujūd.
Notes lexicales
- mathāba
- racine *th-w-b* : lieu de retour, point de rassemblement récurrent. Ibn Fāris : *al-rujūʿ ilā l-shayʾ marratan baʿda marrat* — revenir à quelque chose fois après fois. La Maison comme lieu de retour permanent, non simplement de pèlerinage ponctuel.
- muṣallā
- racine *ṣ-l-w* : lieu où s'effectue la *ṣalāt*, espace d'orientation.
- maqām
- racine *q-w-m* (déjà rencontrée pour *[Qiyāma](#qiyama)*, S.2:113) : nom de lieu — l'endroit où l'on se tient debout. *Maqām Ibrāhīm* : le lieu où Ibrāhīm s'est tenu debout. Le texte ne précise pas ici davantage la nature ou la localisation exacte de ce lieu : un **non-dit**.
- ṭāʾifīn
- racine *ṭ-w-f* : tourner autour, circuler alentour. *Ṭāʾifīn* : ceux qui accomplissent ce tour autour de la Maison. Conservé en translittération : « ceux qui circumambulent » est un décalque savant, « pèlerins » élargit à une catégorie de personnes plutôt qu'à l'acte lui-même.
- ʿākifīn
- racine *ʿ-k-f* : s'attacher à un lieu, s'y maintenir avec assiduité, s'y retirer (d'où l'*iʿtikāf*, la retraite en un lieu). *ʿĀkifīn* : ceux qui se maintiennent dans la Maison, s'y attachent par une présence continue — distinct des *ṭāʾifīn*, qui l'entourent en mouvement.
- rukūʿ
- racine *r-k-ʿ* : s'incliner, plier le buste. Conservé en translittération comme nom de la posture elle-même, distincte du *sujūd*.
- sujūd
- racine *s-j-d* (déjà rencontrée pour *[masājid](#masajid)*, S.2:114) : se prosterner, poser le front au sol — la posture la plus poussée d'abaissement volontaire devant Allaah.
S.2:126–127
وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ اجْعَلْ هَٰذَا بَلَدًا آمِنًا وَارْزُقْ أَهْلَهُ مِنَ الثَّمَرَاتِ مَنْ آمَنَ مِنْهُم بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ ۖ قَالَ وَمَن كَفَرَ فَأُمَتِّعُهُ قَلِيلًا ثُمَّ أَضْطَرُّهُ إِلَىٰ عَذَابِ النَّارِ وَإِذْ يَرْفَعُ إِبْرَاهِيمُ الْقَوَاعِدَ مِنَ الْبَيْتِ وَإِسْمَاعِيلُ رَبَّنَا تَقَبَّلْ مِنَّا ۖ إِنَّكَ أَنتَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ
Wa-idh qāla Ibrāhīmu rabbi jʿal hādhā baladan āminan wa-rzuq ahlahu mina th-thamarāti man āmana minhum bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhir · Qāla wa-man kafara fa-umattiʿuhu qalīlan thumma aḍṭarruhu ilā ʿadhābi n-nār · Wa-idh yarfaʿu Ibrāhīmu l-qawāʿida mina l-bayti wa-Ismāʿīlu rabbanā taqabbal minnā innaka anta s-samīʿu l-ʿalīm
Et quand Ibrāhīm dit : « Mon Rabb, fais de ceci un balad en sécurité et pourvois ses habitants en fruits — ceux d’entre eux qui croient en Allaah et au Jour Dernier. » — Il dit : « Et quiconque aura commis le kufr — Je lui accorderai une jouissance brève puis Je l’acculerai vers le châtiment du feu — et quelle mauvaise destination ! » — Et quand Ibrāhīm élevait les qawāʿid de la Maison avec Ismāʿīl : « Notre Rabb, accepte cela de nous — Tu es as-samīʿu l-ʿalīm. »
Notes lexicales
- balad
- racine *b-l-d* : sol, étendue de terre qui demeure, s'installe. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à l'idée de fixité, de permanence sur place (*al-balad* : ce qui reste, la terre qui ne se déplace pas). Conservé en translittération : « ville » suppose une structure urbaine déjà bâtie, quand la supplique d'Ibrāhīm porte sur une étendue encore à peupler.
- qawāʿid
- racine *q-ʿ-d* : s'asseoir, se poser, être assis en position stable. *Qawāʿid* (pluriel de *qāʿida*) : les bases, les assises sur lesquelles une chose repose et à partir desquelles elle s'élève. Conservé en translittération : « fondations » vient du latin *fundus* (le fond) — image proche, mais qui n'a pas ce lien à la racine de la position assise, stable.
S.2:128–129
رَبَّنَا وَاجْعَلْنَا مُسْلِمَيْنِ لَكَ وَمِن ذُرِّيَّتِنَا أُمَّةً مُّسْلِمَةً لَّكَ وَأَرِنَا مَنَاسِكَنَا وَتُبْ عَلَيْنَا ۖ إِنَّكَ أَنتَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ رَبَّنَا وَابْعَثْ فِيهِمْ رَسُولًا مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِكَ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُزَكِّيهِمْ ۚ إِنَّكَ أَنتَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
Rabbanā wa-jʿalnā muslimayni laka wa-min dhurriyyatīnā ummatan muslimatan laka wa-arinā manāsikanā wa-tub ʿalaynā innaka anta t-tawwābu r-raḥīm · Rabbanā wa-bʿath fīhim rasūlan minhum yatlū ʿalayhim āyātika wa-yuʿallimuhumu l-kitāba wa-l-ḥikmata wa-yuzakkīhim innaka anta l-ʿazīzu l-ḥakīm
« Notre Rabb, fais de nous deux des muslims pour Toi et de notre descendance une umma muslima pour Toi — et montre-nous nos manāsik — et accueille notre retour : Tu es at-Tawwāb, le raḥīm. » — « Notre Rabb, envoie parmi eux un rasūl venu d’eux qui leur récite Tes āyāt, leur enseigne le Livre et la ḥikma, et les purifie — Tu es al-ʿazīzu l-ḥakīm. »
Notes lexicales
- manāsik
- racine *n-s-k* : rite, acte cultuel dévoué. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) rattache la racine à l'idée d'un acte accompli en pureté, dévoué exclusivement — d'où aussi *nāsik*, celui qui pratique l'ascèse. *Manāsik* : les rites propres à la Maison, dont Ibrāhīm demande qu'ils leur soient montrés — le texte ne les détaille pas ici : un **non-dit**.
Verset pivot — S.2:128–129. La supplique d’Ibrāhīm demande qu’un rasūl soit envoyé minhum — venu d’eux, de leur descendance. Ce rasūl est identifiable au nabī Muḥammad dans la lecture intra-coranique (S.3:164, S.62:2). Ce que le texte dit : la supplique est exaucée. Non-dit : le texte ne dit pas ici explicitement que ce rasūl est Muḥammad — c’est une inférence cohérente avec l’ensemble du texte coranique, non une affirmation directe de ce verset.
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