Structure du Bloc VIII. Quatre ensembles : la clôture du ḥajj et les deux types de demandes adressées à Allaah (S2:200–203) ; deux figures opposées — la parole qui séduit et le don total de soi (S2:204–210) ; un ensemble législatif dense — dépense, qitāl, khamr et maysir, mariage hors shirk (S2:211–221) ; le maḥīḍ, le ḥarth conjugal et les serments (S2:222–227).

Avertissement méthodologique. Ce bloc contient plusieurs versets parmi les plus exposés à une lecture déformée dans un sens ou dans l’autre — S2:216–217 sur le qitāl, S2:219 sur le khamr et le maysir, S2:221 sur le mariage, S2:222–223 sur le maḥīḍ et le rapport conjugal. La méthode s’y applique avec une rigueur redoublée : rien n’est ajouté à ce que le texte dit, rien n’est retranché de ce qu’il dit, et le non-dit reste nommé comme non-dit — jamais comblé par une pudeur ou une sévérité qui ne seraient pas dans le texte lui-même.


Le dhikr après le ḥajj · S2:200–203

S.2:200 · Le dhikr multiplié — deux demandes possibles

S.2:200
فَإِذَا قَضَيْتُم مَّنَاسِكَكُمْ فَاذْكُرُوا اللَّهَ كَذِكْرِكُمْ آبَاءَكُمْ أَوْ أَشَدَّ ذِكْرًا ۗ فَمِنَ النَّاسِ مَن يَقُولُ رَبَّنَا آتِنَا فِي الدُّنْيَا وَمَا لَهُ فِي الْآخِرَةِ مِنْ خَلَاقٍ
Fa-idhā qaḍaytum manāsikakum fa-dhkurū llāha ka-dhikrikum ābāʾakum aw ashadda dhikrā — fa-mina l-nāsi man yaqūlu rabbanā ātinā fī l-dunyā wa-mā lahu fī l-ākhirati min khalāq Lorsque vous vous êtes acquittés de vos manāsik, convoquez Allaah dans le dhikr comme vous convoquez vos pères, ou d’un dhikr plus intense encore. Or parmi les gens, il en est qui dit : « Notre Seigneur, accorde-nous en ce bas monde » — et il n’a, dans l’au-delà, aucune part.

Notes lexicales

مَنَاسِك manāsik — même racine que nusuk (S2:196, offrande substitutive) : n-s-k désigne l’acte de dévotion rituelle accompli selon une forme fixée. Conservé en translittération. ذِكْر dhikr — racine dh-k-r déjà validée (S2:152) : retenir et convoquer activement dans le présent, non un simple souvenir passif. Le texte compare l’intensité requise à celle, spontanée et répétée, avec laquelle on évoquait ses pères — comparatif d’intensité, non de nature. الدُّنْيَا al-dunyā / الْآخِرَة al-ākhira — d-n-w : ce qui est proche, immédiatement accessible ; ʾ-kh-r : ce qui vient après, en dernier. Deux repères temporels relatifs, non deux mondes ontologiquement décrits par le texte à ce stade. خَلَاق khalāq — racine kh-l-q au sens de part/lot mesuré (Ibn Manẓūr : naṣīb, ḥaẓẓ) — distinct du même radical au sens de « créer ». Ce que le texte dit : celui qui ne demande que ce bas monde n’a, dans l’au-delà, aucune part. Ce que le texte ne dit pas : il ne dit pas que cette demande est interdite — il en décrit seulement l’issue.


S.2:201–203 · La demande double, et le dhikr des jours comptés

S.2:201
وَمِنْهُم مَّن يَقُولُ رَبَّنَا آتِنَا فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً وَفِي الْآخِرَةِ حَسَنَةً وَقِنَا عَذَابَ النَّارِ
Wa-minhum man yaqūlu rabbanā ātinā fī l-dunyā ḥasanatan wa-fī l-ākhirati ḥasanatan wa-qinā ʿadhāba l-nār Et parmi eux, il en est qui dit : « Notre Seigneur, accorde-nous une ḥasana en ce bas monde et une ḥasana dans l’au-delà, et préserve-nous du châtiment du Feu ».
S.2:202
أُولَٰئِكَ لَهُمْ نَصِيبٌ مِّمَّا كَسَبُوا ۚ وَاللَّهُ سَرِيعُ الْحِسَابِ
Ulāʾika lahum naṣībun mimmā kasabū — wa-llāhu Sarīʿu l-ḥisāb Ceux-là ont une part de ce qu’ils ont acquis. Et Allaah est Sarīʿ al-Ḥisāb.
S.2:203
وَاذْكُرُوا اللَّهَ فِي أَيَّامٍ مَّعْدُودَاتٍ ۚ فَمَن تَعَجَّلَ فِي يَوْمَيْنِ فَلَا إِثْمَ عَلَيْهِ وَمَن تَأَخَّرَ فَلَا إِثْمَ عَلَيْهِ ۙ لِمَنِ اتَّقَىٰ ۗ وَاتَّقُوا اللَّهَ وَاعْلَمُوا أَنَّكُمْ إِلَيْهِ تُحْشَرُونَ
Wa-dhkurū llāha fī ayyāmin maʿdūdāt — fa-man taʿajjala fī yawmayni fa-lā ithma ʿalayhi wa-man taʾakhkhara fa-lā ithma ʿalayhi li-mani ttaqā — wa-ttaqū llāha wa-ʿlamū annakum ilayhi tuḥsharūn Et convoquez Allaah durant des jours comptés. Quiconque se hâte en deux jours, nulle faute sur lui ; quiconque retarde, nulle faute sur lui non plus — pour qui s’est constitué une taqwā. Constituez-vous une taqwā envers Allaah, et sachez que c’est vers Lui que vous serez rassemblés.

Notes lexicales

حَسَنَة ḥasana — racine ḥ-s-n déjà validée (S2:178, S2:195 : excellence dans l’acte) — ici au sens de ce qui est bon/excellent comme état reçu, non plus seulement comme acte accompli. La seconde demande ne renonce pas à ce bas monde : elle y ajoute l’au-delà, sans exclusive. نَصِيب naṣīb — part attribuée, de même champ que khalāq (S2:200) mais racine distincte (n-ṣ-b : ce qui est fixé, dressé, attribué en lot). حِسَاب ḥisāb — racine ḥ-s-b : le compte, le calcul exact. Sarīʿ al-ḥisāb : ce qui établit le compte sans délai ni lenteur — non une rapidité au sens de précipitation, mais l’absence d’attente entre l’acte et son évaluation. تَعَجَّل taʿajjala / تَأَخَّر taʾakhkhara — se hâter / différer : le texte égalise explicitement les deux options (« nulle faute » dans les deux cas), la condition posée n’étant pas le choix du délai mais li-mani ttaqā — pour qui s’est constitué une taqwā. حُشِرَ ḥushira — racine ḥ-sh-r : rassembler, ramener en un lieu unique. Ce que le texte dit : deux formes de dhikr sont demandées — comparé à celui des pères après le ḥajj, et un dhikr calendaire sur des jours comptés, avec une liberté de délai encadrée par la taqwā. Ce que le texte ne dit pas : il ne détaille ni la forme précise de ce dhikr calendaire ni le nombre exact de ces jours comptés au-delà de la fourchette de deux ou plus qu’il laisse entendre.

↑ Haut de fiche


Deux figures opposées · S2:204–210

S.2:204–207 · La parole qui séduit, et le don total de soi

S.2:204
وَمِنَ النَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَيُشْهِدُ اللَّهَ عَلَىٰ مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ الْخِصَامِ
Wa-mina l-nāsi man yuʿjibuka qawluhu fī l-ḥayāti l-dunyā wa-yushhidu llāha ʿalā mā fī qalbihi wa-huwa aladdu l-khiṣām Et parmi les gens, il en est dont la parole te séduit dans la vie de ce bas monde, et qui prend Allaah à témoin de ce qu’il y a dans son cœur — alors qu’il est le plus âpre des contradicteurs.
S.2:205
وَإِذَا تَوَلَّىٰ سَعَىٰ فِي الْأَرْضِ لِيُفْسِدَ فِيهَا وَيُهْلِكَ الْحَرْثَ وَالنَّسْلَ ۗ وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ الْفَسَادَ
Wa-idhā tawallā saʿā fī l-arḍi li-yufsida fīhā wa-yuhlika l-ḥartha wa-l-nasl — wa-llāhu lā yuḥibbu l-fasād Et lorsqu’il se détourne, il s’active sur la terre pour y corrompre l’ordre, et anéantir la culture et la descendance. Or Allaah n’aime pas la corruption de l’ordre.
S.2:206
وَإِذَا قِيلَ لَهُ اتَّقِ اللَّهَ أَخَذَتْهُ الْعِزَّةُ بِالْإِثْمِ ۚ فَحَسْبُهُ جَهَنَّمُ ۚ وَلَبِئْسَ الْمِهَادُ
Wa-idhā qīla lahu ttaqi llāha akhadhathu l-ʿizzatu bi-l-ithm — fa-ḥasbuhu jahannam — wa-la-biʾsa l-mihād Et quand on lui dit : « Constitue-toi une taqwā envers Allaah », l’obstination le saisit dans la faute — alors jahannam lui suffit, et quelle détestable couche.
S.2:207
وَمِنَ النَّاسِ مَن يَشْرِي نَفْسَهُ ابْتِغَاءَ مَرْضَاتِ اللَّهِ ۗ وَاللَّهُ رَءُوفٌ بِالْعِبَادِ
Wa-mina l-nāsi man yashrī nafsahu btighāʾa marḍāti llāh — wa-llāhu Raʾūfun bi-l-ʿibād Et parmi les gens, il en est qui se donne tout entier, en quête de l’agrément d’Allaah. Et Allaah est al-Raʾūf envers les serviteurs.

Notes lexicales

يُعْجِبُكَ yuʿjibuka — racine ʿ-j-b : susciter l’admiration, séduire par l’apparence. La séduction porte sur la parole (qawluhu), non sur les actes — distinction que le verset suivant creuse. أَلَدُّ الْخِصَام aladdu l-khiṣām — racine l-d-d (Lisān : shadīd al-khiṣām, âpreté irréductible dans la contestation) : superlatif d’opposition, non de simple désaccord. تَوَلَّىٰ tawallā — forme V de w-l-y : se détourner, tourner le dos — sens distinct de la wilāya (proximité protectrice) rencontrée ailleurs sur la même racine ; le contexte seul détermine le sens. سَعَىٰ saʿā — mouvement empressé vers un but ; ici orienté vers li-yufsida, la corruption de l’ordre. فَسَاد fasād — racine f-s-d : sortie de l’état d’équilibre, dérèglement — opposé exact de ṣalāḥ (S2:11, S2:160 déjà rencontré). الْحَرْث وَالنَّسْل al-ḥarth wa-l-nasl — la culture (ce que la terre porte) et la descendance (ce qui se propage par filiation) : le texte associe l’anéantissement des ressources vivrières et celui de la lignée comme les deux effets concrets de la corruption de l’ordre, sans préciser par quel moyen. الْعِزَّة al-ʿizza — racine ʿ-z-z : fermeté inaccessible à toute atteinte ; appliquée ici à un humain, elle devient obstination fermée sur elle-même — akhadhathu l-ʿizzatu bi-l-ithm, littéralement « l’ʿizza le saisit dans la faute ». الْمِهَاد al-mihād — racine m-h-d : surface aplanie, préparée pour s’y étendre ; biʾsa l-mihād retourne ironiquement l’image du lit de repos en couche de châtiment. يَشْرِي yashrī — racine sh-r-y : transaction d’échange ; ici au sens de céder totalement, sans réserve — yashrī nafsahu : il se donne lui-même en échange. رَءُوف Raʾūf — racine r-ʾ-f (Ibn Fāris : intensité au sein de la raḥma, la matrice qui enveloppe et protège). Note de vigilance méthodologique : ce terme n’est jamais rendu par « doux », « tendre » ou « affectueux » — adjectifs qui importent une connotation de sentiment humain proscrite pour tout ce qui se dit d’Allaah dans ce projet. Conservé en translittération, rattaché au champ déjà validé de r-ḥ-m (S2:163). Ce que le texte dit : deux figures strictement opposées — celle dont la parole plaît mais dont l’action corrompt, et celle qui se donne intégralement pour l’agrément d’Allaah. Ce que le texte ne dit pas : il ne nomme personne — ni la première figure, ni un contexte historique précis pour l’une ou l’autre.


S.2:208–210 · Entrer dans al-silm sans réserve

S.2:208
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا ادْخُلُوا فِي السِّلْمِ كَافَّةً وَلَا تَتَّبِعُوا خُطُوَاتِ الشَّيْطَانِ ۚ إِنَّهُ لَكُمْ عَدُوٌّ مُّبِينٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū dkhulū fī l-silmi kāffatan wa-lā tattabiʿū khuṭuwāti l-shayṭān — innahu lakum ʿaduwwun mubīn Ô vous qui avez cru, entrez dans al-silm dans sa totalité, et ne suivez pas les pas du shayṭān — il est pour vous un ennemi manifeste.
S.2:209
فَإِن زَلَلْتُم مِّن بَعْدِ مَا جَاءَتْكُمُ الْبَيِّنَاتُ فَاعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ
Fa-in zalaltum min baʿdi mā jāʾatkumu l-bayyināt fa-ʿlamū anna llāha ʿAzīzun Ḥakīm Et si vous trébuchez après que les bayyināt vous sont venues, sachez qu’Allaah est al-ʿAzīz, al-Ḥakīm.
S.2:210
هَلْ يَنظُرُونَ إِلَّا أَن يَأْتِيَهُمُ اللَّهُ فِي ظُلَلٍ مِّنَ الْغَمَامِ وَالْمَلَائِكَةُ وَقُضِيَ الْأَمْرُ ۚ وَإِلَى اللَّهِ تُرْجَعُ الْأُمُورُ
Hal yanẓurūna illā an yaʾtiyahumu llāhu fī ẓulalin mina l-ghamāmi wa-l-malāʾikatu wa-quḍiya l-amr — wa-ilā llāhi turjaʿu l-umūr N’attendent-ils sinon qu’Allaah leur vienne dans des ombres de nuées, avec les malāʾika, et que l’affaire soit tranchée ? Et c’est vers Allaah que les affaires font retour.

Notes lexicales

السِّلْم al-silm — racine s-l-m : intégrité, absence de fracture ou de brèche — même famille que islām mais nom distinct désignant ici l’état d’engagement sans réserve. Conservé en translittération plutôt que rendu par « paix » (sens trop restrictif) ou « islam » (anachronisme de majuscule). كَافَّة kāffatan — racine k-f-f : ce qui contient et embrasse l’ensemble sans reste — « dans sa totalité », non « tous ensemble » (le texte qualifie al-silm, non les croyants). خُطُوَات khuṭuwāt — déjà validé (S2:168) : le pas, l’enjambée — progression graduelle, non un saut. زَلَلْتُم zalaltum — racine z-l-l : perte d’appui, faux pas — distinct d’une faute délibérée. الْبَيِّنَات al-bayyināt — déjà validé (S2:159, S2:174) : ce qui est distinct, visible par soi-même. ظُلَل ẓulal / الْغَمَام al-ghamām — ombres portées par des nuées : le texte emploie une image de manifestation encore attendue, sans la décrire davantage. قُضِيَ الْأَمْر quḍiya l-amr — racine q-ḍ-y (déjà rencontrée S2:200, « s’acquitter de ») : ici au sens de trancher, mener à un terme définitif. تُرْجَع turjaʿu — déjà validé (r-j-ʿ, S2:156) : retour vers un point d’origine — ici, toute affaire vers Allaah. Ce que le texte dit : l’entrée dans al-silm doit être sans réserve, et le trébuchement après clarté n’annule pas la qualification d’ʿAzīz/Ḥakīm. Ce que le texte ne dit pas : la nature exacte de la venue décrite en S2:210 n’est pas précisée au-delà de l’image donnée — aucune inférence supplémentaire n’est ajoutée ici.

↑ Haut de fiche


Bloc législatif dense · S2:211–221

S.2:211 · La question posée à Banī Isrāʾīl

S.2:211
سَلْ بَنِي إِسْرَائِيلَ كَمْ آتَيْنَاهُم مِّنْ آيَةٍ بَيِّنَةٍ ۗ وَمَن يُبَدِّلْ نِعْمَةَ اللَّهِ مِن بَعْدِ مَا جَاءَتْهُ فَإِنَّ اللَّهَ شَدِيدُ الْعِقَابِ
Sal banī isrāʾīla kam ātaynāhum min āyatin bayyinah — wa-man yubaddil niʿmata llāhi min baʿdi mā jāʾathu fa-inna llāha shadīdu l-ʿiqāb Interroge les Banī Isrāʾīl : combien Nous leur avons donné d’āyāt bayyina ! Et quiconque substitue au bienfait d’Allaah, après qu’il lui est venu, alors Allaah est shadīd al-ʿiqāb.

Notes lexicales

آيَة بَيِّنَة āyatun bayyinah — signe manifeste, de la même famille que al-bayyināt déjà rencontré. يُبَدِّل yubaddil — déjà validé (b-d-l, S2:181) : substituer. نِعْمَة niʿma — le bienfait reçu, déjà rencontré au pluriel (S2:47). شَدِيدُ الْعِقَاب shadīdu l-ʿiqāb — l’intensité de la rétribution consécutive — racine ʿ-q-b : ce qui suit et sanctionne en conséquence directe. Ce que le texte dit : une invitation à interroger, et une mise en garde générale sur la substitution du bienfait reçu. Ce que le texte ne dit pas : il ne détaille ici ni la nature des āyāt données, ni la substitution elle-même — le silence est un silence.


S.2:212–214 · La vie parée, l’unité originelle, l’épreuve avant la promesse

S.2:212
زُيِّنَ لِلَّذِينَ كَفَرُوا الْحَيَاةُ الدُّنْيَا وَيَسْخَرُونَ مِنَ الَّذِينَ آمَنُوا ۘ وَالَّذِينَ اتَّقَوْا فَوْقَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ ۗ وَاللَّهُ يَرْزُقُ مَن يَشَاءُ بِغَيْرِ حِسَابٍ
Zuyyina li-lladhīna kafarū l-ḥayātu l-dunyā wa-yaskharūna mina lladhīna āmanū — wa-lladhīna ttaqaw fawqahum yawma l-qiyāmah — wa-llāhu yarzuqu man yashāʾu bi-ghayri ḥisāb La vie de ce bas monde a été parée pour ceux qui ont couvert leur reconnaissance, et ils tournent en dérision ceux qui ont cru — alors que ceux qui se sont constitué une taqwā seront au-dessus d’eux, au Jour de la Station. Et Allaah pourvoit qui Il veut, sans compte.
S.2:213
كَانَ النَّاسُ أُمَّةً وَاحِدَةً فَبَعَثَ اللَّهُ النَّبِيِّينَ مُبَشِّرِينَ وَمُنذِرِينَ وَأَنزَلَ مَعَهُمُ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ لِيَحْكُمَ بَيْنَ النَّاسِ فِيمَا اخْتَلَفُوا فِيهِ ۚ وَمَا اخْتَلَفَ فِيهِ إِلَّا الَّذِينَ أُوتُوهُ مِن بَعْدِ مَا جَاءَتْهُمُ الْبَيِّنَاتُ بَغْيًا بَيْنَهُمْ ۖ فَهَدَى اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا لِمَا اخْتَلَفُوا فِيهِ مِنَ الْحَقِّ بِإِذْنِهِ ۗ وَاللَّهُ يَهْدِي مَن يَشَاءُ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ
Kāna l-nāsu ummatan wāḥidah — fa-baʿatha llāhu l-nabiyyīna mubashshirīna wa-mundhirīn — wa-anzala maʿahumu l-kitāba bi-l-ḥaqqi li-yaḥkuma bayna l-nāsi fīmā khtalafū fīh — wa-mā khtalafa fīhi illā lladhīna ūtūhu min baʿdi mā jāʾathumu l-bayyināt baghyan baynahum — fa-hadā llāhu lladhīna āmanū li-mā khtalafū fīhi mina l-ḥaqqi bi-idhnih — wa-llāhu yahdī man yashāʾu ilā ṣirāṭin mustaqīm Les gens formaient une ummah unique. Puis Allaah a suscité les nabī-s, porteurs de bonne annonce et avertisseurs, et Il a fait descendre avec eux le Kitāb, porteur du ḥaqq, pour trancher entre les gens ce en quoi ils divergeaient. Or ne divergèrent à ce sujet que ceux à qui il avait été donné, après que les bayyināt leur furent venues — par convoitise rivale entre eux. Alors Allaah a guidé ceux qui ont cru vers ce dont ils divergeaient, du ḥaqq, par Sa permission. Et Allaah guide qui Il veut vers un ṣirāṭ droit.
S.2:214
أَمْ حَسِبْتُمْ أَن تَدْخُلُوا الْجَنَّةَ وَلَمَّا يَأْتِكُم مَّثَلُ الَّذِينَ خَلَوْا مِن قَبْلِكُم ۖ مَّسَّتْهُمُ الْبَأْسَاءُ وَالضَّرَّاءُ وَزُلْزِلُوا حَتَّىٰ يَقُولَ الرَّسُولُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ مَتَىٰ نَصْرُ اللَّهِ ۗ أَلَا إِنَّ نَصْرَ اللَّهِ قَرِيبٌ
Am ḥasibtum an tadkhulū l-jannata wa-lammā yaʾtikum mathalu lladhīna khalaw min qablikum — massathumu l-baʾsāʾu wa-l-ḍarrāʾu wa-zulzilū ḥattā yaqūla l-rasūlu wa-lladhīna āmanū maʿahu matā naṣru llāh — alā inna naṣra llāhi qarīb Ou bien avez-vous estimé que vous entreriez dans la janna sans que ne vous vienne l’équivalent de ce qu’ont connu ceux qui sont passés avant vous ? La détresse et le dommage les ont atteints, et ils ont été ébranlés — jusqu’à ce que le rasūl et ceux qui avaient cru avec lui disent : « Quand donc le secours d’Allaah ? » — En vérité, le secours d’Allaah est proche.

Notes lexicales

زُيِّنَ zuyyina — racine z-y-n : parer, embellir à la vue. Forme passive : note de vigilance dit/non-dit. Le texte ne nomme pas l’agent de cette parure — ni le monde lui-même, ni le shayṭān déjà mentionné en S2:208, ni Allaah. L’attribution reste non spécifiée dans ce verset précis ; aucune inférence n’y est ajoutée ici. يَسْخَرُون yaskharūn — racine s-kh-r : tourner en dérision — sens dérivé distinct de musakhkhar (S2:164, assujetti/mis au service), même racine, deux sens contextuels. يَوْمَ الْقِيَامَة yawma l-qiyāmah — racine q-w-m : le jour où l’on se dresse, se tient debout — l’action de se lever est portée par le mot lui-même. أُمَّةً وَاحِدَة ummatan wāḥidah — une communauté unique : le texte situe une unité première des gens, avant l’envoi des nabī-s — sans en préciser la nature (croyance commune ? absence de divergence ? le texte ne le dit pas). بَعَثَ baʿatha — racine b-ʿ-th : mettre en mouvement depuis un état de repos, susciter. مُبَشِّرِين / مُنذِرِين mubashshirīn / mundhirīn — b-sh-r (annonce qui se manifeste, littéralt liée à la surface visible/la peau) et n-dh-r (alerter d’un danger à venir) : les deux fonctions associées aux nabī-s. اخْتَلَفُوا khtalafū — racine kh-l-f (déjà validée au sens de succession, S2:30) au sens dérivé de divergence, désaccord — ce qui « vient en position différente ». بَغْيًا baghyan — déjà validé (b-gh-y, S2:173) : convoitise active — ici, rivalité par convoitise entre ceux à qui le Kitāb avait été donné, non une divergence de bonne foi. صِرَاط ṣirāṭ — la voie qui mène droit au but, sans détour — mustaqīm : rectiligne, sans écart. حَسِبْتُم ḥasibtum — racine ḥ-s-b : calculer, estimer par supputation. مَثَل mathal — cas semblable, analogue — ici l’ensemble des épreuves déjà traversées par les générations antérieures. الْبَأْسَاء / الضَّرَّاء al-baʾsāʾu / al-ḍarrāʾ — détresse violente / dommage qui nuit : deux registres d’épreuve associés. زُلْزِلُوا zulzilū — réduplication de z-l-l : ébranlement répété, secousse profonde. Ce que le texte dit : l’épreuve a atteint jusqu’au rasūl et ceux qui croyaient avec lui, au point qu’ils s’interrogent eux-mêmes sur le moment du secours — et la réponse donnée est la proximité de ce secours, non son absence. Ce que le texte ne dit pas : il ne précise ni la durée de l’épreuve ni sa forme exacte au-delà de baʾsāʾ et ḍarrāʾ.

↑ Haut de fiche


S.2:215 · Ce qu’il faut dépenser, et pour qui

S.2:215
يَسْأَلُونَكَ مَاذَا يُنفِقُونَ ۖ قُلْ مَا أَنفَقْتُم مِّنْ خَيْرٍ فَلِلْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ وَالْيَتَامَىٰ وَالْمَسَاكِينِ وَابْنِ السَّبِيلِ ۗ وَمَا تَفْعَلُوا مِنْ خَيْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ بِهِ عَلِيمٌ
Yasʾalūnaka mādhā yunfiqūn — qul mā anfaqtum min khayrin fa-li-l-wālidayni wa-l-aqrabīna wa-l-yatāmā wa-l-masākīni wa-bni l-sabīl — wa-mā tafʿalū min khayrin fa-inna llāha bihi ʿalīm Ils t’interrogent : que faut-il dépenser ? Dis : ce que vous dépensez de bien va aux deux parents, aux proches, aux yatāmā, aux masākīn et au fils de la route. Et quel que soit le bien que vous fassiez, Allaah en est connaissant.

Notes lexicales

أَنفَقْتُم anfaqtum — déjà validé (n-f-q, S2:3, S2:195) : dépenser, faire sortir de son bien. الْيَتَامَىٰ al-yatāmā — racine y-t-m : l’état de solitude par rupture du lien de filiation paternelle. الْمَسَاكِين al-masākīn — racine s-k-n : l’immobilité, l’arrêt — ceux que le besoin fixe, réduit dans leur capacité de mouvement/action ; distinct du pauvre au sens général. ابْنُ السَّبِيل ibnu l-sabīl — littéralement « le fils de la route » — celui que le chemin parcouru rattache à une condition de dénuement passager, le voyageur dans le besoin. Ce que le texte dit : une hiérarchie de destinataires est donnée pour la dépense — parents, proches, orphelins, indigents, voyageurs. Ce que le texte ne dit pas : il ne fixe ici ni montant ni proportion — cette question reste, à ce stade du texte, sans quantification précisée.


S.2:216–218 · Le qitāl prescrit, sa répulsion, et l’espérance de ceux qui ont lutté

S.2:216
كُتِبَ عَلَيْكُمُ الْقِتَالُ وَهُوَ كُرْهٌ لَّكُمْ ۖ وَعَسَىٰ أَن تَكْرَهُوا شَيْئًا وَهُوَ خَيْرٌ لَّكُمْ ۖ وَعَسَىٰ أَن تُحِبُّوا شَيْئًا وَهُوَ شَرٌّ لَّكُمْ ۗ وَاللَّهُ يَعْلَمُ وَأَنتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
Kutiba ʿalaykumu l-qitālu wa-huwa kurhun lakum — wa-ʿasā an takrahū shayʾan wa-huwa khayrun lakum — wa-ʿasā an tuḥibbū shayʾan wa-huwa sharrun lakum — wa-llāhu yaʿlamu wa-antum lā taʿlamūn Le qitāl vous a été prescrit, alors qu’il est répulsion pour vous. Or il se peut que vous répugniez à une chose alors qu’elle est un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal pour vous. Et Allaah sait, alors que vous ne savez pas.
S.2:217
يَسْأَلُونَكَ عَنِ الشَّهْرِ الْحَرَامِ قِتَالٍ فِيهِ ۖ قُلْ قِتَالٌ فِيهِ كَبِيرٌ ۖ وَصَدٌّ عَن سَبِيلِ اللَّهِ وَكُفْرٌ بِهِ وَالْمَسْجِدِ الْحَرَامِ وَإِخْرَاجُ أَهْلِهِ مِنْهُ أَكْبَرُ عِندَ اللَّهِ ۚ وَالْفِتْنَةُ أَكْبَرُ مِنَ الْقَتْلِ ۗ وَلَا يَزَالُونَ يُقَاتِلُونَكُمْ حَتَّىٰ يَرُدُّوكُمْ عَن دِينِكُمْ إِنِ اسْتَطَاعُوا ۚ وَمَن يَرْتَدِدْ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَيَمُتْ وَهُوَ كَافِرٌ فَأُولَٰئِكَ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۖ وَأُولَٰئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ ۖ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Yasʾalūnaka ʿani l-shahri l-ḥarāmi qitālin fīh — qul qitālun fīhi kabīr — wa-ṣaddun ʿan sabīli llāhi wa-kufrun bihi wa-l-masjidi l-ḥarāmi wa-ikhrāju ahlihi minhu akbaru ʿinda llāh — wa-l-fitnatu akbaru mina l-qatl — wa-lā yazālūna yuqātilūnakum ḥattā yaruddūkum ʿan dīnikum ini staṭāʿū — wa-man yartadid minkum ʿan dīnihi fa-yamut wa-huwa kāfirun fa-ulāʾika ḥabiṭat aʿmāluhum fī l-dunyā wa-l-ākhirah — wa-ulāʾika aṣḥābu l-nār — hum fīhā khālidūn Ils t’interrogent sur le mois sacré, sur le qitāl en lui. Dis : un qitāl en lui est grave — mais barrer la voie d’Allaah, couvrir sa reconnaissance, barrer al-masjid al-ḥarām, et en expulser ses habitants, est plus grave encore auprès d’Allaah. Et la fitna est plus grave que le fait de tuer. Et ils ne cesseront de vous combattre jusqu’à vous faire revenir de votre dīn, s’ils le peuvent. Et quiconque parmi vous fait retour hors de son dīn et meurt en état de couvrir sa reconnaissance — ceux-là, leurs œuvres s’annulent en ce bas monde et dans l’au-delà, et ceux-là sont les compagnons du Feu, ils y demeurent fixement.
S.2:218
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَاجَرُوا وَجَاهَدُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ أُولَٰئِكَ يَرْجُونَ رَحْمَتَ اللَّهِ ۚ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Inna lladhīna āmanū wa-lladhīna hājarū wa-jāhadū fī sabīli llāhi ulāʾika yarjūna raḥmata llāh — wa-llāhu Ghafūrun Raḥīm Ceux qui ont cru, et ceux qui ont émigré et déployé leur jahd sur la voie d’Allaah — ceux-là espèrent la raḥma d’Allaah. Et Allaah est al-Ghafūr, al-Raḥīm.

Notes lexicales

قِتَال qitāl — déjà traité en profondeur au Bloc VII (S2:190–194) : le combat armé effectif, jamais élargi à une lutte spirituelle ou morale par ce seul terme. كُرْه kurh — racine k-r-h : ce qui pèse, contraint, déplaît — la répulsion elle-même est nommée par le texte, sans être minimisée. الشَّهْر الْحَرَام al-shahru l-ḥarām — le mois protégé, mis à part (ḥ-r-m, déjà validé S2:194). صَدّ ṣadd — racine ṣ-d-d : détourner, barrer l’accès — déjà rencontré dans la problématique méthodologique du site (al-ṣadd ʿan sabīli llāh). كُفْر kufr — déjà validé (k-f-r, S2:6, S2:161) : couvrir, occulter — ici la couverture de la reconnaissance envers Allaah et Son sabīl. الْفِتْنَة al-fitna — déjà validée (f-t-n, S2:191, S2:193) : l’épreuve par le feu qui révèle une nature, le trouble qui égare — le texte la déclare akbar mina l-qatl, plus grave que le fait même de tuer : comparaison explicite du texte lui-même, non une inférence du traducteur. يَرْتَدِد yartadid — forme du même radical que radda (faire revenir) : faire retour hors de son dīn — le texte nomme l’acte et sa conséquence (l’annulation des œuvres) sans détailler la procédure qui s’ensuit dans le monde des vivants ; ce point, débattu en dehors du texte lui-même, reste un non-dit ici. حَبِطَتْ ḥabiṭat — racine ḥ-b-ṭ (Lisān : l’annulation, la dissolution d’une substance qui se vide) — les œuvres perdent leur portée. هَاجَرُوا hājarū — racine h-j-r : rupture, abandon d’un lieu. جَاهَدُوا jāhadū — racine j-h-d : déployer sa pleine capacité contre une résistance — jāhadū fī sabīli llāh, sur la voie d’Allaah, sans préciser ici la forme exacte de ce jahd (armée ou non — le contexte immédiat, qui suit trois versets sur le qitāl, oriente la lecture sans l’imposer explicitement par le seul terme). يَرْجُون yarjūn — attente tournée vers un espoir, non une certitude acquise. Ce que le texte dit : le qitāl est prescrit malgré la répulsion qu’il inspire, la fitna est déclarée plus grave que le fait de tuer, et l’espérance de la raḥma est réservée à la foi conjuguée à l’émigration et au jahd. Ce que le texte ne dit pas : il ne définit pas ici les conditions concrètes de déclenchement du qitāl au-delà de ce qui a déjà été établi au Bloc VII (S2:190 : contre ceux qui combattent, sans transgression).

↑ Haut de fiche


S.2:219–220 · Khamr, maysir, et l’al-ʿafw

S.2:219
يَسْأَلُونَكَ عَنِ الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ ۖ قُلْ فِيهِمَا إِثْمٌ كَبِيرٌ وَمَنَافِعُ لِلنَّاسِ وَإِثْمُهُمَا أَكْبَرُ مِن نَّفْعِهِمَا ۗ وَيَسْأَلُونَكَ مَاذَا يُنفِقُونَ قُلِ الْعَفْوَ ۗ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمُ الْآيَاتِ لَعَلَّكُمْ تَتَفَكَّرُونَ
Yasʾalūnaka ʿani l-khamri wa-l-maysir — qul fīhimā ithmun kabīrun wa-manāfiʿu li-l-nāsi wa-ithmuhumā akbaru min nafʿihimā — wa-yasʾalūnaka mādhā yunfiqūn — qul al-ʿafw — ka-dhālika yubayyinu llāhu lakumu l-āyāti laʿallakum tatafakkarūn Ils t’interrogent sur le khamr et le maysir. Dis : en eux deux, il y a une faute grave et des bénéfices pour les gens, mais leur faute est plus grave que leur bénéfice. Et ils t’interrogent : que faut-il dépenser ? Dis : le surplus. Ainsi Allaah vous explicite les āyāt, afin que vous réfléchissiez.
S.2:220
فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۗ وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الْيَتَامَىٰ ۖ قُلْ إِصْلَاحٌ لَّهُمْ خَيْرٌ ۖ وَإِن تُخَالِطُوهُمْ فَإِخْوَانُكُمْ ۚ وَاللَّهُ يَعْلَمُ الْمُفْسِدَ مِنَ الْمُصْلِحِ ۚ وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَأَعْنَتَكُمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ
Fī l-dunyā wa-l-ākhirah — wa-yasʾalūnaka ʿani l-yatāmā — qul iṣlāḥun lahum khayr — wa-in tukhāliṭūhum fa-ikhwānukum — wa-llāhu yaʿlamu l-mufsida mina l-muṣliḥ — wa-law shāʾa llāhu la-aʿnatakum — inna llāha ʿAzīzun Ḥakīm Sur ce bas monde et l’au-delà. Et ils t’interrogent sur les yatāmā. Dis : rectifier leur condition est un bien. Et si vous mêlez vos affaires aux leurs, ils sont vos frères — Allaah distingue celui qui corrompt l’ordre de celui qui le rectifie. Et si Allaah avait voulu, Il vous aurait mis en épreuve jusqu’à la rupture. En vérité, Allaah est al-ʿAzīz, al-Ḥakīm.

Notes lexicales

الْخَمْر al-khamr — racine kh-m-r : recouvrement, obscurcissement — ce qui voile la raison. Conservé en translittération. الْمَيْسِر al-maysir — racine y-s-r (la facilité) : gain obtenu sans effort proportionné, par tirage au sort — pratique de partage aléatoire de viande et jeu d’argent dans le contexte visé. Note de dit/non-dit majeure. Ce verset ne prononce pas d’interdiction (ḥarām/lā yaḥillu) : il établit une balance — faute grave d’un côté, bénéfices réels de l’autre — et conclut que la faute l’emporte sur le bénéfice. L’interdiction formelle du khamr, si elle est établie ailleurs dans le corpus coranique (S5:90–91, hors de ce bloc), n’est pas le contenu de ce verset précis ; le confondre avec lui serait ajouter au texte ce qu’il ne dit pas ici. الْعَفْو al-ʿafw — même racine que ʿ-f-w déjà validée (S2:178, S2:187 : effacer, lever ce qui pesait), mais sens dérivé distinct ici : non le pardon, mais le surplus qui reste disponible une fois les besoins propres couverts — Ibn Fāris rattache les deux sens à une racine commune de ce qui « dépasse » et peut donc être cédé sans dommage. لَعَلَّكُمْ تَتَفَكَّرُون laʿallakum tatafakkarūn — laʿalla + subjonctif, lecture finaliste uniforme retenue par la méthode (voir Bloc VII, banque lexicale) : « afin que vous réfléchissiez ». الْيَتَامَىٰ al-yatāmā — déjà rencontré en S2:215. تُخَالِطُوهُمْ tukhāliṭūhum — racine kh-l-ṭ : fusionner, mêler les affaires/ressources. لَأَعْنَتَكُمْ la-aʿnatakum — racine ʿ-n-t (Ibn Fāris : la difficulté qui va jusqu’à la rupture, image de l’os qui se brise après une fracture mal réduite) — Allaah aurait pu imposer une charge insoutenable ; le texte affirme que ce n’est pas le cas retenu. Ce que le texte dit : une balance explicite entre faute et bénéfice pour le khamr et le maysir, une définition du surplus disponible comme objet de la dépense, et une orientation claire sur le mélange des affaires avec les orphelins — le bien, non la seule prudence de séparation totale. Ce que le texte ne dit pas : il ne prononce pas ici l’interdiction formelle du khamr — ce point relève d’un autre verset, hors de ce bloc.


S.2:221 · Le mariage et le shirk

S.2:221
وَلَا تَنكِحُوا الْمُشْرِكَاتِ حَتَّىٰ يُؤْمِنَّ ۚ وَلَأَمَةٌ مُّؤْمِنَةٌ خَيْرٌ مِّن مُّشْرِكَةٍ وَلَوْ أَعْجَبَتْكُمْ ۗ وَلَا تُنكِحُوا الْمُشْرِكِينَ حَتَّىٰ يُؤْمِنُوا ۚ وَلَعَبْدٌ مُّؤْمِنٌ خَيْرٌ مِّن مُّشْرِكٍ وَلَوْ أَعْجَبَكُمْ ۗ أُولَٰئِكَ يَدْعُونَ إِلَى النَّارِ ۖ وَاللَّهُ يَدْعُو إِلَى الْجَنَّةِ وَالْمَغْفِرَةِ بِإِذْنِهِ ۖ وَيُبَيِّنُ آيَاتِهِ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ
Wa-lā tankiḥū l-mushrikāti ḥattā yuʾminn — wa-la-amatun muʾminatun khayrun min mushrikatin wa-law aʿjabatkum — wa-lā tunkiḥū l-mushrikīna ḥattā yuʾminū — wa-la-ʿabdun muʾminun khayrun min mushrikin wa-law aʿjabakum — ulāʾika yadʿūna ilā l-nār — wa-llāhu yadʿū ilā l-jannati wa-l-maghfirati bi-idhnih — wa-yubayyinu āyātihi li-l-nāsi laʿallahum yatadhakkarūn N’épousez pas les femmes mushrikāt tant qu’elles n’ont pas cru — une servante croyante vaut mieux qu’une femme mushrika, même si celle-ci vous séduit. Et ne faites pas épouser les hommes mushrikīn tant qu’ils n’ont pas cru — un serviteur croyant vaut mieux qu’un homme mushrik, même s’il vous séduit. Ceux-là appellent vers le Feu, alors qu’Allaah appelle vers la janna et la maghfira, par Sa permission — et Il explicite Ses āyāt aux gens, afin qu’ils se souviennent.

Notes lexicales

تَنكِحُوا tankiḥū — racine n-k-ḥ : contracter le lien du mariage. الْمُشْرِكَات / الْمُشْرِكِين al-mushrikāt / al-mushrikīn — participes de sh-r-k (déjà connu du corpus via andād, S2:22 : mettre en équivalence de rang) : celles et ceux qui associent une mise en équivalence à Allaah. أَمَة / عَبْد ama / ʿabd — servante/serviteur au sens du statut servile reconnu par le texte dans son contexte social propre. Note de dit/non-dit. Le texte pose une comparaison de valeur (khayr) entre un statut social inférieur assorti de la foi, et un statut social supérieur assorti du shirk — il ne légifère pas ici sur l’institution servile elle-même, dont le traitement fait l’objet d’une étude lexicale indépendante sur ce site. أَعْجَبَتْكُمْ/أَعْجَبَكُمْ aʿjabat-/aʿjaba- — même racine que yuʿjibuka (S2:204) : ce qui séduit par l’apparence, ici la personne elle-même plutôt que sa parole. يَدْعُونَ / يَدْعُو yadʿūna / yadʿū — déjà validé (d-ʿ-w, S2:186) : appeler, orienter un appel vers une destination. الْمَغْفِرَة al-maghfira — déjà validé (gh-f-r). لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُون laʿallahum yatadhakkarūn — lecture finaliste uniforme : « afin qu’ils se souviennent » — forme V de dh-k-r, se rappeler activement, nuancée par rapport au simple dhikr déjà rencontré. Ce que le texte dit : une restriction du mariage conditionnée à la foi, justifiée par une comparaison explicite de valeur entre statut social et foi. Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas ici le périmètre exact de mushrikāt/mushrikīn au-delà du terme lui-même — la question de savoir si ce périmètre recoupe ou non celui des gens du Livre, traités ailleurs dans le corpus (S5:5, hors bloc), n’est pas tranchée par ce seul verset.

↑ Haut de fiche


Maḥīḍ, ḥarth conjugal et serments · S2:222–227

S.2:222–223 · Le maḥīḍ et le ḥarth

S.2:222
وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الْمَحِيضِ ۖ قُلْ هُوَ أَذًى فَاعْتَزِلُوا النِّسَاءَ فِي الْمَحِيضِ ۖ وَلَا تَقْرَبُوهُنَّ حَتَّىٰ يَطْهُرْنَ ۖ فَإِذَا تَطَهَّرْنَ فَأْتُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ أَمَرَكُمُ اللَّهُ ۚ إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ التَّوَّابِينَ وَيُحِبُّ الْمُتَطَهِّرِينَ
Wa-yasʾalūnaka ʿani l-maḥīḍ — qul huwa adhan fa-ʿtazilū l-nisāʾa fī l-maḥīḍ — wa-lā taqrabūhunna ḥattā yaṭhurn — fa-idhā taṭahharna fa-ʾtūhunna min ḥaythu amarakumu llāh — inna llāha yuḥibbu l-tawwābīna wa-yuḥibbu l-mutaṭahhirīn Et ils t’interrogent sur le maḥīḍ. Dis : c’est une gêne — tenez-vous à l’écart des femmes durant le maḥīḍ, et ne les approchez pas tant qu’elles n’ont pas cessé le flux. Puis lorsqu’elles se sont purifiées, venez à elles par où Allaah vous l’a ordonné. Allaah aime ceux qui reviennent constamment, et Il aime ceux qui se purifient.
S.2:223
نِسَاؤُكُمْ حَرْثٌ لَّكُمْ فَأْتُوا حَرْثَكُمْ أَنَّىٰ شِئْتُمْ ۖ وَقَدِّمُوا لِأَنفُسِكُمْ ۚ وَاتَّقُوا اللَّهَ وَاعْلَمُوا أَنَّكُم مُّلَاقُوهُ ۗ وَبَشِّرِ الْمُؤْمِنِينَ
Nisāʾukum ḥarthun lakum fa-ʾtū ḥarthakum annā shiʾtum — wa-qaddimū li-anfusikum — wa-ttaqū llāha wa-ʿlamū annakum mulāqūh — wa-bashshiri l-muʾminīn Vos femmes sont un ḥarth pour vous — venez donc à votre ḥarth comme vous le voulez, et avancez pour vous-mêmes. Constituez-vous une taqwā envers Allaah, et sachez que vous Le rencontrerez. Et annonce aux muʾminīn.

Notes lexicales

الْمَحِيض al-maḥīḍ — racine ḥ-y-ḍ : le flux, l’écoulement ; maḥīḍ désigne l’état/le temps de ce flux. أَذًى adhan — racine ʾ-dh-y : ce qui incommode, gêne — note de dit/non-dit centrale. Le texte qualifie le maḥīḍ d’adhan, une gêne, et non d’impureté rituelle (najas) — cette dernière notion, si elle existe dans l’élaboration juridique postérieure, n’est pas le mot employé ici. La restriction porte sur le rapprochement intime (lā taqrabūhunna), non sur tout contact. اعْتَزِلُوا ʿtazilū — forme VIII de ʿ-z-l : se tenir à l’écart, opérer une mise à distance délibérée. يَطْهُرْن / تَطَهَّرْن yaṭhurna / taṭahharna — deux verbes distincts du même radical ṭ-h-r, non interchangeables dans le texte lui-même : yaṭhurna (forme I) — la cessation du flux ; taṭahharna (forme V, réflexive-intensive) — l’accomplissement actif de la purification. Le texte pose une condition en deux temps : d’abord la cessation, puis l’acte de purification, avant l’autorisation de rapprochement. حَرْث ḥarth — racine ḥ-r-th : le travail de la terre en vue d’une récolte. Note méthodologique appuyée. L’image du ḥarth désigne, par métaphore agricole, la fonction procréative et relationnelle du rapport conjugal — non une désignation générale et objectivante de la femme. Le lien intra-textuel immédiat le confirme : le verset enchaîne aussitôt sur wa-qaddimū li-anfusikum, « avancez pour vous-mêmes » (orientez cet acte vers un avenir qui vous engage), puis sur le rappel de la taqwā et de la rencontre avec Allaah — un cadre qui inscrit l’acte dans une responsabilité, non dans une licence sans portée. أَنَّىٰ شِئْتُمْ annā shiʾtum — « comme/par où vous voulez » : le texte ouvre une liberté de manière sur le terrain licite qu’il vient de délimiter (hors maḥīḍ), sans détailler au-delà de cette ouverture — ce que le texte ne précise pas reste un non-dit, non une invitation implicite à autre chose que ce terrain. مُلَاقُوه mulāqūhu — racine l-q-y : la rencontre à venir, directe. Ce que le texte dit : une restriction précise et limitée dans le temps du maḥīḍ, fondée sur la gêne qu’il constitue, suivie d’une ouverture de liberté dans le cadre licite du rapport conjugal, adossée à un rappel de responsabilité (taqwā, rencontre avec Allaah). Ce que le texte ne dit pas : il ne qualifie le maḥīḍ ni d’impureté rituelle ni de faute — et il ne détaille aucune modalité du rapport conjugal au-delà de l’ouverture annā shiʾtum.

↑ Haut de fiche


S.2:224–227 · Les serments, l’īlāʾ, l’intention du ṭalāq

S.2:224
وَلَا تَجْعَلُوا اللَّهَ عُرْضَةً لِّأَيْمَانِكُمْ أَن تَبَرُّوا وَتَتَّقُوا وَتُصْلِحُوا بَيْنَ النَّاسِ ۗ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Wa-lā tajʿalū llāha ʿurḍatan li-aymānikum an tabarrū wa-tattaqū wa-tuṣliḥū bayna l-nās — wa-llāhu Samīʿun ʿAlīm Et ne faites pas d’Allaah un obstacle interposé à vos serments, pour vous dispenser de tenir votre birr, de vous constituer une taqwā, et de rectifier l’ordre entre les gens. Allaah est al-Samīʿ, al-ʿAlīm.
S.2:225
لَّا يُؤَاخِذُكُمُ اللَّهُ بِاللَّغْوِ فِي أَيْمَانِكُمْ وَلَٰكِن يُؤَاخِذُكُم بِمَا كَسَبَتْ قُلُوبُكُمْ ۗ وَاللَّهُ غَفُورٌ حَلِيمٌ
Lā yuʾākhidhukumu llāhu bi-l-laghwi fī aymānikum wa-lākin yuʾākhidhukum bi-mā kasabat qulūbukum — wa-llāhu Ghafūrun Ḥalīm Allaah ne vous tient pas pour responsables du laghw dans vos serments, mais Il vous tient pour responsables de ce que vos cœurs ont acquis. Allaah est al-Ghafūr, al-Ḥalīm.
S.2:226
لِّلَّذِينَ يُؤْلُونَ مِن نِّسَائِهِمْ تَرَبُّصُ أَرْبَعَةِ أَشْهُرٍ ۖ فَإِن فَاءُوا فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Li-lladhīna yuʾlūna min nisāʾihim tarabbuṣu arbaʿati ashhur — fa-in fāʾū fa-inna llāha Ghafūrun Raḥīm Pour ceux qui font le vœu de s’écarter de leurs femmes, une attente de quatre mois. S’ils reviennent sur leur vœu, alors Allaah est al-Ghafūr, al-Raḥīm.
S.2:227
وَإِنْ عَزَمُوا الطَّلَاقَ فَإِنَّ اللَّهَ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Wa-in ʿazamū l-ṭalāqa fa-inna llāha Samīʿun ʿAlīm Et s’ils résolvent fermement le ṭalāq, alors Allaah est al-Samīʿ, al-ʿAlīm.

Notes lexicales

عُرْضَة ʿurḍa — racine ʿ-r-ḍ : ce qui s’expose transversalement, fait obstacle — ʿurḍatan li-aymānikum : un obstacle interposé au moyen de vos serments, pour se dispenser d’agir bien. الْبِرّ al-birr — déjà validé (S2:177, S2:189) : translittéré, jamais réduit à « vertu » seule. اللَّغْو al-laghw — racine l-gh-w : la parole vide de portée, non délibérée — distincte du serment engageant sciemment prononcé. يُؤَاخِذُ yuʾākhidhu — racine ʾ-kh-dh : saisir, tenir pour responsable en vue d’une rétribution. كَسَبَتْ قُلُوبُكُمْ kasabat qulūbukum — déjà validé (k-s-b) : ce que les cœurs ont acquis par leur intention délibérée — le texte distingue explicitement le serment involontaire (laghw) de l’engagement du cœur. حَلِيم Ḥalīm — racine ḥ-l-m (Farāhīdī : imhāl, non ignorance) : ce qui diffère et retient sa rétribution malgré la capacité d’agir immédiatement. Note de vigilance méthodologique, identique à celle déjà posée pour Raʾūf (S2:207) : ce terme n’est pas rendu par « indulgent » ou « patient » au sens d’une disposition affective humaine, mais conservé en translittération, rattaché à la définition lexicographique de la retenue différée. يُؤْلُون yuʾlūna — racine ʾ-l-y : jurer un vœu d’abstention — īlāʾ : le vœu spécifique de s’écarter de l’épouse. تَرَبُّص tarabbuṣ — racine r-b-ṣ : attente en suspens, délai observé avant décision. فَاءُوا fāʾū — racine f-ʾ-w : revenir après un écart, faire retour sur son vœu. عَزَمُوا ʿazamū — racine ʿ-z-m : résoudre avec fermeté, arrêter une décision. الطَّلَاق al-ṭalāq — racine ṭ-l-q : délier, rendre libre le lien noué — introduit ici par la seule mention de l’intention ferme, avant que le bloc suivant n’en détaille le régime. Ce que le texte dit : les serments ne doivent pas servir de prétexte à l’abstention du bien, seule l’intention délibérée du cœur engage la responsabilité, et un délai de quatre mois est fixé pour le vœu d’īlāʾ avant que la décision — retour ou ṭalāq — ne soit actée. Ce que le texte ne dit pas : il ne détaille pas encore ici le régime du ṭalāq lui-même — matière du bloc suivant (S2:228 et suivants).

↑ Haut de fiche


Barāʾa du bloc

Cette étude est conduite selon la méthode islamducoran.fr : lecture intra-coranique exclusive, lexicographie arabe classique (Farāhīdī, Ibn Fāris, Ibn Manẓūr), discipline du dit / non-dit / inférence. Elle n’est pas prescriptive et reste révisable à la lumière du texte. L’unique garant de la compréhension est Allaah.

↑ Haut de page