Structure du Bloc IX. Ensemble law dense sur le régime du ṭalāq et ses conséquences : ʿidda et déroulement du ṭalāq (S2:228–230) ; obligation de traiter avec maʿrūf, remariage entre ex-époux (S2:231–232) ; allaitement (S2:233) ; veuvage et code de la demande en mariage pendant l’ʿidda (S2:234–235) ; ṭalāq avant consommation — mutʿa et moitié de dot (S2:236–237) ; rappel bref de la ṣalāt, y compris en contexte de crainte (S2:238–239) ; legs de la veuve et clôture (S2:240–242).
Avertissement méthodologique. S2:228 contient un terme (quruʾ) dont le sens précis — période de règles ou période de pureté entre les règles — a fait l’objet d’une divergence lexicale ancienne, documentée par les lexicographes eux-mêmes et non résolue par un consensus philologique univoque. La méthode ne tranche pas arbitrairement : elle expose les deux lectures et leurs fondements, conformément au principe déjà appliqué en cas de polysémie intra-coranique réelle.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.2:228 | La ʿidda des femmes répudiées — trois qurūʾ |
| S.2:229 | Le ṭalāq deux fois — retenir ou libérer bi-l-maʿrūf |
| S.2:230 | La troisième répudiation — condition du remariage |
| S.2:231 | Ne pas retenir par contrainte — les limites d’Allaah |
| S.2:232 | Ne pas empêcher le remariage librement consenti |
| S.2:233 | La durée de l’allaitement, la charge du père, le sevrage concerté |
| S.2:234 | Le délai d’attente de la veuve |
| S.2:235 | L’allusion au mariage pendant la ʿidda — ce qui est permis |
| S.2:236 | Rupture avant contact ni dot fixée — le don bi-l-maʿrūf |
| S.2:237 | Rupture après dot fixée — la moitié, sauf renoncement |
| S.2:238–239 | Préserver les ṣalawāt — même en marchant ou chevauchant |
| S.2:240 | Le legs d’un an pour l’épouse — sauf départ volontaire |
| S.2:241 | Une provision bi-l-maʿrūf pour les femmes répudiées |
| S.2:242 | Les āyāt rendues claires, pour raisonner |
ʿIdda, déroulement du ṭalāq · S2:228–230
- قُرُوءqurūʾ
- **polysémie lexicale non résolue par la seule philologie.** Racine q-r-ʾ : rassembler, recueillir — la même racine que *qurʾān*. Les lexicographes classiques eux-mêmes rapportent deux sens opposés pour ce terme au pluriel : (1) les périodes de règles elles-mêmes (le sang « rassemblé » et évacué), ou (2) les périodes de pureté entre deux règles (le sang « rassemblé » dans la matrice avant son évacuation suivante). Ibn Manẓūr rapporte les deux lectures sans trancher lexicalement entre elles — la langue seule ne permet pas de départager. Conservé en translittération ; toute traduction par « règles » ou par « périodes de pureté » de façon univoque irait au-delà de ce que l'arabe seul autorise à trancher.
- خَلَقَkhalaqa
- créer, ici au sens direct : ce qu'Allaah a formé dans la matrice (la grossesse), distinct du sens dérivé « mesure/part » rencontré en *khalāq* (S2:200).
- بُعُولَةbuʿūla
- pluriel de *baʿl* : l'époux au sens de maître du foyer — terme distinct de *zawj* ailleurs.
- أَحَقّaḥaqq
- comparatif de *ḥaqq* : plus fondé en droit — un droit de priorité, non un droit exclusif ni automatique (conditionné par *in arādū iṣlāḥan*, s'ils veulent rectifier l'ordre).
- دَرَجَةdaraja
- racine d-r-j : gradation, degré, échelon. **Note de dit/non-dit essentielle.** Le texte affirme un degré des hommes sur les femmes dans le contexte précis de ce verset — celui du droit de reprise pendant l'ʿidda et de l'équilibre droits/devoirs dans le mariage — sans qu'aucune extension généralisée de ce *daraja* à d'autres domaines ne soit formulée ici. Le lire comme une hiérarchie ontologique générale ajouterait au texte ce qu'il ne dit pas dans ce verset précis.
- إِمْسَاك / تَسْرِيحimsāk / tasrīḥ
- racines m-s-k (saisir, retenir) et s-r-ḥ (relâcher, laisser aller librement, image pastorale du troupeau lâché au pâturage) : les deux issues possibles après chaque ṭalāq, explicitement égalisées en dignité — l'une par le maʿrūf, l'autre par l'iḥsān.
- افْتَدَتْiftadat
- même racine que *fidya* (S2:184, S2:196) : se racheter en cédant quelque chose — ici, la femme se libère du lien en restituant ce qu'elle avait reçu, lorsque le maintien des limites d'Allaah est en jeu pour les deux parties.
- حُدُودAllaah ḥudūd Allaah
- (ḥ-d-d, S2:187) : limites fixées, à ne pas approcher ni transgresser.
- تَنكِحَ زَوْجًا غَيْرَهtankiḥa zawjan ghayrahu
- **non-dit à respecter.** Le texte pose une condition factuelle (un remariage réel avec un autre époux, puis une éventuelle séparation) sans indiquer d'intention ni de procédure au-delà de cette condition elle-même ; toute lecture qui y ajouterait une intention spécifique irait au-delà du texte.
Ce que le texte dit : trois répudiations marquent un seuil ; avant ce seuil, la retenue ou la libération doivent se faire selon le maʿrūf/iḥsān sans reprise de ce qui a été donné, sauf rachat mutuel motivé par la crainte de ne pas tenir les limites d'Allaah.
Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas la durée exacte des qurūʾ en jours, ni la nature du sens exact du terme lui-même, comme indiqué ci-dessus.
Maʿrūf obligatoire, remariage entre ex-époux · S2:231–232
- بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّbalaghna ajalahunna
- atteindre leur terme : la fin de la période d'ʿidda fixée au verset précédent.
- ضِرَارḍirār
- même racine que *al-ḍarrāʾ* (S2:214) : nuire délibérément — ici, retenir l'épouse non par volonté de rectifier l'ordre mais pour lui porter préjudice.
- ظَلَمَ نَفْسَهẓalama nafsahu
- (ẓ-l-m) : placer son âme hors de sa juste place.
- هُزُوًاhuzuwan
- racine h-z-ʾ : la dérision, le fait de tourner en moquerie.
- الْحِكْمَةal-ḥikma
- (ḥ-k-m, S2:129, S2:151) : faculté qui empêche l'erreur, maintient l'ordre correct.
- يَعِظُكُمyaʿiẓukum
- racine w-ʿ-ẓ : exhorter, une admonestation qui vise le cœur plus que le simple énoncé d'une règle.
- تَعْضُلُوهُنَّtaʿḍulūhunna
- racine ʿ-ḍ-l : empêcher, faire obstacle avec une contrainte physique/sociale — le texte vise ici un empêchement exercé par un tiers (la famille de l'ex-épouse, par exemple, bien que le texte ne le nomme pas) sur un remariage librement consenti entre les deux parties concernées.
- أَزْكَىٰ / أَطْهَرazkā / aṭhar
- comparatifs de z-k-w (pureté qui croît) et ṭ-h-r (intégrité retrouvée) : deux qualificatifs de supériorité morale accolés à la conduite prescrite.
Ce que le texte dit : deux obligations symétriques — retenir ou libérer selon le maʿrūf sans intention de nuire, et ne pas empêcher un remariage librement consenti entre deux personnes déjà mariées auparavant.
Ce que le texte ne dit pas : il ne nomme pas l'auteur potentiel de l'obstacle en S2:232 — le texte reste silencieux sur qui pourrait faire *ʿaḍl*.
L’allaitement · S2:233
- يُرْضِعْنَyurḍiʿna
- racine r-ḍ-ʿ : allaiter.
- حَوْلَيْنِ كَامِلَيْنḥawlayni kāmilayn
- deux années pleines : *ḥawl* (ce qui accomplit une révolution complète) renforcé par *kāmilayn*, (k-m-l, S2:185).
- الْمَوْلُود لَهal-mawlūdu lahu
- littéralement « celui à qui l'enfant est né » : désignation du père, choisie par le texte plutôt que le terme direct — **note de dit/non-dit** : le texte nomme la relation de filiation reconnue, sans autre précision sur d'éventuels statuts variables du lien.
- كِسْوَةkiswa
- racine k-s-w : le vêtement, l'habillement fourni.
- وُسْعwusʿ
- racine w-s-ʿ : la capacité, l'amplitude de ce qui est à portée — reprend le principe *lā yukallifu llāhu nafsan illā wusʿahā* (S2:286, hors bloc, annoncé ici en écho anticipé).
- تُضَارّtuḍārra
- même racine que *ḍirār* (S2:231) : nuire réciproquement, forme intensive-réciproque.
- الْوَارِثal-wārith
- racine w-r-th : celui qui hérite — le texte étend l'obligation de subsistance de l'enfant à l'héritier en cas d'absence du père, sans détailler davantage les modalités.
- فِصَالfiṣāl
- racine f-ṣ-l : séparation, détachement — ici le sevrage, envisagé comme une décision commune (*tarāḍin... wa-tashāwur*, accord mutuel et consultation).
- تَسْتَرْضِعُواtastarḍiʿū
- forme X de r-ḍ-ʿ : chercher activement une nourrice pour l'enfant.
Ce que le texte dit : une durée de référence pour l'allaitement, une obligation de subsistance conditionnée à la capacité réelle, une interdiction réciproque de nuire par l'enfant, et deux options laissées au choix concerté des parents — sevrage anticipé ou recours à une nourrice, chacune assortie d'une condition de bonne foi (*bi-l-maʿrūf*).
Ce que le texte ne dit pas : il ne fixe pas de sanction pour le manquement à ces obligations — le cadre reste incitatif et normatif, adossé au rappel final de la vigilance d'Allaah.
Veuvage et discrétion pendant l’ʿidda · S2:234–235
- يُتَوَفَّوْنَyutawaffawna
- racine w-f-y : parachever, rappeler à complétude. **Note lexicale.** Le Coran désigne la mort par ce terme au passif — être rappelé/repris en plénitude — plutôt que par un terme signifiant directement « mourir » ; un euphémisme lexical du texte lui-même, non une addition du traducteur.
- يَذَرُونَyadharūna
- laisser derrière soi, délaisser.
- أَرْبَعَةَ أَشْهُرٍ وَعَشْرًاarbaʿata ashhurin wa-ʿashrā
- quatre mois et dix jours : durée fixée sans justification donnée par le texte — un non-dit.
- عَرَّضْتُمʿarraḍtum
- forme II de ʿ-r-ḍ (au sens d'obstacle, S2:224) : ici au sens dérivé de suggérer indirectement, allusion transversale sans énoncé direct.
- خِطْبَةkhiṭba
- racine kh-ṭ-b : l'adresse formelle, la demande en mariage.
- أَكْنَنتُمْaknantum
- racine k-n-n : abriter, tenir dissimulé en soi.
- تُوَاعِدُوهُنَّtuwāʿidūhunna
- racine w-ʿ-d : promettre mutuellement — le texte interdit la promesse secrète, non l'allusion elle-même déjà autorisée au début du verset.
- عُقْدَةُ النِّكَاحʿuqdatu l-nikāḥ
- le nœud du mariage : racine ʿ-q-d, nouer fermement — image du lien contractuel.
- حَلِيمḤalīm
- (Bloc VIII) : retenue qui diffère la rétribution, jamais « indulgent » au sens affectif.
Ce que le texte dit : l'allusion à une intention de mariage future est permise pendant l'ʿidda de la veuve, mais toute promesse ferme et secrète est exclue jusqu'au terme prescrit.
Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas la forme concrète que doit prendre l'allusion autorisée, au-delà de sa distinction d'avec la promesse secrète.
Ṭalāq avant consommation — mutʿa et moitié de dot · S2:236–237
- تَمَسُّوهُنَّtamassūhunna
- racine m-s-s : toucher — euphémisme standard du texte coranique pour le rapport conjugal, non une addition du traducteur.
- فَرِيضَةfarīḍa
- (f-r-ḍ, S2:197 : fixer fermement) : ici la dot fixée par contrat.
- مَتِّعُوهُنَّmattiʿūhunna
- (m-t-ʿ, S2:36, S2:196) : accorder une jouissance/un don compensatoire.
- الْمُوسِع / الْمُقْتِرal-mūsiʿ / al-muqtir
- l'aisé (racine w-s-ʿ) et celui dont les moyens sont resserrés (q-t-r : resserrement) — le don est proportionné à la capacité réelle de chacun.
- الْمُحْسِنِينal-muḥsinīn
- (ḥ-s-n) : ceux qui accomplissent l'excellence dans l'acte.
- نِصْفniṣf
- la moitié, partage égal en deux.
- يَعْفُونَ / يَعْفُوَyaʿfūna / yaʿfuwa
- (ʿ-f-w) : ici au sens de renoncer à sa part, lever ce qui était dû.
- الْفَضْلal-faḍl
- (f-ḍ-l, S2:47, S2:198) : le surplus, la faveur accordée au-delà du strict dû.
Ce que le texte dit : une distinction claire entre ṭalāq avant consommation sans dot fixée (simple don compensatoire proportionné aux moyens) et ṭalāq avant consommation avec dot fixée (moitié due, sauf renoncement d'une des parties), le renoncement étant présenté comme plus proche de la taqwā.
Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas qui, concrètement, détient « le nœud du mariage » au-delà de la formule elle-même — un point qui a suscité des lectures juridiques divergentes hors du texte lui-même.
Rappel de la ṣalāt · S2:238–239
- حَافِظُواḥāfiẓū
- racine ḥ-f-ẓ : garder, préserver avec une vigilance constante qui maintient intact.
- الصَّلَاة الْوُسْطَىٰal-ṣalāt al-wusṭā
- racine w-s-ṭ : ce qui est médian, central. **Non-dit assumé.** Le texte ne nomme pas laquelle des ṣalawāt est visée par « la médiane » — la question reste, à ce stade du texte lui-même, sans réponse univoque ; ce point relève d'une élaboration extérieure au verset.
- قَانِتِينqānitīn
- (q-n-t, S2:116) : se tenir dans la soumission constante.
- رِجَالًا أَوْ رُكْبَانًاrijālan aw rukbānan
- debout (à pied) ou à dos de monture (r-k-b, chevaucher) : deux postures alternatives autorisées en contexte de crainte, sans détail supplémentaire sur la forme précise que prend alors la ṣalāt.
Ce que le texte dit : une continuité de la ṣalāt est requise même en situation de danger, sous une forme allégée dans sa posture.
Ce que le texte ne dit pas : il ne détaille ni la ṣalāt médiane ni la forme exacte de la ṣalāt en marche/à cheval au-delà de cette mention.
Legs de la veuve et clôture · S2:240–242
- وَصِيَّةwaṣiyya
- (w-ṣ-y, S2:180 : relier une volonté énoncée à sa réalisation) : ici un legs en faveur de l'épouse survivante.
- إِلَى الْحَوْلilā l-ḥawl
- jusqu'à l'année pleine (ḥ-w-l , S2:233).
- غَيْرَ إِخْرَاجghayra ikhrāj
- sans expulsion : la veuve n'est pas contrainte de quitter le domicile durant cette année, sans que le texte n'impose l'inverse si elle choisit de partir.
- مُتَاعmatāʿ
- (m-t-ʿ) : don, jouissance accordée — même terme employé en S2:236 pour la femme répudiée avant consommation, ici étendu à la veuve puis, en S2:241, généralisé à toute femme répudiée.
- لَعَلَّكُمْ تَعْقِلُونlaʿallakum taʿqilūn
- lecture finaliste uniforme (voir Bloc VII, banque lexicale) : « afin que vous exerciez votre ʿaql » — racine ʿ-q-l (S2:164, S2:170–171 : lier causes et effets).
Ce que le texte dit : un droit de legs d'un an pour la veuve, et un don généralisé à toute femme répudiée, clôturant l'ensemble du passage sur le ṭalāq par un rappel de sa fonction : rendre les āyāt explicites pour que l'ʿaql s'exerce.
Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas l'articulation exacte entre ce legs d'un an (S2:240) et l'ʿidda de quatre mois et dix jours déjà fixée en S2:234 — l'articulation entre les deux dispositions relève d'une élaboration juridique postérieure, non du texte lui-même à ce stade.
Barāʾa du bloc
Cette étude est conduite selon la méthode islamducoran.fr : lecture intra-coranique exclusive, lexicographie arabe classique (Farāhīdī, Ibn Fāris, Ibn Manẓūr), discipline du dit / non-dit / inférence. Elle n’est pas prescriptive et reste révisable à la lumière du texte. L’unique garant de la compréhension est Allaah.