Structure du Bloc II. Quatre ensembles. D’abord la supplication de Mūsā face au feu et à l’appel reçu : l’ouverture de la poitrine, la tâche facilitée, le nœud de la langue dénoué, Hārūn associé comme wazīr, et la finalité posée — glorifier et rappeler Allaah sans relâche (S20:25–35). Puis la réponse : la demande accordée, et le rappel détaillé du premier bienfait accordé à Mūsā — l’inspiration donnée à sa mère, le coffre jeté au fleuve, l’honneur placé sur lui, le retour à sa mère, l’homicide, l’exil à Madyan, et Mūsā « façonné pour Moi-même » (S20:36–41). Puis l’envoi de Mūsā et de Hārūn vers Firʿawn : la parole douce recommandée, la crainte des deux frères, l’assurance reçue, le message à transmettre et l’avertissement qui l’accompagne (S20:42–48). Enfin le dialogue avec Firʿawn : la question sur le Rabb, la réponse sur la création universelle et la guidance, la question sur les générations anciennes, la science qu’Allaah détient dans un écrit, et la clôture sur les signes de la terre, de l’eau et de la création — Firʿawn ayant vu tous ces signes, mais ayant démenti et refusé (S20:49–56).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.20:25–28 Ouvre-moi la poitrine, facilite ma tâche, dénoue le nœud de ma langue
S.20:29–32 Hārūn, mon frère, établi comme wazīr et associé à ma tâche
S.20:33–35 Te glorifier, Te rappeler beaucoup — Tu es Baṣīr à notre égard
S.20:36 La demande de Mūsā accordée
S.20:37–38 Le rappel du premier bienfait — l’inspiration donnée à la mère de Mūsā
S.20:39 Le coffre jeté au fleuve, l’honneur placé sur Mūsā, élevé sous Mon ʿayn
S.20:40 La sœur, le retour à la mère, l’homicide, l’épreuve, l’exil à Madyan
S.20:41 « Je t’ai façonné pour Moi-même »
S.20:42 Aller avec Mes signes, sans faiblir dans Mon rappel
S.20:43–44 Vers Firʿawn qui a transgressé — une parole douce
S.20:45–46 La crainte des deux frères, l’assurance d’Allaah
S.20:47 Le message à transmettre à Firʿawn
S.20:48 L’avertissement qui accompagne le message
S.20:49–50 « Qui est votre Rabb ? » — la création universelle et la guidance
S.20:51–52 Les générations anciennes — la science dans un écrit, Allaah qui ne s’égare ni n’oublie
S.20:53–54 La terre comme berceau, les chemins, l’eau, la végétation variée
S.20:55 Créés de la terre, ramenés en elle, ressortis d’elle une autre fois
S.20:56 Firʿawn a vu tous les signes — il a démenti et refusé

La supplication de Mūsā · S20:25–35

S.20:25–28 · Ouvre-moi la poitrine, facilite ma tâche, dénoue le nœud de ma langue

S.20:25
قَالَ رَبِّ اشْرَحْ لِي صَدْرِي
Qāla rabbi shraḥ lī ṣadrī Il dit : « Mon Rabb, donne de l’ampleur à ma poitrine (ishraḥ lī ṣadrī),
S.20:26
وَيَسِّرْ لِي أَمْرِي
Wa-yassir lī amrī et facilite-moi ma tâche (yassir lī amrī),
S.20:27
وَاحْلُلْ عُقْدَةً مِنْ لِسَانِي
Wa-ḥlul ʿuqdatan min lisānī et dénoue un nœud (ʿuqda) de ma langue,
S.20:28
يَفْقَهُوا قَوْلِي
Yafqahū qawlī afin qu’ils comprennent en profondeur (yafqahū) ma parole. »
Notes lexicales
ishraḥ lī ṣadrī
racine *sh-r-ḥ* : fendre, ouvrir pour rendre spacieux — sens physique premier (Ibn Manẓūr, Ibn Fāris), étendu à l'aisance intérieure, la capacité à porter une charge sans en être resserré. **Dit** : une demande d'aisance et de capacité pour porter la tâche qui vient d'être confiée à Mūsā, non une demande d'ordre anatomique.
ʿuqdatan min lisānī
racine *ʿ-q-d* (le nœud, ce qui lie) et *ḥ-l-l* (dénouer, délier). **Dit** : Mūsā demande la levée d'une difficulté d'élocution, sans que le texte n'en précise davantage la nature — un **non-dit**.
yafqahū qawlī
racine *f-q-h* : comprendre en profondeur, saisir le sens au-delà de l'écoute — distincte de *samiʿa* (entendre, au sens le plus général).

S.20:29–32 · Hārūn, mon frère, établi comme wazīr et associé à ma tâche

S.20:29
وَاجْعَلْ لِي وَزِيرًا مِنْ أَهْلِي
Wa-jʿal lī wazīran min ahlī « Et établis pour moi un wazīr issu des miens,
S.20:30
هَارُونَ أَخِي
Hārūna akhī Hārūn, mon frère,
S.20:31
اشْدُدْ بِهِ أَزْرِي
Shdud bihi azrī affermis par lui ma force (azrī),
S.20:32
وَأَشْرِكْهُ فِي أَمْرِي
Wa-ashrikhu fī amrī et associe-le (ashrikhu) à ma tâche,
Notes lexicales
wazīran
racine *w-z-r* : porter une charge, et par extension celui qui en porte une part au côté d'un autre — premier appui, second recours. Conservé en translittération : terme institutionnel sans équivalent français à un seul mot qui ne l'écrase ni ne l'anachronise.
azrī
racine *ʾ-z-r* : le soutien, la vigueur qu'apporte un appui.
wa-ashrikhu fī amrī
racine *sh-r-k* — la même racine que *shirk* (associer un partenaire à Allaah). **Précision** : ici l'association se fait entre deux humains, dans une tâche ordinaire (la mission confiée à Mūsā), sans rapport avec l'emploi théologique du même mot. Le rapprochement de racine est signalé par souci de transparence lexicale.

S.20:33–35 · Te glorifier, Te rappeler beaucoup — Tu es Baṣīr à notre égard

S.20:33
كَيْ نُسَبِّحَكَ كَثِيرًا
Kay nusabbiḥaka kathīrā afin que nous Te glorifions (nusabbiḥaka) beaucoup,
S.20:34
وَنَذْكُرَكَ كَثِيرًا
Wa-nadhkuraka kathīrā et que nous fassions beaucoup Ton rappel (nadhkuraka),
S.20:35
إِنَّكَ كُنْتَ بِنَا بَصِيرًا
Innaka kunta binā baṣīrā Tu es, en vérité, Baṣīr à notre égard. »
Notes lexicales
nusabbiḥaka
racine *s-b-ḥ* — voir *subḥānahu*, S16:1 et S17:43, entre autres.
baṣīrā
*Baṣīr*, un des Noms de la plus grande excellence (S20:8, Bloc I), conservé en translittération comme les autres Noms nominaux d'Allaah (voir S4:58). À ne pas confondre avec le verbe *arā* (« je vois », S20:46, ce Bloc), qui décrit une action et non un Nom : voir la note dédiée à cet endroit.

La réponse — le rappel du premier bienfait · S20:36–41

S.20:36 · La demande de Mūsā accordée

S.20:36
قَالَ قَدْ أُوتِيتَ سُؤْلَكَ يَا مُوسَىٰ
Qāla qad ūtīta suʾlaka yā mūsā Il dit : « Ta demande (suʾlaka) t’est accordée, ô Mūsā. »
Notes lexicales
suʾlaka
racine *s-ʾ-l* (demander), sous la forme nominale précise de ce qui est demandé.

S.20:37–38 · Le rappel du premier bienfait — l’inspiration donnée à la mère de Mūsā

S.20:37
وَلَقَدْ مَنَنَّا عَلَيْكَ مَرَّةً أُخْرَىٰ
Wa-la-qad manannā ʿalayka marratan ukhrā « Et Nous t’avons déjà comblé d’un bienfait (mananna ʿalayka) une autre fois,
S.20:38
إِذْ أَوْحَيْنَا إِلَىٰ أُمِّكَ مَا يُوحَىٰ
Idh awḥaynā ilā ummika mā yūḥā quand Nous avons inspiré (awḥaynā) à ta mère ce qui fut inspiré. »
Notes lexicales
mananna ʿalayka
racine *m-n-n* : accorder un bienfait, une grâce. **Précision lexicale** : cette même racine porte, dans un emploi humain tourné vers autrui, un sens connexe mais moins favorable — rappeler un bienfait de façon à en faire peser la dette sur son bénéficiaire (comme dans l'interdiction d'annuler une aumône par le rappel intéressé du bienfait, S2:264). Ici, appliqué à Allaah envers Mūsā, le sens est celui, simple et positif, de la grâce accordée — sans aucune connotation de reproche.
awḥaynā … yūḥā
racine *w-ḥ-y* — voir S16:68 et S20:13 (Bloc I) : cette racine couvre tout ce qui est déposé ou inspiré par Allaah, de l'instinct animal au message prophétique. Ici appliquée à la mère de Mūsā, hors du cadre de la *nubuwwa*.

S.20:39 · Le coffre jeté au fleuve, l’honneur placé sur Mūsā, élevé sous Mon ʿayn

Deux points de méthode. (1) wa-alqaytu ʿalayka maḥabbatan minnī : cette expression emploie la racine ḥ-b-b, dont les formes verbales (yuḥibbu, aḥabba) sont rendues par « honorer » plutôt que par « aimer », afin d’écarter tout sentiment de type humain prêté à Allaah. Maḥabba est le nom d’action (maṣdar) de la même racine : on lit donc « un honneur venant de Moi », non « un amour venant de Moi ». (2) wa-li-tuṣnaʿa ʿalā ʿaynī : construction de même nature que bi-aʿyuninā (S11:37) — idiome de l’arabe classique (« sous l’œil d’un tel » = sous sa protection attentive), sans rapport avec l’anatomie, mais dont le mot français « œil » réintroduirait une image corporelle si on l’employait directement. ʿAynī (au singulier) est donc conservé en translittération, comme aʿyuninā (au pluriel) en S11:37.

S.20:39
أَنِ اقْذِفِيهِ فِي التَّابُوتِ فَاقْذِفِيهِ فِي الْيَمِّ فَلْيُلْقِهِ الْيَمُّ بِالسَّاحِلِ يَأْخُذْهُ عَدُوٌّ لِي وَعَدُوٌّ لَهُ ۚ وَأَلْقَيْتُ عَلَيْكَ مَحَبَّةً مِنِّي وَلِتُصْنَعَ عَلَىٰ عَيْنِي
Ani qdhifīhi fi t-tābūti fa-qdhifīhi fi l-yammi fal-yulqihi l-yammu bi-s-sāḥili yaʾkhudhhu ʿaduwwun lī wa-ʿaduwwun lahu wa-alqaytu ʿalayka maḥabbatan minnī wa-li-tuṣnaʿa ʿalā ʿaynī « [Nous avons inspiré à ta mère] : ‹Dépose-le (iqdhifīhi) dans le coffre (at-tābūt), puis jette-le (fa-qdhifīhi) dans le fleuve (al-yamm) — que le fleuve le rejette sur la rive (as-sāḥil), un ennemi à Moi et un ennemi à lui le recueillera.› Et J’ai déposé sur toi un honneur (maḥabba) venant de Moi, et [J’ai voulu] que tu sois élevé sous Mon ʿayn (ʿalā ʿaynī).
Notes lexicales
at-tābūt
voir S2:248 pour le *tābūt* de l'alliance des Banī Isrāʾīl — référent distinct ici : le coffre de l'enfance de Mūsā. Même mot, deux objets différents, sans rapport de contenu entre eux au-delà du terme lui-même.
al-yamm … as-sāḥil
*al-yamm* (racine *y-m-m*) : le grand cours d'eau, ici le Nil. *as-sāḥil* (racine *s-ḥ-l*) : la rive, le bord.
ʿaduwwun lī wa-ʿaduwwun lahu
racine *ʿ-d-w* : l'opposition (voir S2:98). « Ennemi à Moi » désigne ici l'opposition de fait de Firʿawn à Allaah, non un sentiment d'hostilité prêté à Allaah.
maḥabbatan minnī
voir le callout de méthode ci-dessus. Racine *ḥ-b-b*, rendue par « honneur ».
ʿalā ʿaynī
voir le callout de méthode ci-dessus. Terme conservé en translittération, comme *bi-aʿyuninā* (S11:37).

S.20:40 · La sœur, le retour à la mère, l’homicide, l’épreuve, l’exil à Madyan

S.20:40
إِذْ تَمْشِي أُخْتُكَ فَتَقُولُ هَلْ أَدُلُّكُمْ عَلَىٰ مَنْ يَكْفُلُهُ ۖ فَرَجَعْنَاكَ إِلَىٰ أُمِّكَ كَيْ تَقَرَّ عَيْنُهَا وَلَا تَحْزَنَ ۚ وَقَتَلْتَ نَفْسًا فَنَجَّيْنَاكَ مِنَ الْغَمِّ وَفَتَنَّاكَ فُتُونًا ۚ فَلَبِثْتَ سِنِينَ فِي أَهْلِ مَدْيَنَ ثُمَّ جِئْتَ عَلَىٰ قَدَرٍ يَا مُوسَىٰ
Idh tamshī ukhtuka fa-taqūlu hal adullukum ʿalā man yakfuluh fa-rajaʿnāka ilā ummika kay taqarra ʿaynuhā wa-lā taḥzan wa-qataltā nafsan fa-najjaynāka mina l-ghammi wa-fatannāka futūnan fa-labithta sinīna fī ahli madyana thumma jiʾta ʿalā qadarin yā mūsā « [Souviens-toi] quand ta sœur marchait [derrière le coffre] et disait : ‹Puis-je vous indiquer qui se chargera de lui (man yakfuluh) ?› — ainsi Nous t’avons ramené à ta mère, afin que son œil se rafraîchisse (taqarra ʿaynuhā) et qu’elle ne s’afflige pas. Et tu as tué une âme (qataltā nafsan) — Nous t’avons alors sauvé de l’angoisse (al-ghamm), et Nous t’avons éprouvé d’une rude épreuve (fatannāka futūnan). Tu es resté des années (sinīna) parmi les gens de Madyan, puis tu es venu selon une mesure déterminée (ʿalā qadarin), ô Mūsā. »
Notes lexicales
taqarra ʿaynuhā
idiome arabe : « que son œil se rafraîchisse/s'apaise » — signifie trouver le repos, le soulagement du chagrin. *ʿaynuhā* désigne ici l'œil de la mère de Mūsā, un emploi humain ordinaire, à distinguer de *ʿalā ʿaynī* en S20:39.
qataltā nafsan
**Non-dit** : ce seul verset ne nomme ni les circonstances ni l'identité de la personne tuée par Mūsā avant son exil — le texte rappelle le fait sans le circonstancier davantage ici.
fatannāka futūnan
racine *f-t-n* — pour l'emploi de cette racine au sens de discorde/corruption collective, voir S8:73 et l'étude Fasād et mufsidūn. Ici, sens distinct et personnel : l'épreuve individuelle traversée par Mūsā (l'exil, les années à Madyan) — un autre registre de la même racine, sans rapport de contenu entre les deux emplois.
ʿalā qadarin
racine *q-d-r* : la mesure, la détermination. Le texte affirme seulement que le retour de Mūsā survient à une mesure/un moment déterminé, sans développer ce que cela implique au-delà de ce verset.

S.20:41 · « Je t’ai façonné pour Moi-même »

S.20:41
وَاصْطَنَعْتُكَ لِنَفْسِي
Wa-ṣṭanaʿtuka li-nafsī « Et Je t’ai façonné (iṣṭanaʿtuka) pour Moi-même (li-nafsī). »
Notes lexicales
iṣṭanaʿtuka
racine *ṣ-n-ʿ* : façonner, former avec soin — ici appliquée à une personne (non à un objet).
li-nafsī
*nafs* employé ici comme pronom réfléchi intensif (« pour Moi-même »), non comme un organe ou une entité distincte — même emploi grammatical que *kataba ʿalā nafsihi r-raḥmata* (« Il S'est prescrit à Lui-même la *raḥma* », S6:12 et S6:54). Cet usage réfléchi de *nafs*, couramment attesté en arabe classique pour intensifier un pronom, ne pose aucune image corporelle.

L’envoi vers Firʿawn · S20:42–48

S.20:42 · Aller avec Mes signes, sans faiblir dans Mon rappel

S.20:42
اذْهَبْ أَنْتَ وَأَخُوكَ بِآيَاتِي وَلَا تَنِيَا فِي ذِكْرِي
Idhhab anta wa-akhūka bi-āyātī wa-lā taniyā fī dhikrī « Va, toi et ton frère, avec Mes signes (āyātī), et ne faiblissez pas (lā taniyā) dans Mon rappel. »
Notes lexicales
lā taniyā
racine *w-n-y* : se relâcher, faiblir dans l'effort.

S.20:43–44 · Vers Firʿawn qui a transgressé — une parole douce

S.20:43
اذْهَبَا إِلَىٰ فِرْعَوْنَ إِنَّهُ طَغَىٰ
Idhhabā ilā firʿawna innahu ṭaghā « Allez tous deux vers Firʿawn — il a certes transgressé (ṭaghā),
S.20:44
فَقُولَا لَهُ قَوْلًا لَيِّنًا لَعَلَّهُ يَتَذَكَّرُ أَوْ يَخْشَىٰ
Fa-qūlā lahu qawlan layyinan laʿallahu yatadhakkaru aw yakhshā et adressez-lui une parole douce (qawlan layyinan) — peut-être se rappellera-t-il, ou redoutera-t-il. »
Notes lexicales
ṭaghā
voir S20:24 (Bloc I) — même racine, même sujet.
qawlan layyinan
racine *l-y-n* : la souplesse, la douceur d'une parole. **Dit** : le texte prescrit la douceur du ton adressé à Firʿawn lui-même, malgré la transgression déjà qualifiée au verset précédent — sans que cela n'atténue la qualification de sa transgression.

S.20:45–46 · La crainte des deux frères, l’assurance d’Allaah

S.20:45
قَالَا رَبَّنَا إِنَّنَا نَخَافُ أَنْ يَفْرُطَ عَلَيْنَا أَوْ أَنْ يَطْغَىٰ
Qālā rabbanā innanā nakhāfu an yafruṭa ʿalaynā aw an yaṭghā Tous deux dirent : « Notre Rabb, nous craignons qu’il ne se précipite contre nous (yafruṭa ʿalaynā), ou qu’il ne transgresse davantage. »
S.20:46
قَالَ لَا تَخَافَا ۖ إِنَّنِي مَعَكُمَا أَسْمَعُ وَأَرَىٰ
Qāla lā takhāfā innanī maʿakumā asmaʿu wa-arā Il dit : « Ne craignez rien — Je suis avec vous deux : J’entends et Je vois (asmaʿu wa-arā). »
Notes lexicales
yafruṭa ʿalaynā
racine *f-r-ṭ* : devancer, se précipiter au-delà de la mesure.
asmaʿu wa-arā
**Précision.** Ces deux verbes à la première personne (« J'entends », « Je vois ») décrivent une faculté de perception, non un organe — à la différence de *ʿaynī* (S20:39, ce même Bloc), nom qui désigne concrètement un organe et reste conservé en translittération. L'ouïe et la vue, en tant que verbes d'action, sont rendues par les verbes français ordinaires — comme pour *yasmaʿu* dans l'étude Le Coran, entre hommes seuls et Allaah (S58:1 : « Allaah entend votre échange »). Les Noms nominaux correspondants, *Samīʿ* et *Baṣīr* (S20:35, ce Bloc ; S4:58), restent quant à eux conservés en translittération.

S.20:47 · Le message à transmettre à Firʿawn

S.20:47
فَأْتِيَاهُ فَقُولَا إِنَّا رَسُولَا رَبِّكَ فَأَرْسِلْ مَعَنَا بَنِي إِسْرَائِيلَ وَلَا تُعَذِّبْهُمْ ۖ قَدْ جِئْنَاكَ بِآيَةٍ مِنْ رَبِّكَ ۖ وَالسَّلَامُ عَلَىٰ مَنِ اتَّبَعَ الْهُدَىٰ
Fa-ʾtiyāhu fa-qūlā innā rasūlā rabbika fa-arsil maʿanā banī isrāʾīla wa-lā tuʿadhdhibhum qad jiʾnāka bi-āyatin min rabbika wa-s-salāmu ʿalā mani ttabaʿa l-hudā « Allez donc à lui, et dites-lui : ‹Nous sommes tous deux les envoyés (rasūlā) de ton Rabb — laisse donc partir avec nous les Banī Isrāʾīl, et ne les tourmente plus. Nous t’avons apporté un signe (āya) venant de ton Rabb — et que la paix (as-salām) soit sur quiconque suit la guidance (man ittabaʿa l-hudā).› »
Notes lexicales
man ittabaʿa l-hudā
voir S2:38 : « *fa-man tabiʿa hudāya fa-lā khawfun ʿalayhim* ». Même formule, même principe : la paix promise à quiconque suit la guidance, sans restriction de personne ni d'origine.

S.20:48 · L’avertissement qui accompagne le message

S.20:48
إِنَّا قَدْ أُوحِيَ إِلَيْنَا أَنَّ الْعَذَابَ عَلَىٰ مَنْ كَذَّبَ وَتَوَلَّىٰ
Innā qad ūḥiya ilaynā anna l-ʿadhāba ʿalā man kadhdhaba wa-tawallā « Il nous a été révélé qu’en vérité le châtiment frappe quiconque dément (kadhdhaba) et se détourne (tawallā). »

Le dialogue avec Firʿawn · S20:49–56

S.20:49–50 · « Qui est votre Rabb ? » — la création universelle et la guidance

S.20:49
قَالَ فَمَنْ رَبُّكُمَا يَا مُوسَىٰ
Qāla fa-man rabbukumā yā mūsā Il dit : « Qui donc est votre Rabb, ô Mūsā ? »
S.20:50
قَالَ رَبُّنَا الَّذِي أَعْطَىٰ كُلَّ شَيْءٍ خَلْقَهُ ثُمَّ هَدَىٰ
Qāla rabbunā lladhī aʿṭā kulla shayʾin khalqahu thumma hadā Il dit : « Notre Rabb est Ce qui a donné à chaque chose sa forme propre (khalqahu), puis [l’a] guidée (hadā). »
Notes lexicales
Rabbunā lladhī
**Note de méthode.** Construction relative attribuant l'acte de création à Allaah — rendue par « Ce qui » (voir la note de S20:4, Bloc I) : le neutre absolu s'exprime en français par « ce qui », non par « celui qui ».
aʿṭā kulla shayʾin khalqahu thumma hadā
racine *kh-l-q* (la création, la forme propre donnée à chaque chose) et *h-d-y* (la guidance). **Dit** : le texte pose une guidance universelle, étendue à « chaque chose » — non restreinte aux humains — qui accompagne l'acte même de création : chaque créature reçoit la forme qui est la sienne, puis une orientation conforme à cette forme (l'instinct de l'animal, la trajectoire de l'astre, aussi bien que la guidance offerte à l'humain). **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas la nature exacte de cette guidance pour chaque catégorie de créature. Une **inférence** raisonnable, non développée ici, la rapprocherait de l'instinct animal évoqué pour l'abeille (*awḥā rabbuka ilā n-naḥl*, S16:68), sans qu'on l'affirme comme lecture unique.

S.20:51–52 · Les générations anciennes — la science dans un écrit, Allaah qui ne s’égare ni n’oublie

S.20:51
قَالَ فَمَا بَالُ الْقُرُونِ الْأُولَىٰ
Qāla fa-mā bālu l-qurūni l-ūlā Il dit : « Qu’en est-il donc de la condition (bālu) des générations anciennes (al-qurūni l-ūlā) ? »
S.20:52
قَالَ عِلْمُهَا عِنْدَ رَبِّي فِي كِتَابٍ ۖ لَا يَضِلُّ رَبِّي وَلَا يَنْسَى
Qāla ʿilmuhā ʿinda rabbī fī kitābin lā yaḍillu rabbī wa-lā yansā Il dit : « La connaissance (ʿilm) qui les concerne est auprès de mon Rabb, dans un écrit (kitāb) — mon Rabb ne s’égare pas (lā yaḍillu) et n’oublie pas (lā yansā). »
Notes lexicales
bālu l-qurūni l-ūlā
*bāl*, racine *b-w-l/b-y-l* : la condition, l'affaire, l'état de quelque chose. *qarn* (génération, époque) : un ensemble de contemporains liés par leur époque — voir S6:6, S10:13, S18:84.
fī kitābin
pour l'écrit qui contient une science exhaustive auprès d'Allaah, voir *Umm al-Kitāb*, S13:39. Ici, l'écrit contient spécifiquement la connaissance des générations disparues.
lā yaḍillu rabbī wa-lā yansā
**Cohérence intra-coranique.** Ce verset nie explicitement, de la bouche de Mūsā, que le Rabb puisse s'égarer ou oublier. Voir S9:67 (*nasū llāha fa-nasiyahum*), où l'« oubli » attribué à Allaah est lu comme une figure de miroir rhétorique (*mushākala*, rétribution en écho) et non comme une défaillance réelle de mémoire : le présent verset le confirme.

S.20:53–54 · La terre comme berceau, les chemins, l’eau, la végétation variée

Note de grammaire — le passage du « Il » au « Nous » (iltifāt). Ce verset poursuit la réponse de Mūsā à la troisième personne (« [Ce qui] a fait… a tracé… a fait descendre »), puis bascule sans transition vers la première personne du pluriel (« Nous avons fait sortir »). Ce changement de personne grammaticale à l’intérieur d’une même phrase (iltifāt) est une figure de style attestée et fréquente dans la langue arabe classique, y compris dans le Coran — un procédé rhétorique reconnu, non une incohérence de discours ni un changement de locuteur.

S.20:53
الَّذِي جَعَلَ لَكُمُ الْأَرْضَ مَهْدًا وَسَلَكَ لَكُمْ فِيهَا سُبُلًا وَأَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجْنَا بِهِ أَزْوَاجًا مِنْ نَبَاتٍ شَتَّىٰ
Alladhī jaʿala lakumu l-arḍa mahdan wa-salaka lakum fīhā subulan wa-anzala mina s-samāʾi māʾan fa-akhrajnā bihi azwājan min nabātin shattā « [Ce qui] a fait pour vous de la terre un berceau (mahdan), a tracé (salaka) pour vous, à travers elle, des chemins (subulan), et a fait descendre du ciel une eau — par laquelle Nous avons fait sortir des couples de végétation variée (azwājan min nabātin shattā).
S.20:54
كُلُوا وَارْعَوْا أَنْعَامَكُمْ ۗ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِأُولِي النُّهَىٰ
Kulū wa-rʿaw anʿāmakum inna fī dhālika la-āyātin li-ulī n-nuhā Mangez, et faites paître votre bétail (anʿāmakum) — il y a certes en cela des signes pour les détenteurs de raison (ulī n-nuhā). »
Notes lexicales
mahdan
racine *m-h-d* : niveler, préparer une surface pour le repos — l'image du berceau de l'enfant, distincte de *firāshan* (le lit, la couche étalée, S2:22), qui désigne plutôt l'étendue sur laquelle on se repose. Les deux images ne s'opposent pas mais insistent différemment : *firāsh* sur l'étalement, *mahd* sur la préparation protectrice.
ulī n-nuhā
racine *n-h-y* : ce qui retient, ce qui interdit — *nuhā* désigne la raison en tant que faculté qui retient de l'erreur, distincte de *albāb* (voir l'étude Ulū l-albāb), qui désigne plutôt le noyau, le cœur de l'intelligence. Les deux termes convergent vers la même réalité — l'intelligence — sous deux images distinctes.

S.20:55 · Créés de la terre, ramenés en elle, ressortis d’elle une autre fois

S.20:55
۞ مِنْهَا خَلَقْنَاكُمْ وَفِيهَا نُعِيدُكُمْ وَمِنْهَا نُخْرِجُكُمْ تَارَةً أُخْرَىٰ
Minhā khalaqnākum wa-fīhā nuʿīdukum wa-minhā nukhrijukum tāratan ukhrā C’est d’elle [la terre] que Nous vous avons créés, en elle que Nous vous ramènerons, et d’elle que Nous vous ferons sortir une autre fois (tāratan ukhrā).
Notes lexicales
tāratan ukhrā
racine *t-w-r* : le tour, l'instance, la fois. **Dit** : le texte pose un cycle en trois temps — création depuis la terre, retour en elle (la mort), sortie d'elle une seconde fois (la résurrection) — sans qu'aucun détail supplémentaire du processus ne soit donné par ce seul verset.

S.20:56 · Firʿawn a vu tous les signes — il a démenti et refusé

S.20:56
وَلَقَدْ أَرَيْنَاهُ آيَاتِنَا كُلَّهَا فَكَذَّبَ وَأَبَىٰ
Wa-la-qad araynāhu āyātinā kullahā fa-kadhdhaba wa-abā Et Nous lui avons certes fait voir Nos signes, tous, mais il a démenti (kadhdhaba) et refusé (abā).
Notes lexicales
fa-kadhdhaba wa-abā
*abā*, racine *ʾ-b-y* : refuser avec obstination. Ce verset clôt le dialogue rapporté dans ce Bloc et ouvre, dans la suite de la sourate, le duel avec les magiciens.

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