Structure du Bloc II. Quatre ensembles. D’abord la supplication de Mūsā face au feu et à l’appel reçu : l’ouverture de la poitrine, la tâche facilitée, le nœud de la langue dénoué, Hārūn associé comme wazīr, et la finalité posée — glorifier et rappeler Allaah sans relâche (S20:25–35). Puis la réponse : la demande accordée, et le rappel détaillé du premier bienfait accordé à Mūsā — l’inspiration donnée à sa mère, le coffre jeté au fleuve, l’honneur placé sur lui, le retour à sa mère, l’homicide, l’exil à Madyan, et Mūsā « façonné pour Moi-même » (S20:36–41). Puis l’envoi de Mūsā et de Hārūn vers Firʿawn : la parole douce recommandée, la crainte des deux frères, l’assurance reçue, le message à transmettre et l’avertissement qui l’accompagne (S20:42–48). Enfin le dialogue avec Firʿawn : la question sur le Rabb, la réponse sur la création universelle et la guidance, la question sur les générations anciennes, la science qu’Allaah détient dans un écrit, et la clôture sur les signes de la terre, de l’eau et de la création — Firʿawn ayant vu tous ces signes, mais ayant démenti et refusé (S20:49–56).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.20:25–28 | Ouvre-moi la poitrine, facilite ma tâche, dénoue le nœud de ma langue |
| S.20:29–32 | Hārūn, mon frère, établi comme wazīr et associé à ma tâche |
| S.20:33–35 | Te glorifier, Te rappeler beaucoup — Tu es Baṣīr à notre égard |
| S.20:36 | La demande de Mūsā accordée |
| S.20:37–38 | Le rappel du premier bienfait — l’inspiration donnée à la mère de Mūsā |
| S.20:39 | Le coffre jeté au fleuve, l’honneur placé sur Mūsā, élevé sous Mon ʿayn |
| S.20:40 | La sœur, le retour à la mère, l’homicide, l’épreuve, l’exil à Madyan |
| S.20:41 | « Je t’ai façonné pour Moi-même » |
| S.20:42 | Aller avec Mes signes, sans faiblir dans Mon rappel |
| S.20:43–44 | Vers Firʿawn qui a transgressé — une parole douce |
| S.20:45–46 | La crainte des deux frères, l’assurance d’Allaah |
| S.20:47 | Le message à transmettre à Firʿawn |
| S.20:48 | L’avertissement qui accompagne le message |
| S.20:49–50 | « Qui est votre Rabb ? » — la création universelle et la guidance |
| S.20:51–52 | Les générations anciennes — la science dans un écrit, Allaah qui ne s’égare ni n’oublie |
| S.20:53–54 | La terre comme berceau, les chemins, l’eau, la végétation variée |
| S.20:55 | Créés de la terre, ramenés en elle, ressortis d’elle une autre fois |
| S.20:56 | Firʿawn a vu tous les signes — il a démenti et refusé |
La supplication de Mūsā · S20:25–35
S.20:25–28 · Ouvre-moi la poitrine, facilite ma tâche, dénoue le nœud de ma langue
- ishraḥ lī ṣadrī
- racine *sh-r-ḥ* : fendre, ouvrir pour rendre spacieux — sens physique premier (Ibn Manẓūr, Ibn Fāris), étendu à l'aisance intérieure, la capacité à porter une charge sans en être resserré. **Dit** : une demande d'aisance et de capacité pour porter la tâche qui vient d'être confiée à Mūsā, non une demande d'ordre anatomique.
- ʿuqdatan min lisānī
- racine *ʿ-q-d* (le nœud, ce qui lie) et *ḥ-l-l* (dénouer, délier). **Dit** : Mūsā demande la levée d'une difficulté d'élocution, sans que le texte n'en précise davantage la nature — un **non-dit**.
- yafqahū qawlī
- racine *f-q-h* : comprendre en profondeur, saisir le sens au-delà de l'écoute — distincte de *samiʿa* (entendre, au sens le plus général).
S.20:29–32 · Hārūn, mon frère, établi comme wazīr et associé à ma tâche
- wazīran
- racine *w-z-r* : porter une charge, et par extension celui qui en porte une part au côté d'un autre — premier appui, second recours. Conservé en translittération : terme institutionnel sans équivalent français à un seul mot qui ne l'écrase ni ne l'anachronise.
- azrī
- racine *ʾ-z-r* : le soutien, la vigueur qu'apporte un appui.
- wa-ashrikhu fī amrī
- racine *sh-r-k* — la même racine que *shirk* (associer un partenaire à Allaah). **Précision** : ici l'association se fait entre deux humains, dans une tâche ordinaire (la mission confiée à Mūsā), sans rapport avec l'emploi théologique du même mot. Le rapprochement de racine est signalé par souci de transparence lexicale.
S.20:33–35 · Te glorifier, Te rappeler beaucoup — Tu es Baṣīr à notre égard
- nusabbiḥaka
- racine *s-b-ḥ* — voir *subḥānahu*, S16:1 et S17:43, entre autres.
- baṣīrā
- *Baṣīr*, un des Noms de la plus grande excellence (S20:8, Bloc I), conservé en translittération comme les autres Noms nominaux d'Allaah (voir S4:58). À ne pas confondre avec le verbe *arā* (« je vois », S20:46, ce Bloc), qui décrit une action et non un Nom : voir la note dédiée à cet endroit.
La réponse — le rappel du premier bienfait · S20:36–41
S.20:36 · La demande de Mūsā accordée
- suʾlaka
- racine *s-ʾ-l* (demander), sous la forme nominale précise de ce qui est demandé.
S.20:37–38 · Le rappel du premier bienfait — l’inspiration donnée à la mère de Mūsā
- mananna ʿalayka
- racine *m-n-n* : accorder un bienfait, une grâce. **Précision lexicale** : cette même racine porte, dans un emploi humain tourné vers autrui, un sens connexe mais moins favorable — rappeler un bienfait de façon à en faire peser la dette sur son bénéficiaire (comme dans l'interdiction d'annuler une aumône par le rappel intéressé du bienfait, S2:264). Ici, appliqué à Allaah envers Mūsā, le sens est celui, simple et positif, de la grâce accordée — sans aucune connotation de reproche.
- awḥaynā … yūḥā
- racine *w-ḥ-y* — voir S16:68 et S20:13 (Bloc I) : cette racine couvre tout ce qui est déposé ou inspiré par Allaah, de l'instinct animal au message prophétique. Ici appliquée à la mère de Mūsā, hors du cadre de la *nubuwwa*.
S.20:39 · Le coffre jeté au fleuve, l’honneur placé sur Mūsā, élevé sous Mon ʿayn
Deux points de méthode. (1) wa-alqaytu ʿalayka maḥabbatan minnī : cette expression emploie la racine ḥ-b-b, dont les formes verbales (yuḥibbu, aḥabba) sont rendues par « honorer » plutôt que par « aimer », afin d’écarter tout sentiment de type humain prêté à Allaah. Maḥabba est le nom d’action (maṣdar) de la même racine : on lit donc « un honneur venant de Moi », non « un amour venant de Moi ». (2) wa-li-tuṣnaʿa ʿalā ʿaynī : construction de même nature que bi-aʿyuninā (S11:37) — idiome de l’arabe classique (« sous l’œil d’un tel » = sous sa protection attentive), sans rapport avec l’anatomie, mais dont le mot français « œil » réintroduirait une image corporelle si on l’employait directement. ʿAynī (au singulier) est donc conservé en translittération, comme aʿyuninā (au pluriel) en S11:37.
- at-tābūt
- voir S2:248 pour le *tābūt* de l'alliance des Banī Isrāʾīl — référent distinct ici : le coffre de l'enfance de Mūsā. Même mot, deux objets différents, sans rapport de contenu entre eux au-delà du terme lui-même.
- al-yamm … as-sāḥil
- *al-yamm* (racine *y-m-m*) : le grand cours d'eau, ici le Nil. *as-sāḥil* (racine *s-ḥ-l*) : la rive, le bord.
- ʿaduwwun lī wa-ʿaduwwun lahu
- racine *ʿ-d-w* : l'opposition (voir S2:98). « Ennemi à Moi » désigne ici l'opposition de fait de Firʿawn à Allaah, non un sentiment d'hostilité prêté à Allaah.
- maḥabbatan minnī
- voir le callout de méthode ci-dessus. Racine *ḥ-b-b*, rendue par « honneur ».
- ʿalā ʿaynī
- voir le callout de méthode ci-dessus. Terme conservé en translittération, comme *bi-aʿyuninā* (S11:37).
S.20:40 · La sœur, le retour à la mère, l’homicide, l’épreuve, l’exil à Madyan
- taqarra ʿaynuhā
- idiome arabe : « que son œil se rafraîchisse/s'apaise » — signifie trouver le repos, le soulagement du chagrin. *ʿaynuhā* désigne ici l'œil de la mère de Mūsā, un emploi humain ordinaire, à distinguer de *ʿalā ʿaynī* en S20:39.
- qataltā nafsan
- **Non-dit** : ce seul verset ne nomme ni les circonstances ni l'identité de la personne tuée par Mūsā avant son exil — le texte rappelle le fait sans le circonstancier davantage ici.
- fatannāka futūnan
- racine *f-t-n* — pour l'emploi de cette racine au sens de discorde/corruption collective, voir S8:73 et l'étude Fasād et mufsidūn. Ici, sens distinct et personnel : l'épreuve individuelle traversée par Mūsā (l'exil, les années à Madyan) — un autre registre de la même racine, sans rapport de contenu entre les deux emplois.
- ʿalā qadarin
- racine *q-d-r* : la mesure, la détermination. Le texte affirme seulement que le retour de Mūsā survient à une mesure/un moment déterminé, sans développer ce que cela implique au-delà de ce verset.
S.20:41 · « Je t’ai façonné pour Moi-même »
- iṣṭanaʿtuka
- racine *ṣ-n-ʿ* : façonner, former avec soin — ici appliquée à une personne (non à un objet).
- li-nafsī
- *nafs* employé ici comme pronom réfléchi intensif (« pour Moi-même »), non comme un organe ou une entité distincte — même emploi grammatical que *kataba ʿalā nafsihi r-raḥmata* (« Il S'est prescrit à Lui-même la *raḥma* », S6:12 et S6:54). Cet usage réfléchi de *nafs*, couramment attesté en arabe classique pour intensifier un pronom, ne pose aucune image corporelle.
L’envoi vers Firʿawn · S20:42–48
S.20:42 · Aller avec Mes signes, sans faiblir dans Mon rappel
- lā taniyā
- racine *w-n-y* : se relâcher, faiblir dans l'effort.
S.20:43–44 · Vers Firʿawn qui a transgressé — une parole douce
- ṭaghā
- voir S20:24 (Bloc I) — même racine, même sujet.
- qawlan layyinan
- racine *l-y-n* : la souplesse, la douceur d'une parole. **Dit** : le texte prescrit la douceur du ton adressé à Firʿawn lui-même, malgré la transgression déjà qualifiée au verset précédent — sans que cela n'atténue la qualification de sa transgression.
S.20:45–46 · La crainte des deux frères, l’assurance d’Allaah
- yafruṭa ʿalaynā
- racine *f-r-ṭ* : devancer, se précipiter au-delà de la mesure.
- asmaʿu wa-arā
- **Précision.** Ces deux verbes à la première personne (« J'entends », « Je vois ») décrivent une faculté de perception, non un organe — à la différence de *ʿaynī* (S20:39, ce même Bloc), nom qui désigne concrètement un organe et reste conservé en translittération. L'ouïe et la vue, en tant que verbes d'action, sont rendues par les verbes français ordinaires — comme pour *yasmaʿu* dans l'étude Le Coran, entre hommes seuls et Allaah (S58:1 : « Allaah entend votre échange »). Les Noms nominaux correspondants, *Samīʿ* et *Baṣīr* (S20:35, ce Bloc ; S4:58), restent quant à eux conservés en translittération.
S.20:47 · Le message à transmettre à Firʿawn
- man ittabaʿa l-hudā
- voir S2:38 : « *fa-man tabiʿa hudāya fa-lā khawfun ʿalayhim* ». Même formule, même principe : la paix promise à quiconque suit la guidance, sans restriction de personne ni d'origine.
S.20:48 · L’avertissement qui accompagne le message
Le dialogue avec Firʿawn · S20:49–56
S.20:49–50 · « Qui est votre Rabb ? » — la création universelle et la guidance
- Rabbunā lladhī
- **Note de méthode.** Construction relative attribuant l'acte de création à Allaah — rendue par « Ce qui » (voir la note de S20:4, Bloc I) : le neutre absolu s'exprime en français par « ce qui », non par « celui qui ».
- aʿṭā kulla shayʾin khalqahu thumma hadā
- racine *kh-l-q* (la création, la forme propre donnée à chaque chose) et *h-d-y* (la guidance). **Dit** : le texte pose une guidance universelle, étendue à « chaque chose » — non restreinte aux humains — qui accompagne l'acte même de création : chaque créature reçoit la forme qui est la sienne, puis une orientation conforme à cette forme (l'instinct de l'animal, la trajectoire de l'astre, aussi bien que la guidance offerte à l'humain). **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas la nature exacte de cette guidance pour chaque catégorie de créature. Une **inférence** raisonnable, non développée ici, la rapprocherait de l'instinct animal évoqué pour l'abeille (*awḥā rabbuka ilā n-naḥl*, S16:68), sans qu'on l'affirme comme lecture unique.
S.20:51–52 · Les générations anciennes — la science dans un écrit, Allaah qui ne s’égare ni n’oublie
- bālu l-qurūni l-ūlā
- *bāl*, racine *b-w-l/b-y-l* : la condition, l'affaire, l'état de quelque chose. *qarn* (génération, époque) : un ensemble de contemporains liés par leur époque — voir S6:6, S10:13, S18:84.
- fī kitābin
- pour l'écrit qui contient une science exhaustive auprès d'Allaah, voir *Umm al-Kitāb*, S13:39. Ici, l'écrit contient spécifiquement la connaissance des générations disparues.
- lā yaḍillu rabbī wa-lā yansā
- **Cohérence intra-coranique.** Ce verset nie explicitement, de la bouche de Mūsā, que le Rabb puisse s'égarer ou oublier. Voir S9:67 (*nasū llāha fa-nasiyahum*), où l'« oubli » attribué à Allaah est lu comme une figure de miroir rhétorique (*mushākala*, rétribution en écho) et non comme une défaillance réelle de mémoire : le présent verset le confirme.
S.20:53–54 · La terre comme berceau, les chemins, l’eau, la végétation variée
Note de grammaire — le passage du « Il » au « Nous » (iltifāt). Ce verset poursuit la réponse de Mūsā à la troisième personne (« [Ce qui] a fait… a tracé… a fait descendre »), puis bascule sans transition vers la première personne du pluriel (« Nous avons fait sortir »). Ce changement de personne grammaticale à l’intérieur d’une même phrase (iltifāt) est une figure de style attestée et fréquente dans la langue arabe classique, y compris dans le Coran — un procédé rhétorique reconnu, non une incohérence de discours ni un changement de locuteur.
- mahdan
- racine *m-h-d* : niveler, préparer une surface pour le repos — l'image du berceau de l'enfant, distincte de *firāshan* (le lit, la couche étalée, S2:22), qui désigne plutôt l'étendue sur laquelle on se repose. Les deux images ne s'opposent pas mais insistent différemment : *firāsh* sur l'étalement, *mahd* sur la préparation protectrice.
- ulī n-nuhā
- racine *n-h-y* : ce qui retient, ce qui interdit — *nuhā* désigne la raison en tant que faculté qui retient de l'erreur, distincte de *albāb* (voir l'étude Ulū l-albāb), qui désigne plutôt le noyau, le cœur de l'intelligence. Les deux termes convergent vers la même réalité — l'intelligence — sous deux images distinctes.
S.20:55 · Créés de la terre, ramenés en elle, ressortis d’elle une autre fois
- tāratan ukhrā
- racine *t-w-r* : le tour, l'instance, la fois. **Dit** : le texte pose un cycle en trois temps — création depuis la terre, retour en elle (la mort), sortie d'elle une seconde fois (la résurrection) — sans qu'aucun détail supplémentaire du processus ne soit donné par ce seul verset.
S.20:56 · Firʿawn a vu tous les signes — il a démenti et refusé
- fa-kadhdhaba wa-abā
- *abā*, racine *ʾ-b-y* : refuser avec obstination. Ce verset clôt le dialogue rapporté dans ce Bloc et ouvre, dans la suite de la sourate, le duel avec les magiciens.