Structure du Bloc III. Quatre ensembles. D’abord le rendez-vous fixé entre Firʿawn et Mūsā : l’accusation de vouloir chasser le peuple par le siḥr, la promesse d’un siḥr semblable, le choix d’un lieu et d’un jour équitables, puis Firʿawn qui réunit sa ruse et vient au rendez-vous tandis que Mūsā met les magiciens en garde contre le mensonge envers Allaah (S20:57–62). Puis le duel lui-même : le complot secret des grands, l’appel à l’union et au rang serré, le défi sur qui jettera le premier, la crainte ressentie par Mūsā et l’assurance reçue, l’ordre de jeter le bâton et l’échec du siḥr (S20:63–69). Puis la prosternation soudaine des magiciens, leur déclaration de foi, la menace de mutilation et de crucifixion que leur adresse Firʿawn, et leur réponse ferme, préférant Allaah à toute contrainte (S20:70–73). Enfin la clôture sur le critère qui départage tout homme : Jahannam pour qui vient à son Rabb en criminel, les rangs les plus élevés pour qui vient en croyant ayant agi avec droiture, les jardins d’ʿAdn comme rétribution de quiconque se purifie (S20:74–76).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.20:57–58 | L’accusation de Firʿawn et le défi d’un siḥr semblable |
| S.20:59 | Le rendez-vous fixé — le jour de la parure |
| S.20:60 | Firʿawn réunit sa ruse et vient au rendez-vous |
| S.20:61 | Mūsā met les magiciens en garde contre le mensonge envers Allaah |
| S.20:62 | Le complot secret des grands |
| S.20:63–64 | L’appel à l’union des magiciens — « aujourd’hui réussira celui qui aura le dessus » |
| S.20:65–66 | Le défi : qui jettera le premier — l’illusion du siḥr |
| S.20:67–68 | La crainte de Mūsā et l’assurance reçue |
| S.20:69 | L’ordre de jeter le bâton — le siḥr ne réussit pas |
| S.20:70 | La prosternation soudaine des magiciens et leur foi |
| S.20:71 | La menace de Firʿawn — mutilation et crucifixion |
| S.20:72–73 | La réponse ferme des magiciens |
| S.20:74–75 | Le critère ultime : Jahannam pour le criminel, les rangs les plus élevés pour le croyant |
| S.20:76 | Les jardins d’ʿAdn, rétribution de quiconque se purifie |
Le rendez-vous fixé · S20:57–62
S.20:57–58 · L’accusation de Firʿawn et le défi d’un siḥr semblable
- siḥr
- racine *s-ḥ-r* : détourner le regard ou la perception de ce qui est réel. Le mot revient huit fois dans ce seul Bloc ; il désigne, tout au long du récit, le savoir-faire de manipulation de la perception mis en œuvre par les magiciens de Firʿawn, jamais un pouvoir attribué à Mūsā lui-même par le texte (voir S20:66, S20:69).
- mawʿidan
- racine *w-ʿ-d* — même racine que *mīʿād* (« Allaah ne manque jamais à Sa promesse », S3:9). Ici, un rendez-vous fixé entre deux parties humaines, sans rapport avec la promesse d'Allaah : simple extension de la même racine à un usage ordinaire.
- makānan suwā
- racine *s-w-y* : être égal, de niveau — un lieu qui ne favorise ni l'une ni l'autre des deux parties, un terrain d'égale accessibilité.
S.20:59 · Le rendez-vous fixé — le jour de la parure
- yawm az-zīna
- racine *z-y-n* : l'ornement, la parure — **non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature de ce jour de fête ou de rassemblement ; toute identification avec un jour festif particulier relève de l'inférence, non affirmée par ce verset.
- ḍuḥā
- racine *ḍ-ḥ-w* : le haut du jour, entre le lever du soleil et le milieu du jour.
S.20:60 · Firʿawn réunit sa ruse et vient au rendez-vous
- kaydahu
- racine *k-y-d* : la manœuvre indirecte visant à nuire, déployée en secret contre autrui — voir S3:120 et S4:76 ; elle se distingue de *makr* (S3:54, S10:21) par une nuance d'hostilité plus marquée. Ici, la ruse humaine de Firʿawn — le rassemblement de ses magiciens et de leurs moyens — sans rapport avec *makr* employé pour les ripostes d'Allaah face aux stratagèmes des dénégateurs.
S.20:61 · Mūsā met les magiciens en garde contre le mensonge envers Allaah
- lā taftarū … mani ftarā
- racine *f-r-y* (forme VIII, *iftarā*) : couper, tailler — d'où fabriquer de toutes pièces, inventer. Voir *iftarā ithman ʿaẓīmā* (S4:48/50 : « quiconque associe à Allaah a fabriqué une faute immense »). Ici, le même verbe désigne spécifiquement le mensonge que les magiciens pourraient être tentés de proférer sur Allaah pour légitimer leur *siḥr*.
- fa-yusḥitakum
- racine *s-ḥ-t* : détruire de fond en comble, ne rien laisser subsister.
- khāba
- racine *kh-y-b* : échouer, être déçu dans son espoir ou sa quête.
S.20:62 · Le complot secret des grands
- n-najwā
- racine *n-j-w* : l'entretien tenu à voix basse, en aparté — voir S4:114. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de ce qui divisait les grands de Firʿawn — la suite du récit (S20:63–64) en rapporte seulement le résultat, l'appel à l'union.
Le duel · S20:63–69
S.20:63–64 · L’appel à l’union des magiciens — « aujourd’hui réussira celui qui aura le dessus »
Note de méthode — la racine ʿ-l-w dans ce Bloc. Cette racine (l’élévation, la supériorité) est employée deux fois à propos d’êtres humains : au verset 64, les grands de Firʿawn affirment qu’« aujourd’hui réussira celui qui aura le dessus » (mani staʿlā) — celui qui l’emportera dans la confrontation ; puis, au verset 68, il est dit à Mūsā : « c’est toi qui auras le dessus » (innaka anta l-aʿlā), dans le même registre de vocabulaire, pour renverser l’attente des magiciens. Dans les deux versets, la racine qualifie exclusivement des êtres humains (les magiciens, puis Mūsā) dans le registre ordinaire de la victoire dans une confrontation, sans rapport avec ce qui se dit d’Allaah ni avec une connotation de lieu. Elle est donc rendue par le vocabulaire français ordinaire de la prévalence. (Lorsque cette racine s’applique à Allaah, comme en S13:9 ou S16:60, l’arabe est conservé avec une note lexicale.)
- ṭarīqatikumu l-muthlā
- racine *m-th-l* : ce qui est exemplaire, digne d'être pris en modèle, supérieur en son genre. **Dit** : les grands de Firʿawn désignent ainsi leur propre tradition sociale et religieuse, qu'ils jugent menacée par Mūsā et Hārūn — une appréciation portée par les personnages du récit, non une évaluation du texte lui-même.
- ṣaffan
- racine *ṣ-f-f* : s'aligner, former un rang serré.
- mani staʿlā
- voir la note de méthode ci-dessus. Forme X de la racine *ʿ-l-w* : chercher et obtenir le dessus, la prévalence — emploi humain.
S.20:65–66 · Le défi : qui jettera le premier — l’illusion du siḥr
- yukhayyalu ilayhi
- racine *kh-y-l* : faire apparaître une image, donner l'illusion. **Dit**, avec précision : le texte qualifie lui-même explicitement ce qui se produit comme une illusion donnée à la perception de Mūsā (*yukhayyalu ilayhi*, « il lui semblait »), non comme une affirmation que les cordes et les bâtons se seraient réellement transformés en serpents — le *siḥr* agit ici sur le regard, non sur la matière elle-même, selon les propres termes du verset.
- tasʿā
- racine *s-ʿ-y* : se mouvoir avec hâte, courir.
S.20:67–68 · La crainte de Mūsā et l’assurance reçue
- awjasa
- racine *w-j-s* : percevoir intérieurement, ressentir en secret sans le montrer à l'extérieur. **Non-dit** : le texte rapporte la crainte ressentie par Mūsā sans y voir un défaut de sa part — elle appelle simplement la réponse rassurante du verset suivant.
- l-aʿlā
- voir la note de méthode de S20:63–64 : emploi humain de la racine *ʿ-l-w*, adressé à Mūsā, sans rapport avec ce qui se dit d'Allaah.
S.20:69 · L’ordre de jeter le bâton — le siḥr ne réussit pas
- talqaf
- racine *l-q-f* : happer, avaler vivement.
- kaydu sāḥirin
- voir la note dédiée à *kayd* (S20:60, ce Bloc) : le signe donné à Mūsā est explicitement qualifié, par le texte lui-même, de réponse à une simple ruse humaine (*kayd*) — non à une puissance autonome qui rivaliserait avec Allaah.
La prosternation, la foi, et la menace · S20:70–73
S.20:70 · La prosternation soudaine des magiciens et leur foi
- fa-ulqiya … sujjadan
- le même verbe *alqā* (jeter) qui décrivait, quelques versets plus haut, le geste des magiciens jetant leurs cordes (S20:66) et celui de Mūsā jetant son bâton (S20:69), est repris ici à la forme passive pour décrire leur propre prosternation soudaine — un écho verbal du récit, signalé par souci de précision.
- bi-rabbi hārūna wa-mūsā
- **Non-dit** : le texte nomme Hārūn avant Mūsā dans la déclaration de foi des magiciens, sans qu'aucune raison n'en soit donnée par ce seul verset — toute explication de cet ordre (rang d'âge, ordre d'apparition, autre motif) relèverait de l'inférence, non affirmée ici.
S.20:71 · La menace de Firʿawn — mutilation et crucifixion
Point de lecture. Ce verset rapporte la menace prononcée par Firʿawn contre les magiciens devenus croyants — une parole de tyran, non une règle instituée par Allaah. Le texte précise la forme de la menace (amputation croisée des mains et des pieds, crucifixion sur des troncs de palmier) sans qu’aucun de ces éléments ne soit présenté comme un commandement religieux : c’est un châtiment décrété unilatéralement par Firʿawn, dans un récit qui l’a lui-même qualifié de tyran (S20:24, Bloc I).
- min khilāf
- racine *kh-l-f* : ce qui est opposé, croisé — **dit**, sans élaboration supplémentaire : le verset ne précise pas davantage la combinaison exacte (main droite et pied gauche, ou l'inverse) ; toute précision au-delà de « de façon croisée » relèverait de l'inférence.
- judhūʿi n-nakhl
- racine *j-dh-ʿ* : le tronc (d'un arbre).
- ashaddu ʿadhāban wa-abqā
- racine *b-q-y* (durer, persister) — ce même mot revient, par contraste rhétorique délibéré, dans la réponse des magiciens au verset suivant (*wa-llāhu khayrun wa-abqā*, S20:73) : Firʿawn revendique un châtiment « plus sévère et plus durable », les magiciens répliquent qu'Allaah est « meilleur et plus durable » — un écho verbal direct qui inverse les termes mêmes de la menace.
S.20:72–73 · La réponse ferme des magiciens
- nuʾthiraka
- racine *ʾ-th-r* : préférer, faire passer avant.
- wa-lladhī faṭaranā
- racine *f-ṭ-r* : façonner, fendre pour faire apparaître une forme nouvelle — voir *Fāṭir*, S6:14. **Note de méthode** : la construction relative attribuant l'acte de création à Allaah est ici rendue par « Ce qui » (voir les notes de S20:4 et S20:50) : le neutre le plus absolu s'exprime en français par « ce qui », non par « celui qui ».
- khaṭāyānā
- pluriel de *khaṭīʾa*, racine *kh-ṭ-ʾ* : dévier de la cible, manquer le but — voir S2:58 et S2:81.
- akrahtanā
- racine *k-r-h*, forme IV (*akraha*) : contraindre quelqu'un par la force à faire ce qu'il ne veut pas. Ici, l'action de Firʿawn contraignant les magiciens au *siḥr*.
- khayrun wa-abqā
- voir la note dédiée à *abqā* (S20:71, ce Bloc) : réponse en écho direct à la formule de menace de Firʿawn.
Le critère ultime · S20:74–76
S.20:74–75 · Jahannam pour le criminel, les rangs les plus élevés pour le croyant
- mujriman
- racine *j-r-m* : commettre une faute grave, un crime.
- lā yamūtu fīhā wa-lā yaḥyā
- **Dit** : le texte pose un état qui n'est ni la mort (qui mettrait fin à la souffrance) ni la vie ordinaire. **Non-dit** : la nature exacte de cet état n'est pas davantage précisée par ce seul verset ; toute description supplémentaire relèverait de l'inférence.
- ad-darajātu l-ʿulā
- *darajāt*, racine *d-r-j* : un rang positionnel, un avantage de degré. *al-ʿulā* qualifie ici grammaticalement les rangs eux-mêmes, non Allaah — construction comparable à *as-samāwāti l-ʿulā* (S20:4, Bloc I) : l'adjectif de la racine *ʿ-l-w* porte sur un nom créé ou positionnel, et est donc rendu par le vocabulaire français ordinaire de l'élévation de rang.
S.20:76 · Les jardins d’ʿAdn, rétribution de quiconque se purifie
- jannātu ʿadn
- voir S13:23, S16:31 et S19:61 — le séjour de résidence stable et durable.
- tazakkā
- racine *z-k-w/z-k-y* : croître en pureté, se purifier — même racine que *zakāt* (conservé en translittération), mais ici sous une forme verbale réfléchie (forme V) appliquée à la personne elle-même. **Dit** : le texte pose la purification de la personne elle-même, par extension de la même racine qui désigne, sous sa forme nominale, l'acte rituel de don.