Structure du Bloc III. Quatre ensembles. D’abord le rendez-vous fixé entre Firʿawn et Mūsā : l’accusation de vouloir chasser le peuple par le siḥr, la promesse d’un siḥr semblable, le choix d’un lieu et d’un jour équitables, puis Firʿawn qui réunit sa ruse et vient au rendez-vous tandis que Mūsā met les magiciens en garde contre le mensonge envers Allaah (S20:57–62). Puis le duel lui-même : le complot secret des grands, l’appel à l’union et au rang serré, le défi sur qui jettera le premier, la crainte ressentie par Mūsā et l’assurance reçue, l’ordre de jeter le bâton et l’échec du siḥr (S20:63–69). Puis la prosternation soudaine des magiciens, leur déclaration de foi, la menace de mutilation et de crucifixion que leur adresse Firʿawn, et leur réponse ferme, préférant Allaah à toute contrainte (S20:70–73). Enfin la clôture sur le critère qui départage tout homme : Jahannam pour qui vient à son Rabb en criminel, les rangs les plus élevés pour qui vient en croyant ayant agi avec droiture, les jardins d’ʿAdn comme rétribution de quiconque se purifie (S20:74–76).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.20:57–58 L’accusation de Firʿawn et le défi d’un siḥr semblable
S.20:59 Le rendez-vous fixé — le jour de la parure
S.20:60 Firʿawn réunit sa ruse et vient au rendez-vous
S.20:61 Mūsā met les magiciens en garde contre le mensonge envers Allaah
S.20:62 Le complot secret des grands
S.20:63–64 L’appel à l’union des magiciens — « aujourd’hui réussira celui qui aura le dessus »
S.20:65–66 Le défi : qui jettera le premier — l’illusion du siḥr
S.20:67–68 La crainte de Mūsā et l’assurance reçue
S.20:69 L’ordre de jeter le bâton — le siḥr ne réussit pas
S.20:70 La prosternation soudaine des magiciens et leur foi
S.20:71 La menace de Firʿawn — mutilation et crucifixion
S.20:72–73 La réponse ferme des magiciens
S.20:74–75 Le critère ultime : Jahannam pour le criminel, les rangs les plus élevés pour le croyant
S.20:76 Les jardins d’ʿAdn, rétribution de quiconque se purifie

Le rendez-vous fixé · S20:57–62

S.20:57–58 · L’accusation de Firʿawn et le défi d’un siḥr semblable

S.20:57
قَالَ أَجِئْتَنَا لِتُخْرِجَنَا مِنْ أَرْضِنَا بِسِحْرِكَ يَا مُوسَىٰ
Qāla a-jiʾtanā li-tukhrijanā min arḍinā bi-siḥrika yā mūsā Il dit : « Es-tu venu à nous pour nous faire sortir de notre terre par ton siḥr, ô Mūsā ?
S.20:58
فَلَنَأْتِيَنَّكَ بِسِحْرٍ مِثْلِهِ فَاجْعَلْ بَيْنَنَا وَبَيْنَكَ مَوْعِدًا لَا نُخْلِفُهُ نَحْنُ وَلَا أَنْتَ مَكَانًا سُوًى
Fa-la-naʾtiyannaka bi-siḥrin mithlihi fa-jʿal baynanā wa-baynaka mawʿidan lā nukhlifuhu naḥnu wa-lā anta makānan suwā Nous t’apporterons certainement un siḥr semblable au tien. Fixe donc entre nous et toi un rendez-vous (mawʿid) que ni nous ni toi ne manquerons, en un lieu de partage équitable (makānan suwā). »
Notes lexicales
siḥr
racine *s-ḥ-r* : détourner le regard ou la perception de ce qui est réel. Le mot revient huit fois dans ce seul Bloc ; il désigne, tout au long du récit, le savoir-faire de manipulation de la perception mis en œuvre par les magiciens de Firʿawn, jamais un pouvoir attribué à Mūsā lui-même par le texte (voir S20:66, S20:69).
mawʿidan
racine *w-ʿ-d* — même racine que *mīʿād* (« Allaah ne manque jamais à Sa promesse », S3:9). Ici, un rendez-vous fixé entre deux parties humaines, sans rapport avec la promesse d'Allaah : simple extension de la même racine à un usage ordinaire.
makānan suwā
racine *s-w-y* : être égal, de niveau — un lieu qui ne favorise ni l'une ni l'autre des deux parties, un terrain d'égale accessibilité.

S.20:59 · Le rendez-vous fixé — le jour de la parure

S.20:59
قَالَ مَوْعِدُكُمْ يَوْمُ الزِّينَةِ وَأَنْ يُحْشَرَ النَّاسُ ضُحًى
Qāla mawʿidukum yawmu z-zīnati wa-an yuḥshara n-nāsu ḍuḥā Il dit : « Votre rendez-vous est le jour de la parure (yawm az-zīna), et que les gens soient rassemblés en fin de matinée (ḍuḥā). »
Notes lexicales
yawm az-zīna
racine *z-y-n* : l'ornement, la parure — **non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature de ce jour de fête ou de rassemblement ; toute identification avec un jour festif particulier relève de l'inférence, non affirmée par ce verset.
ḍuḥā
racine *ḍ-ḥ-w* : le haut du jour, entre le lever du soleil et le milieu du jour.

S.20:60 · Firʿawn réunit sa ruse et vient au rendez-vous

S.20:60
فَتَوَلَّىٰ فِرْعَوْنُ فَجَمَعَ كَيْدَهُ ثُمَّ أَتَىٰ
Fa-tawallā firʿawnu fa-jamaʿa kaydahu thumma atā Firʿawn se détourna, réunit sa ruse (kaydahu), puis vint [au rendez-vous].
Notes lexicales
kaydahu
racine *k-y-d* : la manœuvre indirecte visant à nuire, déployée en secret contre autrui — voir S3:120 et S4:76 ; elle se distingue de *makr* (S3:54, S10:21) par une nuance d'hostilité plus marquée. Ici, la ruse humaine de Firʿawn — le rassemblement de ses magiciens et de leurs moyens — sans rapport avec *makr* employé pour les ripostes d'Allaah face aux stratagèmes des dénégateurs.

S.20:61 · Mūsā met les magiciens en garde contre le mensonge envers Allaah

S.20:61
قَالَ لَهُمْ مُوسَىٰ وَيْلَكُمْ لَا تَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا فَيُسْحِتَكُمْ بِعَذَابٍ ۖ وَقَدْ خَابَ مَنِ افْتَرَىٰ
Qāla lahum mūsā waylakum lā taftarū ʿalā llāhi kadhiban fa-yusḥitakum bi-ʿadhābin wa-qad khāba mani ftarā Mūsā leur dit : « Malheur à vous (waylakum) ! Ne fabriquez pas de mensonge (lā taftarū kadhiban) contre Allaah, car Il vous anéantirait (fa-yusḥitakum) par un châtiment — et celui qui fabrique un mensonge est déjà voué à l’échec (khāba). »
Notes lexicales
lā taftarū … mani ftarā
racine *f-r-y* (forme VIII, *iftarā*) : couper, tailler — d'où fabriquer de toutes pièces, inventer. Voir *iftarā ithman ʿaẓīmā* (S4:48/50 : « quiconque associe à Allaah a fabriqué une faute immense »). Ici, le même verbe désigne spécifiquement le mensonge que les magiciens pourraient être tentés de proférer sur Allaah pour légitimer leur *siḥr*.
fa-yusḥitakum
racine *s-ḥ-t* : détruire de fond en comble, ne rien laisser subsister.
khāba
racine *kh-y-b* : échouer, être déçu dans son espoir ou sa quête.

S.20:62 · Le complot secret des grands

S.20:62
فَتَنَازَعُوا أَمْرَهُمْ بَيْنَهُمْ وَأَسَرُّوا النَّجْوَىٰ
Fa-tanāzaʿū amrahum baynahum wa-asarrū n-najwā Ils se disputèrent alors leur affaire entre eux, et tinrent secret leur conciliabule (najwā).
Notes lexicales
n-najwā
racine *n-j-w* : l'entretien tenu à voix basse, en aparté — voir S4:114. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de ce qui divisait les grands de Firʿawn — la suite du récit (S20:63–64) en rapporte seulement le résultat, l'appel à l'union.

Le duel · S20:63–69

S.20:63–64 · L’appel à l’union des magiciens — « aujourd’hui réussira celui qui aura le dessus »

Note de méthode — la racine ʿ-l-w dans ce Bloc. Cette racine (l’élévation, la supériorité) est employée deux fois à propos d’êtres humains : au verset 64, les grands de Firʿawn affirment qu’« aujourd’hui réussira celui qui aura le dessus » (mani staʿlā) — celui qui l’emportera dans la confrontation ; puis, au verset 68, il est dit à Mūsā : « c’est toi qui auras le dessus » (innaka anta l-aʿlā), dans le même registre de vocabulaire, pour renverser l’attente des magiciens. Dans les deux versets, la racine qualifie exclusivement des êtres humains (les magiciens, puis Mūsā) dans le registre ordinaire de la victoire dans une confrontation, sans rapport avec ce qui se dit d’Allaah ni avec une connotation de lieu. Elle est donc rendue par le vocabulaire français ordinaire de la prévalence. (Lorsque cette racine s’applique à Allaah, comme en S13:9 ou S16:60, l’arabe est conservé avec une note lexicale.)

S.20:63
قَالُوا إِنْ هَٰذَانِ لَسَاحِرَانِ يُرِيدَانِ أَنْ يُخْرِجَاكُمْ مِنْ أَرْضِكُمْ بِسِحْرِهِمَا وَيَذْهَبَا بِطَرِيقَتِكُمُ الْمُثْلَىٰ
Qālū in hādhāni la-sāḥirāni yurīdāni an yukhrijākum min arḍikum bi-siḥrihimā wa-yadhhabā bi-ṭarīqatikumu l-muthlā Ils dirent : « Ces deux-là sont assurément deux magiciens (sāḥirāni) qui veulent vous faire sortir de votre terre par leur siḥr, et emporter votre voie exemplaire (ṭarīqatikumu l-muthlā).
S.20:64
فَأَجْمِعُوا كَيْدَكُمْ ثُمَّ ائْتُوا صَفًّا ۚ وَقَدْ أَفْلَحَ الْيَوْمَ مَنِ اسْتَعْلَىٰ
Fa-ajmiʿū kaydakum thumma ītū ṣaffan wa-qad aflaḥa l-yawma mani staʿlā Réunissez donc votre ruse, puis venez en rang serré (ṣaffan) — aujourd’hui, réussira celui qui aura le dessus (mani staʿlā). »
Notes lexicales
ṭarīqatikumu l-muthlā
racine *m-th-l* : ce qui est exemplaire, digne d'être pris en modèle, supérieur en son genre. **Dit** : les grands de Firʿawn désignent ainsi leur propre tradition sociale et religieuse, qu'ils jugent menacée par Mūsā et Hārūn — une appréciation portée par les personnages du récit, non une évaluation du texte lui-même.
ṣaffan
racine *ṣ-f-f* : s'aligner, former un rang serré.
mani staʿlā
voir la note de méthode ci-dessus. Forme X de la racine *ʿ-l-w* : chercher et obtenir le dessus, la prévalence — emploi humain.

S.20:65–66 · Le défi : qui jettera le premier — l’illusion du siḥr

S.20:65
قَالُوا يَا مُوسَىٰ إِمَّا أَنْ تُلْقِيَ وَإِمَّا أَنْ نَكُونَ أَوَّلَ مَنْ أَلْقَىٰ
Qālū yā mūsā immā an tulqiya wa-immā an nakūna awwala man alqā Ils dirent : « Ô Mūsā, soit tu jettes [le premier], soit c’est nous qui serons les premiers à jeter. »
S.20:66
قَالَ بَلْ أَلْقُوا ۖ فَإِذَا حِبَالُهُمْ وَعِصِيُّهُمْ يُخَيَّلُ إِلَيْهِ مِنْ سِحْرِهِمْ أَنَّهَا تَسْعَىٰ
Qāla bal alqū fa-idhā ḥibāluhum wa-ʿiṣiyyuhum yukhayyalu ilayhi min siḥrihim annahā tasʿā Il dit : « Non, jetez plutôt [vous-mêmes]. » Voici que leurs cordes (ḥibāluhum) et leurs bâtons (ʿiṣiyyuhum), par leur siḥr, donnaient à Mūsā l’illusion (yukhayyalu ilayhi) qu’ils se mettaient à courir (tasʿā).
Notes lexicales
yukhayyalu ilayhi
racine *kh-y-l* : faire apparaître une image, donner l'illusion. **Dit**, avec précision : le texte qualifie lui-même explicitement ce qui se produit comme une illusion donnée à la perception de Mūsā (*yukhayyalu ilayhi*, « il lui semblait »), non comme une affirmation que les cordes et les bâtons se seraient réellement transformés en serpents — le *siḥr* agit ici sur le regard, non sur la matière elle-même, selon les propres termes du verset.
tasʿā
racine *s-ʿ-y* : se mouvoir avec hâte, courir.

S.20:67–68 · La crainte de Mūsā et l’assurance reçue

S.20:67
فَأَوْجَسَ فِي نَفْسِهِ خِيفَةً مُوسَىٰ
Fa-awjasa fī nafsihi khīfatan mūsā Mūsā ressentit alors en lui-même une crainte (khīfatan).
S.20:68
قُلْنَا لَا تَخَفْ إِنَّكَ أَنْتَ الْأَعْلَىٰ
Qulnā lā takhaf innaka anta l-aʿlā Nous avons dit : « Ne crains rien — c’est toi qui auras le dessus (al-aʿlā). »
Notes lexicales
awjasa
racine *w-j-s* : percevoir intérieurement, ressentir en secret sans le montrer à l'extérieur. **Non-dit** : le texte rapporte la crainte ressentie par Mūsā sans y voir un défaut de sa part — elle appelle simplement la réponse rassurante du verset suivant.
l-aʿlā
voir la note de méthode de S20:63–64 : emploi humain de la racine *ʿ-l-w*, adressé à Mūsā, sans rapport avec ce qui se dit d'Allaah.

S.20:69 · L’ordre de jeter le bâton — le siḥr ne réussit pas

S.20:69
وَأَلْقِ مَا فِي يَمِينِكَ تَلْقَفْ مَا صَنَعُوا ۖ إِنَّمَا صَنَعُوا كَيْدُ سَاحِرٍ ۖ وَلَا يُفْلِحُ السَّاحِرُ حَيْثُ أَتَىٰ
Wa-alqi mā fī yamīnika talqaf mā ṣanaʿū innamā ṣanaʿū kaydu sāḥirin wa-lā yufliḥu s-sāḥiru ḥaythu atā « Et jette ce qui est dans ta main droite (yamīnika) : cela happera (talqaf) ce qu’ils ont fabriqué. Ce qu’ils ont fabriqué n’est que la ruse d’un magicien (kaydu sāḥir) — et le magicien ne réussit pas, où qu’il aille (ḥaythu atā). »
Notes lexicales
talqaf
racine *l-q-f* : happer, avaler vivement.
kaydu sāḥirin
voir la note dédiée à *kayd* (S20:60, ce Bloc) : le signe donné à Mūsā est explicitement qualifié, par le texte lui-même, de réponse à une simple ruse humaine (*kayd*) — non à une puissance autonome qui rivaliserait avec Allaah.

La prosternation, la foi, et la menace · S20:70–73

S.20:70 · La prosternation soudaine des magiciens et leur foi

S.20:70
فَأُلْقِيَ السَّحَرَةُ سُجَّدًا قَالُوا آمَنَّا بِرَبِّ هَارُونَ وَمُوسَىٰ
Fa-ulqiya s-saḥaratu sujjadan qālū āmannā bi-rabbi hārūna wa-mūsā Les magiciens furent jetés à terre, prosternés (sujjadan) ; ils dirent : « Nous croyons au Rabb de Hārūn et de Mūsā. »
Notes lexicales
fa-ulqiya … sujjadan
le même verbe *alqā* (jeter) qui décrivait, quelques versets plus haut, le geste des magiciens jetant leurs cordes (S20:66) et celui de Mūsā jetant son bâton (S20:69), est repris ici à la forme passive pour décrire leur propre prosternation soudaine — un écho verbal du récit, signalé par souci de précision.
bi-rabbi hārūna wa-mūsā
**Non-dit** : le texte nomme Hārūn avant Mūsā dans la déclaration de foi des magiciens, sans qu'aucune raison n'en soit donnée par ce seul verset — toute explication de cet ordre (rang d'âge, ordre d'apparition, autre motif) relèverait de l'inférence, non affirmée ici.

S.20:71 · La menace de Firʿawn — mutilation et crucifixion

Point de lecture. Ce verset rapporte la menace prononcée par Firʿawn contre les magiciens devenus croyants — une parole de tyran, non une règle instituée par Allaah. Le texte précise la forme de la menace (amputation croisée des mains et des pieds, crucifixion sur des troncs de palmier) sans qu’aucun de ces éléments ne soit présenté comme un commandement religieux : c’est un châtiment décrété unilatéralement par Firʿawn, dans un récit qui l’a lui-même qualifié de tyran (S20:24, Bloc I).

S.20:71
قَالَ آمَنْتُمْ لَهُ قَبْلَ أَنْ آذَنَ لَكُمْ ۖ إِنَّهُ لَكَبِيرُكُمُ الَّذِي عَلَّمَكُمُ السِّحْرَ ۖ فَلَأُقَطِّعَنَّ أَيْدِيَكُمْ وَأَرْجُلَكُمْ مِنْ خِلَافٍ وَلَأُصَلِّبَنَّكُمْ فِي جُذُوعِ النَّخْلِ وَلَتَعْلَمُنَّ أَيُّنَا أَشَدُّ عَذَابًا وَأَبْقَىٰ
Qāla āmantum lahu qabla an ādhana lakum innahu la-kabīrukumu lladhī ʿallamakumu s-siḥra fa-la-uqaṭṭiʿanna aydiyakum wa-arjulakum min khilāfin wa-la-uṣallibannakum fī judhūʿi n-nakhli wa-la-taʿlamunna ayyunā ashaddu ʿadhāban wa-abqā Il dit : « Avez-vous cru en lui avant que je vous en donne la permission (ādhana lakum) ? Il est sans doute votre maître (kabīrukum), celui qui vous a enseigné le siḥr. Je vous couperai certainement les mains et les pieds, de façon croisée (min khilāf), et je vous crucifierai certainement sur des troncs de palmier (judhūʿi n-nakhl) — et vous saurez alors lequel de nous deux inflige le châtiment le plus sévère et le plus durable (ashaddu ʿadhāban wa-abqā). »
Notes lexicales
min khilāf
racine *kh-l-f* : ce qui est opposé, croisé — **dit**, sans élaboration supplémentaire : le verset ne précise pas davantage la combinaison exacte (main droite et pied gauche, ou l'inverse) ; toute précision au-delà de « de façon croisée » relèverait de l'inférence.
judhūʿi n-nakhl
racine *j-dh-ʿ* : le tronc (d'un arbre).
ashaddu ʿadhāban wa-abqā
racine *b-q-y* (durer, persister) — ce même mot revient, par contraste rhétorique délibéré, dans la réponse des magiciens au verset suivant (*wa-llāhu khayrun wa-abqā*, S20:73) : Firʿawn revendique un châtiment « plus sévère et plus durable », les magiciens répliquent qu'Allaah est « meilleur et plus durable » — un écho verbal direct qui inverse les termes mêmes de la menace.

S.20:72–73 · La réponse ferme des magiciens

S.20:72
قَالُوا لَنْ نُؤْثِرَكَ عَلَىٰ مَا جَاءَنَا مِنَ الْبَيِّنَاتِ وَالَّذِي فَطَرَنَا ۖ فَاقْضِ مَا أَنْتَ قَاضٍ ۖ إِنَّمَا تَقْضِي هَٰذِهِ الْحَيَاةَ الدُّنْيَا
Qālū lan nuʾthiraka ʿalā mā jāʾanā mina l-bayyināti wa-lladhī faṭaranā fa-qḍi mā anta qāḍin innamā taqḍī hādhihi l-ḥayāta d-dunyā Ils dirent : « Nous ne te préférerons (nuʾthiraka) jamais à ce qui nous est venu comme preuves manifestes (bayyināt), ni à Ce qui nous a façonnés (faṭaranā). Décide donc ce que tu as à décider : tu ne décides que de cette vie d’ici-bas. »
S.20:73
إِنَّا آمَنَّا بِرَبِّنَا لِيَغْفِرَ لَنَا خَطَايَانَا وَمَا أَكْرَهْتَنَا عَلَيْهِ مِنَ السِّحْرِ ۗ وَاللَّهُ خَيْرٌ وَأَبْقَىٰ
Innā āmannā bi-rabbinā li-yaghfira lanā khaṭāyānā wa-mā akrahtanā ʿalayhi mina s-siḥri wa-llāhu khayrun wa-abqā « Nous croyons en notre Rabb, afin qu’Il nous pardonne nos fautes (khaṭāyānā) et ce à quoi tu nous as contraints (akrahtanā) du siḥr — et Allaah est meilleur (khayr) et plus durable (abqā). »
Notes lexicales
nuʾthiraka
racine *ʾ-th-r* : préférer, faire passer avant.
wa-lladhī faṭaranā
racine *f-ṭ-r* : façonner, fendre pour faire apparaître une forme nouvelle — voir *Fāṭir*, S6:14. **Note de méthode** : la construction relative attribuant l'acte de création à Allaah est ici rendue par « Ce qui » (voir les notes de S20:4 et S20:50) : le neutre le plus absolu s'exprime en français par « ce qui », non par « celui qui ».
khaṭāyānā
pluriel de *khaṭīʾa*, racine *kh-ṭ-ʾ* : dévier de la cible, manquer le but — voir S2:58 et S2:81.
akrahtanā
racine *k-r-h*, forme IV (*akraha*) : contraindre quelqu'un par la force à faire ce qu'il ne veut pas. Ici, l'action de Firʿawn contraignant les magiciens au *siḥr*.
khayrun wa-abqā
voir la note dédiée à *abqā* (S20:71, ce Bloc) : réponse en écho direct à la formule de menace de Firʿawn.

Le critère ultime · S20:74–76

S.20:74–75 · Jahannam pour le criminel, les rangs les plus élevés pour le croyant

S.20:74
إِنَّهُ مَنْ يَأْتِ رَبَّهُ مُجْرِمًا فَإِنَّ لَهُ جَهَنَّمَ لَا يَمُوتُ فِيهَا وَلَا يَحْيَىٰ
Innahu man yaʾti rabbahu mujriman fa-inna lahu jahannama lā yamūtu fīhā wa-lā yaḥyā En vérité, quiconque vient à son Rabb en criminel (mujriman) aura Jahannam : il n’y meurt pas et n’y vit pas.
S.20:75
وَمَنْ يَأْتِهِ مُؤْمِنًا قَدْ عَمِلَ الصَّالِحَاتِ فَأُولَٰئِكَ لَهُمُ الدَّرَجَاتُ الْعُلَىٰ
Wa-man yaʾtihi muʾminan qad ʿamila ṣ-ṣāliḥāti fa-ulāʾika lahumu d-darajātu l-ʿulā Et quiconque vient à Lui en croyant (muʾminan), ayant accompli les œuvres droites (ṣ-ṣāliḥāt) — ceux-là ont les rangs les plus élevés (ad-darajātu l-ʿulā).
Notes lexicales
mujriman
racine *j-r-m* : commettre une faute grave, un crime.
lā yamūtu fīhā wa-lā yaḥyā
**Dit** : le texte pose un état qui n'est ni la mort (qui mettrait fin à la souffrance) ni la vie ordinaire. **Non-dit** : la nature exacte de cet état n'est pas davantage précisée par ce seul verset ; toute description supplémentaire relèverait de l'inférence.
ad-darajātu l-ʿulā
*darajāt*, racine *d-r-j* : un rang positionnel, un avantage de degré. *al-ʿulā* qualifie ici grammaticalement les rangs eux-mêmes, non Allaah — construction comparable à *as-samāwāti l-ʿulā* (S20:4, Bloc I) : l'adjectif de la racine *ʿ-l-w* porte sur un nom créé ou positionnel, et est donc rendu par le vocabulaire français ordinaire de l'élévation de rang.

S.20:76 · Les jardins d’ʿAdn, rétribution de quiconque se purifie

S.20:76
جَنَّاتُ عَدْنٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا ۚ وَذَٰلِكَ جَزَاءُ مَنْ تَزَكَّىٰ
Jannātu ʿadnin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā wa-dhālika jazāʾu man tazakkā [Ce sont] les jardins d’ʿAdn (jannātu ʿadn), sous lesquels courent les rivières, où ils demeureront — telle est la rétribution (jazāʾ) de quiconque se purifie (tazakkā).
Notes lexicales
jannātu ʿadn
voir S13:23, S16:31 et S19:61 — le séjour de résidence stable et durable.
tazakkā
racine *z-k-w/z-k-y* : croître en pureté, se purifier — même racine que *zakāt* (conservé en translittération), mais ici sous une forme verbale réfléchie (forme V) appliquée à la personne elle-même. **Dit** : le texte pose la purification de la personne elle-même, par extension de la même racine qui désigne, sous sa forme nominale, l'acte rituel de don.

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