Structure du Bloc V. Quatre ensembles. D’abord le rappel (dhikr) donné au nabī au sujet de récits déjà écoulés, et le fardeau (wizr) de quiconque s’en détourne, porté de façon permanente (S20:99–101). Puis une scène du Jour de la Résurrection : le souffle dans le Ṣūr, les mujrimīn rassemblés zurqan, et leur murmure entre eux sur la durée qui leur aura paru s’écouler (S20:102–104). Puis la dispersion des montagnes et le nivellement absolu de la terre, suivis de la scène où tous suivent l’Appelant sans détour possible, les voix humiliées devant ar-Raḥmān (S20:105–108). Puis la shafāʿa strictement conditionnée par la permission et l’agrément d’ar-Raḥmān, la science qui embrasse ce qui est devant et derrière eux, les visages soumis devant al-Ḥayy al-Qayyūm, et l’absence de crainte pour qui œuvre le bien en croyant (S20:109–112). Enfin la clôture méthodologique de la sourate sur le Qurʾān lui-même : sa descente en langue arabe, la mise en garde contre la précipitation dans sa réception, et la demande d’accroissement en science (S20:113–114).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.20:99 Un dhikr venu de Nous, au sujet de récits déjà écoulés
S.20:100–101 Le fardeau de qui s’en détourne — une demeure permanente
S.20:102 Le jour où il sera soufflé dans le Ṣūr — les mujrimīn zurqan
S.20:103–104 Le murmure sur la durée du séjour
S.20:105–107 Les montagnes dispersées, la terre nivelée sans creux ni bosse
S.20:108 Suivre l’Appelant — les voix humiliées devant ar-Raḥmān
S.20:109 La shafāʿa ne profite qu’à qui ar-Raḥmān agrée
S.20:110–111 La science qui embrasse tout, les visages soumis devant al-Ḥayy al-Qayyūm
S.20:112 Nulle crainte pour qui œuvre le bien en croyant
S.20:113 Une Lecture en langue arabe, la mise en garde variée
S.20:114 Taʿālā Allaah — ne pas se hâter avec le Qurʾān — « accrois-moi en science »

Un dhikr venu de Nous, et le fardeau de qui s’en détourne · S20:99–101

S.20:99 · Un dhikr venu de Nous, au sujet de récits déjà écoulés

S.20:99
كَذَٰلِكَ نَقُصُّ عَلَيْكَ مِنْ أَنْبَاءِ مَا قَدْ سَبَقَ ۚ وَقَدْ آتَيْنَاكَ مِنْ لَدُنَّا ذِكْرًا
Kadhālika naquṣṣu ʿalayka min anbāʾi mā qad sabaqa — wa-qad ātaynāka min ladunnā dhikrā Ainsi te racontons-Nous certains des récits (anbāʾ) de ce qui a déjà eu lieu — et Nous t’avons certes donné, venant proprement de Nous (min ladunnā), un dhikr.
Notes lexicales
anbāʾ
pluriel de *nabaʾ*, racine *n-b-ʾ* : une nouvelle, un rapport transmis d'un événement — à distinguer de *qaṣaṣ* (le récit construit et suivi, S12:3 : « le plus beau des récits »). *Anbāʾ* insiste sur le fait rapporté plutôt que sur la forme narrative qui le porte.
min ladunnā
voir *min ladunka raḥmatan* (S3:8) et *min ladunnā ʿilmā* (S18:65) : une provenance directe qui n'implique aucun lieu — « de Notre part propre », sans connotation spatiale.
dhikrā
racine *dh-k-r* : le rappel, ce qui fait revenir à la mémoire ce qui avait été oublié ou négligé. Conservé en français par « rappel » plutôt que traduit par un terme technique, faute de meilleure formulation ; le terme reviendra en S20:113 (ce Bloc) et en S20:124 (Bloc VI) dans le même registre.

S.20:100–101 · Le fardeau de qui s’en détourne — une demeure permanente

S.20:100
مَنْ أَعْرَضَ عَنْهُ فَإِنَّهُ يَحْمِلُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ وِزْرًا
Man aʿraḍa ʿanhu fa-innahu yaḥmilu yawma l-qiyāmati wizrā Quiconque s’en détourne (aʿraḍa) portera, au Jour de la Résurrection (yawma l-qiyāma), un fardeau (wizr).
S.20:101
خَالِدِينَ فِيهِ ۖ وَسَاءَ لَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ حِمْلًا
Khālidīna fīhi — wa-sāʾa lahum yawma l-qiyāmati ḥimlā Ils y demeureront en permanence (khālidīn) — et quelle mauvaise charge (ḥiml) ce sera pour eux, au Jour de la Résurrection !
Notes lexicales
aʿraḍa
racine *ʿ-r-ḍ*, forme IV : se détourner, présenter son flanc plutôt que son attention — ici appliquée au *dhikr* lui-même.
wizr
racine *w-z-r* — voir *wa-lā taziru wāziratun wizra ukhrā* (S6:164 et S17:15 : « nulle âme chargée ne porte le fardeau d'une autre »). Ici, ce n'est pas le fardeau d'autrui qui est en cause, mais celui que chacun porte pour son propre refus du rappel.
ḥiml
même racine que le verbe *yaḥmilu* du verset précédent (*ḥ-m-l*, porter) mais au sens du poids concret lui-même, plutôt que de la faute qu'il désigne (*wizr*) — le texte varie ici le terme tout en gardant la même image du portage, pour clore le verset sur une exclamation (*wa-sāʾa*, « quel mauvais… ») plutôt que sur une simple répétition.

Le Jour de la Résurrection : la Trompe, les regards, la mémoire brouillée · S20:102–104

S.20:102 · Le jour où il sera soufflé dans le Ṣūr — les mujrimīn zurqan

Crux lexical — S20:102, zurqan. Racine z-r-q. Le sens premier, attesté chez Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) comme chez Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha), est la couleur bleue de l’œil (azraq al-ʿayn) : un iris d’une teinte que les lexicographes classiques rattachent, dans l’usage courant des Arabes, à un aspect inhabituel et redouté — les mêmes sources notent que l’œil bleu était perçu comme le signe d’une hostilité ou d’une nature étrangère, non comme une simple donnée de pigmentation neutre. Deux lectures en découlent, que ce Bloc nomme sans trancher : (1) une lecture au sens propre — les yeux des mujrimīn, ce jour-là, prennent une teinte bleuâtre inhabituelle, signe visible de terreur ou d’un état qui n’est plus celui de la vie ordinaire ; (2) une lecture portée par certains lexicographes vers le sens dérivé de regard trouble, hagard, vidé de son éclat normal — la couleur devenant ici l’image d’un état intérieur (l’effroi, la perte de repère) plutôt que la description d’un phénomène optique littéral. Aucune des deux lectures n’installe de récit extérieur au texte ; ce Bloc les nomme toutes deux.

S.20:102
يَوْمَ يُنْفَخُ فِي الصُّورِ ۚ وَنَحْشُرُ الْمُجْرِمِينَ يَوْمَئِذٍ زُرْقًا
Yawma yunfakhu fi ṣ-ṣūri — wa-naḥshuru l-mujrimīna yawmaʾidhin zurqā Le jour où il sera soufflé dans le Ṣūr — et Nous rassemblerons les mujrimīn, ce jour-là, zurqan (le regard bleui, hagard).
Notes lexicales
yunfakhu fi ṣ-ṣūri
*aṣ-Ṣūr*, conservé en translittération — voir S6:73 et S18:99, où la crux lexicographique sur ce terme (instrument sonore, ou apparenté à *ṣuwar*, les formes) est posée ; on n'y revient pas ici.
al-mujrimīn
racine *j-r-m* : ceux qui commettent une faute, un acte répréhensible tranché comme tel.
zurqan
voir le callout dédié ci-dessus.

S.20:103–104 · Le murmure sur la durée du séjour

S.20:103
يَتَخَافَتُونَ بَيْنَهُمْ إِنْ لَبِثْتُمْ إِلَّا عَشْرًا
Yatakhāfatūna baynahum in labithtum illā ʿasharā Ils se murmureront entre eux : « Vous n’êtes restés que dix. »
S.20:104
نَحْنُ أَعْلَمُ بِمَا يَقُولُونَ إِذْ يَقُولُ أَمْثَلُهُمْ طَرِيقَةً إِنْ لَبِثْتُمْ إِلَّا يَوْمًا
Naḥnu aʿlamu bi-mā yaqūlūna idh yaqūlu amthaluhum ṭarīqatan in labithtum illā yawmā Nous savons mieux ce qu’ils diront, lorsque le plus mesuré d’entre eux dans sa conduite (amthaluhum ṭarīqatan) dira : « Vous n’êtes restés qu’un jour. »
Notes lexicales
yatakhāfatūna
racine *kh-f-t* : parler à voix basse, chuchoter entre soi. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'unité de la durée évoquée (« dix » — jours ? nuits ? une autre mesure ?) ; ce Bloc ne comble pas cette absence de précision.
amthaluhum ṭarīqatan
*amthal*, superlatif de *mathal* (la comparaison, ce à quoi l'on rapporte une chose) — celui dont la manière d'être (*ṭarīqa*, racine *ṭ-r-q*, la voie suivie, la conduite) est jugée, parmi eux, la plus proche d'une juste mesure. **Non-dit** : l'identité précise de ce locuteur n'est pas donnée davantage par ce seul verset.

Les montagnes dispersées, la terre nivelée · S20:105–108

S.20:105–107 · La dispersion des montagnes, la plaine sans relief

S.20:105
وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الْجِبَالِ فَقُلْ يَنْسِفُهَا رَبِّي نَسْفًا
Wa-yasʾalūnaka ʿani l-jibāli fa-qul yansifuhā rabbī nasfā Et ils t’interrogent au sujet des montagnes — dis : « Mon Rabb les dispersera d’une dispersion totale (nasfan). »
S.20:106
فَيَذَرُهَا قَاعًا صَفْصَفًا
Fa-yadharuhā qāʿan ṣafṣafā Il les laissera alors [la terre] comme une plaine nue et unie (qāʿan ṣafṣafā).
S.20:107
لَا تَرَىٰ فِيهَا عِوَجًا وَلَا أَمْتًا
Lā tarā fīhā ʿiwajan wa-lā amtā Tu n’y verras ni creux (ʿiwaj) ni bosse (amt).
Notes lexicales
yansifuhā … nasfan
racine *n-s-f* : disperser, réduire en poussière emportée par le vent — même racine et même construction intensive (accusatif interne) que celle rencontrée en S20:97 (Bloc IV) pour la dispersion des cendres du veau dans la mer : un même vocabulaire de l'anéantissement total, appliqué ici aux montagnes elles-mêmes.
qāʿan ṣafṣafā
*qāʿ* : un terrain plat et dénudé. *Ṣafṣaf*, racine *ṣ-f-f* redoublée (l'alignement, la planéité) à valeur intensive : une surface parfaitement unie, sans aucune aspérité.
ʿiwajan wa-lā amtā
*ʿiwaj*, racine *ʿ-w-j* (la courbure, la déviation), employée aussi au sens figuré (*lam yajʿal lahu ʿiwajā*, S18:1 : nulle déviation dans le Kitāb). *Amt*, racine *a-m-t*, hapax coranique : une élévation, une bosse — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) le rattache au sens d'irrégularité de surface, de proéminence. Les deux termes, réunis, décrivent l'absence de tout relief, positif (*amt*) comme négatif (*ʿiwaj*).

S.20:108 · Suivre l’Appelant — les voix humiliées devant ar-Raḥmān

S.20:108
يَوْمَئِذٍ يَتَّبِعُونَ الدَّاعِيَ لَا عِوَجَ لَهُ ۖ وَخَشَعَتِ الْأَصْوَاتُ لِلرَّحْمَٰنِ فَلَا تَسْمَعُ إِلَّا هَمْسًا
Yawmaʾidhin yattabiʿūna d-dāʿiya lā ʿiwaja lahu — wa-khashaʿati l-aṣwātu li-r-raḥmāni fa-lā tasmaʿu illā hamsā Ce jour-là, ils suivront l’Appelant (ad-dāʿī) sans qu’aucun détour ne lui soit possible — et les voix s’humilieront (khashaʿat) devant ar-Raḥmān — tu n’entendras qu’un chuchotement (hams).
Notes lexicales
lā ʿiwaja lahu
même racine que *ʿiwajan* (S20:107, ce Bloc) — ici appliquée non à un relief mais à l'appel lui-même : nul détour, nulle échappatoire possible face à cet appel.
khashaʿat
racine *kh-sh-ʿ* : s'abaisser, s'humilier, se faire petit devant plus grand que soi. **Dit** : le texte attribue cette humiliation aux voix elles-mêmes (*al-aṣwāt*), non aux personnes directement — une figure qui désigne, par la voix réduite au silence, la soumission totale de qui la porte.
hamsan
racine *h-m-s* : un chuchotement à peine audible, un bruit de pas étouffé.

La shafāʿa conditionnée, la science exhaustive, al-Ḥayy al-Qayyūm · S20:109–112

S.20:109 · La shafāʿa ne profite qu’à qui ar-Raḥmān agrée

S.20:109
يَوْمَئِذٍ لَا تَنْفَعُ الشَّفَاعَةُ إِلَّا مَنْ أَذِنَ لَهُ الرَّحْمَٰنُ وَرَضِيَ لَهُ قَوْلًا
Yawmaʾidhin lā tanfaʿu sh-shafāʿatu illā man adhina lahu r-raḥmānu wa-raḍiya lahu qawlā Ce jour-là, la shafāʿa ne profitera pas — sinon à celui à qui le Raḥmān aura accordé Sa permission et dont Il n’aura pas repoussé la parole.
Notes lexicales
ash-shafāʿa
racine *sh-f-ʿ* : non « l'intercession » au sens de plaidoirie ou de défense — Al-Farāhīdī (*Kitāb al-ʿAyn*) et Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) donnent pour sens premier l'appariement, le fait de se joindre à un autre pour former un couple (*ash-shafʿ*, le pair, opposé à *al-witr*, l'impair). La *shafāʿa* est ainsi l'acte de se joindre à quelqu'un, d'être auprès de lui — non celui de plaider sa cause devant une instance. Ce verset relève de la *shafāʿa* conditionnée décrite dans l'étude La shafāʿa dans le Coran : elle n'est jamais niée dans l'absolu, mais strictement subordonnée à deux conditions cumulatives — l'*idhn* (la permission, un savoir et une autorisation actifs, non une simple tolérance) et le fait que la parole de celui qui se joint ne soit pas repoussée (*raḍiya … qawlan*).
ar-Raḥmān
racine *r-ḥ-m*, conservé en translittération — voir S1:1 : forme d'intensité maximale, ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah comme source de *raḥma* enveloppant toute chose.

S.20:110–111 · La science qui embrasse tout, les visages soumis devant al-Ḥayy al-Qayyūm

S.20:110
يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ وَلَا يُحِيطُونَ بِهِ عِلْمًا
Yaʿlamu mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum wa-lā yuḥīṭūna bihi ʿilmā Il connaît ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux, alors qu’eux-mêmes n’embrassent rien de Lui en connaissance.
S.20:111
۞ وَعَنَتِ الْوُجُوهُ لِلْحَيِّ الْقَيُّومِ ۖ وَقَدْ خَابَ مَنْ حَمَلَ ظُلْمًا
Wa-ʿanati l-wujūhu li-l-ḥayyi l-qayyūmi — wa-qad khāba man ḥamala ẓulmā Et les visages se courberont (ʿanat) devant al-Ḥayy, al-Qayyūm — et celui qui aura porté une injustice (ẓulm) aura certes échoué (khāba).
Notes lexicales
yaʿlamu mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum … lā yuḥīṭūna bihi ʿilmā
écho mot pour mot de S2:255, à propos d'al-Ḥayy al-Qayyūm Lui-même (« Il connaît ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux — et ils n'embrassent rien de Sa connaissance, sinon ce qu'Il a voulu »). Ce verset-ci présente la construction légèrement resserrée (*lā yuḥīṭūna bihi ʿilman*, sans la clause d'exception de S2:255), sans qu'on lui ajoute de portée nouvelle au-delà de ce que le texte affirme.
al-Ḥayy al-Qayyūm
voir S2:255 : *al-Ḥayy*, racine *ḥ-y-y*, ce qui vit d'une vie qui ne cesse pas ; *al-Qayyūm*, racine *q-w-m*, forme d'intensité marquant l'autosuffisance et le soutien continu apporté à ce qui existe — ce qui se tient par Soi-même.
ʿanati l-wujūhu
racine *ʿ-n-w* : se soumettre entièrement, être rendu captif, s'incliner sans résistance (*al-ʿānī* : le captif soumis). **Dit** : le texte attribue cette soumission aux visages eux-mêmes (*al-wujūh*), comme il attribuait au verset précédent (S20:108, ce Bloc) l'humiliation aux voix — une même figure par laquelle une partie visible ou audible du corps porte la soumission de la personne entière.
khāba
racine *kh-y-b* : échouer, être déçu dans son attente. *Ẓulm* : voir S2:35 (*waḍʿ al-shayʾ fī ghayri mawḍiʿihi*, placer une chose là où elle n'a pas sa place — un désordre ontologique, non simplement « l'injustice »).

S.20:112 · Nulle crainte pour qui œuvre le bien en croyant

S.20:112
وَمَنْ يَعْمَلْ مِنَ الصَّالِحَاتِ وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَلَا يَخَافُ ظُلْمًا وَلَا هَضْمًا
Wa-man yaʿmal mina ṣ-ṣāliḥāti wa-huwa muʾminun fa-lā yakhāfu ẓulman wa-lā haḍmā Et quiconque accomplit des œuvres justes (ṣāliḥāt), tout en étant croyant (muʾmin), ne craindra ni injustice (ẓulm) ni diminution (haḍm).
Notes lexicales
ẓulman wa-lā haḍmā
*haḍm*, racine *h-ḍ-m* : la digestion, l'absorption qui réduit une chose en la faisant disparaître — au sens figuré ici, un amoindrissement de la rétribution due, comme si le mérite acquis se trouvait rogné ou englouti. **Point de méthode** : les deux termes se distinguent et se complètent — *ẓulm* désigne le fait de placer une chose hors de sa juste place (recevoir un tort qui ne revient pas), *haḍm* le fait d'obtenir moins que ce qui est dû. Le verset écarte ainsi les deux formes possibles de préjudice pour qui aura œuvré le bien en croyant.

Le Qurʾān en langue arabe, la mise en garde contre la hâte · S20:113–114

S.20:113 · Une Lecture en langue arabe, la mise en garde variée

S.20:113
وَكَذَٰلِكَ أَنْزَلْنَاهُ قُرْآنًا عَرَبِيًّا وَصَرَّفْنَا فِيهِ مِنَ الْوَعِيدِ لَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ أَوْ يُحْدِثُ لَهُمْ ذِكْرًا
Wa-kadhālika anzalnāhu qurʾānan ʿarabiyyan wa-ṣarrafnā fīhi mina l-waʿīdi laʿallahum yattaqūna aw yuḥdithu lahum dhikrā Et c’est ainsi que Nous l’avons fait descendre — une Lecture (qurʾān) en langue arabe — et Nous y avons exposé, sous des formes variées (ṣarrafnā), de la mise en garde (waʿīd), afin qu’ils se prémunissent (yattaqūn), ou que cela suscite en eux un rappel nouveau.
Notes lexicales
qurʾānan ʿarabiyyan
voir S12:2 (« Nous l'avons fait descendre — une Lecture en langue arabe — afin que vous raisonniez ») et S13:37 (*ḥukman ʿarabiyyan*, « un jugement en langue arabe »). **Dit** : le texte affirme explicitement la langue de la révélation ; ce seul verset ne précise pas si cette précision porte une portée exclusive à une seule communauté ou non — question qui déborde son seul périmètre.
ṣarrafnā
même terme, repris à l'identique, que S17:41 et S17:89 : faire varier un même sens sous des présentations diverses, l'exposer sous plusieurs formes plutôt qu'une seule fois.
al-waʿīd
racine *w-ʿ-d*, même racine que *waʿd* (la promesse, S3:9) mais à sa face négative : la mise en garde, la menace annoncée — les deux faces d'un même engagement tenu, l'une favorable, l'autre dissuasive.
yuḥdithu lahum dhikrā
racine *ḥ-d-th* : faire advenir de nouveau, susciter à neuf — ici appliquée au *dhikr* déjà nommé en S20:99 (ce Bloc) : le texte envisage explicitement que sa reformulation variée (*ṣarrafnā*) puisse faire naître, chez celui qui l'entend, un rappel qu'il n'avait pas encore reçu de cette manière.

S.20:114 · Taʿālā Allaah — ne pas se hâter avec le Qurʾān — « accrois-moi en science »

S.20:114
فَتَعَالَى اللَّهُ الْمَلِكُ الْحَقُّ ۗ وَلَا تَعْجَلْ بِالْقُرْآنِ مِنْ قَبْلِ أَنْ يُقْضَىٰ إِلَيْكَ وَحْيُهُ ۖ وَقُلْ رَبِّ زِدْنِي عِلْمًا
Fa-taʿālā llāhu l-maliku l-ḥaqqu — wa-lā taʿjal bi-l-qurʾāni min qabli an yuqḍā ilayka waḥyuhu — wa-qul rabbi zidnī ʿilmā Taʿālā Allaah, al-Malik, al-Ḥaqq — et ne te hâte pas avec le Qurʾān avant que sa révélation (waḥy) ne te soit menée à son terme (yuqḍā) — et dis : « Mon Rabb, accrois-moi en science (ʿilm). »
Notes lexicales
taʿālā
racine *ʿ-l-w* (voir S6:100, S16:1) : le verbe est conservé en arabe, sans le rendre par un mot d'espace ou de lieu (ni « s'élève », ni équivalent), afin d'écarter toute connotation spatiale appliquée à Allaah.
al-Malik al-Ḥaqq
*al-Malik*, racine *m-l-k* : la royauté, la pleine possession et disposition — voir *al-mulk*, S6:73. *Al-Ḥaqq* : ce qui est fondé en réalité (voir S6:73, S10:32, entre autres) — le réel par excellence, non un simple synonyme de « vérité » abstraite.
lā taʿjal bi-l-qurʾāni … yuqḍā ilayka waḥyuhu
racine *ʿ-j-l* (la hâte, voir S20:83 et S20:88, Bloc IV) et racine *q-ḍ-y* (mener à son terme, achever) : le texte met en garde contre le fait de devancer par la récitation la transmission complète d'un passage encore en cours de révélation (*waḥy*) au *nabī*. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme concret de cette réception progressive ; il pose seulement l'ordre de ne pas la devancer.
rabbi zidnī ʿilman
racine *z-y-d* : accroître, ajouter à ce qui existe déjà. **Dit** : le verset clôt cette section sur une demande d'accroissement, non sur une affirmation de savoir déjà acquis et suffisant.

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