Structure du Bloc VI, dernier Bloc de la Sourate 20. Cinq ensembles. D’abord un engagement antérieur confié à Ādam, oublié par lui, et l’ordre de prosternation adressé aux malāʾika — Iblīs seul refusant —, suivi de l’installation d’Ādam dans la janna et de la promesse d’un bien-être sans faille (S20:115–119). Puis la tentation d’Iblīs — l’arbre de l’éternité et un royaume qui ne s’use pas —, la faute, et sa résolution rapide par le choix, l’accueil du retour et la guidance accordés par le Rabb d’Ādam (S20:120–122). Puis la descente sur terre assortie d’un guide promis, le détournement possible de ce guide et ses deux conséquences — une existence resserrée ici-bas, la cécité au Jour de la Résurrection —, le dialogue de l’aveugle avec son Rabb, et l’appel à observer les générations anciennes détruites (S20:123–128). Puis le report du châtiment déjà fixé par une parole antérieure, et l’ordre adressé au nabī de patienter, de glorifier son Rabb à plusieurs moments du jour et de la nuit, de ne pas convoiter l’éclat donné à d’autres, et d’ordonner la ṣalāt à sa propre famille (S20:129–132). Enfin la demande d’un signe par les dénégateurs, l’argument de justice selon lequel nul n’est châtié sans qu’un rasūl ne lui soit envoyé, et la clôture de la sourate sur l’attente commune et la distinction entre qui suit le chemin égal et qui ne le suit pas (S20:133–135).

Avertissement de méthode — deux points exigeant la plus grande prudence. S20:115 et surtout S20:121 portent sur la faute d’Ādam elle-même : ce Bloc isole strictement ce que chaque verset affirme, dans les termes mêmes qu’il emploie — un engagement (ʿahd) oublié (v.115), puis une désobéissance (ʿaṣā) et une erreur (ghawā) nommées directement par le texte à propos d’Ādam (v.121), aussitôt suivies de son élection, de l’accueil de son retour et de sa guidance (v.122) — sans importer aucune doctrine étrangère au texte (transmission de la faute à sa descendance, débat sur une éventuelle infaillibilité prophétique, etc.), question que ce seul passage ne pose pas. Voir les callouts dédiés à chacun de ces deux versets.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.20:115 Le pacte oublié par Ādam — nulle résolution ferme trouvée en lui
S.20:116–117 L’ordre de prosternation, le refus d’Iblīs, l’avertissement contre l’ennemi
S.20:118–119 La promesse du bien-être dans la janna
S.20:120 La tentation — l’arbre de l’éternité et le royaume impérissable
S.20:121 La faute — Ādam désobéit à son Rabb et erra
S.20:122 Le choix, le retour accueilli, la guidance
S.20:123 La descente sur terre, le guide promis
S.20:124 Le détournement du dhikr — une existence resserrée, la cécité au Jour
S.20:125–126 Le dialogue de l’aveugle — l’oubli en miroir
S.20:127 La rétribution de qui outrepasse la mesure
S.20:128 Les générations détruites — un signe pour les gens de raison retenue
S.20:129 La parole déjà écoulée, le terme fixé
S.20:130 L’ordre de patience et de tasbīḥ aux moments du jour et de la nuit
S.20:131 Ne pas convoiter l’éclat de la vie d’ici-bas donné à d’autres
S.20:132 L’ordre à la famille pour la ṣalāt — l’issue revient à la taqwā
S.20:133 La demande d’un signe — la preuve déjà venue dans les Écrits antérieurs
S.20:134 L’argument de justice — nul châtiment sans un rasūl envoyé
S.20:135 Clôture — chacun dans l’attente, le chemin égal et la guidance

Le pacte oublié, l’ordre de prosternation, l’installation dans la janna · S20:115–119

S.20:115 · Le pacte oublié par Ādam — nulle résolution ferme trouvée en lui

Point sensible — S20:115. Le verset affirme trois choses, dans cet ordre exact : (1) un engagement (ʿahidnā, racine ʿ-h-d, voir S2:40 pour le pacte) fut confié à Ādam, auparavant (min qablu) ; (2) il l’oublia (fa-nasiya) ; (3) Allaah ne trouva en lui aucune résolution ferme (ʿazm). Non-dit : le contenu exact de cet engagement n’est pas précisé par ce seul verset — ce Bloc n’importe pas l’identification usuelle (l’ordre de ne pas approcher l’arbre, nommé seulement à partir de S20:117) comme une évidence textuelle de ce verset précis, même si la suite immédiate du récit rend ce rapprochement naturel. Point de cohérence à signaler, sans le trancher : ce verset décrit la cause initiale comme un oubli (nisyān, une défaillance de mémoire ou de résolution), tandis que S20:121 (ce Bloc) nommera l’acte lui-même, au moment de sa réalisation, comme une désobéissance (ʿaṣā) — les deux versets ne se contredisent pas nécessairement (l’oubli du pacte pouvant être ce qui a rendu possible l’acte de désobéissance), mais ce Bloc se garde de fusionner les deux formulations en une seule, chacune étant restituée ici dans ses propres termes.

S.20:115
وَلَقَدْ عَهِدْنَا إِلَىٰ آدَمَ مِنْ قَبْلُ فَنَسِيَ وَلَمْ نَجِدْ لَهُ عَزْمًا
Wa-laqad ʿahidnā ilā Ādama min qablu fa-nasiya wa-lam najid lahu ʿazmā Et Nous avions certes confié à Ādam un engagement (ʿahidnā), auparavant — mais il l’oublia (fa-nasiya), et Nous ne trouvâmes en lui aucune résolution ferme (ʿazm).
Notes lexicales
ʿahidnā
racine *ʿ-h-d* — voir *ʿahdī* (S2:40) : l'engagement, la charge confiée. Ici à la première personne du pluriel appliquée à un individu.
fa-nasiya
racine *n-s-y* : oublier, laisser échapper de la mémoire. Ce même verbe reviendra deux fois dans ce Bloc, appliqué à d'autres personnes (S20:126, deux occurrences) — voir la note de cohérence à cet endroit.
ʿazmā
racine *ʿ-z-m* : la résolution ferme, la détermination qui tient bon. Voir le callout dédié ci-dessus pour la portée exacte de ce verset.

S.20:116–117 · L’ordre de prosternation, le refus d’Iblīs, l’avertissement contre l’ennemi

S.20:116
وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلَائِكَةِ اسْجُدُوا لِآدَمَ فَسَجَدُوا إِلَّا إِبْلِيسَ أَبَىٰ
Wa-idh qulnā li-l-malāʾikati sjudū li-Ādama fa-sajadū illā Iblīsa abā Et [rappelle] quand Nous dîmes aux malāʾika : « Prosternez-vous devant Ādam » — ils se prosternèrent, sauf Iblīs : il refusa (abā).
S.20:117
فَقُلْنَا يَا آدَمُ إِنَّ هَٰذَا عَدُوٌّ لَكَ وَلِزَوْجِكَ فَلَا يُخْرِجَنَّكُمَا مِنَ الْجَنَّةِ فَتَشْقَىٰ
Fa-qulnā yā Ādamu inna hādhā ʿaduwwun laka wa-li-zawjika fa-lā yukhrijannakumā mina l-jannati fa-tashqā Nous dîmes alors : « Ô Ādam, celui-ci est certes un ennemi pour toi et pour ton épouse — qu’il ne vous fasse donc pas sortir de la janna, ce qui te rendrait malheureux (tashqā). »
Notes lexicales
abā
racine *ʾ-b-y* : refuser. **Variante lexicale mineure, signalée par honnêteté méthodologique** : ce verset se limite à *abā* (« il refusa »), sans les compléments présents dans le récit de S2:34 (*abā wa-stakbara wa-kāna mina l-kāfirīn* — « il refusa, s'enorgueillit, et fut parmi les *kāfirūn* »). Ce Bloc ne comble pas cette formulation plus brève par les éléments donnés ailleurs — chaque verset est restitué dans ses propres termes. Sur la nature d'Iblīs (issu du *jinn*), voir S18:50.
tashqā
racine *sh-q-y* : le malheur, l'épreuve pénible — opposé du bien-être décrit aux versets suivants (S20:118–119, ce Bloc). **Non-dit** : le verbe est conjugué au singulier (*tashqā*, « tu seras malheureux »), alors que l'ordre qui précède (*lā yukhrijannakumā*, « qu'il ne vous fasse pas sortir tous les deux ») est au duel — ce seul verset ne précise pas la raison de ce passage du duel au singulier ; ce Bloc ne tranche pas.

S.20:118–119 · La promesse du bien-être dans la janna

S.20:118
إِنَّ لَكَ أَلَّا تَجُوعَ فِيهَا وَلَا تَعْرَىٰ
Inna laka allā tajūʿa fīhā wa-lā taʿrā Il t’est garanti là de n’avoir pas faim ni d’être dévêtu (taʿrā),
S.20:119
وَأَنَّكَ لَا تَظْمَأُ فِيهَا وَلَا تَضْحَىٰ
Wa-annaka lā taẓmaʾu fīhā wa-lā taḍḥā et de n’avoir pas soif là ni de souffrir de l’ardeur du jour (taḍḥā).
Notes lexicales
taʿrā
racine *ʿ-r-y* : être nu, dévêtu.
taẓmaʾu
racine *ẓ-m-ʾ* : avoir soif.
taḍḥā
racine *ḍ-ḥ-w* : l'exposition à la chaleur du jour montant, l'heure de la clarté du matin avancé (d'où le nom de la sourate *aḍ-Ḍuḥā*). Les quatre négations réunies (S20:118–119) couvrent les quatre nécessités corporelles fondamentales : la faim, la nudité, la soif, l'exposition pénible au soleil.

La tentation, la faute et son accueil · S20:120–122

S.20:120 · La tentation — l’arbre de l’éternité et le royaume impérissable

S.20:120
فَوَسْوَسَ إِلَيْهِ الشَّيْطَانُ قَالَ يَا آدَمُ هَلْ أَدُلُّكَ عَلَىٰ شَجَرَةِ الْخُلْدِ وَمُلْكٍ لَا يَبْلَىٰ
Fa-waswasa ilayhi sh-shayṭānu qāla yā Ādamu hal adulluka ʿalā shajarati l-khuldi wa-mulkin lā yablā Le shayṭān lui insuffla alors le doute (waswasa) ; il dit : « Ô Ādam, veux-tu que je te montre (adulluka) l’arbre de l’éternité (shajarat al-khuld) et un royaume qui ne s’use jamais (mulkin lā yablā) ? »
Notes lexicales
waswasa
racine *w-s-w-s* — voir S7:20 : le murmure répété, insidieux, distinct du discours frontal explicite.
shajarat al-khuld
racine *kh-l-d* (la permanence, que l'on retrouve dans la forme *khālidīn*). **Point de cohérence intra-coranique, sans le trancher** : ni S2:35 ni S7:19–20 ne nomment cet arbre — ils disent seulement « cet arbre-ci » (*hādhihi sh-shajara*). Seul ce verset lui donne un nom, « l'arbre de l'éternité ». Les trois récits varient aussi dans la présentation de la tentation : S7:20 fait miroiter à Ādam et à son épouse de devenir deux *malāʾika* ou des immortels ; ce verset-ci fait miroiter l'éternité et un royaume impérissable. Ce Bloc nomme ces variantes sans chercher à les fondre en un récit unique ni à trancher laquelle serait la plus complète.
mulkin lā yablā
racine *b-l-y* : s'user, se détériorer avec le temps.

S.20:121 · La faute — Ādam désobéit à son Rabb et erra

Point sensible — S20:121, ʿaṣā Ādamu rabbahu fa-ghawā. Ici le texte nomme directement — par la voix du récit lui-même, non par un aveu rapporté des protagonistes — l’acte d’Ādam comme une désobéissance (ʿaṣā, racine ʿ-ṣ-y : agir à l’encontre d’un ordre reçu) suivie d’une erreur (ghawā, racine gh-w-y). Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) et Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) rattachent ghayy à un écart de jugement ou de conduite, un manquement au rushd (la droiture de discernement) — une notion distincte de ḍalāl (la perte du chemin, racine ḍ-l-l, voir S1:7) : ghawā dit l’erreur commise, non la perte totale d’orientation. Dit : le texte attribue cet acte à Ādam seul, dans les termes mêmes qu’il emploie ici — une désobéissance suivie d’une erreur, aussitôt close par l’élection, l’accueil du retour et la guidance du verset suivant (S20:122, ce Bloc). Non-dit, et ce Bloc n’importe aucune réponse à ce silence : ni la portée de cette faute au-delà d’Ādam lui-même, ni une éventuelle transmission à sa descendance, ni son articulation avec une doctrine de l’infaillibilité prophétique (ʿiṣma) — question que ce seul passage ne pose pas et que ce Bloc se garde d’y faire entrer. La comparaison avec le récit parallèle de S7:23 (« rabbanā ẓalamnā anfusanā », « notre Rabb, nous avons été injustes envers nous-mêmes »), qui rapporte un aveu des deux protagonistes en leurs propres mots plutôt qu’un verdict narratorial direct, est signalée sans qu’aucune des deux formulations ne soit effacée au profit de l’autre.

S.20:121
فَأَكَلَا مِنْهَا فَبَدَتْ لَهُمَا سَوْآتُهُمَا وَطَفِقَا يَخْصِفَانِ عَلَيْهِمَا مِنْ وَرَقِ الْجَنَّةِ ۚ وَعَصَىٰ آدَمُ رَبَّهُ فَغَوَىٰ
Fa-akalā minhā fa-badat lahumā sawʾātuhumā wa-ṭafiqā yakhṣifāni ʿalayhimā min waraqi l-jannati — wa-ʿaṣā Ādamu rabbahu fa-ghawā Ils mangèrent alors de cet arbre, et leurs nudités (sawʾātuhumā) leur apparurent ; ils se mirent à assembler (yakhṣifāni) sur eux des feuilles de la janna — Ādam désobéit (ʿaṣā) à son Rabb, et il erra (ghawā).
Notes lexicales
sawʾātuhumā … yakhṣifāni
reprise quasi mot pour mot de S7:22 (*badat lahumā sawʾātuhumā wa-ṭafiqā yakhṣifāni ʿalayhimā min waraqi l-jannati*) — même formule reprise ici à l'identique.
ʿaṣā … fa-ghawā
voir le callout dédié ci-dessus.

S.20:122 · Le choix, le retour accueilli, la guidance

S.20:122
ثُمَّ اجْتَبَاهُ رَبُّهُ فَتَابَ عَلَيْهِ وَهَدَىٰ
Thumma jtabāhu rabbuhu fa-tāba ʿalayhi wa-hadā Puis son Rabb le choisit (ijtabāhu), accueillit son retour (tāba ʿalayhi), et le guida (hadā).
Notes lexicales
ijtabāhu
racine *j-b-y* — voir S16:121 (à propos d'Ibrāhīm) : choisir, recueillir pour soi ce qui est distingué.
tāba ʿalayhi
racine *t-w-b* — voir S2:37 et S5:39 : *at-Tawwāb*, Ce qui accueille sans cesse le retour du serviteur. **Dit** : ce verset clôt en trois verbes consécutifs (*ijtabāhu*, *tāba ʿalayhi*, *hadā*) la séquence ouverte au verset précédent — une résolution rapide et complète, sans qu'aucune trace punitive supplémentaire ne soit ajoutée par le texte au-delà de la descente sur terre qui suit (S20:123, ce Bloc), elle-même déjà annoncée comme condition générale dès S20:117 (« qu'il ne vous fasse pas sortir »), non comme une sanction distincte.

La descente sur terre, le détournement du dhikr, le dialogue de l’aveugle · S20:123–128

S.20:123 · La descente sur terre, le guide promis

S.20:123
قَالَ اهْبِطَا مِنْهَا جَمِيعًا ۖ بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ ۖ فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُمْ مِنِّي هُدًى فَمَنِ اتَّبَعَ هُدَايَ فَلَا يَضِلُّ وَلَا يَشْقَىٰ
Qāla-hbiṭā minhā jamīʿan — baʿḍukum li-baʿḍin ʿaduwwun — fa-immā yaʾtiyannakum minnī hudan fa-mani ttabaʿa hudāya fa-lā yaḍillu wa-lā yashqā Il dit : « Descendez-en tous deux, ensemble — vous serez, les uns pour les autres, ennemis — si un guide (hudan) venant de Moi vous parvient, quiconque suivra Mon guide ne s’égarera pas et ne sera pas malheureux (yashqā). »
Notes lexicales
hbiṭā
impératif duel, adressé à Ādam et à son épouse — conforme au duel employé en S20:117 (ce Bloc, *laka wa-li-zawjika*). Distinct du pluriel *hbiṭū* du récit de S2:36–38, où la même tension entre pluriel du verbe et duel des protagonistes explicites est relevée sans être tranchée.
yashqā
même racine que *tashqā* (S20:117, ce Bloc) : le malheur annoncé en cas de sortie de la *janna* trouve ici sa condition de levée — suivre le guide promis.

S.20:124 · Le détournement du dhikr — une existence resserrée, la cécité au Jour

S.20:124
وَمَنْ أَعْرَضَ عَنْ ذِكْرِي فَإِنَّ لَهُ مَعِيشَةً ضَنْكًا وَنَحْشُرُهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ أَعْمَىٰ
Wa-man aʿraḍa ʿan dhikrī fa-inna lahu maʿīshatan ḍankā wa-naḥshuruhu yawma l-qiyāmati aʿmā Et quiconque se détourne (aʿraḍa) de Mon dhikr aura une existence resserrée (maʿīshatan ḍankā), et Nous le rassemblerons, au Jour de la Résurrection, aveugle.
Notes lexicales
aʿraḍa
racine *ʿ-r-ḍ* — voir S20:100 (Bloc V), dans cette même sourate.
dhikrī
fait écho au *dhikr* de S20:99 (Bloc V) — ici à la première personne, « Mon *dhikr* ».
maʿīshatan ḍankā
*ḍank*, racine *ḍ-n-k* : l'étroitesse, la constriction. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si cette existence resserrée désigne la vie d'ici-bas, un état intermédiaire après la mort, ou les deux — ce Bloc ne tranche pas.

S.20:125–126 · Le dialogue de l’aveugle — l’oubli en miroir

S.20:125
قَالَ رَبِّ لِمَ حَشَرْتَنِي أَعْمَىٰ وَقَدْ كُنْتُ بَصِيرًا
Qāla rabbi lima ḥashartanī aʿmā wa-qad kuntu baṣīrā Il dira : « Mon Rabb, pourquoi m’as-Tu rassemblé aveugle, alors que j’étais voyant (baṣīran) ? »
S.20:126
قَالَ كَذَٰلِكَ أَتَتْكَ آيَاتُنَا فَنَسِيتَهَا ۖ وَكَذَٰلِكَ الْيَوْمَ تُنْسَىٰ
Qāla kadhālika atatka āyātunā fa-nasītahā — wa-kadhālika l-yawma tunsā Il dira : « Ainsi — Nos āyāt te sont venues, et tu les as oubliées (fa-nasītahā) — ainsi, aujourd’hui, tu es oublié (tunsā) à ton tour. »
Notes lexicales
fa-nasītahā … tunsā
même figure en miroir (*mushākala*) que pour *nasū llāha fa-nasiyahum* (S9:67) : une rétribution qui répond terme à terme au délaissement initial, sans qu'une défaillance de mémoire ne soit attribuable à Allaah — ici renforcé par la forme passive (*tunsā*, « tu es oublié », sans agent exprimé) plutôt qu'un verbe actif directement porté par Allaah. **Note de cohérence interne au Bloc** : le même verbe *nasiya* (oublier) structure ainsi tout ce Bloc — l'oubli du pacte par Ādam (S20:115), puis l'oubli des *āyāt* par l'aveugle et sa conséquence en miroir (ce verset) — sans que ce Bloc n'assimile ces deux emplois l'un à l'autre au-delà du vocabulaire partagé.

S.20:127 · La rétribution de qui outrepasse la mesure

S.20:127
وَكَذَٰلِكَ نَجْزِي مَنْ أَسْرَفَ وَلَمْ يُؤْمِنْ بِآيَاتِ رَبِّهِ ۚ وَلَعَذَابُ الْآخِرَةِ أَشَدُّ وَأَبْقَىٰ
Wa-kadhālika najzī man asrafa wa-lam yuʾmin bi-āyāti rabbihi — wa-la-ʿadhābu l-ākhirati ashaddu wa-abqā Et c’est ainsi que Nous rétribuons quiconque outrepasse la mesure (asrafa) et ne croit pas aux āyāt de son Rabb — et le châtiment de l’Ākhira est certes plus sévère et plus durable (abqā).
Notes lexicales
asrafa
racine *s-r-f* — voir *isrāfanā* (S3:147) et *isrāfan* (S4:6) : l'excès, le dépassement de la juste mesure — appliqué ici au refus de croire (*kufr*) lui-même comme forme d'excès.

S.20:128 · Les générations détruites — un signe pour les gens de raison retenue

S.20:128
أَفَلَمْ يَهْدِ لَهُمْ كَمْ أَهْلَكْنَا قَبْلَهُمْ مِنَ الْقُرُونِ يَمْشُونَ فِي مَسَاكِنِهِمْ ۗ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِأُولِي النُّهَىٰ
A-fa-lam yahdi lahum kam ahlaknā qablahum mina l-qurūni yamshūna fī masākinihim — inna fī dhālika la-āyātin li-ulī n-nuhā Cela ne leur a-t-il donc pas montré combien de générations (qurūn) Nous avons anéanties avant eux, dans les demeures desquelles ils marchent ? En cela il y a certes des āyāt pour les gens de raison retenue (ulī n-nuhā).
Notes lexicales
qurūn
racine *q-r-n* — voir S6:6, S10:13 et S18:84.
ulī n-nuhā
racine *n-h-y* : retenir, empêcher. Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : *an-nuhā*, l'intelligence qui retient son possesseur de ce qui est blâmable — une faculté de retenue, distincte de *ūlū l-albāb* (racine *l-b-b*, le noyau de l'intelligence, voir l'étude Ulū l-albāb) qui désigne plutôt le cœur même de la compréhension. Les deux expressions se recoupent sans se confondre : l'une insiste sur ce qui retient de l'erreur, l'autre sur le centre de la saisie intellectuelle.

La parole déjà écoulée, l’ordre de patience et de ṣalāt · S20:129–132

S.20:129 · La parole déjà écoulée, le terme fixé

S.20:129
وَلَوْلَا كَلِمَةٌ سَبَقَتْ مِنْ رَبِّكَ لَكَانَ لِزَامًا وَأَجَلٌ مُسَمًّى
Wa-lawlā kalimatun sabaqat min rabbika la-kāna lizāman wa-ajalun musammā Et n’était une parole déjà écoulée (kalimatun sabaqat) de ton Rabb, et un terme fixé (ajalun musammā), cela serait déjà inéluctable (lizāmā).
Notes lexicales
wa-lawlā kalimatun sabaqat min rabbika
formule identique à S10:19 et S11:110 : le report du châtiment jusqu'à un terme déjà fixé, sans que ce report n'efface la faute elle-même.
lizāmā
racine *l-z-m* : ce qui s'attache inévitablement, sans possibilité de s'en défaire.

S.20:130 · L’ordre de patience et de tasbīḥ aux moments du jour et de la nuit

S.20:130
فَاصْبِرْ عَلَىٰ مَا يَقُولُونَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ قَبْلَ طُلُوعِ الشَّمْسِ وَقَبْلَ غُرُوبِهَا ۖ وَمِنْ آنَاءِ اللَّيْلِ فَسَبِّحْ وَأَطْرَافَ النَّهَارِ لَعَلَّكَ تَرْضَىٰ
Fa-ṣbir ʿalā mā yaqūlūna wa-sabbiḥ bi-ḥamdi rabbika qabla ṭulūʿi sh-shamsi wa-qabla ghurūbihā — wa-min ānāʾi l-layli fa-sabbiḥ wa-aṭrāfa n-nahāri laʿallaka tarḍā Prends donc patience (ṣbir) devant ce qu’ils disent, et accomplis le tasbīḥ en la ḥamd de ton Rabb avant le lever du soleil et avant son coucher — et pendant les heures de la nuit (ānāʾ al-layl), accomplis le tasbīḥ, ainsi qu’aux extrémités du jour (aṭrāf an-nahār) — peut-être seras-tu satisfait (tarḍā).
Notes lexicales
sabbiḥ bi-ḥamdi rabbika
racine *s-b-ḥ* — voir *nusabbiḥu bi-ḥamdika* (S2:30). Voir aussi les études Le rituel de la Ṣalāt et La voix dans la Ṣalāt. **Point de transparence, sans trancher** : ce verset emploie *sabbiḥ* (le *tasbīḥ*) et non le terme *ṣalāt* lui-même, à la différence de S20:132 (ce Bloc), qui nomme explicitement la *ṣalāt*. Ce seul verset ne précise pas si le *tasbīḥ* réparti ici sur la journée désigne les mêmes moments que la *ṣalāt* rituelle nommée deux versets plus loin, ou un acte distinct — ce Bloc ne l'identifie pas mécaniquement à l'un ou à l'autre sans indication textuelle directe à cet endroit.
ānāʾ al-layl
racine *ʾ-n-y* : les heures, les moments qui se succèdent.
aṭrāf an-nahār
racine *ṭ-r-f* : les extrémités, les bords — ici les deux bornes du jour.

S.20:131 · Ne pas convoiter l’éclat de la vie d’ici-bas donné à d’autres

S.20:131
وَلَا تَمُدَّنَّ عَيْنَيْكَ إِلَىٰ مَا مَتَّعْنَا بِهِ أَزْوَاجًا مِنْهُمْ زَهْرَةَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا لِنَفْتِنَهُمْ فِيهِ ۚ وَرِزْقُ رَبِّكَ خَيْرٌ وَأَبْقَىٰ
Wa-lā tamuddanna ʿaynayka ilā mā mattaʿnā bihi azwājan minhum zahrata l-ḥayāti d-dunyā li-naftinahum fīhi — wa-rizqu rabbika khayrun wa-abqā Et n’étends pas tes yeux vers ce dont Nous avons fait jouir certains groupes (azwājan) parmi eux — l’éclat de la vie d’ici-bas (zahrat al-ḥayāti d-dunyā) — pour les y mettre à l’épreuve (li-naftinahum) : le rizq de ton Rabb est meilleur et plus durable (abqā).
Notes lexicales
azwājan
racine *z-w-j* : ici au sens de groupes, de catégories — non « épouses », sens que cette même racine porte ailleurs selon le contexte (par exemple S20:117, ce Bloc, *zawjika*, « ton épouse »). Polysémie signalée par souci d'exactitude.
zahrata l-ḥayāti d-dunyā
*zahra*, racine *z-h-r* : la fleur, l'éclat passager d'une floraison, appliqué ici à la vie d'ici-bas.
khayrun wa-abqā
même adjectif *abqā* (plus durable) que S20:127 (ce Bloc, *ashaddu wa-abqā*, à propos du châtiment) — symétrie rhétorique : ce qui dure le plus, selon le texte, n'est ni l'éclat convoité ni même le châtiment envisagé pour leur excès, mais le *rizq* de qui patiente.

S.20:132 · L’ordre à la famille pour la ṣalāt — l’issue revient à la taqwā

S.20:132
وَأْمُرْ أَهْلَكَ بِالصَّلَاةِ وَاصْطَبِرْ عَلَيْهَا ۖ لَا نَسْأَلُكَ رِزْقًا ۖ نَحْنُ نَرْزُقُكَ ۗ وَالْعَاقِبَةُ لِلتَّقْوَىٰ
Wa-mur ahlaka bi-ṣ-ṣalāti wa-ṣṭabir ʿalayhā — lā nasʾaluka rizqan naḥnu narzuquka — wa-l-ʿāqibatu li-t-taqwā Et ordonne à ta famille la ṣalāt, et sois-y assidu avec constance (iṣṭabir) — Nous ne te demandons pas de rizq, c’est Nous qui te pourvoyons — et l’issue finale (al-ʿāqiba) revient à la taqwā.
Notes lexicales
bi-ṣ-ṣalāti
la *ṣalāt* nommée ici explicitement — voir la note à S20:130 (ce Bloc) sur la distinction avec le *tasbīḥ* réparti sur la journée.
al-ʿāqibatu li-t-taqwā
racine *ʿ-q-b* — voir *ʿāqibatu l-mukadhdhibīn* (S3:137 : l'issue funeste réservée à ceux qui démentent). Ce verset emploie la même notion d'issue finale, mais cette fois attribuée positivement à la *taqwā* — symétrie inverse avec S3:137.

La demande d’un signe, l’argument de justice, la clôture · S20:133–135

S.20:133 · La demande d’un signe — la preuve déjà venue dans les Écrits antérieurs

S.20:133
وَقَالُوا لَوْلَا يَأْتِينَا بِآيَةٍ مِنْ رَبِّهِ ۚ أَوَلَمْ تَأْتِهِمْ بَيِّنَةُ مَا فِي الصُّحُفِ الْأُولَىٰ
Wa-qālū lawlā yaʾtīnā bi-āyatin min rabbihi — a-wa-lam taʾtihim bayyinatu mā fi ṣ-ṣuḥufi l-ūlā Et ils dirent : « Que ne nous apporte-t-il un signe (āya) de son Rabb ? » — La preuve manifeste (bayyina) de ce qui est dans les Écrits antérieurs (aṣ-ṣuḥuf al-ūlā) ne leur est-elle donc pas venue ?
Notes lexicales
aṣ-ṣuḥuf al-ūlā
racine *ṣ-ḥ-f* : les écrits, les feuillets. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas de quels écrits antérieurs précis il s'agit.

S.20:134 · L’argument de justice — nul châtiment sans un rasūl envoyé

S.20:134
وَلَوْ أَنَّا أَهْلَكْنَاهُمْ بِعَذَابٍ مِنْ قَبْلِهِ لَقَالُوا رَبَّنَا لَوْلَا أَرْسَلْتَ إِلَيْنَا رَسُولًا فَنَتَّبِعَ آيَاتِكَ مِنْ قَبْلِ أَنْ نَذِلَّ وَنَخْزَىٰ
Wa-law annā ahlaknāhum bi-ʿadhābin min qablihi la-qālū rabbanā lawlā arsalta ilaynā rasūlan fa-nattabiʿa āyātika min qabli an nadhilla wa-nakhzā Et si Nous les avions anéantis par un châtiment avant lui [ce Qurʾān], ils auraient dit : « Notre Rabb, que ne nous as-Tu envoyé un rasūl, pour que nous suivions Tes āyāt avant d’être humiliés (nadhilla) et déshonorés (nakhzā) ? »
Notes lexicales
lawlā arsalta ilaynā rasūlan
pour le principe de justice qu'exprime ce verset — nul châtiment sans l'envoi préalable d'un *rasūl* — voir *wa-mā kunnā muʿadhdhibīna ḥattā nabʿatha rasūlā* (S17:15).
nadhilla wa-nakhzā
*dhilla*, racine *dh-l-l* (l'abaissement, voir S17:111) ; *khizy*, racine *kh-z-y* (le déshonneur).

S.20:135 · Clôture — chacun dans l’attente, le chemin égal et la guidance

S.20:135
قُلْ كُلٌّ مُتَرَبِّصٌ فَتَرَبَّصُوا ۖ فَسَتَعْلَمُونَ مَنْ أَصْحَابُ الصِّرَاطِ السَّوِيِّ وَمَنِ اهْتَدَىٰ
Qul kullun mutarabbiṣun fa-tarabbaṣū — fa-sa-taʿlamūna man aṣḥābu ṣ-ṣirāṭi s-sawiyyi wa-mani htadā Dis : « Chacun demeure dans l’attente (mutarabbiṣ) — attendez donc — vous saurez bientôt qui sont les compagnons du chemin égal (aṣ-ṣirāṭ as-sawiyy) et qui a trouvé la guidance (ihtadā). »
Notes lexicales
mutarabbiṣ … fa-tarabbaṣū
racine *r-b-ṣ* : attendre, guetter l'issue.
aṣ-ṣirāṭ as-sawiyy
racine *s-w-y* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — ce dont les côtés sont égaux, ce qui ne penche ni d'un côté ni de l'autre. Distinct du *ṣirāṭ mustaqīm* (racine *q-w-m*, ce qui se tient droit, S1:6) : *sawiyy* insiste sur l'égalité et l'équilibre des côtés, *mustaqīm* sur la tenue droite du chemin lui-même. Cette clôture de la sourate sur une image de rectitude fait écho, sans s'y substituer, à celle de l'ouverture du Coran (S1:6).

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