Structure du Bloc I, ouverture de la Sourate 21. Cinq ensembles. D’abord l’annonce que le Compte des gens s’est approché tandis qu’ils restent dans l’insouciance, et les accusations portées contre chaque dhikr nouvellement reçu — songe confus, invention, poésie, magie — suivies de la défense de la nature humaine ordinaire des rusul et de la désignation du Kitāb lui-même comme dhikr (S21:1–10). Puis le rappel des cités anéanties pour leur injustice, la fuite inutile de leurs habitants et leur aveu tardif (S21:11–15). Puis l’affirmation que la création du ciel et de la terre n’est pas un jeu, l’image du ḥaqq qui fracasse le bāṭil, et la description de ceux qui sont auprès d’Allaah, glorifiant sans relâche (S21:16–20). Puis la réfutation du shirk par l’argument de la corruption cosmique, l’exigence d’une preuve, et l’affirmation que tous les rusul envoyés avant le nabī Muḥammad ont reçu le même message d’unicité (S21:21–25). Enfin le rejet de la prétention qu’Allaah aurait un walad, la description du statut des malāʾika comme serviteurs honorés et non souverains, et la sanction prévue pour quiconque, même parmi eux, prétendrait être un ilāh en dehors d’Allaah (S21:26–29).

Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte. Lorsque plusieurs lectures restent cohérentes avec le texte, elles sont nommées explicitement sans qu’aucune ne soit écrasée arbitrairement ; lorsque le texte se tait sur un point, ce silence est nommé comme tel (non-dit), jamais comblé par une inférence présentée comme certaine.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.21:1 Le Compte s’est approché, l’insouciance des gens
S.21:2–3 Le dhikr nouveau accueilli en se jouant, le conciliabule secret
S.21:4 La réponse : Allaah connaît toute parole, visible ou secrète
S.21:5–6 Les accusations qui s’enchaînent, l’argument des cités déjà anéanties
S.21:7 Les rusul ne furent que des hommes — interrogez les gens du dhikr
S.21:8–9 Les rusul mangeaient et n’étaient pas immortels — la promesse tenue
S.21:10 Le Kitāb, où se trouve votre dhikr
S.21:11 Les cités brisées, un autre peuple suscité
S.21:12–14 La fuite précipitée, la moquerie, l’aveu tardif
S.21:15 Fauchés comme une moisson, éteints
S.21:16–17 La création n’est pas un jeu, le refus de toute distraction
S.21:18 Le ḥaqq qui fracasse le bāṭil
S.21:19–20 Ceux qui sont auprès de Lui, un tasbīḥ sans relâche
S.21:21 Des dieux de la terre qui ne ressuscitent personne
S.21:22 Si plusieurs dieux coexistaient, tout serait corrompu
S.21:23 Il n’est pas interrogé, eux le sont
S.21:24 « Apportez votre preuve » — le dhikr commun à tous
S.21:25 Le même message confié à chaque rasūl : nul ilāh que Moi
S.21:26–27 Le rejet du walad — des serviteurs honorés, non des souverains
S.21:28 La science exhaustive, la shafāʿa conditionnée
S.21:29 La sanction de quiconque, même parmi eux, prétendrait être un ilāh en dehors d’Allaah

Le Compte proche, le dhikr accusé, la défense des rusul · S21:1–10

S.21:1 · Le Compte s’est approché, l’insouciance des gens

S.21:1
اقْتَرَبَ لِلنَّاسِ حِسَابُهُمْ وَهُمْ فِي غَفْلَةٍ مُعْرِضُونَ
Iqtaraba li-n-nāsi ḥisābuhum wa-hum fī ghaflatin muʿriḍūn Le Compte (ḥisāb) des gens s’est approché (iqtaraba), tandis qu’ils demeurent dans l’insouciance (ghafla), s’en détournant.
Notes lexicales
iqtaraba
racine *q-r-b*, forme VIII (réfléchie/intensive) : se rapprocher soi-même, par un mouvement qui porte sur le sujet même de l'action — ici le Compte, qui s'approche de lui-même, sans qu'un agent extérieur ne soit nommé.
ḥisāb
racine *ḥ-s-b* : le compte, le calcul, l'arrêté comptable des actes. Voir aussi les formes voisines (*ḥāsibīn*, S21:47).
ghafla
racine *gh-f-l* : l'inattention, l'absence de vigilance — un état qui empêche de voir ce qui est pourtant proche.

S.21:2–3 · Le dhikr nouveau accueilli en se jouant, le conciliabule secret

S.21:2
مَا يَأْتِيهِمْ مِنْ ذِكْرٍ مِنْ رَبِّهِمْ مُحْدَثٍ إِلَّا اسْتَمَعُوهُ وَهُمْ يَلْعَبُونَ
Mā yaʾtīhim min dhikrin min rabbihim muḥdathin illā stamaʿūhu wa-hum yalʿabūn Il ne leur vient aucun dhikr, nouvellement reçu (muḥdath) de leur Rabb, sans qu’ils ne l’écoutent en se jouant (yalʿabūn).
S.21:3
لَاهِيَةً قُلُوبُهُمْ ۗ وَأَسَرُّوا النَّجْوَى الَّذِينَ ظَلَمُوا هَلْ هَٰذَا إِلَّا بَشَرٌ مِثْلُكُمْ ۖ أَفَتَأْتُونَ السِّحْرَ وَأَنْتُمْ تُبْصِرُونَ
Lāhiyatan qulūbuhum — wa-asarrū n-najwā lladhīna ẓalamū hal hādhā illā basharun mithlukum — a-fa-taʾtūna s-siḥra wa-antum tubṣirūn leurs cœurs distraits (lāhiya) — et ceux qui ont commis l’injustice (ẓalamū) tinrent secret leur conciliabule (najwā) : « Celui-ci n’est-il qu’un être humain (bashar) comme vous ? Alliez-vous donc à la magie (siḥr), alors que vous voyez clairement (tubṣirūn) ? »
Notes lexicales
muḥdath
racine *ḥ-d-th* (*ḥadath* : survenir, apparaître après ne pas avoir été) — participe passif : ce qui vient de parvenir, de survenir récemment. **Dit** : le texte qualifie ainsi le caractère continu et renouvelé de la révélation, chaque portion parvenant à son heure. **Non-dit** : ce seul mot ne dit pas, et ne saurait dire sans forcer le sens de la racine, que le message serait une invention — il désigne un moment d'arrivée, non une origine fabriquée.
yalʿabūn
racine *l-ʿ-b* : jouer, se divertir sans engagement sérieux — même racine que *lāʿibīn* (S21:16, ce Bloc).
lāhiyatan
racine *l-h-w* : l'état de distraction, de divertissement qui détourne l'attention — même racine que *lahwan* (S21:17, ce Bloc).
najwā
racine *n-j-w* (voir S4:114) : l'entretien tenu à voix basse, en aparté secret.
bashar
racine *b-sh-r* (la surface de peau visible, l'épiderme) : l'être humain dans sa condition charnelle ordinaire et commune — l'objection posée ici (« un *bashar* comme vous ») est directement reprise et retournée en S21:7–8 (ce Bloc), qui en fait au contraire l'argument même de la fonction des *rusul*.
siḥr
racine *s-ḥ-r* : l'accusation de magie ou d'illusion, portée ici contre le message lui-même plutôt que contre son porteur.

S.21:4 · La réponse : Allaah connaît toute parole, visible ou secrète

S.21:4
قَالَ رَبِّي يَعْلَمُ الْقَوْلَ فِي السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ ۖ وَهُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ
Qāla rabbī yaʿlamu l-qawla fi s-samāʾi wa-l-arḍi wa-huwa s-Samīʿu l-ʿAlīm Il dit : « Mon Rabb connaît la parole (al-qawl), dans le ciel comme sur la terre » — et Il est as-Samīʿ, al-ʿAlīm.
Notes lexicales
qāla
**Non-dit.** Ce verset ne nomme pas explicitement l'auteur de cette parole. Le contexte immédiat — une réponse directe à l'accusation et au conciliabule secret qui précèdent (S21:3, ce Bloc) — désigne le *nabī* Muḥammad, mais ce seul verset ne l'affirme pas nommément : l'identification reste de l'ordre du contexte, non d'une déclaration explicite du texte.
al-qawl
racine *q-w-l* : toute parole prononcée — y compris celle tenue en secret, en écho direct avec la *najwā* du verset précédent (ce Bloc). **Dit** : rien de ce qui se dit, même en aparté, n'échappe à la connaissance d'Allaah.
as-Samīʿ · al-ʿAlīm
ce que l'on peut dire d'Allaah ici : rien de ce qui est audible ne Lui échappe, aucune connaissance ne Lui est étrangère. Conservés en translittération.

S.21:5–6 · Les accusations qui s’enchaînent, l’argument des cités déjà anéanties

S.21:5
بَلْ قَالُوا أَضْغَاثُ أَحْلَامٍ بَلِ افْتَرَاهُ بَلْ هُوَ شَاعِرٌ فَلْيَأْتِنَا بِآيَةٍ كَمَا أُرْسِلَ الْأَوَّلُونَ
Bal qālū aḍghāthu aḥlāmin bali ftarāhu bal huwa shāʿirun fa-l-yaʾtinā bi-āyatin kamā ursila l-awwalūn Bien plus, ils dirent : « Ce sont des songes confus (aḍghāthu aḥlām) ! » — ou plutôt : « Il l’a inventé (iftarāhu) ! » — ou plutôt : « C’est un poète (shāʿir) ! Qu’il nous apporte donc un signe (āya), comme furent envoyés les premiers (al-awwalūn) ! »
S.21:6
مَا آمَنَتْ قَبْلَهُمْ مِنْ قَرْيَةٍ أَهْلَكْنَاهَا ۖ أَفَهُمْ يُؤْمِنُونَ
Mā āmanat qablahum min qaryatin ahlaknāhā a-fa-hum yuʾminūn Nulle cité que Nous avons anéantie n’a cru, avant eux — vont-ils donc croire, eux ?
Notes lexicales
aḍghāthu aḥlām
*aḍghāth*, pluriel de *ḍighth* (racine *ḍ-gh-th*) : une poignée hétéroclite d'herbes mêlées, puis au figuré un amas confus et incohérent ; *aḥlām*, pluriel de *ḥulm*, le songe. L'expression entière accuse le message d'être un amas de rêves sans cohérence.
iftarāhu
forme VIII de *f-r-y* (voir S4:48/50) : inventer un mensonge, fabriquer de toutes pièces.
shāʿir
racine *sh-ʿ-r* : le poète. **Dit** : trois accusations distinctes et mutuellement contradictoires sont nommées à la suite dans ce seul verset (songe, invention, poésie) — le texte les énumère sans les concilier, laissant leur incohérence réciproque parler d'elle-même.
mā āmanat qablahum min qaryatin ahlaknāhā
argument récurrent (l'anéantissement des cités précédentes comme leçon pour les générations suivantes) : ici, le texte en tire une conclusion directe — l'absence de foi de ces cités, malgré les signes réclamés, rend la demande du verset précédent rhétorique plutôt que sincère.

S.21:7 · Les rusul ne furent que des hommes — interrogez les gens du dhikr

S.21:7
وَمَا أَرْسَلْنَا قَبْلَكَ إِلَّا رِجَالًا نُوحِي إِلَيْهِمْ ۖ فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
Wa-mā arsalnā qablaka illā rijālan nūḥī ilayhim fa-saʾalū ahla dh-dhikri in kuntum lā taʿlamūn Et Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes (rijāl) auxquels Nous faisions parvenir la révélation (nūḥī) — interrogez donc les gens du dhikr (ahl adh-dhikr), si vous ne savez pas.
Notes lexicales
rijālan
racine *r-j-l* : des hommes, insistant sur la condition humaine ordinaire des *rusul* — réponse directe à l'objection posée en S21:3 (ce Bloc, « n'est-il qu'un *bashar* comme vous »).
ahl adh-dhikr
littéralement « les gens du rappel ». **Non-dit.** Ce seul verset ne précise pas l'identité exacte de ce groupe. Le contexte immédiat — une défense de la nature humaine des *rusul* adressée à ceux qui l'ignorent — suggère des détenteurs d'une connaissance antérieure aux événements rapportés, mais aucune désignation plus précise (« gens du Livre » ou autre) n'est donnée par ce verset lui-même ; toute identification au-delà de « ceux qui détiennent le *dhikr* » relève de l'inférence contextuelle.

S.21:8–9 · Les rusul mangeaient et n’étaient pas immortels — la promesse tenue

S.21:8
وَمَا جَعَلْنَاهُمْ جَسَدًا لَا يَأْكُلُونَ الطَّعَامَ وَمَا كَانُوا خَالِدِينَ
Wa-mā jaʿalnāhum jasadan lā yaʾkulūna ṭ-ṭaʿāma wa-mā kānū khālidīn Et Nous n’avons pas fait d’eux des corps (jasad) qui ne mangent pas de nourriture, et ils n’étaient pas immortels (khālidīn).
S.21:9
ثُمَّ صَدَقْنَاهُمُ الْوَعْدَ فَأَنْجَيْنَاهُمْ وَمَنْ نَشَاءُ وَأَهْلَكْنَا الْمُسْرِفِينَ
Thumma ṣadaqnāhumu l-waʿda fa-anjaynāhum wa-man nashāʾu wa-ahlaknā l-musrifīn Puis Nous avons tenu véridique (ṣadaqnāhumu) la promesse (al-waʿd) : Nous les avons sauvés, eux et qui Nous avons voulu, et Nous avons anéanti ceux qui outrepassent la mesure (al-musrifīn).
Notes lexicales
jasadan
racine *j-s-d* : le corps matériel et physique. **Dit** : le texte répond à l'objection de S21:3 (ce Bloc) non en niant l'humanité des *rusul*, mais en l'affirmant pleinement — ils mangeaient, comme tout corps vivant, et n'étaient pas éternels.
ṣadaqnāhumu l-waʿd
forme II de *ṣ-d-q* appliquée à une promesse (*al-waʿd*) : la rendre véridique en l'accomplissant effectivement.
al-musrifīn
racine *s-r-f* (voir S3:147, S4:6, S20:127) : ceux qui outrepassent la juste mesure.

S.21:10 · Le Kitāb, où se trouve votre dhikr

S.21:10
لَقَدْ أَنْزَلْنَا إِلَيْكُمْ كِتَابًا فِيهِ ذِكْرُكُمْ ۖ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Laqad anzalnā ilaykum kitāban fīhi dhikrukum a-fa-lā taʿqilūn Nous avons certes fait descendre vers vous un Kitāb où se trouve votre dhikr — ne raisonnez-vous donc pas (a-fa-lā taʿqilūn) ?
Notes lexicales
fīhi dhikrukum
racine *dh-k-r*, présente en S21:2 et S21:7 sous le sens de « rappel ». Les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab*) attestent pour cette même racine un second sens : la mention, le renom, ce qui parle de quelqu'un et l'élève. Les deux lectures sont nommées sans trancher : « votre *dhikr* » peut désigner ce qui vous rappelle à l'ordre, ou ce qui fait votre mention et votre élévation si vous y répondez — le texte ne précise pas laquelle est seule visée ici.

Les cités anéanties, la fuite inutile, l’aveu tardif · S21:11–15

S.21:11 · Les cités brisées, un autre peuple suscité

S.21:11
وَكَمْ قَصَمْنَا مِنْ قَرْيَةٍ كَانَتْ ظَالِمَةً وَأَنْشَأْنَا بَعْدَهَا قَوْمًا آخَرِينَ
Wa-kam qaṣamnā min qaryatin kānat ẓālimatan wa-anshaʾnā baʿdahā qawman ākharīn Et que de cités (qarya), injustes (ẓālima), Nous avons brisées (qaṣamnā) — et Nous avons fait naître après elles un autre peuple !
Notes lexicales
qaṣamnā
racine *q-ṣ-m* : briser net, rompre d'un coup sec — une image plus brutale et plus physique que le verbe *halaka* (anéantir).

S.21:12–14 · La fuite précipitée, la moquerie, l’aveu tardif

S.21:12
فَلَمَّا أَحَسُّوا بَأْسَنَا إِذَا هُمْ مِنْهَا يَرْكُضُونَ
Fa-lammā aḥassū baʾsanā idhā hum minhā yarkuḍūn Puis, lorsqu’ils perçurent (aḥassū) Notre rigueur (baʾsanā), voilà qu’ils s’enfuyaient en courant (yarkuḍūn) loin d’elle.
S.21:13
لَا تَرْكُضُوا وَارْجِعُوا إِلَىٰ مَا أُتْرِفْتُمْ فِيهِ وَمَسَاكِنِكُمْ لَعَلَّكُمْ تُسْأَلُونَ
Lā tarkuḍū wa-rjiʿū ilā mā utriftum fīhi wa-masākinikum laʿallakum tusʾalūn « Ne fuyez pas en courant, et revenez à l’aisance où vous étiez (mā utriftum fīhi), et à vos demeures — peut-être vous interrogera-t-on ! »
S.21:14
قَالُوا يَا وَيْلَنَا إِنَّا كُنَّا ظَالِمِينَ
Qālū yā waylanā innā kunnā ẓālimīn Ils dirent : « Malheur à nous (yā waylanā) ! Nous avons certes été injustes ! »
Notes lexicales
aḥassū
forme IV de *ḥ-s-s* : percevoir par les sens, ressentir directement.
yarkuḍūn
racine *r-k-ḍ* : courir, galoper — l'image du cheval que l'on éperonne, appliquée ici à la fuite précipitée des habitants.
utriftum fīhi
forme IV passive de *t-r-f* : le confort, l'aisance qui amollit. **Non-dit** : le texte ne nomme pas l'auteur de cette parole moqueuse (« Ne fuyez pas... ») adressée aux habitants en fuite — ce seul verset ne précise pas s'il s'agit d'une voix rapportée ou d'une interpellation narrative directe.
yā waylanā
racine *w-y-l* : l'exclamation de malheur. **Dit** : un aveu de l'injustice commise (*ẓālimīn*), mais survenant après que l'anéantissement a déjà commencé — aveu tardif, sans effet sur l'issue déjà engagée.

S.21:15 · Fauchés comme une moisson, éteints

S.21:15
فَمَا زَالَتْ تِلْكَ دَعْوَاهُمْ حَتَّىٰ جَعَلْنَاهُمْ حَصِيدًا خَامِدِينَ
Fa-mā zālat tilka daʿwāhum ḥattā jaʿalnāhum ḥaṣīdan khāmidīn Cet appel ne cessa de se répéter (daʿwāhum), jusqu’à ce que Nous les ayons rendus semblables à une moisson fauchée (ḥaṣīd), éteints (khāmidīn).
Notes lexicales
ḥaṣīdan
racine *ḥ-ṣ-d* : moissonner, faucher — image agricole de l'anéantissement total et net.
khāmidīn
racine *kh-m-d* : s'éteindre, comme une braise ou un feu qui ne brûle plus. Les deux images réunies — fauchés comme une récolte, éteints comme un feu — closent le récit de cette cité.

La création sérieuse, le ḥaqq qui fracasse le bāṭil, les êtres auprès de Lui · S21:16–20

S.21:16–17 · La création n’est pas un jeu, le refus de toute distraction

S.21:16
وَمَا خَلَقْنَا السَّمَاءَ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا لَاعِبِينَ
Wa-mā khalaqnā s-samāʾa wa-l-arḍa wa-mā baynahumā lāʿibīn Et Nous n’avons pas créé le ciel et la terre, et ce qui est entre eux, en jouant (lāʿibīn).
S.21:17
لَوْ أَرَدْنَا أَنْ نَتَّخِذَ لَهْوًا لَاتَّخَذْنَاهُ مِنْ لَدُنَّا إِنْ كُنَّا فَاعِلِينَ
Law aradnā an nattakhidha lahwan la-ttakhadhnāhu min ladunnā in kunnā fāʿilīn Si Nous avions voulu prendre une distraction (lahwan), Nous l’aurions prise de par Nous-mêmes (min ladunnā) — si Nous l’avions fait.
Notes lexicales
lāʿibīn
participe actif pluriel de *l-ʿ-b* (voir *yalʿabūn*, S21:2) : jouer, se divertir sans but sérieux — négation explicite de toute légèreté dans l'acte créateur.
lahwan
racine *l-h-w* (voir *lāhiyatan*, S21:3) : ce qui divertit, détourne l'attention sérieuse. **Dit** : le texte pose une condition irréelle (« si Nous avions voulu... Nous l'aurions prise ») pour nier catégoriquement que l'acte créateur relève d'un quelconque divertissement — la condition n'étant pas réalisée, sa conséquence ne l'est pas davantage.
min ladunnā
voir S3:8, S18:65 : une origine immédiate, propre, sans connotation de lieu.

S.21:18 · Le ḥaqq qui fracasse le bāṭil

S.21:18
بَلْ نَقْذِفُ بِالْحَقِّ عَلَى الْبَاطِلِ فَيَدْمَغُهُ فَإِذَا هُوَ زَاهِقٌ ۚ وَلَكُمُ الْوَيْلُ مِمَّا تَصِفُونَ
Bal naqdhifu bi-l-ḥaqqi ʿalā l-bāṭili fa-yadmaghuhu fa-idhā huwa zāhiqun wa-lakumu l-waylu mimmā taṣifūn Bien plus, Nous lançons (naqdhifu) le ḥaqq contre le bāṭil, qui lui fracasse la tête (fa-yadmaghuhu), et le voilà anéanti (zāhiq) — malheur à vous pour ce que vous décrivez (taṣifūn) !
Notes lexicales
naqdhifu
racine *q-dh-f* : lancer, projeter avec force.
fa-yadmaghuhu
racine *d-m-gh* : fracasser le crâne, atteindre la tête d'un coup décisif — image physique très concrète, appliquée métaphoriquement à la façon dont le *ḥaqq* anéantit le *bāṭil*.
zāhiq
racine *z-h-q* : périr, disparaître sans laisser de trace.
taṣifūn
racine *w-ṣ-f*, formule récurrente (*ʿammā yaṣifūn*, voir S21:22) : la description ou la qualification fausse qu'ils imposent à Allaah.

S.21:19–20 · Ceux qui sont auprès de Lui, un tasbīḥ sans relâche

S.21:19
وَلَهُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ وَمَنْ عِنْدَهُ لَا يَسْتَكْبِرُونَ عَنْ عِبَادَتِهِ وَلَا يَسْتَحْسِرُونَ
Wa-lahu man fi s-samāwāti wa-l-arḍi wa-man ʿindahu lā yastakbirūna ʿan ʿibādatihi wa-lā yastaḥsirūn À Lui appartient quiconque est dans les cieux et sur la terre — et ceux qui sont auprès de Lui (man ʿindahu) ne s’enorgueillissent pas (lā yastakbirūna) de Son ʿibāda, et ne se lassent pas (lā yastaḥsirūn).
S.21:20
يُسَبِّحُونَ اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ لَا يَفْتُرُونَ
Yusabbiḥūna l-layla wa-n-nahāra lā yafturūn Ils glorifient (yusabbiḥūna) la nuit et le jour, sans fléchir (lā yafturūn).
Notes lexicales
man ʿindahu
racine *ʿ-n-d* : « auprès de Lui ». **Note de vigilance méthodologique** (voir S2:255, *man dhā lladhī yashfaʿu ʿindahu*) : cette préposition ne désigne pas ici une position spatiale qu'Allaah occuperait, mais un rang de rattachement et de proximité fonctionnelle — ce que confirme la suite immédiate du verset, qui décrit non un lieu mais une disposition (l'absence d'orgueil et de lassitude dans l'*ʿibāda*). **Non-dit** : ce seul verset ne nomme pas explicitement les *malāʾika* comme référent de « ceux qui sont auprès de Lui » — l'identification, bien que naturelle au vu de la suite du Bloc (S21:26–27, ce Bloc), reste de l'ordre de l'inférence contextuelle plutôt que d'une désignation directe à cet endroit précis.
lā yastaḥsirūn
forme X de *ḥ-s-r* : se lasser, s'épuiser.
lā yafturūn
racine *f-t-r* : faiblir, se relâcher — absence totale d'interruption dans ce *tasbīḥ* continu, jour et nuit.

Réfutation du shirk, l’argument de la corruption cosmique, l’unicité confiée à tous les rusul · S21:21–25

S.21:21 · Des dieux de la terre qui ne ressuscitent personne

S.21:21
أَمِ اتَّخَذُوا آلِهَةً مِنَ الْأَرْضِ هُمْ يُنْشِرُونَ
Ami ttakhadhū ālihatan mina l-arḍi hum yunshirūn Ou bien ont-ils pris des dieux (āliha) de la terre, qui redonnent la vie (yunshirūn) ?
Notes lexicales
yunshirūn
forme IV de *n-sh-r* : faire revivre, ressusciter — les lexicographes classiques rattachent ce sens à l'image du déploiement, de ce qui est étendu de nouveau après avoir été refermé (la mort). Argument rhétorique : aucun de ces êtres terrestres ne détient ce pouvoir.

S.21:22 · Si plusieurs dieux coexistaient, tout serait corrompu

S.21:22
لَوْ كَانَ فِيهِمَا آلِهَةٌ إِلَّا اللَّهُ لَفَسَدَتَا ۚ فَسُبْحَانَ اللَّهِ رَبِّ الْعَرْشِ عَمَّا يَصِفُونَ
Law kāna fīhimā ālihatun illā llāhu la-fasadatā fa-subḥāna llāhi rabbi l-ʿarshi ʿammā yaṣifūn S’il y avait, dans les deux [le ciel et la terre], des dieux autres qu’Allaah, tous deux seraient corrompus (la-fasadatā) — gloire donc à Allaah, Rabb du ʿArsh, au-delà de ce qu’ils décrivent !
Notes lexicales
la-fasadatā
racine *f-s-d* (voir l'étude Fasād et mufsidūn) : la corruption, le dérèglement d'un ordre. **Point de méthode.** Ce verset pose un argument propre et explicite : la coexistence de plusieurs volontés souveraines produirait nécessairement une rupture de l'ordre observé dans le ciel et la terre. Ce Bloc restitue strictement ce que le texte affirme lui-même, sans importer le développement scolastique que la théologie postérieure a bâti sur ce verset (connu sous le nom de *burhān at-tamānuʿ*, terme absent du Coran) — l'argument retenu ici est uniquement celui que ce seul verset énonce.
rabbi l-ʿarshi
*ʿarsh* conservé en translittération (voir S7:54 et occurrences suivantes) : aucune image matérielle ou spatiale n'est ajoutée à ce que le texte nomme.

S.21:23 · Il n’est pas interrogé, eux le sont

S.21:23
لَا يُسْأَلُ عَمَّا يَفْعَلُ وَهُمْ يُسْأَلُونَ
Lā yusʾalu ʿammā yafʿalu wa-hum yusʾalūn Il n’est pas interrogé (lā yusʾalu) sur ce qu’Il fait, alors qu’eux sont interrogés (yusʾalūn).
Notes lexicales
lā yusʾalu ʿammā yafʿalu
**Dit** : une affirmation directe de la souveraineté absolue d'Allaah sur Ses propres actes, mise en contraste immédiat avec la responsabilité des créatures, qui elles rendent compte.

S.21:24 · « Apportez votre preuve » — le dhikr commun à tous

S.21:24
أَمِ اتَّخَذُوا مِنْ دُونِهِ آلِهَةً ۖ قُلْ هَاتُوا بُرْهَانَكُمْ ۖ هَٰذَا ذِكْرُ مَنْ مَعِيَ وَذِكْرُ مَنْ قَبْلِي ۗ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ الْحَقَّ ۖ فَهُمْ مُعْرِضُونَ
Ami ttakhadhū min dūnihi ālihatan qul hātū burhānakum hādhā dhikru man maʿiya wa-dhikru man qablī bal aktharuhum lā yaʿlamūna l-ḥaqqa fa-hum muʿriḍūn Ou bien ont-ils pris, en dehors de Lui, des dieux ? Dis : « Apportez votre preuve (hātū burhānakum) ! » Ceci est le dhikr de qui est avec moi, et le dhikr de qui m’a précédé — mais la plupart d’entre eux ne connaissent pas le ḥaqq, et s’en détournent (muʿriḍūn).
Notes lexicales
hātū burhānakum
voir l'étude dédiée Hātū burhānakum : l'exigence d'une preuve (*burhān*) effective, non d'une simple affirmation.
dhikru man maʿiya wa-dhikru man qablī
le rappel donné à ceux qui sont avec le *nabī* (les croyants contemporains) et celui donné à ceux qui l'ont précédé (les communautés antérieures). **Dit** : le texte affirme une convergence du message à travers les générations — convergence développée explicitement au verset suivant (S21:25, ce Bloc).

S.21:25 · Le même message confié à chaque rasūl : nul ilāh que Moi

S.21:25
وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ مِنْ رَسُولٍ إِلَّا نُوحِي إِلَيْهِ أَنَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا أَنَا فَاعْبُدُونِ
Wa-mā arsalnā min qablika min rasūlin illā nūḥī ilayhi annahu lā ilāha illā anā fa-ʿbudūni Et Nous n’avons envoyé, avant toi, aucun rasūl sans lui révéler ceci : « Il n’y a nul ilāh que Moi — adorez-Moi donc (fa-ʿbudūni) ! »
Notes lexicales
lā ilāha illā anā
formule centrale (*lā ilāha illā huwa*, S2:255 ; *lā ilāha illā Allāh*, S3:2/6/18) — portée ici à la première personne, comme message identique confié sans exception à chaque *rasūl* envoyé avant le *nabī* Muḥammad.

Le rejet du walad, le statut des malāʾika, la sanction de la prétention à être un ilāh · S21:26–29

S.21:26–27 · Le rejet du walad — des serviteurs honorés, non des souverains

S.21:26
وَقَالُوا اتَّخَذَ الرَّحْمَٰنُ وَلَدًا ۗ سُبْحَانَهُ ۚ بَلْ عِبَادٌ مُكْرَمُونَ
Wa-qālū ttakhadha r-raḥmānu waladan subḥānahu bal ʿibādun mukramūn Et ils dirent : « Ar-Raḥmān a pris un walad » — gloire à Lui (subḥānahu) ! Bien plutôt, ce sont des serviteurs honorés (ʿibādun mukramūn).
S.21:27
لَا يَسْبِقُونَهُ بِالْقَوْلِ وَهُمْ بِأَمْرِهِ يَعْمَلُونَ
Lā yasbiqūnahu bi-l-qawli wa-hum bi-amrihi yaʿmalūn Ils ne devancent pas Sa parole (lā yasbiqūnahu bi-l-qawl), et ils agissent selon Son ordre (bi-amrihi yaʿmalūn).

Point de méthode — S21:26, l’identité des prétendants et la nature du walad allégué. Ce verset lui seul ne précise ni qui prétend cela, ni si le walad allégué désignerait des fils ou des filles. Dit : la prétention est nommée et aussitôt rejetée par la formule de glorification (subḥānahu) et par la désignation positive qui suit — des ʿibād honorés, non des engendrés. Non-dit : ce Bloc n’importe pas ici l’identification, développée ailleurs dans le Coran (hors du périmètre de ce Bloc), de ce walad à des « filles » attribuées aux malāʾika par une partie des polythéistes mecquois — identification qui relèverait d’autres versets, non de celui-ci.

Notes lexicales
waladan
racine *w-l-d* : l'enfant engendré. Voir S4:171, S10:68, S17:111, S18:4, S19:35, S19:88–93 : rejet systématique et constant de toute filiation attribuée à Allaah. La négation porte sur le fait même d'engendrement, non sur un jugement de valeur ajouté.
subḥānahu
formule de glorification (voir S2:32, S4:171) : elle encadre ici directement la négation qui l'entoure.
ʿibādun mukramūn
racine *k-r-m* (l'honneur, la noblesse) — à distinguer du terme *muqarrabūn* (racine *q-r-b*, la proximité ; voir S4:172, également appliqué aux *malāʾika*). Ce Bloc ne fusionne pas les deux qualifications : *mukramūn* dit l'honneur qui leur est fait, *muqarrabūn* dit leur rapprochement — deux désignations distinctes des mêmes êtres, rencontrées en deux endroits différents du Coran.
lā yasbiqūnahu bi-l-qawl
racine *s-b-q* : devancer, précéder. **Dit** : les *malāʾika* n'anticipent jamais la parole d'Allaah par une initiative propre — leur statut de serviteurs honorés (verset précédent, ce Bloc) se précise ici par l'absence totale d'autonomie dans la parole comme dans l'action.

S.21:28 · La science exhaustive, la shafāʿa conditionnée

S.21:28
يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ وَلَا يَشْفَعُونَ إِلَّا لِمَنِ ارْتَضَىٰ وَهُمْ مِنْ خَشْيَتِهِ مُشْفِقُونَ
Yaʿlamu mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum wa-lā yashfaʿūna illā li-mani rtaḍā wa-hum min khashyatihi mushfiqūn Il connaît ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux — et ils ne se joignent qu’à celui que Lui-même ne repousse pas (illā li-mani rtaḍā) — et ils sont, de Sa crainte (khashyatihi), pleins d’appréhension (mushfiqūn).
Notes lexicales
mā bayna aydīhim wa-mā khalfahum
voir S2:255 : un couple d'orientation temporelle (l'immédiat et le postérieur) appliqué à l'objet de la connaissance d'Allaah à l'égard des créatures, non une description d'un positionnement spatial.
lā yashfaʿūna illā li-mani rtaḍā
voir l'étude La shafāʿa dans le Coran, qui cite ce verset précis et en donne la même traduction retenue ici : *irtaḍā* (forme VIII de *r-ḍ-y*, Ibn Fāris : la souplesse, l'absence de résistance) dit une disposition propre d'Allaah, spontanée — l'absence d'opposition comme état qui Lui appartient seul, que nulle démarche extérieure ne peut susciter.
mushfiqūn
racine *sh-f-q* : l'appréhension craintive, la vigilance redoutant de faillir.

S.21:29 · La sanction de quiconque, même parmi eux, prétendrait être un ilāh en dehors d’Allaah

S.21:29
۞ وَمَنْ يَقُلْ مِنْهُمْ إِنِّي إِلَٰهٌ مِنْ دُونِهِ فَذَٰلِكَ نَجْزِيهِ جَهَنَّمَ ۚ كَذَٰلِكَ نَجْزِي الظَّالِمِينَ
Wa-man yaqul minhum innī ilāhun min dūnihi fa-dhālika najzīhi jahannama kadhālika najzi ẓ-ẓālimīn Et quiconque d’entre eux dirait : « Je suis un ilāh en dehors de Lui » — celui-là, Nous le rétribuerions de Jahannam : c’est ainsi que Nous rétribuons les injustes (aẓ-ẓālimīn).
Notes lexicales
wa-man yaqul minhum
**Dit** : une hypothèse posée pour exclure catégoriquement toute prétention à être un *ilāh* en dehors d'Allaah, y compris de la part des êtres les plus honorés nommés aux versets précédents de ce Bloc (les *malāʾika*, *ʿibādun mukramūn*, S21:26–27) — nulle exception, pas même pour eux. Ce verset clôt ainsi l'ensemble ouvert en S21:21 (ce Bloc) sur la réfutation du *shirk*, en écartant jusqu'à l'hypothèse la plus extrême.

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