Structure du Bloc III — S24:21–34. Cinq ensembles. D’abord l’avertissement contre les pas du shayṭān — qui ordonne la fāḥisha et le munkar — et le rappel que nulle purification n’est possible sans la faḑl d’Allaah, suivi d’un appel à ne pas retenir le bien par ressentiment envers les proches, les miséreux et les émigrés, mais à pardonner et à passer outre (S24:21–22). Puis la suite directe de l’incident de l’ifk traité dans le Bloc précédent : la malédiction de ceux qui accusent les femmes protégées et innocentes, le témoignage des membres du corps au Jour du dīn, et la clôture par un principe de congruence entre le vicié et le pur (S24:23–26). Puis l’étiquette d’entrée dans les maisons d’autrui — rechercher un accueil amical avant d’entrer, se retirer si on le demande, exception pour les lieux inhabités d’usage commun (S24:27–29). Puis le passage le plus dense du Bloc : la restriction du regard et la garde des furūj, pour les muʾminīn d’abord, puis pour les muʾmināt avec le détail de la zīna, du khimār et de la liste de ceux devant qui cette zīna peut être montrée (S24:30–31). Enfin le mariage — y compris celui des personnes en servitude —, le droit à la mukātaba (le contrat d’affranchissement) et l’interdiction absolue de contraindre une captive à la prostitution, avant la clôture du Bloc sur des āyāt clarifiantes (S24:32–34).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.24:21 | Les pas du shayṭān — la fāḥisha et le munkar — la purification par la faḑl d’Allaah |
| S.24:22 | Ne pas retenir le bien par ressentiment — pardonner et passer outre |
| S.24:23 | Les accusateurs des muḥṣanāt, ghāfilāt, muʾmināt — maudits |
| S.24:24–25 | Le témoignage des membres du corps — le dīn exact au Jour dit |
| S.24:26 | Le vicié et le pur — l’innocence déclarée |
| S.24:27–28 | Entrer dans les maisons d’autrui — rechercher l’accueil, se retirer si on le demande |
| S.24:29 | Exception — les maisons inhabitées d’usage commun |
| S.24:30 | La restriction du regard et la garde des furūj — pour les muʾminīn |
| S.24:31 | La restriction du regard et la garde des furūj — pour les muʾmināt ; la zīna, le khimār, la liste |
| S.24:32 | Le mariage — y compris des personnes en servitude |
| S.24:33 | La mukātaba — l’interdiction absolue de la prostitution forcée |
| S.24:34 | Clôture — des āyāt clarifiantes, un exemple, une mise en garde |
Les pas du shayṭān et la purification par la faḑl d’Allaah · S24:21
S.24:21 · Les pas du shayṭān — la fāḥisha et le munkar
- khuṭuwāt ash-shayṭān
- pluriel de *khuṭwa*, racine *kh-ṭ-w*, précédent exact déjà établi (S2:168, S2:208, déjà publiées) : le pas, l'enjambée — suivre les « pas » du shayṭān désigne une progression graduelle, non un basculement brutal. Reprise ici à l'identique.
- al-faḥshāʾ
- racine *f-ḥ-sh*, précédent établi (S4:15 ; S24:19, Bloc II de cette sourate, pour *al-fāḥisha*) — et précédent exact de construction, mot pour mot : « *yaʾmurukum bi-l-faḥshāʾ* », le shayṭān qui ordonne le *faḥshāʾ* (S2:268, déjà publiée). Ce verset reprend cette même formule en y adjoignant *al-munkar*.
- al-munkar
- racine *n-k-r*, opposé structurel du *maʿrūf* (précédent établi, S3:104/110/114, déjà publiées : « *taʾmurūna bi-l-maʿrūfi wa-tanhawna ʿani l-munkar* ») — ce qui est rejeté par la reconnaissance commune du juste. Ici, le *munkar* n'est plus seulement ce que la *umma* doit interdire collectivement, mais ce que le shayṭān ordonne directement à qui suit ses pas.
- mā zakā … yuzakkī
- racine *z-k-w*, même racine que *zakāt* (étude dédiée [La simplicité de la Zakāt](/etudes/zakat/)) — la croissance par purification. **Fil lexical intra-Bloc** : ce même radical revient deux fois encore dans ce Bloc, au comparatif *azkā* (S24:28, S24:30) — un fil continu entre la purification matérielle (*zakāt*) et la purification morale de l'individu, que ce Bloc tisse sans les confondre : ici, c'est Allaah seul qui purifie qui Il veut, non un acte humain qui purifierait par lui-même.
- Samīʿ, ʿAlīm
- précédent extensivement établi — conservés en translittération.
S.24:22 · Ne pas retenir le bien par ressentiment — pardonner et passer outre
Crux lexical — lā yaʾtali, deux racines convergentes. Les lexicographes classiques rattachent cette forme à deux racines distinctes, qui aboutissent toutefois au même sens pratique. (1) Depuis alā/yaʾlū (racine ʾ-l-w) : être en deçà de ce qu’on devrait faire, se montrer négligent, se retenir sans y être tenu par un vœu. (2) Depuis al-ilwa/al-aliyya (le serment) : prêter serment de ne pas faire une chose. Dans les deux cas, le verset vise le même comportement — retenir un bien qu’on aurait pu donner, que ce soit par négligence ou par un vœu délibéré de ne pas donner — sans que ce seul verset ne permette de trancher laquelle des deux racines est ici la plus exacte.
- ūlī l-qurbā … al-masākīn … al-muhājirīn
- trois catégories destinataires déjà rencontrées ensemble (S8:41 : « *dhī l-qurbā wa-l-yatāmā wa-l-masākīni* ») — ici associées aux *muhājirīn* « dans le *sabīl* d'Allaah », catégorie propre à ce verset.
- yaʿfū … yaṣfaḥū
- *al-ʿafw* (racine *ʿ-f-w*, précédent établi, *passim*) : effacer la faute, comme on efface une trace. *Aṣ-ṣafḥ* (racine *ṣ-f-ḥ*), ici : se détourner du reproche, littéralement tourner la *ṣafḥa* (le côté, la face) — ne plus y revenir, au-delà du seul effacement. Le verset associe les deux gestes sans les confondre.
- Ghafūr, Raḥīm
- précédent extensivement établi — conservés en translittération. **Dit, cohérence de construction** : le verset clôt son propre appel au pardon humain par le rappel du pardon d'Allaah — la même logique de miroir déjà rencontrée dans ce Bloc (S24:21 : nulle purification sans la faḑl d'Allaah).
La suite de l’incident de l’ifk · S24:23–26
S.24:23 · Les accusateurs des muḥṣanāt, ghāfilāt, muʾmināt — maudits
- yarmūna
- racine *r-m-y*, précédent établi dans ce Bloc même (S24:4/6, Bloc I de cette sourate, où *ramā* — accuser — est explicitement distingué de *rajama* — lapider, racine *r-j-m*) — reprise ici à l'identique pour l'accusation sans les quatre témoins déjà exigés en S24:4.
- al-muḥṣanāt
- précédent extensivement établi (S4:24 ; S24:4, Bloc I de cette sourate) — conservé en translittération.
- al-ghāfilāt
- racine *gh-f-l*, précédent établi (S23:17 : « *wa-mā kunnā ʿani l-khalqi ghāfilīn* » — Nous n'étions pas inattentifs à l'égard de la création). **Dit** : le texte qualifie ici lui-même les femmes visées par l'accusation comme *ghāfilāt* — sans méfiance, étrangères à tout soupçon — avant même d'énoncer la peine de ceux qui les ont accusées : une qualification qui referme, par sa seule présence dans le verset, toute lecture qui chercherait une part de faute du côté des accusées.
- luʿinū
- racine *l-ʿ-n*, précédent établi (S2:159, déjà publiée : *laʿnat Allāh*) : l'éloignement, le bannissement hors de la *raḥma*.
S.24:24–25 · Le témoignage des membres du corps — le dīn exact au Jour dit
- ʿalayhim
- **Dit, grammaire du pronom.** L'antécédent le plus proche de ce pluriel masculin est *alladhīna yarmūna* (ceux qui accusent, S24:23, ce Bloc) : le témoignage visé par ce verset porte sur ceux-là, non sur les femmes qu'ils ont accusées.
- dīnahumu l-ḥaqqa
- *dīn*, racine *d-y-n*, précédent établi (S1:4, déjà publiée : « *māliki yawmi d-dīn* », où *al-dīn* est glosé par Ibn Fāris comme *al-jazāʾ wa-l-mukāfāʾa*, la rétribution, la dette rendue — jamais « religion », qui serait une trahison radicale du terme ici) : ce verset applique la même racine à la rétribution elle-même, non plus seulement au Jour qui la porte — « leur *dīn* exact » désigne ainsi ce qui leur est exactement dû, en écho direct au Jour du *dīn* déjà nommé.
- al-Ḥaqq, al-Mubīn
- *al-ḥaqq*, précédent extensivement établi. *Mubīn*, racine *b-y-n*, déjà rencontrée dans cette même sourate (S24:1 *bayyināt*, Bloc I ; S24:17–18 *yubayyinu*, Bloc II). **Dit** : le verset referme cet épisode sur une affirmation d'Allaah par Lui-même — non par une construction relative, mais par une phrase nominale (« Allaah, Lui, est... ») — sans qu'aucune construction en « Ce qui » ne soit ici en jeu.
S.24:26 · Le vicié et le pur — l’innocence déclarée
Point de méthode — le référent de ulāʾika, deux lectures possibles. Ce verset pose un principe de congruence entre le vicié (khabīth) et le pur (ṭayyib), sans préciser lui-même s’il vise la parole (les propos viciés s’attachent naturellement à qui est vicié, les propos sains à qui est sain) ou les personnes elles-mêmes (les êtres viciés s’associent aux viciés, les purs aux purs) — les deux lectures sont grammaticalement recevables et se recoupent largement en pratique. Le pronom démonstratif ulāʾika (« ceux-là », masculin pluriel) a pour antécédent grammatical le plus proche aṭ-ṭayyibūn / aṭ-ṭayyibāt, immédiatement cités ; un rattachement de sens plus large aux muḥṣanāt visées par l’accusation (S24:23, ce Bloc), désormais lavées de ce qu’on a dit contre elles, reste une lecture contextuelle cohérente, mais non la lecture la plus immédiate grammaticalement. Ce Bloc nomme les deux sans trancher.
- al-khabīth / aṭ-ṭayyib
- racines *kh-b-th* et *ṭ-y-b*, précédent établi (S4:2 : « *wa-lā tatabaddalū l-khabītha bi-ṭ-ṭayyib* » — n'échangez pas le vicié contre le pur) : opposition qualitative entre le corrompu et le sain. Ce verset étend cette même opposition, non plus aux biens, mais aux personnes et à leurs paroles.
- mubarraʾūn
- racine *b-r-ʾ*, précédent établi (S8:48 : *barīʾ*, celui qui se déclare dégagé de tout lien) — ici à la forme II (*barraʾa*), déclarer quelqu'un dégagé, innocent, lavé d'une accusation.
L’étiquette d’entrée dans les maisons · S24:27–29
S.24:27–28 · Rechercher l’accueil, se retirer si on le demande
- tastaʾnisū
- racine *ʾ-n-s*, même racine que *insān* et *uns* (la familiarité, la compagnie apaisée) — forme X : rechercher un accueil amical, se faire reconnaître et accepter, avant d'entrer. **Dit, distinction interne au verset** : cette *istiʾnās* est distincte de l'*idhn* (l'autorisation formelle) nommée juste après, dans le cas où nul n'est trouvé dans la maison — deux notions liées, non confondues par le texte lui-même.
- yuʾdhana lakum
- racine *ʾ-dh-n*, précédent établi (l'*idhn* des proches pour le mariage — S4:25) : l'autorisation explicite, distincte de l'accueil informel de *tastaʾnisū* ci-dessus.
- azkā
- racine *z-k-w*, comparatif — fil lexical déjà signalé dans ce Bloc (S24:21, ce Bloc) : la purification morale rattachée ici au respect de cette étiquette d'entrée. Revient une fois encore en S24:30, ce Bloc.
S.24:29 · Exception — les maisons inhabitées d’usage commun
- junāḥ
- racine *j-n-ḥ*, précédent établi (S2:158, déjà publiée : « *fa-lā junāḥa ʿalayhi* » — nulle inclinaison vers la faute ne pèse sur lui) : la gêne, l'inclinaison vers la faute, ici levée.
- matāʿ
- racine *m-t-ʿ* : le bien d'usage, la jouissance matérielle temporaire. **Non-dit** : le texte ne précise pas la nature exacte de ces maisons inhabitées (entrepôts, lieux d'étape, biens communs) au-delà de cette seule qualification — ce Bloc n'y ajoute aucune élaboration supplémentaire.
La restriction du regard et la garde des furūj · S24:30–31
S.24:30 · Pour les muʾminīn
- yaghuḑḑū min abṣārihim
- racine *gh-ḑ-ḑ* (Ibn Fāris, Ibn Manẕūr : *ghaḑḑa ṭarfahu* — abaisser le regard sans fermer l'œil) : diminuer, restreindre partiellement. **Point de grammaire** : le *min* qui précède *abṣārihim* est partitif — « [quelque chose] de leurs regards » — et marque explicitement une restriction partielle du regard, non sa fermeture totale ni l'interdiction absolue de regarder. Ce verset ordonne une modération, non une cécité volontaire.
- yaḥfaẕū furūjahum
- *furūj*, précédent exact déjà établi (S23:5 : « *wa-lladhīna hum li-furūjihim ḥāfiẕūn* ») — le même couple racine-objet, à la forme verbale directe ici plutôt qu'au participe.
- azkā … Khabīr … yaṣnaʿūn
- *azkā*, fil lexical déjà signalé (S24:21/28, ce Bloc). *Khabīr*, précédent extensivement établi (S4:35 et *passim*) — conservé en translittération. *Yaṣnaʿūn*, racine *ṣ-n-ʿ* : fabriquer, œuvrer avec élaboration — distinct de *yaʿmalūn* (faire, agir) par la nuance d'un travail façonné plutôt que d'un acte quelconque.
S.24:31 · Pour les muʾmināt — la zīna, le khimār, la liste
Note de méthode pour ce verset. C’est le verset le plus long et le plus détaillé de ce Bloc, et l’un des plus discutés du Coran. Conformément à la méthode retenue ici, cette analyse s’arrête strictement à ce que le vocabulaire arabe de ce seul verset désigne, sans importer aucune élaboration juridique ultérieure (mesures, formes ou couleurs d’un vêtement, périmètre exact de la mixité) : chaque terme est examiné pour lui-même, et chaque point où plusieurs lectures restent recevables est nommé comme tel plutôt que tranché.
- yaghḑuḑna … yaḥfaẕna furūjahunna
- exacte répétition, au féminin, de la construction déjà notée en S24:30 (ce Bloc) — même point de grammaire sur le *min* partitif de la restriction du regard.
- zīnatahunna
- racine *z-y-n* : la parure, l'ornement. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas, par lui-même, s'il désigne uniquement les objets d'ornement (bijoux, parures), ou, par métonymie, les parties du corps qui les portent et qu'ils signalent — le verset lui-même emploie ce même mot plus loin pour les bijoux que l'on porte aux pieds (*mā yukhfīna min zīnatihinna*, fin de ce verset), ce qui confirme au moins ce premier sens concret, sans exclure le second.
- illā mā ẕahara minhā
- **Crux exégétique majeur, deux lectures, sans trancher.** Racine *ẕ-h-r* : apparaître, devenir visible. Ce seul verset ne précise pas le critère de cet « apparent » : (1) une lecture le rapporte à ce qui échappe nécessairement à la volonté — ce que le vêtement courant laisse voir sans qu'on cherche à le montrer ; (2) une autre lecture l'étend à ce que l'usage ou la nécessité rendent visibles par habitude (le visage, les mains). Les deux lectures sont grammaticalement recevables ; ce Bloc ne tranche pas entre elles, faute d'un critère plus précis donné par le texte lui-même.
- khumurihinna
- pluriel de *khimār*, racine *kh-m-r* (même racine que *khamr*, le vin — un lien de sens déjà relevé par les lexicographes classiques : ce qui « voile », trouble ou couvre l'esprit, comme le *khimār* couvre la tête). *Al-khimār* désigne un couvre-tête déjà connu et porté avant ce verset. **Dit** : le texte ne crée pas ce vêtement et n'en décrit pas la forme — il légifère seulement sur son positionnement (le rabattre sur l'ouverture du vêtement), présupposant son existence comme un fait social déjà établi. Conservé en translittération, faute d'un mot français qui rende ce même rapport entre un vêtement déjà connu et le geste précis que ce verset lui ajoute.
- juyūbihinna
- pluriel de *jayb*, racine *j-y-b* : l'ouverture pratiquée dans un vêtement, à l'encolure.
- buʿūlatihinna
- pluriel de *baʿl*, racine *b-ʿ-l* : rendu ici par « époux », sens direct et sans équivoque — à distinguer toutefois, par la racine elle-même, de *zawj* (le couple, l'appariement), déjà rencontré ailleurs pour le même rapport conjugal sous un autre angle lexical : *baʿl* porte, chez les lexicographes classiques, une connotation de maîtrise domestique (le même mot désigne aussi, par ailleurs, une idole adorée comme « maître »), tandis que *zawj* porte celle de la paire assortie. Les deux racines désignent ici, sans ambiguïté, l'époux au sens ordinaire.
- ābāʾihinna … abnāʾihinna … ikhwānihinna … banī ikhwānihinna … banī akhawātihinna
- liste de proches par le sang ou l'alliance, aux équivalents français directs (pères, beaux-pères, fils, beaux-fils, frères, fils de frères, fils de sœurs). **Point de transparence.** Cette liste ne nomme ni les *aʿmām* (oncles paternels) ni les *akhwāl* (oncles maternels) — à la différence de la liste des unions interdites de S4:23, qui nomme explicitement leurs équivalents féminins, les *ʿammāt* et les *khālāt* (tantes paternelles et maternelles), comme parentes avec lesquelles le mariage est prohibé. Ce Bloc relève cette absence comme un fait textuel, sans la combler par un raisonnement d'analogie (*qiyās*) qui dépasserait ce que ce seul verset énonce.
- nisāʾihinna
- littéralement « leurs femmes ». **Non-dit, précision nécessaire.** Grammaticalement, le pronom suffixe « -hinna » renvoie aux *muʾmināt* elles-mêmes (« leurs femmes » à elles, non les coépouses éventuelles de leurs maris, qui ne sont pas davantage nommées ici) : l'exception vise ainsi, le plus naturellement, les femmes en général comme catégorie — puisque la retenue prescrite par ce verset concerne, par sa structure entière, ce qui est montré aux hommes. Ce seul mot ne précise toutefois pas davantage le cercle social exact que recouvre cette catégorie.
- mā malakat aymānuhunna
- précédent extensivement établi depuis S4:3 — conservé en translittération, sans équivalent français fidèle en un seul mot.
- at-tābiʿīna ghayri ulī l-irbati mina r-rijāl
- *al-irba*, racine *ʾ-r-b* (Ibn Manẕūr, *Lisān al-ʿArab* : *al-irba* et *al-araba* — le besoin, le désir qui pousse vers une chose). **Non-dit** : le texte nomme seulement l'état — des suivants du foyer dépourvus de ce désir à l'égard des femmes — sans en préciser la cause (âge, incapacité, ou toute autre raison) ; aucune cause n'est fournie ni exclue par ce seul verset.
- aṭ-ṭifli lladhīna lam yaẕharū ʿalā ʿawrāti n-nisāʾ
- *ṭifl*, employé ici au singulier collectif avec une relative au pluriel (*lladhīna*) — accord par le sens plutôt que par la forme, trait grammatical déjà attesté pour les noms collectifs en arabe classique. **Écho interne au verset** : le verbe *yaẕharū* (devenir conscient, parvenir à la perception) reprend la même racine *ẕ-h-r* que *mā ẕahara minhā* plus haut dans ce même verset — l'enfant qui n'est pas encore parvenu à la conscience des *ʿawrāt* des femmes, par un emploi inversé de la racine de ce qui « apparaît ».
- ʿawrāt an-nisāʾ
- racine *ʿ-w-r* (Ibn Fāris : *ʿawira* — être endommagé, déficient) : ce dont l'exposition cause une vulnérabilité, une gêne — les parties intimes. Revient dans cette même sourate (S24:58, hors du périmètre de ce Bloc).
- lā yaḑribna bi-arjulihinna
- **Dit.** Ce membre de phrase confirme, par son contenu même, le sens le plus concret de *zīna* relevé plus haut : il s'agit ici d'empêcher que des bijoux portés aux pieds (grelots, anneaux) ne se fassent entendre par le martèlement du pas et ne révèlent ainsi, par le son, ce que le vêtement dissimule à la vue.
- tūbū ilā llāhi jamīʿan ayyuhā l-muʾminūn
- **Point de grammaire — le masculin générique.** Bien que ce verset s'adresse presque entièrement aux *muʾmināt*, sa clôture revient au pluriel masculin *al-muʾminūn* — conformément à la règle de grammaire arabe classique selon laquelle le masculin pluriel est la forme non marquée, générique, valable pour tout groupe mixte (voir l'étude dédiée [Le Coran s'adresse-t-il aux seuls hommes ?](/etudes/coran-seuls-hommes/), *al-mudhakkar ash-shāmil*, le masculin englobant) : cet appel final au *tawba* collectif inclut, par cette même règle, les femmes qui viennent d'être nommément interpellées tout au long du verset.
- tufliḥūn
- racine *f-l-ḥ*, précédent établi (S23:1 : *aflaḥa l-muʾminūn*) — le *falāḥ*, une réussite active, non une félicité passive.
Le mariage, la mukātaba et l’interdiction de la prostitution forcée · S24:32–33
S.24:32 · Le mariage, y compris des personnes en servitude
- al-ayāmā
- pluriel d'*ayyim*, racine *ʾ-y-m* : la personne sans conjoint — terme non genré, qui couvre aussi bien l'homme que la femme sans lien conjugal. Rendu ici par « personnes sans conjoint », conformément au précédent déjà posé pour ce même verset dans l'étude dédiée [L'Esclavage dans le Coran](/etudes/esclavage/), qui traite nommément ce passage.
- ʿibādikum wa-imāʾikum
- *ʿabd*/*ʿibād* (captif, serviteur en servitude) et *amā*/*imāʾ* (captive) : précédent établi, étude dédiée [L'Esclavage dans le Coran](/etudes/esclavage/), qui relève que l'impératif *ankiḥū* est prescriptif et inclut explicitement les personnes en servitude — la pauvreté y est nommée et explicitement écartée comme obstacle au mariage.
- Wāsiʿ, ʿAlīm
- *Wāsiʿ*, racine *w-s-ʿ*, précédent extensivement établi (S2:247/261, S3:73, déjà publiées) — conservé en translittération.
S.24:33 · La mukātaba — l’interdiction absolue de la prostitution forcée
- yabtaghūna l-kitāba … fa-kātibūhum
- *kātaba*, forme III de la racine *k-t-b* : action réciproque entre deux parties, contracter mutuellement par écrit. Précédent établi, étude dédiée [L'Esclavage dans le Coran](/etudes/esclavage/), qui traite nommément ce verset : la *mukātaba* est la convention de rachat par laquelle le captif s'engage à rembourser sa liberté, et le détenteur à la lui reconnaître au terme de cet engagement. **Dit, inversion remarquable** (même étude) : « *wa-ātūhum min māli llāhi lladhī ātākum* » impose au détenteur de contribuer lui-même, financièrement, à l'affranchissement de la personne qu'il détient.
- al-bighāʾ … taḥaṣṣunan … ikrāhihinna
- précédent établi, même étude dédiée [L'Esclavage dans le Coran](/etudes/esclavage/), qui traite nommément ce verset clause par clause : l'impératif négatif *lā tukrihū* est une prohibition directe et sans gradation ; *in aradna taḥaṣṣunan* reconnaît explicitement que les captives ont une volonté propre ; *li-tabtaghū ʿaraḑa l-ḥayāti d-dunyā* nomme le mobile économique de la contrainte. **Non-dit** (même étude) : le cas d'une captive qui n'exprime plus sa volonté de résistance n'est pas couvert par cette formulation — c'est un silence du texte, non une permission.
- yastaʿfifi … Ghafūr, Raḥīm
- *istiʿfāf*, racine *ʿ-f-f* : la retenue volontaire, l'abstention par choix — distincte de la contrainte subie nommée dans la clause suivante du même verset.
Clôture du Bloc · S24:34
S.24:34 · Des āyāt clarifiantes, un exemple, une mise en garde
- āyātin mubayyinātin
- racine *b-y-n*, fil lexical de cette sourate (S24:1 *bayyināt*, Bloc I ; S24:17–18 *yubayyinu*, Bloc II ; S24:25, ce Bloc) — le Bloc se referme ainsi sur le même terme qui l'a traversé depuis son ouverture.
- mawʿiẕatan
- racine *w-ʿ-ẕ*, précédent exact déjà établi dans ce Bloc même (S24:17–18, Bloc II de cette sourate : « *yaʿiẕukumu llāh* », Allaah vous met en garde) — même racine, ici sous sa forme nominale, qui referme le Bloc sur l'écho direct de cet avertissement.
- mathalan … al-muttaqīn
- *mathal*, précédent extensivement établi. *Al-muttaqīn*, précédent extensivement établi — conservé en translittération.