Structure du Bloc IV — S24:35–46. Cinq ensembles. D’abord le verset le plus dense et le plus discuté de toute la sourate, connu sous le nom d’āyat an-Nūr : une qualification directe d’Allaah par le terme nūr, suivie d’une parabole détaillée — niche, luminaire, verre, olivier béni — qui développe ce que désigne ce nūr (S24:35). Puis les maisons où Son nom est rappelé matin et soir, et les hommes qu’aucun négoce ne distrait de ce rappel, de la ṣalāt et de la zakāt, dans la crainte d’un Jour qui bouleversera les cœurs et les regards (S24:36–38). Puis, en miroir exact du nūr qui vient d’être développé, deux paraboles opposées pour les œuvres de ceux qui ont commis le kufr : le mirage qui déçoit l’assoiffé, et les ténèbres superposées d’une mer profonde (S24:39–40). Puis le tasbīḥ universel — jusqu’aux oiseaux déployant leurs ailes —, la royauté des cieux et de la terre, et la description des nuées, de la grêle et de l’éclair (S24:41–43). Enfin l’alternance de la nuit et du jour, la création de toute dābba à partir de l’eau selon des modes de locomotion distincts, et la clôture sur des āyāt clarifiantes qui guident vers un chemin droit (S24:44–46).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.24:35 Āyat an-Nūr — la parabole de Son Nūr
S.24:36 Les maisons où Son nom est rappelé, matin et soir
S.24:37 Les hommes que ni négoce ni vente ne distraient — la crainte du Jour
S.24:38 La rétribution du meilleur de leurs œuvres — pourvoir sans compte
S.24:39 La parabole du mirage — les œuvres de ceux qui ont commis le kufr
S.24:40 La parabole des ténèbres superposées en mer profonde
S.24:41 Le tasbīḥ universel — la ṣalāt et le tasbīḥ de chaque être, jusqu’aux oiseaux
S.24:42 La royauté des cieux et de la terre — l’aboutissement vers Allaah
S.24:43 Les nuées assemblées, la grêle, l’éclat de l’éclair
S.24:44 L’alternance de la nuit et du jour — une leçon pour qui a des regards
S.24:45 La création de toute dābba à partir de l’eau — les modes de locomotion
S.24:46 Clôture — des āyāt clarifiantes, la guidance vers un chemin droit

Āyat an-Nūr · S24:35

Point théologique majeur — Allaah, Nūr des cieux et de la terre. Ce verset pose, en phrase nominale directe, une qualification d’Allaah par le terme nūr, puis bascule aussitôt dans la structure du mathal (la parabole, l’image comparative) pour développer ce que ce nūr évoque : une niche, un luminaire, un verre, un olivier béni. Dit : le texte lui-même marque ce basculement par le mot mathal — ce qui suit n’est pas une description de l’essence d’Allaah, mais l’image d’une chose qui, par ses propriétés (la pureté d’une huile dont la clarté ne dépend presque plus du feu qui l’allume, une position ni orientale ni occidentale), illustre la nature de Son nūr. Cohérence intra-coranique : le verset referme lui-même ce développement sur « Allaah guide vers Son Nūr qui Il veut » (yahdī llāhu li-nūrihi man yashāʾu) — un emploi de nūr explicitement arrimé à la hidāya (la guidance), non à un phénomène physique. Ce même emploi de la racine n-w-r, opposée aux ẕulumāt (les ténèbres) pour désigner la guidance qui dissipe l’égarement, est déjà établi (S14:1 : « li-tukhrija n-nāsa mina ẕ-ẕulumāti ilā n-nūri », faire sortir les gens des ténèbres vers le nūr) et revient plus bas dans ce même Bloc (S24:40 : « et à qui Allaah n’a assigné nul nūr, celui-là n’a nul nūr »). Méthode retenue : Nūr est conservé en translittération plutôt que rendu par « la Lumière » — ce mot français désignerait trop immédiatement le phénomène physique que la science nomme ainsi (le rayonnement électromagnétique), et identifierait Allaah à une chose créée, à l’exact opposé de ce que cette méthode cherche à éviter pour tout terme appliqué à Allaah susceptible de connotation matérielle. La racine n-w-r, chez les lexicographes classiques, désigne ce qui rend une chose visible, manifeste, et qui en dissipe l’obscurité — une fonction de manifestation et de clarté, non une substance ni une matière. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le mode exact de la relation entre Allaah et ce nūr qui Lui est attribué (identité, émanation, possession) — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que le texte, par sa propre structure en mathal, donne à lire : une image de guidance d’une clarté et d’une pureté sans mélange, non une description physique de l’essence d’Allaah.

S.24:35 · La parabole de Son Nūr — niche, luminaire, verre, olivier béni

S.24:35
۞ اللَّهُ نُورُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ مَثَلُ نُورِهِ كَمِشْكَاةٍ فِيهَا مِصْبَاحٌ ۖ الْمِصْبَاحُ فِي زُجَاجَةٍ ۖ الزُّجَاجَةُ كَأَنَّهَا كَوْكَبٌ دُرِّيٌّ يُوقَدُ مِنْ شَجَرَةٍ مُبَارَكَةٍ زَيْتُونَةٍ لَا شَرْقِيَّةٍ وَلَا غَرْبِيَّةٍ يَكَادُ زَيْتُهَا يُضِيءُ وَلَوْ لَمْ تَمْسَسْهُ نَارٌ ۚ نُورٌ عَلَىٰ نُورٍ ۗ يَهْدِي اللَّهُ لِنُورِهِ مَنْ يَشَاءُ ۚ وَيَضْرِبُ اللَّهُ الْأَمْثَالَ لِلنَّاسِ ۗ وَاللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Allāhu nūru s-samāwāti wa-l-arḍi — mathalu nūrihi ka-mishkātin fīhā miṣbāḥun — al-miṣbāḥu fī zujājatin — az-zujājatu ka-annahā kawkabun durriyyun yūqadu min shajaratin mubārakatin zaytūnatin lā sharqiyyatin wa-lā gharbiyyatin yakādu zaytuhā yuḑīʾu wa-law lam tamsashu nārun — nūrun ʿalā nūrin — yahdī llāhu li-nūrihi man yashāʾu — wa-yaḑribu llāhu l-amthāla li-n-nāsi — wa-llāhu bi-kulli shayʾin ʿalīm Allaah [est] Nūr des cieux et de la terre. La parabole (mathal) de Son Nūr est comme une mishkāh (niche) où se trouve un miṣbāḥ (luminaire) — ce miṣbāḥ est dans une zujāja (un verre) — cette zujāja est comme un kawkabun durriyy (un astre d’un éclat de perle) — allumé à partir d’un arbre béni (shajaratin mubārakatin), un olivier (zaytūna), ni oriental (sharqiyya) ni occidental (gharbiyya) : son huile est sur le point d’illuminer, même si aucun feu ne l’a touchée. Nūr sur Nūr. Allaah guide vers Son Nūr qui Il veut, et Allaah frappe les paraboles (al-amthāl) pour les gens — et Allaah est, de toute chose, ʿAlīm.
Notes lexicales
Nūru s-samāwāti wa-l-arḍi
racine *n-w-r* : chez les lexicographes classiques, ce qui rend une chose visible, manifeste — ce qui dissipe l'obscurité et permet de distinguer une forme d'une autre. Voir le callout dédié ci-dessus pour la méthode retenue : *Nūr* conservé en translittération, non traduit par « la Lumière », qui installerait une identification avec le phénomène physique.
mathal
précédent extensivement établi (S2:17, S13:17, parmi d'autres) : l'image comparative, l'exemple frappé pour rendre une réalité saisissable. Voir le callout dédié : c'est ce mot même qui marque, dans ce verset, le passage d'une qualification directe à une image développée.
mishkāh
chez Ibn Manẕūr : une niche creusée dans un mur, qui ne perce pas jusqu'à l'autre côté — un renfoncement clos sur trois faces, destiné à abriter une lampe du vent et à concentrer, par ses parois, la clarté qu'elle produit. Non traduit en un seul mot français fidèle, rendu par « niche » accompagné de la translittération.
miṣbāḥ
racine *ṣ-b-ḥ* (même racine que *ṣubḥ*, l'aube — la clarté qui apparaît) : l'instrument qui produit la clarté, le luminaire.
zujāja
racine *z-j-j* : le verre — matière connue pour sa transparence, qui enveloppe le luminaire sans faire obstacle à sa clarté, et qui, dans l'image de ce verset, l'intensifie plutôt que de la voiler.
kawkabun durriyyun
*kawkab* : astre, corps céleste lumineux. *Durriyy*, racine *d-r-r*, apparentée à *durr* (la perle) : d'un éclat comparable à celui de la perle — une clarté dense et pure, non une clarté diffuse.
shajaratin mubārakatin zaytūnatin lā sharqiyyatin wa-lā gharbiyyatin
*mubāraka*, racine *b-r-k*, précédent établi (étude dédiée [Baraka et tabarruk](/etudes/baraka-tabarruk/)) : ce qui porte en soi une croissance et un surplus de bienfait — ici appliqué à l'arbre, non à Allaah. *Zaytūna* (l'olivier). **Dit** : le texte qualifie cet arbre par une double négation de position (« ni orientale ni occidentale »). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas davantage la portée exacte de cette négation ; la lecture agronomique la plus directement rattachée à l'image développée par le reste du verset — un arbre dégagé, exposé au soleil levant comme au soleil couchant, ce qui produit, selon les lexicographes, l'huile la plus pure et la plus claire — est celle que ce Bloc retient en priorité, sans exclure que des lectures ultérieures aient prolongé cette image au-delà du seul registre lexical.
yakādu zaytuhā yuḑīʾu wa-law lam tamsashu nārun
**Dit.** L'huile de cet arbre est d'une pureté telle qu'elle serait sur le point de briller d'elle-même, même si aucun feu ne l'avait encore touchée — image hyperbolique d'une clarté presque autonome, portée à son plus haut degré avant même d'être allumée.
nūrun ʿalā nūrin
**Dit.** Clarté qui s'ajoute à la clarté — chaque élément de l'image (le verre, l'huile, la flamme) renforçant celui qui précède, sans qu'aucun ne la voile.
yahdī llāhu li-nūrihi man yashāʾu
voir le callout dédié ci-dessus : c'est cette clause qui arrime explicitement, à l'intérieur même du verset, le *nūr* d'Allaah à la *hidāya* — la guidance qu'Il accorde à qui Il veut.
yaḑribu llāhu l-amthāla li-n-nāsi
précédent exact déjà établi (S13:17 : « *kadhālika yaḑribu llāhu l-ḥaqqa wa-l-bāṭila ... kadhālika yaḑribu llāhu l-amthāl* ») — la même formule de clôture pour désigner l'usage de l'image comparative comme méthode d'enseignement.

Les maisons où Son nom est rappelé — les hommes que le négoce ne distrait pas · S24:36–38

S.24:36 · Les maisons où Son nom est rappelé, matin et soir

S.24:36
فِي بُيُوتٍ أَذِنَ اللَّهُ أَنْ تُرْفَعَ وَيُذْكَرَ فِيهَا اسْمُهُ يُسَبِّحُ لَهُ فِيهَا بِالْغُدُوِّ وَالْآصَالِ
Fī buyūtin adhina llāhu an turfaʿa wa-yudhkara fīhā smuhu — yusabbiḥu lahu fīhā bi-l-ghuduwwi wa-l-āṣāl Dans des maisons (buyūt) qu’Allaah a autorisées (adhina) à être élevées (turfaʿa), et où Son nom est rappelé (yudhkara) — on Lui accomplit, dans ces maisons, le tasbīḥ, au ghuduww (le commencement du jour) et aux āṣāl (la fin de l’après-midi).
Notes lexicales
adhina ... an turfaʿa
*turfaʿa*, racine *r-f-ʿ*, déjà rencontrée pour une élévation cosmique attribuée à Allaah avec la vigilance de méthode correspondante (S13:2 : *rafaʿa s-samāwāti*). **Précision, par contraste** : ici, la même racine est appliquée à des bâtiments construits par les hommes — une élévation matérielle et une dignité conférée au lieu, sans aucune portée spatiale concernant Allaah Lui-même.
yusabbiḥu
précédent établi (S2:30, déjà publiée : « *nusabbiḥu bi-ḥamdika* », le même mouvement que *subḥāna* — nager, se mouvoir librement, sans entrave). Revient plusieurs fois dans ce Bloc (S24:41–42).
al-ghuduww wa-l-āṣāl
*al-ghuduww*, racine *gh-d-w* : le commencement du jour, la première heure du matin. *Al-āṣāl*, pluriel d'*aṣīl*, racine *ʾ-ṣ-l* : la fin de l'après-midi, le moment qui précède le crépuscule. Couple temporel qui encadre toute la journée, du matin au soir.

S.24:37 · Les hommes que ni négoce ni vente ne distraient — la crainte du Jour

S.24:37
رِجَالٌ لَا تُلْهِيهِمْ تِجَارَةٌ وَلَا بَيْعٌ عَنْ ذِكْرِ اللَّهِ وَإِقَامِ الصَّلَاةِ وَإِيتَاءِ الزَّكَاةِ ۙ يَخَافُونَ يَوْمًا تَتَقَلَّبُ فِيهِ الْقُلُوبُ وَالْأَبْصَارُ
Rijālun lā tulhīhim tijāratun wa-lā bayʿun ʿan dhikri llāhi wa-iqāmi ṣ-ṣalāti wa-ītāʾi z-zakāti — yakhāfūna yawman tataqallabu fīhi l-qulūbu wa-l-abṣār Des hommes (rijāl) que ni le négoce (tijāra) ni la vente (bayʿ) ne distraient (lā tulhīhim) du dhikr d’Allaah, de l’établissement de la ṣalāt et du versement de la zakāt — ils craignent un jour où les cœurs et les regards seront bouleversés (tataqallabu).
Notes lexicales
lā tulhīhim
racine *l-h-w* : détourner par un divertissement, occuper l'attention au point de faire oublier autre chose.
tataqallabu fīhi l-qulūbu wa-l-abṣār
racine *q-l-b* : se retourner, basculer d'un état à un autre. **Fil lexical intra-Bloc** : cette même racine revient en S24:44 (ce Bloc : « *yuqallibu llāhu l-layla wa-n-nahār* », Allaah fait alterner la nuit et le jour) — un même radical pour le bouleversement des cœurs au Jour annoncé et pour l'alternance cosmique de la nuit et du jour, simple écho lexical relevé par souci de transparence, sans qu'aucun lien de causalité entre les deux emplois ne soit, lui, affirmé par le texte.

S.24:38 · La rétribution du meilleur de leurs œuvres — pourvoir sans compte

S.24:38
لِيَجْزِيَهُمُ اللَّهُ أَحْسَنَ مَا عَمِلُوا وَيَزِيدَهُمْ مِنْ فَضْلِهِ ۗ وَاللَّهُ يَرْزُقُ مَنْ يَشَاءُ بِغَيْرِ حِسَابٍ
Li-yajziyahumu llāhu aḥsana mā ʿamilū wa-yazīdahum min faḑlihi — wa-llāhu yarzuqu man yashāʾu bi-ghayri ḥisāb Afin qu’Allaah les rétribue (li-yajziyahum) du meilleur de ce qu’ils ont fait, et qu’Il leur ajoute, de Sa faḑl — Allaah pourvoit (yarzuqu) qui Il veut, sans compte (bi-ghayri ḥisāb).
Notes lexicales
bi-ghayri ḥisāb
précédent exact et extensivement établi (S2:212, S3:27, S3:37, déjà publiées) : Allaah pourvoit qui Il veut sans que cela soit mesuré à la seule proportion du mérite — même formule reprise ici à l'identique.

Les deux paraboles des œuvres de ceux qui ont commis le kufr · S24:39–40

S.24:39 · La parabole du mirage

S.24:39
وَالَّذِينَ كَفَرُوا أَعْمَالُهُمْ كَسَرَابٍ بِقِيعَةٍ يَحْسَبُهُ الظَّمْآنُ مَاءً حَتَّىٰ إِذَا جَاءَهُ لَمْ يَجِدْهُ شَيْئًا وَوَجَدَ اللَّهَ عِنْدَهُ فَوَفَّاهُ حِسَابَهُ ۗ وَاللَّهُ سَرِيعُ الْحِسَابِ
Wa-lladhīna kafarū aʿmāluhum ka-sarābin bi-qīʿatin yaḥsabuhu ẕ-ẕamʾānu māʾan ḥattā idhā jāʾahu lam yajidhu shayʾan wa-wajada llāha ʿindahu fa-waffāhu ḥisābahu — wa-llāhu sarīʿu l-ḥisāb Et ceux qui ont commis le kufr — leurs œuvres sont comme un sarāb (mirage) sur une qīʿa (plaine nue) : l’assoiffé (aẕ-ẕamʾān) le prend pour de l’eau, jusqu’à ce que, l’ayant atteint, il n’y trouve rien — mais il trouve Allaah auprès de lui (ʿindahu), qui lui règle alors pleinement son compte (fa-waffāhu ḥisābahu). Allaah est prompt dans le compte (sarīʿu l-ḥisāb).
Notes lexicales
sarāb ... bi-qīʿatin ... aẕ-ẕamʾān
*sarāb*, racine *s-r-b* : le mirage, l'illusion optique qui, sur une surface réverbérante, fait prendre la chaleur montante pour de l'eau. *Qīʿa*, racine *q-y-ʿ* : une plaine nue, dégagée, sans relief ni végétation. *Ẕamʾān*, racine *ẕ-m-ʾ* : celui qu'assaille la soif.
wajada llāha ʿindahu
**Point de vigilance de méthode.** *ʿInda* (« auprès de », « près de ») est, pris au sens le plus immédiat, un marqueur spatial — vigilance déjà exercée pour tout terme susceptible d'installer une position ou un lieu à propos d'Allaah. **Dit** : ce verset emploie cette locution dans un sens idiomatique déjà attesté ailleurs pour la rétribution inéluctable (comparer, par exemple, « *wajada mā ʿamila ḥāḑiran* », S18:49, pour le registre des œuvres trouvé « présent ») — l'image décrit un homme qui, croyant trouver de l'eau, se trouve au contraire placé devant le compte qu'Allaah lui demande : une manière de dire que ce compte est inéluctable et immédiat à ce point précis de l'illusion déçue, non une co-localisation spatiale d'Allaah avec cet homme. **Non-dit** : ce seul verset ne développe pas davantage la nature exacte de cette rencontre.
fa-waffāhu ḥisābahu
racine *w-f-y*, apparentée à la forme déjà établie pour le rappel complet d'une personne à son terme (S4:97, S8:50 : *tawaffāhumu l-malāʾikatu*) — ici à la forme II, régler un compte en totalité, sans reste.

S.24:40 · La parabole des ténèbres superposées en mer profonde

S.24:40
أَوْ كَظُلُمَاتٍ فِي بَحْرٍ لُجِّيٍّ يَغْشَاهُ مَوْجٌ مِنْ فَوْقِهِ مَوْجٌ مِنْ فَوْقِهِ سَحَابٌ ۚ ظُلُمَاتٌ بَعْضُهَا فَوْقَ بَعْضٍ إِذَا أَخْرَجَ يَدَهُ لَمْ يَكَدْ يَرَاهَا ۗ وَمَنْ لَمْ يَجْعَلِ اللَّهُ لَهُ نُورًا فَمَا لَهُ مِنْ نُورٍ
Aw ka-ẕulumātin fī baḥrin lujjiyyin yaghshāhu mawjun min fawqihi mawjun min fawqihi saḥābun — ẕulumātun baʿḑuhā fawqa baʿḑin idhā akhraja yadahu lam yakad yarāhā — wa-man lam yajʿali llāhu lahu nūran fa-mā lahu min nūr Ou encore comme des ẕulumāt (ténèbres) en une mer profonde et houleuse (baḥrin lujjiyy) : une vague la recouvre, surmontée d’une autre vague, surmontée d’un nuage — des ténèbres superposées les unes aux autres. Que l’on sorte sa main (yadahu), on ne la voit presque pas. Et à qui Allaah n’a assigné nul nūr, celui-là n’a nul nūr.
Notes lexicales
ẕulumāt
précédent extensivement établi (S2:164, S6:1) : la racine opposée à *nūr*, déjà posée en S24:35 (ce Bloc).
baḥrin lujjiyyin
racine *l-j-j* : la profondeur, le tumulte des grandes eaux.
min fawqihi ... min fawqihi
**Précision, par contraste.** *Fawqa* (au-dessus) est ici appliqué à des vagues et à un nuage — des réalités physiques ordinaires —, non à Allaah ; distinct de la vigilance déjà exercée pour *fawqa* lorsqu'il concerne Allaah (S6:18/61).
idhā akhraja yadahu
**Précision, par contraste.** *Yadahu* désigne ici la main de l'homme plongé dans ces ténèbres — un emploi ordinaire et humain du mot *yad*, sans aucun rapport avec la vigilance de méthode déjà exercée pour *Yad Allaah* (S5:64, S3:26–27).
wa-man lam yajʿali llāhu lahu nūran fa-mā lahu min nūr
**Cohérence intra-coranique.** Reprend directement le fil ouvert en S24:35 (ce Bloc, voir le callout dédié) : le *nūr* n'est pas une propriété ambiante que chacun posséderait par nature, mais ce qu'Allaah assigne (*yajʿal*) à qui Il veut — l'absence de ce *nūr* assigné laisse l'homme, par cette image, dans des ténèbres sans recours, qu'il s'y trouve ou non au sens propre.

Le tasbīḥ universel, la royauté des cieux et de la terre, les nuées et la grêle · S24:41–43

S.24:41 · Le tasbīḥ universel — la ṣalāt et le tasbīḥ de chaque être, jusqu’aux oiseaux

S.24:41
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ يُسَبِّحُ لَهُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَالطَّيْرُ صَافَّاتٍ ۖ كُلٌّ قَدْ عَلِمَ صَلَاتَهُ وَتَسْبِيحَهُ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ بِمَا يَفْعَلُونَ
A-lam tara anna llāha yusabbiḥu lahu man fi s-samāwāti wa-l-arḑi wa-ṭ-ṭayru ṣāffātin — kullun qad ʿalima ṣalātahu wa-tasbīḥahu — wa-llāhu ʿalīmun bi-mā yafʿalūn N’as-tu pas vu que c’est à Allaah que rendent le tasbīḥ ce qui est dans les cieux et sur la terre, et les oiseaux déployant leurs ailes (ṣāffāt) ? Chacun a déjà connu sa ṣalāt et son tasbīḥ. Allaah est, de ce qu’ils font, ʿAlīm.
Notes lexicales
kullun qad ʿalima ṣalātahu wa-tasbīḥahu
**Point de méthode nouveau.** *Tasbīḥ* reprend le précédent déjà établi (S2:30 : le mouvement de dégagement, de se mouvoir librement sans entrave). *Ṣalāt* est ici, pour la première fois dans cette méthode, attribuée explicitement à l'ensemble de la création — jusqu'aux oiseaux — et non aux seuls humains. **Dit** : le texte affirme que chaque être « a connu » (*qad ʿalima*) sa propre *ṣalāt* et son propre *tasbīḥ* — grammaticalement, le pronom couvre chaque être nommé juste avant, qui connaîtrait ainsi son propre mode de *ṣalāt*, distinct du rituel humain prescrit par ailleurs. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette *ṣalāt* non humaine, ni en quoi elle consiste matériellement pour un oiseau ou pour toute autre créature — ce Bloc se limite à constater que le texte l'affirme sans la décrire davantage.
aṭ-ṭayru ṣāffāt
*ṣāffāt*, racine *ṣ-f-f* : alignées, déployées en rang — ici les ailes des oiseaux déployées en plein vol.

S.24:42 · La royauté des cieux et de la terre — l’aboutissement vers Allaah

S.24:42
وَلِلَّهِ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ وَإِلَى اللَّهِ الْمَصِيرُ
Wa-lillāhi mulku s-samāwāti wa-l-arḑi — wa-ilā llāhi l-maṣīr À Allaah [appartient] la royauté (mulk) des cieux et de la terre, et c’est vers Allaah qu’est l’aboutissement (al-maṣīr).
Notes lexicales
mulku s-samāwāti wa-l-arḑi
précédent extensivement établi (S5:17–18) — même formule reprise ici à l'identique.
al-maṣīr
précédent établi ([S2:285, *al-maṣīr*](/etudes/trad-s2-bloc13/#masir) : racine *ṣ-y-r*, le devenir, le point d'aboutissement) — même terme repris ici à l'identique.

S.24:43 · Les nuées assemblées, la grêle, l’éclat de l’éclair

S.24:43
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ يُزْجِي سَحَابًا ثُمَّ يُؤَلِّفُ بَيْنَهُ ثُمَّ يَجْعَلُهُ رُكَامًا فَتَرَى الْوَدْقَ يَخْرُجُ مِنْ خِلَالِهِ وَيُنَزِّلُ مِنَ السَّمَاءِ مِنْ جِبَالٍ فِيهَا مِنْ بَرَدٍ فَيُصِيبُ بِهِ مَنْ يَشَاءُ وَيَصْرِفُهُ عَنْ مَنْ يَشَاءُ ۖ يَكَادُ سَنَا بَرْقِهِ يَذْهَبُ بِالْأَبْصَارِ
A-lam tara anna llāha yuzjī saḥāban thumma yuʾallifu baynahu thumma yajʿaluhu rukāman fa-tarā l-wadqa yakhruju min khilālihi wa-yunazzilu mina s-samāʾi min jibālin fīhā min baradin fa-yuṣību bihi man yashāʾu wa-yaṣrifuhu ʿan man yashāʾu — yakādu sanā barqihi yadhhabu bi-l-abṣār N’as-tu pas vu qu’Allaah fait doucement avancer (yuzjī) des nuées, puis les assemble (yuʾallifu baynahu), puis en fait une masse amoncelée (rukām) — alors tu vois la pluie fine (al-wadq) sortir de leurs interstices (khilāl) ? Et Il fait descendre du ciel, de montagnes [de nuées] où se trouve de la grêle (barad) — Il en atteint qui Il veut, et Il la détourne de qui Il veut. L’éclat de son éclair (sanā barqihi) est sur le point d’emporter les regards.
Notes lexicales
yuzjī
racine *z-j-w* (parfois notée *z-j-y*) : pousser doucement, faire avancer sans heurt.
yuʾallifu baynahu
précédent exact déjà établi (S3:103, déjà publiée : « *fa-allafa bayna qulūbikum* », Il a réuni vos cœurs) — même racine *ʾ-l-f*, ici appliquée à l'assemblage des nuées plutôt qu'à celui des cœurs.
rukāman ... al-wadqa ... khilālihi
*rukām*, racine *r-k-m* : amoncellement, masse entassée. *Al-wadq*, racine *w-d-q* : la pluie fine, la goutte qui tombe — terme distinct du générique *maṭar* (pluie) ou de *ghayth* (pluie bienfaisante). *Khilāl*, racine *kh-l-l* : l'intervalle, l'interstice.
min jibālin fīhā min baradin
**Point de méthode — emploi figuré de *jabal*.** *Jibāl* (montagnes) est ici employé au sens figuré pour désigner des amas de nuées chargées de grêle, par analogie de masse et de hauteur — à distinguer de l'emploi littéral et géologique de la même racine déjà rencontré pour les montagnes-ancrages de la terre (S21:31 : *rawāsiya*). Le texte lui-même précise cette image par la précision « *fīhā min baradin* » (où se trouve de la grêle), qui exclut une lecture purement littérale.
sanā barqihi yadhhabu bi-l-abṣār
précédent exact déjà établi (S2:19–20, déjà publiée : « *yakādu l-barqu yakhṭafu abṣārahum* », l'éclair est sur le point d'emporter leurs regards) — même image reprise ici avec une construction proche (*yadhhabu bi-* plutôt que *yakhṭafu*, mais le même verbe *yadhhabu bi-* déjà rencontré en S2:20 : « *la-dhahaba bi-samʿihim wa-abṣārihim* »).

L’alternance de la nuit et du jour — la création de toute dābba — clôture · S24:44–46

S.24:44 · L’alternance de la nuit et du jour — une leçon pour qui a des regards

S.24:44
يُقَلِّبُ اللَّهُ اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَعِبْرَةً لِأُولِي الْأَبْصَارِ
Yuqallibu llāhu l-layla wa-n-nahāra — inna fī dhālika la-ʿibratan li-ulī l-abṣār Allaah fait alterner (yuqallibu) la nuit et le jour — il y a assurément en cela une ʿibra (leçon) pour ceux qui ont des regards (ulī l-abṣār).
Notes lexicales
yuqallibu l-layla wa-n-nahāra
racine *q-l-b*, même racine que *tataqallabu* déjà relevée dans ce Bloc (S24:37 : le bouleversement des cœurs). **Précision, par contraste avec un précédent de forme voisine.** Ce verbe (*qallaba*, faire tourner, faire alterner) est distinct de *wallaja* déjà établi pour la même alternance (S3:27, déjà publiée : « *tūliju l-layla fi n-nahāri wa-tūliju n-nahāra fi l-layl* », faire pénétrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit) — deux images différentes d'un même phénomène : l'une décrit une pénétration de l'un dans l'autre, l'autre un retournement, une alternance cyclique. Ce Bloc ne fond pas les deux images en une seule.
ʿibra
racine *ʿ-b-r* : traverser, passer d'un point à un autre — d'où la leçon qui se tire en « passant » d'un fait observé à un enseignement plus général.

S.24:45 · La création de toute dābba à partir de l’eau — les modes de locomotion

S.24:45
وَاللَّهُ خَلَقَ كُلَّ دَابَّةٍ مِنْ مَاءٍ ۖ فَمِنْهُمْ مَنْ يَمْشِي عَلَىٰ بَطْنِهِ وَمِنْهُمْ مَنْ يَمْشِي عَلَىٰ رِجْلَيْنِ وَمِنْهُمْ مَنْ يَمْشِي عَلَىٰ أَرْبَعٍ ۚ يَخْلُقُ اللَّهُ مَا يَشَاءُ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Wa-llāhu khalaqa kulla dābbatin min māʾin — fa-minhum man yamshī ʿalā baṭnihi wa-minhum man yamshī ʿalā rijlayni wa-minhum man yamshī ʿalā arbaʿin — yakhluqu llāhu mā yashāʾu — inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr Et Allaah a créé toute dābba à partir de l’eau — parmi elles, il en est qui marche sur son ventre (baṭnihi), il en est qui marche sur deux pattes (rijlayn), il en est qui marche sur quatre (arbaʿ). Allaah crée ce qu’Il veut — Allaah est, sur toute chose, Qadīr.
Notes lexicales
kulla dābbatin min māʾin
*dābba*, précédent exact déjà établi (S2:164, déjà publiée : *dābba*, ce qui se meut, se déplace sur la terre, non restreint aux seuls animaux domestiques). **Cohérence intra-coranique, extension.** La création à partir de l'eau rejoint le précédent déjà établi (S21:30 : « *jaʿalnā mina l-māʾi kulla shayʾin ḥayyin* », Nous avons fait, à partir de l'eau, toute chose vivante) — ce verset reprend la même affirmation en la spécifiant à la *dābba*, et en détaillant les modes de locomotion qui en résultent (sur le ventre, sur deux pattes, sur quatre).
yakhluqu llāhu mā yashāʾu
**Dit.** Le verset referme cette énumération sur le rappel que cette diversité des modes de locomotion ne relève d'aucune nécessité externe, mais de ce qu'Allaah veut créer.

S.24:46 · Clôture — des āyāt clarifiantes, la guidance vers un chemin droit

S.24:46
لَقَدْ أَنْزَلْنَا آيَاتٍ مُبَيِّنَاتٍ ۚ وَاللَّهُ يَهْدِي مَنْ يَشَاءُ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
La-qad anzalnā āyātin mubayyinātin — wa-llāhu yahdī man yashāʾu ilā ṣirāṭin mustaqīm Nous avons certes fait descendre des āyāt mubayyināt (clarifiantes), et Allaah guide vers un ṣirāṭ mustaqīm (chemin droit) qui Il veut.
Notes lexicales
āyātin mubayyinātin
fil lexical de cette sourate, déjà relevé (S24:1, Bloc I ; S24:17–18/25, Bloc II ; S24:34, Bloc III) — ce Bloc se referme ainsi, comme le précédent, sur le même terme qui traverse toute la sourate.
ṣirāṭin mustaqīm
précédent extensivement établi dès son étude fondatrice ([trad-s1-al-talab](/etudes/trad-s1-al-talab/) : « *ihdinā ṣ-ṣirāṭa l-mustaqīm* ») — même expression reprise ici à l'identique, cette fois comme constat plutôt que comme demande.

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