Structure du Bloc V, dernier Bloc de la Sourate 24. Quatre ensembles. D’abord ceux qui disent avoir cru puis se détournent dès qu’on les appelle au jugement d’Allaah et de Son rasūl — leur fausse soumission opposée à la vraie parole des croyants, et le rappel que le rasūl n’a de charge que la communication manifeste (S24:47–54). Puis la promesse de l’istikhlāf sur terre, conditionnée explicitement au tawḥīd pur, à la ṣalāt et à la zakāt — et l’avertissement que nul ne réduit Allaah à l’impuissance (S24:55–57). Puis l’étiquette de l’istiʾdhān (la demande de permission) à l’intérieur des maisons : trois moments de la journée pour les captifs et les enfants impubères, la règle générale une fois la puberté atteinte, la dispense des femmes âgées, et la dispense de gêne pour manger chez des proches ou chez soi (S24:58–61). Enfin la définition de la vraie foi par la conduite dans une affaire commune, la mise en garde contre un appel du rasūl traité comme un appel ordinaire, et la clôture de la sourate sur ce qui appartient à Allaah dans les cieux et sur la terre (S24:62–64).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.24:47 Dire avoir cru, puis se détourner — « ceux-là ne sont pas des croyants »
S.24:48–49 Appelés au jugement : certains se détournent, sauf si le droit leur est favorable
S.24:50 Maladie du cœur, doute, ou crainte d’une injustice ? Non : ce sont eux les ẓālimūn
S.24:51 La vraie parole des croyants — « nous avons entendu et obéi »
S.24:52 Qui obéit, craint et se prémunit — les fāʾizūn
S.24:53 Le serment solennel — « une obéissance reconnue » suffit
S.24:54 Obéir à Allaah et au rasūl — le rasūl n’a que le balāgh mubīn
S.24:55 La promesse de l’istikhlāf — conditionnée au tawḥīd pur
S.24:56 Établir la ṣalāt, donner la zakāt, obéir au rasūl
S.24:57 Les kāfirūn ne réduiront personne à l’impuissance sur terre
S.24:58 L’istiʾdhān triple des captifs et des enfants impubères — les trois ʿawrāt
S.24:59 Une fois la puberté atteinte, la règle générale de l’istiʾdhān
S.24:60 Les femmes âgées (al-qawāʿid) — dispense sans étalage de parure
S.24:61 Dispense de gêne — l’aveugle, le boiteux, le malade, et manger chez les proches
S.24:62 La vraie définition des croyants — l’amr jāmiʿ et la permission demandée
S.24:63 L’appel du rasūl n’est pas un appel ordinaire — ceux qui se dérobent
S.24:64 Clôture — à Allaah ce qui est dans les cieux et la terre

Ceux qui disent avoir cru puis se détournent du jugement · S24:47–54

Point de méthode — ce passage ne nomme pas de « munāfiqūn ». D’autres passages du Coran, hors du périmètre de ce Bloc, emploient nommément ce terme technique (racine n-f-q) pour désigner une catégorie identifiée de personnes. S24:47–54 ne le fait pas : il décrit un comportement — dire « nous avons cru » (āmannā), puis, pour un groupe, se détourner dès qu’on l’appelle au jugement d’Allaah et de Son rasūl — et conclut par une formule négative directe : « ceux-là ne sont pas des croyants » (S24:47). C’est une qualification par la conduite observée dans ce passage précis, non une étiquette nommée par le texte lui-même. Ce Bloc retient donc la description que le texte donne, sans lui substituer le mot « hypocrites », qui importerait ici une catégorie établie ailleurs dans le Coran mais absente de ces huit versets.

S.24:47 · Dire avoir cru, puis se détourner

S.24:47
وَيَقُولُونَ آمَنَّا بِاللَّهِ وَبِالرَّسُولِ وَأَطَعْنَا ثُمَّ يَتَوَلَّىٰ فَرِيقٌ مِنْهُمْ مِنْ بَعْدِ ذَٰلِكَ ۚ وَمَا أُولَٰئِكَ بِالْمُؤْمِنِينَ
Wa-yaqūlūna āmannā bi-llāhi wa-bi-r-rasūli wa-aṭaʿnā thumma yatawallā farīqun minhum min baʿdi dhālika — wa-mā ulāʾika bi-l-muʾminīn Et ils disent : « Nous avons cru en Allaah et au rasūl, et nous avons obéi » — puis un groupe (farīq) parmi eux se détourne après cela. Et ceux-là ne sont pas des muʾminūn.
Notes lexicales
yatawallā farīqun minhum
racine *w-l-y*, précédent établi (S5:92 : *tawallaytum*) : se détourner, rompre un lien d'allégeance. *Farīq*, précédent établi (S2:100–101, déjà publiée) : un groupe, une partie, non la totalité.
wa-mā ulāʾika bi-l-muʾminīn
Dit : le texte conclut par une négation directe et nommée — non un jugement sur une intention cachée, mais une constatation tirée de la conduite qui vient d'être décrite (dire avoir cru, puis se détourner du jugement, S24:48–49). Voir le callout dédié ci-dessus.

S.24:48–49 · Appelés au jugement : certains se détournent, sauf si le droit leur est favorable

S.24:48–49
وَإِذَا دُعُوا إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ لِيَحْكُمَ بَيْنَهُمْ إِذَا فَرِيقٌ مِنْهُمْ مُعْرِضُونَ وَإِنْ يَكُنْ لَهُمُ الْحَقُّ يَأْتُوا إِلَيْهِ مُذْعِنِينَ
Wa-idhā duʿū ilā llāhi wa-rasūlihi li-yaḥkuma baynahum idhā farīqun minhum muʿriḍūn — wa-in yakun lahumu l-ḥaqqu yaʾtū ilayhi mudhʿinīn Et quand ils sont appelés (duʿū) vers Allaah et Son rasūl pour qu’il juge (li-yaḥkuma) entre eux, voilà qu’un groupe parmi eux se détourne (muʿriḍūn). Mais si le droit (al-ḥaqq) est en leur faveur, ils viennent à lui en toute soumission empressée (mudhʿinīn).
Notes lexicales
li-yaḥkuma baynahum
racine *ḥ-k-m*, précédent extensivement établi (S6:114 : *a-fa-ghayra llāhi abtaghī ḥakaman*) : trancher avec exactitude, ajuster une chose à sa juste mesure — ici appliqué nommément à Allaah et à Son *rasūl* ensemble, comme une seule instance de jugement.
muʿriḍūn
racine *ʿ-r-ḍ* : se détourner, présenter son dos plutôt que sa face.
mudhʿinīn
racine *dh-ʿ-n* : se soumettre, acquiescer sans résistance — chez les lexicographes classiques, *adhʿana lahu* désigne l'empressement à se plier à ce qui est demandé. Dit, par contraste interne au passage : le texte oppose ainsi deux attitudes du même groupe selon que le jugement attendu leur est favorable ou non — une incohérence de conduite que ce seul passage constate, sans en nommer davantage la cause (voir S24:50, ce Bloc, qui en propose trois hypothèses pour les rejeter toutes).

S.24:50 · Maladie du cœur, doute, ou crainte d’une injustice ? Non : ce sont eux les ẓālimūn

Point de méthode — une question rhétorique à trois branches, toutes rejetées. Ce verset propose trois explications possibles à ce comportement (maladie du cœur, doute, crainte qu’Allaah et Son rasūl ne les lèsent), sous la forme d’une question — puis les écarte toutes les trois par la particule adversative bal (« non, plutôt ») : la cause réelle n’est aucune de ces trois hypothèses, mais le ẓulm (l’injustice) de ceux-là mêmes qui refusent le jugement. Dit : la troisième branche envisage, pour aussitôt la rejeter, l’hypothèse qu’Allaah et Son rasūl pourraient leur faire subir un ḥayf (une déviation injuste) — le texte pose cette hypothèse comme une crainte prêtée à ce groupe, non comme une possibilité qu’il affirme lui-même ; la clôture du verset (« ce sont eux les ẓālimūn ») referme explicitement cette hypothèse en la retournant contre ceux qui l’auraient invoquée.

S.24:50
أَفِي قُلُوبِهِمْ مَرَضٌ أَمِ ارْتَابُوا أَمْ يَخَافُونَ أَنْ يَحِيفَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ وَرَسُولُهُ ۚ بَلْ أُولَٰئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ
A-fī qulūbihim maraḍun ami rtābū am yakhāfūna an yaḥīfa llāhu ʿalayhim wa-rasūluhu — bal ulāʾika humu ẓ-ẓālimūn Y a-t-il une maladie (maraḍ) dans leurs cœurs ? Ou ont-ils vacillé dans le doute (irtābū) ? Ou craignent-ils qu’Allaah et Son rasūl ne les lèsent par un ḥayf (une déviation injuste) ? Non — ce sont eux les ẓālimūn.
Notes lexicales
fī qulūbihim maraḍun
précédent extensivement établi (S2:10, déjà publiée : « *fī qulūbihim maraḍun fa-zādahumu llāhu maraḍan* »).
irtābū
forme VIII de la racine *r-y-b*, précédent établi (S2:2, déjà publiée : *lā rayba fīhi* — le trouble qui fait vaciller, distinct du *shakk*, le doute intellectuel neutre). Ici à la forme réfléchie : avoir laissé le doute s'installer en soi.
an yaḥīfa llāhu ʿalayhim wa-rasūluhu
racine *ḥ-y-f* : chez les lexicographes classiques, dévier de la ligne droite dans un jugement, pencher injustement d'un côté. Voir le callout dédié ci-dessus : le texte pose cette hypothèse pour la rejeter, non pour l'affirmer — un principe déjà rencontré sous une autre formulation (S3:108 : « *wa-mā llāhu yurīdu ẓulman li-l-ʿālamīn* »).
ẑālimūn
précédent extensivement établi — conservé en translittération.

S.24:51 · La vraie parole des croyants

S.24:51
إِنَّمَا كَانَ قَوْلَ الْمُؤْمِنِينَ إِذَا دُعُوا إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ لِيَحْكُمَ بَيْنَهُمْ أَنْ يَقُولُوا سَمِعْنَا وَأَطَعْنَا ۚ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
Innamā kāna qawla l-muʾminīna idhā duʿū ilā llāhi wa-rasūlihi li-yaḥkuma baynahum an yaqūlū samiʿnā wa-aṭaʿnā — wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn La seule parole des muʾminūn, quand ils sont appelés vers Allaah et Son rasūl pour qu’il juge entre eux, est de dire : « Nous avons entendu, et nous avons obéi. » Et ceux-là sont les muflihūn.
Notes lexicales
samiʿnā wa-aṭaʿnā
Dit, contraste exact avec S24:47 (ce Bloc) : les deux groupes prononcent presque la même formule (« nous avons cru… et nous avons obéi », S24:47 ; « nous avons entendu et nous avons obéi », S24:51) — ce qui distingue l'un de l'autre n'est donc pas la parole prononcée, mais la conduite qui suit, face au même appel au jugement (S24:48–49, ce Bloc).
al-mufliḥūn
précédent extensivement établi (S23:1 : *aflaḥa l-muʾminūn*) — le *falāḥ*, une réussite active.

S.24:52 · Qui obéit, craint et se prémunit — les fāʾizūn

S.24:52
وَمَنْ يُطِعِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَيَخْشَ اللَّهَ وَيَتَّقْهِ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْفَائِزُونَ
Wa-man yuṭiʿi llāha wa-rasūlahu wa-yakhsha llāha wa-yattaqhi fa-ulāʾika humu l-fāʾizūn Et quiconque obéit à Allaah et à Son rasūl, craint (yakhsha) Allaah et se prémunit (yattaqhi) de Lui — ceux-là sont les fāʾizūn (les gagnants).
Notes lexicales
yakhsha … yattaqhi
deux racines voisines par le sens, *kh-sh-y* et *w-q-y*, déjà établies — la crainte révérentielle et la prémunition active (*taqwā*), associées ici sans être confondues.
al-fāʾizūn
racine *f-w-z*, précédent établi (*al-fawzu l-ʿaẓīm*, S9) — la réussite au sens d'un gain obtenu, distinct du *falāḥ* (S24:51, ce Bloc) par la nuance de l'acquisition plutôt que de l'aboutissement actif.

S.24:53 · Le serment solennel — « une obéissance reconnue » suffit

S.24:53
۞ وَأَقْسَمُوا بِاللَّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ لَئِنْ أَمَرْتَهُمْ لَيَخْرُجُنَّ ۖ قُلْ لَا تُقْسِمُوا ۖ طَاعَةٌ مَعْرُوفَةٌ ۚ إِنَّ اللَّهَ خَبِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ
Wa-aqsamū bi-llāhi jahda aymānihim la-in amartahum la-yakhrujunna — qul lā tuqsimū — ṭāʿatun maʿrūfatun — inna llāha khabīrun bi-mā taʿmalūn Et ils ont juré par Allaah, avec l’intensité extrême de leurs serments (jahda aymānihim), que si tu les ordonnais, ils sortiraient assurément. Dis : « Ne jurez pas — une obéissance reconnue (ṭāʿatun maʿrūfatun) [suffit]. » Allaah est Khabīr de ce que vous faites.
Notes lexicales
jahda aymānihim
précédent exact déjà établi (S6:109, S16:38 : « *wa-aqsamū bi-llāhi jahda aymānihim* ») — racine *j-h-d* : l'effort porté à son maximum, qualifiant ici l'intensité du serment.
ṭāʿatun maʿrūfatun
*ṭāʿa*, l'obéissance ; *maʿrūfa*, racine *ʿ-r-f* (reconnaître, savoir avec certitude), déjà établie pour *al-maʿrūf* (S3:104/110/114, déjà publiées : ce que la reconnaissance commune du juste atteste comme bon). Non-dit : ce seul membre de phrase, elliptique, ne précise pas le verbe qui le régit — ce Bloc le comprend, par la cohérence immédiate du contexte (le refus du serment solennel), comme : une obéissance reconnue et constatée par les actes vaut mieux qu'un serment proclamé.
khabīrun bi-mā taʿmalūn
précédent exact déjà établi (S5:8 : « *inna llāha khabīrun bi-mā taʿmalūn* »).

S.24:54 · Obéir à Allaah et au rasūl — le rasūl n’a que le balāgh mubīn

S.24:54
قُلْ أَطِيعُوا اللَّهَ وَأَطِيعُوا الرَّسُولَ ۖ فَإِنْ تَوَلَّوْا فَإِنَّمَا عَلَيْهِ مَا حُمِّلَ وَعَلَيْكُمْ مَا حُمِّلْتُمْ ۖ وَإِنْ تُطِيعُوهُ تَهْتَدُوا ۚ وَمَا عَلَى الرَّسُولِ إِلَّا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ
Qul aṭīʿu llāha wa-aṭīʿu r-rasūla — fa-in tawallaw fa-innamā ʿalayhi mā ḥummila wa-ʿalaykum mā ḥummiltum — wa-in tuṭīʿūhu tahtadū — wa-mā ʿalā r-rasūli illā l-balāghu l-mubīn Dis : « Obéissez à Allaah, et obéissez au rasūl. » S’ils se détournent, alors sur lui [pèse] ce dont il a été chargé (mā ḥummila), et sur vous ce dont vous avez été chargés. Et si vous lui obéissez, vous serez guidés (tahtadū). Et le rasūl n’a de charge que le balāgh mubīn (la communication manifeste).
Notes lexicales
mā ḥummila … mā ḥummiltum
racine *ḥ-m-l* : porter une charge confiée — à distinguer de *wizr* (S6:164 : *lā taziru wāziratun wizra ukhrā*), le fardeau d'une faute propre. Ici, *ḥaml* désigne une tâche assignée (la transmission, pour le *rasūl* ; la réception et la mise en pratique, pour les croyants), non une culpabilité.
mā ʿalā r-rasūli illā l-balāghu l-mubīn
précédent exact déjà établi (S5:92, S5:99 ; étude dédiée [nabi-rasul.md](/etudes/nabi-rasul/), qui établit sur l'ensemble des occurrences coraniques que la fonction essentielle du *rasūl* est le *tablīgh*, la transmission intégrale, sans reste, de ce qui lui est confié — non la législation de son propre chef, principe développé dans l'étude dédiée [nabi-legislateur.md](/etudes/nabi-legislateur/)). Même clausule reprise ici mot pour mot.

La promesse de l’istikhlāf, conditionnée au tawḥīd pur · S24:55–57

S.24:55 · La promesse de l’istikhlāf

Point de méthode — portée et conditions explicites de cette promesse, sans élaboration historique importée. Ce verset pose une promesse (waʿada) à trois volets — l’istikhlāf (l’établissement comme successeurs) sur terre, l’affermissement (tamkīn) du dīn qu’Allaah a agréé pour eux, le remplacement de la peur par la sécurité — et l’assortit, dans le même souffle, d’une condition explicitement nommée par le texte lui-même : « ils M’adorent, ils ne M’associent rien ». Dit : la condition n’est pas seulement la foi et l’œuvre droite énoncées en ouverture du verset, mais se referme sur ce tawḥīd pur, repris et précisé au verset suivant (S24:56, ce Bloc : établir la ṣalāt, donner la zakāt, obéir au rasūl). Non-dit : ce seul verset ne nomme ni la génération précise qu’il vise, ni le moment ou la forme concrète de cet istikhlāf — ce Bloc n’y importe aucune identification historique particulière (communauté, période, régime politique), au-delà de ce que le texte énonce par ses propres conditions.

S.24:55
وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا مِنْكُمْ وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ لَيَسْتَخْلِفَنَّهُمْ فِي الْأَرْضِ كَمَا اسْتَخْلَفَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ وَلَيُمَكِّنَنَّ لَهُمْ دِينَهُمُ الَّذِي ارْتَضَىٰ لَهُمْ وَلَيُبَدِّلَنَّهُمْ مِنْ بَعْدِ خَوْفِهِمْ أَمْنًا ۚ يَعْبُدُونَنِي لَا يُشْرِكُونَ بِي شَيْئًا ۚ وَمَنْ كَفَرَ بَعْدَ ذَٰلِكَ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ
Waʿada llāhu lladhīna āmanū minkum wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti la-yastakhlifannahum fi l-arḍi kamā stakhlafa lladhīna min qablihim wa-la-yumakkinanna lahum dīnahumu lladhi rtaḍā lahum wa-la-yubaddilannahum min baʿdi khawfihim amnan — yaʿbudūnanī lā yushrikūna bī shayʾan — wa-man kafara baʿda dhālika fa-ulāʾika humu l-fāsiqūn Allaah a promis (waʿada) à ceux qui, parmi vous, ont cru et ont accompli les œuvres droites, qu’Il les établira certainement comme successeurs (la-yastakhlifannahum) sur la terre, comme Il a établi comme successeurs ceux d’avant eux ; qu’Il affermira (la-yumakkinanna) pour eux leur dīn, celui qu’Il a agréé (irtaḍā) pour eux ; et qu’Il leur substituera certainement, après leur peur, une sécurité (amn) — à condition qu’ils M’adorent, sans rien M’associer. Et quiconque, après cela, commet le kufr, ceux-là sont les fāsiqūn.
Notes lexicales
la-yastakhlifannahum fi l-arḍi
racine *kh-l-f*, précédent extensivement établi : *khalīfa* au singulier pour Ādam (S2:30, déjà publiée), *khalāʾif al-arḍ* au pluriel collectif pour l'humanité (S6:165), *yastakhlif* (S6:133). Ce verset reprend la forme verbale à la dixième forme (*istakhlafa*, établir quelqu'un comme successeur) appliquée nommément aux croyants qui remplissent la condition posée dans ce même verset — une application distincte des précédentes sans leur être contradictoire.
la-yumakkinanna lahum dīnahumu lladhi rtaḍā lahum
*dīn*, conservé en translittération. *Irtaḍā*, racine *r-ḍ-w*, précédent établi (*riḍwān mina llāh*, S9) : l'agrément, la satisfaction pleinement accordée — ici appliqué au *dīn* lui-même, non à une personne.
min baʿdi khawfihim amnan
couple *khawf*/*amn*, la peur et la sécurité, opposés terme à terme.
yaʿbudūnanī lā yushrikūna bī shayʾan
précédent exact de construction déjà établi (S6:151 : « *allā tushrikū bihi shayʾan* ») — même structure, ici à la première personne : Allaah énonce Lui-même la condition de la promesse.
al-fāsiqūn
précédent extensivement établi ([S2:26](/etudes/trad-s2-bloc1/#fasiqin) ; S24:4, Bloc I de cette sourate).

S.24:56 · Établir la ṣalāt, donner la zakāt, obéir au rasūl

S.24:56
وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَأَطِيعُوا الرَّسُولَ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ
Wa-aqīmu ṣ-ṣalāta wa-ātu z-zakāta wa-aṭīʿu r-rasūla laʿallakum turḥamūn Et établissez la ṣalāt, et donnez la zakāt, et obéissez au rasūl — puissiez-vous faire l’objet de la raḥma (turḥamūn).
Notes lexicales
aqīmu ṣ-ṣalāta wa-ātu z-zakāta
Cohérence intra-coranique : ce verset précise, par cette triple exigence concrète, la condition du *tawḥīd* pur posée en S24:55 (ce Bloc) — la *ṣalāt*, la *zakāt* et l'obéissance au *rasūl* comme traduction pratique de l'adoration exclusive qui vient d'être énoncée.

S.24:57 · Les kāfirūn ne réduiront personne à l’impuissance sur terre

S.24:57
لَا تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا مُعْجِزِينَ فِي الْأَرْضِ ۚ وَمَأْوَاهُمُ النَّارُ ۖ وَلَبِئْسَ الْمَصِيرُ
Lā taḥsabanna lladhīna kafarū muʿjizīna fi l-arḍi wa-maʾwāhumu n-nāru wa-la-biʾsa l-maṣīr Ne pense surtout pas que ceux qui ont commis le kufr réduiront [Allaah] à l’impuissance (muʿjizīn) sur la terre — leur refuge (maʾwā) est le Feu, et quel détestable aboutissement (maṣīr) !
Notes lexicales
lā taḥsabanna
Fil lexical intra-Bloc (Sourate) : même racine *ḥ-s-b* que *ḥisāb* (le compte, S24:38–39, Bloc IV de cette sourate) — ici au sens de « penser, estimer », distinct du sens de « compter » déployé dans le Bloc précédent, mais issu de la même racine : l'idée commune d'une évaluation, portée ici sur une croyance erronée plutôt que sur un calcul.
muʿjizīna fi l-arḍi
racine *ʿ-j-z*, précédent extensivement établi (*lā yuʿjizūn*, S8:59 ; *ghayru muʿjizī llāh*, S9:2–3 ; *muʿājizīn*, S22:51) : réduire à l'impuissance, rendre incapable. Dit : comme dans chacun de ces précédents, le texte ne décrit pas une capacité réelle d'échapper à Allaah, mais rejette par avance la prétention ou l'illusion de ceux qui s'y croiraient parvenus.
maʾwāhumu n-nāru … biʾsa l-maṣīr
formule de clôture récurrente, extensivement établie.

L’étiquette de l’istiʾdhān dans les maisons · S24:58–61

S.24:58 · L’istiʾdhān triple des captifs et des enfants impubères

S.24:58
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لِيَسْتَأْذِنْكُمُ الَّذِينَ مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ وَالَّذِينَ لَمْ يَبْلُغُوا الْحُلُمَ مِنْكُمْ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ ۚ مِنْ قَبْلِ صَلَاةِ الْفَجْرِ وَحِينَ تَضَعُونَ ثِيَابَكُمْ مِنَ الظَّهِيرَةِ وَمِنْ بَعْدِ صَلَاةِ الْعِشَاءِ ۚ ثَلَاثُ عَوْرَاتٍ لَكُمْ ۚ لَيْسَ عَلَيْكُمْ وَلَا عَلَيْهِمْ جُنَاحٌ بَعْدَهُنَّ ۚ طَوَّافُونَ عَلَيْكُمْ بَعْضُكُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ ۚ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمُ الْآيَاتِ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
Yā ayyuhā lladhīna āmanū li-yastaʾdhinkumu lladhīna malakat aymānukum wa-lladhīna lam yablughū l-ḥuluma minkum thalātha marrātin — min qabli ṣalāti l-fajri wa-ḥīna taḍaʿūna thiyābakum mina ẓ-ẕahīrati wa-min baʿdi ṣalāti l-ʿishāʾi — thalāthu ʿawrātin lakum — laysa ʿalaykum wa-lā ʿalayhim junāḥun baʿdahunna — ṭawwāfūna ʿalaykum baʿḑukum ʿalā baʿḑin — kadhālika yubayyinu llāhu lakumu l-āyāti — wa-llāhu ʿalīmun ḥakīm Ô vous qui avez cru, que vous demandent la permission (li-yastaʾdhinkum) ceux de mā malakat aymānukum, et ceux parmi vous qui n’ont pas atteint le ḥulum (la puberté), à trois moments : avant la ṣalāt al-fajr, et quand vous retirez vos vêtements à la ẓahīra (le milieu du jour), et après la ṣalāt al-ʿishāʾ — trois ʿawrāt (moments d’intimité) pour vous. Nulle gêne (junāḥ) sur vous ni sur eux en dehors de ces moments : vous circulez (ṭawwāfūn) les uns auprès des autres [à tout autre moment]. Ainsi Allaah vous clarifie les āyāt — Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
li-yastaʾdhinkum
racine *ʾ-dh-n*, précédent établi (*yuʾdhana lakum*, S24:27, Bloc III de cette sourate) — ici à la forme X (*istaʾdhana*), demander soi-même la permission, plutôt que la recevoir : même racine, deux rôles distincts selon la forme verbale.
al-ḥulum
racine *ḥ-l-m* (le songe, et par extension la maturité qui s'y rattache chez les lexicographes classiques) : le seuil de la puberté.
thalāthu ʿawrātin lakum
pluriel de *ʿawra*, même racine déjà établie (*ʿawrāt an-nisāʾ*, S24:31, Bloc III de cette sourate : ce dont l'exposition cause une vulnérabilité). Extension : ce verset applique ce même mot non plus aux parties intimes du corps, mais à des moments de la journée où l'on est le plus susceptible de se trouver dans un état d'intimité domestique (déshabillé, au repos) — une extension métonymique du lieu corporel au moment temporel, que ce Bloc relève sans la confondre avec l'emploi de S24:31.
ṭawwāfūna ʿalaykum baʿḑukum ʿalā baʿḑin
racine *ṭ-w-f*, précédent établi (*yaṭṭawwafa*, S2:158, déjà publiée) : circuler, tourner autour, aller et venir. Dit : le texte nomme ainsi la circulation ordinaire et fréquente entre les membres d'un même foyer en dehors des trois moments cités — ce qui justifie, par contraste, que l'istiʾdhān ne soit requis qu'à ces trois moments précis d'intimité, et non en permanence.

S.24:59 · Une fois la puberté atteinte, la règle générale de l’istiʾdhān

S.24:59
وَإِذَا بَلَغَ الْأَطْفَالُ مِنْكُمُ الْحُلُمَ فَلْيَسْتَأْذِنُوا كَمَا اسْتَأْذَنَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ ۚ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمْ آيَاتِهِ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
Wa-idhā balagha l-aṭfālu minkumu l-ḥuluma fa-l-yastaʾdhinū kamā staʾdhana lladhīna min qablihim — kadhālika yubayyinu llāhu lakum āyātihi — wa-llāhu ʿalīmun ḥakīm Et quand les enfants parmi vous atteignent le ḥulum, qu’ils demandent alors la permission comme l’ont demandée ceux qui les ont précédés. Ainsi Allaah vous clarifie Ses āyāt — Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
kamā staʾdhana lladhīna min qablihim
Dit : une fois la puberté atteinte, l'enfant bascule du régime restreint aux trois moments (S24:58, ce Bloc) à la règle générale déjà posée plus tôt dans cette sourate pour toute entrée dans une maison (S24:27–29, Bloc III de cette sourate) — « ceux qui les ont précédés » désignant, par cette cohérence, les adultes déjà soumis à cette même règle générale.

S.24:60 · Les femmes âgées — dispense sans étalage de parure

S.24:60
وَالْقَوَاعِدُ مِنَ النِّسَاءِ اللَّاتِي لَا يَرْجُونَ نِكَاحًا فَلَيْسَ عَلَيْهِنَّ جُنَاحٌ أَنْ يَضَعْنَ ثِيَابَهُنَّ غَيْرَ مُتَبَرِّجَاتٍ بِزِينَةٍ ۖ وَأَنْ يَسْتَعْفِفْنَ خَيْرٌ لَهُنَّ ۗ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Wa-l-qawāʿidu mina n-nisāʾi llātī lā yarjūna nikāḥan fa-laysa ʿalayhinna junāḥun an yaḑaʿna thiyābahunna ghayra mutabarrijātin bi-zīnatin — wa-an yastaʿfifna khayrun lahunna — wa-llāhu samīʿun ʿalīm Et les qawāʿid (les femmes retirées de l’espérance d’un nikāḥ) parmi les femmes, celles qui n’espèrent plus de mariage — nulle gêne sur elles à retirer leurs vêtements [extérieurs], sans faire étalage (ghayra mutabarrijātin) d’une zīna. Mais qu’elles se gardent (yastaʿfifna) est meilleur pour elles. Allaah est Samīʿ, ʿAlīm.
Notes lexicales
al-qawāʿidu mina n-nisāʾi
pluriel de *qāʿida*, racine *q-ʿ-d* (être assis, s'être retiré d'une activité) : par extension, chez les lexicographes classiques, la femme qui s'est retirée de l'espérance du mariage et de l'enfantement — l'âge n'est pas nommé directement, c'est l'absence d'espérance (*lā yarjūna*) qui définit la catégorie. Non-dit : ce seul verset ne fixe aucun âge précis.
ghayra mutabarrijātin bi-zīnatin
racine *b-r-j* (ce qui est apparent, saillant, exposé au regard — d'où *burj*, la tour) à la forme V (*tabarraja*), faire étalage de soi, se montrer avec ostentation. Cohérence intra-coranique : *zīna* reprend le terme déjà établi en S24:31 (Bloc III de cette sourate) — la dispense accordée ici porte sur le retrait de certains vêtements, non sur l'abandon de la retenue envers l'étalage de la *zīna*, qui reste, par ce mot même, posée comme limite.
yastaʿfifna
même racine *ʿ-f-f* que *yastaʿfifi* (S24:33, Bloc III de cette sourate) : la retenue volontaire, l'abstention par choix plutôt que par contrainte.

S.24:61 · Dispense de gêne — l’aveugle, le boiteux, le malade, et manger chez les proches

Point de transparence — contraste avec S24:31. La liste des proches énumérée dans ce verset (parents, enfants, frères, sœurs, oncles et tantes paternels, oncles et tantes maternels, et ceux dont on possède les clés, ou son ami) inclut nommément les aʿmām et les akhwāl (oncles paternels et maternels) ainsi que leurs équivalents féminins — une liste que le Bloc III de cette sourate avait relevée comme absente de l’énumération de S24:31 (la liste des proches devant qui une femme peut montrer sa zīna), sans la combler par analogie à l’époque. Ce Bloc constate que ce verset-ci, sur un sujet différent (le partage du repas, non l’exposition de la zīna), nomme ces deux catégories sans réserve — un fait textuel rapproché ici par souci de cohérence de lecture, sans qu’aucune conclusion ne soit tirée de ce rapprochement au-delà des deux contextes propres à chaque verset.

S.24:61
لَيْسَ عَلَى الْأَعْمَىٰ حَرَجٌ وَلَا عَلَى الْأَعْرَجِ حَرَجٌ وَلَا عَلَى الْمَرِيضِ حَرَجٌ وَلَا عَلَىٰ أَنْفُسِكُمْ أَنْ تَأْكُلُوا مِنْ بُيُوتِكُمْ أَوْ بُيُوتِ آبَائِكُمْ أَوْ بُيُوتِ أُمَّهَاتِكُمْ أَوْ بُيُوتِ إِخْوَانِكُمْ أَوْ بُيُوتِ أَخَوَاتِكُمْ أَوْ بُيُوتِ أَعْمَامِكُمْ أَوْ بُيُوتِ عَمَّاتِكُمْ أَوْ بُيُوتِ أَخْوَالِكُمْ أَوْ بُيُوتِ خَالَاتِكُمْ أَوْ مَا مَلَكْتُمْ مَفَاتِحَهُ أَوْ صَدِيقِكُمْ ۚ لَيْسَ عَلَيْكُمْ جُنَاحٌ أَنْ تَأْكُلُوا جَمِيعًا أَوْ أَشْتَاتًا ۚ فَإِذَا دَخَلْتُمْ بُيُوتًا فَسَلِّمُوا عَلَىٰ أَنْفُسِكُمْ تَحِيَّةً مِنْ عِنْدِ اللَّهِ مُبَارَكَةً طَيِّبَةً ۚ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمُ الْآيَاتِ لَعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَ
Laysa ʿalā l-aʿmā ḥarajun wa-lā ʿalā l-aʿraji ḥarajun wa-lā ʿalā l-marīḑi ḥarajun wa-lā ʿalā anfusikum an taʾkulū min buyūtikum aw buyūti ābāʾikum aw buyūti ummahātikum aw buyūti ikhwānikum aw buyūti akhawātikum aw buyūti aʿmāmikum aw buyūti ʿammātikum aw buyūti akhwālikum aw buyūti khālātikum aw mā malaktum mafātiḥahu aw ṣadīqikum — laysa ʿalaykum junāḥun an taʾkulū jamīʿan aw ashtātan — fa-idhā dakhaltum buyūtan fa-sallimū ʿalā anfusikum taḥiyyatan min ʿindi llāhi mubārakatan ṭayyibatan — kadhālika yubayyinu llāhu lakumu l-āyāti laʿallakum taʿqilūn Nulle gêne (ḥaraj) sur l’aveugle (al-aʿmā), nulle gêne sur le boiteux (al-aʿraj), nulle gêne sur le malade (al-marīḑ), ni sur vous-mêmes, à manger dans vos propres maisons, ou les maisons de vos pères, ou les maisons de vos mères, ou les maisons de vos frères, ou les maisons de vos sœurs, ou les maisons de vos oncles paternels, ou les maisons de vos tantes paternelles, ou les maisons de vos oncles maternels, ou les maisons de vos tantes maternelles, ou ce dont vous possédez les clés (mā malaktum mafātiḥahu), ou [la maison] de votre ami (ṣadīq). Nulle gêne sur vous à manger ensemble ou séparément. Et quand vous entrez dans des maisons, saluez-vous les uns les autres (sallimū ʿalā anfusikum) d’une salutation (taḥiyya) venant d’auprès d’Allaah (min ʿindi llāh), bénie (mubāraka) et bonne (ṭayyiba). Ainsi Allaah vous clarifie les āyāt, puissiez-vous raisonner.
Notes lexicales
ḥaraj
racine *ḥ-r-j* (l'étroitesse, le resserrement), précédent établi (S4:65, S5:1 : *mā yurīdu llāhu li-yajʿala ʿalaykum min ḥaraj*) : l'absence de gêne intérieure ou de contrainte imposée, non l'absence de désaccord d'opinion. Appliqué ici à trois catégories nommées (l'aveugle, le boiteux, le malade), puis étendu, par la suite immédiate du même verset, à la communauté entière pour le partage du repas chez des proches.
buyūti aʿmāmikum … akhwālikum
voir le callout dédié ci-dessus pour le contraste avec S24:31 (Bloc III de cette sourate).
mā malaktum mafātiḥahu
racine *m-l-k* (posséder, détenir), ici à distinguer nettement de *mā malakat aymānukum* (S4:3 et *passim*) : il ne s'agit pas ici d'une personne en servitude, mais d'un lieu dont on détient les clés — une charge de gestion ou de garde confiée, non une possession de personne. Ce Bloc marque cette distinction par souci de ne pas confondre deux emplois de la même racine *m-l-k* sur des objets radicalement différents (un lieu, une personne).
ṣadīqikum
racine *ṣ-d-q* (la véracité, la droiture dans la parole), d'où *ṣadīq*, l'ami véritable.
fa-sallimū ʿalā anfusikum
Dit, construction réfléchie collective. Littéralement « saluez-vous vous-mêmes » — une construction où le pluriel *anfusikum* (vos propres personnes) désigne, par le sens, les autres membres de la même maison ou de la même communauté d'appartenance, non chacun individuellement sa propre personne : un salut réciproque entre membres d'un même ensemble.
taḥiyyatan min ʿindi llāhi mubārakatan ṭayyibatan
*taḥiyya*, précédent établi (S4:86 : « *wa-idhā ḥuyyītum bi-taḥiyyatin fa-ḥayyū bi-aḥsana minhā* »). *Mubāraka*, racine *b-r-k*, précédent établi (étude dédiée [Baraka et tabarruk](/etudes/baraka-tabarruk/)) : ce qui porte en soi une croissance et un surplus de bienfait — ici appliqué à une salutation échangée entre humains, non à Allaah, de la même manière que ce même mot avait déjà été appliqué à l'arbre de la parabole du *Nūr* (S24:35, Bloc IV de cette sourate), jamais à la forme réservée *tabāraka*. *Ṭayyiba*, racine *ṭ-y-b*, opposée à *khabīth* (S24:26, Bloc III de cette sourate). Point de transparence : *min ʿindi llāh* (« venant d'auprès d'Allaah ») est un idiome d'origine extrêmement courant pour désigner la provenance d'un bienfait, non une localisation spatiale d'Allaah — distinct, par cette fréquence et cette généralité d'emploi, de la vigilance plus ponctuelle déjà exercée pour *ʿinda* dans un contexte de rétribution individuelle (S24:39, Bloc IV de cette sourate).

La vraie définition des croyants — l’amr jāmiʿ, l’appel du rasūl, clôture · S24:62–64

S.24:62 · La vraie définition des croyants — l’amr jāmiʿ et la permission demandée

S.24:62
إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ آمَنُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ وَإِذَا كَانُوا مَعَهُ عَلَىٰ أَمْرٍ جَامِعٍ لَمْ يَذْهَبُوا حَتَّىٰ يَسْتَأْذِنُوهُ ۚ إِنَّ الَّذِينَ يَسْتَأْذِنُونَكَ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ ۚ فَإِذَا اسْتَأْذَنُوكَ لِبَعْضِ شَأْنِهِمْ فَأْذَنْ لِمَنْ شِئْتَ مِنْهُمْ وَاسْتَغْفِرْ لَهُمُ اللَّهَ ۚ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Innamā l-muʾminūna lladhīna āmanū bi-llāhi wa-rasūlihi wa-idhā kānū maʿahu ʿalā amrin jāmiʿin lam yadhhabū ḥattā yastaʾdhinūhu — inna lladhīna yastaʾdhinūnaka ulāʾika lladhīna yuʾminūna bi-llāhi wa-rasūlihi — fa-idhā staʾdhanūka li-baʿḑi shaʾnihim fa-ʾdhan li-man shiʾta minhum wa-staghfir lahumu llāha — inna llāha ghafūrun raḥīm Les muʾminūn ne sont que ceux qui ont cru en Allaah et en Son rasūl, et qui, lorsqu’ils sont avec lui sur une affaire commune (amrin jāmiʿin), ne partent pas avant de lui avoir demandé la permission. Ceux qui te demandent la permission, ceux-là sont ceux qui croient en Allaah et en Son rasūl. Et s’ils te demandent la permission pour une de leurs affaires (baʿḑi shaʾnihim), donne permission à qui tu veux parmi eux, et demande pardon pour eux à Allaah : Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
innamā l-muʾminūna lladhīna āmanū
précédent établi (étude dédiée [definition-croyant.md](/etudes/definition-croyant/), qui traite nommément S8:2–4 et S23:1–11) : une construction restrictive (*innamā*) qui pose une définition précise plutôt qu'une description générale. Ce Bloc retient ici le même principe de méthode : la foi véritable est définie, dans ce verset, par un comportement concret (demander la permission avant de quitter une affaire commune), non par une seule déclaration verbale.
amrin jāmiʿin
racine *j-m-ʿ* (rassembler), ici qualifiant *amr* (affaire, décision) : une affaire qui réunit, qui concerne la communauté dans son ensemble — par contraste implicite avec *baʿḑi shaʾnihim* (« une de leurs affaires [propres] ») plus loin dans le même verset.
fa-ʾdhan li-man shiʾta minhum
Dit : le texte confie ici explicitement au *rasūl* une marge d'appréciation (« à qui tu veux parmi eux ») pour accorder ou non cette permission — une discrétion personnelle nommée, assortie aussitôt de l'ordre de demander pardon pour eux, sans que ce seul verset n'en précise les critères.

S.24:63 · L’appel du rasūl n’est pas un appel ordinaire — ceux qui se dérobent

Point de méthode — deux lectures de duʿāʾa r-rasūli, sans trancher arbitrairement. Le mot duʿāʾ (racine d-ʿ-w) couvre, en arabe classique, à la fois l’invocation (la supplication adressée à Allaah) et l’appel, la convocation, l’interpellation d’une personne. Deux lectures restent recevables pour ce membre de phrase. Lecture A, l’appel collectif : « ne traitez pas le fait que le rasūl vous appelle [à un rassemblement] comme vous traitez le fait de vous appeler les uns les autres » — lecture que la suite immédiate du verset appuie par cohérence contextuelle, puisqu’elle poursuit directement sur ceux qui se dérobent furtivement (yatasallalūna) à un tel appel, en écho direct à l’amr jāmiʿ du verset précédent (S24:62, ce Bloc). Lecture B, le mode d’interpellation : « ne vous adressez pas au rasūl, entre vous, de la manière dont vous vous adressez les uns aux autres [par le simple nom] » — lecture également recevable grammaticalement, portant sur le registre de l’adresse plutôt que sur la réponse à une convocation. Ce Bloc retient la lecture A comme la plus directement portée par la cohérence immédiate du passage (S24:62–63), sans écarter la lecture B comme grammaticalement illégitime.

S.24:63
لَا تَجْعَلُوا دُعَاءَ الرَّسُولِ بَيْنَكُمْ كَدُعَاءِ بَعْضِكُمْ بَعْضًا ۚ قَدْ يَعْلَمُ اللَّهُ الَّذِينَ يَتَسَلَّلُونَ مِنْكُمْ لِوَاذًا ۚ فَلْيَحْذَرِ الَّذِينَ يُخَالِفُونَ عَنْ أَمْرِهِ أَنْ تُصِيبَهُمْ فِتْنَةٌ أَوْ يُصِيبَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Lā tajʿalū duʿāʾa r-rasūli baynakum ka-duʿāʾi baʿḑikum baʿḑan — qad yaʿlamu llāhu lladhīna yatasallalūna minkum liwādhan — fa-l-yaḥdhari lladhīna yukhālifūna ʿan amrihi an tuṣībahum fitnatun aw yuṣībahum ʿadhābun alīm Ne traitez pas l’appel du rasūl, entre vous, comme l’appel de certains d’entre vous à d’autres. Allaah connaît assurément (qad yaʿlamu) ceux d’entre vous qui se dérobent furtivement (yatasallalūna … liwādhan). Que ceux qui s’opposent à son ordre (yukhālifūna ʿan amrihi) prennent garde qu’une fitna ne les atteigne, ou qu’un châtiment douloureux (ʿadhābun alīm) ne les atteigne.
Notes lexicales
duʿāʾa r-rasūli … ka-duʿāʾi baʿḑikum baʿḑan
voir le callout dédié ci-dessus pour les deux lectures possibles.
qad yaʿlamu llāhu
Point de grammaire. La particule *qad* devant un verbe à l'inaccompli (*muḑāriʿ*) marque, selon le contexte, soit une simple éventualité (« il se peut que… »), soit, devant un verbe de savoir appliqué à Allaah, une emphase de certitude déjà reconnue par les grammairiens classiques dans ce type d'emploi précis — non une incertitude sur le fait qu'Allaah sache, mais une insistance sur ce qu'Il sait déjà. Cette même construction revient au verset suivant (S24:64, ce Bloc : *qad yaʿlamu mā antum ʿalayhi*) avec la même valeur.
yatasallalūna minkum liwādhan
*yatasallalūna*, racine *s-l-l* (extraire doucement, comme on tire une épée de son fourreau) : se glisser hors d'un lieu, s'esquiver sans bruit. *Liwādhan*, racine *l-w-dh* (chercher refuge, s'abriter derrière) : se dérober en se dissimulant l'un derrière l'autre.
yukhālifūna ʿan amrihi
racine *kh-l-f*, forme III (*khālafa*, s'opposer, aller à l'encontre) — point de vigilance lexicale, à distinguer d'une racine identique employée ailleurs dans ce Bloc. Cette même racine *kh-l-f* a servi plus haut dans ce Bloc pour l'*istikhlāf* (S24:55 : établir comme successeur). Les deux emplois reposent sur des dérivations distinctes d'une même racine triconsonantique — l'une désignant la succession dans le temps, l'autre l'opposition à un ordre — et ce Bloc ne les confond pas.
fitnatun … ʿadhābun alīm
*fitna*, précédent extensivement établi : l'épreuve qui éprouve et distingue. *ʿAdhābun alīm*, précédent extensivement établi (S2:10 et *passim*).

S.24:64 · Clôture — à Allaah ce qui est dans les cieux et la terre

S.24:64
أَلَا إِنَّ لِلَّهِ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ قَدْ يَعْلَمُ مَا أَنْتُمْ عَلَيْهِ وَيَوْمَ يُرْجَعُونَ إِلَيْهِ فَيُنَبِّئُهُمْ بِمَا عَمِلُوا ۗ وَاللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Alā inna li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-l-arḑi — qad yaʿlamu mā antum ʿalayhi wa-yawma yurjaʿūna ilayhi fa-yunabbiʾuhum bi-mā ʿamilū — wa-llāhu bi-kulli shayʾin ʿalīm N’est-ce pas ? À Allaah [appartient] ce qui est dans les cieux et sur la terre. Il sait assurément (qad yaʿlamu) ce sur quoi vous êtes ; et le jour où ils seront ramenés (yurjaʿūna) vers Lui, Il les informera (fa-yunabbiʾuhum) de ce qu’ils ont fait. Allaah est, de toute chose, ʿAlīm.
Notes lexicales
alā inna li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-l-arḑi
précédent extensivement établi, sous une forme presque identique (S3:109/129, S4:131–132/170 : « *li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḑi* ») — ce verset referme ainsi la sourate sur une formule déjà rencontrée à de nombreuses reprises, introduite ici par la particule d'attention *alā* (« n'est-ce pas »).
qad yaʿlamu mā antum ʿalayhi
voir la note de grammaire posée en S24:63 (ce Bloc) sur la valeur emphatique de *qad* devant un verbe de savoir appliqué à Allaah.
yawma yurjaʿūna ilayhi fa-yunabbiʾuhum bi-mā ʿamilū
précédent établi (S5:48 : « *ilā llāhi marjiʿukum jamīʿan fa-yunabbiʾukum bi-mā kuntum fīhi takhtalifūn* ») — même structure (le retour, puis l'information donnée sur les actes), reprise ici pour clore la sourate. Non-dit : ce seul verset ne précise pas davantage la nature de ce retour (*rujūʿ*) au-delà de ce qu'en dit, ailleurs, l'étude dédiée [Amwāt, Aḥyāʾ, Barzakh](/etudes/amwat-ahyaa-barzakh/).

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