Structure du Bloc II. Ce Bloc poursuit directement la fuite de Mūsā hors d’Égypte qui refermait le Bloc I. Il ouvre sur l’arrivée à Madyan : le point d’eau, les deux femmes qui retiennent leurs bêtes, l’abreuvement, puis le retour de l’une d’elles pour l’inviter chez son père, la proposition de mariage contre un service de huit à dix ans, et l’accord scellé devant Allaah pris comme garant (S28:22–28). Vient ensuite l’épisode du feu aperçu près du Ṭūr au terme de ce séjour : l’appel, l’auto-désignation d’Allaah, le bâton devenu jānn, la main blanchie, les deux preuves données pour Firʿawn, la crainte de Mūsā d’être tué pour l’homme qu’il a frappé, et l’envoi de Hārūn comme soutien (S28:29–35). Le Bloc se referme sur la confrontation avec Firʿawn : l’accusation de sorcellerie, la réponse de Mūsā, la proclamation de Firʿawn se posant comme seul ilāh, son projet de tour avec Hāmān, l’orgueil sans droit, l’engloutissement dans le yamm, la condition faite à ce peuple devenu aʾimma appelant au Feu, et la clôture par le don du Kitāb à Mūsā (S28:36–43).

Point théologiquement sensible — S28:30, l’appel « depuis l’arbre », dans « le lieu béni ». Ce verset rapporte un appel (nūdiya, à la forme passive) suivi d’une auto-désignation sans aucune ambiguïté de référent (« c’est Moi, en vérité — Allaah, Rabb des ʿālamīn ») — à la différence de S27:8, où le pronom man laissait plusieurs lectures possibles sur l’identité de ce qui était béni. Ici, l’identité de qui parle n’est pas en cause : c’est la construction locative qui entoure l’appel qui appelle la même prudence méthodologique. Voir le callout dédié posé à cet endroit précis (S28:30, ce Bloc) : ce Bloc n’affirme à aucun moment qu’Allaah Se trouverait Lui-même, spatialement, contenu dans cet arbre ou dans ce lieu — les compléments de lieu qui précèdent l’appel (« depuis le flanc de la vallée… dans le lieu béni… depuis l’arbre ») qualifient grammaticalement l’endroit d’où Mūsā perçut l’appel, non une localisation d’Allaah Lui-même.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.28:22 Le départ vers Madyan — « que mon Rabb me guide vers le droit chemin »
S.28:23 Le point d’eau de Madyan — les deux femmes qui retiennent leurs bêtes
S.28:24 Il les abreuve, se retire à l’ombre — la prière de pauvreté
S.28:25 Le retour de l’une d’elles — la pudeur, le récit (qaṣaṣ) raconté au père
S.28:26 « Le meilleur à embaucher est le fort, le digne de confiance »
S.28:27 La proposition de mariage contre huit années de service
S.28:28 L’accord scellé — « Allaah est garant de ce que nous disons »
S.28:29 Le terme accompli — un feu aperçu près du Ṭūr
S.28:30 L’appel depuis l’arbre, dans le lieu béni — « Je suis Allaah, Rabb des ʿālamīn »
S.28:31 Le bâton devenu jānn — la fuite, puis le rappel à l’assurance
S.28:32 La main dans le vêtement, le bras serré contre la frayeur — deux preuves
S.28:33 La crainte de Mūsā — « j’ai tué une âme parmi eux »
S.28:34 Hārūn, plus éloquent — demandé comme soutien
S.28:35 La réponse — le bras affermi, l’autorité donnée, la victoire promise
S.28:36–37 L’accusation de sorcellerie inventée — la réponse de Mūsā
S.28:38 Firʿawn : « nul ilāh pour vous que moi » — la tour de Hāmān
S.28:39 L’orgueil sans droit — la pensée de n’être jamais ramenés
S.28:40 Saisis et jetés dans le yamm
S.28:41–42 Des aʾimma qui appellent au Feu — la malédiction, les maqbūḥīn
S.28:43 Le Kitāb donné à Mūsā — discernement, guidance et raḥma pour les gens

Mūsā à Madyan — l’eau, le service, le mariage · S28:22–28

S.28:22 · Le départ vers Madyan — « que mon Rabb me guide vers le droit chemin »

S.28:22
وَلَمَّا تَوَجَّهَ تِلْقَاءَ مَدْيَنَ قَالَ عَسَىٰ رَبِّي أَنْ يَهْدِيَنِي سَوَاءَ السَّبِيلِ
Wa-lammā tawajjaha tilqāʾa madyana qāla ʿasā rabbī an yahdiyanī sawāʾa s-sabīl Et lorsqu’il se dirigea (tawajjaha) vers Madyan (tilqāʾa madyana), il dit : « Peut-être mon Rabb me guidera-t-Il vers le droit chemin (sawāʾa s-sabīl). »
Notes lexicales
tawajjaha tilqāʾa
racine *w-j-h* (le visage, la face — d'où, à cette forme, se tourner tout entier vers une direction) et *tilqāʾa* (droit dans la direction de). Premières occurrences développées. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si Mūsā connaissait d'avance sa destination exacte, ou s'il se dirigeait seulement dans la direction générale de Madyan, sans itinéraire déjà fixé.
sawāʾa s-sabīl
précédent déjà établi (S2:108, S5:12, S5:60, S5:77) : l'axe médian d'un chemin — s'en égarer, c'est quitter cet axe, non simplement se tromper de destination. Ici dans la bouche de Mūsā lui-même, en prière, au tout début de son exil.

S.28:23 · Le point d’eau de Madyan — les deux femmes qui retiennent leurs bêtes

S.28:23
وَلَمَّا وَرَدَ مَاءَ مَدْيَنَ وَجَدَ عَلَيْهِ أُمَّةً مِنَ النَّاسِ يَسْقُونَ وَوَجَدَ مِنْ دُونِهِمُ امْرَأَتَيْنِ تَذُودَانِ ۖ قَالَ مَا خَطْبُكُمَا ۖ قَالَتَا لَا نَسْقِي حَتَّىٰ يُصْدِرَ الرِّعَاءُ ۖ وَأَبُونَا شَيْخٌ كَبِيرٌ
Wa-lammā warada māʾa madyana wajada ʿalayhi ummatan mina n-nāsi yasqūna wa-wajada min dūnihimu mraʾatayni tadhūdāni qāla mā khaṭbukumā qālatā lā nasqī ḥattā yuṣdira r-riʿāʾu wa-abūnā shaykhun kabīr Et lorsqu’il parvint au point d’eau de Madyan, il y trouva un groupe de gens (ummatan mina n-nās) faisant boire [leurs bêtes], et il trouva, en retrait d’eux, deux femmes qui retenaient [les leurs] (tadhūdāni). Il dit : « Quelle est donc votre affaire (mā khaṭbukumā) ? » Elles dirent : « Nous ne faisons boire qu’une fois que les bergers (ar-riʿāʾ) se seront retirés (yuṣdira) — et notre père est un vieillard très âgé (shaykhun kabīr). »
Notes lexicales
ummatan mina n-nās
*umma*, racine *ʾ-m-m* — précédent déjà établi (S10:19, S23:52) : un groupe rassemblé par un même trait ou une même activité, ici de simples bergers au point d'eau, sans aucune portée doctrinale particulière.
tadhūdāni
racine *dh-w-d* : repousser, retenir, empêcher d'avancer — ici appliqué à des bêtes qu'on tient à l'écart de l'abreuvoir. Première occurrence développée. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas si les deux femmes retiennent leurs bêtes par discrétion envers les hommes présents, par simple prudence, ou pour une autre raison — la suite du verset (leur propre explication) en donne seulement le motif pratique : attendre que les bergers se retirent.
mā khaṭbukumā
racine *kh-ṭ-b* : l'affaire, la situation qui requiert explication — à distinguer de la *khiṭba* (la demande en mariage, même racine, non en jeu ici) et du *khuṭba* (le discours), deux sens dérivés de la même racine que ce Bloc signale sans leur attribuer de rapport de sens direct avec cet emploi. Première occurrence développée.
ḥattā yuṣdira r-riʿāʾu
racine *ṣ-d-r* (forme IV) : faire sortir, faire se retirer — ici les bergers retirant leurs troupeaux de l'abreuvoir. Première occurrence développée.

S.28:24 · Il les abreuve, se retire à l’ombre — la prière de pauvreté

S.28:24
فَسَقَىٰ لَهُمَا ثُمَّ تَوَلَّىٰ إِلَى الظِّلِّ فَقَالَ رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ
Fa-saqā lahumā thumma tawallā ila ẕ-ẕilli fa-qāla rabbi innī li-mā anzalta ilayya min khayrin faqīr Il abreuva donc leurs bêtes pour elles (fa-saqā lahumā), puis se retira vers l’ombre (tawallā ila ẕ-ẕill), et dit : « Mon Rabb, pour tout bien que Tu ferais descendre vers moi, je suis dans le besoin (faqīr). »
Notes lexicales
li-mā anzalta ilayya min khayrin faqīr
*faqīr*, racine *f-q-r* : celui qui est dans le besoin, dépourvu de ressources — première occurrence développée. **Dit** : Mūsā, venant de fuir l'Égypte sans ressources, formule une demande d'une portée délibérément très large (« pour tout bien ») plutôt qu'une requête précise — **non-dit** : ce seul verset ne nomme aucun bien particulier (nourriture, abri, ou autre) que Mūsā espérerait recevoir.

S.28:25 · Le retour de l’une d’elles — la pudeur, le récit raconté au père

Rappel — la source du nom traditionnel de cette sourate. Ce verset contient la formule waqaṣṣa ʿalayhi l-qaṣaṣa (« il lui raconta le récit »), déjà annoncée par avance dans la note posée en S28:11 (Bloc I) : c’est bien de ce verset précis, et de cette racine q-ṣ-ṣ, que vient le nom traditionnel al-Qaṣaṣ donné à cette sourate — un simple mot du texte, employé ici en son sens premier (le récit qui suit le fil des faits), sans qu’aucune signification supplémentaire ne lui soit ajoutée du seul fait qu’il nomme la sourate.

S.28:25
فَجَاءَتْهُ إِحْدَاهُمَا تَمْشِي عَلَى اسْتِحْيَاءٍ قَالَتْ إِنَّ أَبِي يَدْعُوكَ لِيَجْزِيَكَ أَجْرَ مَا سَقَيْتَ لَنَا ۚ فَلَمَّا جَاءَهُ وَقَصَّ عَلَيْهِ الْقَصَصَ قَالَ لَا تَخَفْ ۖ نَجَوْتَ مِنَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
Fa-jāʾathu iḥdāhumā tamshī ʿalā stiḥyāʾin qālat inna abī yadʿūka li-yajziyaka ajra mā saqayta lanā fa-lammā jāʾahu wa-qaṣṣa ʿalayhi l-qaṣaṣa qāla lā takhaf najawta mina l-qawmi ẕ-ẕālimīn L’une des deux femmes vint alors à lui, marchant avec une pudeur retenue (tamshī ʿalā stiḥyāʾin) ; elle dit : « Mon père t’appelle, pour te rétribuer le prix (ajr) de ce que tu as fait boire pour nous. » Puis, lorsqu’il vint à lui et lui raconta le récit (qaṣṣa ʿalayhi l-qaṣaṣa), il [le père] dit : « Ne crains rien — tu as échappé au peuple injuste. »
Notes lexicales
tamshī ʿalā stiḥyāʾin
racine *ḥ-y-y*, forme X (*istiḥyāʾ*) : la pudeur, la retenue devant autrui — à distinguer nettement de *yastaḥyī* à la forme IV, rencontré au Bloc I à propos de Firʿawn « laissant vivre » les filles (S28:4) : même racine, deux sens bien distincts (la vie épargnée, d'une part ; la pudeur retenue, de l'autre), que ce Bloc signale par souci de transparence philologique sans leur attribuer de rapport de sens.
li-yajziyaka ajra mā saqayta
*ajr*, racine *ʾ-j-r* : le salaire, la rétribution d'un service rendu — reprise plus loin dans ce Bloc sous une forme apparentée (*taʾjuranī*, *staʾjirhu*, S28:26–27, ce Bloc). Première occurrence développée.
wa-qaṣṣa ʿalayhi l-qaṣaṣa
voir le callout dédié ci-dessus. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas le contenu exact de ce *qaṣaṣ* rapporté par Mūsā à son hôte — le texte n'en précise que l'effet sur l'auditeur (la parole rassurante qui suit), sans qu'aucun contenu détaillé ne soit importé au-delà de ce que le lecteur connaît déjà par le Bloc précédent (S28:15–21).
lā takhaf najawta mina l-qawmi ẕ-ẕālimīn
**Non-dit** : ce père n'est pas nommé par ce seul verset — l'identification traditionnelle à Shuʿayb, *nabī* par ailleurs rencontré dans le Coran pour le peuple de Madyan, n'est donnée par aucun verset de ce Bloc ; ce Bloc n'importe donc pas ce nom, et se limite à ce que le texte nomme : « son père », « lui ».

S.28:26 · « Le meilleur à embaucher est le fort, le digne de confiance »

S.28:26
قَالَتْ إِحْدَاهُمَا يَا أَبَتِ اسْتَأْجِرْهُ ۖ إِنَّ خَيْرَ مَنِ اسْتَأْجَرْتَ الْقَوِيُّ الْأَمِينُ
Qālat iḥdāhumā yā abati staʾjirhu inna khayra mani staʾjarta l-qawiyyu l-amīn L’une des deux dit : « Ô mon père, embauche-le (staʾjirhu) — le meilleur à embaucher est certes celui qui est fort et digne de confiance (al-qawiyyu l-amīn). »
Notes lexicales
staʾjirhu
même racine *ʾ-j-r* que S28:25 (ce Bloc, *ajr*) — ici à la forme X, « prendre à son service contre salaire ».
al-qawiyyu l-amīn
*qawiyy*, racine *q-w-y* : la force, la capacité physique à accomplir une tâche — première occurrence développée. *Amīn*, même racine *ʾ-m-n* que *muʾminūn* et *amāna*, largement établie : la fiabilité qui garde ce qui lui est confié. **Dit** : le texte rapporte ce jugement comme une parole de la fille elle-même, fondée sur ce qu'elle vient d'observer (la force déployée pour abreuver les bêtes, S28:24 ; la retenue pudique de sa sœur rapportée au verset précédent peut en outre suggérer, sans que ce seul verset ne le formule explicitement, une attention portée au comportement de Mūsā) — **non-dit** : le texte ne précise pas davantage sur quoi exactement se fonde ce double jugement de force et de fiabilité.

S.28:27 · La proposition de mariage contre huit années de service

S.28:27
قَالَ إِنِّي أُرِيدُ أَنْ أُنْكِحَكَ إِحْدَى ابْنَتَيَّ هَاتَيْنِ عَلَىٰ أَنْ تَأْجُرَنِي ثَمَانِيَ حِجَجٍ ۖ فَإِنْ أَتْمَمْتَ عَشْرًا فَمِنْ عِنْدِكَ ۖ وَمَا أُرِيدُ أَنْ أَشُقَّ عَلَيْكَ ۚ سَتَجِدُنِي إِنْ شَاءَ اللَّهُ مِنَ الصَّالِحِينَ
Qāla innī urīdu an unkiḥaka iḥdā btanatayya hātayni ʿalā an taʾjuranī thamāniya ḥijajin fa-in atmamta ʿashran fa-min ʿindika wa-mā urīdu an ashuqqa ʿalayka sa-tajidunī in shāʾa llāhu mina ṣ-ṣāliḥīn Il dit : « Je veux te marier (unkiḥaka) à l’une de ces deux filles qui sont les miennes, à condition que tu me serves (taʾjuranī) huit années (thamāniya ḥijajin) ; et si tu en accomplis dix, cela viendra de toi (fa-min ʿindika) — je ne veux rien t’imposer de pénible (an ashuqqa ʿalayka). Tu me trouveras, si Allaah le veut, du nombre des gens droits (aṣ-ṣāliḥīn). »
Notes lexicales
unkiḥaka … thamāniya ḥijajin
*nakaḥa*, racine *n-k-ḥ* : contracter un mariage — première occurrence développée. *Ḥijaj*, pluriel de *ḥijja* (même racine que *ḥajj*) : une année, comptée par le cycle qui revient — première occurrence développée. **Non-dit** : le texte ne précise ni laquelle des deux filles est destinée à Mūsā, ni l'identité de celle qui a parlé au verset précédent — ce Bloc ne tranche pas entre les deux.
fa-in atmamta ʿashran fa-min ʿindika
**Dit, avec précision** : le texte distingue un terme minimal requis (huit ans) d'un terme porté à dix années, que le père qualifie explicitement de surcroît volontaire (« cela viendra de toi ») — non d'une obligation supplémentaire qu'il imposerait.
an ashuqqa ʿalayka
racine *sh-q-q* : fendre, et au figuré imposer une charge pénible, dure à supporter — première occurrence développée.

S.28:28 · L’accord scellé — « Allaah est garant de ce que nous disons »

S.28:28
قَالَ ذَٰلِكَ بَيْنِي وَبَيْنَكَ ۖ أَيَّمَا الْأَجَلَيْنِ قَضَيْتُ فَلَا عُدْوَانَ عَلَيَّ ۖ وَاللَّهُ عَلَىٰ مَا نَقُولُ وَكِيلٌ
Qāla dhālika baynī wa-baynaka ayyamā l-ajalayni qaḍaytu falā ʿudwāna ʿalayya wa-llāhu ʿalā mā naqūlu wakīl Il [Mūsā] dit : « Que cela soit entre toi et moi — quel que soit celui des deux termes (al-ajalayni) que j’accomplisse (qaḍaytu), qu’aucun tort ne me soit fait (falā ʿudwāna ʿalayya) ; et Allaah est garant (wakīl) de ce que nous disons. »
Notes lexicales
falā ʿudwāna ʿalayya
racine *ʿ-d-w*, même racine que *ʿaduww* (l'ennemi, S28:8/15/19, Bloc I) — ici au sens de transgression, d'excès commis contre quelqu'un. **Dit** : Mūsā pose explicitement que l'accomplissement de l'un ou l'autre terme suffit à le libérer pleinement de toute réclamation ultérieure — une clause qui le protège, et non une simple formule de politesse.
wa-llāhu ʿalā mā naqūlu wakīl
racine *w-k-l*, précédent établi (le refus de ce même statut pour le *nabī* lui-même, S6:66/102) : celui à qui une charge ou une affaire est remise en toute confiance, et qui en répond. Ici appliqué à Allaah par Mūsā lui-même, comme garant du pacte verbal qui vient d'être conclu — conservé en translittération, conformément à l'usage constant pour ce qui se dit d'Allaah.

Le feu au Ṭūr — l’appel, les deux preuves, Hārūn envoyé en soutien · S28:29–35

S.28:29 · Le terme accompli — un feu aperçu près du Ṭūr

S.28:29
۞ فَلَمَّا قَضَىٰ مُوسَى الْأَجَلَ وَسَارَ بِأَهْلِهِ آنَسَ مِنْ جَانِبِ الطُّورِ نَارًا قَالَ لِأَهْلِهِ امْكُثُوا إِنِّي آنَسْتُ نَارًا لَعَلِّي آتِيكُمْ مِنْهَا بِخَبَرٍ أَوْ جَذْوَةٍ مِنَ النَّارِ لَعَلَّكُمْ تَصْطَلُونَ
Fa-lammā qaḍā mūsā l-ajala wa-sāra bi-ahlihi ānasa min jānibi ṭ-ṭūri nāran qāla li-ahlihi mkuthū innī ānastu nāran laʿallī ātīkum minhā bi-khabarin aw jadhwatin mina n-nāri laʿallakum taṣṭalūn Puis, lorsque Mūsā eut accompli le terme et qu’il partit avec sa famille (sāra bi-ahlihi), il perçut distinctement (ānasa) un feu du côté du Ṭūr (jānibi ṭ-ṭūr). Il dit aux siens : « Demeurez [ici] — j’ai distinctement perçu un feu ; peut-être vous en apporterai-je une nouvelle, ou un tison du feu (jadhwatin mina n-nāri), afin que vous vous réchauffiez. »
Notes lexicales
qaḍā mūsā l-ajal
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas lequel des deux termes (huit ou dix ans) Mūsā accomplit — ce Bloc ne tranche pas, conformément à l'accord lui-même posé en S28:28 (ce Bloc), qui rendait les deux termes également valables.
aṭ-Ṭūr
racine *ṭ-w-r* : le mont — nom conservé en translittération comme toute désignation propre. Première occurrence développée. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas davantage l'identité géographique de ce mont au-delà de sa simple mention ; ce Bloc n'importe aucune localisation extérieure au texte.
jadhwatin mina n-nāri
racine *j-dh-w* : le tison, le morceau de bois enflammé qu'on prélève d'un feu — première occurrence développée. **Point de transparence, variation lexicale entre les récits parallèles** : le même objet concret est nommé différemment selon les sourates qui rapportent cet épisode — *qabas* (S20:10), *shihābin qabasin* (S27:7), et ici *jadhwa* — trois mots distincts pour un même geste pratique (prélever de quoi s'éclairer ou se chauffer), sans qu'aucune portée supplémentaire ne soit attachée à cette variation.

S.28:30 · L’appel depuis l’arbre, dans le lieu béni — « Je suis Allaah, Rabb des ʿālamīn »

Point théologiquement sensible — prudence maximale. Ce verset rapporte un appel (nūdiya, forme passive) dont trois compléments de lieu précèdent le contenu rapporté : « depuis le flanc droit de la vallée (min shāṭiʾi l-wādi l-aymani) », « dans le lieu béni (fi l-buqʿati l-mubārakati) », « depuis l’arbre (mina sh-shajarati) ». Ce que la grammaire affirme : ces trois compléments qualifient le verbe nūdiya lui-même — ils décrivent d’où provenait, pour Mūsā, le son de cet appel qu’il perçut à cet endroit précis — exactement comme on dirait, de toute voix humaine entendue de loin, qu’elle « vient de » tel rocher ou de tel bosquet sans que cela ne contienne spatialement la personne qui parle au sens d’un corps logé à cet endroit. Ce qu’aucune lecture retenue par ce Bloc n’affirme, et ne doit jamais affirmer : que Allaah Se trouverait Lui-même, spatialement, contenu dans cet arbre ou enclos dans ce lieu — une telle lecture installerait une localisation corporelle d’Allaah, strictement exclue par la méthode de cette étude (voir le traitement constant de l’istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh, S7:54, et le callout dédié à la construction très proche de S27:8). La suite immédiate du verset — l’auto-désignation à la première personne, sans aucun support local (« c’est Moi, en vérité — Allaah, Rabb des ʿālamīn ») — confirme cette lecture : c’est la parole elle-même qui identifie qui s’adresse à Mūsā, non une présence circonscrite dans l’arbre ou le lieu. Point lexical annexe, sans ambiguïté celui-ci : l’adjectif al-mubāraka (« béni »), qui qualifie ici le lieu lui-même (al-buqʿa), est la forme II ordinaire de la racine b-r-k — distincte de tabāraka, forme VI réservée exclusivement à Allaah (voir l’étude dédiée Baraka et tabarruk) ; un lieu, un moment ou une chose peuvent être dits mubārak(a) sans que cela ne pose la question propre à tabāraka, qui ne s’applique jamais qu’à Allaah Lui-même.

S.28:30
فَلَمَّا أَتَاهَا نُودِيَ مِنْ شَاطِئِ الْوَادِ الْأَيْمَنِ فِي الْبُقْعَةِ الْمُبَارَكَةِ مِنَ الشَّجَرَةِ أَنْ يَا مُوسَىٰ إِنِّي أَنَا اللَّهُ رَبُّ الْعَالَمِينَ
Fa-lammā atāhā nūdiya min shāṭiʾi l-wādi l-aymani fi l-buqʿati l-mubārakati mina sh-shajarati an yā mūsā innī anā llāhu rabbu l-ʿālamīn Puis, lorsqu’il y parvint, il fut appelé (nūdiya), depuis le flanc droit de la vallée (min shāṭiʾi l-wādi l-aymani), dans le lieu béni (fi l-buqʿati l-mubārakati), depuis l’arbre (mina sh-shajarati) : « Ô Mūsā, c’est Moi, en vérité — Allaah, Rabb des ʿālamīn. »
Notes lexicales
min shāṭiʾi l-wādi l-aymani
*shāṭiʾ*, racine *sh-ṭ-ʾ* : le flanc, la rive d'une vallée ou d'un cours d'eau. *Ayman*, racine *y-m-n* : le côté droit — ici un simple repère directionnel. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas si ce « droit » se dit du point de vue de Mūsā approchant, ou d'une orientation fixe du lieu lui-même ; ce Bloc ne tranche pas.
al-buqʿati l-mubārakati … sh-shajarati
voir le callout de méthode ci-dessus, qui traite l'ensemble de ce point.
innī anā llāhu rabbu l-ʿālamīn
**Dit** : la même structure d'auto-désignation déjà rencontrée pour ce même épisode (*innanī anā llāhu*, S20:14 ; *innahu anā llāhu*, S27:9) — ici augmentée du Nom *rabbu l-ʿālamīn*, absent des deux autres occurrences, sans que ce Bloc n'y voie une différence de portée au-delà de cette simple variation.

S.28:31 · Le bâton devenu jānn — la fuite, puis le rappel à l’assurance

S.28:31
وَأَنْ أَلْقِ عَصَاكَ ۖ فَلَمَّا رَآهَا تَهْتَزُّ كَأَنَّهَا جَانٌّ وَلَّىٰ مُدْبِرًا وَلَمْ يُعَقِّبْ ۚ يَا مُوسَىٰ أَقْبِلْ وَلَا تَخَفْ ۖ إِنَّكَ مِنَ الْآمِنِينَ
Wa-an alqi ʿaṣāka fa-lammā raʾāhā tahtazzu ka-annahā jānnun wallā mudbiran wa-lam yuʿaqqib yā mūsā aqbil wa-lā takhaf innaka mina l-āminīn « Et jette ton bâton (ʿaṣāka). » Puis, quand il le vit s’agiter (tahtazzu) comme s’il était un jānn, il tourna le dos en fuyant (wallā mudbiran) et ne revint pas sur ses pas (lam yuʿaqqib). « Ô Mūsā, avance (aqbil), et ne crains rien : tu es certes du nombre de ceux qui sont en sécurité (al-āminīn). »
Notes lexicales
jānn … wallā mudbiran wa-lam yuʿaqqib
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même signe (S27:10) : voir la note qui y distingue *jānn* (le serpent fin et agile) de *thuʿbān* et de *ḥayya*.
aqbil wa-lā takhaf innaka mina l-āminīn
**Point de transparence, variation entre les deux récits parallèles.** En S27:10, la parole rassurante prenait la forme d'un principe général (« en vérité, auprès de Moi, les *mursalūn* ne craignent pas »). Ici, elle prend une forme différente, à la fois un ordre d'avancer (*aqbil*, racine *q-b-l*, première occurrence développée) et une qualification directement appliquée à Mūsā (« tu es du nombre de ceux qui sont en sécurité », *al-āminīn*, même racine *ʾ-m-n* que *muʾminūn*). Ce Bloc rapporte chaque formulation selon ses propres termes, sans les fondre en une seule.

S.28:32 · La main dans le vêtement, le bras serré contre la frayeur — deux preuves

Point de méthode — deux gestes distincts, à ne pas fondre en un seul. Ce verset associe deux gestes corporels de Mūsā que ce Bloc tient soigneusement séparés. Le premier (« introduis ta main dans l’ouverture de ton vêtement ») produit directement le signe de la blancheur — construction identique, mot pour mot, à S27:12 et au précédent plus ancien S7:108/S20:22/S26:33. Le second (« et serre contre toi ton bras, [pour te délivrer] de la frayeur ») est un geste distinct, de nature apaisante plutôt que démonstrative : nulle part ce seul verset ne dit que ce second geste produirait, lui aussi, un signe visible — à la différence de S20:22, où un geste de bras similaire (wa-ḍmum yadaka ilā janāḥika) était directement rattaché à la production du signe de blancheur. Ce Bloc ne fond donc pas ces deux constructions voisines, bien qu’elles emploient un vocabulaire proche (la racine ḍ-m-m, le mot janāḥ).

S.28:32
اسْلُكْ يَدَكَ فِي جَيْبِكَ تَخْرُجْ بَيْضَاءَ مِنْ غَيْرِ سُوءٍ وَاضْمُمْ إِلَيْكَ جَنَاحَكَ مِنَ الرَّهْبِ ۖ فَذَانِكَ بُرْهَانَانِ مِنْ رَبِّكَ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ ۚ إِنَّهُمْ كَانُوا قَوْمًا فَاسِقِينَ
Usluk yadaka fī jaybika takhruj bayḍāʾa min ghayri sūʾin wa-ḍmum ilayka janāḥaka mina r-rahbi fa-dhānika burhānāni min rabbika ilā firʿawna wa-malaʾihi innahum kānū qawman fāsiqīn « Introduis ta main dans l’ouverture de ton vêtement (jaybika) : elle en sortira blanche, sans mal aucun. Et serre contre toi ton bras (janāḥaka), pour te délivrer de la frayeur (mina r-rahbi) — voilà deux preuves (burhānāni) venant de ton Rabb, pour Firʿawn et son assemblée (malaʾihi) : ils sont certes un peuple qui transgresse. »
Notes lexicales
usluk yadaka fī jaybika … min ghayri sūʾin
racine *s-l-k* (forme I) : faire entrer, introduire dans un passage — première occurrence développée pour cette variante exacte du geste ; la suite, mot pour mot identique au précédent déjà établi (S7:108, S20:22, S27:12).
wa-ḍmum ilayka janāḥaka mina r-rahbi
voir le callout de méthode ci-dessus. *Rahb*, racine *r-h-b* : la frayeur, l'effroi — à distinguer de *khawf* (la crainte ordinaire, très largement établie) par un degré d'intensité propre à cette racine, selon Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*). Première occurrence développée.
burhānāni
racine *b-r-h*, précédent établi par l'étude dédiée [Hātū burhānakum](/etudes/hatu-burhanakum/) et par S12:24, S21:24, S23:117, S27:64 : la preuve effective, non une simple affirmation. Ici au duel (*burhānāni*), désignant ensemble les deux signes qui viennent d'être donnés — le bâton (S28:31, ce Bloc) et la main (ce verset) —, et non un troisième signe distinct.
firʿawna wa-malaʾihi
*al-malaʾ*, racine *m-l-ʾ*, précédent extensivement établi (S7:60, S23:24, S26:34, et ce Bloc même S28:20, Bloc I) : l'assemblée des notables.

S.28:33 · La crainte de Mūsā — « j’ai tué une âme parmi eux »

Point de transparence — Mūsā nomme lui-même son acte par le verbe qatala. Voir le callout de méthode posé en S28:15 (Bloc I) : ce verset de narration avait soigneusement évité le verbe qatala pour l’acte de Mūsā, employant à la place une construction idiomatique (wakazahu fa-qaḍā ʿalayhi) qui ne nommait ni l’intention ni la nature exacte de l’acte. Ici, en revanche, c’est Mūsā lui-même, dans sa propre prière, qui emploie sans détour le verbe qataltu (« j’ai tué ») — le même verbe que celui employé par son accusateur en S28:19 (Bloc I, qatalta nafsan bi-l-amsi). Ce Bloc nomme ce rapprochement sans en tirer de conclusion supplémentaire sur l’intention de Mūsā au moment des faits : ce que ce verset affirme, c’est que Mūsā assume désormais, dans sa propre parole adressée à son Rabb, la responsabilité pleine de cet acte — une reconnaissance cohérente avec son repentir déjà exprimé en S28:16 (Bloc I, ẓalamtu nafsī).

S.28:33
قَالَ رَبِّ إِنِّي قَتَلْتُ مِنْهُمْ نَفْسًا فَأَخَافُ أَنْ يَقْتُلُونِ
Qāla rabbi innī qataltu minhum nafsan fa-akhāfu an yaqtulūni Il dit : « Mon Rabb, j’ai tué (qataltu) une âme parmi eux, et je crains donc qu’ils ne me tuent. »
Notes lexicales
qataltu minhum nafsan
voir le callout de méthode ci-dessus, qui expose l'ensemble du point.

S.28:34 · Hārūn, plus éloquent — demandé comme soutien

S.28:34
وَأَخِي هَارُونُ هُوَ أَفْصَحُ مِنِّي لِسَانًا فَأَرْسِلْهُ مَعِيَ رِدْءًا يُصَدِّقُنِي ۖ إِنِّي أَخَافُ أَنْ يُكَذِّبُونِ
Wa-akhī hārūnu huwa afṣaḥu minnī lisānan fa-arsilhu maʿiya ridʾan yuṣaddiqunī innī akhāfu an yukadhdhibūn « Et mon frère Hārūn est plus éloquent que moi (afṣaḥu) en matière de langage (lisānan) — envoie-le donc avec moi comme soutien (ridʾan) qui confirmera ma parole (yuṣaddiqunī) : je crains en effet qu’ils ne me démentent. »
Notes lexicales
afṣaḥu minnī lisānan
racine *f-ṣ-ḥ* : la clarté, l'élocution dégagée de toute confusion — première occurrence développée. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de la difficulté de langage de Mūsā évoquée par contraste — aucune précision supplémentaire n'est importée au-delà de ce comparatif.
ridʾan yuṣaddiqunī
racine *r-d-ʾ* : le soutien, le renfort qui épaule — première occurrence développée, et occurrence unique de cette racine précise rencontrée jusqu'ici. *Ṣaddaqa*, racine *ṣ-d-q* (la véracité) : confirmer, attester la vérité d'une parole — ici le rôle assigné à Hārūn, non celui de parler à la place de Mūsā, mais de corroborer ce qu'il dira.

S.28:35 · La réponse — le bras affermi, l’autorité donnée, la victoire promise

S.28:35
قَالَ سَنَشُدُّ عَضُدَكَ بِأَخِيكَ وَنَجْعَلُ لَكُمَا سُلْطَانًا فَلَا يَصِلُونَ إِلَيْكُمَا ۚ بِآيَاتِنَا أَنْتُمَا وَمَنِ اتَّبَعَكُمَا الْغَالِبُونَ
Qāla sa-nashuddu ʿaḍudaka bi-akhīka wa-najʿalu lakumā sulṭānan falā yaṣilūna ilaykumā bi-āyātinā antumā wa-mani ttabaʿakumā l-ghālibūn Il dit : « Nous affermirons ton bras (sa-nashuddu ʿaḍudaka) par ton frère, et Nous vous donnerons à tous deux une autorité (sulṭānan), de sorte qu’ils ne pourront vous atteindre — par Nos signes, vous deux et quiconque vous suivra serez les victorieux (al-ghālibūn). »
Notes lexicales
sa-nashuddu ʿaḍudaka bi-akhīka
*ʿaḍud*, racine *ʿ-ḍ-d* : le bras, de l'épaule au coude — première occurrence développée. *Shadda*, racine *sh-d-d* (même racine que *ashudd*, S28:14, Bloc I) : affermir, rendre solide. **Dit** : l'image reprend, sous une forme concrète, la demande même de Mūsā au verset précédent — un soutien physique rendu par la figure du bras renforcé.
sulṭānan … al-ghālibūn
*sulṭān*, racine *s-l-ṭ*, précédent établi (S3:151, S4:91) : l'autorité, la preuve qui s'impose avec force — ici au sens d'une position d'autorité donnée à Mūsā et Hārūn face à Firʿawn. *Ghalaba*, racine *gh-l-b* : l'emporter, prévaloir sur un adversaire — première occurrence développée.

Face à Firʿawn — le déni, l’orgueil, l’engloutissement, le Kitāb donné à Mūsā · S28:36–43

S.28:36–37 · L’accusation de sorcellerie inventée — la réponse de Mūsā

S.28:36
فَلَمَّا جَاءَهُمْ مُوسَىٰ بِآيَاتِنَا بَيِّنَاتٍ قَالُوا مَا هَٰذَا إِلَّا سِحْرٌ مُفْتَرًى وَمَا سَمِعْنَا بِهَٰذَا فِي آبَائِنَا الْأَوَّلِينَ
Fa-lammā jāʾahum mūsā bi-āyātinā bayyinātin qālū mā hādhā illā siḥrun muftaran wa-mā samiʿnā bi-hādhā fī ābāʾinā l-awwalīn Puis, lorsque Mūsā vint à eux avec Nos signes manifestes (āyātinā bayyinātin), ils dirent : « Ceci n’est qu’une sorcellerie inventée (siḥrun muftaran) — nous n’avons jamais entendu cela chez nos tout premiers pères (ābāʾinā l-awwalīn). »
S.28:37
وَقَالَ مُوسَىٰ رَبِّي أَعْلَمُ بِمَنْ جَاءَ بِالْهُدَىٰ مِنْ عِنْدِهِ وَمَنْ تَكُونُ لَهُ عَاقِبَةُ الدَّارِ ۖ إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الظَّالِمُونَ
Wa-qāla mūsā rabbī aʿlamu bi-man jāʾa bi-l-hudā min ʿindihi wa-man takūnu lahu ʿāqibatu d-dāri innahu lā yufliḥu ẕ-ẕālimūn Et Mūsā dit : « Mon Rabb sait mieux qui vient avec la guidance de Sa part, et à qui reviendra l’issue favorable de la demeure (ʿāqibatu d-dār) — les injustes, certes, ne réussissent pas (lā yufliḥu ẕ-ẕālimūn). »
Notes lexicales
siḥrun muftaran
racine *f-r-y* (forme VIII, *iftarā*) : couper, tailler — d'où fabriquer de toutes pièces, inventer un mensonge. Précédent direct déjà établi (*iftarā ithman ʿaẕīmā*, S4:48/50, déjà publiée ; *lā taftarū kadhiban*, S20:61). **Point de transparence** : cette qualification (« inventée ») diffère de la formule rencontrée dans le récit parallèle (*siḥrun mubīn*, « sorcellerie manifeste », S7:109, S26:34–35, S27:13) — ce Bloc rapporte chaque formulation telle qu'elle est donnée par le texte, sans les fondre.
ʿāqibatu d-dāri
*ʿāqiba*, racine *ʿ-q-b*, précédent établi (*ʿāqibatu l-mufsidīn*, S27:14 ; et, plus loin dans ce même Bloc, *ʿāqibatu ẕ-ẕālimīn*, S28:40). *Dār*, la demeure — ici sans précision supplémentaire sur sa nature (ce monde, l'au-delà, ou les deux) : **non-dit**, que ce Bloc n'importe d'aucune lecture extérieure.

S.28:38 · Firʿawn : « nul ilāh pour vous que moi » — la tour de Hāmān

Point de méthode — une parole de Firʿawn rapportée, non une affirmation du texte sur un lieu d’Allaah. Ce verset rapporte la proclamation de Firʿawn se posant lui-même comme seul ilāh de son peuple, puis son projet de faire construire par Hāmān une tour (ṣarḥ) afin de « monter voir » (aṭṭaliʿu) l’ilāh de Mūsā. Ce que le texte affirme : c’est une parole de Firʿawn, rapportée comme telle (wa-qāla firʿawnu), qui caricature l’enseignement de Mūsā en lui prêtant un ilāh qu’il suffirait d’atteindre par une construction suffisamment haute — une représentation spatiale et railleuse, non une description que le texte endosserait pour son propre compte. Ce qu’aucune lecture de ce Bloc n’affirme : que le Coran poserait, par ce verset, qu’Allaah se trouverait « en haut », à une hauteur atteignable par un édifice humain — c’est au contraire très exactement ce que le récit dément aussitôt, en faisant suivre cette forfanterie de l’anéantissement de Firʿawn lui-même (S28:39–40, ce Bloc), sans qu’aucune tour n’ait jamais permis la moindre vérification qu’il prétendait chercher. Ce Bloc applique ici le même principe de prudence de lecture déjà posé pour d’autres paroles de personnages du récit rapportées sans être validées par le texte (S28:19, ce Bloc ; la menace de Firʿawn en S20:71).

S.28:38
وَقَالَ فِرْعَوْنُ يَا أَيُّهَا الْمَلَأُ مَا عَلِمْتُ لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرِي فَأَوْقِدْ لِي يَا هَامَانُ عَلَى الطِّينِ فَاجْعَلْ لِي صَرْحًا لَعَلِّي أَطَّلِعُ إِلَىٰ إِلَٰهِ مُوسَىٰ وَإِنِّي لَأَظُنُّهُ مِنَ الْكَاذِبِينَ
Wa-qāla firʿawnu yā ayyuha l-malaʾu mā ʿalimtu lakum min ilāhin ghayrī fa-awqid lī yā hāmānu ʿala ṭ-ṭīni fa-jʿal lī ṣarḥan laʿallī aṭṭaliʿu ilā ilāhi mūsā wa-innī la-aẕunnuhu mina l-kādhibīn Et Firʿawn dit : « Ô assemblée (al-malaʾ), je ne connais pour vous aucun ilāh en dehors de moi — allume-moi donc [un feu], ô Hāmān, sur l’argile (ʿala ṭ-ṭīni), et fais-moi une tour (ṣarḥan), afin que je monte voir (aṭṭaliʿu) l’ilāh de Mūsā — car je pense assurément qu’il est du nombre des menteurs. »
Notes lexicales
mā ʿalimtu lakum min ilāhin ghayrī
voir le callout de méthode ci-dessus. *Ilāh* conservé en translittération, conformément à l'usage constant.
fa-awqid lī … ʿala ṭ-ṭīni
*awqada*, allumer un feu ; *ṭīn*, l'argile — l'ensemble désigne la cuisson de briques destinées à la construction. Premières occurrences développées.
ṣarḥan … aṭṭaliʿu
*ṣarḥ*, racine *ṣ-r-ḥ*, précédent établi (S27:44, le palais de verre de la reine de Sabaʾ, *ṣarḥun mumarradun min qawārīr*) — un édifice élevé, à l'aspect dégagé et net ; ici une construction bien plus grossière (de briques d'argile cuite), sans aucun rapport de nature avec le palais de Sulaymān au-delà du seul mot employé. *Aṭṭaliʿu*, racine *ṭ-l-ʿ* : monter pour regarder de haut — première occurrence développée.
yā ayyuha l-malaʾu
même construction que S28:20 (Bloc I) et précédent largement établi (S7:60, S23:24, S26:34).

S.28:39 · L’orgueil sans droit — la pensée de n’être jamais ramenés

S.28:39
وَاسْتَكْبَرَ هُوَ وَجُنُودُهُ فِي الْأَرْضِ بِغَيْرِ الْحَقِّ وَظَنُّوا أَنَّهُمْ إِلَيْنَا لَا يُرْجَعُونَ
Wa-stakbara huwa wa-junūduhu fi l-arḍi bi-ghayri l-ḥaqqi wa-ẕannū annahum ilaynā lā yurjaʿūn Il s’enfla d’orgueil (istakbara), lui et ses armées, sur la terre, sans aucun droit — et ils pensèrent qu’ils ne seraient jamais ramenés vers Nous.
Notes lexicales
istakbara … bi-ghayri l-ḥaqqi
racine *k-b-r* (forme X), déjà rencontrée (*istakbarū*, S27:14, « *ẕulman wa-ʿuluwwan* ») : l'orgueil qui se hisse au-dessus de sa juste mesure. **Dit** : le texte qualifie explicitement cet orgueil de « sans droit » — une précision qui écarte toute lecture faisant de la simple position de pouvoir de Firʿawn, en soi, la faute condamnée ; c'est l'absence de fondement légitime qui est visée.
annahum ilaynā lā yurjaʿūn
**Dit** : le texte nomme ici la pensée précise qui sous-tend l'orgueil de Firʿawn et de ses armées — l'absence de retour vers Allaah, soit un déni de toute reddition de compte après la mort.

S.28:40 · Saisis et jetés dans le yamm

S.28:40
فَأَخَذْنَاهُ وَجُنُودَهُ فَنَبَذْنَاهُمْ فِي الْيَمِّ ۖ فَانْظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الظَّالِمِينَ
Fa-akhadhnāhu wa-junūdahu fa-nabadhnāhum fi l-yammi fa-nẕur kayfa kāna ʿāqibatu ẕ-ẕālimīn Nous le saisîmes donc, lui et ses armées, et Nous les jetâmes (nabadhnāhum) dans le yamm — regarde donc ce qu’il advint de la fin des injustes.
Notes lexicales
nabadhnāhum fi l-yamm
même mot *al-yamm* que celui déjà rencontré au Bloc I pour le fleuve où l'enfant Mūsā fut jeté (S28:7, Bloc I) et pour l'engloutissement même de Firʿawn déjà noté par ailleurs (S20:78). **Non-dit** : le texte emploie ici le même terme générique pour deux étendues d'eau (celle de l'enfance de Mūsā, celle de la noyade de Firʿawn) sans préciser s'il s'agit du même cours d'eau à deux endroits, ou de deux étendues distinctes — ce Bloc n'importe aucune identification géographique (mer, fleuve, bras de mer) au-delà de ce seul mot.
ʿāqibatu ẕ-ẕālimīn
reprise exacte, mot pour mot, de la formule déjà établie (*ʿāqibatu l-mufsidīn*, S27:14) — ici avec *ẕālimīn* à la place de *mufsidīn*, deux qualifications voisines mais non interchangées sans motif par ce Bloc.

S.28:41–42 · Des aʾimma qui appellent au Feu — la malédiction, les maqbūḥīn

Note de cohérence intra-sourate — un même mot, deux destins opposés. Le mot aʾimma (pluriel de imām, « ce qui va devant, ce que l’on suit ») a déjà été rencontré au Bloc I à propos des opprimés que Allaah voulait établir en « meneurs » (najʿalahum aʾimmatan, S28:5, Bloc I, voir la note qui y est posée). Ce même mot, exactement, est repris ici pour Firʿawn et ses armées — mais pour un rôle inverse : des aʾimma qui appellent non à un bien reçu, mais au Feu. Ce Bloc signale cet écho voulu par le texte lui-même, sans qu’aucun des deux emplois ne vienne atténuer l’autre : le mot désigne, dans les deux cas, une position qui place devant et que d’autres suivent — c’est la direction vers laquelle ce rôle conduit qui en détermine, ici, l’issue opposée.

S.28:41
وَجَعَلْنَاهُمْ أَئِمَّةً يَدْعُونَ إِلَى النَّارِ ۖ وَيَوْمَ الْقِيَامَةِ لَا يُنْصَرُونَ
Wa-jaʿalnāhum aʾimmatan yadʿūna ila n-nāri wa-yawma l-qiyāmati lā yunṣarūn Et Nous avons fait d’eux des aʾimma qui appellent au Feu — et au Jour de la Résurrection (yawma l-qiyāmati), ils ne seront pas secourus (lā yunṣarūn).
S.28:42
وَأَتْبَعْنَاهُمْ فِي هَٰذِهِ الدُّنْيَا لَعْنَةً ۖ وَيَوْمَ الْقِيَامَةِ هُمْ مِنَ الْمَقْبُوحِينَ
Wa-atbaʿnāhum fī hādhihi d-dunyā laʿnatan wa-yawma l-qiyāmati hum mina l-maqbūḥīn Et Nous avons fait qu’une malédiction (laʿnatan) les suive dans cette vie d’ici-bas (ad-dunyā) — et au Jour de la Résurrection, ils seront du nombre des maqbūḥīn [ceux voués au rejet, à la laideur].
Notes lexicales
aʾimmatan yadʿūna ila n-nāri
voir le callout de méthode ci-dessus, qui traite l'ensemble de ce point.
laʿnatan
racine *l-ʿ-n*, précédent établi (*luʿina*, S5:78) : l'éloignement de la *raḥma*.
al-maqbūḥīn
racine *q-b-ḥ* : la laideur, la disgrâce, ce qui est rendu hideux et rejeté — première occurrence développée. **Non-dit** : ce seul mot ne détaille pas la forme concrète de cette disgrâce au Jour de la Résurrection ; ce Bloc n'importe aucune description supplémentaire au-delà de ce que le terme affirme lui-même, par contraste avec la malédiction déjà nommée pour cette vie.

S.28:43 · Le Kitāb donné à Mūsā — discernement, guidance et raḥma pour les gens

S.28:43
وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ مِنْ بَعْدِ مَا أَهْلَكْنَا الْقُرُونَ الْأُولَىٰ بَصَائِرَ لِلنَّاسِ وَهُدًى وَرَحْمَةً لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ
Wa-la-qad ātaynā mūsa l-kitāba min baʿdi mā ahlaknā l-qurūna l-ūlā baṣāʾira li-n-nāsi wa-hudan wa-raḥmatan laʿallahum yatadhakkarūn Et Nous avons certes donné à Mūsā le Kitāb, après avoir anéanti les générations antérieures (al-qurūna l-ūlā) — comme moyens de discernement (baṣāʾira) pour les gens, comme guidance et comme raḥma, afin qu’ils se rappellent (yatadhakkarūn).
Notes lexicales
min baʿdi mā ahlaknā l-qurūna l-ūlā
*qurūn*, racine *q-r-n*, précédent extensivement établi (S10:13–14, S20:51–52/128, S23:31/42) : les générations successives, liées par leur époque. **Dit** : le texte situe le don du Kitāb à Mūsā après l'anéantissement déjà relaté des générations antérieures — un repère temporel relatif, non une description précise du moment exact de ce don par rapport à l'engloutissement de Firʿawn qui vient d'être narré.
baṣāʾira li-n-nāsi
pluriel de *baṣīra*, racine *b-ṣ-r*, précédent établi (*baṣāʾiru min rabbikum*, S6:104, déjà publiée ; *baṣāʾir*, S17:102) : la preuve qui donne à voir avec clarté, un discernement offert plutôt qu'un simple signe isolé.
hudan wa-raḥmatan laʿallahum yatadhakkarūn
*yatadhakkarūn*, même racine *dh-k-r* que *tadhkira* (S20:3) et *li-dhikrī* (S20:14) : le rappel que peut raviver la mémoire. **Dit** : ce verset referme le récit de Mūsā et Firʿawn sur une finalité tournée vers « les gens » dans leur ensemble (*li-n-nāsi*), non restreinte au seul peuple contemporain de Mūsā — un élargissement qui prépare la suite de la sourate (hors de ce Bloc), où le discours s'adresse directement au *nabī* Muḥammad et à son propre peuple.

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