Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 28. Ce Bloc ouvre la sourate par un court exorde : Ṭā-Sīn-Mīm, les āyāt d’un Kitāb manifeste, et l’annonce d’un récit véridique de Mūsā et Firʿawn (S28:1–3). Vient ensuite le tableau de la tyrannie de Firʿawn sur une partie des habitants du pays, et le dessein annoncé par Allaah de combler ces opprimés et de montrer à Firʿawn, Hāmān et leurs armées ce qu’ils redoutaient (S28:4–6). S’ouvre alors le récit de l’enfance de Mūsā : la waḥy à sa mère, le coffre jeté au fleuve, le recueil par la maison de Firʿawn, l’intervention de la femme de Firʿawn, l’angoisse de la mère apaisée, la sœur qui suit sa trace, et le retour de l’enfant à sa mère (S28:7–13). Le Bloc se referme sur la pleine maturité de Mūsā, le ḥukm et l’ʿilm qui lui sont donnés, le coup fatal porté sans intention homicide affirmée, le repentir, le vœu de ne plus soutenir les mujrimūn, puis la fuite hors d’Égypte après l’avertissement d’un homme venu en hâte (S28:14–21).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.28:1–2 Ṭā-Sīn-Mīm — les āyāt d’un Kitāb manifeste
S.28:3 Un récit véridique de Mūsā et Firʿawn
S.28:4 La tyrannie de Firʿawn — factions, affaiblissement, mise à mort
S.28:5–6 Le dessein annoncé : combler les opprimés, les affermir
S.28:7 La waḥy à la mère de Mūsā — allaiter, puis jeter dans le yamm
S.28:8 Le recueil par la maison de Firʿawn — un ennemi, un sujet d’affliction
S.28:9 La femme de Firʿawn : « un apaisement du regard »
S.28:10 Le cœur vidé de la mère — sur le point de révéler
S.28:11 La sœur envoyée suivre sa trace
S.28:12 Les nourrices interdites — l’offre de la sœur
S.28:13 Le retour à la mère — la promesse d’Allaah est vérité
S.28:14 La pleine maturité — ḥukm et ʿilm donnés
S.28:15 Le coup fatal — « ceci relève de l’œuvre du shayṭān »
S.28:16 Le repentir de Mūsā — le pardon accordé
S.28:17 Le vœu : ne plus soutenir les mujrimūn
S.28:18 L’appel renouvelé — « tu es quelqu’un qui s’égare manifestement »
S.28:19 L’accusation : « tu ne veux être qu’un tyran sur la terre »
S.28:20 L’avertissement de l’homme venu en hâte — le complot de l’assemblée
S.28:21 La fuite — « sauve-moi du peuple injuste »

Exorde — un récit véridique de Mūsā et Firʿawn · S28:1–3

S.28:1–2 · Ṭā-Sīn-Mīm — les āyāt d’un Kitāb manifeste

S.28:1–2
طسم ۝ تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ الْمُبِينِ
Ṭā-Sīn-Mīm — tilka āyātu l-kitābi l-mubīn Ṭā. Sīn. Mīm. Voilà les āyāt d’un Kitāb manifeste (al-mubīn).
Notes lexicales
Ṭā-Sīn-Mīm
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/). Conformément à la règle constante, aucun sens n'est attribué à ces trois lettres d'ouverture.
al-kitābi l-mubīn
précédent extensivement établi (S12:1, S15:1, S26:2, S27:1) : la même formule d'ouverture, ici sans le doublet « Qurʾān » déjà rencontré en S27:1 — un simple doublet d'ouverture propre à chaque sourate, non une distinction de nature entre les termes.

S.28:3 · Un récit véridique de Mūsā et Firʿawn

S.28:3
نَتْلُو عَلَيْكَ مِنْ نَبَإِ مُوسَىٰ وَفِرْعَوْنَ بِالْحَقِّ لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
Natlū ʿalayka min nabaʾi mūsā wa-firʿawna bi-l-ḥaqqi li-qawmin yuʾminūn Nous te récitons (natlū), de l’histoire (nabaʾ) de Mūsā et de Firʿawn, par le ḥaqq, pour un peuple qui croit.
Notes lexicales
natlū … min nabaʾi
*talā*, racine *t-l-w* (réciter en suivant l'ordre du texte), largement établie. *Nabaʾ*, racine *n-b-ʾ* (la nouvelle, le récit rapporté) — précédent établi (*bi-nabaʾin yaqīn*, S27:22). **Non-dit, par la portée du mot** : la préposition partitive *min* borne ce qui va suivre à une partie du récit de Mūsā et Firʿawn, non à sa totalité — précédent de méthode déjà établi pour cette même préposition (S4:46, S14:34, S27:76).
bi-l-ḥaqqi li-qawmin yuʾminūn
**Dit** : le texte borne explicitement la portée de ce récit à son destinataire — « pour un peuple qui croit » — non posée comme une évidence universelle pour tout lecteur, à l'image de la même restriction déjà relevée pour *hudan wa-raḥmatun li-l-muʾminīn* (S27:77).

La tyrannie de Firʿawn, le dessein annoncé pour les opprimés · S28:4–6

S.28:4 · La tyrannie de Firʿawn — factions, affaiblissement, mise à mort

S.28:4
إِنَّ فِرْعَوْنَ عَلَا فِي الْأَرْضِ وَجَعَلَ أَهْلَهَا شِيَعًا يَسْتَضْعِفُ طَائِفَةً مِنْهُمْ يُذَبِّحُ أَبْنَاءَهُمْ وَيَسْتَحْيِي نِسَاءَهُمْ ۚ إِنَّهُ كَانَ مِنَ الْمُفْسِدِينَ
Inna firʿawna ʿalā fi l-arḍi wa-jaʿala ahlahā shiyaʿan yastaḍʿifu ṭāʾifatan minhum yudhabbiḥu abnāʾahum wa-yastaḥyī nisāʾahum — innahu kāna mina l-mufsidīn Firʿawn s’est certes élevé avec démesure (ʿalā) sur la terre, et il fit de ses habitants des factions (shiyaʿan) — il maintenait dans la faiblesse (yastaḍʿifu) une partie d’entre eux, égorgeant (yudhabbiḥu) leurs fils et laissant vivre leurs femmes : il était certes de ceux qui sèment le trouble (al-mufsidīn).
Notes lexicales
ʿalā fi l-arḍi
racine *ʿ-l-w* : s'élever, dépasser une mesure. **Point de vigilance, sans portée théologique** : cette même racine donne, par ailleurs, le Nom *al-Aʿlā* appliqué à Allaah (jamais rendu par « le Très-Haut », pour écarter toute connotation de lieu) et l'intensif *taʿālā* (« Il transcende », S17:43). Ici, appliqué à Firʿawn, le même verbe décrit une démesure humaine condamnée par le texte lui-même (confirmée par la qualification finale, *mina l-mufsidīn*) — un emploi entièrement distinct, sans aucun rapport de sens avec l'emploi théologique de la même racine.
shiyaʿan
racine *sh-y-ʿ* : la faction, le clan qui suit un même parti. Première occurrence développée ; reviendra plus loin dans ce Bloc sous une forme apparentée (*shīʿatihi*, S28:15).
yastaḍʿifu ṭāʾifatan minhum
racine *ḍ-ʿ-f* (la faiblesse), forme X (rechercher, maintenir dans cet état) — première occurrence développée. **Dit, avec une portée précisée par le mot lui-même** : la préposition partitive *min* borne cette oppression à « une partie d'entre eux » (*ṭāʾifatan minhum*), non à l'ensemble des habitants — le texte lui-même nomme, par la suite du verset et S28:6 (ce Bloc), ce groupe comme les *mustaḍʿafūn*.
yudhabbiḥu abnāʾahum wa-yastaḥyī nisāʾahum
*dhabaḥa*, racine *dh-b-ḥ* : égorger — première occurrence développée, appliquée ici à un massacre humain plutôt qu'à un sacrifice rituel. *Yastaḥyī*, racine *ḥ-y-y* (la vie), forme X : laisser en vie, épargner délibérément. **Non-dit** : ce verset ne précise ni le motif exact de cette distinction entre fils et femmes, ni son mécanisme concret — le texte rapporte le fait sans le développer davantage ici.
al-mufsidīn
racine *f-s-d* — étude dédiée [fasad-mufsidun.md](/etudes/fasad-mufsidun/), déjà établie (S5:33, S7:103, S27:12/14) : celui dont l'action dérange le juste ordre des choses.

S.28:5–6 · Le dessein annoncé : combler les opprimés, les affermir

S.28:5–6
وَنُرِيدُ أَنْ نَمُنَّ عَلَى الَّذِينَ اسْتُضْعِفُوا فِي الْأَرْضِ وَنَجْعَلَهُمْ أَئِمَّةً وَنَجْعَلَهُمُ الْوَارِثِينَ ۝ وَنُمَكِّنَ لَهُمْ فِي الْأَرْضِ وَنُرِيَ فِرْعَوْنَ وَهَامَانَ وَجُنُودَهُمَا مِنْهُمْ مَا كَانُوا يَحْذَرُونَ
Wa-nurīdu an namunna ʿalā lladhīna stuḍʿifū fi l-arḍi wa-najʿalahum aʾimmatan wa-najʿalahumu l-wārithīn — wa-numakkina lahum fi l-arḍi wa-nuriya firʿawna wa-hāmāna wa-junūdahumā minhum mā kānū yaḥdharūn Et Nous voulons combler d’un bienfait (an namunna) ceux qui ont été maintenus dans la faiblesse sur la terre, faire d’eux des aʾimma [ceux qu’on suit, en tête] et faire d’eux les héritiers (al-wārithīn) — les affermir (numakkina) sur la terre, et faire voir à Firʿawn, à Hāmān et à leurs armées, par eux, ce qu’ils redoutaient (yaḥdharūn).
Notes lexicales
an namunna ʿalā
précédent exact, même racine *m-n-n*, déjà établi (*wa-la-qad manannā ʿalayka marratan ukhrā*, S20:37, adressé à Mūsā lui-même pour ce même épisode) : accorder un bienfait, une grâce, sans aucune connotation de reproche — ce Bloc applique ici, au groupe des opprimés dans son ensemble, le même traitement qui sera, plus loin dans la sourate parallèle, appliqué nommément à Mūsā.
aʾimmatan
pluriel de *imām*, racine *ʾ-m-m* : ce qui va devant, ce que l'on suit ou que l'on imite — un modèle ou un meneur, sans que ce terme n'implique ici une fonction cultuelle précise. Première occurrence développée. **Non-dit** : la nature exacte de ce rôle (politique, social, ou autre) n'est pas détaillée par ce seul verset.
al-wārithīn
racine *w-r-th* — précédent établi (*wa-waritha sulaymānu dāwūda*, S27:16) : recevoir ce qui appartenait à un autre, ici appliqué à la terre elle-même.
numakkina lahum fi l-arḍi
racine *m-k-n* — précédent établi (*makkannā li-yūsufa fi l-arḍi*, S12:21) : affermir solidement une position.
hāmāna
nom propre, conservé en translittération comme tout nom propre. **Dit** : le texte nomme Hāmān comme un notable étroitement associé à Firʿawn, cité à plusieurs reprises dans ce Bloc (S28:6/8) et ailleurs dans le Coran (S29:39, S40:24/36–37). **Non-dit** : fondée sur l'analyse linguistique du seul texte coranique, cette étude ne retient aucune identification historique précise de ce personnage ; elle s'en tient à ce que le Coran lui-même affirme de son rôle dans ce récit.
mā kānū yaḥdharūn
racine *ḥ-dh-r* — précédent établi (*wa-ḥdharū*, S5:92) : se prémunir contre un danger identifié. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme pas explicitement ce que redoutaient Firʿawn et Hāmān — la suite du récit (l'enfance puis la mission de Mūsā) en donne le contenu narratif, sans que ce verset, pris seul, ne l'énonce par avance.

L’enfance de Mūsā — la waḥy à sa mère, le fleuve, le retour · S28:7–13

Note de cohérence intra-coranique — un même récit, deux sourates. Ce passage (S28:7–13) relate le même épisode que celui déjà traduit en S20:37–40 (Sourate Ṭā-Hā), où Allaah rappelle directement à Mūsā adulte le bienfait de son enfance. Les deux passages partagent plusieurs éléments exacts (la waḥy à la mère, le fleuve — al-yamm —, le retour à la mère pour l’apaisement de son regard, taqarra ʿaynuhā) mais avec des détails distincts et complémentaires : S28 nomme la maison de Firʿawn (āl firʿawn) qui recueille l’enfant et la parole de la femme de Firʿawn, que S20 ne rapporte pas ; S20 nomme en revanche le coffre (at-tābūt) et l’« honneur » placé sur Mūsā (maḥabba), absents de ce passage-ci. Ce Bloc rapporte chaque passage selon ses propres termes, sans fondre les deux récits en un seul composite.

S.28:7 · La waḥy à la mère de Mūsā — allaiter, puis jeter dans le yamm

S.28:7
وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ أُمِّ مُوسَىٰ أَنْ أَرْضِعِيهِ ۖ فَإِذَا خِفْتِ عَلَيْهِ فَأَلْقِيهِ فِي الْيَمِّ وَلَا تَخَافِي وَلَا تَحْزَنِي ۖ إِنَّا رَادُّوهُ إِلَيْكِ وَجَاعِلُوهُ مِنَ الْمُرْسَلِينَ
Wa-awḥaynā ilā ummi mūsā an arḍiʿīhi — fa-idhā khifti ʿalayhi fa-alqīhi fi l-yammi wa-lā takhāfī wa-lā taḥzanī — innā rāddūhu ilayki wa-jāʿilūhu mina l-mursalīn Et Nous avons inspiré (awḥaynā) à la mère de Mūsā : « Allaite-le (arḍiʿīhi) ; puis, quand tu craindras pour lui, jette-le (alqīhi) dans le yamm — et ne crains rien, et ne t’afflige pas : Nous te le rendrons (rāddūhu) certainement, et Nous ferons de lui l’un des mursalīn. »
Notes lexicales
awḥaynā ilā ummi mūsā
racine *w-ḥ-y* — précédent direct déjà établi pour ce même épisode (*idh awḥaynā ilā ummika mā yūḥā*, S20:38), et pour une *waḥy* comparable reçue hors du cadre de la *nubuwwa* (*wa-awḥaynā ilayhi*, à Yūsuf enfant jeté au puits, S12:15, où il avait déjà été signalé que la nature exacte de cette communication reste **non-dite** par le texte). Ce Bloc applique le même principe ici : le texte affirme une communication reçue par la mère de Mūsā, sans que son mécanisme précis ne soit détaillé.
al-yamm
racine *y-m-m* — précédent exact déjà établi pour ce même fleuve (*fa-qdhifīhi fi l-yammi*, S20:39 ; et son engloutissement de Firʿawn, S20:78) : le grand cours d'eau, ici le Nil.
lā takhāfī wa-lā taḥzanī … rāddūhu ilayki
**Dit** : une double assurance — l'absence de crainte et d'affliction, et la promesse explicite d'un retour — précède et motive l'acte demandé à la mère, qui n'est donc pas, dans la structure du texte, un simple abandon mais un acte accompli sur la foi d'une promesse déjà donnée.
mina l-mursalīn
racine *r-s-l*, très largement établie. **Dit** : le texte annonce ici, par avance, le statut futur de l'enfant — un *mursal* — avant même le récit de son appel au feu (hors de ce Bloc).

S.28:8 · Le recueil par la maison de Firʿawn

S.28:8
فَالْتَقَطَهُ آلُ فِرْعَوْنَ لِيَكُونَ لَهُمْ عَدُوًّا وَحَزَنًا ۗ إِنَّ فِرْعَوْنَ وَهَامَانَ وَجُنُودَهُمَا كَانُوا خَاطِئِينَ
Fa-ltaqaṭahu ālu firʿawna li-yakūna lahum ʿaduwwan wa-ḥazanan — inna firʿawna wa-hāmāna wa-junūdahumā kānū khāṭiʾīn La maison de Firʿawn (āl firʿawn) le recueillit (fa-ltaqaṭahu), pour qu’il devienne pour eux un ennemi et un sujet d’affliction (ḥazanan) — Firʿawn, Hāmān et leurs armées étaient certes fautifs (khāṭiʾīn).
Notes lexicales
fa-ltaqaṭahu … li-yakūna lahum ʿaduwwan wa-ḥazanan
*laqaṭa*, racine *l-q-ṭ* : ramasser, recueillir ce qu'on trouve — première occurrence développée. **Dit, avec une portée précise** : la finalité (« pour qu'il devienne ») est énoncée du point de vue du narrateur, qui connaît l'issue du récit — non comme une intention consciente de la maison de Firʿawn au moment du recueil ; le texte le confirme lui-même par l'écho qui suit (*wa-hum lā yashʿurūn*, « sans qu'ils en aient conscience », S28:9/11, ce Bloc).
khāṭiʾīn
racine *kh-ṭ-ʾ* : commettre une faute, errer dans l'acte — première occurrence développée. **Dit** : le texte qualifie ici Firʿawn, Hāmān et leurs armées de fautifs, en écho direct à la tyrannie décrite en S28:4 (ce Bloc) — un jugement porté sur leur action d'ensemble, non limité au seul moment du recueil de l'enfant.

S.28:9 · La femme de Firʿawn : « un apaisement du regard »

S.28:9
وَقَالَتِ امْرَأَتُ فِرْعَوْنَ قُرَّتُ عَيْنٍ لِي وَلَكَ ۖ لَا تَقْتُلُوهُ عَسَىٰ أَنْ يَنْفَعَنَا أَوْ نَتَّخِذَهُ وَلَدًا وَهُمْ لَا يَشْعُرُونَ
Wa-qālati mraʾatu firʿawna qurratu ʿaynin lī wa-laka — lā taqtulūhu ʿasā an yanfaʿanā aw nattakhidhahu waladan wa-hum lā yashʿurūn La femme de Firʿawn dit : « [Voici] un apaisement du regard (qurratu ʿaynin) pour moi et pour toi — ne le tuez pas ; peut-être nous sera-t-il utile, ou le prendrons-nous comme walad [enfant adopté] » — sans qu’ils en aient conscience (wa-hum lā yashʿurūn).
Notes lexicales
qurratu ʿaynin
racine *q-r-r* (l'établissement stable, le repos). **Cohérence intra-coranique** : même idiome, même racine, que *taqarra ʿaynuhā* (S20:40, pour ce même récit ; repris aussi en S28:13, ce Bloc) : « que l'œil se rafraîchisse/s'apaise », image classique du soulagement et de la joie, non une donnée d'ordre anatomique.
nattakhidhahu waladan
*walad*, l'enfant engendré — même terme déjà précisément défini à propos du rejet d'un *walad* attribué à Allaah (S4:171, S10:68). Ici, comme déjà noté pour un emploi identique (*nattakhidhahu waladan*, S12:21, le couple égyptien sans enfant), l'emploi est humain et ordinaire, sans aucune portée théologique.
wa-hum lā yashʿurūn
**Écho, à l'intérieur de ce Bloc.** Cette même clause revient à l'identique en S28:11 (ce Bloc) — voir le callout de méthode posé en S28:8 : l'action de ceux qui recueillent et protègent l'enfant se fait sans qu'ils en perçoivent la portée véritable, que seul le texte, du point de vue du narrateur, rend manifeste.

S.28:10 · Le cœur vidé de la mère

S.28:10
وَأَصْبَحَ فُؤَادُ أُمِّ مُوسَىٰ فَارِغًا ۖ إِنْ كَادَتْ لَتُبْدِي بِهِ لَوْلَا أَنْ رَبَطْنَا عَلَىٰ قَلْبِهَا لِتَكُونَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ
Wa-aṣbaḥa fuʾādu ummi mūsā fārighan — in kādat la-tubdī bihi lawlā an rabaṭnā ʿalā qalbihā li-takūna mina l-muʾminīn Et le fuʾād [le siège intérieur du ressenti] de la mère de Mūsā devint vide (fārighan) — elle fut certes sur le point de le révéler (tubdī bihi), si Nous n’avions pas affermi (rabaṭnā) son qalb, pour qu’elle soit du nombre des muʾminīn.
Notes lexicales
fuʾādu … fārighan
*fuʾād*, racine *f-ʾ-d* : le siège intérieur de l'émotion et de la perception, à distinguer du *qalb* nommé plus loin dans ce même verset — deux termes que ce Bloc ne fond pas en un seul, faute d'élément dans ce verset qui en précise le rapport exact. *Fārigh*, racine *f-r-gh* : vide, déserté — ici d'une détresse qui laisse l'intérieur sans ressource propre. Premières occurrences développées de ces deux racines.
rabaṭnā ʿalā qalbihā
racine *r-b-ṭ* : lier, attacher fermement — précédent établi (*li-yarbiṭa ʿalā qulūbikum*, S8:11 : « pour affermir vos cœurs ») pour la même image du cœur rendu ferme et stable par Allaah face à l'épreuve.
in kādat la-tubdī bihi
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de ce que la mère de Mūsā fut sur le point de révéler (l'identité de l'enfant, son lien de parenté avec elle, ou autre) — le texte rapporte seulement l'imminence de la révélation, et sa prévention par l'affermissement du cœur.

S.28:11 · La sœur envoyée suivre sa trace

S.28:11
وَقَالَتْ لِأُخْتِهِ قُصِّيهِ ۖ فَبَصُرَتْ بِهِ عَنْ جُنُبٍ وَهُمْ لَا يَشْعُرُونَ
Wa-qālat li-ukhtihi quṣṣīhi — fa-baṣurat bihi ʿan junubin wa-hum lā yashʿurūn Elle dit à sa sœur : « Suis sa trace (quṣṣīhi) » — et elle l’aperçut de loin (ʿan junubin), sans qu’ils en aient conscience.
Notes lexicales
quṣṣīhi
racine *q-ṣ-ṣ* — même racine que *qaṣaṣ* (le récit qui suit le fil des faits, déjà établie : *yaquṣṣu ʿalā banī isrāʾīla*, S27:76), et que *al-Qaṣaṣ*, le nom traditionnel de cette sourate elle-même (tiré de S28:25, hors de ce Bloc). Ici au sens premier et concret : suivre une trace, un chemin déjà parcouru.
ʿan junubin
racine *j-n-b* : le côté, le flanc — d'où, à l'accusatif adverbial, « de côté », à distance, sans se faire remarquer. Première occurrence développée.

S.28:12 · Les nourrices interdites — l’offre de la sœur

S.28:12
وَحَرَّمْنَا عَلَيْهِ الْمَرَاضِعَ مِنْ قَبْلُ فَقَالَتْ هَلْ أَدُلُّكُمْ عَلَىٰ أَهْلِ بَيْتٍ يَكْفُلُونَهُ لَكُمْ وَهُمْ لَهُ نَاصِحُونَ
Wa-ḥarramnā ʿalayhi l-marāḍiʿa min qablu fa-qālat hal adullukum ʿalā ahli baytin yakfulūnahu lakum wa-hum lahu nāṣiḥūn Et Nous lui avions, auparavant, interdit (ḥarramnā) les nourrices (al-marāḍiʿ) — elle [la sœur] dit : « Puis-je vous indiquer une maisonnée (ahl bayt) qui se chargera de lui pour vous, et qui lui sera sincèrement dévouée (nāṣiḥūn) ? »
Notes lexicales
ḥarramnā ʿalayhi l-marāḍiʿa min qablu
*marāḍiʿ*, racine *r-ḍ-ʿ* (allaiter, même racine que *arḍiʿīhi*, S28:7, ce Bloc) : les nourrices. Première occurrence développée. **Non-dit** : le texte affirme seulement qu'Allaah avait rendu impossible, auparavant, que l'enfant accepte le sein d'une autre nourrice — il n'en détaille pas le mécanisme concret (un refus de l'enfant lui-même, ou toute autre modalité) ; une partie de la lecture traditionnelle y voit un refus de téter imposé à l'enfant, lecture cohérente avec ce que dit le verset mais que ce dernier, pris seul, ne formule pas explicitement.
yakfulūnahu … nāṣiḥūn
*kafala*, racine *k-f-l* : se charger de, prendre en garde — première occurrence développée. *Nāṣiḥ*, racine *n-ṣ-ḥ* — Ibn Fāris : la pureté sans mélange, comme le miel purifié ; la sincérité sans duplicité, déjà établie (*naṣaḥū lillāhi wa-rasūlihi*, S9:4).

S.28:13 · Le retour à la mère — la promesse d’Allaah est vérité

S.28:13
فَرَدَدْنَاهُ إِلَىٰ أُمِّهِ كَيْ تَقَرَّ عَيْنُهَا وَلَا تَحْزَنَ وَلِتَعْلَمَ أَنَّ وَعْدَ اللَّهِ حَقٌّ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
Fa-radadnāhu ilā ummihi kay taqarra ʿaynuhā wa-lā taḥzana wa-li-taʿlama anna waʿda llāhi ḥaqqun wa-lākinna aktharahum lā yaʿlamūn Ainsi Nous l’avons rendu à sa mère, pour que son regard s’apaise (taqarra ʿaynuhā) et qu’elle ne s’afflige pas, et pour qu’elle sache que la promesse (waʿd) d’Allaah est ḥaqq — mais la plupart d’entre eux ne savent pas.
Notes lexicales
fa-radadnāhu ilā ummihi kay taqarra ʿaynuhā wa-lā taḥzana
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même épisode (*fa-rajaʿnāka ilā ummika kay taqarra ʿaynuhā wa-lā taḥzan*, S20:40) — voir aussi la note posée en S28:9 (ce Bloc) sur l'idiome *qurratu ʿayn*. **Accomplissement** : la promesse donnée à la mère en S28:7 (ce Bloc, « Nous te le rendrons certainement ») trouve ici son exécution nommée.
waʿda llāhi ḥaqqun
**Dit** : le texte rattache explicitement ce retour particulier à un principe général — la fiabilité de toute promesse (*waʿd*) faite par Allaah — qu'il referme par un constat sur l'ignorance de la plupart des gens à ce sujet, sans en préciser davantage la portée au-delà de cet épisode.

La pleine maturité de Mūsā — le meurtre accidentel et le repentir · S28:14–17

S.28:14 · La pleine maturité — ḥukm et ʿilm donnés

Note de méthode — istawā, distinct de l’istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh. Ce verset emploie le verbe istawā (« se fut pleinement développé ») pour décrire l’arrivée de Mūsā à sa pleine maturité physique et intellectuelle, en lien direct avec balagha ashuddahu (« atteint sa pleine maturité »). Dit : ce verbe, ici, porte sur la croissance d’un être humain vers son plein développement — une construction grammaticale et un objet entièrement distincts de la formule istawā ʿalā l-ʿarsh (déjà extensivement traitée, S7:54, S10:3, S11:7, S13:2, comme un établissement de pouvoir suprême, non un lieu), qui ne porte jamais sur un être humain et qui comporte toujours le complément ʿalā l-ʿarsh, absent ici. Ce Bloc ne rapproche donc pas ces deux emplois de la même racine s-w-y.

S.28:14
وَلَمَّا بَلَغَ أَشُدَّهُ وَاسْتَوَىٰ آتَيْنَاهُ حُكْمًا وَعِلْمًا ۚ وَكَذَٰلِكَ نَجْزِي الْمُحْسِنِينَ
Wa-lammā balagha ashuddahu wa-stawā ātaynāhu ḥukman wa-ʿilman — wa-kadhālika najzī l-muḥsinīn Et quand il eut atteint sa pleine maturité (ashuddahu) et se fut pleinement développé (wa-stawā), Nous lui avons donné un ḥukm et un ʿilm — ainsi rétribuons-Nous les muḥsinūn.
Notes lexicales
balagha ashuddahu … ātaynāhu ḥukman wa-ʿilman … najzī l-muḥsinīn
**Cohérence intra-coranique, précédent quasi mot pour mot.** La formule exacte *wa-lammā balagha ashuddahu ātaynāhu ḥukman wa-ʿilman wa-kadhālika najzī l-muḥsinīn* est déjà établie, à l'identique, pour Yūsuf (S12:22) ; la seule différence ici est l'ajout de *wa-stawā* (« et se fut pleinement développé »). *Ashudd*, pluriel sans singulier distinct, racine *sh-d-d* : la pleine vigueur, la maturité achevée — précédent également établi au pluriel appliqué à toute personne (*ashuddakum*, S22:5). *Ḥukm* et *ʿilm* donnés ensemble : même couple déjà établi pour Lūṭ (S21:74).

S.28:15 · Le coup fatal — « ceci relève de l’œuvre du shayṭān »

Point de méthode — ce que ce verset affirme, et ce qu’il ne nomme pas. Dit : le texte rapporte un coup (wakaza, un coup de poing ou du tranchant de la main) porté par Mūsā à l’homme identifié comme l’ennemi de celui qui avait appelé son secours, et un résultat (fa-qaḍā ʿalayhi — littéralement, « il décida de son sort », une mort) qui en découle. Non-dit : ce seul verset n’emploie, pour cet acte, ni le verbe qatala (tuer) ni aucun terme qui qualifierait explicitement l’intention de Mūsā — l’intention (homicide volontaire ou conséquence non recherchée d’un coup porté pour mettre fin à l’agression) n’est pas nommée ici par le texte lui-même. C’est seulement trois versets plus loin (S28:19, ce Bloc, dans la bouche d’un tiers) que l’acte est nommé qatl sans réserve. La parole même de Mūsā aux deux versets suivants (S28:16–17, ce Bloc — demande de pardon, qualification de l’acte comme un tort qu’il s’est fait à lui-même, ẓalamtu nafsī) montre qu’il le reçoit lui-même comme une faute, sans que le texte n’en précise davantage la nature exacte entre un geste disproportionné et un homicide pleinement voulu.

S.28:15
وَدَخَلَ الْمَدِينَةَ عَلَىٰ حِينِ غَفْلَةٍ مِنْ أَهْلِهَا فَوَجَدَ فِيهَا رَجُلَيْنِ يَقْتَتِلَانِ هَٰذَا مِنْ شِيعَتِهِ وَهَٰذَا مِنْ عَدُوِّهِ ۖ فَاسْتَغَاثَهُ الَّذِي مِنْ شِيعَتِهِ عَلَى الَّذِي مِنْ عَدُوِّهِ فَوَكَزَهُ مُوسَىٰ فَقَضَىٰ عَلَيْهِ ۖ قَالَ هَٰذَا مِنْ عَمَلِ الشَّيْطَانِ ۖ إِنَّهُ عَدُوٌّ مُضِلٌّ مُبِينٌ
Wa-dakhala l-madīnata ʿalā ḥīni ghaflatin min ahlihā fa-wajada fīhā rajulayni yaqtatilāni hādhā min shīʿatihi wa-hādhā min ʿaduwwihi — fa-staghāthahu lladhī min shīʿatihi ʿalā lladhī min ʿaduwwihi fa-wakazahu mūsā fa-qaḍā ʿalayhi — qāla hādhā min ʿamali sh-shayṭāni — innahu ʿaduwwun muḍillun mubīn Il entra dans la ville à un moment d’inattention (ghafla) de ses habitants, et y trouva deux hommes qui se battaient (yaqtatilāni) — celui-ci de son propre shīʿa [clan], celui-là de son ennemi (ʿaduwwihi). Celui de son clan appela son secours (fa-staghāthahu) contre celui de son ennemi, et Mūsā le frappa d’un coup (wakazahu) — et il en mourut (fa-qaḍā ʿalayhi). Il dit : « Ceci relève de l’œuvre du shayṭān — il est un ennemi qui égare (muḍill), manifeste. »
Notes lexicales
ʿalā ḥīni ghaflatin min ahlihā
*ghafla*, racine *gh-f-l* : l'inattention, le défaut de vigilance — première occurrence développée appliquée à une population entière, non à un défaut moral.
shīʿatihi … ʿaduwwihi
*shīʿa*, même racine que *shiyaʿan* (S28:4, ce Bloc) : le clan, le parti auquel on appartient par solidarité — ici, le parti des Banī Isrāʾīl auquel Mūsā se rattache, par opposition à celui des Égyptiens (*ʿaduwwihi*, son ennemi).
fa-staghāthahu
racine *gh-w-th* (le secours appelé dans une détresse immédiate) — première occurrence développée.
wakazahu … fa-qaḍā ʿalayhi
voir le callout de méthode ci-dessus. *Wakaza*, racine *w-k-z* : frapper d'un coup sec, du poing ou du tranchant de la main — première occurrence, et occurrence unique de cette racine. *Qaḏā ʿalā*, construction idiomatique de la racine *q-ḏ-y* (décréter, mettre un terme) avec la préposition *ʿalā* : « il mit un terme à lui », soit la mort — à distinguer de l'emploi de la même racine pour le *ḥukm* divin ou humain au sens de juger/décider (*yaqḏī bainahum bi-ḥukmihi*, S27:78) : ici, un emploi idiomatique concret pour l'issue fatale d'un coup, non un jugement rendu.
hādhā min ʿamali sh-shayṭāni … ʿaduwwun mubīn
**Cohérence intra-coranique.** La même attribution d'un acte au *shayṭān* est déjà établie pour le *khamr* et le *maysir* (*rijsun min ʿamali sh-shayṭāni*, S5:90). La qualification finale, *ʿaduwwun mubīn* appliquée au *shayṭān*, reprend mot pour mot une formule déjà établie (*inna sh-shayṭāna li-l-insāni ʿaduwwun mubīn*, S12:5). **Dit** : Mūsā lui-même attribue cet événement à l'instigation du *shayṭān*, sans que le texte ne détaille ici le mécanisme précis de cette instigation — un **non-dit** cohérent avec l'absence, relevée dans le callout ci-dessus, de toute précision sur l'intention homicide.

S.28:16 · Le repentir de Mūsā — le pardon accordé

S.28:16
قَالَ رَبِّ إِنِّي ظَلَمْتُ نَفْسِي فَاغْفِرْ لِي فَغَفَرَ لَهُ ۚ إِنَّهُ هُوَ الْغَفُورُ الرَّحِيمُ
Qāla rabbi innī ẓalamtu nafsī fa-ghfir lī fa-ghafara lahu — innahu huwa l-ghafūru r-raḥīm Il dit : « Mon Rabb, je me suis fait tort à moi-même (ẓalamtu nafsī) — pardonne-moi » — et Il lui pardonna ; c’est Lui, al-Ghafūr, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
ẓalamtu nafsī
racine *ẓ-l-m*, largement établie : placer une chose hors de sa juste place. **Dit** : Mūsā qualifie lui-même son acte de tort fait à sa propre *nafs* — une reconnaissance directe de faute, immédiatement suivie d'une demande de pardon et de son octroi, sans délai rapporté par le texte.

S.28:17 · Le vœu : ne plus soutenir les mujrimūn

S.28:17
قَالَ رَبِّ بِمَا أَنْعَمْتَ عَلَيَّ فَلَنْ أَكُونَ ظَهِيرًا لِلْمُجْرِمِينَ
Qāla rabbi bimā anʿamta ʿalayya fa-lan akūna ẓahīran li-l-mujrimīn Il dit : « Mon Rabb, par le bienfait que Tu m’as accordé, jamais plus je ne serai un soutien (ẓahīran) pour les mujrimūn. »
Notes lexicales
ẓahīran
racine *ẓ-h-r* (le dos) : celui qui prête son dos, son appui — d'où, au figuré, le soutien, l'allié dans l'action. Première occurrence développée. **Dit** : Mūsā formule ici un vœu personnel, consécutif à l'épreuve qu'il vient de traverser — ne plus apporter son appui aux *mujrimūn* — sans que le texte n'en précise la portée au-delà de cette déclaration à la première personne.

La fuite de Mūsā hors d’Égypte · S28:18–21

S.28:18 · L’appel renouvelé — « tu es quelqu’un qui s’égare manifestement »

S.28:18
فَأَصْبَحَ فِي الْمَدِينَةِ خَائِفًا يَتَرَقَّبُ فَإِذَا الَّذِي اسْتَنْصَرَهُ بِالْأَمْسِ يَسْتَصْرِخُهُ ۚ قَالَ لَهُ مُوسَىٰ إِنَّكَ لَغَوِيٌّ مُبِينٌ
Fa-aṣbaḥa fi l-madīnati khāʾifan yataraqqabu fa-idhā lladhī stanṣarahu bi-l-amsi yastaṣrikhuhu — qāla lahu mūsā innaka la-ghawiyyun mubīn Il se retrouva dans la ville, craintif, surveillant [les alentours] (yataraqqabu) — et voici que celui qui avait demandé son secours la veille (bi-l-amsi) l’appelait de nouveau à grands cris (yastaṣrikhuhu). Mūsā lui dit : « Tu es certes quelqu’un qui s’égare (ghawiyy) de façon manifeste. »
Notes lexicales
khāʾifan yataraqqabu
racine *r-q-b* (surveiller, rester sur ses gardes), forme V — première occurrence développée. Reviendra à l'identique en S28:21 (ce Bloc), encadrant ainsi tout ce dernier mouvement du récit.
yastaṣrikhuhu
racine *ṣ-r-kh* (crier), forme X : appeler à grands cris au secours — première occurrence développée.
la-ghawiyyun mubīn
racine *gh-w-y* : s'écarter par un mauvais choix, une dérive volontaire — distincte de *ḍalāl* (racine *ḍ-l-l*, largement établie), qui désigne plus généralement le fait de s'écarter du chemin, sans cette même nuance de dérive coupable. Première occurrence développée de *gh-w-y*. **Dit** : Mūsā, encore marqué par l'épreuve de la veille, qualifie ici durement l'homme qui le rappelle — le texte ne précise pas davantage le fondement exact de ce jugement au-delà du contexte immédiat (un homme qui, par ses rixes répétées, attire de nouveau Mūsā dans une situation dangereuse).

S.28:19 · L’accusation : « tu ne veux être qu’un tyran sur la terre »

S.28:19
فَلَمَّا أَنْ أَرَادَ أَنْ يَبْطِشَ بِالَّذِي هُوَ عَدُوٌّ لَهُمَا قَالَ يَا مُوسَىٰ أَتُرِيدُ أَنْ تَقْتُلَنِي كَمَا قَتَلْتَ نَفْسًا بِالْأَمْسِ ۖ إِنْ تُرِيدُ إِلَّا أَنْ تَكُونَ جَبَّارًا فِي الْأَرْضِ وَمَا تُرِيدُ أَنْ تَكُونَ مِنَ الْمُصْلِحِينَ
Fa-lammā an arāda an yabṭisha bi-lladhī huwa ʿaduwwun lahumā qāla yā mūsā a-turīdu an taqtulanī kamā qatalta nafsan bi-l-amsi — in turīdu illā an takūna jabbāran fi l-arḍi wa-mā turīdu an takūna mina l-muṣliḥīn Puis, quand il voulut s’en saisir violemment (yabṭisha) contre celui qui était leur ennemi commun, celui-ci dit : « Ô Mūsā, veux-tu me tuer (taqtulanī) comme tu as tué une âme hier (bi-l-amsi) ? Tu ne veux rien d’autre que d’être un jabbār sur la terre, et tu ne veux pas être du nombre des muṣliḥīn. »
Notes lexicales
yabṭisha
racine *b-ṭ-sh* : saisir et frapper avec violence — première occurrence développée.
qatalta nafsan bi-l-amsi
**Point de transparence** : c'est ici, dans la bouche de cet homme — non dans le récit lui-même au verset S28:15 (ce Bloc, voir le callout de méthode qui y est posé) — que l'acte de Mūsā est nommé sans détour *qatl* (une mise à mort). Le texte rapporte cette parole telle qu'elle est prononcée, par un interlocuteur qui n'a aucune part à juger de l'intention de Mūsā ; ce Bloc ne l'érige pas en verdict du texte lui-même sur la nature exacte de cet acte.
jabbāran fi l-arḍi
racine *j-b-r* — précédent exact déjà établi (*jabbārin ʿanīd*, S14:15 ; S5:22, déjà publiée : « celui qui domine par la contrainte ») : le tyran qui impose sa volonté par la force.
mina l-muṣliḥīn
racine *ṣ-l-ḥ*, très largement établie : ceux qui remettent les choses dans leur juste ordre — opposé ici directement au *jabbār*, qui impose son ordre propre par la contrainte.

S.28:20 · L’avertissement de l’homme venu en hâte — le complot de l’assemblée

S.28:20
وَجَاءَ رَجُلٌ مِنْ أَقْصَى الْمَدِينَةِ يَسْعَىٰ قَالَ يَا مُوسَىٰ إِنَّ الْمَلَأَ يَأْتَمِرُونَ بِكَ لِيَقْتُلُوكَ فَاخْرُجْ إِنِّي لَكَ مِنَ النَّاصِحِينَ
Wa-jāʾa rajulun min aqṣā l-madīnati yasʿā qāla yā mūsā inna l-malaʾa yaʾtamirūna bika li-yaqtulūka fa-khruj innī laka mina n-nāṣiḥīn Un homme vint de l’extrémité de la ville, en hâte (yasʿā), et dit : « Ô Mūsā, l’assemblée (al-malaʾ) délibère à ton sujet (yaʾtamirūna bika) pour te tuer — sors donc ; je suis certes, pour toi, du nombre de ceux qui te conseillent sincèrement (an-nāṣiḥīn). »
Notes lexicales
al-malaʾ
racine *m-l-ʾ* (remplir) — précédent extensivement établi (S7:60, S23:24, S26:34) : l'assemblée des notables.
yaʾtamirūna bika
racine *ʾ-m-r* (ordonner, délibérer), forme VIII : se concerter entre eux à propos de quelqu'un, dans un dessein hostile — première occurrence développée. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le motif exact retenu par l'assemblée — le contexte immédiat (le coup fatal de S28:15, ce Bloc) le rend seul plausible, sans que ce verset ne l'énonce explicitement.
mina n-nāṣiḥīn
même racine *n-ṣ-ḥ* que S28:12 (ce Bloc, *nāṣiḥūn*) : la sincérité sans duplicité.

S.28:21 · La fuite — « sauve-moi du peuple injuste »

S.28:21
فَخَرَجَ مِنْهَا خَائِفًا يَتَرَقَّبُ ۖ قَالَ رَبِّ نَجِّنِي مِنَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
Fa-kharaja minhā khāʾifan yataraqqabu — qāla rabbi najjinī mina l-qawmi ẕ-ẕālimīn Il en sortit, craintif, surveillant [les alentours] (yataraqqabu), et dit : « Mon Rabb, sauve-moi (najjinī) du peuple injuste (aẕ-ẕālimīn). »
Notes lexicales
khāʾifan yataraqqabu
reprise exacte, mot pour mot, de la même clause qu'en S28:18 (ce Bloc, voir la note qui y est posée) — ce Bloc se referme ainsi sur l'état même dans lequel il s'était rouvert, Mūsā quittant la ville dans la même disposition de crainte vigilante qu'il y avait connue.
najjinī mina l-qawmi ẕ-ẕālimīn
**Dit** : cette prière referme le Bloc sur une demande de délivrance strictement personnelle (« sauve-moi », à la première personne du singulier), qualifiant ceux qu'il fuit de « peuple injuste » (*al-qawm aẕ-ẕālimīn*) — une qualification qui reprend le même terme déjà appliqué à la tyrannie de Firʿawn (*mina l-mufsidīn*, S28:4, ce Bloc) sous une racine différente mais un jugement de même nature.

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