Structure du Bloc II. Trois séquences narratives liées : l'élection d'Ādam, de Nūḥ, de la famille d'Ibrāhīm et de la famille de ʿImrān, puis le vœu de la mère de Maryam et la naissance de celle-ci (S3:33–37) ; l'invocation de Zakariyyā, l'annonce de Yaḥyā, et l'élection de Maryam parmi les femmes des mondes (S3:38–46) ; l'annonce d'ʿĪsā, sa mission auprès des Banū Isrāʾīl, le kufr qu'il perçoit chez eux, la mubāhala proposée à ceux qui contestent, et la clôture sur mutawaffīka (S3:47–63).

Avertissement méthodologique. S3:55 (innī mutawaffīka wa-rāfiʿuka ilayya) porte sur un point que les lectures traditionnelles ont chargé d'un contenu doctrinal considérable (la nature exacte de ce qui est arrivé à ʿĪsā). La méthode de ce site interdit d'importer une conclusion extérieure au texte. Le verset est donc traduit ici selon ce qu'il énonce grammaticalement, avec une note explicite sur ce que le texte laisse non tranché — voir la note dédiée après S3:55.

Āl ʿImrān élus, le vœu de la mère de Maryam, la naissance de Maryam · S3:33–37

S.3:33–34
إِنَّ ٱللَّهَ ٱصْطَفَىٰٓ ءَادَمَ وَنُوحًا وَءَالَ إِبْرَٰهِيمَ وَءَالَ عِمْرَٰنَ عَلَى ٱلْعَـٰلَمِينَ ۝ ذُرِّيَّةًۢ بَعْضُهَا مِنۢ بَعْضٍ ۗ وَٱللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Inna llāha ṣṭafā Ādama wa-Nūḥan wa-Āla Ibrāhīma wa-Āla ʿImrāna ʿala l-ʿālamīn — dhurriyyatan baʿḍuhā min baʿḍ — wa-llāhu Samīʿun ʿAlīm Allaah a élu Ādam, Nūḥ, la famille d’Ibrāhīm et la famille de ʿImrān, au-dessus des mondes — une descendance, les uns issus des autres — Allaah est Samīʿ, ʿAlīm.
S.3:35
إِذْ قَالَتِ ٱمْرَأَتُ عِمْرَٰنَ رَبِّ إِنِّى نَذَرْتُ لَكَ مَا فِى بَطْنِى مُحَرَّرًا فَتَقَبَّلْ مِنِّىٓ ۖ إِنَّكَ أَنتَ ٱلسَّمِيعُ ٱلْعَلِيمُ
Idh qālati mraʾatu ʿImrāna rabbi innī nadhartu laka mā fī baṭnī muḥarraran fa-taqabbal minnī — innaka anta l-Samīʿu l-ʿAlīm Quand la femme de ʿImrān dit : « Mon Seigneur, j’ai voué pour Toi ce qui est dans mon ventre, entièrement consacré — accepte-le donc de moi. C’est Toi, Toi, al-Samīʿ, al-ʿAlīm. »
S.3:36
فَلَمَّا وَضَعَتْهَا قَالَتْ رَبِّ إِنِّى وَضَعْتُهَآ أُنثَىٰ وَٱللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا وَضَعَتْ وَلَيْسَ ٱلذَّكَرُ كَٱلْأُنثَىٰ ۖ وَإِنِّى سَمَّيْتُهَا مَرْيَمَ وَإِنِّىٓ أُعِيذُهَا بِكَ وَذُرِّيَّتَهَا مِنَ ٱلشَّيْطَـٰنِ ٱلرَّجِيمِ
Fa-lammā waḍaʿathā qālat rabbi innī waḍaʿtuhā unthā wa-llāhu aʿlamu bi-mā waḍaʿat wa-laysa l-dhakaru ka-l-unthā — wa-innī sammaytuhā Maryama wa-innī uʿīdhuhā bika wa-dhurriyyatahā mina l-shayṭāni l-rajīm Puis, quand elle l’eut mise au monde, elle dit : « Mon Seigneur, je l’ai mise au monde, une fille » — et Allaah sait mieux ce qu’elle a mis au monde — « et le garçon n’est pas comme la fille — je l’ai nommée Maryam, et je la place sous Ta protection, elle et sa descendance, contre le shayṭān banni. »
S.3:37
فَتَقَبَّلَهَا رَبُّهَا بِقَبُولٍ حَسَنٍ وَأَنۢبَتَهَا نَبَاتًا حَسَنًا وَكَفَّلَهَا زَكَرِيَّا ۖ كُلَّمَا دَخَلَ عَلَيْهَا زَكَرِيَّا ٱلْمِحْرَابَ وَجَدَ عِندَهَا رِزْقًا ۖ قَالَ يَـٰمَرْيَمُ أَنَّىٰ لَكِ هَـٰذَا ۖ قَالَتْ هُوَ مِنْ عِندِ ٱللَّهِ ۖ إِنَّ ٱللَّهَ يَرْزُقُ مَن يَشَآءُ بِغَيْرِ حِسَابٍ
Fa-taqabbalahā Rabbuhā bi-qabūlin ḥasanin wa-anbatahā nabātan ḥasanan wa-kaffalahā Zakariyyā — kullamā dakhala ʿalayhā Zakariyyā l-miḥrāba wajada ʿindahā rizqan — qāla yā-Maryamu annā laki hādhā — qālat huwa min ʿindi llāh — inna llāha yarzuqu man yashāʾu bi-ghayri ḥisāb Son Seigneur l’accueillit d’un accueil digne, la fit croître d’une croissance digne, et en confia la charge à Zakariyyā — chaque fois que Zakariyyā entrait auprès d’elle dans al-miḥrāb, il y trouvait une provision — il dit : « Ô Maryam, d’où te vient cela ? » — elle dit : « Cela vient d’auprès d’Allaah — Allaah pourvoit qui Il veut, sans compte. »

Notes lexicales. ٱصْطَفَىٰ iṣṭafā — racine ṣ-f-w (forme VIII) : choisir en écartant tout le reste, élire de façon exclusive — même racine que ṣafwa (l'élite, ce qui est purifié/décanté). مُحَرَّرًا muḥarraran — racine ḥ-r-r : rendu libre de toute autre affectation, entièrement voué/consacré — participe passif appliqué ici à un enfant à naître, voué au service exclusif d'al-miḥrāb. وَلَيْسَ ٱلذَّكَرُ كَٱلْأُنثَىٰ — note de lecture : la frontière entre la parole rapportée de la mère et un énoncé du texte lui-même n'est pas marquée grammaticalement ; les deux lectures sont possibles sans que le sens global en soit affecté — la fille née n'est pas, dans son rôle attendu, interchangeable avec le garçon espéré pour le service voué. أُعِيذُهَا bika — racine ʿ-w-dh : chercher refuge, placer sous protection — déjà rencontré dans les sourates courtes de type isticadha. ٱلشَّيْطَـٰنِ ٱلرَّجِيمِ al-shayṭāni l-rajīm — rajīm, racine r-j-m : banni, rejeté à distance (sens premier : lapidé/repoussé par jet de pierres, ici au sens dérivé d'exclusion). ٱلْمِحْرَاب al-miḥrāb — racine ḥ-r-b : un espace retiré, une loge fermée ; conservé translittéré, l'équivalent français « sanctuaire » important une charge architecturale précise que le terme arabe ne fixe pas nécessairement ici. رِزْقًا rizqan — provision, ce qui est accordé pour subsister ; racine déjà connue. Ce que le texte dit : une continuité d'élection (Ādam, Nūḥ, Āl Ibrāhīm, Āl ʿImrān), puis un vœu de consécration exclusive suivi d'un accueil et d'une provision extraordinaires pour Maryam. Ce que le texte ne dit pas : il ne précise pas la nature exacte de la provision trouvée par Zakariyyā, ni le mécanisme par lequel elle lui parvient.

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Zakariyyā, l'annonce de Yaḥyā, l'élection de Maryam · S3:38–46

S.3:38
هُنَالِكَ دَعَا زَكَرِيَّا رَبَّهُۥ ۖ قَالَ رَبِّ هَبْ لِى مِن لَّدُنكَ ذُرِّيَّةً طَيِّبَةً ۖ إِنَّكَ سَمِيعُ ٱلدُّعَآءِ
Hunālika daʿā Zakariyyā Rabbahu — qāla rabbi hab lī min ladunka dhurriyyatan ṭayyibatan — innaka Samīʿu l-duʿāʾ Là, Zakariyyā invoqua son Seigneur — il dit : « Mon Seigneur, accorde-moi, de Ta part, une descendance ṭayyiba — c’est Toi qui entends l’invocation (al-duʿāʾ). »
S.3:39
فَنَادَتْهُ ٱلْمَلَـٰٓئِكَةُ وَهُوَ قَآئِمٌ يُصَلِّى فِى ٱلْمِحْرَابِ أَنَّ ٱللَّهَ يُبَشِّرُكَ بِيَحْيَىٰ مُصَدِّقًۢا بِكَلِمَةٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَسَيِّدًا وَحَصُورًا وَنَبِيًّا مِّنَ ٱلصَّـٰلِحِينَ
Fa-nādathu l-malāʾikatu wa-huwa qāʾimun yuṣallī fi l-miḥrābi anna llāha yubashshiruka bi-Yaḥyā muṣaddiqan bi-kalimatin mina llāhi wa-sayyidan wa-ḥaṣūran wa-nabiyyan mina l-ṣāliḥīn Les malāʾika l’appelèrent, alors qu’il se tenait debout à accomplir la ṣalāt dans al-miḥrāb : « Allaah t’annonce Yaḥyā, confirmant une parole venue d’Allaah, notable, à la retenue totale, et nabī parmi les ṣāliḥūn. »
S.3:40–41
قَالَ رَبِّ أَنَّىٰ يَكُونُ لِى غُلَـٰمٌ وَقَدْ بَلَغَنِىَ ٱلْكِبَرُ وَٱمْرَأَتِى عَاقِرٌ ۖ قَالَ كَذَٰلِكَ ٱللَّهُ يَفْعَلُ مَا يَشَآءُ ۝ قَالَ رَبِّ ٱجْعَل لِّىٓ ءَايَةً ۖ قَالَ ءَايَتُكَ أَلَّا تُكَلِّمَ ٱلنَّاسَ ثَلَـٰثَةَ أَيَّامٍ إِلَّا رَمْزًا ۗ وَٱذْكُر رَّبَّكَ كَثِيرًا وَسَبِّحْ بِٱلْعَشِىِّ وَٱلْإِبْكَـٰرِ
Qāla rabbi annā yakūnu lī ghulāmun wa-qad balaghaniya l-kibaru wa-mraʾatī ʿāqir — qāla ka-dhālika llāhu yafʿalu mā yashāʾ — qāla rabbi jʿal lī āyatan — qāla āyatuka allā tukallima l-nāsa thalāthata ayyāmin illā ramzan — wa-dhkur rabbaka kathīran wa-sabbiḥ bi-l-ʿashiyyi wa-l-ibkār Il dit : « Mon Seigneur, comment aurai-je un garçon, alors que la vieillesse m’a atteint et que ma femme est stérile ? » — Il dit : « Ainsi — Allaah fait ce qu’Il veut. » Il dit : « Mon Seigneur, place pour moi un signe. » — Il dit : « Ton signe est que tu ne parleras pas aux gens pendant trois jours, sinon par geste — mentionne beaucoup ton Seigneur, et déclare Sa transcendance (sabbiḥ) au soir et au matin. »
S.3:42–43
وَإِذْ قَالَتِ ٱلْمَلَـٰٓئِكَةُ يَـٰمَرْيَمُ إِنَّ ٱللَّهَ ٱصْطَفَىٰكِ وَطَهَّرَكِ وَٱصْطَفَىٰكِ عَلَىٰ نِسَآءِ ٱلْعَـٰلَمِينَ ۝ يَـٰمَرْيَمُ ٱقْنُتِى لِرَبِّكِ وَٱسْجُدِى وَٱرْكَعِى مَعَ ٱلرَّٰكِعِينَ
Wa-idh qālati l-malāʾikatu yā-Maryamu inna llāha ṣṭafāki wa-ṭahharaki wa-ṣṭafāki ʿalā nisāʾi l-ʿālamīn — yā-Maryamu qnutī li-rabbiki wa-sjudī wa-rkaʿī maʿa l-rākiʿīn Et quand les malāʾika dirent : « Ô Maryam, Allaah t’a élue et t’a purifiée, et t’a élue au-dessus des femmes des mondes. Ô Maryam, tiens-toi dans le qunūt pour ton Seigneur, prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent. »
S.3:44
ذَٰلِكَ مِنْ أَنۢبَآءِ ٱلْغَيْبِ نُوحِيهِ إِلَيْكَ ۚ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يُلْقُونَ أَقْلَـٰمَهُمْ أَيُّهُمْ يَكْفُلُ مَرْيَمَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يَخْتَصِمُونَ
Dhālika min anbāʾi l-ghaybi nūḥīhi ilayka — wa-mā kunta ladayhim idh yulqūna aqlāmahum ayyuhum yakfulu Maryama wa-mā kunta ladayhim idh yakhtaṣimūn Cela fait partie des récits de l’ghayb que Nous te révélons — tu n’étais pas auprès d’eux quand ils jetaient leurs calames pour savoir lequel d’entre eux se chargerait de Maryam, et tu n’étais pas auprès d’eux quand ils se disputaient.
S.3:45–46
إِذْ قَالَتِ ٱلْمَلَـٰٓئِكَةُ يَـٰمَرْيَمُ إِنَّ ٱللَّهَ يُبَشِّرُكِ بِكَلِمَةٍ مِّنْهُ ٱسْمُهُ ٱلْمَسِيحُ عِيسَى ٱبْنُ مَرْيَمَ وَجِيهًا فِى ٱلدُّنْيَا وَٱلْـَٔاخِرَةِ وَمِنَ ٱلْمُقَرَّبِينَ ۝ وَيُكَلِّمُ ٱلنَّاسَ فِى ٱلْمَهْدِ وَكَهْلًا وَمِنَ ٱلصَّـٰلِحِينَ
Idh qālati l-malāʾikatu yā-Maryamu inna llāha yubashshiruki bi-kalimatin minhu smuhu l-Masīḥu ʿĪsā-bnu Maryama wajīhan fi l-dunyā wa-l-ākhirati wa-mina l-muqarrabīn — wa-yukallimu l-nāsa fi l-mahdi wa-kahlan wa-mina l-ṣāliḥīn Quand les malāʾika dirent : « Ô Maryam, Allaah t’annonce une parole venue de Lui, dont le nom est al-Masīḥ, ʿĪsā fils de Maryam, éminent dans ce monde et dans l’ākhira, et parmi les rapprochés. Il parlera aux gens depuis le berceau et à l’âge mûr, et il sera parmi les ṣāliḥūn. »

Notes lexicales. سَيِّدًا sayyidan — racine s-y-d : figure d'autorité et de dignité reconnue ; traduit par « notable » plutôt que par « seigneur », terme réservé dans ce projet au registre de Rabb appliqué à Allaah. حَصُورًا ḥaṣūran — racine ḥ-ṣ-r : qui se retient, se contient entièrement — sens premier « encercler/confiner ». ٱلْغَيْب al-ghayb — déjà connu : ce qui échappe à la perception directe. ٱلْمَسِيح al-Masīḥ — conservé translittéré ; racine m-s-ḥ (essuyer/oindre) — **non-dit** sur la nuance précise retenue par ce titre dans ce contexte ; le terme est un nom propre composé, non traduit. ٱلْمُقَرَّبِينَ al-muqarrabīn — racine q-r-b : ceux rapprochés, mis en proximité. قنت qanata — racine q-n-t : se tenir dans un état de soumission/dévotion prolongée et constante ; conservé transcrit par « qunūt » faute d'équivalent français unique. سُجُود / رُكُوع sujūd / rukūʿ — la prosternation et l'inclinaison, gestes déjà rencontrés dans le vocabulaire rituel du corpus. Ce que le texte dit : Zakariyyā reçoit l'annonce de Yaḥyā malgré la vieillesse et la stérilité de son épouse, et demande un signe qui lui est accordé sous forme de mutisme temporaire ; Maryam est élue et appelée à un état de dévotion soutenu ; ʿĪsā est annoncé comme « une parole » venant d'Allaah. Ce que le texte ne dit pas : la nature exacte du tirage au sort par calames (S3:44) n'est pas détaillée au-delà de son résultat.

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La naissance et la mission d'ʿĪsā · S3:47–51

S.3:47
قَالَتْ رَبِّ أَنَّىٰ يَكُونُ لِى وَلَدٌ وَلَمْ يَمْسَسْنِى بَشَرٌ ۖ قَالَ كَذَٰلِكِ ٱللَّهُ يَخْلُقُ مَا يَشَآءُ ۚ إِذَا قَضَىٰٓ أَمْرًا فَإِنَّمَا يَقُولُ لَهُۥ كُن فَيَكُونُ
Qālat rabbi annā yakūnu lī waladun wa-lam yamsasnī bashar — qāla ka-dhāliki llāhu yakhluqu mā yashāʾ — idhā qaḍā amran fa-innamā yaqūlu lahu kun fa-yakūn Elle dit : « Mon Seigneur, comment aurai-je un enfant, alors qu’aucun être humain (bashar) ne m’a touchée ? » — Il dit : « Ainsi — Allaah crée ce qu’Il veut ; quand Il décide d’une chose, Il lui dit seulement : ‹ Sois › — et elle est. »
S.3:48–50
وَيُعَلِّمُهُ ٱلْكِتَـٰبَ وَٱلْحِكْمَةَ وَٱلتَّوْرَىٰةَ وَٱلْإِنجِيلَ ۝ وَرَسُولًا إِلَىٰ بَنِىٓ إِسْرَٰٓءِيلَ أَنِّى قَدْ جِئْتُكُم بِـَٔايَةٍ مِّن رَّبِّكُمْ ۖ أَنِّىٓ أَخْلُقُ لَكُم مِّنَ ٱلطِّينِ كَهَيْـَٔةِ ٱلطَّيْرِ فَأَنفُخُ فِيهِ فَيَكُونُ طَيْرًۢا بِإِذْنِ ٱللَّهِ ۖ وَأُبْرِئُ ٱلْأَكْمَهَ وَٱلْأَبْرَصَ وَأُحْىِ ٱلْمَوْتَىٰ بِإِذْنِ ٱللَّهِ ۖ وَأُنَبِّئُكُم بِمَا تَأْكُلُونَ وَمَا تَدَّخِرُونَ فِى بُيُوتِكُمْ ۚ إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَـَٔايَةً لَّكُمْ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ ۝ وَمُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَىَّ مِنَ ٱلتَّوْرَىٰةِ وَلِأُحِلَّ لَكُم بَعْضَ ٱلَّذِى حُرِّمَ عَلَيْكُمْ ۚ وَجِئْتُكُم بِـَٔايَةٍ مِّن رَّبِّكُمْ فَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَأَطِيعُونِ
Wa-yuʿallimuhu l-kitāba wa-l-ḥikmata wa-l-tawrāta wa-l-injīl — wa-rasūlan ilā banī Isrāʾīla annī qad jiʾtukum bi-āyatin min rabbikum — annī akhluqu lakum mina l-ṭīni ka-hayʾati l-ṭayri fa-anfukhu fīhi fa-yakūnu ṭayran bi-idhni llāh — wa-ubriʾu l-akmaha wa-l-abraṣa wa-uḥyi l-mawtā bi-idhni llāh — wa-unabbiʾukum bi-mā taʾkulūna wa-mā taddakhirūna fī buyūtikum — inna fī dhālika la-āyatan lakum in kuntum muʾminīn — wa-muṣaddiqan li-mā bayna yadayya mina l-tawrāti wa-li-uḥilla lakum baʿḍa lladhī ḥurrima ʿalaykum — wa-jiʾtukum bi-āyatin min rabbikum fa-ttaqū llāha wa-aṭīʿūn Et Il lui enseigne le Kitāb, la ḥikma, la Tawrāh et l’Injīl — et comme rasūl envers les Banū Isrāʾīl : « Je vous ai apporté un signe venant de votre Seigneur — je façonne pour vous, à partir de l’argile, une forme d’oiseau, puis j’y souffle et elle devient un oiseau, par la permission d’Allaah — je guéris l’aveugle-né et le lépreux, et je redonne vie aux morts, par la permission d’Allaah — et je vous informe de ce que vous mangez et de ce que vous amassez dans vos maisons. En cela, il y a certes un signe pour vous, si vous êtes muʾminūn — et confirmant ce qui, de la Tawrāh, est entre mes mains — et pour rendre licite pour vous une partie de ce qui vous était interdit — je vous ai apporté un signe venant de votre Seigneur ; prémunissez-vous donc d’Allaah et obéissez-moi. »
S.3:51
إِنَّ ٱللَّهَ رَبِّى وَرَبُّكُمْ فَٱعْبُدُوهُ ۗ هَـٰذَا صِرَٰطٌ مُّسْتَقِيمٌ
Inna llāha rabbī wa-rabbukum fa-ʿbudūhu — hādhā ṣirāṭun mustaqīm Allaah est mon Seigneur et votre Seigneur ; servez-Le donc. Voilà un chemin droit.

Notes lexicales. بَشَر bashar — être humain au sens biologique/générique, déjà rencontré. كُن فَيَكُونُ kun fa-yakūn — racine k-w-n (être/exister) : formule de création directe, traduite littéralement (« Sois — et elle est ») car elle constitue un acte de parole performatif, non une expression figurée. بِإِذْنِ ٱللَّهِ bi-idhni llāh — racine ʾ-dh-n : par la permission/l'autorisation d'Allaah — formule répétée trois fois dans ce passage, soulignant explicitement que les actes accomplis ne procèdent pas d'ʿĪsā de façon autonome. ٱلْأَكْمَه al-akmah — l'aveugle de naissance (racine k-m-h). ٱلْأَبْرَص al-abraṣ — celui atteint de la lèpre/vitiligo (racine b-r-ṣ). Ce que le texte dit : les actes attribués à ʿĪsā sont systématiquement rattachés à une permission d'Allaah, jamais présentés comme une capacité propre. Ce que le texte ne dit pas : le mécanisme physique exact de ces actes n'est pas décrit au-delà de leur description narrative.

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Le kufr perçu, les ḥawāriyyūn, la mubāhala, la clôture — mutawaffīka · S3:52–63

S.3:52–53
۞ فَلَمَّآ أَحَسَّ عِيسَىٰ مِنْهُمُ ٱلْكُفْرَ قَالَ مَنْ أَنصَارِىٓ إِلَى ٱللَّهِ ۖ قَالَ ٱلْحَوَارِيُّونَ نَحْنُ أَنصَارُ ٱللَّهِ ءَامَنَّا بِٱللَّهِ وَٱشْهَدْ بِأَنَّا مُسْلِمُونَ ۝ رَبَّنَآ ءَامَنَّا بِمَآ أَنزَلْتَ وَٱتَّبَعْنَا ٱلرَّسُولَ فَٱكْتُبْنَا مَعَ ٱلشَّـٰهِدِينَ
Fa-lammā aḥassa ʿĪsā minhumu l-kufra qāla man anṣārī ila llāh — qāla l-ḥawāriyyūna naḥnu anṣāru llāhi āmannā bi-llāhi wa-shhad bi-annā muslimūn — rabbanā āmannā bi-mā anzalta wa-ttabaʿnā l-rasūla fa-ktubnā maʿa l-shāhidīn Puis, quand ʿĪsā perçut chez eux le kufr, il dit : « Qui sont mes secoureurs vers Allaah ? » — les ḥawāriyyūn dirent : « Nous sommes les secoureurs d’Allaah, nous avons cru en Allaah, et atteste que nous sommes muslimūn. Notre Seigneur, nous avons cru en ce que Tu as fait descendre, et nous avons suivi le rasūl — inscris-nous donc parmi les témoins (al-shāhidīn). »
S.3:54
وَمَكَرُوا۟ وَمَكَرَ ٱللَّهُ ۖ وَٱللَّهُ خَيْرُ ٱلْمَـٰكِرِينَ
Wa-makarū wa-makara llāhu wa-llāhu khayru l-mākirīn Ils ont usé de manœuvre, et Allaah a usé de manœuvre — Allaah est le meilleur en matière de manœuvre.
S.3:55
إِذْ قَالَ ٱللَّهُ يَـٰعِيسَىٰٓ إِنِّى مُتَوَفِّيكَ وَرَافِعُكَ إِلَىَّ وَمُطَهِّرُكَ مِنَ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ وَجَاعِلُ ٱلَّذِينَ ٱتَّبَعُوكَ فَوْقَ ٱلَّذِينَ كَفَرُوٓا۟ إِلَىٰ يَوْمِ ٱلْقِيَـٰمَةِ ۖ ثُمَّ إِلَىَّ مَرْجِعُكُمْ فَأَحْكُمُ بَيْنَكُمْ فِيمَا كُنتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ
Idh qāla llāhu yā-ʿĪsā innī mutawaffīka wa-rāfiʿuka ilayya wa-muṭahhiruka mina lladhīna kafarū wa-jāʿilu lladhīna ttabaʿūka fawqa lladhīna kafarū ilā yawmi l-qiyāmati — thumma ilayya marjiʿukum fa-aḥkumu baynakum fīmā kuntum fīhi takhtalifūn Quand Allaah dit : « Ô ʿĪsā, Je te reprends en pleine mesure, et Je t’élève vers Moi, et Je te purifie de ceux qui couvrent leur reconnaissance, et Je place ceux qui t’ont suivi au-dessus de ceux qui couvrent leur reconnaissance, jusqu’au Jour de la Résurrection — puis c’est vers Moi votre retour, et Je jugerai entre vous sur ce en quoi vous divergiez. »

Note de vigilance méthodologique — mutawaffīka (S3:55). Le verbe est construit sur la racine و-ف-ي (waw-fāʾ-yāʾ), déjà validée dans ce projet à propos de S2:234 et S2:240 (yutawaffawna) : « être rappelé/repris en pleine mesure », un euphémisme du texte coranique lui-même pour désigner un rappel, sans que la racine désigne directement l'acte de « mourir ». Le verset associe grammaticalement, par quatre participes actifs coordonnés portés par Allaah (mutawaffīka, rāfiʿuka, muṭahhiruka, jāʿilu), quatre actions sans marqueur de succession temporelle explicite entre elles (aucun thumma ne sépare mutawaffīka de rāfiʿuka — le thumma du verset n'intervient qu'après, pour introduire le retour final). Ce que le texte dit : Allaah reprend ʿĪsā en pleine mesure et l'élève vers Lui, le purifie de ceux qui couvrent leur reconnaissance, et place ses disciples au-dessus d'eux jusqu'au Jour de la Résurrection. Ce que le texte ne dit pas ici : l'ordre exact entre le rappel (tawaffī) et l'élévation (rafʿ), ainsi que le mécanisme précis de cette élévation, ne sont pas spécifiés par ce verset pris isolément — une lecture intra-coranique complète supposerait de confronter ce passage à l'ensemble des occurrences de la racine و-ف-ي et de la racine ر-ف-ع dans le muṣḥaf, travail qui dépasse le cadre de ce bloc et pourrait faire l'objet d'une étude dédiée ultérieure, sur le modèle de celle consacrée à S3:7.

S.3:56–57
فَأَمَّا ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ فَأُعَذِّبُهُمْ عَذَابًا شَدِيدًا فِى ٱلدُّنْيَا وَٱلْـَٔاخِرَةِ وَمَا لَهُم مِّن نَّـٰصِرِينَ ۝ وَأَمَّا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا۟ ٱلصَّـٰلِحَـٰتِ فَيُوَفِّيهِمْ أُجُورَهُمْ ۗ وَٱللَّهُ لَا يُحِبُّ ٱلظَّـٰلِمِينَ
Fa-ammā lladhīna kafarū fa-uʿadhdhibuhum ʿadhāban shadīdan fi l-dunyā wa-l-ākhirati wa-mā lahum min nāṣirīn — wa-ammā lladhīna āmanū wa-ʿamilū l-ṣāliḥāti fa-yuwaffīhim ujūrahum — wa-llāhu lā yuḥibbu l-ẓālimīn Quant à ceux qui couvrent leur reconnaissance, Je les châtierai d’un châtiment sévère, dans ce monde et dans l’ākhira, et ils n’auront aucun secoureur. Quant à ceux qui ont cru et ont accompli les œuvres ṣāliḥa, Il leur rendra intégralement leurs rétributions — Allaah n’aime pas les ẓālimūn.
S.3:58
ذَٰلِكَ نَتْلُوهُ عَلَيْكَ مِنَ ٱلْـَٔايَـٰتِ وَٱلذِّكْرِ ٱلْحَكِيمِ
Dhālika natlūhu ʿalayka mina l-āyāti wa-l-dhikri l-ḥakīm Cela, Nous te le récitons, parmi les āyāt et le dhikr empreint de justesse.
S.3:59–60
إِنَّ مَثَلَ عِيسَىٰ عِندَ ٱللَّهِ كَمَثَلِ ءَادَمَ ۖ خَلَقَهُۥ مِن تُرَابٍ ثُمَّ قَالَ لَهُۥ كُن فَيَكُونُ ۝ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّكَ فَلَا تَكُن مِّنَ ٱلْمُمْتَرِينَ
Inna mathala ʿĪsā ʿinda llāhi ka-mathali Ādama — khalaqahu min turābin thumma qāla lahu kun fa-yakūn — al-ḥaqqu min rabbika fa-lā takun mina l-mumtarīn L’exemple d’ʿĪsā, dans le registre d’Allaah, est comme l’exemple d’Ādam : Il le créa de terre, puis Il lui dit : « Sois » — et il fut. Le ḥaqq vient de ton Seigneur ; ne sois donc pas parmi ceux qui doutent.
S.3:61
فَمَنْ حَآجَّكَ فِيهِ مِنۢ بَعْدِ مَا جَآءَكَ مِنَ ٱلْعِلْمِ فَقُلْ تَعَالَوْا۟ نَدْعُ أَبْنَآءَنَا وَأَبْنَآءَكُمْ وَنِسَآءَنَا وَنِسَآءَكُمْ وَأَنفُسَنَا وَأَنفُسَكُمْ ثُمَّ نَبْتَهِلْ فَنَجْعَل لَّعْنَتَ ٱللَّهِ عَلَى ٱلْكَـٰذِبِينَ
Fa-man ḥājjaka fīhi min baʿdi mā jāʾaka mina l-ʿilmi fa-qul taʿālaw nadʿu abnāʾanā wa-abnāʾakum wa-nisāʾanā wa-nisāʾakum wa-anfusanā wa-anfusakum thumma nabtahil fa-najʿal laʿnata llāhi ʿalā l-kādhibīn Quiconque argumente avec toi à ce sujet, après que le savoir te soit parvenu, dis alors : « Venez, appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes, puis invoquons ensemble avec ferveur, et plaçons la malédiction d’Allaah sur les menteurs. »
S.3:62–63
إِنَّ هَـٰذَا لَهُوَ ٱلْقَصَصُ ٱلْحَقُّ ۚ وَمَا مِنْ إِلَـٰهٍ إِلَّا ٱللَّهُ ۚ وَإِنَّ ٱللَّهَ لَهُوَ ٱلْعَزِيزُ ٱلْحَكِيمُ ۝ فَإِن تَوَلَّوْا۟ فَإِنَّ ٱللَّهَ عَلِيمٌۢ بِٱلْمُفْسِدِينَ
Inna hādhā la-huwa l-qaṣaṣu l-ḥaqq — wa-mā min ilāhin illā llāh — wa-inna llāha la-huwa l-ʿAzīzu l-Ḥakīm — fa-in tawallaw fa-inna llāha ʿAlīmun bi-l-mufsidīn Ceci est certes le qaṣaṣ véridique — il n’y a nul ilāh sinon Allaah — et Allaah est certes al-ʿAzīz, al-Ḥakīm. S’ils se détournent, alors Allaah connaît parfaitement les mufsidūn.

Notes lexicales. ٱلْكُفْر al-kufr — racine k-f-r, déjà validée : le couvrement, le refus de reconnaissance ; substantif de la même famille que le verbe déjà rendu par « couvrir sa reconnaissance ». ٱلْحَوَارِيُّونَ al-ḥawāriyyūn — racine ḥ-w-r : deux sens attestés en lexicographie ancienne, la blancheur/pureté ou le fait de revenir/dialoguer ; **non-dit** sur laquelle de ces deux nuances est ici privilégiée — conservé translittéré. مَكَرُوا۟ / مَكَرَ makarū / makara — racine m-k-r : manœuvre indirecte visant à déjouer un dessein ; le texte emploie délibérément le même verbe pour les deux sujets (figure de style, jinās), ce qui interdit de traduire différemment selon le sujet — le sens retenu reste fonctionnel : une réponse stratégique qui renverse une manœuvre, sans qu'aucun affect humain ne soit projeté sur Allaah par ce choix lexical. نَبْتَهِلْ nabtahil — racine b-h-l : s'en remettre mutuellement à une invocation solennelle, appelant la malédiction sur le menteur — événement connu sous le nom de mubāhala, conservé translittéré. ٱلْقَصَص al-qaṣaṣ — racine q-ṣ-ṣ : le récit qui suit fidèlement le fil des événements — même racine que qiṣāṣ (la rétribution qui suit fidèlement le tort subi), sans que les deux sens se confondent. ٱلْمُفْسِدِينَ al-mufsidīn — voir l'étude dédiée Fasad et mufsidūn pour le traitement complet de cette racine. Ce que le texte dit : ʿĪsā perçoit un refus de reconnaissance chez une partie de ceux à qui il s'adresse, obtient l'adhésion des ḥawāriyyūn, et le texte propose la mubāhala à quiconque continue de contester après que le savoir est parvenu. Ce que le texte ne dit pas : l'identité précise des contestataires visés par S3:61 n'est pas nommée dans le passage lui-même.

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Cette traduction est conduite selon la méthode islamducoran.fr. Elle n'est pas prescriptive. Elle est révisable à la lumière du texte. L'unique garant de la compréhension est Allaah.

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