Structure du Bloc unique, sourate complète (30 versets). Six mouvements. D’abord l’exorde : les lettres séparées, la descente du Kitāb sans aucun doute, l’accusation d’invention repoussée, la mission d’avertissement adressée à un peuple sans nadhīr antérieur (S32:1–3). Puis quatre āyāt rattachées directement à Allaah : la création des cieux et de la terre en six jours suivie de l’istiwāʾ sur le ʿArsh, sans walī ni intercesseur hors Sa permission ; l’administration de l’affaire et son ascension en un jour de mille ans ; ʿĀlim du ghayb et de la shahāda, al-ʿAzīz, ar-Raḥīm (S32:4–6). Puis la création de l’humain par étapes — argile, descendance tirée d’une eau de peu de valeur, mise en forme et insufflation du rūḥ, dotation de l’ouïe, des regards et des afʾida — et le constat de la faible reconnaissance qui y répond ; puis le déni de la résurrection, et le malak al-mawt nommément chargé de la reprise (S32:7–11). Puis la scène des mujrimūn têtes basses devant leur Rabb, leur aveu tardif, la parole qui s’est accomplie sur Jahannam, et le double oubli réciproque au Jour (S32:12–14). Puis le portrait de qui croit véritablement aux āyāt — la prosternation, la veille nocturne entre crainte et espoir, la dépense — suivi du contraste tranché entre muʾmin et fāsiq, les jardins du maʾwā et le Feu sans issue, le châtiment le plus proche avant le plus grand, et la question rhétorique sur la pire injustice (S32:15–22). Enfin trois ensembles de clôture : Mūsā et le Kitāb, les aʾimma guidant par l’amr à force d’endurance, le Jour où le Rabb tranche les désaccords ; les générations détruites et l’eau menée vers la terre aride, comme āyāt pour qui entend et voit ; et la question moqueuse sur l’ouverture (al-fatḥ), refermée sur le constat qu’au Jour de cette ouverture la foi ne profitera plus à qui l’a reniée, puis l’ordre final de se détourner et d’attendre (S32:23–30).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.32:1–3 Alif-Lām-Mīm — la descente du Kitāb sans doute — l’accusation d’invention repoussée, la mission de nadhīr
S.32:4 La création en six jours, l’istiwāʾ sur le ʿArsh — nul walī ni intercesseur sans permission
S.32:5 Yudabbiru l-amr — l’ascension en un jour de mille ans
S.32:6 ʿĀlim du ghayb et de la shahāda — al-ʿAzīz, ar-Raḥīm
S.32:7–9 La création de l’humain — ṭīn, sulāla, l’insufflation du rūḥ, ouïe/regards/afʾida
S.32:10 Le déni de la résurrection — kāfirūn par la rencontre de leur Rabb
S.32:11 Malak al-mawt — l’agent commis à la reprise
S.32:12–14 Les mujrimūn têtes basses — l’aveu, la parole accomplie, le double oubli
S.32:15–17 Qui croit véritablement — la prosternation (sajda), la veille nocturne, la fraîcheur des yeux cachée
S.32:18–20 Muʾmin et fāsiq non égaux — les jardins du maʾwā, le Feu sans issue
S.32:21 Le châtiment le plus proche, avant le plus grand
S.32:22 Qui est plus injuste que celui qui se détourne après le rappel
S.32:23–25 Mūsā et le Kitāb — les aʾimma guidant par l’amr, à force d’endurance — le Jour où le Rabb tranche
S.32:26–27 Les générations détruites — l’eau menée vers la terre aride
S.32:28–30 « Quand cette ouverture ? » — le Jour où la foi ne profite plus — détourne-toi, attends

L’exorde — la descente du Kitāb, l’accusation repoussée, la mission d’avertissement · S32:1–3

S.32:1–3 · Alif-Lām-Mīm — la descente du Kitāb sans doute — l’accusation d’invention repoussée, la mission de nadhīr

S.32:1-3
الم ۝ تَنْزِيلُ الْكِتَابِ لَا رَيْبَ فِيهِ مِنْ رَبِّ الْعَالَمِينَ ۝ أَمْ يَقُولُونَ افْتَرَاهُ ۚ بَلْ هُوَ الْحَقُّ مِنْ رَبِّكَ لِتُنْذِرَ قَوْمًا مَا أَتَاهُمْ مِنْ نَذِيرٍ مِنْ قَبْلِكَ لَعَلَّهُمْ يَهْتَدُونَ
Alif-Lām-Mīm — Tanzīlu l-kitābi lā rayba fīhi min rabbi l-ʿālamīn — Am yaqūlūna aftarāhu bal huwa l-ḥaqqu min rabbika li-tundhira qawman mā atāhum min nadhīrin min qablika laʿallahum yahtadūn Alif. Lām. Mīm. — La descente (tanzīl) du Kitāb — nul doute (rayb) en lui — venant du Rabb des mondes (al-ʿālamīn). — Ou bien disent-ils qu’il [le rasūl] l’a inventé (aftarāhu) ? Non — il est al-Ḥaqq, venant de ton Rabb, pour que tu avertisses (li-tundhira) un peuple à qui nul nadhīr n’est venu avant toi — peut-être seront-ils guidés (yahtadūn).
Notes lexicales
Alif-Lām-Mīm
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/). Conformément à la règle constante retenue, aucun sens n'est attribué à ces trois lettres d'ouverture.
lā rayba fīhi
**Précédent exact** déjà établi (S2:2, déjà publiée : « *dhālika l-kitābu lā rayba fīhi* »). Racine *r-y-b* : le doute qui inquiète et trouble, plus fort qu'une simple incertitude.
aftarāhu
racine *f-r-y*, précédent établi (S10, S11, S21) : fabriquer de toutes pièces, forger un mensonge en l'attribuant à une source qui n'en est pas l'auteur.
li-tundhira qawman mā atāhum min nadhīrin min qablika
**Dit** : le texte rattache la mission d'avertissement (*nadhīr*) à l'absence d'avertisseur antérieur pour ce peuple précis. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas davantage l'identité de ce peuple ni la nature exacte de cette absence — simple constat d'une lacune, sans qu'il soit dit qu'aucun *nadhīr* n'ait jamais atteint, par un relais quelconque, leurs ancêtres les plus lointains.

Quatre āyāt rattachées à Allaah · S32:4–6

S.32:4 · La création en six jours, l’istiwāʾ sur le ʿArsh — nul walī ni intercesseur sans permission

Point de méthode — istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh, sixième occurrence de la série annoncée depuis S7:54. L’avertissement de méthode posé dès S7:54 annonçait le retour de cette même formule à plusieurs reprises, nommément S10:3, S13:2, S20:5, S25:59, S32:4, S57:4 (avec une variante distincte en S41:11). Ce Bloc applique ici, pour la sixième de ces occurrences (après S7:54, S10:3, S13:2, S20:5 et S25:59, déjà traduites), exactement la même méthode : istawā rendu par « a pris pleinement possession » — sens idiomatique attesté indépendamment du Coran pour istawā ʿalā appliqué à un pouvoir ou une royauté, jamais une image de position assise ou de lieu occupé — et ʿArsh conservé en translittération, comme ṣalāt, zakāt.

S.32:4
اللَّهُ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا فِي سِتَّةِ أَيَّامٍ ثُمَّ اسْتَوَىٰ عَلَى الْعَرْشِ ۖ مَا لَكُمْ مِنْ دُونِهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا شَفِيعٍ ۚ أَفَلَا تَتَذَكَّرُونَ
Allāhu lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḑa wa-mā baynahumā fī sittati ayyāmin thumma-stawā ʿalā l-ʿarshi mā lakum min dūnihi min waliyyin wa-lā shafīʿin a-fa-lā tatadhakkarūn Allaah — Ce qui a créé les cieux et la terre, et ce qui est entre les deux, en six jours (sittati ayyāmin), puis a pris pleinement possession (istawā) du ʿArsh — vous n’avez, en dehors de Lui (min dūnihi), ni walī [protecteur] ni intercesseur (shafīʿ) — ne vous rappellerez-vous donc pas (a-fa-lā tatadhakkarūn) ?
Notes lexicales
khalaqa … fī sittati ayyāmin thumma-stawā ʿalā l-ʿarshi
voir le callout ci-dessus.
min waliyyin wa-lā shafīʿin
*walī*, racine *w-l-y* : ce qui est proche et prend en charge — précédent extensivement établi. *Shafīʿ*, racine *sh-f-ʿ* : ce qui intercède. **Dit** : le texte nie ici conjointement les deux fonctions, hors d'Allaah, sans exception nommée — l'intercession évoquée ailleurs dans le Coran comme soumise à Sa seule permission (voir S25:59, S2:255) n'est pas contredite par cette négation générale, qui porte sur toute protection ou intercession qui s'exercerait indépendamment de Lui.

S.32:5 · Yudabbiru l-amr — l’ascension en un jour de mille ans

Point de méthode et de prudence — le sujet grammatical de yaʿruju, et la distinction avec d’autres durées coraniques. Dit : le verbe yaʿruju (« monte, s’élève ») est au masculin singulier, accord grammatical qui le rattache le plus naturellement à al-amr (« l’affaire »), masculin, déjà posé comme sujet de yudabbiru dans la proposition qui précède — non à Allaah Lui-même, qu’aucune formulation de ce Bloc ne présente comme se déplaçant. Ilayhi (« vers Lui ») marque ici, comme pour ilayya l-maṣīr (S31:14, déjà établi) et ʿindahu (S31:34), une référence d’aboutissement et d’autorité ultime — non une destination spatiale. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce mouvement de « l’affaire » entre ciel et terre puis son retour. Point de prudence, cohérence intra-coranique à ne pas fusionner : la durée « mille années selon votre calcul » (alfa sanatin mimmā taʿuddūn) qualifie ici l’ascension de al-amr, un objet distinct de la durée « cinquante mille années » appliquée ailleurs dans le Coran à un Jour spécifique (hors du périmètre actuellement traduit) — deux mesures données pour deux objets différents, que ce Bloc ne mélange pas.

S.32:5
يُدَبِّرُ الْأَمْرَ مِنَ السَّمَاءِ إِلَى الْأَرْضِ ثُمَّ يَعْرُجُ إِلَيْهِ فِي يَوْمٍ كَانَ مِقْدَارُهُ أَلْفَ سَنَةٍ مِمَّا تَعُدُّونَ
Yudabbiru l-amra mina s-samāʾi ila l-arḑi thumma yaʿruju ilayhi fī yawmin kāna miqdāruhu alfa sanatin mimmā taʿuddūn Il administre l’affaire (yudabbiru l-amr) depuis le ciel vers la terre — puis elle [l’affaire] s’élève (yaʿruju) vers Lui, en un jour dont la mesure (miqdār) est de mille années (alfa sana) selon votre calcul (mimmā taʿuddūn).
Notes lexicales
yudabbiru l-amr
**Précédent extensivement établi** (S10:3, S10:31, S13:2, déjà publiées) : administrer, disposer en continu de l'affaire — non un acte ponctuel.
yaʿruju … ilayhi … miqdāruhu alfa sanatin
voir le callout ci-dessus. Racine *ʿ-r-j* : monter, s'élever par degrés — précédent déjà rencontré (S15:14, pour une image distincte). *Miqdār*, racine *q-d-r* : la mesure, l'étendue déterminée.

S.32:6 · ʿĀlim du ghayb et de la shahāda — al-ʿAzīz, ar-Raḥīm

S.32:6
ذَٰلِكَ عَالِمُ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ
Dhālika ʿālimu l-ghaybi wa-sh-shahādati l-ʿazīzu r-raḥīm Voilà [Celui qui vient d’être décrit] — ʿĀlim du ghayb et de la shahāda [ce qui échappe à la perception et ce qui est manifeste] — al-ʿAzīz, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
ʿālimu l-ghaybi wa-sh-shahādati
couple déjà établi (S6:73, S9:94) : ce qui connaît pleinement à la fois ce qui échappe à toute perception et ce qui est manifeste — les deux noms, *al-ghayb* et *ash-shahāda*, conservés en translittération.
al-ʿazīzu r-raḥīm
couple extensivement établi, conservé en translittération, conformément à la règle constante retenue pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah.

La création de l’humain par étapes — argile, descendance, insufflation du rūḥ · S32:7–9

S.32:7–9 · La création de l’humain — ṭīn, sulāla, l’insufflation du rūḥ, ouïe/regards/afʾida

S.32:7
الَّذِي أَحْسَنَ كُلَّ شَيْءٍ خَلَقَهُ ۖ وَبَدَأَ خَلْقَ الْإِنْسَانِ مِنْ طِينٍ
Alladhī aḥsana kulla shayʾin khalaqahu wa-badaʾa khalqa l-insāni min ṭīn Ce qui a parfaitement accompli (aḥsana) toute chose qu’Il a créée, et qui a commencé (badaʾa) la création de l’humain à partir d’une argile (ṭīn).
Notes lexicales
aḥsana kulla shayʾin khalaqahu
racine *ḥ-s-n*, forme IV, déjà relevée pour *al-muḥsinīn* (S31:3, déjà publiée) : accomplir à son plus haut degré d'excellence. **Dit** : ce verset applique cette même racine à l'acte créateur lui-même, non plus seulement à la conduite humaine.
khalqa l-insāni min ṭīn
**Précédent établi** (S6:2, déjà publiée : « *khalaqakum min ṭīnin* ») pour cette même matière initiale — *ṭīn*, l'argile, à distinguer des autres désignations rencontrées ailleurs pour cette même étape (*turāb*, la terre ; *sulāla min ṭīn*, S23:12) : trois images complémentaires d'une même origine, qu'aucun de ces versets, pris seul, ne réduit à une description physico-chimique précise.

S.32:8
ثُمَّ جَعَلَ نَسْلَهُ مِنْ سُلَالَةٍ مِنْ مَاءٍ مَهِينٍ
Thumma jaʿala naslahu min sulālatin min māʾin mahīn Puis Il a fait sa descendance (naslahu) à partir d’une sulāla [une part extraite] d’une eau de peu de valeur (māʾin mahīn).
Notes lexicales
naslahu
racine *n-s-l* : la descendance, la génération qui se perpétue — distinct de la création initiale de l'humain lui-même (S32:7, ce Bloc), ici rapportée à sa postérité.
sulālatin
**Précédent établi** (S23:12) — racine *s-l-l*, Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : tirer une chose doucement hors d'une autre, l'en extraire sans brusquerie ; *as-sulāla*, la part ainsi extraite.
māʾin mahīn
racine *m-h-n* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la faiblesse, la condition dépréciée, ce qui est tenu pour de peu de valeur. **Dit** : le texte qualifie ainsi l'eau séminale elle-même, non l'être qui en procède — un contraste volontaire avec la noblesse de la forme humaine achevée, développée au verset suivant.

S.32:9
ثُمَّ سَوَّاهُ وَنَفَخَ فِيهِ مِنْ رُوحِهِ ۖ وَجَعَلَ لَكُمُ السَّمْعَ وَالْأَبْصَارَ وَالْأَفْئِدَةَ ۚ قَلِيلًا مَا تَشْكُرُونَ
Thumma sawwāhu wa-nafakha fīhi min rūḥihi wa-jaʿala lakumu s-samʿa wa-l-abṣāra wa-l-afʾidata qalīlan mā tashkurūn Puis Il l’a mis en forme achevée (sawwāhu) et a insufflé en lui de Son rūḥ (min rūḥihi) — et Il vous a donné l’ouïe (as-samʿ), les regards (al-abṣār) et les afʾida — bien peu êtes-vous reconnaissants (qalīlan mā tashkurūn).
Notes lexicales
sawwāhu wa-nafakha fīhi min rūḥihi
**Précédent établi** (S15:29 : « *fa-idhā sawwaytuhu wa-nafakhtu fīhi min rūḥī* »), ici à la troisième personne (*rūḥihi*, « Son rūḥ ») plutôt qu'à la première (*rūḥī*, « Mon rūḥ ») — même principe de prudence appliqué : comme pour *rūḥ al-qudus* (S2:87) et *rūḥun minhu* (S4:171), le texte ne précise pas la nature de ce *rūḥ*, et toute identification à une entité déterminée (souffle vital, âme au sens philosophique, ou autre) excède ce que ce seul verset affirme — sans qu'aucune image corporelle ne soit importée dans la traduction française. *Rūḥ* conservé en translittération.
as-samʿa wa-l-abṣāra wa-l-afʾidata … qalīlan mā tashkurūn
**Précédent quasi exact** déjà établi (S16:78, déjà publiée : « *wa-jaʿala lakumu s-samʿa wa-l-abṣāra wa-l-afʾidata laʿallakum tashkurūn* » ; S23:78, avec la même clôture « *qalīlan mā tashkurūn* »). *Al-afʾida*, pluriel de *fuʾād*, racine *f-ʾ-d* : selon Ibn Fāris, le siège où se conjuguent l'intellect et l'affect, distinct de *qalb* (le cœur) par cette nuance d'intensité — conservé en translittération faute d'un mot français unique qui couvre ce double registre.

Le déni de la résurrection, le malak al-mawt · S32:10–11

S.32:10 · Le déni de la résurrection — kāfirūn par la rencontre de leur Rabb

S.32:10
وَقَالُوا أَإِذَا ضَلَلْنَا فِي الْأَرْضِ أَإِنَّا لَفِي خَلْقٍ جَدِيدٍ ۚ بَلْ هُمْ بِلِقَاءِ رَبِّهِمْ كَافِرُونَ
Wa-qālū a-idhā ḑalalnā fi l-arḑi a-innā la-fī khalqin jadīdin bal hum bi-liqāʾi rabbihim kāfirūn Et ils disent : « Quand nous serons perdus (ḑalalnā) dans la terre, serons-nous vraiment dans une création nouvelle (khalqin jadīd) ? » Non — ils rejettent (kāfirūn) la rencontre (liqāʾ) de leur Rabb.
Notes lexicales
ḑalalnā fi l-arḑi
racine *ḑ-l-l*, le plus souvent rencontrée au sens figuré de l'égarement moral (*ḑalāl*). **Point de linguistique pure, nuance distincte** : ce verset emploie ici la même racine en un sens concret et physique — être perdu, se dissoudre, disparaître sans trace distincte dans la terre (par la décomposition du corps) — un emploi que ce Bloc signale sans le confondre avec l'égarement moral par ailleurs extensivement rencontré dans ce Coran.
bi-liqāʾi rabbihim kāfirūn
**Dit, clôture du mouvement** : le texte ne retient pas, de cette objection, un simple doute cognitif, mais la rattache directement au *kufr* — le rejet du *liqāʾ* (la rencontre, ici au sens de la résurrection et du jugement) avec leur propre Rabb.

S.32:11 · Malak al-mawt — l’agent commis à la reprise

Point de cohérence intra-coranique — l’identification nommément attendue depuis S6:48. Un verset antérieur (S6:61, déjà publiée) évoquait déjà, sans le nommer, « des envoyés » (rusul) chargés de reprendre une âme au moment de la mort, en signalant alors explicitement que leur cohérence avec un passage plus explicite sur un malak al-mawt ailleurs dans le Coran dépassait le périmètre de ce seul verset. Ce verset-ci est ce passage : il nomme directement le malak al-mawt (l’agent singulier chargé de la mort) comme sujet de yatawaffākum.

S.32:11
۞ قُلْ يَتَوَفَّاكُمْ مَلَكُ الْمَوْتِ الَّذِي وُكِّلَ بِكُمْ ثُمَّ إِلَىٰ رَبِّكُمْ تُرْجَعُونَ
Qul yatawaffākum malaku l-mawti lladhī wukkila bikum thumma ilā rabbikum turjaʿūn Dis : « Le malak al-mawt, qui a été commis à votre égard (wukkila bikum), vous reprend pleinement (yatawaffākum) — puis c’est vers votre Rabb que vous serez ramenés. »
Notes lexicales
yatawaffākum malaku l-mawti
voir le callout ci-dessus. *Yatawaffā*, racine *w-f-y*, précédent extensivement établi (S6:60, S10:104, S16:28, déjà publiées) : désigne une fonction — mettre un terme à la vie, reprendre pleinement — non un acte physique ou spatial. *Malak*, rattaché par les lexicographes classiques à la racine *l-ʾ-k* (porter un message), non à *m-l-k* (la royauté) — distinction déjà posée.
wukkila bikum
racine *w-k-l*, forme passive : être chargé, commis à une tâche précise — même racine que *wakīl* (S10:108, déjà publiée).

La scène des mujrimūn, l’aveu, la parole accomplie · S32:12–14

S.32:12–14 · Les mujrimūn têtes basses — l’aveu, la parole accomplie, le double oubli

S.32:12
وَلَوْ تَرَىٰ إِذِ الْمُجْرِمُونَ نَاكِسُو رُءُوسِهِمْ عِنْدَ رَبِّهِمْ رَبَّنَا أَبْصَرْنَا وَسَمِعْنَا فَارْجِعْنَا نَعْمَلْ صَالِحًا إِنَّا مُوقِنُونَ
Wa-law tarā idhi l-mujrimūna nākisū ruʾūsihim ʿinda rabbihim rabbanā abṣarnā wa-samiʿnā fa-rjiʿnā naʿmal ṣāliḥan innā mūqinūn Et si tu voyais les mujrimūn, têtes basses (nākisū ruʾūsihim) devant leur Rabb [disant] : « Notre Rabb, nous avons vu et entendu — fais-nous donc revenir (fa-rjiʿnā), nous accomplirons une œuvre droite — nous voilà désormais pleinement certains (mūqinūn) ! »
Notes lexicales
nākisū ruʾūsihim
racine *n-k-s* : pencher, renverser vers le bas — ici la tête baissée par la confusion et la honte, devant l'évidence désormais reconnue. Première occurrence développée de cette racine.
ʿinda rabbihim
**Point de vigilance de méthode**, déjà appliqué (S24:39, S30:39, S31:34) : *ʿinda* (« auprès de »), pris au sens le plus immédiat, est un marqueur spatial. **Dit** : cette locution est employée ici dans le sens idiomatique de la présentation pour le jugement — être amené devant son Rabb pour rendre compte — non une co-localisation spatiale.
mūqinūn
racine *y-q-n*, déjà relevée (S31:3, déjà publiée) : la certitude ferme. **Dit, point de contraste** : ce même terme désignait, en S31:3, la certitude des *muḥsinīn* avant le Jour ; ici, il qualifie une certitude acquise *après* l'avoir vu de ses propres yeux — ce Bloc relève ce contraste sans le développer au-delà de ce que ces deux versets affirment chacun.

Point de prudence théologique majeure — S32:13, la parole accomplie sur Jahannam. Dit : le texte affirme qu’Allaah aurait pu, s’Il l’avait voulu, donner à chaque âme sa guidance (hudāhā) — et qu’à la place, une parole (al-qawl) émanant de Lui s’est accomplie (ḥaqqa), portant sur le remplissage de Jahannam. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le mécanisme reliant cette capacité non exercée à la parole accomplie — s’agit-il d’un décret antérieur et inconditionnel, ou de la constatation, par avance connue, des choix effectivement faits par les jinn et les humains ? Les deux lectures occupent, dans la tradition de réflexion sur le qadar, des positions distinctes et développées, qu’un unique verset de ce type ne suffit pas à trancher isolément de l’ensemble du Coran. Ce Bloc rapporte l’affirmation dans les termes mêmes du texte, sans se prononcer sur ce point — conformément à la règle de prudence maximale retenue sur les passages théologiquement sensibles.

S.32:13
وَلَوْ شِئْنَا لَآتَيْنَا كُلَّ نَفْسٍ هُدَاهَا وَلَٰكِنْ حَقَّ الْقَوْلُ مِنِّي لَأَمْلَأَنَّ جَهَنَّمَ مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِ أَجْمَعِينَ
Wa-law shiʾnā la-ātaynā kulla nafsin hudāhā wa-lākin ḥaqqa l-qawlu minnī la-amlaʾanna jahannama mina l-jinnati wa-n-nāsi ajmaʿīn Et si Nous l’avions voulu, Nous aurions donné à chaque âme sa guidance (hudāhā) — mais la parole, venant de Moi, s’est accomplie (ḥaqqa l-qawl) : « J’emplirai certes Jahannam de jinn et d’humains, tous ensemble. »
Notes lexicales
law shiʾnā la-ātaynā kulla nafsin hudāhā … ḥaqqa l-qawlu
voir le callout ci-dessus.

S.32:14
فَذُوقُوا بِمَا نَسِيتُمْ لِقَاءَ يَوْمِكُمْ هَٰذَا إِنَّا نَسِينَاكُمْ ۖ وَذُوقُوا عَذَابَ الْخُلْدِ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Fa-dhūqū bi-mā nasītum liqāʾa yawmikum hādhā innā nasīnākum wa-dhūqū ʿadhāba l-khuldi bi-mā kuntum taʿmalūn « Goûtez donc, pour avoir oublié (nasītum) la rencontre de ce jour qui est le vôtre — Nous vous avons oubliés (nasīnākum) à Notre tour — et goûtez le châtiment de la perpétuité (al-khuld), pour ce que vous faisiez. »
Notes lexicales
nasītum … innā nasīnākum
**Précédent presque mot pour mot** déjà établi (S7:51, déjà publiée : « *fa-l-yawma nansāhum ka-mā nasū liqāʾa yawmihim hādhā* »). **Dit** : la construction est volontairement symétrique — un même verbe (*nasiya*, oublier) appliqué d'abord à eux, puis à Allaah par retour. **Point de méthode** : conformément à la prudence déjà appliquée sur ce même précédent, ce « oubli » attribué à Allaah ne porte pas sur une défaillance cognitive — déjà exclue par *ʿAlīm*, *Khabīr*, établis dans ce Bloc même (S32:6) — mais désigne, par un effet de miroir rhétorique, la privation de secours et de raḥma en réponse à l'oubli initial.

Qui croit véritablement — la prosternation, la veille, la dépense · S32:15–17

S.32:15–17 · Qui croit véritablement — la prosternation (sajda), la veille nocturne, la fraîcheur des yeux cachée

Point de méthode — la marque de prosternation ۩, S32:15. Conformément à la convention déjà en usage depuis S22:77, puis appliquée à S25:60, la marque traditionnelle ۩ signalant un emplacement de prosternation à la récitation est incluse dans le champ ar= de ce verset. Ce Bloc se limite à ce constat textuel et n’importe aucune élaboration de fiqh sur la manière ou le caractère obligatoire d’une telle prosternation. C’est ce même verset qui donne traditionnellement son nom à cette sourate.

S.32:15
إِنَّمَا يُؤْمِنُ بِآيَاتِنَا الَّذِينَ إِذَا ذُكِّرُوا بِهَا خَرُّوا سُجَّدًا وَسَبَّحُوا بِحَمْدِ رَبِّهِمْ وَهُمْ لَا يَسْتَكْبِرُونَ ۩
Innamā yuʾminu bi-āyātinā lladhīna idhā dhukkirū bihā kharrū sujjadan wa-sabbaḥū bi-ḥamdi rabbihim wa-hum lā yastakbirūn Ne croient (yuʾmin) en Nos āyāt, en réalité, que ceux qui, lorsqu’on leur en fait rappel (dhukkirū bihā), tombent prosternés (kharrū sujjadan), et déclarent la pureté absolue (sabbaḥū) de leur Rabb en Lui rendant louange (bi-ḥamdihi), sans se montrer orgueilleux (lā yastakbirūn).
Notes lexicales
kharrū sujjadan
racine *kh-r-r* : tomber d'un coup, s'effondrer — ici appliquée à la prosternation immédiate, spontanée, à l'écoute du rappel.
sabbaḥū bi-ḥamdi rabbihim … lā yastakbirūn
*sabbaḥa*, racine *s-b-ḥ*, extensivement établie : déclarer Allaah exempt de tout ce qui Lui est impropre. *Istakbara*, racine *k-b-r*, forme X, précédent établi (S16:22–23, S31:7, déjà publiées) : se considérer soi-même comme grand. **Dit, clôture du mouvement** : le texte referme ce portrait sur l'absence d'orgueil, en contraste direct avec le refus de la prosternation déjà rencontré ailleurs (S25:60 — voir le callout ci-dessus).

S.32:16
تَتَجَافَىٰ جُنُوبُهُمْ عَنِ الْمَضَاجِعِ يَدْعُونَ رَبَّهُمْ خَوْفًا وَطَمَعًا وَمِمَّا رَزَقْنَاهُمْ يُنْفِقُونَ
Tatajāfā junūbuhum ʿani l-maḑājiʿi yadʿūna rabbahum khawfan wa-ṭamaʿan wa-mimmā razaqnāhum yunfiqūn Leurs flancs (junūb) s’écartent (tatajāfā) des lieux de couchage (al-maḑājiʿ) — ils invoquent leur Rabb par crainte (khawf) et par espoir (ṭamaʿ) — et de ce que Nous leur avons accordé comme rizq, ils dépensent (yunfiqūn).
Notes lexicales
tatajāfā junūbuhum ʿani l-maḑājiʿi
racine *j-f-w* : s'écarter, se détacher d'un contact. **Dit** : le texte décrit un abandon volontaire et répété du lieu de repos nocturne. **Non-dit** : aucun terme technique (comme *tahajjud* ou *qiyām al-layl*, rencontrés dans l'usage postérieur) n'est employé par ce seul verset — ce Bloc rapporte la description sans lui substituer un vocable que le texte ne fournit pas.
khawfan wa-ṭamaʿan
**Précédent exact** déjà établi (S13:12, S30:24, déjà publiées) : la crainte et l'espoir conjugués dans une même invocation.

S.32:17
فَلَا تَعْلَمُ نَفْسٌ مَا أُخْفِيَ لَهُمْ مِنْ قُرَّةِ أَعْيُنٍ جَزَاءً بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Fa-lā taʿlamu nafsun mā ukhfiya lahum min qurrati aʿyunin jazāʾan bi-mā kānū yaʿmalūn Nulle âme ne sait ce qui leur est caché (ukhfiya) comme fraîcheur des yeux (qurrati aʿyun) — rétribution (jazāʾ) pour ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
qurrati aʿyunin
racine *q-r-r* : la fraîcheur, l'apaisement, le repos — expression idiomatique figée (*qurrat al-ʿayn*) pour désigner une joie profonde et un contentement qui apaise le regard, sans qu'aucune donnée physique sur l'œil lui-même ne soit en cause. Première occurrence développée de cette expression. **Dit** : le texte insiste sur le caractère caché (*ukhfiya*) de cette récompense — nulle âme, pas même le croyant lui-même, n'en connaît par avance la teneur exacte.

Muʾmin et fāsiq, les jardins et le Feu · S32:18–20

S.32:18–20 · Muʾmin et fāsiq non égaux — les jardins du maʾwā, le Feu sans issue

S.32:18
أَفَمَنْ كَانَ مُؤْمِنًا كَمَنْ كَانَ فَاسِقًا ۚ لَا يَسْتَوُونَ
A-fa-man kāna muʾminan ka-man kāna fāsiqan lā yastawūn Celui qui est muʾmin est-il donc comme celui qui est fāsiq ? Ils ne sont pas égaux (lā yastawūn).
Notes lexicales
fāsiqan
racine *f-s-q* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : à l'origine, la sortie d'un fruit hors de son enveloppe, d'une datte hors de sa peau ; par extension, la sortie hors de la limite tracée, hors de l'obéissance due. Conservé en translittération, faute d'un mot français unique qui en couvre à la fois le sens propre et le sens figuré.
lā yastawūn
racine *s-w-y*, précédent déjà établi (S9:19 : « *lā yastawūna ʿinda llāh* ») pour cette même négation de l'égalité entre deux catégories distinctes.

S.32:19-20
أَمَّا الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ فَلَهُمْ جَنَّاتُ الْمَأْوَىٰ نُزُلًا بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ ۝ وَأَمَّا الَّذِينَ فَسَقُوا فَمَأْوَاهُمُ النَّارُ ۖ كُلَّمَا أَرَادُوا أَنْ يَخْرُجُوا مِنْهَا أُعِيدُوا فِيهَا وَقِيلَ لَهُمْ ذُوقُوا عَذَابَ النَّارِ الَّذِي كُنْتُمْ بِهِ تُكَذِّبُونَ
Ammā lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti fa-lahum jannātu l-maʾwā nuzulan bi-mā kānū yaʿmalūn — Wa-ammā lladhīna fasaqū fa-maʾwāhumu n-nāru kullamā arādū an yakhrujū minhā uʿīdū fīhā wa-qīla lahum dhūqū ʿadhāba n-nāri lladhī kuntum bihi tukadhdhibūn Quant à ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites — à eux les jardins du maʾwā [le refuge], en accueil (nuzul) pour ce qu’ils faisaient. — Et quant à ceux qui ont commis le fisq (fasaqū) — leur refuge (maʾwā) est le Feu : chaque fois qu’ils voudront en sortir, ils y seront ramenés (uʿīdū), et il leur sera dit : « Goûtez le châtiment du Feu que vous traitiez de mensonge (tukadhdhibūn). »
Notes lexicales
jannātu l-maʾwā
racine *ʾ-w-y* : le refuge, l'abri où l'on se retire et se rassemble — première occurrence développée de cette racine, ici qualifiant les jardins, puis reprise au verset suivant pour qualifier, par un effet de miroir volontaire, le Feu lui-même comme « refuge » de qui a commis le *fisq*.
nuzulan
racine *n-z-l* : ce qui est préparé pour accueillir celui qui descend, qui arrive — l'accueil réservé à l'hôte.
kullamā arādū an yakhrujū minhā uʿīdū fīhā
**Dit** : le texte décrit un cycle répété — chaque tentative de sortie suivie d'un retour forcé — sans indiquer de terme à cette répétition au-delà de ce que ce seul verset affirme.

Le châtiment le plus proche, la pire injustice · S32:21–22

S.32:21 · Le châtiment le plus proche, avant le plus grand

Point de prudence — la portée exacte de al-ʿadhāb al-adnā. Dit : le texte distingue deux châtiments par leur degré — « le plus proche » (al-adnā) et « le plus grand » (al-akbar) — le premier annoncé comme une mesure qui laisse ouverte la possibilité d’un retour (laʿallahum yarjiʿūn). Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature concrète de ce châtiment « le plus proche » — épreuves, revers, calamités de la vie d’ici-bas, ou une autre forme de rétribution anticipée — ni le moment exact où il advient. Ce Bloc rapporte la distinction sans lui substituer une identification matérielle que ce seul verset ne fournit pas.

S.32:21
وَلَنُذِيقَنَّهُمْ مِنَ الْعَذَابِ الْأَدْنَىٰ دُونَ الْعَذَابِ الْأَكْبَرِ لَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ
Wa-la-nudhīqannahum mina l-ʿadhābi l-adnā dūna l-ʿadhābi l-akbari laʿallahum yarjiʿūn Et Nous leur ferons certainement goûter du châtiment le plus proche (al-ʿadhāb al-adnā), en deçà du châtiment le plus grand (al-ʿadhāb al-akbar) — peut-être reviendront-ils (yarjiʿūn).
Notes lexicales
al-ʿadhābi l-adnā … al-ʿadhābi l-akbari
voir le callout ci-dessus. *Adnā*, racine *d-n-w* : le plus proche, le plus bas en degré. *Akbar*, racine *k-b-r* : le plus grand.

S.32:22 · Qui est plus injuste que celui qui se détourne après le rappel

S.32:22
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنْ ذُكِّرَ بِآيَاتِ رَبِّهِ ثُمَّ أَعْرَضَ عَنْهَا ۚ إِنَّا مِنَ الْمُجْرِمِينَ مُنْتَقِمُونَ
Wa-man aẕlamu mimman dhukkira bi-āyāti rabbihi thumma aʿraḑa ʿanhā innā mina l-mujrimīna muntaqimūn Et qui est plus injuste (aẕlamu) que celui à qui on a rappelé les āyāt de son Rabb, et qui ensuite s’en est détourné (aʿraḑa ʿanhā) ? Nous sommes certes, envers les mujrimūn, Ce qui se venge pleinement (muntaqimūn).
Notes lexicales
dhukkira … thumma aʿraḑa ʿanhā
**Dit** : ce verset reprend une structure déjà établie pour qualifier l'injustice la plus grave par ce double mouvement — le rappel reçu, puis le détournement volontaire qui lui répond — sans ajout d'aucune autre circonstance.
muntaqimūn
racine *n-q-m*, forme VIII : exercer une rétribution pleine et proportionnée — ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah pour désigner la réponse exacte apportée à l'injustice constatée, non un sentiment de rancune.

Mūsā, les aʾimma, les générations détruites · S32:23–27

S.32:23–25 · Mūsā et le Kitāb — les aʾimma guidant par l’amr, à force d’endurance — le Jour où le Rabb tranche

Point de prudence grammaticale — le référent de liqāʾihi, S32:23. Dit : le texte affirme avoir donné à Mūsā le Kitāb, et ordonne de ne pas être dans le doute (mirya) « au sujet de sa rencontre » (min liqāʾihi). Non-dit : le pronom suffixe de liqāʾihi admet, chez les lexicographes et grammairiens, plus d’un rattachement possible — la réception même du Kitāb par Mūsā, ou la rencontre que ce Kitāb annonce (la résurrection, déjà objet du déni rapporté en S32:10, ce Bloc). Ce Bloc rapporte l’ordre dans sa portée la plus immédiate — ne pas douter de ce qui concerne ce don fait à Mūsā — sans trancher entre ces lectures que ce seul verset ne départage pas.

S.32:23
وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ فَلَا تَكُنْ فِي مِرْيَةٍ مِنْ لِقَائِهِ ۖ وَجَعَلْنَاهُ هُدًى لِبَنِي إِسْرَائِيلَ
Wa-la-qad ātaynā mūsā l-kitāba fa-lā takun fī miryatin min liqāʾihi wa-jaʿalnāhu hudan li-banī isrāʾīl Et Nous avons certes donné à Mūsā le Kitāb — ne sois donc pas dans le doute (mirya) à son sujet (min liqāʾihi) — et Nous l’avons fait guidance (hudā) pour les Banī Isrāʾīl.
Notes lexicales
fī miryatin min liqāʾihi
voir le callout ci-dessus. *Mirya*, racine *m-r-y*, précédent déjà établi (S11:17/110, S22:55) : le doute insistant, qui revient sur lui-même.

S.32:24
وَجَعَلْنَا مِنْهُمْ أَئِمَّةً يَهْدُونَ بِأَمْرِنَا لَمَّا صَبَرُوا ۖ وَكَانُوا بِآيَاتِنَا يُوقِنُونَ
Wa-jaʿalnā minhum aʾimmatan yahdūna bi-amrinā lammā ṣabarū wa-kānū bi-āyātinā yūqinūn Et Nous avons fait d’eux des imams (aʾimma) qui guident par Notre amr, parce qu’ils ont enduré (lammā ṣabarū) — et ils avaient, de Nos āyāt, la certitude (yūqinūn).
Notes lexicales
aʾimmatan yahdūna bi-amrinā
**Précédent presque exact** déjà établi (S21:73 : « *wa-jaʿalnāhum aʾimmatan yahdūna bi-amrinā* »). **Point de nuance, non-dit en S21:73** : ce verset-ci ajoute une condition explicite — *lammā ṣabarū* (« parce qu'ils ont enduré ») — absente de la formulation parallèle, rattachant ici nommément cette fonction de guidance à l'endurance (*ṣabr*) dont elle est la conséquence.

S.32:25
إِنَّ رَبَّكَ هُوَ يَفْصِلُ بَيْنَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فِيمَا كَانُوا فِيهِ يَخْتَلِفُونَ
Inna rabbaka huwa yafṣilu baynahum yawma l-qiyāmati fīmā kānū fīhi yakhtalifūn Ton Rabb, c’est Lui qui tranche (yafṣilu) entre eux, au Jour de la Résurrection, sur ce en quoi ils étaient en désaccord (yakhtalifūn).
Notes lexicales
yafṣilu … yakhtalifūn
racine *f-ṣ-l* : séparer nettement, départager — précédent établi pour cette fonction de jugement final.

S.32:26–27 · Les générations détruites — l’eau menée vers la terre aride

S.32:26
أَوَلَمْ يَهْدِ لَهُمْ كَمْ أَهْلَكْنَا مِنْ قَبْلِهِمْ مِنَ الْقُرُونِ يَمْشُونَ فِي مَسَاكِنِهِمْ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ ۖ أَفَلَا يَسْمَعُونَ
A-wa-lam yahdi lahum kam ahlaknā min qablihim mina l-qurūni yamshūna fī masākinihim inna fī dhālika la-āyātin a-fa-lā yasmaʿūn Cela ne les a-t-il donc pas guidés (a-wa-lam yahdi lahum), [de voir] combien Nous avons détruit, avant eux, de générations (al-qurūn), dans les demeures desquelles ils marchent eux-mêmes ? Il y a certes là des āyāt — n’entendent-ils donc pas (a-fa-lā yasmaʿūn) ?
Notes lexicales
kam ahlaknā … mina l-qurūni yamshūna fī masākinihim
racine *q-r-n* : la génération, le cycle humain qui se succède — précédent extensivement établi. **Dit** : le texte prend pour signe le fait même que les destinataires actuels circulent physiquement dans les demeures de ces générations disparues.

S.32:27
أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا نَسُوقُ الْمَاءَ إِلَى الْأَرْضِ الْجُرُزِ فَنُخْرِجُ بِهِ زَرْعًا تَأْكُلُ مِنْهُ أَنْعَامُهُمْ وَأَنْفُسُهُمْ ۖ أَفَلَا يُبْصِرُونَ
A-wa-lam yarawu annā nasūqu l-māʾa ila l-arḑi l-juruzi fa-nukhriju bihi zarʿan taʾkulu minhu anʿāmuhum wa-anfusuhum a-fa-lā yubṣirūn Ne voient-ils donc pas que Nous menons (nasūqu) l’eau vers la terre aride et nue (al-arḑi l-juruz), et qu’il en sort, par elle, une culture (zarʿ) dont se nourrissent leur bétail et eux-mêmes ? Ne voient-ils donc pas (a-fa-lā yubṣirūn) ?
Notes lexicales
nasūqu l-māʾa
racine *s-w-q* : mener, conduire, pousser devant soi — première occurrence développée de cette racine, appliquée ici à l'eau conduite vers un lieu précis.
al-arḑi l-juruzi
**Précédent établi** (S18:8, déjà publiée : « *ṣaʿīdan juruzā* », une surface nue et aride) : la terre dépouillée de toute végétation, par opposition à ce qu'elle devient une fois l'eau menée jusqu'à elle.

Clôture — « Quand cette ouverture ? », la foi qui ne profite plus · S32:28–30

S.32:28–30 · « Quand cette ouverture ? » — le Jour où la foi ne profite plus — détourne-toi, attends

S.32:28-30
وَيَقُولُونَ مَتَىٰ هَٰذَا الْفَتْحُ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ ۝ قُلْ يَوْمَ الْفَتْحِ لَا يَنْفَعُ الَّذِينَ كَفَرُوا إِيمَانُهُمْ وَلَا هُمْ يُنْظَرُونَ ۝ فَأَعْرِضْ عَنْهُمْ وَانْتَظِرْ إِنَّهُمْ مُنْتَظِرُونَ
Wa-yaqūlūna matā hādhā l-fatḥu in kuntum ṣādiqīn — Qul yawma l-fatḥi lā yanfaʿu lladhīna kafarū īmānuhum wa-lā hum yunẕarūn — Fa-aʿriḑ ʿanhum wa-ntaẕir innahum muntaẕirūn Et ils disent : « Quand [viendra] cette ouverture (al-fatḥ), si vous êtes véridiques ? » — Dis : « Le jour de l’ouverture, il ne profitera (lā yanfaʿu) à ceux qui ont rejeté [les āyāt] d’avoir la foi (īmānuhum), et il ne leur sera accordé aucun délai (lā hum yunẕarūn). » — Détourne-toi donc d’eux (fa-aʿriḑ ʿanhum), et attends (wa-ntaẕir) — ils attendent, eux aussi (muntaẕirūn).
Notes lexicales
matā hādhā l-fatḥu … yawma l-fatḥi
racine *f-t-ḥ*, précédent déjà établi (S5:52) : *al-fatḥ*, l'ouverture, le dénouement de ce qui était fermé — ici une issue décisive que les interlocuteurs réclament par dérision. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cette « ouverture » — victoire historique, jugement, ou l'Heure elle-même —, question que ce Bloc laisse ouverte conformément à ce que le texte seul affirme.
lā yanfaʿu lladhīna kafarū īmānuhum
**Précédent exact du principe** déjà établi (S6:158, déjà publiée : « *lā yanfaʿu nafsan īmānuhā lam takun āmanat min qablu* »). **Dit** : passé un certain seuil — ici l'ouverture elle-même —, la foi qui se déclare alors ne change plus rien à la rétribution, le moment utile pour croire étant révolu.
fa-aʿriḑ ʿanhum wa-ntaẕir innahum muntaẕirūn
**Dit, clôture de la Sourate** : un même verbe (*intaẕara*, attendre) appliqué aux deux parties — le *nabī* invité à l'endurance patiente, ses contradicteurs renvoyés à leur propre attente, sans que ce seul verset ne précise la nature exacte de ce qu'ils attendent au-delà de l'ouverture déjà nommée.

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