Structure du Bloc I, sourate complète (34 versets). Six mouvements. D’abord l’exorde : les lettres séparées, le Kitāb al-Ḥakīm comme hudā et raḥma pour les muḥsinūn, les signes distinctifs de ces derniers, puis le contraste avec celui qui achète le discours de pur divertissement pour égarer et celui qui se détourne des āyāt avec orgueil (S31:1–9). Puis quatre āyāt de la création — les cieux sans piliers, les montagnes ancrées, toute créature répandue sur la terre, toute espèce végétale fait pousser par l’eau descendue du ciel — fermées par le défi rhétorique lancé à ce qui est invoqué en dehors d’Allaah (S31:10–11). Puis le long développement de Luqmān : la ḥikma qui lui est donnée, son exhortation à son fils contre le shirk, le commandement fait à l’humain envers ses parents et sa limite stricte, puis une série de conseils directs — le poids d’un grain de moutarde que rien n’échappe à Allaah, la ṣalāt, le maʿrūf et le munkar, l’endurance, l’humilité du visage et de la démarche, la mesure de la voix (S31:12–19). Puis un nouveau développement sur les bienfaits assujettis et deux attitudes opposées face à Allaah — la dispute sans fondement, l’attachement aveugle à la coutume ancestrale, en miroir avec la soumission du wajh à Allaah et l’indifférence au kufr d’autrui (S31:20–23). Puis une série d’arguments sur la création, la parole d’Allaah inépuisable, et les signes assujettis dans le ciel et la mer — nuit et jour, soleil et lune, les vaisseaux, la vague et l’invocation exclusive qui s’efface sur la terre ferme (S31:24–32). Enfin la clôture : la mise en garde contre le jour où nul ne portera le fardeau d’un autre, et les cinq réalités qu’aucune âme ne connaît sinon Allaah (S31:33–34).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.31:1–2 Alif-Lām-Mīm — les āyāt du Kitāb al-Ḥakīm
S.31:3–5 Hudā et raḥma pour les muḥsinūn — leurs signes, leur réussite
S.31:6–7 Celui qui achète le discours de pur divertissement — celui qui se détourne avec orgueil
S.31:8–9 Les croyants aux œuvres droites — les jardins du naʿīm, promesse vraie
S.31:10–11 Les cieux sans piliers, les montagnes ancrées, toute créature, toute espèce — le défi aux associés
S.31:12 La ḥikma donnée à Luqmān — la reconnaissance envers Allaah
S.31:13 Luqmān à son fils — ne commets pas le shirk
S.31:14–15 L’humain enjoint envers ses parents — la limite stricte au shirk
S.31:16 Le poids d’un grain de moutarde — rien n’échappe à Allaah
S.31:17 La ṣalāt, le maʿrūf, le munkar, l’endurance
S.31:18–19 La joue qui ne se détourne pas, la marche mesurée, la voix baissée
S.31:20–21 Les bienfaits assujettis — ceux qui disputent sans savoir, la coutume ancestrale même contre le shayṭān
S.31:22–23 Qui soumet son wajh à Allaah — l’indifférence au kufr d’autrui
S.31:24 La jouissance limitée, puis le châtiment épais
S.31:25–26 Qui a créé les cieux et la terre — à Allaah ce qu’ils renferment
S.31:27 Les paroles d’Allaah, inépuisables
S.31:28 Votre création et votre résurrection — comme un seul être
S.31:29–30 Nuit et jour, soleil et lune assujettis — al-Ḥaqq et al-Bāṭil — al-ʿAliyy, al-Kabīr
S.31:31 Les vaisseaux qui voguent par le bienfait d’Allaah
S.31:32 La vague comme des ombrages — l’invocation exclusive, puis le retour modéré ou l’ingratitude
S.31:33 La mise en garde — nul ne porte le fardeau d’un autre
S.31:34 Les cinq réalités connues d’Allaah seul

L’exorde — le Kitāb al-Ḥakīm, les muḥsinūn, les deux attitudes devant les āyāt · S31:1–9

S.31:1–2 · Alif-Lām-Mīm — les āyāt du Kitāb al-Ḥakīm

S.31:1-2
الم ۝ تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ الْحَكِيمِ
Alif-Lām-Mīm — Tilka āyātu l-Kitābi l-Ḥakīm Alif. Lām. Mīm. — Voici (tilka) les āyāt du Kitāb al-Ḥakīm.
Notes lexicales
Alif-Lām-Mīm
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/). Conformément à la règle constante retenue, aucun sens n'est attribué à ces trois lettres d'ouverture. Le texte arabe de ce verset est donné ici sans la *basmala* qui le précède dans le support consulté (API *Quran.com*/*quran-api*, édition *ara-quransimple*) — convention déjà appliquée pour l'ensemble des sourates traduites.
al-Kitābi l-Ḥakīm
racine *ḥ-k-m* : la pleine rectitude de jugement et de disposition, ce qui place chaque chose à sa juste place. **Point de grammaire** : *al-Ḥakīm* qualifie ici *al-Kitāb* lui-même (le Livre), non Allaah — un emploi distinct de celui où ce même mot sert, ailleurs dans ce Bloc (S31:9, S31:27), à dire ce que l'on peut dire d'Allaah. Appliqué au Kitāb, ce Bloc le rend par « empreint de ḥikma », plutôt que par « sage », qui projetterait sur un texte une faculté propre à un sujet pensant.

S.31:3–5 · Hudā et raḥma pour les muḥsinūn — leurs signes, leur réussite

S.31:3-5
هُدًى وَرَحْمَةً لِلْمُحْسِنِينَ ۝ الَّذِينَ يُقِيمُونَ الصَّلَاةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَهُمْ بِالْآخِرَةِ هُمْ يُوقِنُونَ ۝ أُولَٰئِكَ عَلَىٰ هُدًى مِنْ رَبِّهِمْ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
Hudan wa-raḥmatan li-l-muḥsinīn — Alladhīna yuqīmūna ṣ-ṣalāta wa-yuʾtūna z-zakāta wa-hum bi-l-ākhirati hum yūqinūn — Ulāʾika ʿalā hudan min rabbihim wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn une guidance (hudā) et une raḥma pour les muḥsinūn [ceux qui agissent avec iḥsān] — ceux qui accomplissent (yuqīmūn) la ṣalāt, donnent la zakāt, et qui, de l’Ākhira, ont la certitude absolue (yūqinūn) — ceux-là sont sur une guidance venant de leur Rabb, et ceux-là sont les mufliḥūn [ceux qui connaissent la pleine réussite].
Notes lexicales
li-l-muḥsinīn
racine *ḥ-s-n*, forme IV (*aḥsana*) : accomplir l'action à son plus haut degré d'excellence, au-delà du simple bien (*ḥasan*). Conservé par un groupe de mots faute d'un seul terme français qui couvre ce degré d'excellence.
yuqīmūna ṣ-ṣalāta … yuʾtūna z-zakāta
*ṣalāt* et *zakāt*, sans équivalent français qui en couvre fidèlement le sens propre : conservés en translittération, conformément à la règle constante retenue.
yūqinūn
racine *y-q-n* : la certitude ferme, sans reste de doute — distincte de la simple croyance (*īmān*) ou de la présomption (*ẕann*).
al-mufliḥūn
racine *f-l-ḥ* : la réussite pleine et fructueuse — l'image première de la racine est celle de la terre fendue par le labour puis rendue fertile.

S.31:6–7 · Celui qui achète le discours de pur divertissement — celui qui se détourne avec orgueil

Point de méthode — portée exacte de lahwa l-ḥadīth. Dit : le texte nomme un comportement — acheter (yashtarī) lahwa l-ḥadīth — et une finalité qui lui est attachée : égarer (li-yuḑilla) du chemin d’Allaah, sans aucun ʿilm, et le prendre en dérision (huzuwan). Non-dit : ce seul terme, lahw al-ḥadīth — littéralement « le divertissement du discours/du propos » —, ne précise pas la nature concrète de ce dont il s’agit (un chant, un récit, une parole moqueuse, ou toute parole prise pour pur amusement) ; ce Bloc rapporte la fonction que le texte nomme explicitement — détourner du chemin d’Allaah sans fondement de savoir — sans lui substituer une identification matérielle que ce seul verset ne fournit pas.

S.31:6
وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يَشْتَرِي لَهْوَ الْحَدِيثِ لِيُضِلَّ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ بِغَيْرِ عِلْمٍ وَيَتَّخِذَهَا هُزُوًا ۚ أُولَٰئِكَ لَهُمْ عَذَابٌ مُهِينٌ
Wa-mina n-nāsi man yashtarī lahwa l-ḥadīthi li-yuḑilla ʿan sabīli llāhi bi-ghayri ʿilmin wa-yattakhidhahā huzuwan ulāʾika lahum ʿadhābun muhīn Et parmi les gens, il en est qui achètent (yashtarī) le discours de pur divertissement (lahwa l-ḥadīth), pour égarer, sans aucun ʿilm, du chemin d’Allaah, et pour le prendre en dérision (huzuwan) — ceux-là ont un châtiment humiliant (muhīn).
Notes lexicales
yashtarī
racine *sh-r-y* : acheter, acquérir en échange de — ici au sens figuré, préférer et choisir au prix d'autre chose (le chemin d'Allaah, délaissé pour ce discours). Première occurrence développée de cette racine.
lahwa l-ḥadīth
voir le callout de méthode ci-dessus. *Lahw*, racine *l-h-w* : ce qui occupe et détourne sans portée durable. *Ḥadīth*, racine *ḥ-d-th* : la parole, le discours, le récit — au sens générique du mot dans la langue, et non le *ḥadīth* prophétique au sens technique que ce terme prendra par ailleurs dans l'usage postérieur.

S.31:7
وَإِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِ آيَاتُنَا وَلَّىٰ مُسْتَكْبِرًا كَأَنْ لَمْ يَسْمَعْهَا كَأَنَّ فِي أُذُنَيْهِ وَقْرًا ۖ فَبَشِّرْهُ بِعَذَابٍ أَلِيمٍ
Wa-idhā tutlā ʿalayhi āyātunā wallā mustakbiran ka-an lam yasmaʿhā ka-anna fī udhunayhi waqran fa-bashshirhu bi-ʿadhābin alīm Et quand Nos āyāt lui sont récitées (tutlā), il se détourne (wallā) avec orgueil (mustakbiran), comme s’il ne les avait pas entendues, comme s’il y avait, dans ses deux oreilles, un alourdissement (waqran) — annonce-lui donc (fa-bashshirhu) un châtiment douloureux (alīm).
Notes lexicales
mustakbiran
racine *k-b-r*, forme X (*istakbara*) : se considérer soi-même comme grand, refuser de s'abaisser — précédent établi (S16:22–23, déjà publiée).
waqran
racine *w-q-r* : la lourdeur qui alourdit l'oreille jusqu'à la surdité — précédent établi (S6:25, S17:46, déjà publiées).
fa-bashshirhu bi-ʿadhābin alīm
racine *b-sh-r* : annoncer une nouvelle — habituellement une bonne nouvelle (*bushrā*). **Point de style** : le verbe est ici retourné contre son usage le plus fréquent, pour « annoncer » un châtiment — un effet d'ironie amère que ce Bloc rapporte sans l'atténuer.

S.31:8–9 · Les croyants aux œuvres droites — les jardins du naʿīm, promesse vraie

S.31:8-9
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ لَهُمْ جَنَّاتُ النَّعِيمِ ۝ خَالِدِينَ فِيهَا ۖ وَعْدَ اللَّهِ حَقًّا ۚ وَهُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
Inna lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti lahum jannātu n-naʿīm — Khālidīna fīhā waʿda llāhi ḥaqqan wa-huwa l-ʿazīzu l-ḥakīm Ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites (aṣ-ṣāliḥāt) — à eux les jardins (jannāt) du naʿīm [le bien-être sans aucun manque] — ils y demeureront (khālidīn) — c’est la promesse (waʿd) d’Allaah, en toute vérité (ḥaqqan) — et Il est al-ʿAzīz, al-Ḥakīm.
Notes lexicales
jannātu n-naʿīm
*naʿīm*, racine *n-ʿ-m* : le bienfait, le bien-être total, sans manque — distinct de *janna* au sens générique du jardin lui-même, ici qualifié par ce bien-être.
al-ʿazīzu l-ḥakīm
deux termes conservés en translittération, conformément à la règle constante retenue pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah : *al-ʿAzīz* (racine *ʿ-z-z*), ce qui est inaccessible à toute domination, sans égal ; *al-Ḥakīm* (racine *ḥ-k-m*), la pleine rectitude de jugement et de disposition — à distinguer de l'emploi de ce même mot pour qualifier le Kitāb lui-même (S31:2, ce Bloc).

Quatre āyāt de la création — cieux, montagnes, créatures, végétation · S31:10–11

S.31:10–11 · Les cieux sans piliers, les montagnes ancrées, toute créature, toute espèce — le défi aux associés

S.31:10
خَلَقَ السَّمَاوَاتِ بِغَيْرِ عَمَدٍ تَرَوْنَهَا ۖ وَأَلْقَىٰ فِي الْأَرْضِ رَوَاسِيَ أَنْ تَمِيدَ بِكُمْ وَبَثَّ فِيهَا مِنْ كُلِّ دَابَّةٍ ۚ وَأَنْزَلْنَا مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَنْبَتْنَا فِيهَا مِنْ كُلِّ زَوْجٍ كَرِيمٍ
Khalaqa s-samāwāti bi-ghayri ʿamadin tarawnahā wa-alqā fi l-arḑi rawāsiya an tamīda bikum wa-baththa fīhā min kulli dābbatin wa-anzalnā mina s-samāʾi māʾan fa-anbatnā fīhā min kulli zawjin karīm Il a créé les cieux sans piliers (ʿamad) que vous puissiez voir, et Il a placé (alqā) sur la terre des montagnes ancrées (rawāsiya), afin qu’elle ne vacille pas avec vous (an tamīda bikum), et Il y a répandu (baththa) toute créature en mouvement (dābba) — et Nous avons fait descendre, du ciel, une eau, et Nous y avons fait pousser (anbatnā) toute espèce noble (zawj karīm).
Notes lexicales
khalaqa … bi-ghayri ʿamadin tarawnahā
**Cohérence intra-coranique, précédent exact** : formule déjà rencontrée mot pour mot (S13:2, déjà publiée : « *rafaʿa s-samāwāti bi-ghayri ʿamadin tarawnahā* »). *ʿAmad*, pluriel de *ʿimād* (racine *ʿ-m-d*) : le pilier, le support. **Point de grammaire** : *tarawnahā* (« que vous voyez ») porte, selon la lecture la plus directe, sur l'absence même de piliers visibles ; une autre lecture, grammaticalement recevable, y rattache l'existence de piliers que l'œil ne perçoit simplement pas — ce seul verset ne tranche pas entre les deux.
rawāsiya an tamīda bikum
**Précédent exact** déjà établi (S16:15, déjà publiée) pour cette même formule : les montagnes ancrées, afin que la terre ne vacille pas avec les gens.
min kulli dābbatin
racine *d-b-b* : *ad-dābba*, tout ce qui se meut parmi ce qui vit (*Lisān al-ʿArab*) — terme générique, employé ici dans son extension la plus large, sans restriction contextuelle (à distinguer de l'emploi plus restreint rencontré ailleurs, S29:60, à propos de la créature qui ne porte pas elle-même son *rizq*).
min kulli zawjin karīm
*zawj* : l'espèce, le couple de ce qui va par paire dans la végétation (voir S20, S22, précédents déjà publiés). *Karīm*, racine *k-r-m* : la noblesse, la générosité, la qualité qui dépasse l'ordinaire. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas en quoi consiste exactement cette « noblesse » végétale — abondance, utilité ou beauté —, portée que ce verset laisse ouverte.
khalaqa … wa-anzalnā … fa-anbatnā
**Point de grammaire** : alternance entre la troisième personne du singulier (*khalaqa*, *alqā*, *baththa*) et la première personne du pluriel de majesté (*anzalnā*, *anbatnā*) — un même référent, Allaah, désigné tour à tour des deux manières, sans que ce changement de personne n'en modifie l'identité.

S.31:11
هَٰذَا خَلْقُ اللَّهِ فَأَرُونِي مَاذَا خَلَقَ الَّذِينَ مِنْ دُونِهِ ۚ بَلِ الظَّالِمُونَ فِي ضَلَالٍ مُبِينٍ
Hādhā khalqu llāhi fa-arūnī mādhā khalaqa lladhīna min dūnihi bali ẕ-ẕālimūna fī ḑalālin mubīn Voici (hādhā) la création d’Allaah — montrez-moi donc ce qu’ont créé ceux [qu’ils invoquent] en dehors de Lui (min dūnihi) ! Non — les ẕālimūn sont dans un égarement (ḑalāl) manifeste (mubīn).
Notes lexicales
min dūnihi
formule déjà établie : tout ce qui est invoqué à côté d'Allaah, sans que ce seul verset n'en nomme ici un objet précis.
fī ḑalālin mubīn
**Dit, clôture du mouvement** : le défi rhétorique ouvert par « montrez-moi » referme sur un constat — l'absence de toute réponse possible range ceux qui associent parmi les *ẕālimūn*, dans un égarement que ce Bloc qualifie de « manifeste » (*mubīn*), c'est-à-dire qui n'a besoin d'aucune démonstration supplémentaire pour être reconnu comme tel.

Luqmān : la ḥikma, l’exhortation à son fils, les limites de l’obéissance · S31:12–15

S.31:12 · La ḥikma donnée à Luqmān — la reconnaissance envers Allaah

S.31:12
وَلَقَدْ آتَيْنَا لُقْمَانَ الْحِكْمَةَ أَنِ اشْكُرْ لِلَّهِ ۚ وَمَنْ يَشْكُرْ فَإِنَّمَا يَشْكُرُ لِنَفْسِهِ ۖ وَمَنْ كَفَرَ فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ حَمِيدٌ
Wa-la-qad ātaynā luqmāna l-ḥikmata ani shkur li-llāhi wa-man yashkur fa-innamā yashkuru li-nafsihi wa-man kafara fa-inna llāha ghaniyyun ḥamīd Et Nous avons certes donné à Luqmān la ḥikma — [lui disant] : « Sois reconnaissant (ushkur) envers Allaah. » Et quiconque est reconnaissant (yashkur) ne l’est que pour lui-même (li-nafsihi) ; et quiconque rejette [cette reconnaissance] (kafara) — alors Allaah est Ghaniyy, Ḥamīd.
Notes lexicales
Luqmān
figure nommée par ce seul texte comme ayant reçu la *ḥikma* et comme s'adressant à son fils dans les versets qui suivent (S31:13–19, ce Bloc). **Non-dit** : ce Bloc ne rapporte, à son sujet, que ce que ce texte affirme — aucune donnée biographique, généalogique ou historique extérieure au Qurʾān n'est importée.
al-ḥikmata
racine *ḥ-k-m*, déjà relevée pour *al-Kitāb al-Ḥakīm* (S31:2, ce Bloc) : ici substantif, la pleine rectitude de jugement et de disposition — non une simple intelligence, mais la capacité à placer chaque parole et chaque acte à sa juste place, dont les conseils de Luqmān qui suivent sont la mise en œuvre.
man yashkur … li-nafsihi … man kafara
*Shukr*, racine *sh-k-r* : la reconnaissance active, par la parole et par l'acte, du bienfait reçu — distincte du simple remerciement verbal. **Dit** : le texte affirme que le bénéfice de cette reconnaissance revient à celui qui l'exerce lui-même, non à Allaah, qui n'en a besoin — ce que confirme immédiatement le nom *Ghaniyy* qui suit. *Kafara* est ici construit en opposition directe à *yashkur* : le refus de cette reconnaissance, non un énoncé doctrinal distinct dans ce seul verset.
ghaniyyun ḥamīd
*Ghaniyy*, racine *gh-n-y* : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah pour désigner l'absence totale de manque, ce qui n'a besoin de rien. *Ḥamīd*, racine *ḥ-m-d*, apparentée à *al-ḥamd* (établi depuis l'ouverture de la Sourate 1) : digne de toute louange.

S.31:13 · Luqmān à son fils — ne commets pas le shirk

S.31:13
وَإِذْ قَالَ لُقْمَانُ لِابْنِهِ وَهُوَ يَعِظُهُ يَا بُنَيَّ لَا تُشْرِكْ بِاللَّهِ ۖ إِنَّ الشِّرْكَ لَظُلْمٌ عَظِيمٌ
Wa-idh qāla luqmānu li-bnihi wa-huwa yaʿiẕuhu yā bunayya lā tushrik bi-llāhi inna sh-shirka la-ẕulmun ʿaẕīm Et [rappelle] quand Luqmān dit à son fils, en l’exhortant (yaʿiẕuhu) : « Ô mon petit fils (yā bunayya), ne commets pas le shirk envers Allaah — le shirk est certes une injustice (ẕulm) immense (ʿaẕīm). »
Notes lexicales
yaʿiẕuhu
racine *w-ʿ-ẕ* : exhorter, mettre en garde avec une insistance empreinte de sollicitude. Première occurrence développée de cette racine.
yā bunayya
diminutif affectueux de *ibn* (le fils), marque de tendresse paternelle — repris à l'identique en S31:16 et S31:17 (ce Bloc), dans la suite des conseils de Luqmān.
lā tushrik bi-llāhi … inna sh-shirka la-ẕulmun ʿaẕīm
*shirk*, racine *sh-r-k*, extensivement établie → voir l'étude dédiée [Le Shirk dans le Coran](/etudes/shirk/) : attribuer à autre chose une part dans ce qui revient exclusivement à Allaah — conservé en translittération, le verbe rendu par « associer »/« commettre le *shirk* ». *Ẕulm*, racine *ẕ-l-m* : placer une chose hors de sa juste place — le *shirk* est ici qualifié d'injustice par excellence, « immense » (*ʿaẕīm*), sans qu'aucune autre qualification ne soit ajoutée par ce seul verset.

S.31:14–15 · L’humain enjoint envers ses parents — la limite stricte au shirk

Point de méthode — deux commandements distincts, à ne pas mélanger. Dit : ces deux versets posent, comme en S29:8, une structure en deux temps : d’abord un commandement général envers les parents — ici développé par le rappel de la faiblesse de la mère durant la grossesse et la durée du sevrage —, puis une limite précise et unique à l’obéissance qui leur est due, le shirk explicitement nommé. Non-dit : ce seul passage ne traite d’aucun autre motif de désobéissance envers les parents que celui-ci.

S.31:14
وَوَصَّيْنَا الْإِنْسَانَ بِوَالِدَيْهِ حَمَلَتْهُ أُمُّهُ وَهْنًا عَلَىٰ وَهْنٍ وَفِصَالُهُ فِي عَامَيْنِ أَنِ اشْكُرْ لِي وَلِوَالِدَيْكَ إِلَيَّ الْمَصِيرُ
Wa-waṣṣaynā l-insāna bi-wālidayhi ḥamalathu ummuhu wahnan ʿalā wahnin wa-fiṣāluhu fī ʿāmayni ani shkur lī wa-li-wālidayka ilayya l-maṣīr Et Nous avons enjoint (waṣṣaynā) à l’humain, envers ses deux parents (wālidayhi) — sa mère l’a porté (ḥamalathu) dans une faiblesse (wahn) sur une faiblesse, et son sevrage (fiṣāl) a lieu en deux années — « Sois reconnaissant envers Moi et envers tes deux parents ; c’est vers Moi qu’est la destination finale (al-maṣīr). »
Notes lexicales
waṣṣaynā … bi-wālidayhi
racine *w-ṣ-y* : charger d'une recommandation ferme, enjoindre — précédent établi (S29:8).
wahnan ʿalā wahnin
racine *w-h-n* : la faiblesse, l'épuisement physique — répétée deux fois (« une faiblesse sur une faiblesse ») pour marquer une accumulation progressive. Première occurrence développée de cette racine.
fiṣāluhu fī ʿāmayni
racine *f-ṣ-l* : la séparation, ici le sevrage — borné dans ce seul verset à une durée de deux années. Première occurrence développée de cette racine.
ilayya l-maṣīr
racine *ṣ-y-r* : le lieu, l'issue finale vers laquelle on retourne — ici associée directement à la reconnaissance due à la fois à Allaah et aux parents, sans que ce seul verset n'en détaille davantage la nature.

S.31:15
وَإِنْ جَاهَدَاكَ عَلَىٰ أَنْ تُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلَا تُطِعْهُمَا ۖ وَصَاحِبْهُمَا فِي الدُّنْيَا مَعْرُوفًا ۖ وَاتَّبِعْ سَبِيلَ مَنْ أَنَابَ إِلَيَّ ۚ ثُمَّ إِلَيَّ مَرْجِعُكُمْ فَأُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Wa-in jāhadāka ʿalā an tushrika bī mā laysa laka bihi ʿilmun fa-lā tuṭiʿhumā wa-ṣāḥibhumā fi d-dunyā maʿrūfan wa-ttabiʿ sabīla man anāba ilayya thumma ilayya marjiʿukum fa-unabbiʾukum bi-mā kuntum taʿmalūn Et s’ils s’évertuent contre toi (jāhadāka) pour que tu M’associes (tushrika bī) ce dont tu n’as aucun ʿilm — ne leur obéis pas, mais accompagne-les (ṣāḥibhumā), dans la vie d’ici-bas, de façon convenable (maʿrūfan), et suis le chemin de celui qui s’est tourné vers Moi (anāba ilayya) — puis c’est vers Moi qu’est votre retour (marjiʿukum), et Je vous informerai alors de ce que vous faisiez.
Notes lexicales
jāhadāka ʿalā an tushrika bī
**Précédent établi** (S29:8) pour cette même construction : *jāhada* à l'objet personnel, la pression insistante exercée par autrui — ici les parents —, distincte de l'effort fourni pour soi-même (*jāhada li-nafsihi*, S29:6).
ṣāḥibhumā fi d-dunyā maʿrūfan
racine *ṣ-ḥ-b* : tenir compagnie, accompagner. *Maʿrūf*, racine *ʿ-r-f* : ce qui est reconnu comme convenable — déjà rencontré plus loin dans ce Bloc (S31:17, S31:21). **Dit** : le texte distingue nettement l'obéissance, refusée sur ce point précis du *shirk*, et la compagnie bienveillante, maintenue malgré ce désaccord.
man anāba ilayya
racine *n-w-b*, forme IV : revenir, se tourner de façon réitérée vers — une nuance de retour répété, distincte de la simple *tawba* ponctuelle.
ilayya marjiʿukum fa-unabbiʾukum bi-mā kuntum taʿmalūn
**Précédent quasi identique** déjà établi (S29:8 : « *ilayya marjiʿukum fa-unabbiʾukum bimā kuntum taʿmalūn* ») — reprise mot pour mot de la même clôture.

Les conseils de Luqmān : le grain de moutarde, la ṣalāt, l’humilité, la mesure · S31:16–19

S.31:16 · Le poids d’un grain de moutarde — rien n’échappe à Allaah

S.31:16
يَا بُنَيَّ إِنَّهَا إِنْ تَكُ مِثْقَالَ حَبَّةٍ مِنْ خَرْدَلٍ فَتَكُنْ فِي صَخْرَةٍ أَوْ فِي السَّمَاوَاتِ أَوْ فِي الْأَرْضِ يَأْتِ بِهَا اللَّهُ ۚ إِنَّ اللَّهَ لَطِيفٌ خَبِيرٌ
Yā bunayya innahā in taku mithqāla ḥabbatin min khardalin fa-takun fī ṣakhratin aw fi s-samāwāti aw fi l-arḑi yaʾti bihā llāhu inna llāha laṭīfun khabīr Ô mon petit fils, si elle [l’action] est du poids d’un grain de moutarde (mithqāla ḥabbatin min khardal), qu’elle se trouve dans un rocher (ṣakhra), ou dans les cieux, ou dans la terre — Allaah l’apportera (yaʾti bihā). Allaah est certes Laṭīf, Khabīr.
Notes lexicales
mithqāla ḥabbatin min khardal
**Précédent exact** déjà établi (S21:47, déjà publiée : « *wa-in kāna mithqāla ḥabbatin min khardalin ataynā bihā* »). *Mithqāl* (voir aussi S4:40, « le poids d'un atome », *mithqāl dharra*) et *khardal* (le grain de moutarde) nomment, l'un et l'autre, la plus infime quantité reconnue comme telle dans l'usage courant, sans fixer une unité de mesure physique précise.
laṭīfun khabīr
*Laṭīf*, racine *l-ṭ-f* : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah pour désigner ce qui saisit les choses les plus ténues, les plus discrètes, avec une précision qui échappe à la perception ordinaire — en lien direct, dans ce verset, avec l'image du grain de moutarde. *Khabīr*, racine *kh-b-r* : la connaissance précise et détaillée de la réalité intime des choses.

S.31:17 · La ṣalāt, le maʿrūf, le munkar, l’endurance

S.31:17
يَا بُنَيَّ أَقِمِ الصَّلَاةَ وَأْمُرْ بِالْمَعْرُوفِ وَانْهَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَاصْبِرْ عَلَىٰ مَا أَصَابَكَ ۖ إِنَّ ذَٰلِكَ مِنْ عَزْمِ الْأُمُورِ
Yā bunayya aqimi ṣ-ṣalāta wa-mur bi-l-maʿrūfi wa-nha ʿani l-munkari wa-ṣbir ʿalā mā aṣābaka inna dhālika min ʿazmi l-umūr Ô mon petit fils, accomplis la ṣalāt, ordonne le maʿrūf [ce qui est reconnu convenable], interdis le munkar [ce qui est reconnu blâmable], et endure (iṣbir) ce qui t’atteint — cela fait certes partie de ce qui requiert une détermination ferme (ʿazm al-umūr).
Notes lexicales
bi-l-maʿrūfi … ʿani l-munkari
racines *ʿ-r-f* (ce qui est reconnu, connu comme tel) et *n-k-r* (ce qui est refusé, non reconnu) : couple antonymique qui désigne, l'un et l'autre, ce qu'une communauté humaine reconnaît d'elle-même comme convenable ou comme blâmable — sans que ce seul verset n'en fixe le contenu précis.
min ʿazmi l-umūr
racine *ʿ-z-m* : la résolution, la détermination ferme. Rendu par un groupe de mots, faute d'un seul terme français qui porte à la fois la résolution et les affaires qu'elle concerne.

S.31:18–19 · La joue qui ne se détourne pas, la marche mesurée, la voix baissée

S.31:18-19
وَلَا تُصَعِّرْ خَدَّكَ لِلنَّاسِ وَلَا تَمْشِ فِي الْأَرْضِ مَرَحًا ۖ إِنَّ اللَّهَ لَا يُحِبُّ كُلَّ مُخْتَالٍ فَخُورٍ ۝ وَاقْصِدْ فِي مَشْيِكَ وَاغْضُضْ مِنْ صَوْتِكَ ۚ إِنَّ أَنْكَرَ الْأَصْوَاتِ لَصَوْتُ الْحَمِيرِ
Wa-lā tuṣaʿʿir khaddaka li-n-nāsi wa-lā tamshi fi l-arḑi maraḥan inna llāha lā yuḥibbu kulla mukhtālin fakhūr — Wa-qṣid fī mashyika wa-ghḑuḑ min ṣawtika inna ankara l-aṣwāti la-ṣawtu l-ḥamīr Et ne détourne pas (lā tuṣaʿʿir) ta joue (khadd) des gens [par mépris], et ne marche pas sur la terre avec insolence (maraḥan) — Allaah n’honore pas (lā yuḥibbu) tout [être] plein de vanité (mukhtāl), prétentieux (fakhūr) — et sois mesuré (iqṣid) dans ta marche, et baisse (ughḑuḑ) ta voix — la plus détestable (ankar) des voix est certes la voix des ânes (al-ḥamīr).
Notes lexicales
lā tuṣaʿʿir khaddaka
racine *ṣ-ʿ-r* : *aṣ-ṣaʿar*, selon le *Lisān al-ʿArab*, est le nom d'une affection qui tord le cou du chameau — par extension figurée, l'image du cou tordu est appliquée à celui qui détourne la joue par dédain envers autrui. Hapax de cette construction précise dans ce Bloc, rendu par un groupe de mots.
maraḥan
racine *m-r-ḥ* : l'insolence, la jubilation excessive qui se donne libre cours dans la démarche. Première occurrence développée de cette racine.
lā yuḥibbu kulla mukhtālin fakhūr
racine *ḥ-b-b*, rendue par « honorer » lorsqu'Allaah en est le sujet — précédent établi (S3:30–32, S16:23, S30:45 : « Il n'honore pas les kāfirūn »), afin de ne jamais projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain. *Mukhtāl*, racine *kh-y-l*, qui se pavane avec une idée excessive de soi ; *fakhūr*, racine *f-kh-r*, qui se vante.
wa-qṣid fī mashyika
racine *q-ṣ-d* : viser le juste milieu, la mesure sans excès ni déficience — contraste direct, par la même structure de phrase, avec *maraḥan* du verset précédent.
wa-ghḑuḑ min ṣawtika
racine *gh-ḑ-ḑ* : baisser, réduire — même racine que *ghaḑḑ al-baṣar* (baisser le regard, S24:30) : un même geste de retenue, appliqué ici à un autre sens.
ankara l-aṣwāti la-ṣawtu l-ḥamīr
*Ankara*, comparatif de la racine *n-k-r*, la même racine qu'*al-munkar* (S31:17, ce Bloc) : ce qui est reconnu comme détestable. **Dit** : le texte compare, par leur seule qualité sonore — forte, répétitive, désagréable à l'oreille —, la voix humaine non maîtrisée à celle de l'âne ; **non-dit** : ce seul verset n'ajoute aucun jugement moral sur l'animal lui-même au-delà de ce trait acoustique.

Les bienfaits assujettis, la dispute sans savoir, la coutume ancestrale · S31:20–23

S.31:20–21 · Les bienfaits assujettis — ceux qui disputent sans savoir, la coutume ancestrale même contre le shayṭān

S.31:20
أَلَمْ تَرَوْا أَنَّ اللَّهَ سَخَّرَ لَكُمْ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ وَأَسْبَغَ عَلَيْكُمْ نِعَمَهُ ظَاهِرَةً وَبَاطِنَةً ۗ وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يُجَادِلُ فِي اللَّهِ بِغَيْرِ عِلْمٍ وَلَا هُدًى وَلَا كِتَابٍ مُنِيرٍ
A-lam tarawu anna llāha sakhkhara lakum mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḑi wa-asbagha ʿalaykum niʿamahu ẕāhiratan wa-bāṭinatan wa-mina n-nāsi man yujādilu fī llāhi bi-ghayri ʿilmin wa-lā hudan wa-lā kitābin munīr Ne voyez-vous pas qu’Allaah vous a assujetti (sakhkhara) ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre, et qu’Il a répandu (asbagha) sur vous Ses bienfaits (niʿam), apparents (ẕāhira) et cachés (bāṭina) ? Et parmi les gens, il en est qui disputent (yujādilu) au sujet d’Allaah sans ʿilm, sans hudā, et sans Kitāb éclairant (munīr).
Notes lexicales
sakhkhara lakum
racine *s-kh-r* : assujetti, mis au service — précédent établi (S13:2, S16:12–14, déjà publiées) : l'astre ou le phénomène présenté comme passif, non comme agent autonome.
asbagha ʿalaykum niʿamahu
racine *s-b-gh* : répandre abondamment, faire déborder — première occurrence développée de ce sens (parenté lexicale, sans rapport sémantique direct, avec *ṣibgh*, la teinture alimentaire, S23).
ẕāhiratan wa-bāṭinatan
couple qui recouvre, par ces deux seuls termes, l'ensemble des bienfaits sans exception — ce qui en est visible, et ce qui demeure caché.
yujādilu fī llāhi bi-ghayri ʿilmin wa-lā hudan wa-lā kitābin munīr
racine *j-d-l* : disputer, argumenter avec insistance. **Dit** : ce verset qualifie négativement cette dispute par l'absence conjointe de trois fondements — le *ʿilm*, le *hudā*, le Kitāb éclairant —, sans qu'aucun des trois seuls ne suffise, pris isolément, à légitimer ce qui est avancé.

S.31:21
وَإِذَا قِيلَ لَهُمُ اتَّبِعُوا مَا أَنْزَلَ اللَّهُ قَالُوا بَلْ نَتَّبِعُ مَا وَجَدْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا ۚ أَوَلَوْ كَانَ الشَّيْطَانُ يَدْعُوهُمْ إِلَىٰ عَذَابِ السَّعِيرِ
Wa-idhā qīla lahumu ttabiʿū mā anzala llāhu qālū bal nattabiʿu mā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā a-wa-law kāna sh-shayṭānu yadʿūhum ilā ʿadhābi s-saʿīr Et quand il leur est dit : « Suivez ce qu’Allaah a fait descendre » — ils disent : « Non, nous suivons ce sur quoi nous avons trouvé (wajadnā) nos pères. » Est-ce donc même si le shayṭān les appelait vers le châtiment du saʿīr [le brasier] ?
Notes lexicales
mā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā
**Dit** : le texte rapporte cette parole comme la réponse donnée par ces gens, sans la discuter en elle-même ; **non-dit**, il ne porte pas ici un jugement général sur toute coutume héritée — le verset suivant, par sa question rhétorique, en relève seulement la faiblesse comme critère unique, même si l'appel venait du *shayṭān*.
ʿadhābi s-saʿīr
racine *s-ʿ-r* : le brasier ardent — l'un des noms par lesquels le Qurʾān désigne le châtiment du Feu.

S.31:22–23 · Qui soumet son wajh à Allaah — l’indifférence au kufr d’autrui

S.31:22
۞ وَمَنْ يُسْلِمْ وَجْهَهُ إِلَى اللَّهِ وَهُوَ مُحْسِنٌ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَىٰ ۗ وَإِلَى اللَّهِ عَاقِبَةُ الْأُمُورِ
Wa-man yuslim wajhahu ila llāhi wa-huwa muḥsinun fa-qadi stamsaka bi-l-ʿurwati l-wuthqā wa-ilā llāhi ʿāqibatu l-umūr Et quiconque remet (yuslim) son wajh à Allaah, en étant muḥsin, s’est saisi (istamsaka) de la anse la plus sûre (al-ʿurwati l-wuthqā), celle qui ne se rompt pas — et c’est vers Allaah que [va] l’issue de toutes choses (ʿāqibatu l-umūr).
Notes lexicales
yuslim wajhahu ila llāhi
*Wajh*, racine *w-j-h*, extensivement établie (S13, S28) : jamais un visage corporel appliqué à Allaah, mais la réalité la plus essentielle de celui qui se soumet, ici remise entièrement (*yuslim*, racine *s-l-m*) à Allaah.
al-ʿurwati l-wuthqā
**Précédent exact** déjà établi (S2:256, déjà publiée, pour la même formule : « s'est saisi de la anse la plus sûre, celle qui ne se rompt pas ») — image d'une prise ferme, sans risque de rupture.

S.31:23
وَمَنْ كَفَرَ فَلَا يَحْزُنْكَ كُفْرُهُ ۚ إِلَيْنَا مَرْجِعُهُمْ فَنُنَبِّئُهُمْ بِمَا عَمِلُوا ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ بِذَاتِ الصُّدُورِ
Wa-man kafara fa-lā yaḥzunka kufruhu ilaynā marjiʿuhum fa-nunabbiʾuhum bi-mā ʿamilū inna llāha ʿalīmun bi-dhāti ṣ-ṣudūr Et quiconque rejette (kafara) — que son kufr ne t’attriste pas (lā yaḥzunka) ; c’est vers Nous qu’est leur retour, et Nous les informerons alors de ce qu’ils faisaient. Allaah est certes ʿAlīm de ce qui est contenu dans les poitrines (dhāti ṣ-ṣudūr).
Notes lexicales
dhāti ṣ-ṣudūr
expression figée, littéralement « ce qui est le propre des poitrines » : l'intériorité la plus cachée — pensées, intentions — que nul regard extérieur n'atteint. Première occurrence développée.

La création, la parole inépuisable, les signes assujettis dans le ciel et la mer · S31:24–32

S.31:24 · La jouissance limitée, puis le châtiment épais

S.31:24
نُمَتِّعُهُمْ قَلِيلًا ثُمَّ نَضْطَرُّهُمْ إِلَىٰ عَذَابٍ غَلِيظٍ
Numattiʿuhum qalīlan thumma naḑṭarruhum ilā ʿadhābin ghalīẕ Nous les laissons jouir (numattiʿuhum) un peu, puis Nous les contraindrons (naḑṭarruhum) vers un châtiment épais (ghalīẕ).
Notes lexicales
numattiʿuhum qalīlan
racine *m-t-ʿ* : la jouissance limitée dans le temps — précédent établi (S11, S29).
naḑṭarruhum … ghalīẕ
*Naḑṭarru*, racine *ḑ-r-r*, forme VIII : contraindre, forcer sans échappatoire. *Ghalīẕ*, racine *gh-l-ẕ* : épais, dense — qualifiant le châtiment par son intensité. Premières occurrences développées de ces deux racines.

S.31:25–26 · Qui a créé les cieux et la terre — à Allaah ce qu’ils renferment

S.31:25-26
وَلَئِنْ سَأَلْتَهُمْ مَنْ خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ لَيَقُولُنَّ اللَّهُ ۚ قُلِ الْحَمْدُ لِلَّهِ ۚ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ ۝ لِلَّهِ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ إِنَّ اللَّهَ هُوَ الْغَنِيُّ الْحَمِيدُ
Wa-la-in saʾaltahum man khalaqa s-samāwāti wa-l-arḑa la-yaqūlunna llāhu quli l-ḥamdu li-llāhi bal aktharuhum lā yaʿlamūn — Li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-l-arḑi inna llāha huwa l-ghaniyyu l-ḥamīd Et si tu leur demandes qui a créé les cieux et la terre, ils diront certainement : « Allaah. » Dis : « La louange (al-ḥamd) est à Allaah ! » Mais la plupart d’entre eux ne savent pas — à Allaah [appartient] ce qui est dans les cieux et la terre — Allaah est certes, Lui, al-Ghaniyy, al-Ḥamīd.
Notes lexicales
la-yaqūlunna llāhu … bal aktharuhum lā yaʿlamūn
**Dit** : le texte distingue la reconnaissance verbale, immédiate et spontanée, qu'Allaah est le créateur, et le savoir véritable, que le texte dit faire défaut à la plupart — une reconnaissance qui ne se traduit pas nécessairement par ce que ce savoir impliquerait.
al-ghaniyyu l-ḥamīd
reprise des deux mêmes noms déjà rencontrés en S31:12 (ce Bloc), ici appliqués non plus à l'alternative *shukr*/*kufr* individuelle, mais à la possession exclusive par Allaah de tout ce qui est dans les cieux et la terre.

S.31:27 · Les paroles d’Allaah, inépuisables

Cohérence intra-coranique, précédent exact. Ce verset reprend, par une image hyperbolique distincte mais de même portée, un énoncé déjà rencontré mot pour mot quant à son fond (S18:109, déjà publiée : « Si la mer était de l’encre pour les Paroles de mon Rabb, la mer s’épuiserait avant que ne s’épuisent les Paroles de mon Rabb »). Dit : les deux versets affirment, chacun par sa propre image, l’absence de toute limite aux kalimāt (paroles) d’Allaah. Non-dit : ni l’un ni l’autre ne précise la nature exacte de ces « paroles » — connaissance, décret, révélation — au-delà de leur caractère sans limite ; ce Bloc rapporte l’affirmation sans trancher entre ces lectures.

S.31:27
وَلَوْ أَنَّمَا فِي الْأَرْضِ مِنْ شَجَرَةٍ أَقْلَامٌ وَالْبَحْرُ يَمُدُّهُ مِنْ بَعْدِهِ سَبْعَةُ أَبْحُرٍ مَا نَفِدَتْ كَلِمَاتُ اللَّهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ
Wa-law annamā fi l-arḑi min shajaratin aqlāmun wa-l-baḥru yamudduhu min baʿdihi sabʿatu abḥurin mā nafidat kalimātu llāhi inna llāha ʿazīzun ḥakīm Et si tout arbre qui est sur la terre devenait calames (aqlām), et que la mer [devenait encre], secondée après elle (yamudduhu) par sept mers [semblables] — les paroles (kalimāt) d’Allaah ne s’épuiseraient pas (mā nafidat). Allaah est certes ʿAzīz, Ḥakīm.
Notes lexicales
al-baḥru yamudduhu min baʿdihi sabʿatu abḥurin
racine *m-d-d* : alimenter, prolonger, seconder — même racine que *midād* (l'encre) et *madad* (le renfort) en S18:109 (déjà publiée, voir le callout ci-dessus). **Point de grammaire** : ce verset ne nomme pas explicitement l'« encre » (*midād*) comme le fait S18:109 — la mer y est seulement « secondée » par sept autres mers, le rôle d'encre restant implicite dans la comparaison d'ensemble avec les calames.
mā nafidat kalimātu llāh
voir le callout de méthode ci-dessus.

S.31:28 · Votre création et votre résurrection — comme un seul être

Point de grammaire — une comparaison, non une origine commune. Ka-nafsin wāḥidatin (« comme un seul être ») est une proposition introduite par la particule de comparaison ka- — à ne pas confondre avec la construction min nafsin wāḥidatin (« à partir d’un seul être »), par laquelle le Qurʾān affirme ailleurs l’origine commune de l’humanité (S4:1, S7:189, S39:6, déjà publiées). Dit : ce verset-ci n’affirme pas une origine commune, mais une égale facilité — créer ou ressusciter l’ensemble des humains ne coûte pas davantage, pour Allaah, que créer ou ressusciter un seul être.

S.31:28
مَا خَلْقُكُمْ وَلَا بَعْثُكُمْ إِلَّا كَنَفْسٍ وَاحِدَةٍ ۗ إِنَّ اللَّهَ سَمِيعٌ بَصِيرٌ
Mā khalqukum wa-lā baʿthukum illā ka-nafsin wāḥidatin inna llāha samīʿun baṣīr Votre création et votre résurrection (baʿth) ne sont, [pour Allaah], que comme [la création ou la résurrection] d’un seul être (ka-nafsin wāḥida) — Allaah est certes Samīʿ, Baṣīr.
Notes lexicales
khalqukum … baʿthukum
*Baʿth*, racine *b-ʿ-th*, établie (S18, S22, déjà publiées) : la résurrection — ici mise en parallèle direct avec la création initiale, selon le même principe de symétrie déjà relevé ailleurs (S27, S10, S21 : *yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu*).
samīʿun baṣīr
deux noms conservés en translittération, conformément à la règle constante retenue.

S.31:29–30 · Nuit et jour, soleil et lune assujettis — al-Ḥaqq et al-Bāṭil — al-ʿAliyy, al-Kabīr

S.31:29-30
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ يُولِجُ اللَّيْلَ فِي النَّهَارِ وَيُولِجُ النَّهَارَ فِي اللَّيْلِ وَسَخَّرَ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ كُلٌّ يَجْرِي إِلَىٰ أَجَلٍ مُسَمًّى وَأَنَّ اللَّهَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ ۝ ذَٰلِكَ بِأَنَّ اللَّهَ هُوَ الْحَقُّ وَأَنَّ مَا يَدْعُونَ مِنْ دُونِهِ الْبَاطِلُ وَأَنَّ اللَّهَ هُوَ الْعَلِيُّ الْكَبِيرُ
A-lam tara anna llāha yūliju l-layla fi n-nahāri wa-yūliju n-nahāra fi l-layli wa-sakhkhara sh-shamsa wa-l-qamara kullun yajrī ilā ajalin musamman wa-anna llāha bi-mā taʿmalūna khabīr — Dhālika bi-anna llāha huwa l-ḥaqqu wa-anna mā yadʿūna min dūnihi l-bāṭilu wa-anna llāha huwa l-ʿaliyyu l-kabīr Ne vois-tu pas qu’Allaah fait pénétrer (yūliju) la nuit dans le jour, et fait pénétrer le jour dans la nuit, et qu’Il a assujetti (sakhkhara) le soleil et la lune, chacun courant (yajrī) vers un terme fixé (ajalin musamman) — et qu’Allaah est Khabīr de ce que vous faites ? Cela, parce qu’Allaah est, Lui, al-Ḥaqq, et que ce qu’ils invoquent en dehors de Lui est al-Bāṭil, et qu’Allaah est, Lui, al-ʿAliyy, al-Kabīr.
Notes lexicales
yūliju l-layla fi n-nahāri … wa-yūliju n-nahāra fi l-layli
racine *w-l-j* : faire entrer, faire pénétrer — image de l'empiètement progressif, réciproque, du jour sur la nuit et de la nuit sur le jour.
sakhkhara … kullun yajrī ilā ajalin musamman
**Précédent exact** déjà établi (S13:2, déjà publiée : « *sakhkhara sh-shamsa wa-l-qamara kullun yajrī li-ajalin musamman* ») pour cette même formule.
huwa l-ḥaqqu … al-bāṭilu
couple antonymique : *al-Ḥaqq* (racine *ḥ-q-q*), ce qui est fondé en réalité, ferme et constant ; *al-bāṭil* (racine *b-ṭ-l*), ce qui est vain, sans substance propre — appliqué ici à ce qui est invoqué en dehors d'Allaah.
al-ʿaliyyu l-kabīr
racines *ʿ-l-w* (élévation) et *k-b-r* (grandeur). **Point de méthode absolu** : conformément à la règle constante retenue, *al-ʿAliyy* n'est jamais rendu par « le Très-Haut » — une traduction qui importerait une connotation d'espace et de lieu qu'aucune formulation française équivalente ne permet d'effacer avec certitude (précédent établi, S2:255, déjà publiée). Le nom est donc conservé en translittération : l'élévation désignée par *ʿ-l-w* est une élévation de rang, de souveraineté et de portée — non une position dans l'espace. *Al-Kabīr* : la grandeur, la magnitude absolue — sans connotation de taille physique, mais de portée et de souveraineté sans limite.

S.31:31 · Les vaisseaux qui voguent par le bienfait d’Allaah

S.31:31
أَلَمْ تَرَ أَنَّ الْفُلْكَ تَجْرِي فِي الْبَحْرِ بِنِعْمَتِ اللَّهِ لِيُرِيَكُمْ مِنْ آيَاتِهِ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِكُلِّ صَبَّارٍ شَكُورٍ
A-lam tara anna l-fulka tajrī fi l-baḥri bi-niʿmati llāhi li-yuriyakum min āyātihi inna fī dhālika la-āyātin li-kulli ṣabbārin shakūr Ne vois-tu pas que les vaisseaux (al-fulk) voguent (tajrī) sur la mer par le bienfait (niʿma) d’Allaah, pour vous montrer de Ses āyāt ? Il y a certes là des āyāt pour tout [être] profondément endurant (ṣabbār), reconnaissant (shakūr).
Notes lexicales
li-kulli ṣabbārin shakūr
deux formes intensives (*mubālagha*) des racines *ṣ-b-r* (l'endurance) et *sh-k-r* (la reconnaissance, déjà relevée en S31:12, ce Bloc) : l'une et l'autre portées à leur degré le plus soutenu.

S.31:32 · La vague comme des ombrages — l’invocation exclusive, puis le retour modéré ou l’ingratitude

S.31:32
وَإِذَا غَشِيَهُمْ مَوْجٌ كَالظُّلَلِ دَعَوُا اللَّهَ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ فَلَمَّا نَجَّاهُمْ إِلَى الْبَرِّ فَمِنْهُمْ مُقْتَصِدٌ ۚ وَمَا يَجْحَدُ بِآيَاتِنَا إِلَّا كُلُّ خَتَّارٍ كَفُورٍ
Wa-idhā ghashiyahum mawjun ka-ẕ-ẕulali daʿawu llāha mukhliṣīna lahu d-dīna fa-lammā najjāhum ilā l-barri fa-minhum muqtaṣidun wa-mā yajḥadu bi-āyātinā illā kullu khattārin kafūr Et quand une vague les recouvre (ghashiyahum), semblable à des ombrages suspendus (ka-ẕ-ẕulal), ils invoquent Allaah en Lui rendant exclusif (mukhliṣīn) le dīn — puis, lorsqu’Il les a sauvés (najjāhum) vers la terre ferme (al-barr), il en est parmi eux qui demeure modéré (muqtaṣid) — et il n’y a que tout [être] perfide (khattār), ingrat (kafūr), qui renie (yajḥadu) Nos āyāt.
Notes lexicales
mawjun ka-ẕ-ẕulal
racine *ẕ-l-l* : l'ombrage, ce qui couvre comme un dais suspendu — image de vagues superposées, à rapprocher, par la structure (non par la racine), de l'image des ténèbres superposées en S24:40 (déjà publiée).
mukhliṣīna lahu d-dīna
**Précédent exact** déjà établi (S29:65 : « *daʿawu llāha mukhliṣīna lahu d-dīna* ») pour cette même formule — l'exclusivité du *dīn*, rendu pur de tout mélange, au moment du danger en mer.
fa-minhum muqtaṣid
racine *q-ṣ-d*, même racine que *iqṣid* (S31:19, ce Bloc) : la mesure, le juste milieu — ici, une réponse partielle au sauvetage, ni une pleine reconnaissance, ni un rejet total. **Point de contraste** : ce Bloc relève que ce verset, à la différence de S29:65 (où le retour au *shirk* est total — « *idhā hum yushrikūn* »), nomme ici une attitude intermédiaire, sans toutefois la qualifier positivement.
khattārin kafūr
*Khattār*, racine *kh-t-r* : la traîtrise, la perfidie répétée — terme d'occurrence unique dans tout le Qurʾān (*hapax*), signalé comme tel. *Kafūr*, forme intensive de la racine *k-f-r* : l'ingratitude portée à son degré le plus soutenu.

Clôture — la mise en garde, les cinq réalités connues d’Allaah seul · S31:33–34

S.31:33 · La mise en garde — nul ne porte le fardeau d’un autre

S.31:33
يَا أَيُّهَا النَّاسُ اتَّقُوا رَبَّكُمْ وَاخْشَوْا يَوْمًا لَا يَجْزِي وَالِدٌ عَنْ وَلَدِهِ وَلَا مَوْلُودٌ هُوَ جَازٍ عَنْ وَالِدِهِ شَيْئًا ۚ إِنَّ وَعْدَ اللَّهِ حَقٌّ ۖ فَلَا تَغُرَّنَّكُمُ الْحَيَاةُ الدُّنْيَا وَلَا يَغُرَّنَّكُمْ بِاللَّهِ الْغَرُورُ
Yā ayyuhā n-nāsu ttaqū rabbakum wa-khshaw yawman lā yajzī wālidun ʿan waladihi wa-lā mawlūdun huwa jāzin ʿan wālidihi shayʾan inna waʿda llāhi ḥaqqun fa-lā taghurrannakumu l-ḥayātu d-dunyā wa-lā yaghurrannakum bi-llāhi l-gharūr Ô les humains, prémunissez-vous (ittaqū) envers votre Rabb, et craignez (ikhshaw) un jour où nul père ne pourra acquitter (yajzī) quoi que ce soit pour son enfant, ni nul enfant (mawlūd) acquitter quoi que ce soit pour son père — la promesse d’Allaah est vérité (ḥaqq) — que la vie d’ici-bas ne vous trompe donc pas (lā taghurrannakum), et que ce qui trompe (al-gharūr) ne vous trompe pas au sujet d’Allaah.
Notes lexicales
lā yajzī wālidun ʿan waladihi
racine *j-z-y* : acquitter, s'acquitter d'une dette ou d'une obligation à la place d'un autre — niée ici, dans les deux sens, entre père et enfant.
al-gharūru
racine *gh-r-r*, forme intensive : ce qui trompe par excellence, par une apparence séduisante et vide. **Point de prudence — ce que ce seul verset nomme, et ce qu'il ne nomme pas.** **Dit** : le texte met en garde contre « ce qui trompe » au sujet d'Allaah, comme second péril distinct de la vie d'ici-bas elle-même, nommée dans la clause précédente. **Non-dit** : ce seul verset, pris en lui-même, n'identifie pas nommément le référent de *al-gharūr* — ni le *shayṭān*, ni l'âme elle-même, ni l'illusion en général ne sont ici désignés par leur nom propre ; ce Bloc rapporte ce terme sans lui substituer une identification que ce seul verset ne fournit pas.

S.31:34 · Les cinq réalités connues d’Allaah seul

S.31:34
إِنَّ اللَّهَ عِنْدَهُ عِلْمُ السَّاعَةِ وَيُنَزِّلُ الْغَيْثَ وَيَعْلَمُ مَا فِي الْأَرْحَامِ ۖ وَمَا تَدْرِي نَفْسٌ مَاذَا تَكْسِبُ غَدًا ۖ وَمَا تَدْرِي نَفْسٌ بِأَيِّ أَرْضٍ تَمُوتُ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ
Inna llāha ʿindahu ʿilmu s-sāʿati wa-yunazzilu l-ghaytha wa-yaʿlamu mā fi l-arḥāmi wa-mā tadrī nafsun mādhā taksibu ghadan wa-mā tadrī nafsun bi-ayyi arḑin tamūtu inna llāha ʿalīmun khabīr Allaah — c’est auprès de Lui (ʿindahu) que se trouve la science de l’Heure ; Il fait descendre le ghayth [la pluie secourable] ; Il connaît ce qui est dans les matrices (al-arḥām) ; et nulle âme ne sait ce qu’elle acquerra (taksibu) demain ; et nulle âme ne sait en quelle terre elle mourra. Allaah est certes ʿAlīm, Khabīr.
Notes lexicales
ʿindahu ʿilmu s-sāʿati
**Point de vigilance de méthode**, déjà appliqué (S24:39, S30:39) : *ʿinda* (« auprès de »), pris au sens le plus immédiat, est un marqueur spatial. **Dit** : ce verset emploie cette locution dans un sens idiomatique d'exclusivité — la science de l'Heure Lui appartient en propre, à Lui seul — non une co-localisation spatiale d'un savoir qui serait situé quelque part « près » d'Allaah.
yunazzilu l-ghaytha
racine *gh-y-th* : *al-ghayth*, selon les lexicographes anciens, désigne la pluie en tant que secours, soulagement providentiel qui répond à un besoin (même racine que *istighātha*, demander secours) — distinct de *maṭar*, la pluie au sens le plus neutre et général. Première occurrence développée de cette racine.
mā fi l-arḥāmi
racine *r-ḥ-m* : les matrices — parenté lexicale avec *ar-raḥma*/*ar-Raḥmān*, relevée ici comme simple fait de langue, sans qu'aucune portée théologique supplémentaire ne soit tirée de ce seul rapprochement.
wa-mā tadrī nafsun … ghadan … bi-ayyi arḑin tamūt
**Dit, clôture du Bloc** : ce verset énonce cinq réalités rattachées exclusivement au savoir d'Allaah — l'Heure, la pluie à venir, ce qui est dans les matrices, ce que chaque âme acquerra demain, et le lieu de sa mort. Ce Bloc les rapporte dans la continuité descriptive où le texte les énonce, sans leur substituer une catégorisation extérieure à ce seul verset.

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