Structure du Bloc I, sourate complète (34 versets). Six mouvements. D’abord l’exorde : les lettres séparées, le Kitāb al-Ḥakīm comme hudā et raḥma pour les muḥsinūn, les signes distinctifs de ces derniers, puis le contraste avec celui qui achète le discours de pur divertissement pour égarer et celui qui se détourne des āyāt avec orgueil (S31:1–9). Puis quatre āyāt de la création — les cieux sans piliers, les montagnes ancrées, toute créature répandue sur la terre, toute espèce végétale fait pousser par l’eau descendue du ciel — fermées par le défi rhétorique lancé à ce qui est invoqué en dehors d’Allaah (S31:10–11). Puis le long développement de Luqmān : la ḥikma qui lui est donnée, son exhortation à son fils contre le shirk, le commandement fait à l’humain envers ses parents et sa limite stricte, puis une série de conseils directs — le poids d’un grain de moutarde que rien n’échappe à Allaah, la ṣalāt, le maʿrūf et le munkar, l’endurance, l’humilité du visage et de la démarche, la mesure de la voix (S31:12–19). Puis un nouveau développement sur les bienfaits assujettis et deux attitudes opposées face à Allaah — la dispute sans fondement, l’attachement aveugle à la coutume ancestrale, en miroir avec la soumission du wajh à Allaah et l’indifférence au kufr d’autrui (S31:20–23). Puis une série d’arguments sur la création, la parole d’Allaah inépuisable, et les signes assujettis dans le ciel et la mer — nuit et jour, soleil et lune, les vaisseaux, la vague et l’invocation exclusive qui s’efface sur la terre ferme (S31:24–32). Enfin la clôture : la mise en garde contre le jour où nul ne portera le fardeau d’un autre, et les cinq réalités qu’aucune âme ne connaît sinon Allaah (S31:33–34).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.31:1–2 | Alif-Lām-Mīm — les āyāt du Kitāb al-Ḥakīm |
| S.31:3–5 | Hudā et raḥma pour les muḥsinūn — leurs signes, leur réussite |
| S.31:6–7 | Celui qui achète le discours de pur divertissement — celui qui se détourne avec orgueil |
| S.31:8–9 | Les croyants aux œuvres droites — les jardins du naʿīm, promesse vraie |
| S.31:10–11 | Les cieux sans piliers, les montagnes ancrées, toute créature, toute espèce — le défi aux associés |
| S.31:12 | La ḥikma donnée à Luqmān — la reconnaissance envers Allaah |
| S.31:13 | Luqmān à son fils — ne commets pas le shirk |
| S.31:14–15 | L’humain enjoint envers ses parents — la limite stricte au shirk |
| S.31:16 | Le poids d’un grain de moutarde — rien n’échappe à Allaah |
| S.31:17 | La ṣalāt, le maʿrūf, le munkar, l’endurance |
| S.31:18–19 | La joue qui ne se détourne pas, la marche mesurée, la voix baissée |
| S.31:20–21 | Les bienfaits assujettis — ceux qui disputent sans savoir, la coutume ancestrale même contre le shayṭān |
| S.31:22–23 | Qui soumet son wajh à Allaah — l’indifférence au kufr d’autrui |
| S.31:24 | La jouissance limitée, puis le châtiment épais |
| S.31:25–26 | Qui a créé les cieux et la terre — à Allaah ce qu’ils renferment |
| S.31:27 | Les paroles d’Allaah, inépuisables |
| S.31:28 | Votre création et votre résurrection — comme un seul être |
| S.31:29–30 | Nuit et jour, soleil et lune assujettis — al-Ḥaqq et al-Bāṭil — al-ʿAliyy, al-Kabīr |
| S.31:31 | Les vaisseaux qui voguent par le bienfait d’Allaah |
| S.31:32 | La vague comme des ombrages — l’invocation exclusive, puis le retour modéré ou l’ingratitude |
| S.31:33 | La mise en garde — nul ne porte le fardeau d’un autre |
| S.31:34 | Les cinq réalités connues d’Allaah seul |
L’exorde — le Kitāb al-Ḥakīm, les muḥsinūn, les deux attitudes devant les āyāt · S31:1–9
S.31:1–2 · Alif-Lām-Mīm — les āyāt du Kitāb al-Ḥakīm
- Alif-Lām-Mīm
- lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/). Conformément à la règle constante retenue, aucun sens n'est attribué à ces trois lettres d'ouverture. Le texte arabe de ce verset est donné ici sans la *basmala* qui le précède dans le support consulté (API *Quran.com*/*quran-api*, édition *ara-quransimple*) — convention déjà appliquée pour l'ensemble des sourates traduites.
- al-Kitābi l-Ḥakīm
- racine *ḥ-k-m* : la pleine rectitude de jugement et de disposition, ce qui place chaque chose à sa juste place. **Point de grammaire** : *al-Ḥakīm* qualifie ici *al-Kitāb* lui-même (le Livre), non Allaah — un emploi distinct de celui où ce même mot sert, ailleurs dans ce Bloc (S31:9, S31:27), à dire ce que l'on peut dire d'Allaah. Appliqué au Kitāb, ce Bloc le rend par « empreint de ḥikma », plutôt que par « sage », qui projetterait sur un texte une faculté propre à un sujet pensant.
S.31:3–5 · Hudā et raḥma pour les muḥsinūn — leurs signes, leur réussite
- li-l-muḥsinīn
- racine *ḥ-s-n*, forme IV (*aḥsana*) : accomplir l'action à son plus haut degré d'excellence, au-delà du simple bien (*ḥasan*). Conservé par un groupe de mots faute d'un seul terme français qui couvre ce degré d'excellence.
- yuqīmūna ṣ-ṣalāta … yuʾtūna z-zakāta
- *ṣalāt* et *zakāt*, sans équivalent français qui en couvre fidèlement le sens propre : conservés en translittération, conformément à la règle constante retenue.
- yūqinūn
- racine *y-q-n* : la certitude ferme, sans reste de doute — distincte de la simple croyance (*īmān*) ou de la présomption (*ẕann*).
- al-mufliḥūn
- racine *f-l-ḥ* : la réussite pleine et fructueuse — l'image première de la racine est celle de la terre fendue par le labour puis rendue fertile.
S.31:6–7 · Celui qui achète le discours de pur divertissement — celui qui se détourne avec orgueil
Point de méthode — portée exacte de lahwa l-ḥadīth. Dit : le texte nomme un comportement — acheter (yashtarī) lahwa l-ḥadīth — et une finalité qui lui est attachée : égarer (li-yuḑilla) du chemin d’Allaah, sans aucun ʿilm, et le prendre en dérision (huzuwan). Non-dit : ce seul terme, lahw al-ḥadīth — littéralement « le divertissement du discours/du propos » —, ne précise pas la nature concrète de ce dont il s’agit (un chant, un récit, une parole moqueuse, ou toute parole prise pour pur amusement) ; ce Bloc rapporte la fonction que le texte nomme explicitement — détourner du chemin d’Allaah sans fondement de savoir — sans lui substituer une identification matérielle que ce seul verset ne fournit pas.
- yashtarī
- racine *sh-r-y* : acheter, acquérir en échange de — ici au sens figuré, préférer et choisir au prix d'autre chose (le chemin d'Allaah, délaissé pour ce discours). Première occurrence développée de cette racine.
- lahwa l-ḥadīth
- voir le callout de méthode ci-dessus. *Lahw*, racine *l-h-w* : ce qui occupe et détourne sans portée durable. *Ḥadīth*, racine *ḥ-d-th* : la parole, le discours, le récit — au sens générique du mot dans la langue, et non le *ḥadīth* prophétique au sens technique que ce terme prendra par ailleurs dans l'usage postérieur.
- mustakbiran
- racine *k-b-r*, forme X (*istakbara*) : se considérer soi-même comme grand, refuser de s'abaisser — précédent établi (S16:22–23, déjà publiée).
- waqran
- racine *w-q-r* : la lourdeur qui alourdit l'oreille jusqu'à la surdité — précédent établi (S6:25, S17:46, déjà publiées).
- fa-bashshirhu bi-ʿadhābin alīm
- racine *b-sh-r* : annoncer une nouvelle — habituellement une bonne nouvelle (*bushrā*). **Point de style** : le verbe est ici retourné contre son usage le plus fréquent, pour « annoncer » un châtiment — un effet d'ironie amère que ce Bloc rapporte sans l'atténuer.
S.31:8–9 · Les croyants aux œuvres droites — les jardins du naʿīm, promesse vraie
- jannātu n-naʿīm
- *naʿīm*, racine *n-ʿ-m* : le bienfait, le bien-être total, sans manque — distinct de *janna* au sens générique du jardin lui-même, ici qualifié par ce bien-être.
- al-ʿazīzu l-ḥakīm
- deux termes conservés en translittération, conformément à la règle constante retenue pour ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah : *al-ʿAzīz* (racine *ʿ-z-z*), ce qui est inaccessible à toute domination, sans égal ; *al-Ḥakīm* (racine *ḥ-k-m*), la pleine rectitude de jugement et de disposition — à distinguer de l'emploi de ce même mot pour qualifier le Kitāb lui-même (S31:2, ce Bloc).
Quatre āyāt de la création — cieux, montagnes, créatures, végétation · S31:10–11
S.31:10–11 · Les cieux sans piliers, les montagnes ancrées, toute créature, toute espèce — le défi aux associés
- khalaqa … bi-ghayri ʿamadin tarawnahā
- **Cohérence intra-coranique, précédent exact** : formule déjà rencontrée mot pour mot (S13:2, déjà publiée : « *rafaʿa s-samāwāti bi-ghayri ʿamadin tarawnahā* »). *ʿAmad*, pluriel de *ʿimād* (racine *ʿ-m-d*) : le pilier, le support. **Point de grammaire** : *tarawnahā* (« que vous voyez ») porte, selon la lecture la plus directe, sur l'absence même de piliers visibles ; une autre lecture, grammaticalement recevable, y rattache l'existence de piliers que l'œil ne perçoit simplement pas — ce seul verset ne tranche pas entre les deux.
- rawāsiya an tamīda bikum
- **Précédent exact** déjà établi (S16:15, déjà publiée) pour cette même formule : les montagnes ancrées, afin que la terre ne vacille pas avec les gens.
- min kulli dābbatin
- racine *d-b-b* : *ad-dābba*, tout ce qui se meut parmi ce qui vit (*Lisān al-ʿArab*) — terme générique, employé ici dans son extension la plus large, sans restriction contextuelle (à distinguer de l'emploi plus restreint rencontré ailleurs, S29:60, à propos de la créature qui ne porte pas elle-même son *rizq*).
- min kulli zawjin karīm
- *zawj* : l'espèce, le couple de ce qui va par paire dans la végétation (voir S20, S22, précédents déjà publiés). *Karīm*, racine *k-r-m* : la noblesse, la générosité, la qualité qui dépasse l'ordinaire. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas en quoi consiste exactement cette « noblesse » végétale — abondance, utilité ou beauté —, portée que ce verset laisse ouverte.
- khalaqa … wa-anzalnā … fa-anbatnā
- **Point de grammaire** : alternance entre la troisième personne du singulier (*khalaqa*, *alqā*, *baththa*) et la première personne du pluriel de majesté (*anzalnā*, *anbatnā*) — un même référent, Allaah, désigné tour à tour des deux manières, sans que ce changement de personne n'en modifie l'identité.
- min dūnihi
- formule déjà établie : tout ce qui est invoqué à côté d'Allaah, sans que ce seul verset n'en nomme ici un objet précis.
- fī ḑalālin mubīn
- **Dit, clôture du mouvement** : le défi rhétorique ouvert par « montrez-moi » referme sur un constat — l'absence de toute réponse possible range ceux qui associent parmi les *ẕālimūn*, dans un égarement que ce Bloc qualifie de « manifeste » (*mubīn*), c'est-à-dire qui n'a besoin d'aucune démonstration supplémentaire pour être reconnu comme tel.
Luqmān : la ḥikma, l’exhortation à son fils, les limites de l’obéissance · S31:12–15
S.31:12 · La ḥikma donnée à Luqmān — la reconnaissance envers Allaah
- Luqmān
- figure nommée par ce seul texte comme ayant reçu la *ḥikma* et comme s'adressant à son fils dans les versets qui suivent (S31:13–19, ce Bloc). **Non-dit** : ce Bloc ne rapporte, à son sujet, que ce que ce texte affirme — aucune donnée biographique, généalogique ou historique extérieure au Qurʾān n'est importée.
- al-ḥikmata
- racine *ḥ-k-m*, déjà relevée pour *al-Kitāb al-Ḥakīm* (S31:2, ce Bloc) : ici substantif, la pleine rectitude de jugement et de disposition — non une simple intelligence, mais la capacité à placer chaque parole et chaque acte à sa juste place, dont les conseils de Luqmān qui suivent sont la mise en œuvre.
- man yashkur … li-nafsihi … man kafara
- *Shukr*, racine *sh-k-r* : la reconnaissance active, par la parole et par l'acte, du bienfait reçu — distincte du simple remerciement verbal. **Dit** : le texte affirme que le bénéfice de cette reconnaissance revient à celui qui l'exerce lui-même, non à Allaah, qui n'en a besoin — ce que confirme immédiatement le nom *Ghaniyy* qui suit. *Kafara* est ici construit en opposition directe à *yashkur* : le refus de cette reconnaissance, non un énoncé doctrinal distinct dans ce seul verset.
- ghaniyyun ḥamīd
- *Ghaniyy*, racine *gh-n-y* : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah pour désigner l'absence totale de manque, ce qui n'a besoin de rien. *Ḥamīd*, racine *ḥ-m-d*, apparentée à *al-ḥamd* (établi depuis l'ouverture de la Sourate 1) : digne de toute louange.
S.31:13 · Luqmān à son fils — ne commets pas le shirk
- yaʿiẕuhu
- racine *w-ʿ-ẕ* : exhorter, mettre en garde avec une insistance empreinte de sollicitude. Première occurrence développée de cette racine.
- yā bunayya
- diminutif affectueux de *ibn* (le fils), marque de tendresse paternelle — repris à l'identique en S31:16 et S31:17 (ce Bloc), dans la suite des conseils de Luqmān.
- lā tushrik bi-llāhi … inna sh-shirka la-ẕulmun ʿaẕīm
- *shirk*, racine *sh-r-k*, extensivement établie → voir l'étude dédiée [Le Shirk dans le Coran](/etudes/shirk/) : attribuer à autre chose une part dans ce qui revient exclusivement à Allaah — conservé en translittération, le verbe rendu par « associer »/« commettre le *shirk* ». *Ẕulm*, racine *ẕ-l-m* : placer une chose hors de sa juste place — le *shirk* est ici qualifié d'injustice par excellence, « immense » (*ʿaẕīm*), sans qu'aucune autre qualification ne soit ajoutée par ce seul verset.
S.31:14–15 · L’humain enjoint envers ses parents — la limite stricte au shirk
Point de méthode — deux commandements distincts, à ne pas mélanger. Dit : ces deux versets posent, comme en S29:8, une structure en deux temps : d’abord un commandement général envers les parents — ici développé par le rappel de la faiblesse de la mère durant la grossesse et la durée du sevrage —, puis une limite précise et unique à l’obéissance qui leur est due, le shirk explicitement nommé. Non-dit : ce seul passage ne traite d’aucun autre motif de désobéissance envers les parents que celui-ci.
- waṣṣaynā … bi-wālidayhi
- racine *w-ṣ-y* : charger d'une recommandation ferme, enjoindre — précédent établi (S29:8).
- wahnan ʿalā wahnin
- racine *w-h-n* : la faiblesse, l'épuisement physique — répétée deux fois (« une faiblesse sur une faiblesse ») pour marquer une accumulation progressive. Première occurrence développée de cette racine.
- fiṣāluhu fī ʿāmayni
- racine *f-ṣ-l* : la séparation, ici le sevrage — borné dans ce seul verset à une durée de deux années. Première occurrence développée de cette racine.
- ilayya l-maṣīr
- racine *ṣ-y-r* : le lieu, l'issue finale vers laquelle on retourne — ici associée directement à la reconnaissance due à la fois à Allaah et aux parents, sans que ce seul verset n'en détaille davantage la nature.
- jāhadāka ʿalā an tushrika bī
- **Précédent établi** (S29:8) pour cette même construction : *jāhada* à l'objet personnel, la pression insistante exercée par autrui — ici les parents —, distincte de l'effort fourni pour soi-même (*jāhada li-nafsihi*, S29:6).
- ṣāḥibhumā fi d-dunyā maʿrūfan
- racine *ṣ-ḥ-b* : tenir compagnie, accompagner. *Maʿrūf*, racine *ʿ-r-f* : ce qui est reconnu comme convenable — déjà rencontré plus loin dans ce Bloc (S31:17, S31:21). **Dit** : le texte distingue nettement l'obéissance, refusée sur ce point précis du *shirk*, et la compagnie bienveillante, maintenue malgré ce désaccord.
- man anāba ilayya
- racine *n-w-b*, forme IV : revenir, se tourner de façon réitérée vers — une nuance de retour répété, distincte de la simple *tawba* ponctuelle.
- ilayya marjiʿukum fa-unabbiʾukum bi-mā kuntum taʿmalūn
- **Précédent quasi identique** déjà établi (S29:8 : « *ilayya marjiʿukum fa-unabbiʾukum bimā kuntum taʿmalūn* ») — reprise mot pour mot de la même clôture.
Les conseils de Luqmān : le grain de moutarde, la ṣalāt, l’humilité, la mesure · S31:16–19
S.31:16 · Le poids d’un grain de moutarde — rien n’échappe à Allaah
- mithqāla ḥabbatin min khardal
- **Précédent exact** déjà établi (S21:47, déjà publiée : « *wa-in kāna mithqāla ḥabbatin min khardalin ataynā bihā* »). *Mithqāl* (voir aussi S4:40, « le poids d'un atome », *mithqāl dharra*) et *khardal* (le grain de moutarde) nomment, l'un et l'autre, la plus infime quantité reconnue comme telle dans l'usage courant, sans fixer une unité de mesure physique précise.
- laṭīfun khabīr
- *Laṭīf*, racine *l-ṭ-f* : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah pour désigner ce qui saisit les choses les plus ténues, les plus discrètes, avec une précision qui échappe à la perception ordinaire — en lien direct, dans ce verset, avec l'image du grain de moutarde. *Khabīr*, racine *kh-b-r* : la connaissance précise et détaillée de la réalité intime des choses.
S.31:17 · La ṣalāt, le maʿrūf, le munkar, l’endurance
- bi-l-maʿrūfi … ʿani l-munkari
- racines *ʿ-r-f* (ce qui est reconnu, connu comme tel) et *n-k-r* (ce qui est refusé, non reconnu) : couple antonymique qui désigne, l'un et l'autre, ce qu'une communauté humaine reconnaît d'elle-même comme convenable ou comme blâmable — sans que ce seul verset n'en fixe le contenu précis.
- min ʿazmi l-umūr
- racine *ʿ-z-m* : la résolution, la détermination ferme. Rendu par un groupe de mots, faute d'un seul terme français qui porte à la fois la résolution et les affaires qu'elle concerne.
S.31:18–19 · La joue qui ne se détourne pas, la marche mesurée, la voix baissée
- lā tuṣaʿʿir khaddaka
- racine *ṣ-ʿ-r* : *aṣ-ṣaʿar*, selon le *Lisān al-ʿArab*, est le nom d'une affection qui tord le cou du chameau — par extension figurée, l'image du cou tordu est appliquée à celui qui détourne la joue par dédain envers autrui. Hapax de cette construction précise dans ce Bloc, rendu par un groupe de mots.
- maraḥan
- racine *m-r-ḥ* : l'insolence, la jubilation excessive qui se donne libre cours dans la démarche. Première occurrence développée de cette racine.
- lā yuḥibbu kulla mukhtālin fakhūr
- racine *ḥ-b-b*, rendue par « honorer » lorsqu'Allaah en est le sujet — précédent établi (S3:30–32, S16:23, S30:45 : « Il n'honore pas les kāfirūn »), afin de ne jamais projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain. *Mukhtāl*, racine *kh-y-l*, qui se pavane avec une idée excessive de soi ; *fakhūr*, racine *f-kh-r*, qui se vante.
- wa-qṣid fī mashyika
- racine *q-ṣ-d* : viser le juste milieu, la mesure sans excès ni déficience — contraste direct, par la même structure de phrase, avec *maraḥan* du verset précédent.
- wa-ghḑuḑ min ṣawtika
- racine *gh-ḑ-ḑ* : baisser, réduire — même racine que *ghaḑḑ al-baṣar* (baisser le regard, S24:30) : un même geste de retenue, appliqué ici à un autre sens.
- ankara l-aṣwāti la-ṣawtu l-ḥamīr
- *Ankara*, comparatif de la racine *n-k-r*, la même racine qu'*al-munkar* (S31:17, ce Bloc) : ce qui est reconnu comme détestable. **Dit** : le texte compare, par leur seule qualité sonore — forte, répétitive, désagréable à l'oreille —, la voix humaine non maîtrisée à celle de l'âne ; **non-dit** : ce seul verset n'ajoute aucun jugement moral sur l'animal lui-même au-delà de ce trait acoustique.
Les bienfaits assujettis, la dispute sans savoir, la coutume ancestrale · S31:20–23
S.31:20–21 · Les bienfaits assujettis — ceux qui disputent sans savoir, la coutume ancestrale même contre le shayṭān
- sakhkhara lakum
- racine *s-kh-r* : assujetti, mis au service — précédent établi (S13:2, S16:12–14, déjà publiées) : l'astre ou le phénomène présenté comme passif, non comme agent autonome.
- asbagha ʿalaykum niʿamahu
- racine *s-b-gh* : répandre abondamment, faire déborder — première occurrence développée de ce sens (parenté lexicale, sans rapport sémantique direct, avec *ṣibgh*, la teinture alimentaire, S23).
- ẕāhiratan wa-bāṭinatan
- couple qui recouvre, par ces deux seuls termes, l'ensemble des bienfaits sans exception — ce qui en est visible, et ce qui demeure caché.
- yujādilu fī llāhi bi-ghayri ʿilmin wa-lā hudan wa-lā kitābin munīr
- racine *j-d-l* : disputer, argumenter avec insistance. **Dit** : ce verset qualifie négativement cette dispute par l'absence conjointe de trois fondements — le *ʿilm*, le *hudā*, le Kitāb éclairant —, sans qu'aucun des trois seuls ne suffise, pris isolément, à légitimer ce qui est avancé.
- mā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā
- **Dit** : le texte rapporte cette parole comme la réponse donnée par ces gens, sans la discuter en elle-même ; **non-dit**, il ne porte pas ici un jugement général sur toute coutume héritée — le verset suivant, par sa question rhétorique, en relève seulement la faiblesse comme critère unique, même si l'appel venait du *shayṭān*.
- ʿadhābi s-saʿīr
- racine *s-ʿ-r* : le brasier ardent — l'un des noms par lesquels le Qurʾān désigne le châtiment du Feu.
S.31:22–23 · Qui soumet son wajh à Allaah — l’indifférence au kufr d’autrui
- yuslim wajhahu ila llāhi
- *Wajh*, racine *w-j-h*, extensivement établie (S13, S28) : jamais un visage corporel appliqué à Allaah, mais la réalité la plus essentielle de celui qui se soumet, ici remise entièrement (*yuslim*, racine *s-l-m*) à Allaah.
- al-ʿurwati l-wuthqā
- **Précédent exact** déjà établi (S2:256, déjà publiée, pour la même formule : « s'est saisi de la anse la plus sûre, celle qui ne se rompt pas ») — image d'une prise ferme, sans risque de rupture.
- dhāti ṣ-ṣudūr
- expression figée, littéralement « ce qui est le propre des poitrines » : l'intériorité la plus cachée — pensées, intentions — que nul regard extérieur n'atteint. Première occurrence développée.
La création, la parole inépuisable, les signes assujettis dans le ciel et la mer · S31:24–32
S.31:24 · La jouissance limitée, puis le châtiment épais
- numattiʿuhum qalīlan
- racine *m-t-ʿ* : la jouissance limitée dans le temps — précédent établi (S11, S29).
- naḑṭarruhum … ghalīẕ
- *Naḑṭarru*, racine *ḑ-r-r*, forme VIII : contraindre, forcer sans échappatoire. *Ghalīẕ*, racine *gh-l-ẕ* : épais, dense — qualifiant le châtiment par son intensité. Premières occurrences développées de ces deux racines.
S.31:25–26 · Qui a créé les cieux et la terre — à Allaah ce qu’ils renferment
- la-yaqūlunna llāhu … bal aktharuhum lā yaʿlamūn
- **Dit** : le texte distingue la reconnaissance verbale, immédiate et spontanée, qu'Allaah est le créateur, et le savoir véritable, que le texte dit faire défaut à la plupart — une reconnaissance qui ne se traduit pas nécessairement par ce que ce savoir impliquerait.
- al-ghaniyyu l-ḥamīd
- reprise des deux mêmes noms déjà rencontrés en S31:12 (ce Bloc), ici appliqués non plus à l'alternative *shukr*/*kufr* individuelle, mais à la possession exclusive par Allaah de tout ce qui est dans les cieux et la terre.
S.31:27 · Les paroles d’Allaah, inépuisables
Cohérence intra-coranique, précédent exact. Ce verset reprend, par une image hyperbolique distincte mais de même portée, un énoncé déjà rencontré mot pour mot quant à son fond (S18:109, déjà publiée : « Si la mer était de l’encre pour les Paroles de mon Rabb, la mer s’épuiserait avant que ne s’épuisent les Paroles de mon Rabb »). Dit : les deux versets affirment, chacun par sa propre image, l’absence de toute limite aux kalimāt (paroles) d’Allaah. Non-dit : ni l’un ni l’autre ne précise la nature exacte de ces « paroles » — connaissance, décret, révélation — au-delà de leur caractère sans limite ; ce Bloc rapporte l’affirmation sans trancher entre ces lectures.
- al-baḥru yamudduhu min baʿdihi sabʿatu abḥurin
- racine *m-d-d* : alimenter, prolonger, seconder — même racine que *midād* (l'encre) et *madad* (le renfort) en S18:109 (déjà publiée, voir le callout ci-dessus). **Point de grammaire** : ce verset ne nomme pas explicitement l'« encre » (*midād*) comme le fait S18:109 — la mer y est seulement « secondée » par sept autres mers, le rôle d'encre restant implicite dans la comparaison d'ensemble avec les calames.
- mā nafidat kalimātu llāh
- voir le callout de méthode ci-dessus.
S.31:28 · Votre création et votre résurrection — comme un seul être
Point de grammaire — une comparaison, non une origine commune. Ka-nafsin wāḥidatin (« comme un seul être ») est une proposition introduite par la particule de comparaison ka- — à ne pas confondre avec la construction min nafsin wāḥidatin (« à partir d’un seul être »), par laquelle le Qurʾān affirme ailleurs l’origine commune de l’humanité (S4:1, S7:189, S39:6, déjà publiées). Dit : ce verset-ci n’affirme pas une origine commune, mais une égale facilité — créer ou ressusciter l’ensemble des humains ne coûte pas davantage, pour Allaah, que créer ou ressusciter un seul être.
- khalqukum … baʿthukum
- *Baʿth*, racine *b-ʿ-th*, établie (S18, S22, déjà publiées) : la résurrection — ici mise en parallèle direct avec la création initiale, selon le même principe de symétrie déjà relevé ailleurs (S27, S10, S21 : *yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu*).
- samīʿun baṣīr
- deux noms conservés en translittération, conformément à la règle constante retenue.
S.31:29–30 · Nuit et jour, soleil et lune assujettis — al-Ḥaqq et al-Bāṭil — al-ʿAliyy, al-Kabīr
- yūliju l-layla fi n-nahāri … wa-yūliju n-nahāra fi l-layli
- racine *w-l-j* : faire entrer, faire pénétrer — image de l'empiètement progressif, réciproque, du jour sur la nuit et de la nuit sur le jour.
- sakhkhara … kullun yajrī ilā ajalin musamman
- **Précédent exact** déjà établi (S13:2, déjà publiée : « *sakhkhara sh-shamsa wa-l-qamara kullun yajrī li-ajalin musamman* ») pour cette même formule.
- huwa l-ḥaqqu … al-bāṭilu
- couple antonymique : *al-Ḥaqq* (racine *ḥ-q-q*), ce qui est fondé en réalité, ferme et constant ; *al-bāṭil* (racine *b-ṭ-l*), ce qui est vain, sans substance propre — appliqué ici à ce qui est invoqué en dehors d'Allaah.
- al-ʿaliyyu l-kabīr
- racines *ʿ-l-w* (élévation) et *k-b-r* (grandeur). **Point de méthode absolu** : conformément à la règle constante retenue, *al-ʿAliyy* n'est jamais rendu par « le Très-Haut » — une traduction qui importerait une connotation d'espace et de lieu qu'aucune formulation française équivalente ne permet d'effacer avec certitude (précédent établi, S2:255, déjà publiée). Le nom est donc conservé en translittération : l'élévation désignée par *ʿ-l-w* est une élévation de rang, de souveraineté et de portée — non une position dans l'espace. *Al-Kabīr* : la grandeur, la magnitude absolue — sans connotation de taille physique, mais de portée et de souveraineté sans limite.
S.31:31 · Les vaisseaux qui voguent par le bienfait d’Allaah
- li-kulli ṣabbārin shakūr
- deux formes intensives (*mubālagha*) des racines *ṣ-b-r* (l'endurance) et *sh-k-r* (la reconnaissance, déjà relevée en S31:12, ce Bloc) : l'une et l'autre portées à leur degré le plus soutenu.
S.31:32 · La vague comme des ombrages — l’invocation exclusive, puis le retour modéré ou l’ingratitude
- mawjun ka-ẕ-ẕulal
- racine *ẕ-l-l* : l'ombrage, ce qui couvre comme un dais suspendu — image de vagues superposées, à rapprocher, par la structure (non par la racine), de l'image des ténèbres superposées en S24:40 (déjà publiée).
- mukhliṣīna lahu d-dīna
- **Précédent exact** déjà établi (S29:65 : « *daʿawu llāha mukhliṣīna lahu d-dīna* ») pour cette même formule — l'exclusivité du *dīn*, rendu pur de tout mélange, au moment du danger en mer.
- fa-minhum muqtaṣid
- racine *q-ṣ-d*, même racine que *iqṣid* (S31:19, ce Bloc) : la mesure, le juste milieu — ici, une réponse partielle au sauvetage, ni une pleine reconnaissance, ni un rejet total. **Point de contraste** : ce Bloc relève que ce verset, à la différence de S29:65 (où le retour au *shirk* est total — « *idhā hum yushrikūn* »), nomme ici une attitude intermédiaire, sans toutefois la qualifier positivement.
- khattārin kafūr
- *Khattār*, racine *kh-t-r* : la traîtrise, la perfidie répétée — terme d'occurrence unique dans tout le Qurʾān (*hapax*), signalé comme tel. *Kafūr*, forme intensive de la racine *k-f-r* : l'ingratitude portée à son degré le plus soutenu.
Clôture — la mise en garde, les cinq réalités connues d’Allaah seul · S31:33–34
S.31:33 · La mise en garde — nul ne porte le fardeau d’un autre
- lā yajzī wālidun ʿan waladihi
- racine *j-z-y* : acquitter, s'acquitter d'une dette ou d'une obligation à la place d'un autre — niée ici, dans les deux sens, entre père et enfant.
- al-gharūru
- racine *gh-r-r*, forme intensive : ce qui trompe par excellence, par une apparence séduisante et vide. **Point de prudence — ce que ce seul verset nomme, et ce qu'il ne nomme pas.** **Dit** : le texte met en garde contre « ce qui trompe » au sujet d'Allaah, comme second péril distinct de la vie d'ici-bas elle-même, nommée dans la clause précédente. **Non-dit** : ce seul verset, pris en lui-même, n'identifie pas nommément le référent de *al-gharūr* — ni le *shayṭān*, ni l'âme elle-même, ni l'illusion en général ne sont ici désignés par leur nom propre ; ce Bloc rapporte ce terme sans lui substituer une identification que ce seul verset ne fournit pas.
S.31:34 · Les cinq réalités connues d’Allaah seul
- ʿindahu ʿilmu s-sāʿati
- **Point de vigilance de méthode**, déjà appliqué (S24:39, S30:39) : *ʿinda* (« auprès de »), pris au sens le plus immédiat, est un marqueur spatial. **Dit** : ce verset emploie cette locution dans un sens idiomatique d'exclusivité — la science de l'Heure Lui appartient en propre, à Lui seul — non une co-localisation spatiale d'un savoir qui serait situé quelque part « près » d'Allaah.
- yunazzilu l-ghaytha
- racine *gh-y-th* : *al-ghayth*, selon les lexicographes anciens, désigne la pluie en tant que secours, soulagement providentiel qui répond à un besoin (même racine que *istighātha*, demander secours) — distinct de *maṭar*, la pluie au sens le plus neutre et général. Première occurrence développée de cette racine.
- mā fi l-arḥāmi
- racine *r-ḥ-m* : les matrices — parenté lexicale avec *ar-raḥma*/*ar-Raḥmān*, relevée ici comme simple fait de langue, sans qu'aucune portée théologique supplémentaire ne soit tirée de ce seul rapprochement.
- wa-mā tadrī nafsun … ghadan … bi-ayyi arḑin tamūt
- **Dit, clôture du Bloc** : ce verset énonce cinq réalités rattachées exclusivement au savoir d'Allaah — l'Heure, la pluie à venir, ce qui est dans les matrices, ce que chaque âme acquerra demain, et le lieu de sa mort. Ce Bloc les rapporte dans la continuité descriptive où le texte les énonce, sans leur substituer une catégorisation extérieure à ce seul verset.