Structure du Bloc III — clôture de la Sourate 30. Six mouvements. D’abord une question rhétorique qui résume, en un seul verset, ce qu’aucun associé ne peut faire — créer, pourvoir, donner la mort, donner la vie — suivie de la transcendance d’Allaah sur tout shirk (S30:40). Puis l’apparition du fasād sur la terre et la mer, causée par ce que les mains des gens ont accompli, et l’appel à parcourir la terre pour en observer l’issue (S30:41–42). Puis la reprise de l’ordre déjà donné au Bloc II — orienter son visage vers le dīn al-qayyim — avant un Jour sans recours, qui sépare les gens (S30:43–45). Puis les vents envoyés en annonce, porteurs de raḥma, qui font voguer les navires — et le rappel que des rusul ont déjà été envoyés avant, avec leur issue (S30:46–47). Puis une longue scène météorologique — nuées, pluie, joie et ingratitude — suivie d’une affirmation sur les limites de ce que le rasūl peut faire entendre à qui refuse d’écouter (S30:48–53). Enfin les trois étapes de la force humaine (faiblesse, force, puis faiblesse et vieillesse), la scène du Jour de l’Heure où les mujrimūn jurent de leur courte durée, le constat de ceux qui ont reçu savoir et foi, l’absence de recours pour les ẕālimūn, le rappel que le Qurʾān contient toute sorte d’image, le scellement des cœurs de ceux qui ne savent pas, et la clôture de la sourate sur l’ordre à la patience (S30:54–60).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.30:40 Qui crée, pourvoit, donne la mort et la vie ? — nul associé ne le peut
S.30:41 Le fasād apparu sur la terre et la mer — pour qu’ils goûtent une part de leurs actes
S.30:42 « Parcourez la terre » — l’issue de ceux d’avant, majoritairement mushrikūn
S.30:43 Oriente ton visage vers le dīn al-qayyim, avant un Jour sans recours
S.30:44 Qui rejette porte son propre rejet ; qui agit droitement se prépare lui-même
S.30:45 Pour rétribuer les croyants de Son faḑl — Il n’honore pas les kāfirūn
S.30:46 Les vents envoyés en annonce, la raḥma, les navires, la quête du faḑl
S.30:47 Des rusul envoyés avant toi — la rétribution des mujrimūn, le secours dû aux croyants
S.30:48 Les nuées, la pluie sortie de leurs interstices, la joie de qui elle atteint
S.30:49 Avant cela, ils étaient dans un désespoir muet
S.30:50 Les traces de la raḥma d’Allaah — Ce qui fait revivre les morts
S.30:51 Si un vent flétrissait leurs cultures, ils resteraient dans le rejet
S.30:52–53 Tu ne fais entendre ni les morts, ni les sourds, ni les aveugles égarés
S.30:54 Les trois étapes : faiblesse, force, puis faiblesse et vieillesse
S.30:55 Le Jour de l’Heure — les mujrimūn jurent n’être restés qu’une heure
S.30:56 Ceux qui ont reçu savoir et foi : « Vous êtes restés jusqu’au Jour de la Résurrection »
S.30:57 Ce Jour-là, nulle excuse ne profite aux ẕālimūn
S.30:58 Toute sorte d’image dans ce Qurʾān — « vous n’êtes que des falsificateurs »
S.30:59 Ainsi Allaah scelle les cœurs de ceux qui ne savent pas
S.30:60 Clôture — « Prends patience, la promesse d’Allaah est vérité »

Nul associé ne crée, ne pourvoit, ne donne la mort ni la vie · S30:40

S.30:40 · Qui crée, pourvoit, donne la mort et la vie ? — nul associé ne le peut

S.30:40
اللَّهُ الَّذِي خَلَقَكُمْ ثُمَّ رَزَقَكُمْ ثُمَّ يُمِيتُكُمْ ثُمَّ يُحْيِيكُمْ ۖ هَلْ مِنْ شُرَكَائِكُمْ مَنْ يَفْعَلُ مِنْ ذَٰلِكُمْ مِنْ شَيْءٍ ۚ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَىٰ عَمَّا يُشْرِكُونَ
Allāhu lladhī khalaqakum thumma razaqakum thumma yumītukum thumma yuḥyīkum hal min shurakāʾikum man yafʿalu min dhālikum min shayʾin subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yushrikūn Allaah est Ce qui vous a créés, puis vous a pourvus (razaqakum), puis vous donne la mort, puis vous donne la vie. Y a-t-il, parmi vos associés (shurakāʾ), quelqu’un qui accomplisse la moindre chose de tout cela ? Il est dégagé de toute imperfection et Il transcende (subḥānahu wa-taʿālā) ce qu’ils Lui associent.
Notes lexicales
khalaqakum … razaqakum … yumītukum … yuḥyīkum
quatre verbes en séquence, repris chacun ailleurs dans ce Bloc de Sourate sous une forme développée : la création (S30:20, Bloc II), le *rizq* (S30:37, Bloc II), le couple mort/vie (S30:19, Bloc I ; S30:50, ce Bloc). **Dit** : ce verset les réunit en une seule question, dont la réponse — qu'aucun des *shurakāʾ* n'accomplit la moindre de ces quatre choses — ferme l'argument par l'énumération elle-même, sans qu'aucun développement supplémentaire ne soit nécessaire.
subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yushrikūn
précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour cette même formule complète (S16:1 : « *subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yushrikūn* », rendu « Il est dégagé de toute imperfection et Il transcende ce qu'ils Lui associent »). *Taʿālā*, racine *ʿ-l-w* : conformément à la règle absolue retenue, rendu par « transcende » — ce qui dépasse et déborde toute limite — jamais par un mot de hauteur ou de lieu.

Le fasād apparu, l’appel à parcourir la terre · S30:41–42

S.30:41 · Le fasād apparu sur la terre et la mer — pour qu’ils goûtent une part de leurs actes

Point de méthode — la portée de ce verset, sans en élargir le sens. Al-fasād, racine f-s-d, désigne la corruption, le dérèglement de ce qui devrait fonctionner dans l’ordre. Dit : le texte rattache explicitement ce fasād (« sur la terre et la mer ») à ce que « les mains des gens ont accompli » (bimā kasabat aydī n-nāsi) — une cause nommément humaine, non un dérèglement spontané du monde. Non-dit : ce seul verset ne détaille ni la nature précise de ce fasād, ni les actes qui en seraient la cause — il énonce le principe (un dérèglement causé par l’humain) sans l’illustrer par des exemples concrets, laissés hors du périmètre de ce verset.

S.30:41
ظَهَرَ الْفَسَادُ فِي الْبَرِّ وَالْبَحْرِ بِمَا كَسَبَتْ أَيْدِي النَّاسِ لِيُذِيقَهُمْ بَعْضَ الَّذِي عَمِلُوا لَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ
Ẕahara l-fasādu fi l-barri wa-l-baḥri bimā kasabat aydi n-nāsi li-yudhīqahum baʿḑa lladhī ʿamilū laʿallahum yarjiʿūn Le fasād (corruption, dérèglement) est apparu (ẕahara) sur la terre et la mer, pour ce que les mains des gens ont accompli (bimā kasabat aydi n-nāsi) — afin qu’Il leur fasse goûter une part de ce qu’ils ont fait, dans l’espoir qu’ils reviennent (yarjiʿūn).
Notes lexicales
ẕahara l-fasādu
voir le callout ci-dessus. *Ẕahara*, même racine *ẕ-h-r* que *ẕāhiran* (S30:7, Bloc I) et *tuẕhirūn* (S30:18, Bloc I) — ici au sens premier de « devenir visible, apparaître », appliqué non à une connaissance superficielle mais à un dérèglement qui se manifeste concrètement.
bimā kasabat aydi n-nāsi
racine *k-s-b* : acquérir, accomplir par son propre effort. **Dit, cohérence intra-verset** : le texte impute ce *fasād* à un acte humain délibéré, image renforcée par la mention des « mains » — comme en S30:36 (Bloc II : *bimā qaddamat aydīhim*), une même construction pour rattacher un mal constaté à un fait antérieur de ceux qui le subissent.
li-yudhīqahum baʿḑa lladhī ʿamilū laʿallahum yarjiʿūn
*yudhīqa*, racine *dh-w-q*, même verbe que *adhāqahum* (S30:33, Bloc II, pour la *raḥma*) — ici appliqué, en contraste, à une part seulement (*baʿḑa*) de la rétribution, non sa totalité. **Dit** : le texte nomme explicitement une finalité — susciter un retour (*yarjiʿūn*) — sans garantir, par le marqueur *laʿalla* (« dans l'espoir que »), que ce retour s'accomplira nécessairement chez tous.

S.30:42 · « Parcourez la terre » — l’issue de ceux d’avant, majoritairement mushrikūn

S.30:42
قُلْ سِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَانْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الَّذِينَ مِنْ قَبْلُ ۚ كَانَ أَكْثَرُهُمْ مُشْرِكِينَ
Qul sīrū fi l-arḑi fa-nẕurū kayfa kāna ʿāqibatu lladhīna min qablu kāna aktharuhum mushrikīn Dis : « Parcourez (sīrū) la terre, puis regardez quelle a été l’issue (ʿāqiba) de ceux d’avant — la plupart d’entre eux étaient mushrikūn. »
Notes lexicales
sīrū fi l-arḑi … ʿāqibatu lladhīna min qablu
**Cohérence intra-coranique, précédent apparenté** : même ordre, presque mot pour mot, déjà rencontré (S27:69 : « *sīrū fi l-arḑi fa-nẕurū kayfa kāna ʿāqibatu l-mujrimīn* » ; S6:11, S16:36 : « *… ʿāqibatu l-mukadhdhibīn* »). **Point de transparence, variation relevée sans la lisser** : ce verset-ci ne qualifie pas cette fin par un démenti ou un crime nommés, mais retient une conclusion distincte — la constatation que la plupart d'entre eux (*aktharuhum*) étaient *mushrikūn* — faisant écho, à l'intérieur même de cette sourate, à l'interrogation sur la *fiṭra* et le *dīn al-qayyim* (S30:30, Bloc II).

Le dīn al-qayyim repris, le Jour sans recours · S30:43–45

S.30:43 · Oriente ton visage vers le dīn al-qayyim, avant un Jour sans recours

Point de cohérence intra-Bloc. L’ordre « aqim wajhaka lid-dīni » reprend, presque mot pour mot, celui du Bloc II (S30:30 : « fa-aqim wajhaka lid-dīni ḥanīfan ») — seule différence : al-qayyim (fermement établi) s’y substitue directement à ḥanīfan, le texte reprenant ici le nom même donné à ce dīn à l’issue de ce même verset 30 (« dhālika d-dīnu l-qayyimu »). Ce Bloc rapporte cette répétition sans y ajouter de contenu nouveau au-delà de ce qui a déjà été établi en S30:30.

S.30:43
فَأَقِمْ وَجْهَكَ لِلدِّينِ الْقَيِّمِ مِنْ قَبْلِ أَنْ يَأْتِيَ يَوْمٌ لَا مَرَدَّ لَهُ مِنَ اللَّهِ ۖ يَوْمَئِذٍ يَصَّدَّعُونَ
Fa-aqim wajhaka lid-dīni l-qayyimi min qabli an yaʾtiya yawmun lā maradda lahu mina llāhi yawmaʾidhin yaṣṣaddaʿūn Oriente donc ton visage (wajhaka) vers le dīn al-qayyim, avant que ne vienne un Jour pour lequel il n’y a nul recours (lā maradda lahu) venant d’Allaah — ce Jour-là, ils seront disloqués en groupes distincts (yaṣṣaddaʿūn).
Notes lexicales
lā maradda lahu mina llāhi
racine *r-d-d* : le retour, le renvoi — ici au sens de ce qui ne peut être détourné ou repoussé. **Point de grammaire, cohérence avec S30:30** : même construction (*lā* + nom à l'accusatif indéterminé) que *lā tabdīla* (S30:30, Bloc II) — une négation catégorique de l'existence même d'un recours, non une simple improbabilité.
yaṣṣaddaʿūn
racine *ṣ-d-ʿ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : fendre, séparer par une fissure ce qui formait un seul bloc. Première occurrence développée de cette racine. **Cohérence intra-coranique, sans fusion** : image apparentée par le sens, mais de racine distincte, à *yatafarraqūn* (S30:14, Bloc I, la séparation en deux groupes à l'Heure) et à *farraqū dīnahum* (S30:32, Bloc II, la division humaine du *dīn* en factions dès ce monde) — ce Bloc relève que ces trois racines (*ṣ-d-ʿ*, *f-r-q*, et *sh-y-ʿ* pour les *shiyaʿ*) convergent toutes vers l'image d'une division, sans les fondre en un seul concept.

S.30:44 · Qui rejette porte son propre rejet ; qui agit droitement se prépare lui-même

S.30:44
مَنْ كَفَرَ فَعَلَيْهِ كُفْرُهُ ۖ وَمَنْ عَمِلَ صَالِحًا فَلِأَنْفُسِهِمْ يَمْهَدُونَ
Man kafara fa-ʿalayhi kufruhu wa-man ʿamila ṣāliḥan fa-li-anfusihim yamhadūn Quiconque rejette (kafara) — son rejet (kufr) retombe sur lui. Et quiconque accomplit une œuvre droite (ṣāliḥan) — c’est pour eux-mêmes qu’ils se préparent (yamhadūn).
Notes lexicales
man kafara fa-ʿalayhi kufruhu
**Dit** : construction en miroir — le même terme (*kafara*/*kufr*) employé deux fois dans un seul membre de phrase pour affirmer que la conséquence de cet acte lui est strictement propre, sans report sur autrui.
yamhadūn
racine *m-h-d* — Ibn Manẕūr (*Lisān al-ʿArab*) : *al-mahd*, étendre et aplanir une couche pour la rendre accueillante (d'où le berceau, *al-mahd*, le lieu préparé pour recevoir le nourrisson). Première occurrence développée de cette racine. **Note de linguistique pure** : l'image porte ici une préparation active — ceux qui agissent droitement façonnent eux-mêmes, par leurs actes, la place qui les accueillera. **Point de grammaire** : le passage de « man » (singulier) à « yamhadūn » (pluriel) est un trait grammatical attesté en arabe classique (le singulier générique rejoint un pluriel de sens, *man* visant une catégorie de gens) — ce Bloc le relève sans y voir de rupture de cohérence.

S.30:45 · Pour rétribuer les croyants de Son faḑl — Il n’honore pas les kāfirūn

S.30:45
لِيَجْزِيَ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ مِنْ فَضْلِهِ ۚ إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْكَافِرِينَ
Li-yajziya lladhīna āmanū wa-ʿamilu ṣ-ṣāliḥāti min faḑlihi innahu lā yuḥibbu l-kāfirīn afin qu’Il rétribue (li-yajziya), de Sa faḑl (bienfait surabondant), ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites — Il n’honore pas (lā yuḥibbu) les kāfirūn.
Notes lexicales
lā yuḥibbu l-kāfirīn
racine *ḥ-b-b*, précédent extensivement établi (S3:31–32) : rendu par « honorer » lorsqu'Allaah en est le sujet ou l'objet — jamais « aimer », qui installerait un sentiment de type humain que le texte ne pose pas à propos d'Allaah. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas en quoi consiste, concrètement, ce défaut d'honneur.

Les vents annonciateurs, les navires, les rusul envoyés avant · S30:46–47

S.30:46 · Les vents envoyés en annonce, la raḥma, les navires, la quête du faḑl

Point de méthode — une construction plus développée que les précédents déjà établis. L’image des vents envoyés « en annonce, devant Sa raḥma » (bushran bayna yaday raḥmatihi : S7:57, S25:48, S27:63) a déjà été rencontrée. Ce verset emploie une construction distincte — mubashshirāt, un participe actif pluriel (« annonciatrices ») plutôt que bushran, un nom d’action employé en complément — et lui adjoint trois finalités supplémentaires, absentes des versets cités : faire voguer les navires par Son amr, permettre la quête du faḑl, et susciter la gratitude. Ce Bloc rapporte cette construction plus étendue comme une variante lexicale et non comme une doctrine distincte de celle déjà établie pour les vents annonciateurs.

S.30:46
وَمِنْ آيَاتِهِ أَنْ يُرْسِلَ الرِّيَاحَ مُبَشِّرَاتٍ وَلِيُذِيقَكُمْ مِنْ رَحْمَتِهِ وَلِتَجْرِيَ الْفُلْكُ بِأَمْرِهِ وَلِتَبْتَغُوا مِنْ فَضْلِهِ وَلَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ
Wa-min āyātihi an yursila r-riyāḥa mubashshirātin wa-li-yudhīqakum min raḥmatihi wa-li-tajriya l-fulku bi-amrihi wa-li-tabtaghū min faḑlihi wa-laʿallakum tashkurūn Et parmi Ses āyāt : qu’Il envoie les vents (ar-riyāḥ) en annonce (mubashshirāt), pour vous faire goûter de Sa raḥma, pour que les navires voguent (tajriya l-fulku) par Son amr, pour que vous recherchiez (tabtaghū) de Sa faḑl, et dans l’espoir que vous soyez reconnaissants (tashkurūn).
Notes lexicales
ar-riyāḥa mubashshirāt
voir le callout ci-dessus. *Mubashshirāt*, racine *b-sh-r*, même racine que *bushrā* (précédent extensivement établi, S27:2, et *passim*) — ici au participe actif pluriel féminin, qualifiant directement les vents eux-mêmes comme porteurs de l'annonce, plutôt que l'annonce posée en complément du verbe d'envoi.
li-tajriya l-fulku bi-amrihi
*tajriya*, racine *j-r-y*, couler, voguer. *Al-fulk*, le navire — déjà établi. **Dit, cohérence intra-Bloc** : même terme *amr* que S30:4 (Bloc I) et S30:25 (Bloc II) — ici appliqué au mouvement même des navires sur l'eau.

S.30:47 · Des rusul envoyés avant toi — la rétribution des mujrimūn, le secours dû aux croyants

Point de méthode — « kāna ḥaqqan ʿalaynā naṣru l-muʾminīn ». Ce membre de phrase affirme que le secours des croyants est, littéralement, « une chose due (ḥaqqan), à Notre charge (ʿalaynā) ». Dit : le texte pose cette affirmation comme un fait qui se vérifie à travers l’histoire des rusul successifs qui viennent d’être évoqués — sans développer, par ce seul verset, la nature exacte du rapport entre cette formule et la liberté d’action d’Allaah affirmée ailleurs (par exemple S30:5, Bloc I : « yanṣuru man yashāʾu », Il secourt qui Il veut). Ce Bloc rapporte l’affirmation telle qu’elle est donnée, sans la développer au-delà de ce que le texte énonce lui-même.

S.30:47
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ رُسُلًا إِلَىٰ قَوْمِهِمْ فَجَاءُوهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ فَانْتَقَمْنَا مِنَ الَّذِينَ أَجْرَمُوا ۖ وَكَانَ حَقًّا عَلَيْنَا نَصْرُ الْمُؤْمِنِينَ
Wa-la-qad arsalnā min qablika rusulan ilā qawmihim fa-jāʾūhum bi-l-bayyināti fa-ntaqamnā mina lladhīna ajramū wa-kāna ḥaqqan ʿalaynā naṣru l-muʾminīn Et Nous avons certes envoyé, avant toi, des rusul vers leurs peuples respectifs — ils leur vinrent avec les preuves manifestes (al-bayyināt) — et Nous avons pris rétribution (fa-ntaqamnā) sur ceux qui ont commis le crime (ajramū). Et le secours des croyants était, [pour Nous], une chose due (ḥaqqan ʿalaynā).
Notes lexicales
fa-ntaqamnā mina lladhīna ajramū
racine *n-q-m* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la rétribution qui répond à un tort subi, le prix exigé en retour d'un acte commis. Première occurrence développée de cette racine. *Ajramū*, même racine *j-r-m* que *al-mujrimūn* (S30:12, Bloc I, et S30:55, ce Bloc).
kāna ḥaqqan ʿalaynā naṣru l-muʾminīn
voir le callout ci-dessus.

La scène météorologique — nuées, pluie, joie, et ce que le rasūl ne peut faire entendre · S30:48–53

S.30:48 · Les nuées, la pluie sortie de leurs interstices, la joie de qui elle atteint

S.30:48
اللَّهُ الَّذِي يُرْسِلُ الرِّيَاحَ فَتُثِيرُ سَحَابًا فَيَبْسُطُهُ فِي السَّمَاءِ كَيْفَ يَشَاءُ وَيَجْعَلُهُ كِسَفًا فَتَرَى الْوَدْقَ يَخْرُجُ مِنْ خِلَالِهِ ۖ فَإِذَا أَصَابَ بِهِ مَنْ يَشَاءُ مِنْ عِبَادِهِ إِذَا هُمْ يَسْتَبْشِرُونَ
Allāhu lladhī yursilu r-riyāḥa fa-tuthīru saḥāban fa-yabsuṭuhu fi s-samāʾi kayfa yashāʾu wa-yajʿaluhu kisafan fa-tarā l-wadqa yakhruju min khilālihi fa-idhā aṣāba bihi man yashāʾu min ʿibādihi idhā hum yastabshirūn Allaah est Ce qui envoie les vents, qui soulèvent (tuthīru) une nuée (saḥāb) — Il l’étend (yabsuṭuhu) dans le ciel comme Il veut, et en fait des fragments (kisafan) — alors tu vois la pluie fine (al-wadq) sortir de leurs interstices (khilāl) — et quand Il en atteint qui Il veut parmi Ses ʿibād, voici qu’ils s’en réjouissent avec soulagement (yastabshirūn).
Notes lexicales
fa-tarā l-wadqa yakhruju min khilālihi
**Cohérence intra-coranique, précédent exact** : formule identique, mot pour mot, déjà établie (S24:43 : « *fa-tarā l-waḏqa yakhruju min khilālihi* »). *Al-wadq*, racine *w-d-q*, la pluie fine ; *khilāl*, les interstices, les intervalles entre les parties de la nuée.
kisafan
racine *k-s-f* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : couper, détacher en morceaux. Pluriel de *kisfa*, un fragment détaché d'un tout. Première occurrence développée de cette racine. **Note de linguistique pure, distincte de S24:43** : le verset cité en précédent (S24:43) décrivait les nuées assemblées en une masse (*rukām*) ; celui-ci décrit, à l'inverse, leur fragmentation en morceaux distincts — deux images complémentaires d'un même phénomène, que ce Bloc ne fusionne pas.
yastabshirūn
racine *b-sh-r*, même racine que *mubashshirāt* (S30:46, ce Bloc) et *bushrā* (précédent extensivement établi) — ici à la forme X (*istabshara*), qui marque une recherche ou une manifestation active de la bonne nouvelle en soi-même : un soulagement visible, non la simple réception passive d'une annonce.

S.30:49 · Avant cela, ils étaient dans un désespoir muet

S.30:49
وَإِنْ كَانُوا مِنْ قَبْلِ أَنْ يُنَزَّلَ عَلَيْهِمْ مِنْ قَبْلِهِ لَمُبْلِسِينَ
Wa-in kānū min qabli an yunazzala ʿalayhim min qablihi la-mublisīn Et ils étaient certes, avant que cela ne soit descendu sur eux, dans un désespoir muet (la-mublisīn).
Notes lexicales
la-mublisīn
racine *b-l-s*, précédent établi dans ce Bloc de Sourate (S30:12, Bloc I : « *yublisu l-mujrimūn* », le désespoir muet des *mujrimūn* au Jour de l'Heure) : le même état de mutisme accablé, appliqué ici non à la scène de l'Heure mais à l'attente anxieuse de la pluie avant qu'elle ne descende. **Dit** : ce rapprochement lexical, à l'intérieur même de la sourate, souligne que le texte réutilise une même racine pour deux détresses d'échelle très différente — un fait de style que ce Bloc relève sans l'assimiler à une identité de sens entre les deux scènes.

S.30:50 · Les traces de la raḥma d’Allaah — Ce qui fait revivre les morts

S.30:50
فَانْظُرْ إِلَىٰ آثَارِ رَحْمَتِ اللَّهِ كَيْفَ يُحْيِي الْأَرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا ۚ إِنَّ ذَٰلِكَ لَمُحْيِي الْمَوْتَىٰ ۖ وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Fa-nẕur ilā āthāri raḥmati llāhi kayfa yuḥyi l-arḑa baʿda mawtihā inna dhālika la-muḥyi l-mawtā wa-huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr Regarde donc les traces (āthār) de la raḥma d’Allaah — comment Il fait revivre (yuḥyī) la terre après sa mort. Cela [prouve] que c’est Ce qui fait revivre les morts (la-muḥyi l-mawtā) — et Il a pouvoir (qadīr) sur toute chose.
Notes lexicales
āthāri raḥmati llāhi
racine *ʾ-th-r*, la trace laissée par un passage ou un événement. Première occurrence développée de cette racine. **Dit, cohérence intra-Bloc** : ce verset reprend l'image déjà posée deux fois dans cette sourate (S30:19, Bloc I ; S30:24, Bloc II : *yuḥyī l-arḑa baʿda mawtihā*) pour en tirer explicitement, ici, une conclusion nommée (*la-muḥyi l-mawtā*) sur la résurrection elle-même — ce qui restait, dans les deux occurrences précédentes, une image suggérée sans être formulée comme conclusion directe.
la-muḥyi l-mawtā
**Dit, ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah** : le texte nomme ici, par cette construction (*la-* + participe actif), ce qui fait revivre les morts comme une qualification tirée directement de l'observation qui précède — sans qu'aucun mot de ce verset n'installe de caractéristique humaine ou animale dans cette qualification.

S.30:51 · Si un vent flétrissait leurs cultures, ils resteraient dans le rejet

S.30:51
وَلَئِنْ أَرْسَلْنَا رِيحًا فَرَأَوْهُ مُصْفَرًّا لَظَلُّوا مِنْ بَعْدِهِ يَكْفُرُونَ
Wa-la-in arsalnā rīḥan fa-raʾawhu muṣfarran la-ẕallū min baʿdihi yakfurūn Et si Nous envoyions un vent (rīḥan), et qu’ils la [la culture] voyaient jaunie (muṣfarran), ils resteraient, après cela, dans le rejet (yakfurūn).
Notes lexicales
muṣfarran
racine *ṣ-f-r*, le jaunissement — ici appliqué, par la logique du contexte, à une végétation flétrie par un vent délétère, en contraste direct avec la joie suscitée par les vents annonciateurs de pluie (S30:46, S30:48, ce Bloc). Première occurrence développée de cette racine. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme pas explicitement ce que recouvre le pronom « -hu » (« ils le/la voyaient ») — le sens le plus directement porté par le contexte, retenu ici, est celui d'une culture ou d'une végétation touchée par ce vent.
la-ẕallū min baʿdihi yakfurūn
**Dit, contraste avec S30:33–36 (Bloc II)** : ce verset reprend, sous une forme nouvelle, le même mouvement déjà observé — la rapidité avec laquelle un bienfait suscite la reconnaissance tandis qu'un revers fait basculer vers le rejet (*kufr*) — appliqué ici non au dommage général (*ḑurr*) mais à l'exemple précis d'une culture détruite.

S.30:52–53 · Tu ne fais entendre ni les morts, ni les sourds, ni les aveugles égarés

Point de méthode — la portée de cette image, sans l’étendre au-delà du texte. Ces deux versets emploient une série d’images (les morts, les sourds, les aveugles) pour qualifier ceux qui refusent d’entendre le message porté par le rasūl. Dit : le texte affirme une limite posée à l’action même du rasūl — il ne « fait entendre » que celui qui croit déjà aux āyāt (S30:53) — sans qu’aucun mot de ces deux versets n’attribue cette surdité ou cette cécité à une incapacité physique réelle : l’image reste comparative (« comme des morts », « comme des sourds »), appliquée à une fermeture volontaire relevée par le contexte (wallaw mudbirīn, « ils ont tourné le dos »).

S.30:52–53
فَإِنَّكَ لَا تُسْمِعُ الْمَوْتَىٰ وَلَا تُسْمِعُ الصُّمَّ الدُّعَاءَ إِذَا وَلَّوْا مُدْبِرِينَ ۝ وَمَا أَنْتَ بِهَادِ الْعُمْيِ عَنْ ضَلَالَتِهِمْ ۖ إِنْ تُسْمِعُ إِلَّا مَنْ يُؤْمِنُ بِآيَاتِنَا فَهُمْ مُسْلِمُونَ
Fa-innaka lā tusmiʿu l-mawtā wa-lā tusmiʿu ṣ-ṣumma d-duʿāʾa idhā wallaw mudbirīn wa-mā anta bi-hādi l-ʿumyi ʿan ḑalālatihim in tusmiʿu illā man yuʾminu bi-āyātinā fa-hum muslimūn Tu ne fais pas entendre (lā tusmiʿu) les morts, et tu ne fais pas entendre aux sourds (aṣ-ṣumm) l’appel (ad-duʿāʾ), quand ils ont tourné le dos (wallaw mudbirīn). Et tu n’es pas ce qui guide (hādi) les aveugles (al-ʿumy) hors de leur égarement (ḑalāla) — tu ne fais entendre que ceux qui croient en Nos āyāt, et qui sont alors muslimūn.
Notes lexicales
lā tusmiʿu l-mawtā … ṣ-ṣumma … wallaw mudbirīn
voir le callout ci-dessus. *Mudbirīn*, racine *d-b-r* : tourner le dos — image d'un rejet actif, non d'une simple absence d'écoute.
bi-hādi l-ʿumyi ʿan ḑalālatihim
voir le callout ci-dessus. *Hādi*, racine *h-d-y*, extensivement établie pour la guidance. **Dit** : le texte distingue explicitement, par cette négation adressée au destinataire humain du message (« tu n'es pas ce qui guide »), la fonction du *rasūl* — transmettre, faire entendre — de la guidance elle-même, qu'aucun mot de ce verset n'attribue au *rasūl* comme sa propre capacité.

Les trois étapes de la force humaine, la scène du Jour, la clôture · S30:54–60

S.30:54 · Les trois étapes : faiblesse, force, puis faiblesse et vieillesse

Point de méthode — ce que ce verset nomme, ce qu’il ne détaille pas. Ce verset pose trois états successifs dans l’existence humaine : ḑaʿf (une faiblesse initiale), quwwa (une force), puis de nouveau ḑaʿf accompagné de shayba (la vieillesse, littéralement les cheveux blancs). Dit : le texte affirme cette séquence comme un fait observable chez l’être humain. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le moment exact que désigne la première faiblesse (la vie prénatale, la naissance, la petite enfance) — il pose la séquence elle-même, sans en dater les étapes.

S.30:54
اللَّهُ الَّذِي خَلَقَكُمْ مِنْ ضَعْفٍ ثُمَّ جَعَلَ مِنْ بَعْدِ ضَعْفٍ قُوَّةً ثُمَّ جَعَلَ مِنْ بَعْدِ قُوَّةٍ ضَعْفًا وَشَيْبَةً ۚ يَخْلُقُ مَا يَشَاءُ ۖ وَهُوَ الْعَلِيمُ الْقَدِيرُ
Allāhu lladhī khalaqakum min ḑaʿfin thumma jaʿala min baʿdi ḑaʿfin quwwatan thumma jaʿala min baʿdi quwwatin ḑaʿfan wa-shaybatan yakhluqu mā yashāʾu wa-huwa l-ʿalīmu l-qadīr Allaah est Ce qui vous a créés à partir d’une faiblesse (ḑaʿf), puis a établi, après cette faiblesse, une force (quwwa), puis a établi, après cette force, une faiblesse et une vieillesse (shayba) — Il crée ce qu’Il veut, et Il est al-ʿAlīm (Ce qui détient le savoir total), al-Qadīr (Ce qui détient le pouvoir total).
Notes lexicales
min ḑaʿfin … quwwatan … ḑaʿfan wa-shaybatan
voir le callout ci-dessus. *Shayba*, racine *sh-y-b*, la blancheur des cheveux marquant la vieillesse. Première occurrence développée de cette racine.
al-ʿalīmu l-qadīr
précédents extensivement établis, conservés en translittération.

S.30:55 · Le Jour de l’Heure — les mujrimūn jurent n’être restés qu’une heure

S.30:55
وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ يُقْسِمُ الْمُجْرِمُونَ مَا لَبِثُوا غَيْرَ سَاعَةٍ ۚ كَذَٰلِكَ كَانُوا يُؤْفَكُونَ
Wa-yawma taqūmu s-sāʿatu yuqsimu l-mujrimūna mā labithū ghayra sāʿatin kadhālika kānū yuʾfakūn Et le Jour où l’Heure se dressera, les mujrimūn jureront (yuqsimu) n’être restés (mā labithū) qu’une heure (ghayra sāʿatin) — c’est ainsi qu’ils étaient détournés [du vrai] (yuʾfakūn).
Notes lexicales
taqūmu s-sāʿatu … l-mujrimūna
**Cohérence intra-Bloc** : même formule d'ouverture (*wa-yawma taqūmu s-sāʿatu*) que S30:12 et S30:14 (Bloc I), même catégorie (*al-mujrimūn*) que S30:12 — ce verset reprend la scène déjà posée au Bloc I, en y ajoutant un détail nouveau : le serment erroné sur la durée de leur séjour.
kānū yuʾfakūn
racine *ʾ-f-k* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : détourner quelque chose de sa direction ou de sa vérité propre (même racine que *al-ifk*, le mensonge qui inverse le vrai). Première occurrence développée de cette racine. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'agent de ce détournement (un détournement qu'ils se seraient eux-mêmes infligé par leurs choix antérieurs, ou qui leur aurait été infligé) — la forme passive laisse cette question ouverte.

S.30:56 · Ceux qui ont reçu savoir et foi : « Vous êtes restés jusqu’au Jour de la Résurrection »

S.30:56
وَقَالَ الَّذِينَ أُوتُوا الْعِلْمَ وَالْإِيمَانَ لَقَدْ لَبِثْتُمْ فِي كِتَابِ اللَّهِ إِلَىٰ يَوْمِ الْبَعْثِ ۖ فَهَٰذَا يَوْمُ الْبَعْثِ وَلَٰكِنَّكُمْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
Wa-qāla lladhīna ūtū l-ʿilma wa-l-īmāna la-qad labithtum fī kitābi llāhi ilā yawmi l-baʿthi fa-hādhā yawmu l-baʿthi wa-lākinnakum kuntum lā taʿlamūn Et ceux à qui le savoir (al-ʿilm) et la foi (al-īmān) ont été donnés diront : « Vous êtes certes restés, dans le Kitāb d’Allaah, jusqu’au Jour de la Résurrection (yawm al-baʿth) — et voici le Jour de la Résurrection — mais vous ne saviez pas. »
Notes lexicales
lladhīna ūtū l-ʿilma wa-l-īmāna
**Cohérence intra-coranique** : précédent apparenté déjà établi pour cette même désignation (S16:27 : « *qāla lladhīna ūtū l-ʿilma* »). **Point de transparence** : ce verset ajoute ici *al-īmān* à *al-ʿilm*, où le précédent cité n'associait que le seul savoir — une variante lexicale que ce Bloc relève sans la fondre dans une seule et même catégorie.
fī kitābi llāhi ilā yawmi l-baʿth
*al-baʿth*, racine *b-ʿ-th*, le fait d'être relevé, suscité à nouveau — extensivement établi pour la résurrection. **Dit, réponse directe à S30:55** : cette affirmation répond, mot pour mot, au serment erroné des *mujrimūn* (*mā labithū ghayra sāʿatin*, ce Bloc) par une durée radicalement différente, ancrée « dans le Kitāb d'Allaah » — sans que ce seul verset ne précise la nature exacte de cette inscription (un décret, un registre, ou une désignation du Kitāb comme source de ce savoir).

S.30:57 · Ce Jour-là, nulle excuse ne profite aux ẕālimūn

S.30:57
فَيَوْمَئِذٍ لَا يَنْفَعُ الَّذِينَ ظَلَمُوا مَعْذِرَتُهُمْ وَلَا هُمْ يُسْتَعْتَبُونَ
Fa-yawmaʾidhin lā yanfaʿu lladhīna ẕalamū maʿdhiratuhum wa-lā hum yustaʿtabūn Ce Jour-là, l’excuse (maʿdhira) de ceux qui ont commis le ẕulm ne leur sera d’aucune utilité, et il ne leur sera pas demandé de revenir [sur leur faute] (yustaʿtabūn).
Notes lexicales
maʿdhiratuhum
racine *ʿ-dh-r*, l'excuse, la justification présentée pour se dégager d'un tort. Première occurrence développée de cette racine.
yustaʿtabūn
racine *ʿ-t-b* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : revenir d'un état de reproche ou de blâme vers ce qui en efface la cause, se corriger pour être agréé de nouveau. Forme X au passif : littéralement, « il ne leur sera pas donné de revenir [à un état agréé] ». Première occurrence développée de cette racine. Sans mot français d'un seul terme qui en couvre le champ exact, ce Bloc rend ce verbe par un groupe de mots.

S.30:58 · Toute sorte d’image dans ce Qurʾān — « vous n’êtes que des falsificateurs »

S.30:58
وَلَقَدْ ضَرَبْنَا لِلنَّاسِ فِي هَٰذَا الْقُرْآنِ مِنْ كُلِّ مَثَلٍ ۚ وَلَئِنْ جِئْتَهُمْ بِآيَةٍ لَيَقُولَنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا إِنْ أَنْتُمْ إِلَّا مُبْطِلُونَ
Wa-la-qad ḑarabnā li-n-nāsi fī hādhā l-qurʾāni min kulli mathalin wa-la-in jiʾtahum bi-āyatin la-yaqūlanna lladhīna kafarū in antum illā mubṭilūn Et Nous avons certes frappé (ḑarabnā), pour les gens, dans ce Qurʾān, toute sorte d’image (mathal) — et si tu leur apportais une āya, ceux qui rejettent (kafarū) diraient assurément : « Vous n’êtes que des mubṭilūn (ceux qui tiennent le faux). »
Notes lexicales
ḑarabnā … min kulli mathalin
**Cohérence intra-coranique** : même idiome déjà établi (S13:17 : « *kadhālika yaḑribu llāhu l-ḥaqqa wa-l-bāṭila* » ; S2:26) pour l'usage de l'image comparative comme méthode d'enseignement — ici étendu à « toute sorte » (*min kulli*) d'image, sans restriction de thème.
al-mubṭilūn
racine *b-ṭ-l*, précédent établi (S7:173 : « *bi-mā faʿala l-mubṭilūn* ») : ceux qui tiennent ou pratiquent *al-bāṭil* (le faux, ce qui est sans fondement réel) — opposé à *al-ḥaqq*.

S.30:59 · Ainsi Allaah scelle les cœurs de ceux qui ne savent pas

S.30:59
كَذَٰلِكَ يَطْبَعُ اللَّهُ عَلَىٰ قُلُوبِ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ
Kadhālika yaṭbaʿu llāhu ʿalā qulūbi lladhīna lā yaʿlamūn C’est ainsi qu’Allaah scelle (yaṭbaʿu) les cœurs de ceux qui ne savent pas.
Notes lexicales
yaṭbaʿu llāhu ʿalā qulūbi …
**Cohérence intra-coranique, précédent quasi exact** : même formule déjà établie (S7:101 : « *ka-dhālika yaṭbaʿu llāhu ʿalā qulūbi l-kāfirīn* » ; S10:74 : « *ka-dhālika naṭbaʿu ʿalā qulūbi l-muʿtadīn* »), racine *ṭ-b-ʿ* — apparentée par le sens, non par la racine, à *khatama ʿalā qulūbihim* (S2:7, S6:46) : une même image du cœur rendu imperméable. **Point de transparence, variante relevée** : ce verset qualifie les destinataires de ce scellement non par *al-kāfirīn* ou *al-muʿtadīn*, mais par « ceux qui ne savent pas » (*lladhīna lā yaʿlamūn*) — faisant écho direct, à l'intérieur même de ce Bloc, à S30:58 qui vient de décrire leur réaction devant une āya. **Dit, cohérence déjà posée** : dans les deux précédents cités, ce scellement est présenté comme la *conséquence* d'un refus de croire déjà constaté, non comme un décret initial et arbitraire précédant toute disposition humaine — ce Bloc rapporte ce même lien de conséquence, le contexte immédiat (S30:58, ce Bloc) le confirmant ici aussi.

S.30:60 · Clôture — « Prends patience, la promesse d’Allaah est vérité »

S.30:60
فَاصْبِرْ إِنَّ وَعْدَ اللَّهِ حَقٌّ ۖ وَلَا يَسْتَخِفَّنَّكَ الَّذِينَ لَا يُوقِنُونَ
Fa-ṣbir inna waʿda llāhi ḥaqqun wa-lā yastakhiffannaka lladhīna lā yūqinūn Prends donc patience (fa-ṣbir) — la promesse (waʿd) d’Allaah est vérité (ḥaqq) — et que ceux qui n’ont pas la certitude (lā yūqinūn) ne te rendent pas léger [dans ta détermination] (lā yastakhiffannaka).
Notes lexicales
fa-ṣbir inna waʿda llāhi ḥaqqun
racine *ṣ-b-r*, la patience, l'endurance constante. Première occurrence développée de cette racine. **Dit, cohérence intra-Bloc** : même racine *w-ʿ-d* que *waʿda llāhi* (S30:6, Bloc I, pour la promesse déjà faite aux Rūm) — ce verset referme la sourate en rattachant la patience exigée du destinataire du message à cette même promesse, déjà vérifiée dans l'exorde historique (S30:2–6, Bloc I).
lā yastakhiffannaka
racine *kh-f-f* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la légèreté, l'absence de poids ou de gravité. Forme X (*istakhaffa*) : traiter avec légèreté, ou faire perdre à quelqu'un sa propre gravité, son assise. Première occurrence développée de cette racine. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la forme concrète que prendrait cette légèreté imposée (un découragement, une hâte, un doute) — il pose l'interdiction elle-même, sans en détailler le mécanisme.
lladhīna lā yūqinūn
racine *y-q-n*, extensivement établie (S27:3, et *passim*) : la certitude assurée, opposée au doute. **Dit, clôture de la sourate** : ce dernier mot de la Sourate 30 referme l'ensemble des mouvements de doute et de certitude qui l'ont traversée — l'ignorance répétée de « la plupart des gens » (S30:6–7, S30:30, Bloc I–II), le doute des *mujrimūn* devant l'Heure (S30:12, S30:55, ce Bloc) — sur un ordre final adressé non à ces derniers mais au destinataire du message lui-même : tenir ferme, quelle que soit l'absence de certitude chez autrui.

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