Structure du Bloc II. Sept ensembles. D’abord une série de six āyāt égrenées depuis le monde observable : la création de l’être humain à partir de turāb et sa dispersion sur la terre, les épouses tirées de vous-mêmes et l’apaisement, l’affection et la bienveillance profonde établies entre elles et vous, la diversité des langues et des couleurs, le sommeil et la quête du bienfait, l’éclair porteur de crainte et d’espoir suivi de la pluie qui fait revivre la terre morte, et le ciel et la terre qui se tiennent par l’amr d’Allaah jusqu’à l’appel unique qui vous fera sortir (S30:20–25). Puis l’appartenance de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, tous dans la qunūt, et l’initiation puis la répétition de la création — plus aisée pour Lui —, et la comparaison sans égale qui Lui revient (S30:26–27). Puis une image tirée des gens eux-mêmes pour réfuter le shirk par l’absurde, et ceux qui ont commis le ẕulm en suivant leurs penchants sans savoir (S30:28–29). Puis le passage le plus disputé de ce Bloc : l’ordre d’orienter son visage vers le dīn en ḥanīf, la fiṭra d’Allaah selon laquelle Il a fait exister les gens, l’absence de tout changement au khalq d’Allaah, et le dīn al-qayyim — puis l’appel à la tawba constante, à la taqwā, à la ṣalāt, loin du shirk et de la division en factions satisfaites chacune de son lot (S30:30–32). Puis le mouvement contrasté de l’humain qui se tourne vers son Rabb dans le dommage et Lui associe des partenaires une fois la raḥma goûtée, et la question rhétorique sur une quelconque autorité qui justifierait ce shirk (S30:33–35). Puis la même alternance — joie à la raḥma, désespoir à l’épreuve —, et le rappel que le rizq est étendu ou mesuré par Allaah seul (S30:36–37). Enfin le dû au proche, au miskīn et au voyageur, et la clôture sur le contraste entre le ribā, qui ne croît pas ʿinda llāh, et la zakāt, par laquelle on vise le wajh d’Allaah (S30:38–39).

Avertissement de méthode — crux linguistique majeur sur S30:30, plusieurs lectures nommées, aucune tranchée. Ce verset est l’un des plus discutés de tout le corpus coranique ; ce Bloc s’en tient strictement à ce que l’arabe du texte permet, sans importer aucune doctrine extérieure. (1) fiṭrata llāh. Fiṭra est le nom d’action de la racine f-ṭ-r, déjà rencontrée au verbe faṭara (S6:79, S17:51) : « faire exister par une ouverture originelle », « faire naître à l’existence ». Fiṭrat Allāh désigne donc, par construction, non une qualité ajoutée après coup, mais la disposition même selon laquelle les gens ont été faits exister — ce que le relatif qui suit confirme : « allatī faṭara n-nāsa ʿalayhā », « celle selon laquelle Il a fait exister les gens ». Dit : le texte identifie donc l’orientation vers le dīn en ḥanīf, ordonnée au début du verset, à cette disposition constitutive elle-même. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas le contenu positif précis de cette disposition (ce qu’elle porterait, concrètement, chez chaque être humain avant tout enseignement reçu) — il se limite à l’identifier et à affirmer son origine. (2) lā tabdīla li-khalqi llāh. Point de grammaire déterminant : lā suivi d’un nom à l’accusatif indéterminé (tabdīla) est, en arabe classique, une négation catégorique de l’existence même d’un fait (lā an-nāfiya li-l-jins) — distincte, par sa forme, d’une négation portant sur un verbe à l’impératif ou au jussif, qui construirait une interdiction. Lecture A, descriptive : le texte affirme un fait — cette disposition originelle ne connaît, par nature, aucune substitution (tabdīl, racine b-d-l) qui en changerait le fond. Lecture B, à portée normative inférée : de ce constat, certains tirent une exhortation implicite à ne pas s’en détourner — mais ce Bloc relève que cette portée normative est une inférence au-delà de la forme grammaticale directement donnée, qui reste une négation de fait, non un verbe d’interdiction. (3) dīn al-qayyim. Racine q-w-m, même racine que taqūma (S30:25, ce Bloc) et yaqūmūna (Bloc I) : ce qui se tient debout, fermement établi, sans défaillance. Le texte qualifie ainsi le dīn qui vient d’être identifié à la fiṭra, sans que ce seul mot n’ajoute de contenu normatif supplémentaire au-delà de cette qualification de stabilité. Aucun sens religieux traditionnel n’est importé dans cette lecture : elle s’en tient à la grammaire et à la racine, et présente les deux lectures de la négation sans trancher entre elles.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.30:20 Créés de turāb — puis des bashar qui se répandent
S.30:21 Les épouses tirées de vous-mêmes — apaisement, affection, bienveillance
S.30:22 La diversité des langues et des couleurs
S.30:23 Le sommeil, la nuit et le jour — la quête du bienfait
S.30:24 L’éclair, crainte et espoir — la pluie qui fait revivre la terre
S.30:25 Le ciel et la terre par Son amr — l’appel unique de la sortie
S.30:26 Tout ce qui est dans les cieux et la terre — tous dans la qunūt
S.30:27 Il initie la création puis la répète — la comparaison sans égale
S.30:28 L’image tirée de vous-mêmes — nul partenaire parmi mā malakat aymānukum
S.30:29 Ceux qui ont commis le ẕulm ont suivi leurs penchants sans savoir
S.30:30 Le visage orienté vers le dīn en ḥanīf, la fiṭra d’Allaah, le dīn al-qayyim
S.30:31–32 Munīb, taqwā, ṣalāt — loin du shirk et de la division en factions
S.30:33 Le dommage qui tourne vers Lui, la raḥma qui ramène au shirk
S.30:34 « Jouissez — vous saurez bientôt »
S.30:35 Nulle autorité descendue qui parlerait en faveur du shirk
S.30:36 Joie à la raḥma, désespoir (qanaṭ) au mal qui atteint
S.30:37 Allaah étend ou mesure le rizq — signe pour ceux qui croient
S.30:38 Le dû au proche, au miskīn, à l’ibn as-sabīl — viser le wajh d’Allaah
S.30:39 Le ribā qui ne croît pas ʿinda llāh — la zakāt et les muḍʿifūn

Six āyāt dans l’humain et le cosmos · S30:20–25

Point de structure. Les six versets qui suivent partagent la même ouverture — « wa-min āyātihi », « et parmi Ses āyāt » — et la même clôture variable — « il y a certes là des āyāt pour [tel groupe de gens] ». Cette répétition pose chaque fois un fait observable (la naissance, le couple, la langue, le sommeil, la pluie, la tenue du ciel et de la terre) comme un signe appelant une catégorie précise de destinataires : ceux qui réfléchissent (yatafakkarūn), ceux qui savent (al-ʿālimūn), ceux qui entendent (yasmaʿūn), ceux qui raisonnent (yaʿqilūn). Ce Bloc relève cette gradation sans lui attribuer de hiérarchie qu’aucun de ces versets n’énonce lui-même.

S.30:20 · Créés de turāb — puis des bashar qui se répandent

S.30:20
وَمِنْ آيَاتِهِ أَنْ خَلَقَكُمْ مِنْ تُرَابٍ ثُمَّ إِذَا أَنْتُمْ بَشَرٌ تَنْتَشِرُونَ
Wa-min āyātihi an khalaqakum min turābin thumma idhā antum basharun tantashirūn Et parmi Ses āyāt : qu’Il vous a créés de turāb (terre sèche, poussière) — puis voici que vous êtes des bashar (êtres humains) qui se répandent (tantashirūn).
Notes lexicales
min turābin
racine *t-r-b* : la terre sèche, la poussière — précédent établi (S3:59, déjà publiée : *khalaqahu min turābin*, pour Ādam) et distingué de *ṭīn* (racine *ṭ-y-n*, la terre humide et malléable, déjà établie) : deux racines distinctes pour la matière d'origine humaine selon les versets, que ce Bloc ne fusionne pas.
bashar
racine *b-sh-r* : l'être humain considéré dans sa nature commune et visible — distinct d'*insān* par cet accent sur la condition partagée plutôt que sur l'individualité. Première occurrence développée de cette racine dans ce Bloc.
tantashirūn
racine *n-sh-r* : se disperser, se répandre largement. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas si ce verbe vise seulement la dispersion géographique de l'espèce humaine sur la terre, ou porte aussi, par la même racine employée ailleurs pour la résurrection (*an-nushūr*, hors du périmètre de ce Bloc), un écho anticipé de ce thème — ce Bloc retient ici le sens le plus directement porté par le contexte immédiat, la multiplication et la dispersion des humains.

S.30:21 · Les épouses tirées de vous-mêmes — apaisement, affection, bienveillance

S.30:21
وَمِنْ آيَاتِهِ أَنْ خَلَقَ لَكُمْ مِنْ أَنْفُسِكُمْ أَزْوَاجًا لِتَسْكُنُوا إِلَيْهَا وَجَعَلَ بَيْنَكُمْ مَوَدَّةً وَرَحْمَةً ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ
Wa-min āyātihi an khalaqa lakum min anfusikum azwājan li-taskunū ilayhā wa-jaʿala baynakum mawaddatan wa-raḥmatan inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yatafakkarūn Et parmi Ses āyāt : qu’Il a créé pour vous, de vous-mêmes, des épouses (azwāj), pour que vous trouviez l’apaisement (taskunū) auprès d’elles — et Il a établi entre vous une affection (mawadda) et une bienveillance profonde (raḥma). Il y a certes là des āyāt pour un peuple qui réfléchit (yatafakkarūn).
Notes lexicales
azwājan
racine *z-w-j* : l'unité formée par deux éléments complémentaires — un terme non genré par lui-même, qui désigne chaque élément d'une paire par rapport à l'autre. Première occurrence développée de cette racine dans ce Bloc.
li-taskunū ilayhā
racine *s-k-n* : se poser, cesser le mouvement, trouver le repos — même racine que *as-sakīna*. **Dit** : le texte rattache cet apaisement nommément à la relation conjugale elle-même, sans en préciser davantage la nature au-delà de ce seul mot.
mawaddatan wa-raḥmatan
*mawadda*, racine *w-d-d* : une affection portée à autrui, distincte de la simple inclination passagère. *Raḥma*, racine *r-ḥ-m*, extensivement établie pour ce qui est dit d'Allaah — appliquée ici à la relation entre deux humains, elle désigne une bienveillance profonde, agissante. Premières occurrences développées de ces deux termes associés dans ce Bloc. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la proportion ou l'ordre dans lequel ces deux dispositions se manifesteraient entre les époux.

S.30:22 · La diversité des langues et des couleurs

S.30:22
وَمِنْ آيَاتِهِ خَلْقُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَاخْتِلَافُ أَلْسِنَتِكُمْ وَأَلْوَانِكُمْ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِلْعَالِمِينَ
Wa-min āyātihi khalqu s-samāwāti wa-l-arḑi wa-khtilāfu alsinatikum wa-alwānikum inna fī dhālika la-āyātin li-l-ʿālimīn Et parmi Ses āyāt : la création des cieux et de la terre, et la diversité (ikhtilāf) de vos langues et de vos couleurs. Il y a certes là des āyāt pour les ʿālimūn (ceux qui savent).
Notes lexicales
ikhtilāfu alsinatikum wa-alwānikum
*ikhtilāf*, racine *kh-l-f*, précédent établi pour cette même construction appliquée à un autre couple (S23:80 : *ikhtilāfu l-layli wa-n-nahār*, l'alternance de la nuit et du jour) — ici appliquée non à une alternance temporelle, mais à une diversité synchronique entre les humains. *Alwān*, racine *l-w-n* : les couleurs. Première occurrence développée de cette racine dans ce Bloc. **Dit** : le texte pose cette diversité elle-même, linguistique et de couleur, comme un signe — sans hiérarchiser aucune langue ni aucune couleur entre elles.

S.30:23 · Le sommeil, la nuit et le jour — la quête du bienfait

S.30:23
وَمِنْ آيَاتِهِ مَنَامُكُمْ بِاللَّيْلِ وَالنَّهَارِ وَابْتِغَاؤُكُمْ مِنْ فَضْلِهِ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يَسْمَعُونَ
Wa-min āyātihi manāmukum bi-l-layli wa-n-nahāri wa-btighāʾukum min faḑlihi inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yasmaʿūn Et parmi Ses āyāt : votre sommeil (manām), la nuit et le jour, et votre quête (ibtighāʾ) de Sa faḑl. Il y a certes là des āyāt pour un peuple qui entend (yasmaʿūn).
Notes lexicales
manāmukum bi-l-layli wa-n-nahāri
racine *n-w-m*, première occurrence développée dans ce Bloc. **Non-dit, point de grammaire** : la construction associe « votre sommeil » à la fois à la nuit et au jour (*bi-l-layli wa-n-nahāri*), sans que ce seul membre de phrase ne précise si ce rapprochement vise un repos possible aux deux moments, ou seulement le fait que l'alternance veille/sommeil structure l'ensemble du cycle — ce Bloc retient le sens le plus directement porté par la construction, un repos qui peut survenir à l'un ou l'autre moment.
ibtighāʾukum min faḑlihi
racine *b-gh-y* (forme VIII) : rechercher activement, poursuivre un but. **Dit, cohérence de construction** : ce second fait (la quête du bienfait) est posé en parallèle du premier (le sommeil), sans qu'aucun des deux mots ne lui attribue ici un moment précis du jour — ce Bloc ne restreint donc pas cette quête au seul jour, bien que l'usage courant associe l'activité diurne à cette recherche.

S.30:24 · L’éclair, crainte et espoir — la pluie qui fait revivre la terre

S.30:24
وَمِنْ آيَاتِهِ يُرِيكُمُ الْبَرْقَ خَوْفًا وَطَمَعًا وَيُنَزِّلُ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَيُحْيِي بِهِ الْأَرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يَعْقِلُونَ
Wa-min āyātihi yurīkumu l-barqa khawfan wa-ṭamaʿan wa-yunazzilu mina s-samāʾi māʾan fa-yuḥyī bihi l-arḑa baʿda mawtihā inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yaʿqilūn Et parmi Ses āyāt : qu’Il vous montre l’éclair (al-barq), suscitant crainte (khawf) et espoir (ṭamaʿ) — et qu’Il fait descendre du ciel une eau, par laquelle Il fait vivre (yuḥyī) la terre après sa mort. Il y a certes là des āyāt pour un peuple qui raisonne (yaʿqilūn).
Notes lexicales
khawfan wa-ṭamaʿan
**Cohérence intra-coranique, précédent exact** : même couple déjà rencontré mot pour mot (S13:12 : *yurīkumu l-barqa khawfan wa-ṭamaʿan*) — *khawf*, la crainte devant l'orage redouté ; *ṭamaʿ*, l'espoir tourné vers la pluie attendue. Un même signe, ambivalent par nature.
fa-yuḥyī bihi l-arḑa baʿda mawtihā
**Cohérence intra-Bloc** : formule identique à la clôture du Bloc I de cette même sourate (S30:19 : *wa-yuḥyī l-arḑa baʿda mawtihā*) — ce Bloc reprend ici, en l'attachant nommément à la pluie, l'image déjà posée comme préfiguration de la résurrection.

S.30:25 · Le ciel et la terre par Son amr — l’appel unique de la sortie

S.30:25
وَمِنْ آيَاتِهِ أَنْ تَقُومَ السَّمَاءُ وَالْأَرْضُ بِأَمْرِهِ ۚ ثُمَّ إِذَا دَعَاكُمْ دَعْوَةً مِنَ الْأَرْضِ إِذَا أَنْتُمْ تَخْرُجُونَ
Wa-min āyātihi an taqūma s-samāʾu wa-l-arḑu bi-amrihi thumma idhā daʿākum daʿwatan mina l-arḑi idhā antum takhrujūn Et parmi Ses āyāt : que le ciel et la terre se tiennent (taqūma) par Son amr — puis, lorsqu’Il vous appellera d’un seul appel (daʿwatan) depuis la terre, voici que vous en sortirez (takhrujūn).
Notes lexicales
an taqūma s-samāʾu wa-l-arḑu bi-amrihi
*al-amr*, voir le callout posé sur ce même terme en S30:4, Bloc I : l'affaire ou le commandement souverain. **Dit** : ce verset applique ce même terme à la tenue même du ciel et de la terre — leur subsistance elle-même est posée comme relevant de cet *amr*, sans que ce seul mot ne développe davantage la nature de ce maintien.
daʿākum daʿwatan … takhrujūn
*daʿwa*, racine *d-ʿ-w*, l'appel, ici à l'unité (*daʿwatan*, un seul appel) : première occurrence développée dans ce Bloc. **Point de grammaire** : *takhrujūn*, forme active (« vous sortirez »), diffère de *tukhrajūn*, forme passive déjà rencontrée à la clôture du Bloc I (S30:19 : « vous serez faits sortir ») — deux voix verbales pour un même événement, que ce Bloc relève sans leur attribuer de portée doctrinale au-delà de cette seule différence grammaticale.

L’appartenance universelle, la création répétée, la comparaison sans égale · S30:26–27

S.30:26 · Tout ce qui est dans les cieux et la terre — tous dans la qunūt

S.30:26
وَلَهُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ كُلٌّ لَهُ قَانِتُونَ
Wa-lahu man fi s-samāwāti wa-l-arḑi kullun lahu qānitūn Et à Lui appartient qui est dans les cieux et sur la terre — tous Lui sont dans la qunūt (la soumission constante).
Notes lexicales
qānitūn
racine *q-n-t*, précédent établi (S16:120, pour Ibrāhīm qualifié de *qānitan lillāh*) : se tenir dans la soumission constante, l'obéissance durable. **Dit** : ce verset étend cette qualification, posée ailleurs pour un seul homme, à l'ensemble de ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre — sans que ce seul mot ne précise la forme exacte que prend cette soumission chez chaque catégorie d'êtres.

S.30:27 · Il initie la création puis la répète — la comparaison sans égale

Deux points de méthode sur ce verset. (1) ahwanu ʿalayhi — « plus aisé pour Lui ». Ce mot est, par sa forme, un comparatif (ism tafḑīl, racine h-w-n). Lecture A : une comparaison entre deux actes — initier la création et la répéter —, la seconde étant posée comme plus aisée que la première. Lecture B, également recevable en arabe classique : certains comparatifs, employés sans second terme explicite de comparaison, portent un sens simplement intensif (« ceci est, en toute façon, chose aisée ») plutôt qu’une mise en échelle réelle. Dans les deux lectures, ce verset ne pose aucune limite de capacité en Allaah : il n’affirme à aucun moment qu’initier la création Lui aurait coûté un effort, mais construit un argument adressé à la perception humaine — ce qui est répété paraît, pour l’esprit humain, plus concevable que ce qui est initié sans précédent — afin d’appuyer l’affirmation de la résurrection déjà posée au Bloc I (S30:11). (2) al-mathal al-aʿlā — précédent exact déjà établi (S16:60, verset identique mot pour mot) : al-aʿlā qualifie ici grammaticalement al-mathal (la comparaison, l’image de référence), non Allaah directement — conformément à la règle constante retenue pour cette racine (ʿ-l-w) appliquée à Allaah, ce terme est rendu par « sans égale », une supériorité totale qui n’installe aucune idée de hauteur spatiale.

S.30:27
وَهُوَ الَّذِي يَبْدَأُ الْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُ وَهُوَ أَهْوَنُ عَلَيْهِ ۚ وَلَهُ الْمَثَلُ الْأَعْلَىٰ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ وَهُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
Wa-huwa lladhī yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu wa-huwa ahwanu ʿalayhi wa-lahu l-mathalu l-aʿlā fi s-samāwāti wa-l-arḑi wa-huwa l-ʿazīzu l-ḥakīm Et Il est Ce qui initie la création, puis la répète — et cela Lui est plus aisé (ahwanu ʿalayhi) — et à Lui revient la comparaison sans égale (al-mathal al-aʿlā), dans les cieux et sur la terre — et Il est al-ʿAzīz, al-Ḥakīm.
Notes lexicales
yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu
**Cohérence intra-Bloc** : reprise exacte de S30:11 (Bloc I) — ce verset ajoute, à ce même principe, la précision sur l'*ahwan* et la comparaison sans égale, voir le callout ci-dessus.
al-mathal al-aʿlā
voir le callout ci-dessus.
al-ʿazīz, al-ḥakīm
précédents extensivement établis — voir notamment S30:5, Bloc I pour *al-ʿazīz* — conservés en translittération.

Une image tirée des gens eux-mêmes · S30:28–29

S.30:28 · L’image tirée de vous-mêmes — nul partenaire parmi mā malakat aymānukum

Point de méthode — la portée exacte de cette image. Ce verset construit un argument par l’absurde, fondé sur une norme sociale que le texte suppose connue de ses destinataires sans la décrire : nul, parmi eux, n’accepterait de considérer mā malakat aymānukum (ceux que leurs mains droites détiennent en pleine disposition — voir note ci-dessous) comme des partenaires égaux dans la disposition de ses propres biens, au point de les craindre comme on craint ses semblables. Dit : le texte tire de ce refus, supposé évident chez l’auditeur, un argument a fortiori contre le shirk — si une telle égalité de disposition entre un maître et ce qu’il détient paraît déjà inconcevable, l’égalité prétendue entre Allaah et ce qui Lui est associé l’est a fortiori davantage. Non-dit : ce seul verset ne définit ni ne justifie par lui-même le rapport social qu’il présuppose entre un humain et mā malakat aymānukum — il s’appuie sur lui comme sur un fait reçu, sans en faire l’objet de son propos, qui porte uniquement sur l’argument tiré de ce fait contre le shirk.

S.30:28
ضَرَبَ لَكُمْ مَثَلًا مِنْ أَنْفُسِكُمْ ۖ هَلْ لَكُمْ مِنْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ مِنْ شُرَكَاءَ فِي مَا رَزَقْنَاكُمْ فَأَنْتُمْ فِيهِ سَوَاءٌ تَخَافُونَهُمْ كَخِيفَتِكُمْ أَنْفُسَكُمْ ۚ كَذَٰلِكَ نُفَصِّلُ الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يَعْقِلُونَ
Ḑaraba lakum mathalan min anfusikum hal lakum min mā malakat aymānukum min shurakāʾa fī mā razaqnākum fa-antum fīhi sawāʾun takhāfūnahum ka-khīfatikum anfusakum kadhālika nufaṣṣilu l-āyāti li-qawmin yaʿqilūn Il vous frappe une image (mathal) tirée de vous-mêmes : avez-vous, parmi mā malakat aymānukum, des partenaires (shurakāʾa) dans ce que Nous vous avons accordé comme rizq, de sorte que vous y soyez égaux (sawāʾ), les craignant comme vous craignez vos propres semblables ? Ainsi détaillons-Nous les āyāt pour un peuple qui raisonne (yaʿqilūn).
Notes lexicales
mā malakat aymānukum
littéralement « ce que vos mains droites possèdent » — précédent extensivement établi (S4:3, déjà publiée, et *passim*) : conservé en translittération, sans équivalent français fidèle en un seul mot. **Non-dit** : comme déjà relevé ailleurs, le texte n'en précise ici ni le statut juridique ni le cadre social au-delà de la formule elle-même.
sawāʾun … khīfatikum
*sawāʾ*, racine *s-w-y*, l'égalité de rang ou de mesure. *Khīfa*, racine *kh-w-f*, nom d'action de la crainte, même racine que *khawf* (S30:24, ce Bloc) — ici appliqué non à un phénomène naturel, mais à la crainte sociale qu'inspirent des égaux.

S.30:29 · Ceux qui ont commis le ẕulm ont suivi leurs penchants sans savoir

S.30:29
بَلِ اتَّبَعَ الَّذِينَ ظَلَمُوا أَهْوَاءَهُمْ بِغَيْرِ عِلْمٍ ۖ فَمَنْ يَهْدِي مَنْ أَضَلَّ اللَّهُ ۖ وَمَا لَهُمْ مِنْ نَاصِرِينَ
Bali ttabaʿa lladhīna ẕalamū ahwāʾahum bi-ghayri ʿilmin fa-man yahdī man aḑalla llāhu wa-mā lahum min nāṣirīn Non — ceux qui ont commis le ẕulm ont suivi leurs penchants (ahwāʾ) sans aucun savoir (bi-ghayri ʿilmin). Qui guide alors celui qu’Allaah a laissé s’égarer (aḑalla) ? Et ils n’ont aucun secoureur (nāṣirīn).
Notes lexicales
ahwāʾahum bi-ghayri ʿilmin
*ahwāʾ*, pluriel de *hawā*, racine *h-w-y* : le penchant, l'inclination qui entraîne sans raisonnement. Première occurrence développée de cette racine dans ce Bloc. **Dit, contraste** : le texte oppose ce suivi des penchants « sans savoir » à l'appel au raisonnement qui vient de clore les deux versets précédents (*yaʿqilūn*, S30:27–28, ce Bloc).
man aḑalla llāhu
forme causative de la racine *ḑ-l-l*. **Non-dit, prudence de méthode** : ce seul verset affirme qu'Allaah a laissé certains s'égarer, sans qu'il en développe ici le mécanisme ni le rapport avec le choix initial de ceux qui ont « suivi leurs penchants » — ce Bloc rapporte l'affirmation telle qu'elle est donnée, sans trancher la question, plus vaste, de l'articulation entre cette formule et la responsabilité de ceux qui ẕalamū, déjà nommés au début de ce même verset.
nāṣirīn
racine *n-ṣ-r*, voir S30:5, Bloc I.

Le passage le plus disputé de ce Bloc — fiṭra, dīn al-qayyim, la division en factions · S30:30–32

S.30:30 · Le visage orienté vers le dīn en ḥanīf, la fiṭra d’Allaah, le dīn al-qayyim

S.30:30
فَأَقِمْ وَجْهَكَ لِلدِّينِ حَنِيفًا ۚ فِطْرَتَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْهَا ۚ لَا تَبْدِيلَ لِخَلْقِ اللَّهِ ۚ ذَٰلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لَا يَعْلَمُونَ
Fa-aqim wajhaka lid-dīni ḥanīfan fiṭrata llāhi llatī faṭara n-nāsa ʿalayhā lā tabdīla li-khalqi llāhi dhālika d-dīnu l-qayyimu wa-lākinna akthara n-nāsi lā yaʿlamūn Oriente donc ton visage résolument (wajhaka … ḥanīfan) vers le dīn — [c’est] la fiṭra d’Allaah, celle selon laquelle Il a fait exister les gens (fiṭrata llāhi … faṭara n-nāsa ʿalayhā). Nulle substitution (tabdīl) au khalq d’Allaah. Voilà le dīn al-qayyim (fermement établi) — mais la plupart des gens ne savent pas.
Notes lexicales
aqim wajhaka … ḥanīfan
*wajhaka*, ici le visage ou l'orientation du destinataire humain lui-même — sans aucune des réserves qui s'imposent lorsque ce terme est appliqué à Allaah (voir S28:88). *Ḥanīf*, précédent extensivement établi (S2:135, S3:67/95, S16:120) : celui qui s'incline résolument dans une seule direction, en s'écartant des voies divergentes.
fiṭrata llāhi llatī faṭara n-nāsa ʿalayhā
voir le callout de méthode en tête de ce Bloc.
lā tabdīla li-khalqi llāhi
voir le callout de méthode en tête de ce Bloc.
ad-dīnu l-qayyimu
voir le callout de méthode en tête de ce Bloc. **Dit, transition** : le constat final sur l'ignorance de la plupart des gens reprend, mot pour mot, la clôture de S30:6 (Bloc I).

S.30:31–32 · Munīb, taqwā, ṣalāt — loin du shirk et de la division en factions

S.30:31–32
مُنِيبِينَ إِلَيْهِ وَاتَّقُوهُ وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَلَا تَكُونُوا مِنَ الْمُشْرِكِينَ ۝ مِنَ الَّذِينَ فَرَّقُوا دِينَهُمْ وَكَانُوا شِيَعًا ۖ كُلُّ حِزْبٍ بِمَا لَدَيْهِمْ فَرِحُونَ
Munībīna ilayhi wa-ttaqūhu wa-aqīmu ṣ-ṣalāta wa-lā takūnū mina l-mushrikīn mina lladhīna farraqū dīnahum wa-kānū shiyaʿan kullu ḥizbin bimā ladayhim fariḥūn [Soyez] munībīn (en retour constant) vers Lui — prémunissez-vous de Lui (ittaqūhu), établissez la ṣalāt, et ne soyez pas parmi les mushrikūn — parmi ceux qui ont divisé (farraqū) leur dīn et sont devenus des shiyaʿ (factions) — chaque parti (ḥizb), de ce qu’il détient, est content (fariḥūn).
Notes lexicales
munībīna ilayhi
racine *n-w-b*, précédent établi (S11:75, pour Ibrāhīm : « *ḥalīmun awwāhun munīb* ») : celui qui revient de façon répétée vers Allaah — à distinguer d'*at-Tawwāb* (ce qui accueille sans cesse le retour), réservé à Allaah : les deux racines désignent un même mouvement de retour, depuis deux sujets opposés.
farraqū dīnahum wa-kānū shiyaʿan
*farraqa*, racine *f-r-q*, précédent établi (S30:14, Bloc I : *yatafarraqūn*, la séparation en deux groupes au Jour de l'Heure) — ici appliqué, de façon distincte, à la division humaine du *dīn* en factions (*shiyaʿ*, racine *sh-y-ʿ*) dès la vie d'ici-bas. Première occurrence développée de cette seconde racine dans ce Bloc.
kullu ḥizbin bimā ladayhim fariḥūn
même racine *f-r-ḥ* que *yafraḥu l-muʾminūn* (S30:4, Bloc I) — mais appliquée ici, en contraste, à une joie complaisante et partielle, celle de chaque faction satisfaite de la seule part qu'elle détient, non à la joie unanime promise aux croyants lors de l'accomplissement d'une promesse. Ce Bloc relève ce contraste de valeur sous une même racine sans l'expliciter autrement que par cette proximité lexicale.

L’alternance humaine — le dommage, la raḥma, et le shirk sans autorité · S30:33–35

S.30:33 · Le dommage qui tourne vers Lui, la raḥma qui ramène au shirk

S.30:33
وَإِذَا مَسَّ النَّاسَ ضُرٌّ دَعَوْا رَبَّهُمْ مُنِيبِينَ إِلَيْهِ ثُمَّ إِذَا أَذَاقَهُمْ مِنْهُ رَحْمَةً إِذَا فَرِيقٌ مِنْهُمْ بِرَبِّهِمْ يُشْرِكُونَ
Wa-idhā massa n-nāsa ḑurrun daʿaw rabbahum munībīna ilayhi thumma idhā adhāqahum minhu raḥmatan idhā farīqun minhum bi-rabbihim yushrikūn Et quand un dommage (ḑurr) touche les gens, ils invoquent leur Rabb, munībīna vers Lui — puis, quand Il leur fait goûter une raḥma venue de Lui, voici qu’un groupe d’entre eux associe des partenaires à leur Rabb (yushrikūn).
Notes lexicales
massa n-nāsa ḑurrun … munībīna ilayhi
*ḑurr*, racine *ḑ-r-r*, le dommage subi. **Dit, cohérence intra-verset** : le même terme *munībīn*, appliqué à l'ordre adressé aux croyants (S30:31, ce Bloc), qualifie ici un mouvement spontané de tous les gens dans l'épreuve — un retour que le texte observe comme un fait général, non comme l'exclusivité d'une catégorie déjà établie dans la foi.
farīqun minhum bi-rabbihim yushrikūn
**Dit** : le texte restreint explicitement ce basculement vers le *shirk* à « un groupe d'entre eux » (*farīqun minhum*), non à l'ensemble de ceux qui avaient invoqué leur Rabb dans le dommage — **non-dit**, ce seul verset ne précise pas ce qui distingue, à l'intérieur de ce même mouvement initial de retour, ceux qui persévèrent de ceux qui basculent.

S.30:34 · « Jouissez — vous saurez bientôt »

S.30:34
لِيَكْفُرُوا بِمَا آتَيْنَاهُمْ ۚ فَتَمَتَّعُوا فَسَوْفَ تَعْلَمُونَ
Li-yakfurū bimā ātaynāhum fa-tamattaʿū fa-sawfa taʿlamūn pour rejeter (li-yakfurū) ce que Nous leur avons donné — jouissez donc [un temps] (tamattaʿū) — vous saurez bientôt (sawfa taʿlamūn).
Notes lexicales
tamattaʿū
racine *m-t-ʿ*, même racine que *al-mutaʿ* (précédent établi, S28:60–61, le *mutaʿ* d'ici-bas opposé à ce qui est auprès d'Allaah) — ici à l'impératif, dans un registre de mise en garde plutôt que de promesse.

S.30:35 · Nulle autorité descendue qui parlerait en faveur du shirk

S.30:35
أَمْ أَنْزَلْنَا عَلَيْهِمْ سُلْطَانًا فَهُوَ يَتَكَلَّمُ بِمَا كَانُوا بِهِ يُشْرِكُونَ
Am anzalnā ʿalayhim sulṭānan fa-huwa yatakallamu bimā kānū bihi yushrikūn Ou leur aurions-Nous fait descendre une autorité (sulṭān) qui parlerait en faveur de ce qu’ils associent (yushrikūn) ?
Notes lexicales
sulṭānan fa-huwa yatakallamu
*sulṭān*, racine *s-l-ṭ*, une autorité ou une preuve d'une force contraignante — ici personnifiée par le verbe « parler », au sens d'un texte descendu (*anzalnā*) qui validerait explicitement le *shirk*. **Dit** : la question est rhétorique et appelle une réponse négative — nulle autorité de ce type n'a jamais été envoyée. Ce procédé rejoint, par sa structure, celui déjà rencontré pour exiger une preuve d'un *shirk* allégué (S27:64 : « *qul hātū burhānakum* »), sans que les deux versets n'emploient le même terme.

La même alternance — joie, désespoir, et le rizq mesuré par Allaah seul · S30:36–37

S.30:36 · Joie à la raḥma, désespoir (qanaṭ) au mal qui atteint

S.30:36
وَإِذَا أَذَقْنَا النَّاسَ رَحْمَةً فَرِحُوا بِهَا ۖ وَإِنْ تُصِبْهُمْ سَيِّئَةٌ بِمَا قَدَّمَتْ أَيْدِيهِمْ إِذَا هُمْ يَقْنَطُونَ
Wa-idhā adhaqnā n-nāsa raḥmatan fariḥū bihā wa-in tuṣibhum sayyiʾatun bimā qaddamat aydīhim idhā hum yaqnaṭūn Et quand Nous faisons goûter aux gens une raḥma, ils s’en réjouissent (fariḥū) — et si un mal (sayyiʾa) les atteint, pour ce que leurs mains ont avancé (qaddamat aydīhim), voici qu’ils sombrent dans le désespoir (yaqnaṭūn).
Notes lexicales
yaqnaṭūn
racine *q-n-ṭ* : le désespoir, en particulier celui qui porte sur l'attente d'un bienfait ou d'un pardon. Première occurrence développée de cette racine dans ce Bloc — à distinguer de *yublisu* (S30:12, Bloc I) : ce dernier désignait un mutisme accablé devant l'absence de tout argument, tandis que *qanaṭ* porte plus précisément sur la perte d'espoir elle-même. Les deux racines ne sont pas fusionnées par ce Bloc.
bimā qaddamat aydīhim
**Dit** : le texte rattache explicitement ce mal à un fait antérieur de ceux qui le subissent (« ce que leurs mains ont avancé ») — sans préciser, par ce seul verset, la nature exacte du rapport entre cet acte antérieur et le mal qui en résulte.

S.30:37 · Allaah étend ou mesure le rizq — signe pour ceux qui croient

S.30:37
أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّ اللَّهَ يَبْسُطُ الرِّزْقَ لِمَنْ يَشَاءُ وَيَقْدِرُ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
A-wa-lam yarawu anna llāha yabsuṭu r-rizqa li-man yashāʾu wa-yaqdiru inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yuʾminūn N’ont-ils donc pas vu qu’Allaah étend (yabsuṭu) le rizq pour qui Il veut, ou qu’Il le mesure strictement (yaqdiru) ? Il y a certes là des āyāt pour un peuple qui croit (yuʾminūn).
Notes lexicales
yabsuṭu … wa-yaqdiru
**Cohérence intra-coranique, précédent exact** : même couple déjà rencontré mot pour mot (S13:26, S17:30 : « *Allāhu yabsuṭu r-rizqa li-man yashāʾu wa-yaqdiru* ») — *yabsuṭu*, racine *b-s-ṭ*, étendre, accroître ; *yaqdiru*, racine *q-d-r*, mesurer strictement, resserrer par une mesure déterminée. **Dit, transition** : ce même constat vient éclairer en retour, par contraste, le désespoir décrit au verset précédent (S30:36, ce Bloc) devant une restriction du *rizq* — restriction que ce verset rattache nommément à la seule volonté d'Allaah, non au hasard.

Le dû au proche, au miskīn, au voyageur — ribā et zakāt · S30:38–39

S.30:38 · Le dû au proche, au miskīn, à l’ibn as-sabīl — viser le wajh d’Allaah

S.30:38
فَآتِ ذَا الْقُرْبَىٰ حَقَّهُ وَالْمِسْكِينَ وَابْنَ السَّبِيلِ ۚ ذَٰلِكَ خَيْرٌ لِلَّذِينَ يُرِيدُونَ وَجْهَ اللَّهِ ۖ وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
Fa-āti dhā l-qurbā ḥaqqahu wa-l-miskīna wa-bna s-sabīli dhālika khayrun lilladhīna yurīdūna wajha llāhi wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn Donne donc au proche parent (dhā l-qurbā) son dû (ḥaqq), ainsi qu’au miskīn et à l’ibn as-sabīl (littéralement « le fils de la voie », le voyageur démuni) — cela est meilleur pour ceux qui visent le wajh d’Allaah — et ceux-là sont les mufliḥūn (ceux qui réussissent pleinement).
Notes lexicales
dhā l-qurbā … al-miskīna … ibna s-sabīl
**Cohérence intra-coranique, précédent exact** : même triplet et même construction, mot pour mot, déjà rencontrés (S17:26 : « *wa-āti dhā l-qurbā ḥaqqahu wa-l-miskīna wa-bna s-sabīli* »). *Ibn as-sabīl*, littéralement « le fils de la voie » : celui qui se trouve en rupture de ressources au cours d'un déplacement, sans que ce seul terme ne désigne un statut permanent.
yurīdūna wajha llāhi
racine *w-j-h*, précédent extensivement établi (S28:88, S13:22) : jamais un visage corporel appliqué à Allaah, mais Sa réalité la plus essentielle — ici, dans la construction *yurīdu wajhahu* (« viser le *wajh* de quelqu'un »), une formule idiomatique signifiant chercher Allaah pour Lui-même, sans visée de contrepartie humaine. Reprise au verset suivant (S30:39, ce Bloc).

S.30:39 · Le ribā qui ne croît pas ʿinda llāh — la zakāt et les muḍʿifūn

Point de méthode — ce verset est la première des quatre occurrences coraniques du ribā (les trois autres : S4:161, S3:130, S2:275–280). Une étude dédiée du site traite ce terme de façon exhaustive à travers ces quatre passages — voir l’étude dédiée Ar-Ribā, qui établit déjà l’essentiel de l’analyse lexicale reprise ici. Un second point porte sur ʿinda llāhi (« auprès d’Allaah ») : cette préposition, déjà rencontrée dans des constructions proches, ne pose ici aucune localisation spatiale d’Allaah — elle désigne un registre d’évaluation, ce qui compte ou ne compte pas selon le jugement d’Allaah, non un lieu où un bien s’accumulerait physiquement.

S.30:39
وَمَا آتَيْتُمْ مِنْ رِبًا لِيَرْبُوَ فِي أَمْوَالِ النَّاسِ فَلَا يَرْبُو عِنْدَ اللَّهِ ۖ وَمَا آتَيْتُمْ مِنْ زَكَاةٍ تُرِيدُونَ وَجْهَ اللَّهِ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْمُضْعِفُونَ
Wa-mā ātaytum min riban li-yarbuwa fī amwāli n-nāsi fa-lā yarbū ʿinda llāhi wa-mā ātaytum min zakātin turīdūna wajha llāhi fa-ulāʾika humu l-muḑʿifūn Et ce que vous donnez en ribā pour qu’il croisse (li-yarbuwa) dans les biens des gens — cela ne croît pas ʿinda llāh (auprès d’Allaah, dans Son registre). Et ce que vous donnez en zakāt, visant le wajh d’Allaah — ceux-là sont les muḑʿifūn (ceux dont le bien est réellement multiplié).
Notes lexicales
ribā
racine *r-b-w* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : *az-ziyāda wa-l-ʿuluww wa-n-namāʾ fawqa l-aṣl*, l'excès et la croissance au-dessus d'un montant d'origine — le surplus prélevé au-delà du capital prêté. Conservé en translittération. Voir l'étude dédiée [Ar-Ribā](/etudes/riba/) pour l'analyse complète des quatre occurrences coraniques de ce terme.
fa-lā yarbū ʿinda llāhi
voir le callout ci-dessus pour *ʿinda llāhi*. **Dit** : le texte pose une opposition stricte entre deux registres de croissance — celle, apparente, du *ribā* dans les biens humains, et son absence totale dans le registre d'évaluation d'Allaah.
al-muḑʿifūn
racine *ḑ-ʿ-f*, à la forme IV (causative) : ceux qui multiplient réellement — par contraste voulu avec le *ribā*, qui ne croît qu'en apparence dans les biens des hommes mais ne croît pas *ʿinda llāhi*. **Dit, clôture du Bloc** : ce dernier mot referme le Bloc sur une ironie structurelle que le texte construit lui-même — ce qui semblait croître (le *ribā*) ne croît pas, et ce qui est simplement donné (la *zakāt*) est, par ce seul mot, nommé multiplication véritable.

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