Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 30. Quatre ensembles. D’abord l’exorde historique : les lettres séparées Alif-Lām-Mīm, l’annonce d’une défaite subie par les Rūm et la promesse de son retournement en quelques années, l’affirmation que l’affaire (al-amr) appartient à Allaah avant et après tout événement, la joie promise aux croyants ce jour-là, et le constat que la plupart des gens ne connaissent que l’apparent de la vie d’ici-bas (S30:1–7). Puis un appel à la réflexion fondé sur deux faits observables : la création des cieux et de la terre, qui n’a eu lieu qu’avec le ḥaqq et un terme fixé, et le parcours de la terre qui révèle l’issue des générations passées, plus fortes et plus actives que celles d’aujourd’hui, mais détruites pour s’être fait tort à elles-mêmes (S30:8–10). Puis la scène de l’Heure : Allaah qui initie la création puis la répète, le désespoir muet des mujrimūn, l’absence de tout intercesseur parmi leurs associés, la séparation des gens en deux groupes distincts — les croyants reçus avec honneur dans un jardin luxuriant, les kāfirūn maintenus dans le châtiment (S30:11–16). Enfin l’appel au tasbīḥ d’Allaah aux quatre moments qui structurent le jour, et la double image de ce qui sort du mort et du vivant l’un par l’autre, de la terre revivifiée après sa mort — préfigurant, par ces mêmes verbes, la résurrection déjà annoncée au début de ce mouvement (S30:17–19).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.30:1 Alif-Lām-Mīm — lettres séparées
S.30:2 Les Rūm ont été vaincus
S.30:3 Dans la terre la plus proche — après leur défaite, ils vaincront
S.30:4 En quelques années — à Allaah l’affaire, avant et après — la joie des croyants
S.30:5 Par le secours d’Allaah — Il secourt qui Il veut
S.30:6 La promesse d’Allaah — Il ne manque jamais à Sa promesse
S.30:7 Ils connaissent l’apparent de la vie d’ici-bas, insouciants de l’Au-delà
S.30:8 N’ont-ils pas réfléchi ? La création des cieux et de la terre, avec le ḥaqq et un terme fixé
S.30:9 N’ont-ils pas parcouru la terre ? L’issue de ceux d’avant eux
S.30:10 L’issue la plus mauvaise de ceux qui ont démenti les āyāt
S.30:11 Allaah initie la création, puis la répète
S.30:12 Le Jour où l’Heure se dressera — le désespoir muet des mujrimūn
S.30:13 Nul intercesseur parmi leurs associés — ils les renient
S.30:14 Le Jour où l’Heure se dressera — la séparation en deux groupes
S.30:15 Les croyants aux œuvres droites — reçus avec honneur dans un jardin
S.30:16 Les kāfirūn — maintenus dans le châtiment
S.30:17–18 Le tasbīḥ et la ḥamd, aux quatre moments du jour
S.30:19 Le vivant sorti du mort, le mort sorti du vivant — la terre revivifiée

L’exorde historique — la défaite, la promesse, la joie des croyants · S30:1–7

S.30:1 · Alif-Lām-Mīm — lettres séparées

S.30:1
الم
Alif-Lām-Mīm Alif. Lām. Mīm.
Notes lexicales
Alif-Lām-Mīm
lettres séparées (*ḥurūf muqaṭṭaʿāt*) — voir l'étude dédiée [Les Muqaṭṭaʿāt](/etudes/trad-muqattaat/). Conformément à la règle constante retenue, aucun sens n'est attribué à ces trois lettres d'ouverture. Le texte arabe de ce verset est donné ici sans la *basmala* qui le précède dans le support consulté (API *Quran.com*/*quran-api*, édition *ara-quransimple*) — convention déjà appliquée pour l'ensemble des sourates traduites : la *basmala* d'ouverture n'est pas répétée dans le champ `ar=` du premier verset de chaque sourate.

S.30:2 · Les Rūm ont été vaincus

Point de prudence — ce que ce verset nomme, ce qu’il ne nomme pas. Ar-Rūm est, dans l’arabe de cette époque, la désignation courante de l’empire byzantin (la « Rome d’Orient », de langue grecque, centrée sur Constantinople) — un fait lexical et historique attaché au nom propre lui-même, non une interprétation ajoutée au texte. Dit : ce verset affirme une défaite (ghulibat) subie par les Rūm, à la voix passive. Non-dit : ce seul verset ne nomme pas l’adversaire qui les a vaincus, ni aucune circonstance précise de cet événement — ce Bloc ne rapporte ici que ce que le texte affirme nommément, sans importer l’identification de cet adversaire ni la datation précise que proposent les récits historiques extérieurs au texte lui-même (domaine du tafsīr, hors de cette méthode).

S.30:2
غُلِبَتِ الرُّومُ
Ghulibati r-Rūm Les Rūm ont été vaincus (ghulibat).
Notes lexicales
ghulibat
racine *gh-l-b* : dominer, l'emporter sur — précédent établi pour cette même racine, employée au sens figuré d'une emprise intérieure (S23:106 : « *shiqwatunā ghalabat ʿalaynā* »). Ici, au sens concret d'une défaite subie — voir le callout ci-dessus.
ar-Rūm
voir le callout ci-dessus.

S.30:3 · Dans la terre la plus proche — après leur défaite, ils vaincront

S.30:3
فِي أَدْنَى الْأَرْضِ وَهُمْ مِنْ بَعْدِ غَلَبِهِمْ سَيَغْلِبُونَ
Fī adnā l-arḑi wa-hum min baʿdi ghalabihim sa-yaghlibūn dans la terre la plus proche (adnā l-arḑ) — et eux, après leur défaite (ghalab), vaincront bientôt (sa-yaghlibūn).
Notes lexicales
adnā l-arḑ
racine *d-n-w* : être proche, d'un degré inférieur de distance ou de rang — le même comparatif qui donne *ad-dunyā* (la vie « la plus proche », par opposition à l'Au-delà). Première occurrence développée de cette racine. **Non-dit** : ce seul mot ne précise pas, de façon univoque, le point de référence exact de cette proximité (proche de l'Arabie, ou simplement le point géographique le plus bas/le plus accessible) — le sens le plus directement porté par la racine, retenu ici, est celui d'une proximité relative.
min baʿdi ghalabihim sa-yaghlibūn
**Dit, cohérence intra-verset** : même racine *gh-l-b* que S30:2 (ce Bloc), reprise en miroir exact — la défaite subie (*ghalab*) devient, dans la même phrase, le point de départ d'une victoire annoncée (*sa-yaghlibūn*). **Non-dit** : ce seul verset n'indique pas contre qui cette victoire future aura lieu.

S.30:4 · En quelques années — à Allaah l’affaire, avant et après — la joie des croyants

Point de méthode — la portée exacte de « lillāhi l-amru min qablu wa-min baʿdu ». Un comparatif de temps (« avant » et « après ») suppose un point de référence. Dit : le texte affirme, sans restriction, qu’à Allaah appartient al-amr — mot qui porte, en arabe, deux champs de sens distincts : l’affaire, l’état de choses (ce qui arrive, se décide ou se renverse), et le commandement, l’ordre souverain. Non-dit : ce seul verset ne précise pas lequel des deux sens est premièrement visé — (1) une lecture rapporte « avant et après » à l’affaire précise qui vient d’être annoncée (la défaite, puis la victoire des Rūm), affirmant qu’Allaah en disposait avant qu’elle n’advienne et en disposera après ; (2) une autre lecture l’étend, par l’absence de tout complément restrictif dans le texte, à une affirmation plus générale — le commandement souverain sur toute chose, en tout temps. Ce Bloc rapporte les deux lectures, grammaticalement recevables l’une et l’autre, sans trancher au-delà de ce que ce seul verset permet.

S.30:4
فِي بِضْعِ سِنِينَ ۗ لِلَّهِ الْأَمْرُ مِنْ قَبْلُ وَمِنْ بَعْدُ ۚ وَيَوْمَئِذٍ يَفْرَحُ الْمُؤْمِنُونَ
Fī biḑʿi sinīn — lillāhi l-amru min qablu wa-min baʿdu — wa-yawmaʾidhin yafraḥu l-muʾminūn en quelques années (biḑʿ sinīn) — à Allaah l’affaire (al-amr), avant et après — et ce jour-là, les croyants se réjouiront (yafraḥu).
Notes lexicales
biḑʿi sinīn
racine *b-ḑ-ʿ* : *al-biḑʿ*, chez les lexicographes anciens (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*), désigne un petit nombre imprécis d'unités, généralement situé entre trois et neuf. Première occurrence développée de cette racine. **Dit** : le texte ne fixe donc pas un délai exact, mais une fourchette restreinte d'années.
lillāhi l-amru min qablu wa-min baʿdu
voir le callout de méthode ci-dessus.
yafraḥu l-muʾminūn
racine *f-r-ḥ* : la joie. Première occurrence développée de cette racine. **Dit** : le texte rattache explicitement cette joie à l'événement même qui vient d'être annoncé (la victoire des Rūm, S30:3, ce Bloc) — sans préciser davantage, par ce seul mot, la raison qui lierait cette joie à la condition des croyants eux-mêmes plutôt qu'au seul constat que la promesse d'Allaah s'accomplit.

S.30:5 · Par le secours d’Allaah — Il secourt qui Il veut

S.30:5
بِنَصْرِ اللَّهِ ۚ يَنْصُرُ مَنْ يَشَاءُ ۖ وَهُوَ الْعَزِيزُ الرَّحِيمُ
Bi-naṣri llāhi yanṣuru man yashāʾu wa-huwa l-ʿazīzu r-raḥīm par le secours (naṣr) d’Allaah — Il secourt qui Il veut — Il est al-ʿAzīz, ar-Raḥīm.
Notes lexicales
bi-naṣri llāhi yanṣuru man yashāʾu
racine *n-ṣ-r* : le secours, l'appui qui fait triompher. Première occurrence développée de cette racine. **Dit** : ce verset rattache nommément la victoire annoncée (S30:3–4, ce Bloc) à ce seul secours, et précise qu'il est accordé selon la seule volonté (*man yashāʾu*) d'Allaah.
al-ʿazīz
racine *ʿ-z-z*, extensivement établie : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah pour désigner ce qui est inaccessible à toute domination, sans équivalent ni égal — rendu en translittération, conservé tel quel faute d'un mot français qui en couvre exactement le champ (« puissant » ou « invincible » en restreignent le sens).
ar-raḥīm
racine *r-ḥ-m*, extensivement établie depuis l'ouverture de la Sourate 1 — conservé en translittération.

S.30:6 · La promesse d’Allaah — Il ne manque jamais à Sa promesse

S.30:6
وَعْدَ اللَّهِ ۖ لَا يُخْلِفُ اللَّهُ وَعْدَهُ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لَا يَعْلَمُونَ
Waʿda llāhi lā yukhlifu llāhu waʿdahu wa-lākinna akthara n-nāsi lā yaʿlamūn C’est la promesse (waʿd) d’Allaah — Allaah ne manque jamais à Sa promesse (lā yukhlifu) — mais la plupart des gens ne savent pas.
Notes lexicales
waʿda llāhi lā yukhlifu llāhu waʿdahu
racine *w-ʿ-d* (la promesse) et racine *kh-l-f* à la forme IV (*akhlafa*, manquer à ce que l'on avait annoncé). **Dit, cohérence intra-Bloc** : le texte qualifie ainsi, par cette formule générale, l'événement même qui vient d'être annoncé (S30:2–5, ce Bloc) — une promesse qu'aucun délai, fût-il de plusieurs années (S30:4, ce Bloc), ne vient contredire.
akthara n-nāsi lā yaʿlamūn
**Dit, transition** : ce constat sur l'ignorance de la plupart des gens ouvre directement sur le verset suivant (S30:7, ce Bloc), qui précise la nature de cette ignorance.

S.30:7 · Ils connaissent l’apparent de la vie d’ici-bas, insouciants de l’Au-delà

S.30:7
يَعْلَمُونَ ظَاهِرًا مِنَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَهُمْ عَنِ الْآخِرَةِ هُمْ غَافِلُونَ
Yaʿlamūna ẕāhiran mina l-ḥayāti d-dunyā wa-hum ʿani l-ākhirati hum ghāfilūn Ils connaissent l’apparent (ẕāhir) de la vie d’ici-bas (ad-dunyā) — tandis qu’ils sont, de l’Au-delà, totalement insouciants (ghāfilūn).
Notes lexicales
ẕāhiran
racine *ẕ-h-r* : ce qui apparaît, devient visible — précédent établi pour cette même racine (*mā ẕahara minhā*, S24:31, l'apparent qui échappe à la volonté de cacher). **Dit** : le texte qualifie la connaissance des gens de superficielle — limitée à la surface visible de la vie d'ici-bas — sans que ce seul mot ne précise davantage ce que recouvre, positivement, cette surface.
ghāfilūn
racine *gh-f-l* : l'inattention, l'oubli qui n'est pas un déni actif mais un simple défaut de considération. Première occurrence développée de cette racine — distincte de *kufr* (le refus actif) et de *ẕann* (la présomption sans fondement).

La création bi-l-ḥaqq, le parcours de la terre, l’issue des générations passées · S30:8–10

S.30:8 · N’ont-ils pas réfléchi ? La création des cieux et de la terre, avec le ḥaqq et un terme fixé

S.30:8
أَوَلَمْ يَتَفَكَّرُوا فِي أَنْفُسِهِمْ ۗ مَا خَلَقَ اللَّهُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا إِلَّا بِالْحَقِّ وَأَجَلٍ مُسَمًّى ۗ وَإِنَّ كَثِيرًا مِنَ النَّاسِ بِلِقَاءِ رَبِّهِمْ لَكَافِرُونَ
A-wa-lam yatafakkarū fī anfusihim mā khalaqa llāhu s-samāwāti wa-l-arḑa wa-mā baynahumā illā bi-l-ḥaqqi wa-ajalin musamman wa-inna kathīran mina n-nāsi bi-liqāʾi rabbihim la-kāfirūn N’ont-ils donc pas réfléchi en eux-mêmes ? Allaah n’a créé les cieux et la terre, et ce qui est entre les deux, qu’avec le ḥaqq et un terme fixé (ajalin musamman) — et beaucoup de gens, de la rencontre (liqāʾ) de leur Rabb, sont certes dans le kufr (kāfirūn).
Notes lexicales
khalaqa llāhu … illā bi-l-ḥaqqi wa-ajalin musamman
**Cohérence intra-coranique** : précédent exact déjà établi pour la clause *bi-l-ḥaqq* appliquée à la création des cieux et de la terre (S29:44 : « *khalaqa llāhu s-samāwāti wa-l-arḑa bi-l-ḥaqqi* ») ; *ajalin musamman*, précédent établi (S29:53, pour le terme fixé retenant un châtiment). **Dit** : ce verset applique ce même terme fixé non à un châtiment précis, mais à la création elle-même — la portée de ce terme (la durée impartie au monde créé, ou le moment de la reddition de comptes) n'est pas davantage précisée par ce seul verset.
bi-liqāʾi rabbihim la-kāfirūn
*liqāʾ*, racine *l-q-y*, précédent établi (S29:5) : la rencontre inéluctable de la reddition de comptes, non une donnée visuelle ou spatiale.

S.30:9 · N’ont-ils pas parcouru la terre ? L’issue de ceux d’avant eux

S.30:9
أَوَلَمْ يَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَيَنْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ ۚ كَانُوا أَشَدَّ مِنْهُمْ قُوَّةً وَأَثَارُوا الْأَرْضَ وَعَمَرُوهَا أَكْثَرَ مِمَّا عَمَرُوهَا وَجَاءَتْهُمْ رُسُلُهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ ۖ فَمَا كَانَ اللَّهُ لِيَظْلِمَهُمْ وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
A-wa-lam yasīrū fi l-arḑi fa-yanẕurū kayfa kāna ʿāqibatu lladhīna min qablihim — kānū ashadda minhum quwwatan wa-athārū l-arḑa wa-ʿamarūhā akthara mimmā ʿamarūhā wa-jāʾathum rusuluhum bi-l-bayyināti — fa-mā kāna llāhu li-yaẕlimahum wa-lākin kānū anfusahum yaẕlimūn N’ont-ils donc pas parcouru (yasīrū) la terre, pour voir ce qu’il est advenu (ʿāqiba) de ceux d’avant eux ? Ils étaient plus forts qu’eux (ashadda … quwwatan), ils ont retourné la terre (athārū l-arḑa) et l’ont mise en valeur (ʿamarūhā) plus qu’eux ne l’ont mise en valeur — et leurs rusul leur sont venus avec les preuves manifestes (al-bayyināt). Allaah n’allait pas leur faire du tort (li-yaẕlimahum) — mais c’est eux-mêmes qui se faisaient du tort (yaẕlimūn).
Notes lexicales
ashadda minhum quwwatan wa-athārū l-arḑa wa-ʿamarūhā
*athāra*, racine *th-w-r* : soulever, retourner (la terre, pour la cultiver). *ʿAmara*, racine *ʿ-m-r* : mettre en valeur, habiter et faire fructifier un lieu — même racine que *al-ʿumr* (la durée de vie). Premières occurrences développées de ces deux racines. **Non-dit** : ce seul verset ne nomme aucun peuple précis parmi ces générations plus fortes et plus actives — une généralité qui vaut, par construction, pour tout peuple disparu avant les destinataires de l'avertissement.
fa-mā kāna llāhu li-yaẕlimahum wa-lākin kānū anfusahum yaẕlimūn
**Cohérence intra-coranique** : formule-type déjà rencontrée sous une construction très proche (S29:40, pour les peuples châtiés) — le texte distingue systématiquement l'absence de tout *ẕulm* de la part d'Allaah et le *ẕulm* qu'un peuple s'inflige à lui-même par son propre fait.

S.30:10 · L’issue la plus mauvaise de ceux qui ont démenti les āyāt

S.30:10
ثُمَّ كَانَ عَاقِبَةَ الَّذِينَ أَسَاءُوا السُّوأَىٰ أَنْ كَذَّبُوا بِآيَاتِ اللَّهِ وَكَانُوا بِهَا يَسْتَهْزِئُونَ
Thumma kāna ʿāqibata lladhīna asāʾū s-sūʾā an kadhdhabū bi-āyāti llāhi wa-kānū bihā yastahziʾūn Puis l’issue (ʿāqiba) de ceux qui ont mal agi (asāʾū) fut la pire issue (as-sūʾā) — pour avoir démenti les āyāt d’Allaah, et s’en être moqués (yastahziʾūn).
Notes lexicales
asāʾū … as-sūʾā
racine *s-w-ʾ* : le mal, le dommage — le nom d'action *as-sūʾā* (forme superlative substantivée) reprend, de façon volontaire, la même racine que le verbe *asāʾū* qui le précède : littéralement, « ceux qui ont mal agi ont eu pour issue le pire du mal » — une construction de renforcement par la racine elle-même, rendue ici par « la pire issue » plutôt que par un calque exact.
kadhdhabū … yastahziʾūn
**Dit, clôture du mouvement** : le texte attache explicitement cette issue à deux faits précis — le démenti des *āyāt*, et la moquerie qui l'a accompagné — sans qu'aucun autre motif ne soit nommé par ce seul verset.

La scène de l’Heure — création répétée, désespoir, séparation en deux groupes · S30:11–16

S.30:11 · Allaah initie la création, puis la répète

S.30:11
اللَّهُ يَبْدَأُ الْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُ ثُمَّ إِلَيْهِ تُرْجَعُونَ
Allāhu yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu thumma ilayhi turjaʿūn Allaah initie (yabdaʾu) la création (al-khalq), puis Il la répète (yuʿīduhu) — puis c’est vers Lui que vous serez ramenés (turjaʿūn).
Notes lexicales
yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu
**Cohérence intra-coranique** : couple de verbes déjà rencontré sous une construction très proche (S29:19–20 : « *yubdiʾu llāhu l-khalqa thumma yuʿīduhu* »). **Dit, ouverture du mouvement** : ce verset pose, en ouverture de la scène de l'Heure qui occupe ce qui suit (S30:12–16, ce Bloc), le principe même sur lequel elle repose — la création initiale et sa répétition, non deux actes de nature différente.

S.30:12 · Le Jour où l’Heure se dressera — le désespoir muet des mujrimūn

Note de linguistique pure — yublisu, le silence de qui n’a plus d’argument. La racine b-l-s est glosée par les lexicographes anciens (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha) comme l’état de celui qui, démuni de toute réponse et de tout espoir, sombre dans un silence accablé — un désespoir qui réduit au mutisme, distinct de la simple tristesse. Point de prudence : certains ont rapproché cette racine du nom propre Iblīs ; l’origine de ce nom reste discutée par les linguistes et ce rapprochement demeure une hypothèse parmi d’autres, non tranchée ici et sans incidence sur le sens de ce verset.

S.30:12
وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ يُبْلِسُ الْمُجْرِمُونَ
Wa-yawma taqūmu s-sāʿatu yublisu l-mujrimūn Et le Jour où l’Heure (as-Sāʿa) se dressera (taqūmu), les mujrimūn seront saisis d’un désespoir muet (yublisu).
Notes lexicales
taqūmu s-sāʿatu
*as-Sāʿa*, extensivement établie → voir l'étude dédiée [L'Heure et ses signes](/etudes/heure-signes/). Reprise encore au verset suivant (S30:14, ce Bloc).
yublisu l-mujrimūn
voir le callout ci-dessus pour la racine *b-l-s*. *Mujrimūn*, racine *j-r-m*, extensivement établie : ceux qui commettent la faute délibérée.

S.30:13 · Nul intercesseur parmi leurs associés — ils les renient

S.30:13
وَلَمْ يَكُنْ لَهُمْ مِنْ شُرَكَائِهِمْ شُفَعَاءُ وَكَانُوا بِشُرَكَائِهِمْ كَافِرِينَ
Wa-lam yakun lahum min shurakāʾihim shufaʿāʾu wa-kānū bi-shurakāʾihim kāfirīn Et ils n’auront, parmi leurs associés (shurakāʾ), aucun intercesseur (shufaʿāʾ) — et ils renieront alors leurs propres associés.
Notes lexicales
shufaʿāʾ
pluriel de *shafīʿ*, racine *sh-f-ʿ* : plaider en faveur d'autrui auprès d'une instance, l'intercession. **Dit** : ce verset affirme, sans restriction, l'absence totale d'intercesseur parmi ces associés précisément — **non-dit**, il ne traite ici d'aucune intercession qui serait par ailleurs accordée, par Allaah Lui-même, à qui Il voudrait ; ce seul verset porte exclusivement sur la vanité des associés (*shurakāʾ*) pris pour intercesseurs.
kānū bi-shurakāʾihim kāfirīn
racine *sh-r-k*, extensivement établie. **Dit** : le même terme « leurs associés » est repris deux fois dans ce seul verset — d'abord comme catégorie dont l'intercession est absente, puis comme objet d'un reniement (*kāfirīn*) de la part de ceux-là même qui les avaient pris pour tels.

S.30:14 · Le Jour où l’Heure se dressera — la séparation en deux groupes

S.30:14
وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ يَوْمَئِذٍ يَتَفَرَّقُونَ
Wa-yawma taqūmu s-sāʿatu yawmaʾidhin yatafarraqūn Et le Jour où l’Heure se dressera, ce jour-là, ils se sépareront (yatafarraqūn).
Notes lexicales
yatafarraqūn
racine *f-r-q* : se diviser, se séparer en groupes distincts. Première occurrence développée de cette racine. **Dit, transition** : ce verset annonce la séparation que les deux versets suivants (S30:15–16, ce Bloc) détaillent nommément en deux groupes opposés.

S.30:15 · Les croyants aux œuvres droites — reçus avec honneur dans un jardin

S.30:15
فَأَمَّا الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ فَهُمْ فِي رَوْضَةٍ يُحْبَرُونَ
Fa-ammā lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti fa-hum fī rawḑatin yuḥbarūn Quant à ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites (aṣ-ṣāliḥāt) — ils seront, dans un jardin luxuriant (rawḑa), accueillis avec honneur et contentement (yuḥbarūn).
Notes lexicales
rawḑatin
racine *r-w-ḑ* — Ibn Manẕūr (*Lisān al-ʿArab*) : *ar-rawḑa*, un lieu bas où l'eau s'amasse et où la végétation croît en abondance — image d'une verdure dense et bien irriguée, distincte de *janna* (le terme générique le plus fréquent pour désigner le jardin de la Demeure dernière). Première occurrence développée de cette racine.
yuḥbarūn
racine *ḥ-b-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : *al-ḥibr*, la marque éclatante que laisse un contentement profond, visible jusque sur le visage ; d'où le sens d'honorer, de combler d'un bien-être qui se manifeste extérieurement. Première occurrence développée de cette racine. Sans mot français d'un seul terme qui porte à la fois l'honneur et le contentement visible qu'exprime cette racine, ce Bloc rend *yuḥbarūn* par un groupe de mots.

S.30:16 · Les kāfirūn — maintenus dans le châtiment

S.30:16
وَأَمَّا الَّذِينَ كَفَرُوا وَكَذَّبُوا بِآيَاتِنَا وَلِقَاءِ الْآخِرَةِ فَأُولَٰئِكَ فِي الْعَذَابِ مُحْضَرُونَ
Wa-ammā lladhīna kafarū wa-kadhdhabū bi-āyātinā wa-liqāʾi l-ākhirati fa-ulāʾika fi l-ʿadhābi muḥḑarūn Et quant à ceux qui ont rejeté (kafarū), et démenti Nos āyāt et la rencontre de l’Au-delà — ceux-là seront maintenus (muḥḑarūn) dans le châtiment.
Notes lexicales
muḥḑarūn
racine *ḥ-ḑ-r*, forme IV au passif — précédent établi (S28:61 : « *mina l-muḥḑarīn* », ceux qui seront produits devant le jugement) : ce qui est amené, maintenu devant une instance, sans échappée possible. **Dit, clôture du mouvement** : ce verset referme l'ensemble S30:11–16 en miroir exact du verset précédent — un même accueil (« fa-hum fī… »/« fa-ulāʾika fī… ») pour deux destinées strictement opposées.

Le tasbīḥ aux heures du jour, le vivant et le mort, la terre revivifiée · S30:17–19

S.30:17–18 · Le tasbīḥ et la ḥamd, aux quatre moments du jour

Note de linguistique pure — une même racine pour « l’apparent » (S30:7) et « le milieu du jour » (ici). Le verbe tuẕhirūn, qui désigne ici le moment du milieu du jour (l’heure dite aẕ-ẕuhr), partage sa racine ẕ-h-r avec ẕāhiran (« l’apparent », S30:7, ce Bloc). Les lexicographes anciens rattachent en effet le nom de cette heure au même sens de ce qui devient pleinement visible, manifeste — le soleil alors au plus haut découvrant toute chose sans l’ombre qui, matin et soir, la voile en partie. Ce Bloc relève ce lien de racine comme un fait de langue, sans en tirer de portée théologique au-delà de ce que chacun des deux versets affirme en son lieu propre.

S.30:17–18
فَسُبْحَانَ اللَّهِ حِينَ تُمْسُونَ وَحِينَ تُصْبِحُونَ ۝ وَلَهُ الْحَمْدُ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَعَشِيًّا وَحِينَ تُظْهِرُونَ
Fa-subḥāna llāhi ḥīna tumsūna wa-ḥīna tuṣbiḥūn — wa-lahu l-ḥamdu fi s-samāwāti wa-l-arḑi wa-ʿashiyyan wa-ḥīna tuẕhirūn Qu’Il est dégagé de toute imperfection (subḥāna llāh), au moment où vous entrez dans le soir (tumsūn) et au moment où vous entrez dans le matin (tuṣbiḥūn) — et à Lui la louange (ḥamd), dans les cieux et la terre, et au déclin de l’après-midi (ʿashiyyan) et au milieu du jour (ḥīna tuẕhirūn).
Notes lexicales
subḥāna llāhi
racine *s-b-ḥ*, extensivement établie : jamais « gloire à », mais « Il est dégagé de toute imperfection » — le mouvement libre, sans entrave, par lequel on écarte d'Allaah toute limite ou tout défaut qu'on pourrait Lui attribuer.
tumsūna … tuṣbiḥūn … ʿashiyyan … tuẕhirūn
quatre moments qui structurent la journée entière : l'entrée dans le soir, l'entrée dans le matin, le déclin de l'après-midi (*ʿashiyy*, racine *ʿ-sh-w*) et le milieu du jour (*ẕuhr* — voir le callout ci-dessus pour sa racine). **Cohérence intra-coranique** : ce Bloc rapproche ce couple de moments d'un autre déjà rencontré pour le *tasbīḥ* (*al-ghuduww wa-l-āṣāl*, S24:36) — deux désignations distinctes, par des mots différents, d'un même principe : rappeler Allaah aux moments qui jalonnent le jour, sans que l'un de ces découpages n'épuise ni n'annule l'autre.
lahu l-ḥamdu fi s-samāwāti wa-l-arḑi
*al-ḥamd*, établi depuis l'ouverture de la Sourate 1. **Dit** : la louange est ici posée comme universelle, dans les cieux et la terre — sans que ce seul verset ne précise la nature des voix ou des êtres qui l'accomplissent.

S.30:19 · Le vivant sorti du mort, le mort sorti du vivant — la terre revivifiée

S.30:19
يُخْرِجُ الْحَيَّ مِنَ الْمَيِّتِ وَيُخْرِجُ الْمَيِّتَ مِنَ الْحَيِّ وَيُحْيِي الْأَرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا ۚ وَكَذَٰلِكَ تُخْرَجُونَ
Yukhriju l-ḥayya mina l-mayyiti wa-yukhriju l-mayyita mina l-ḥayyi wa-yuḥyī l-arḑa baʿda mawtihā wa-kadhālika tukhrajūn Il fait sortir le vivant (al-ḥayy) du mort (al-mayyit), et fait sortir le mort du vivant, et fait vivre (yuḥyī) la terre après sa mort — et c’est ainsi que vous serez faits sortir (tukhrajūn).
Notes lexicales
yukhriju l-ḥayya mina l-mayyiti wa-yukhriju l-mayyita mina l-ḥayyi
racines *ḥ-y-y* et *m-w-t*, étudiées en détail dans l'étude dédiée [Amwāt, Aḥyāʾ, Barzakh](/etudes/amwat-ahyaa-barzakh/). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ces deux mouvements inverses — ni s'il désigne uniquement le cycle du vivant biologique (la graine morte dont sort la plante vivante, et inversement), ni s'il vise d'emblée, par l'image, la résurrection elle-même ; la clause finale du même verset (*wa-kadhālika tukhrajūn*) applique cependant explicitement ce même mouvement à la sortie des hommes hors de la mort.
wa-yuḥyī l-arḑa baʿda mawtihā … wa-kadhālika tukhrajūn
**Dit, clôture du Bloc** : ce dernier verset referme le Bloc sur l'écho exact de son ouverture (*yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu*, S30:11, ce Bloc) — la terre revivifiée après sa mort devient ici l'image par laquelle le texte affirme, une dernière fois dans ce Bloc, que la même sortie (*tukhrajūn*) attend les hommes eux-mêmes.

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