Structure du Bloc IV — clôture de la Sourate 29. Quatre mouvements. D’abord la clôture du développement sur la création (S29:19–23, Bloc II) : Allaah a créé les cieux et la terre « avec le ḥaqq » — puis l’ordre fait de réciter le Kitāb et d’accomplir la ṣalāt, dont il est dit qu’elle interdit la fāḥisha et le munkar, et que le dhikr d’Allaah est plus grand ; l’interdiction de disputer avec les Ahl al-Kitāb autrement que par la meilleure manière, sauf ceux d’entre eux qui commettent le ẕulm, et la parole de reconnaissance commune à leur adresser ; l’affirmation que ce Kitāb est reçu avec foi par certains, renié seulement par les kāfirūn ou les ẕālimūn selon les deux versets qui l’affirment ; le rappel que le Prophète ne lisait ni n’écrivait avant lui ; la demande d’un signe supplémentaire et la réponse qui la refuse ; la suffisance d’Allaah comme témoin (S29:44–52). Puis l’impatience devant le châtiment demandé, la certitude de sa survenue à un terme fixé, et Jahannam déjà dite cernant les kāfirūn (S29:53–55). Puis un ensemble sur la confiance : la terre vaste offerte à qui émigre, la mort qui atteint toute âme, la rétribution de ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites, la créature qui ne porte pas son propre rizq, les questions rhétoriques sur qui a créé les cieux et la terre et fait descendre l’eau, et la clôture sur la vie d’ici-bas comme jeu face à la Demeure dernière nommée al-Ḥayawān (S29:56–64). Enfin le shirk qui revient après le sauvetage en mer, le ḥaram sûr au milieu du danger environnant, la question sur qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allaah, et le dernier verset de la sourate, qui referme sur le jihâd et la guidance promise (S29:65–69).
Avertissement de méthode — quatre points de prudence propres à ce Bloc. (1) S29:46, « notre ilāh et votre ilāh sont un seul » : verset théologiquement sensible, adressé nommément aux Ahl al-Kitāb — ce Bloc rapporte ce que le texte affirme (une identité de l’ilāh adoré) et ce qu’il laisse non dit (la nature de ce qui sépare par ailleurs les deux communautés, et le contenu exact du ẕulm qui exclut certains d’entre eux de cette parole), sans rien ajouter. (2) S29:60, la dābba qui « ne porte pas son rizq » : il a déjà été rencontré cette même racine d-b-b en deux occurrences distinctes — un sens générique et concret (S24:45, les modes de locomotion) et une occurrence eschatologique singulière (S27:82, une dābba qui « parle »). Ce Bloc rattache S29:60 au premier emploi, générique et concret, et ne l’importe pas dans l’occurrence eschatologique de S27:82, dont la nature reste, comme déjà signalé à cet endroit, propre à elle seule. (3) S29:64, al-Ḥayawān : terme dont la forme lexicale précise est signalée avec le soin que demande toute désignation de l’Ākhira, sans assertion au-delà de ce que les dictionnaires anciens eux-mêmes rapportent. (4) Ce Bloc referme l’ensemble de la Sourate 29 : sa dernière note (S29:69) relève la cohérence qui unit ce verset final à l’ouverture de la sourate (S29:6, S29:8, Bloc I).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.29:44 | Allaah a créé les cieux et la terre avec le ḥaqq |
| S.29:45 | Réciter le Kitāb, accomplir la ṣalāt — elle interdit la fāḥisha et le munkar — le dhikr est plus grand |
| S.29:46 | Ne disputez avec les Ahl al-Kitāb que de la meilleure manière — « notre ilāh et votre ilāh sont un seul » |
| S.29:47 | Ainsi est descendu le Kitāb — certains y croient, seuls les kāfirūn le renient |
| S.29:48 | « Tu ne récitais ni n’écrivais avant lui » |
| S.29:49 | Des āyāt manifestes dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné |
| S.29:50 | « Si seulement des āyāt lui avaient été descendues » — « je ne suis qu’un avertisseur manifeste » |
| S.29:51 | Le Kitāb récité sur eux ne leur suffit-il pas ? |
| S.29:52 | « Allaah suffit comme témoin entre moi et vous » |
| S.29:53 | Ils hâtent le châtiment — mais un terme fixé le retient — il viendra soudainement |
| S.29:54 | Jahannam cerne déjà les kāfirūn |
| S.29:55 | Le jour où le châtiment les enveloppera — « Goûtez ce que vous faisiez » |
| S.29:56 | « Ma terre est vaste — adorez-Moi donc, Moi seul » |
| S.29:57 | Toute âme goûtera la mort — puis vers Nous le retour |
| S.29:58 | La rétribution de ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites |
| S.29:59 | Ceux qui ont été patients et s’en remettent à leur Rabb |
| S.29:60 | La dābba qui ne porte pas son rizq — Allaah la nourrit |
| S.29:61 | « Qui a créé les cieux et la terre ? » — ils répondent « Allaah » — comment se détournent-ils alors ? |
| S.29:62 | Allaah étend le rizq à qui Il veut, et le mesure strictement |
| S.29:63 | « Qui a fait descendre l’eau et fait vivre la terre ? » — « al-Ḥamdu lillāh ! » |
| S.29:64 | La vie d’ici-bas, jeu et divertissement — la Demeure dernière, al-Ḥayawān |
| S.29:65 | Sur le bateau, l’invocation exclusive — sur la terre ferme, le shirk qui revient |
| S.29:66 | Pour renier ce qui leur a été donné, et jouir — ils sauront bientôt |
| S.29:67 | Le ḥaram sûr, tandis que les gens sont arrachés autour |
| S.29:68 | Qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allaah ? |
| S.29:69 | Ceux qui se sont évertués pour Nous — Nous les guiderons — Allaah est avec les muḥsinūn |
La création avec le ḥaqq, la ṣalāt, les Ahl al-Kitāb, le Kitāb reçu avec foi · S29:44–52
S.29:44 · Allaah a créé les cieux et la terre avec le ḥaqq
- khalaqa … bi-l-ḥaqqi
- Cohérence intra-Bloc II/IV : la racine *kh-l-q* referme ici le développement sur la création déjà ouvert dans cette sourate (S29:19–20, Bloc II : « *yubdiʾu llāhu l-khalqa* ») — mais en y ajoutant, pour la première fois dans ce Bloc, la précision *bi-l-ḥaqq* : cette création n'est pas un acte sans finalité ni sans vérité propre. Non-dit : ce seul verset ne développe pas en quoi consiste précisément ce *ḥaqq* au-delà de l'affirmer comme la manière même dont cette création a eu lieu.
S.29:45 · Réciter le Kitāb, accomplir la ṣalāt — elle interdit la fāḥisha et le munkar — le dhikr est plus grand
Point de méthode — la comparaison « akbar », et ce que ce seul verset ne tranche pas. Le verset affirme : wa-la-dhikru llāhi akbar — « et le dhikr d’Allaah est plus grand ». Un comparatif suppose un second terme. Dit : le contexte immédiat ne propose qu’un seul terme de comparaison explicite dans la phrase qui précède — l’interdiction de la fāḥisha et du munkar par la ṣalāt. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si « plus grand » signifie que le dhikr contenu dans la ṣalāt est la part la plus grande de ce qu’elle accomplit (plus grande que sa seule fonction d’interdiction), ou si la formule pose une affirmation plus générale et absolue (le dhikr d’Allaah, plus grand que toute autre chose). Ce Bloc rapporte les deux lectures, grammaticalement recevables l’une et l’autre, sans trancher au-delà de ce que ce seul verset permet.
- aqimi ṣ-ṣalāta … tanhā ʿani l-faḥshāʾi wa-l-munkari
- *ṣalāt*, conservé en translittération, précédent extensivement établi : sans équivalent français qui en couvre le sens propre sans le réduire. Cohérence intra-sourate : *al-faḥshāʾ* reprend la même racine *f-ḥ-sh* que *al-fāḥisha* nommée pour Lūṭ (S29:28, Bloc III) ; *al-munkar* reprend le mot déjà rencontré dans le reproche adressé à ce même peuple (S29:29, Bloc III, *nādīkumu l-munkar*). Ce Bloc relève ce double écho lexical, qui referme sur une portée générale ce que le récit de Lūṭ avait nommé pour un cas particulier, sans que ce verset-ci ne désigne nommément ce récit.
- wa-la-dhikru llāhi akbaru
- voir le callout de méthode ci-dessus. *Dhikr*, racine *dh-k-r*, extensivement établie : le rappel, la mention qui maintient présent ce qui pourrait être oublié.
- yaʿlamu mā taṣnaʿūn
- racine *ṣ-n-ʿ* : façonner, accomplir avec art ou avec soin — première occurrence développée de cette racine, distincte de *ʿamila* (agir, accomplir en général), plus largement établie.
S.29:46 · Ne disputez avec les Ahl al-Kitāb que de la meilleure manière — « notre ilāh et votre ilāh sont un seul »
Prudence théologique — ce que ce verset affirme, et ce qu’il ne développe pas. Dit : le texte ordonne de ne pas disputer (lā tujādilū) avec les Ahl al-Kitāb autrement que par la manière la meilleure (bi-llatī hiya aḥsan), fait une exception pour ceux d’entre eux qui commettent le ẕulm, et prescrit une parole précise à leur adresser : la reconnaissance de ce qui a été descendu aux deux côtés, l’affirmation que « notre ilāh et votre ilāh sont un seul (wāḥid) », et la déclaration d’une soumission (muslimūn) à Lui. Non-dit : ce seul verset ne précise ni la nature de ce qui, par ailleurs, sépare doctrinalement les deux communautés (question que ce verset ne pose pas et que ce Bloc n’importe donc pas ici), ni le contenu exact de ce ẕulm qui exclut certains d’entre eux de cette parole de reconnaissance commune — il pose cette seule exception, sans la détailler davantage.
- lā tujādilū … illā bi-llatī hiya aḥsan
- racine *j-d-l* : la dispute, l'argumentation qui cherche à faire plier l'autre — première occurrence développée de cette racine. *Aḥsan*, racine *ḥ-s-n*, extensivement établie.
- ahla l-kitābi
- conservé en translittération (« Ahl al-Kitāb ») : expression sans équivalent français d'un seul mot qui en couvre le sens exact — ceux à qui un Kitāb a été donné antérieurement.
- wa-ilāhunā wa-ilāhukum wāḥidun
- *ilāh*, conservé en translittération, conformément à l'usage déjà retenu pour ce mot (S23:91, S28:70–72) — ce mot n'est traduit ni par « dieu » ni par « divinité », ce dernier mot étant réservé aux divinités hypothétiques des mythologies anciennes. Voir le callout de prudence ci-dessus pour la portée exacte de cette affirmation.
- wa-naḥnu lahu muslimūn
- racine *s-l-m*, forme IV : se soumettre entièrement. Conservé en translittération, conformément à l'usage déjà retenu pour les participes substantivés de ce type (*ṣāliḥūn*, *kāfirūn*, *ẕālimūn*).
S.29:47 · Ainsi est descendu le Kitāb — certains y croient, seuls les kāfirūn le renient
- wa-min hāʾulāʾi man yuʾminu bihi
- Non-dit : ce seul démonstratif (« ces gens-là ») ne nomme pas explicitement son référent — ni la génération contemporaine du *rasūl* dans son ensemble, ni un sous-groupe distinct des « ceux à qui Nous avons donné le Kitāb » qui précèdent dans la même phrase. Ce Bloc rapporte cette désignation telle qu'elle se présente, sans lui substituer une identification que ce verset ne fournit pas lui-même.
- yajḥadu bi-āyātinā
- racine *j-ḥ-d* : nier, renier une chose tout en la connaissant — un déni actif, distinct du simple refus de croire. Première occurrence développée de cette racine. Point de style, sans doctrine distincte : ce même verbe reviendra au verset suivant (S29:49, ce Bloc) avec un sujet distinct (*aẕ-ẕālimūn* plutôt que *al-kāfirūn*) pour désigner, selon toute apparence, le même comportement de déni — une variation lexicale que ce Bloc relève sans y voir deux catégories étanches.
S.29:48 · « Tu ne récitais ni n’écrivais avant lui »
- wa-mā kunta tatlū … wa-lā takhuṭṭuhu bi-yamīnika
- Dit : le texte affirme, comme un fait acquis, que le *rasūl* ne récitait ni n'écrivait aucun *kitāb* avant la révélation de celui-ci. Non-dit : ce seul verset ne développe aucun autre détail biographique au-delà de cette seule affirmation — ce Bloc ne l'étend à aucune autre circonstance que ce verset ne mentionne pas lui-même.
- la-rtāba l-mubṭilūn
- racine *b-ṭ-l* : ce qui est vain, nul, sans fondement — *al-mubṭilūn*, ceux qui professent ou pratiquent le *bāṭil*. Première occurrence développée de cette racine substantivée. *Rtāba*, racine *r-y-b* : le doute qui s'installe, l'inquiétude du soupçon.
S.29:49 · Des āyāt manifestes dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné
- fī ṣudūri lladhīna ūtū l-ʿilma
- Cohérence intra-sourate : *ṣudūr* (pluriel de *ṣadr*, la poitrine) reprend le mot déjà rencontré dans cette sourate pour ce qu'Allaah connaît et que la déclaration verbale ne saurait devancer (S29:10, Bloc I : « *bi-mā fī ṣudūri l-ʿālamīn* »). Ici, à l'inverse de ce premier emploi (le contenu caché, su d'Allaah seul), ce sont les poitrines elles-mêmes qui portent, de façon manifeste, les *āyāt* — pour ceux à qui le *ʿilm* a été donné. Ce Bloc relève ce contraste de construction sans fusionner les deux emplois.
- wa-mā yajḥadu bi-āyātinā illā ẕ-ẕālimūn
- voir la note déjà posée au verset précédent (S29:47, ce Bloc) sur la variation *al-kāfirūn*/*aẕ-ẕālimūn* pour ce même verbe *yajḥadu*.
S.29:50 · « Si seulement des āyāt lui avaient été descendues » — « je ne suis qu’un avertisseur manifeste »
- innamā l-āyātu ʿinda llāhi
- Dit : la réponse ne nie pas la possibilité d'un tel signe, mais en place la disposition exclusivement auprès d'Allaah — hors de toute initiative propre du *rasūl*.
- innamā ana nadhīrun mubīn
- *nadhīr*, racine *n-dh-r*, l'avertisseur. Cohérence intra-sourate : cette auto-désignation restrictive (« je ne suis qu'un… ») reprend le même principe déjà posé pour le *rasūl* en général (S29:18, Bloc II : « *wa-mā ʿalā r-rasūli illā l-balāghu l-mubīn* ») — la charge reconnue par le texte lui-même se limite, dans les deux cas, à la transmission et à l'avertissement, non à la production de signes sur demande.
S.29:51 · Le Kitāb récité sur eux ne leur suffit-il pas ?
- la-raḥmatan wa-dhikrā
- Dit, cohérence intra-Bloc : *dhikrā* reprend la même racine que *dhikru llāhi* (S29:45, ce Bloc) — le Kitāb lui-même devient, par sa récitation, l'occasion de ce même rappel.
S.29:52 · « Allaah suffit comme témoin entre moi et vous »
- al-khāsirūn
- racine *kh-s-r* : subir une perte, échouer dans une transaction — première occurrence développée de cette racine substantivée. Dit, clôture du mouvement : ce verset referme l'ensemble S29:44–52 par l'alternative déjà posée dans cette sourate (croire au *bāṭil* et renier Allaah, à l'opposé de ceux qui croient et agissent droitement, S29:7/9, Bloc I).
L’impatience devant le châtiment, Jahannam déjà cernante · S29:53–55
S.29:53 · Ils hâtent le châtiment — mais un terme fixé le retient — il viendra soudainement
- ajalun musamman
- Cohérence intra-sourate : *ajal*, racine *ʾ-j-l*, reprend le même mot déjà rencontré pour le terme fixé de la rencontre d'Allaah (S29:5, Bloc I : « *fa-inna ajala llāhi la-ātin* ») — ici appliqué, de façon distincte, au terme qui retient encore la survenue du châtiment lui-même.
- baghtatan … lā yashʿurūn
- racine *b-gh-t* : ce qui survient sans signe annonciateur, de façon abrupte — première occurrence développée de cette racine. *Shaʿara*, racine *sh-ʿ-r* : percevoir, avoir conscience de.
S.29:54 · Jahannam cerne déjà les kāfirūn
- la-muḥīṭatun bi-l-kāfirīn
- racine *ḥ-w-ṭ* : encercler entièrement, envelopper sans reste — première occurrence développée de cette racine. Dit : le texte emploie un présent/état accompli (*la-muḥīṭatun*, participe actif) et non un futur — Jahannam est dite cerner les *kāfirūn* dès ce moment même de l'énonciation. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce rapport déjà effectif entre Jahannam et les *kāfirūn* avant la survenue du Jour décrit au verset suivant — ce Bloc rapporte cette affirmation telle qu'elle se présente, sans la développer par une explication que le texte ne fournit pas lui-même.
S.29:55 · Le jour où le châtiment les enveloppera — « Goûtez ce que vous faisiez »
Point de grammaire — le sujet non nommé de « il dira ». Wa-yaqūlu (« et il dira/dit ») n’a, dans ce seul verset, aucun sujet explicitement nommé : la phrase qui précède immédiatement a pour sujet al-ʿadhāb (le châtiment), ce qui permettrait grammaticalement de lire une continuité de ce même sujet ; mais le contenu de la parole rapportée (« Goûtez ce que vous faisiez ») suggère tout autant un énonciateur personnel. Ce Bloc rend cette troisième personne par une construction neutre (« qu’il sera dit »), sans assigner ce dire ni au châtiment personnifié ni nommément à Allaah, le texte lui-même ne tranchant pas cette identité à cet endroit précis.
- yaghshāhumu … min fawqihim wa-min taḥti arjulihim
- racine *gh-sh-w* : envelopper, recouvrir entièrement — première occurrence développée de cette racine. Dit : l'image pose un enveloppement total, de haut en bas, sans échappatoire spatiale.
- wa-yaqūlu dhūqū mā kuntum taʿmalūn
- voir le callout de grammaire ci-dessus.
La terre vaste, la mort, la rétribution, la dābba, les questions rhétoriques, al-Ḥayawān · S29:56–64
S.29:56 · « Ma terre est vaste — adorez-Moi donc, Moi seul »
- inna arḑī wāsiʿatun
- Non-dit : ce seul verset ne nomme aucune circonstance précise (un lieu quitté, une contrainte subie) qui justifierait ce rappel de l'étendue de la terre — il affirme seulement cette étendue, immédiatement suivie de l'ordre d'adoration exclusive.
- fa-iyyāya fa-ʿbudūn
- Point de grammaire : le pronom *iyyāya* (« Moi »), placé avant le verbe qu'il complète, en reçoit une emphase d'exclusivité propre à cette construction — « c'est Moi, et nul autre, qu'il faut adorer ».
S.29:57 · Toute âme goûtera la mort — puis vers Nous le retour
- thumma ilaynā turjaʿūn
- Cohérence intra-sourate : même racine *r-j-ʿ* que *turjaʿūn* (S29:17, Bloc II) et *marjiʿukum* (S29:8, Bloc I) — un même retour vers Allaah, nommé à plusieurs reprises dans cette sourate par cette racine.
S.29:58 · La rétribution de ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites
- la-nubawwiʾannahum … ghurafan
- racine *b-w-ʾ* : établir, installer durablement dans un lieu — première occurrence développée de cette racine. *Ghuraf*, pluriel de *ghurfa* : chambre haute, étage élevé d'une demeure.
- niʿma ajru l-ʿāmilīn
- Cohérence intra-Bloc : *al-ʿāmilīn* reprend la même racine *ʿ-m-l* que *ʿamilū ṣ-ṣāliḥāt*, dans la même phrase — ceux qui « agissent » nommés une seconde fois par cette seule qualité d'agir, sans autre précision ajoutée par ce verset.
S.29:59 · Ceux qui ont été patients et s’en remettent à leur Rabb
- yatawakkalūn
- racine *w-k-l*, forme V : se confier entièrement à un autre pour la charge d'une affaire — première occurrence développée de cette racine. Dit, cohérence intra-Bloc : ce verset qualifie, en apposition, les mêmes « ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites » du verset précédent (S29:58, ce Bloc) par deux traits supplémentaires — la patience et cette confiance remise à leur Rabb — sans qu'il soit précisé si ces deux traits forment une condition supplémentaire ou une simple description de ce même groupe.
S.29:60 · La dābba qui ne porte pas son rizq — Allaah la nourrit
Point de cohérence intra-coranique, sans fusion — une racine, deux occurrences distinctes. Voir l’avertissement de méthode en tête de ce Bloc. Dābba est ici employée au sens générique et concret déjà établi (S24:45 : « wa-llāhu khalaqa kulla dābbatin min māʾin », toute créature qui se meut sur le sol) — non au sens de l’occurrence singulière et eschatologique rencontrée ailleurs (S27:82, la dābba qui « sort de la terre » et « parle »). Ce Bloc ne mêle pas ces deux occurrences : ici, le texte affirme un fait d’observation portant sur des créatures ordinaires, reliées au thème du rizq et de la confiance (tawakkul, S29:59, ce Bloc) déjà en cours dans ce passage.
- wa-kaʾayyin min dābbatin lā taḥmilu rizqahā
- voir le callout ci-dessus. *Ḥamala*, racine *ḥ-m-l*, précédent établi (S29:12–13, Bloc I : porter une charge). Non-dit : ce seul verset ne nomme aucune espèce particulière de *dābba* répondant à cette description — il affirme un fait général, sans l'illustrer par un exemple nommé.
- llāhu yarzuquhā wa-iyyākum
- Cohérence intra-sourate : *rizq*, racine *r-z-q*, extensivement établie dans cette sourate depuis S29:17 (Bloc II, les idoles sans *rizq*) et S29:62 (ce Bloc, plus loin) — ici appliquée conjointement à la créature et à l'humain, sous une même source.
S.29:61 · « Qui a créé les cieux et la terre ? » — ils répondent « Allaah » — comment se détournent-ils alors ?
- fa-annā yuʾfakūn
- Cohérence intra-sourate : même racine *a-f-k* que *ifk* (S29:17, Bloc II, le mensonge forgé par inversion du vrai) — ici à la forme passive, appliquée à ceux qui, après avoir eux-mêmes reconnu Allaah comme seul créateur, se laissent pourtant « détourner », « inverser » loin de cette reconnaissance. Ce Bloc relève cet écho sans y voir une doctrine supplémentaire au-delà de ce rapprochement de racine, que le texte construit lui-même par ce choix de mot.
- sakhkhara sh-shamsa wa-l-qamara
- racine *s-kh-r*, forme II : asservir, soumettre au service d'un ordre fixé — première occurrence développée de cette racine.
S.29:62 · Allaah étend le rizq à qui Il veut, et le mesure strictement
- yabsuṭu r-rizqa … wa-yaqdiru lahu
- précédent exact, mot pour mot, déjà établi pour ce même couple verbal (S28, Bloc VI : « *Allāhu yabsuṭu r-rizqa li-man yashāʾu wa-yaqdiru* », à propos de Qārūn) : étendre/resserrer le *rizq* selon une mesure qui Lui appartient seul, sans que l'abondance ou la restriction n'en soit, par elle-même, un signe d'agrément ou de rejet.
S.29:63 · « Qui a fait descendre l’eau et fait vivre la terre ? » — « al-Ḥamdu lillāh ! »
- fa-aḥyā bihi l-arḑa min baʿdi mawtihā
- racine *ḥ-y-y*, extensivement établie. Cohérence intra-Bloc : prépare l'emploi, au verset suivant (S29:64, ce Bloc), de la racine voisine *ḥ-y-w* pour *al-Ḥayawān* — voir la note dédiée.
- quli l-ḥamdu lillāhi
- précédent établi depuis l'ouverture de la Sourate 1 (*al-Ḥamdu lillāh*). Dit : l'ordre donné ici (« Dis : al-Ḥamdu lillāh ») répond directement à l'aveu que les interlocuteurs viennent eux-mêmes de formuler (« ils diront : Allaah »).
S.29:64 · La vie d’ici-bas, jeu et divertissement — la Demeure dernière, al-Ḥayawān
Note de linguistique pure — al-Ḥayawān, une forme intensive distincte de al-ḥayāt. Ce même verset emploie, dans sa propre phrase, deux noms distincts d’une racine voisine pour deux choses que le texte oppose explicitement : al-ḥayāt (la vie, au sens courant) pour qualifier la vie d’ici-bas, réduite à lahw et laʿib ; et al-Ḥayawān, pour qualifier la Demeure dernière elle-même. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) et Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) rapportent que ḥayawān, dans cette couche ancienne de la langue, est une forme nominale intensive de la racine ḥ-y-y/ḥ-y-w — désignant la vie dans sa plénitude, sa permanence, par opposition au nom simple ḥayāt ; le sens restreint d’« animal » que ce même mot a pris plus tardivement dans l’usage général de la langue arabe n’appartient pas à cette couche lexicale ancienne et n’est pas retenu ici. Sans mot français d’un seul terme qui porte cette même opposition entre une vie simple et une vie intensifiée, ce Bloc rend al-Ḥayawān par un groupe de mots — « la vie véritable, dans sa plénitude » — tout en conservant le terme arabe en note, pour qui voudrait la racine exacte.
- lahwun wa-laʿibun
- *lahw*, racine *l-h-w* : ce qui détourne et occupe sans finalité durable. *Laʿib*, racine *l-ʿ-b* : le jeu. Deux premières occurrences développées de ces racines, employées ici conjointement pour qualifier la vie d'ici-bas prise pour elle-même.
- la-hiya l-ḥayawānu
- voir le callout de linguistique pure ci-dessus.
Le shirk après le sauvetage en mer, le ḥaram sûr, la clôture · S29:65–69
S.29:65 · Sur le bateau, l’invocation exclusive — sur la terre ferme, le shirk qui revient
- fi l-fulki
- racine *f-l-k*, le vaisseau, le navire — distinct de *as-safīna* (racine *s-f-n*) déjà rencontrée dans cette sourate pour le bateau de Nūḥ (S29:15, Bloc II). Point de style, sans portée doctrinale distincte : variation lexicale propre au texte pour deux embarcations distinctes, non une différence de nature entre elles que ce Bloc ne pose pas.
- mukhliṣīna lahu d-dīna
- *akhlaṣa*, racine *kh-l-ṣ*, forme IV : rendre pur, dégager entièrement de tout mélange — appliqué ici à l'acte de rendre le *dīn* exclusif à Allaah seul. Première occurrence développée de cette racine. *Dīn*, conservé en translittération, conformément à la règle constante retenue (terme sans équivalent français fidèle qui en couvre le sens propre sans le réduire).
- fa-lammā najjāhum ilā l-barri idhā hum yushrikūn
- Dit : le texte pose un contraste temporel strict — l'exclusivité de l'invocation pendant le danger en mer, le retour au *shirk* dès le danger passé — sans qu'aucune nuance supplémentaire (progressivité, degré du *shirk* qui revient) ne soit apportée par ce seul verset.
S.29:66 · Pour renier ce qui leur a été donné, et jouir — ils sauront bientôt
- li-yatamattaʿū
- racine *m-t-ʿ*, précédent établi (S28, Bloc VI : *matāʿu l-ḥayāti d-dunyā*) : la jouissance limitée dans le temps.
S.29:67 · Le ḥaram sûr, tandis que les gens sont arrachés autour
Point de prudence — ce que ce seul verset nomme, et ce qu’il ne nomme pas. Dit : le texte affirme qu’Allaah a fait un ḥaram (un lieu déclaré protégé, inviolable) āmin (sûr), alors que les gens, autour de lui, sont arrachés (yutakhaṭṭafu). Non-dit : ce seul verset ne nomme ni Makkah, ni aucun lieu propre — il emploie le seul terme commun ḥaraman (à l’indéfini), sans l’identifier davantage par un nom. Ce Bloc rapporte ce que le texte affirme sans lui substituer une identification géographique que ce verset, pris en lui-même, ne fournit pas.
- ḥaraman āminan
- racine *ḥ-r-m* : ce qui est déclaré inviolable, mis à part de tout usage ordinaire ou de toute violence. Voir le callout de prudence ci-dessus.
- yutakhaṭṭafu n-nāsu min ḥawlihim
- racine *kh-ṭ-f*, forme V passive : être arraché, saisi par surprise et avec violence — première occurrence développée de cette racine.
S.29:68 · Qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allaah ?
- wa-man aẕlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban
- formule récurrente dans le Coran, précédent établi pour cette même construction (S6:21/93, S7:37, S10:17, S11:18, S18:15, déjà publiées) : une question rhétorique fermée, qui ne laisse place à aucune réponse autre que la négative. *Iftarā*, racine *f-r-y*, précédent établi (S29:13, Bloc I : *yaftarūn*).
- mathwan li-l-kāfirīn
- racine *th-w-y* : séjourner, demeurer en un lieu — première occurrence développée de cette racine.
S.29:69 · Ceux qui se sont évertués pour Nous — Nous les guiderons — Allaah est avec les muḥsinūn
Clôture de la Sourate 29 — la racine j-h-d referme ce qu’elle avait ouvert. Ce dernier verset de la sourate reprend la même racine j-h-d employée à deux reprises dans le Bloc I de cette même sourate : une fois de façon générale et sans complément d’objet précisé (S29:6 : « wa-man jāhada fa-innamā yujāhidu li-nafsihi », quiconque s’évertue ne s’évertue que pour lui-même) ; une fois appliquée à la pression des parents pour le shirk (S29:8 : « wa-in jāhadāka li-tushrika bī »). Ici, l’effort est nommément orienté — « jāhadū fīnā », « ils se sont évertués pour Nous » — et reçoit, pour la première fois dans cette sourate, une promesse explicite de guidance en retour (la-nahdiyannahum subulanā). Ce Bloc relève cette cohérence qui unit l’ouverture et la clôture de la sourate par une même racine, sans que ce dernier verset ne revienne sur le sens déjà posé aux deux premières occurrences, qu’il ne mentionne pas lui-même.
- jāhadū fīnā … la-nahdiyannahum subulanā
- voir le callout de clôture ci-dessus. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de cet effort « pour Nous » (*fīnā*) — ni sa forme (discursive, matérielle, intérieure), ni son objet concret — au-delà de ce que la racine *j-h-d* porte déjà par elle-même dans cette sourate : un effort soutenu, sans autre détermination que celle que chaque emploi lui donne.
- la-maʿa l-muḥsinīn
- racine *ḥ-s-n*, extensivement établie : ceux qui agissent avec excellence. Clôture de la Sourate 29 sur cette proximité affirmée entre Allaah et les *muḥsinīn* — dernier mot d'une sourate ouverte sur l'épreuve qui distingue le véridique du menteur (S29:3, Bloc I).