Structure du Bloc I. Ouverture de la Sourate 4 (An-Nisāʾ). Quatre ensembles : l’origine unique de l’espèce humaine et l’appel à la taqwā envers Allaah et envers les arḥām (S4:1) ; la protection des biens des orphelins — remise, gestion, mise à l’épreuve du rushd (S4:2–10) ; les farāʾiḍ de l’héritage et les ḥudūd d’Allaah qui les encadrent (S4:11–14) ; la fāḥisha, les conditions du retour (tawba), le respect dû aux femmes dans le mariage, et la clôture sur les unions interdites — les maḥārim (S4:15–23).
Sommaire du bloc
| Réf. |
Titre thématique |
| S.4:1 |
Origine unique, taqwā, les arḥām |
| S.4:2 |
Remettre aux orphelins leurs biens |
| S.4:3 |
Crainte d’iniquité envers les orphelines — le mariage jusqu’à quatre |
| S.4:4 |
La dot des femmes comme niḥla |
| S.4:5 |
Les biens confiés aux sufahāʾ |
| S.4:6 |
L’épreuve du rushd et la remise des biens |
| S.4:7 |
La part des hommes et des femmes dans l’héritage |
| S.4:8 |
Les proches, orphelins et indigents présents au partage |
| S.4:9 |
La crainte pour sa propre descendance vulnérable |
| S.4:10 |
Dévorer les biens des orphelins — le feu dans les ventres |
| S.4:11 |
Les parts fixées — enfants et parents |
| S.4:12 |
Les parts fixées — époux, épouses, kalāla |
| S.4:13–14 |
Les ḥudūd d’Allaah — obéissance et transgression |
| S.4:15 |
La fāḥisha chez les femmes — quatre témoins |
| S.4:16 |
Les deux qui la commettent — la voie du retour |
| S.4:17–18 |
Les conditions du retour accueilli |
| S.4:19 |
Ne pas hériter des femmes contre leur gré |
| S.4:20–21 |
La substitution d’épouse — le mīthāq ghalīẓ |
| S.4:22 |
Les unions déjà contractées par les pères |
| S.4:23 |
La liste des unions interdites — les maḥārim |
Origine unique, taqwā, les arḥām · S4:1
S.4:1 · L’appel d’ouverture
S.4:1
يَا أَيُّهَا النَّاسُ اتَّقُوا رَبَّكُمُ الَّذِي خَلَقَكُم مِّن نَّفْسٍ وَاحِدَةٍ وَخَلَقَ مِنْهَا زَوْجَهَا وَبَثَّ مِنْهُمَا رِجَالًا كَثِيرًا وَنِسَاءً ۚ وَاتَّقُوا اللَّهَ الَّذِي تَسَاءَلُونَ بِهِ وَالْأَرْحَامَ ۚ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلَيْكُمْ رَقِيبًا
Yā ayyuhā n-nāsu ttaqū rabbakumu lladhī khalaqakum min nafsin wāḥidatin wa-khalaqa minhā zawjahā wa-baththa minhumā rijālan kathīran wa-nisāʾā — wa-ttaqu llāha lladhī tasāʾalūna bihi wa-l-arḥām — inna llāha kāna ʿalaykum raqībā
Ô al-nās ! Prémunissez-vous de votre Rabb, Ce qui vous a créés d’un nafs unique et a créé de lui son conjoint (zawj), et a disséminé, à partir des deux, de nombreux hommes et femmes — prémunissez-vous d’Allaah, au nom duquel vous vous interpellez les uns les autres, et [prémunissez-vous à l’égard] des arḥām — Allaah est, sur vous, Raqīb (Ce qui observe et surveille de près).
Notes lexicales
- nafs wāḥida
- racine n-f-s : un principe vivant unique, non genré par le terme lui-même. Le texte ne précise pas ici la modalité de la création du *zawj* « à partir » de ce *nafs* (*minhā*) ; toute précision sur un mode opératoire (par exemple une côte) est une importation extérieure au texte — non-dit.
- zawj
- terme non genré en arabe : désigne l'élément appareillé, qu'il s'agisse de l'époux ou de l'épouse. Le contexte seul (ici, le fait que *minhā* soit issu du *nafs* premier) oriente la lecture.
- tasāʾalūna bihi
- racine s-ʾ-l, forme réciproque : vous vous interpellez, vous vous adressez des demandes les uns aux autres en invoquant Son nom — pratique langagière d'engagement mutuel par le nom d'Allaah.
- al-arḥām
- pluriel de *raḥim* : les liens de matrice, la parenté utérine. Le texte place la *taqwā* envers Allaah et l'égard dû aux *arḥām* dans la même structure grammaticale, sans les confondre — inférence : cette juxtaposition, plusieurs fois reprise dans la sourate (cf. S4:7 et suivants), inscrit la protection des liens de parenté comme un fil directeur du texte à venir.
- raqīb
- racine r-q-b : ce qui observe de près, veille sans relâche — au-delà du simple « témoin ».
Les orphelins et la protection de leurs biens · S4:2–10
S.4:2 · Remettre aux orphelins leurs biens
S.4:2
وَآتُوا الْيَتَامَىٰ أَمْوَالَهُمْ ۖ وَلَا تَتَبَدَّلُوا الْخَبِيثَ بِالطَّيِّبِ ۖ وَلَا تَأْكُلُوا أَمْوَالَهُمْ إِلَىٰ أَمْوَالِكُمْ ۚ إِنَّهُ كَانَ حُوبًا كَبِيرًا
Wa-ātu l-yatāmā amwālahum — wa-lā tatabaddalu l-khabītha bi-ṭ-ṭayyib — wa-lā taʾkulū amwālahum ilā amwālikum — innahu kāna ḥūban kabīrā
Donnez aux yatāmā (orphelins) leurs biens — n’échangez pas le khabīth (le vicié) contre le ṭayyib (le pur, le bon) — et ne dévorez pas leurs biens en les mêlant aux vôtres : cela est, certes, un ḥūb immense (une faute grave).
Notes lexicales
- al-yatāmā
- pluriel de *yatīm*, racine y-t-m : l'état de solitude, d'isolement — appliqué à l'enfant privé de son père avant l'âge adulte.
- al-khabīth / al-ṭayyib
- opposition qualitative entre le vicié et le sain — racines kh-b-th et ṭ-y-b. Le verset vise l'échange frauduleux : substituer aux biens des orphelins ce qui est de moindre valeur.
- ḥūb kabīr
- racine ḥ-w-b : faute grave, lourde à porter — terme peu fréquent dans le corpus coranique, qui marque la sévérité particulière attachée à cette transgression.
S.4:3 · Crainte d’iniquité envers les orphelines — le mariage jusqu’à quatre
S.4:3
وَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تُقْسِطُوا فِي الْيَتَامَىٰ فَانكِحُوا مَا طَابَ لَكُم مِّنَ النِّسَاءِ مَثْنَىٰ وَثُلَاثَ وَرُبَاعَ ۖ فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تَعْدِلُوا فَوَاحِدَةً أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ ۚ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَلَّا تَعُولُوا
Wa-in khiftum allā tuqsiṭū fi l-yatāmā fa-nkiḥū mā ṭāba lakum mina n-nisāʾi mathnā wa-thulātha wa-rubāʿ — fa-in khiftum allā taʿdilū fa-wāḥidatan aw mā malakat aymānukum — dhālika adnā allā taʿūlū
Et si vous craignez de ne pas agir avec qisṭ envers les orphelines, épousez alors, parmi les femmes, ce qui vous est bon (mā ṭāba lakum) : deux, trois, ou quatre. Mais si vous craignez de ne pas être équitables (taʿdilū), alors une seule — ou ce que vos mains droites possèdent. Cela est plus proche pour que vous ne taʿūlū pas.
Avertissement de méthode — S4:3. Ce verset est parmi les plus lus et les plus déformés du Coran. Trois points exigent l’honnêteté que la méthode impose. (1) Le lien logique entre la première et la seconde clause n’est pas explicité par le texte. La syntaxe juxtapose « si vous craignez de ne pas agir avec qisṭ envers les orphelines » et « épousez alors, parmi les femmes… » sans marqueur causal qui dise pourquoi la seconde suit la première. Deux lectures intra-linguistiques coexistent : (a) le verset autorise d’épouser les orphelines elles-mêmes, à condition de leur assurer l’équité qu’on craint de ne pas tenir ; (b) le verset invite, en cas de crainte d’iniquité envers les orphelines placées sous sa charge, à épouser d’autres femmes plutôt qu’elles. Le texte seul, sans apport extérieur, ne tranche pas entre ces deux lectures — les deux sont présentées ici, aucune n’est retenue comme la seule légitime. (2) « mā ṭāba lakum » (ce qui vous est bon) qualifie la femme comme sujet de choix, non comme objet passif — la racine ṭ-y-b (le sain, l’agréable) porte sur la disposition du choix, non sur une évaluation de la femme elle-même. (3) Aʿdilū (racine ʿ-d-l, équilibre) diffère de tuqsiṭū (racine q-s-ṭ, répartition juste) employé dans la première clause — le texte n’emploie pas deux fois le même mot ; cette distinction lexicale est dite, sa portée exacte reste inférence.
Notes lexicales
- taʿūlū
- racine ʿ-w-l : deux lectures attestées chez les lexicographes anciens, non tranchées ici. (1) Ibn Fāris rattache le sens premier au *mayl* — dévier, s'écarter de la droiture — d'où « ne pas verser dans l'injustice ». (2) Une seconde lecture, également attestée, relie le terme à la charge de nombreuses personnes à sa charge — « ne pas se surcharger de dépendants ». Le texte seul ne permet pas de choisir entre les deux ; les deux sont retenues comme possibles.
- mā malakat aymānukum
- littéralement « ce que vos mains droites possèdent ». Le texte emploie cette expression sans la définir ni en préciser ici le statut juridique au-delà de la formule elle-même — non-dit : toute reconstruction du cadre social qu'elle recouvrait est extérieure à ce verset.
S.4:4 · La dot des femmes comme niḥla
S.4:4
وَآتُوا النِّسَاءَ صَدُقَاتِهِنَّ نِحْلَةً ۚ فَإِن طِبْنَ لَكُمْ عَن شَيْءٍ مِّنْهُ نَفْسًا فَكُلُوهُ هَنِيئًا مَّرِيئًا
Wa-ātu n-nisāʾa ṣaduqātihinna niḥlatan — fa-in ṭibna lakum ʿan shayʾin minhu nafsan fa-kulūhu hanīʾan marīʾā
Donnez aux femmes leurs ṣaduqāt (dots) comme niḥla (don gratuit). Si elles vous cèdent volontiers, de leur propre disposition intérieure (nafsan), une partie de celle-ci, alors consommez-la en toute quiétude et bienfait.
Notes lexicales
- niḥla
- racine n-ḥ-l : don pur, gratuit, sans contrepartie attendue. Le terme souligne que la *ṣaduqa* n'est pas un prix d'acquisition mais un don dû, remis à la femme elle-même — non à sa famille.
- ṭibna lakum ʿan shayʾin minhu nafsan
- consentement provenant explicitement du *nafs* — de la disposition intérieure de la femme, non d'une pression extérieure. Le texte fait de ce consentement la condition unique pour que l'homme puisse légitimement recevoir une partie de la dot en retour.
S.4:5 · Les biens confiés aux sufahāʾ
S.4:5
وَلَا تُؤْتُوا السُّفَهَاءَ أَمْوَالَكُمُ الَّتِي جَعَلَ اللَّهُ لَكُمْ قِيَامًا وَارْزُقُوهُمْ فِيهَا وَاكْسُوهُمْ وَقُولُوا لَهُمْ قَوْلًا مَّعْرُوفًا
Wa-lā tuʾtu s-sufahāʾa amwālakumu llatī jaʿala llāhu lakum qiyāman wa-rzuqūhum fīhā wa-ksūhum wa-qūlū lahum qawlan maʿrūfā
Ne remettez pas aux sufahāʾ les biens qu’Allaah a assignés comme qiyām (assise stable) pour vous — nourrissez-les et vêtissez-les à même ces biens, et adressez-leur une parole maʿrūf (reconnue comme bonne).
Notes lexicales
- sufahāʾ
- racine s-f-h : légèreté, absence de solidité de jugement. Ici, le référent visé est financier — ceux dont le discernement en matière de gestion des biens n'est pas mûr. Non-dit : le texte ne fusionne pas ce référent avec celui de S2:13 (où *sufahāʾ* qualifiait un refus de croire) ; seul le contexte distingue les deux emplois.
- qiyām
- racine q-w-m : ce qui tient debout, base sur laquelle repose la subsistance collective. Les biens sont désignés comme l'assise même de la stabilité du groupe, non comme une propriété purement individuelle.
- qawlan maʿrūfan
- racine ʿ-r-f : une parole reconnue comme bonne par l'usage commun. Cette expression reviendra à plusieurs reprises dans la sourate.
S.4:6 · L’épreuve du rushd et la remise des biens
S.4:6
وَابْتَلُوا الْيَتَامَىٰ حَتَّىٰ إِذَا بَلَغُوا النِّكَاحَ فَإِنْ آنَسْتُم مِّنْهُمْ رُشْدًا فَادْفَعُوا إِلَيْهِمْ أَمْوَالَهُمْ ۖ وَلَا تَأْكُلُوهَا إِسْرَافًا وَبِدَارًا أَن يَكْبَرُوا ۚ وَمَن كَانَ غَنِيًّا فَلْيَسْتَعْفِفْ ۖ وَمَن كَانَ فَقِيرًا فَلْيَأْكُلْ بِالْمَعْرُوفِ ۚ فَإِذَا دَفَعْتُمْ إِلَيْهِمْ أَمْوَالَهُمْ فَأَشْهِدُوا عَلَيْهِمْ ۚ وَكَفَىٰ بِاللَّهِ حَسِيبًا
Wa-btalu l-yatāmā ḥattā idhā balaghu n-nikāḥa fa-in ānastum minhum rushdan fa-dfaʿū ilayhim amwālahum — wa-lā taʾkulūhā isrāfan wa-bidāran an yakbarū — wa-man kāna ghaniyyan fa-l-yastaʿfif wa-man kāna faqīran fa-l-yaʾkul bi-l-maʿrūf — fa-idhā dafaʿtum ilayhim amwālahum fa-shhidū ʿalayhim — wa-kafā bi-llāhi ḥasībā
Éprouvez les orphelins jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge du mariage (balaghu n-nikāḥ) ; si vous discernez alors chez eux un rushd (maturité de jugement droit), remettez-leur leurs biens. Ne les dévorez pas par isrāf (excès) ni par bidār (hâte), de peur qu’ils ne grandissent. Que celui qui est aisé s’abstienne totalement (yastaʿfif), et que celui qui est dans le besoin en consomme selon le maʿrūf. Et lorsque vous leur remettez leurs biens, prenez des témoins sur eux — Allaah suffit comme Ḥasīb (Ce qui tient le compte exact).
Notes lexicales
- rushd
- racine r-sh-d : maturité de jugement droit, capacité avérée à gérer sagement. Le texte pose ce seul critère — constaté, non présumé — pour la remise des biens, sans mention d'un âge chiffré.
- isrāf / bidār
- deux fautes distinctes nommées ensemble : le gaspillage excessif (*isrāf*, racine s-r-f) et la précipitation calculée (*bidār*, racine b-d-r) — consommer les biens de l'orphelin avant qu'il n'atteigne l'âge de les réclamer.
- yastaʿfif
- racine ʿ-f-f : s'abstenir par une retenue volontaire et active, non par simple absence de besoin.
- ḥasīb
- racine ḥ-s-b : Ce qui tient un compte exact, Ce qui suffit à calculer sans reste.
S.4:7 · La part des hommes et des femmes dans l’héritage
S.4:7
لِّلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِّمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ وَلِلنِّسَاءِ نَصِيبٌ مِّمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ مِمَّا قَلَّ مِنْهُ أَوْ كَثُرَ ۚ نَصِيبًا مَّفْرُوضًا
Li-r-rijāli naṣībun mimmā taraka l-wālidāni wa-l-aqrabūna wa-li-n-nisāʾi naṣībun mimmā taraka l-wālidāni wa-l-aqrabūna mimmā qalla minhu aw kathur — naṣīban mafrūḍā
Aux hommes une part (naṣīb) de ce qu’ont laissé les deux parents et les proches, et aux femmes une part de ce qu’ont laissé les deux parents et les proches — que cela soit peu ou abondant : une part farḍ (fixée avec obligation).
Notes lexicales
- naṣīban mafrūḍan
- racine f-r-ḍ : une fraction légale fixée, contraignante — non laissée à l'appréciation des héritiers. Le verset pose le principe général (une part pour chaque sexe) avant que S4:11–12 n'en donnent les proportions.
S.4:8 · Les proches, orphelins et indigents présents au partage
S.4:8
وَإِذَا حَضَرَ الْقِسْمَةَ أُولُو الْقُرْبَىٰ وَالْيَتَامَىٰ وَالْمَسَاكِينُ فَارْزُقُوهُم مِّنْهُ وَقُولُوا لَهُمْ قَوْلًا مَّعْرُوفًا
Wa-idhā ḥaḍara l-qismata ūlu l-qurbā wa-l-yatāmā wa-l-masākīnu fa-rzuqūhum minhu wa-qūlū lahum qawlan maʿrūfā
Et si, lors du partage, sont présents des proches (ūlū l-qurbā), des orphelins et des indigents (masākīn), donnez-leur en une part, et adressez-leur une parole maʿrūf.
S.4:9 · La crainte pour sa propre descendance vulnérable
S.4:9
وَلْيَخْشَ الَّذِينَ لَوْ تَرَكُوا مِنْ خَلْفِهِمْ ذُرِّيَّةً ضِعَافًا خَافُوا عَلَيْهِمْ فَلْيَتَّقُوا اللَّهَ وَلْيَقُولُوا قَوْلًا سَدِيدًا
Wa-l-yakhsha lladhīna law tarakū min khalfihim dhurriyyatan ḍiʿāfan khāfū ʿalayhim fa-l-yattaqu llāha wa-l-yaqūlū qawlan sadīdā
Que redoutent [cette situation] ceux qui, s’ils laissaient derrière eux une descendance (dhurriyya) vulnérable, craindraient pour elle — qu’ils se prémunissent donc d’Allaah et disent une parole sadīd (juste, sans faille).
Notes lexicales
- destinataire du verset
- Non-dit : le texte ne nomme pas explicitement à qui s'adresse cette mise en garde. Sa position — immédiatement après les versets sur les biens des orphelins — suggère une analogie (traiter les orphelins d'autrui comme on voudrait que sa propre descendance soit traitée), mais ce lien reste une inférence de contexte, non une affirmation du texte lui-même.
- qawlan sadīdan
- racine s-d-d : une parole qui vise juste, sans écart — le même syntagme reparaît en S33:70.
S.4:10 · Dévorer les biens des orphelins — le feu dans les ventres
S.4:10
إِنَّ الَّذِينَ يَأْكُلُونَ أَمْوَالَ الْيَتَامَىٰ ظُلْمًا إِنَّمَا يَأْكُلُونَ فِي بُطُونِهِمْ نَارًا ۖ وَسَيَصْلَوْنَ سَعِيرًا
Inna lladhīna yaʾkulūna amwāla l-yatāmā ẓulman innamā yaʾkulūna fī buṭūnihim nāran wa-sa-yaṣlawna saʿīrā
Ceux qui dévorent les biens des orphelins par ẓulm ne dévorent, dans leurs ventres, que du feu — et ils brûleront bientôt dans un saʿīr (brasier).
Les farāʾiḍ de l’héritage et les ḥudūd d’Allaah · S4:11–14
Note de méthode — S4:11–12. Ces deux versets fixent, avec une précision arithmétique rare dans le Coran, les parts d’héritage. Ils sont traités ici pour ce qu’ils disent littéralement ; toute application (ordre de priorité entre héritiers, cas non couverts explicitement) relevant du raisonnement juridique ultérieur est signalée comme telle et non intégrée au texte.
S.4:11 · Les parts fixées — enfants et parents
S.4:11
يُوصِيكُمُ اللَّهُ فِي أَوْلَادِكُمْ ۖ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنثَيَيْنِ ۚ فَإِن كُنَّ نِسَاءً فَوْقَ اثْنَتَيْنِ فَلَهُنَّ ثُلُثَا مَا تَرَكَ ۖ وَإِن كَانَتْ وَاحِدَةً فَلَهَا النِّصْفُ ۚ وَلِأَبَوَيْهِ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِّنْهُمَا السُّدُسُ مِمَّا تَرَكَ إِن كَانَ لَهُ وَلَدٌ ۚ فَإِن لَّمْ يَكُن لَّهُ وَلَدٌ وَوَرِثَهُ أَبَوَاهُ فَلِأُمِّهِ الثُّلُثُ ۚ فَإِن كَانَ لَهُ إِخْوَةٌ فَلِأُمِّهِ السُّدُسُ ۚ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصِي بِهَا أَوْ دَيْنٍ ۗ آبَاؤُكُمْ وَأَبْنَاؤُكُمْ لَا تَدْرُونَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ لَكُمْ نَفْعًا ۚ فَرِيضَةً مِّنَ اللَّهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلِيمًا حَكِيمًا
Yūṣīkumu llāhu fī awlādikum — li-dh-dhakari mithlu ḥaẓẓi l-unthayayn — fa-in kunna nisāʾan fawqa thnatayni fa-lahunna thuluthā mā taraka — wa-in kānat wāḥidatan fa-lahā n-niṣf — wa-li-abawayhi li-kulli wāḥidin minhumā s-sudusu mimmā taraka in kāna lahu walad — fa-in lam yakun lahu waladun wa-warithahu abawāhu fa-li-ummihi th-thuluth — fa-in kāna lahu ikhwatun fa-li-ummihi s-sudus — min baʿdi waṣiyyatin yūṣī bihā aw dayn — ābāʾukum wa-abnāʾukum lā tadrūna ayyuhum aqrabu lakum nafʿan — farīḍatan mina llāh — inna llāha kāna ʿalīman ḥakīmā
Allaah vous prescrit, au sujet de vos enfants (awlād) : au garçon (dhakar) l’équivalent de la part de deux filles. S’il y a plus de deux filles, à elles les deux tiers de ce qui est laissé ; s’il n’y en a qu’une, à elle la moitié. Et pour ses deux parents, à chacun d’eux le sixième de ce qui est laissé, s’il [le défunt] a un walad (enfant). S’il n’a pas de walad et que ses deux parents héritent de lui, à sa mère le tiers. S’il a des ikhwa (frères et sœurs), à sa mère le sixième — après [exécution] d’un legs (waṣiyya) qu’il aurait ordonné, ou d’une dette. Vos pères et vos fils — vous ne savez pas lesquels d’entre eux vous sont les plus proches en utilité. [Ceci est] une prescription fixée (farīḍa) venant d’Allaah — Allaah est, certes, ʿAlīm (Savant), Ḥakīm (Sage).
Notes lexicales
- walad
- racine w-l-d (engendrer) : le terme n'est pas marqué au masculin dans sa forme lexicale — il désigne l'enfant, le descendant, indépendamment du sexe, à la différence d'*ibn* (fils) employé plus loin dans le même verset pour un autre usage (« vos fils », *abnāʾukum*). C'est un fait lexical dit par la langue elle-même ; ses conséquences précises sur le calcul des parts selon le sexe de ce *walad* relèvent d'un raisonnement ultérieur, non traité ici.
- ikhwa
- pluriel masculin pouvant, en arabe, désigner un groupe mixte de frères et sœurs — le texte ne précise pas ici la composition exacte de ce groupe ni le nombre minimal qui déclenche le passage du tiers au sixième pour la mère.
- waṣiyya / dayn
- le texte place explicitement l'exécution du legs et le règlement de la dette *avant* la répartition des parts fixées — ordre de priorité *dit* sans ambiguïté.
- farīḍa
- racine f-r-ḍ : une prescription tranchée, fixée — le même champ lexical que *farḍ* et *mafrūḍ* en S4:7.
Résumé des parts explicitement fixées par S4:11 (à titre de synthèse de lecture, non une addition au texte) :
| Héritier |
Part |
| Un fils, seul ou avec des filles |
le double de la part d’une fille |
| Deux filles ou plus (sans fils) |
deux tiers de l’ensemble |
| Une fille unique (sans fils) |
la moitié |
| Chaque parent, si le défunt a un walad |
un sixième chacun |
| La mère, si le défunt n’a pas de walad ni de ikhwa |
un tiers |
| La mère, si le défunt a des ikhwa |
un sixième |
S.4:12 · Les parts fixées — époux, épouses, kalāla
S.4:12
وَلَكُمْ نِصْفُ مَا تَرَكَ أَزْوَاجُكُمْ إِن لَّمْ يَكُن لَّهُنَّ وَلَدٌ ۚ فَإِن كَانَ لَهُنَّ وَلَدٌ فَلَكُمُ الرُّبُعُ مِمَّا تَرَكْنَ ۚ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصِينَ بِهَا أَوْ دَيْنٍ ۚ وَلَهُنَّ الرُّبُعُ مِمَّا تَرَكْتُمْ إِن لَّمْ يَكُن لَّكُمْ وَلَدٌ ۚ فَإِن كَانَ لَكُمْ وَلَدٌ فَلَهُنَّ الثُّمُنُ مِمَّا تَرَكْتُم ۚ مِّن بَعْدِ وَصِيَّةٍ تُوصُونَ بِهَا أَوْ دَيْنٍ ۗ وَإِن كَانَ رَجُلٌ يُورَثُ كَلَالَةً أَوِ امْرَأَةٌ وَلَهُ أَخٌ أَوْ أُخْتٌ فَلِكُلِّ وَاحِدٍ مِّنْهُمَا السُّدُسُ ۚ فَإِن كَانُوا أَكْثَرَ مِن ذَٰلِكَ فَهُمْ شُرَكَاءُ فِي الثُّلُثِ ۚ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصَىٰ بِهَا أَوْ دَيْنٍ غَيْرَ مُضَارٍّ ۚ وَصِيَّةً مِّنَ اللَّهِ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَلِيمٌ
Wa-lakum niṣfu mā taraka azwājukum in lam yakun lahunna walad — fa-in kāna lahunna waladun fa-lakumu r-rubuʿu mimmā tarakna — min baʿdi waṣiyyatin yūṣīna bihā aw dayn — wa-lahunna r-rubuʿu mimmā taraktum in lam yakun lakum walad — fa-in kāna lakum waladun fa-lahunna th-thumunu mimmā taraktum — min baʿdi waṣiyyatin tūṣūna bihā aw dayn — wa-in kāna rajulun yūrathu kalālatan awi mraʾatun wa-lahu akhun aw ukhtun fa-li-kulli wāḥidin minhumā s-sudus — fa-in kānū akthara min dhālika fa-hum shurakāʾu fi th-thuluth — min baʿdi waṣiyyatin yūṣā bihā aw daynin ghayra muḍārr — waṣiyyatan mina llāh — wa-llāhu ʿalīmun ḥalīm
À vous [les époux], la moitié de ce que laissent vos épouses, si elles n’ont pas de walad ; si elles ont un walad, à vous le quart de ce qu’elles laissent — après [exécution] d’un legs qu’elles auraient ordonné, ou d’une dette. Et à elles le quart de ce que vous laissez, si vous n’avez pas de walad ; si vous avez un walad, à elles le huitième de ce que vous laissez — après [exécution] d’un legs que vous auriez ordonné, ou d’une dette. Et si un homme dont on hérite [meurt] en kalāla, ou une femme [de même], et qu’il ou elle a un frère ou une sœur, à chacun des deux le sixième ; s’ils sont plus nombreux que cela, ils sont associés (shurakāʾ) dans le tiers — après [exécution] d’un legs qui aurait été ordonné, ou d’une dette, sans préjudice causé (ghayra muḍārr) — prescription venant d’Allaah. Allaah est ʿAlīm (Savant), Ḥalīm (Longanime).
Notes lexicales
- kalāla
- racine k-l-l : ce qui entoure, ce qui ceint sans ligne directe — le terme désigne la situation d'une personne décédée sans lien d'héritage direct ascendant ou descendant. Le texte l'emploie ici sans le définir explicitement ; sa seule autre occurrence coranique est la clôture de cette même sourate (S4:176), qui traite un cas de *kalāla* précis (frère ou sœur unique) sans en donner davantage la définition générale — cohérence intra-coranique à noter, mais non-dit : aucune définition lexicale exhaustive du terme n'est fournie par le texte en dehors de ces deux emplois contextuels.
- ghayra muḍārr
- racine ḍ-r-r : « sans nuire » — condition explicitement attachée à la validité du legs ou de la dette invoqués : le testateur ne doit pas s'en servir pour léser les héritiers désignés par les parts qui précèdent.
S.4:13–14 · Les ḥudūd d’Allaah — obéissance et transgression
S.4:13
تِلْكَ حُدُودُ اللَّهِ ۚ وَمَن يُطِعِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ يُدْخِلْهُ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا ۚ وَذَٰلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
Tilka ḥudūdu llāh — wa-man yuṭiʿi llāha wa-rasūlahu yudkhilhu jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā — wa-dhālika l-fawzu l-ʿaẓīm
Voilà les ḥudūd (limites) d’Allaah. Quiconque obéit à Allaah et à Son rasūl, Il le fera entrer dans des jardins sous lesquels coulent des rivières, où il demeurera éternellement — et voilà le fawz (succès) immense.
S.4:14
وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَيَتَعَدَّ حُدُودَهُ يُدْخِلْهُ نَارًا خَالِدًا فِيهَا وَلَهُ عَذَابٌ مُّهِينٌ
Wa-man yaʿṣi llāha wa-rasūlahu wa-yataʿadda ḥudūdahu yudkhilhu nāran khālidan fīhā wa-lahu ʿadhābun muhīn
Et quiconque désobéit à Allaah et à Son rasūl, et transgresse Ses limites, Il le fera entrer dans un feu où il demeurera éternellement — à lui un châtiment humiliant.
Notes lexicales
- ḥudūd
- racine ḥ-d-d : limites fixées et tranchées. Ici, le démonstratif *tilka* (« voilà ») rattache explicitement le terme aux règles de l'héritage qui précèdent (S4:11–12) — non-dit : le texte n'étend pas ici la portée du terme à l'ensemble de la législation.
- fawz
- racine f-w-z : une réussite qui échappe à un péril, une victoire acquise en surmontant un risque.
La fāḥisha, la tawba, et le respect dû aux femmes · S4:15–21
S.4:15 · La fāḥisha chez les femmes — quatre témoins
S.4:15
وَاللَّاتِي يَأْتِينَ الْفَاحِشَةَ مِن نِّسَائِكُمْ فَاسْتَشْهِدُوا عَلَيْهِنَّ أَرْبَعَةً مِّنكُمْ ۖ فَإِن شَهِدُوا فَأَمْسِكُوهُنَّ فِي الْبُيُوتِ حَتَّىٰ يَتَوَفَّاهُنَّ الْمَوْتُ أَوْ يَجْعَلَ اللَّهُ لَهُنَّ سَبِيلًا
Wa-llātī yaʾtīna l-fāḥishata min nisāʾikum fa-stashhidū ʿalayhinna arbaʿatan minkum — fa-in shahidū fa-amsikūhunna fi l-buyūti ḥattā yatawaffāhunna l-mawtu aw yajʿala llāhu lahunna sabīlā
Celles de vos femmes qui commettent la fāḥisha : faites témoigner contre elles quatre d’entre vous. S’ils témoignent, retenez-les dans les demeures jusqu’à ce que la mort les rappelle, ou qu’Allaah leur assigne une issue (sabīl).
Notes lexicales
- fāḥisha
- racine f-ḥ-sh : un acte dont la laideur dépasse la mesure — terme générique. Non-dit : le texte ne précise pas ici, par lui-même, la nature exacte de l'acte visé.
- aw yajʿala llāhu lahunna sabīlan
- le texte annonce une issue à venir sans la préciser dans ce verset — non-dit pour S4:15 pris isolément ; le verset suivant (S4:16) est généralement lu comme apportant cette précision, mais ce lien relève de la lecture en contexte, non d'une affirmation explicite de S4:15 lui-même.
S.4:16 · Les deux qui la commettent — la voie du retour
S.4:16
وَاللَّذَانِ يَأْتِيَانِهَا مِنكُمْ فَآذُوهُمَا ۖ فَإِن تَابَا وَأَصْلَحَا فَأَعْرِضُوا عَنْهُمَا ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ تَوَّابًا رَّحِيمًا
Wa-lladhāni yaʾtiyānihā minkum fa-ādhūhumā — fa-in tābā wa-aṣlaḥā fa-aʿriḍū ʿanhumā — inna llāha kāna tawwāban raḥīmā
Et les deux d’entre vous qui la commettent, importunez-les (ādhūhumā) tous les deux ; mais s’ils reviennent (tābā) et se réforment (aṣlaḥā), détournez-vous d’eux — Allaah est, certes, at-Tawwāb (Ce qui accueille sans cesse le retour), ar-Raḥīm.
Notes lexicales
- ādhūhumā
- racine ʾ-dh-y : causer un tort ou un désagrément, sans plus de précision. Non-dit : le texte ne précise pas la nature de cette mesure, à la différence de la réclusion explicitement décrite au verset précédent.
S.4:17–18 · Les conditions du retour accueilli
S.4:17
إِنَّمَا التَّوْبَةُ عَلَى اللَّهِ لِلَّذِينَ يَعْمَلُونَ السُّوءَ بِجَهَالَةٍ ثُمَّ يَتُوبُونَ مِن قَرِيبٍ فَأُولَٰئِكَ يَتُوبُ اللَّهُ عَلَيْهِمْ ۗ وَكَانَ اللَّهُ عَلِيمًا حَكِيمًا
Innamā t-tawbatu ʿalā llāhi li-lladhīna yaʿmalūna s-sūʾa bi-jahālatin thumma yatūbūna min qarībin fa-ulāʾika yatūbu llāhu ʿalayhim — wa-kāna llāhu ʿalīman ḥakīmā
Le retour [accueilli] ne revient qu’à Allaah, pour ceux qui commettent le mal par jahāla puis reviennent (yatūbūn) sans délai (min qarīb) — ceux-là, Allaah accueille leur retour. Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
S.4:18
وَلَيْسَتِ التَّوْبَةُ لِلَّذِينَ يَعْمَلُونَ السَّيِّئَاتِ حَتَّىٰ إِذَا حَضَرَ أَحَدَهُمُ الْمَوْتُ قَالَ إِنِّي تُبْتُ الْآنَ وَلَا الَّذِينَ يَمُوتُونَ وَهُمْ كُفَّارٌ ۚ أُولَٰئِكَ أَعْتَدْنَا لَهُمْ عَذَابًا أَلِيمًا
Wa-laysati t-tawbatu li-lladhīna yaʿmalūna s-sayyiʾāti ḥattā idhā ḥaḍara aḥadahumu l-mawtu qāla innī tubtu l-āna wa-lā lladhīna yamūtūna wa-hum kuffārun — ulāʾika aʿtadnā lahum ʿadhāban alīmā
Et il n’y a pas de retour [accueilli] pour ceux qui commettent les fautes jusqu’à ce que, la mort se présentant à l’un d’eux, il dise : « Je reviens maintenant » — ni pour ceux qui meurent alors qu’ils sont kuffār. À ceux-là, Nous avons préparé un châtiment douloureux.
Notes lexicales
- jahāla
- racine j-h-l : l'état de méconnaissance ou d'inconscience du poids de l'acte au moment où il est commis — non nécessairement une ignorance factuelle de l'interdit lui-même.
- min qarīb
- proximité temporelle du retour. Non-dit : le texte ne fixe aucune durée chiffrée.
- kuffār
- pluriel de *kāfir* — conservé en translittération par défaut, conformément à l'étude dédiée [Le kāfir dans le Coran](/etudes/kafir-coran/).
S.4:19 · Ne pas hériter des femmes contre leur gré
S.4:19
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا يَحِلُّ لَكُمْ أَن تَرِثُوا النِّسَاءَ كَرْهًا ۖ وَلَا تَعْضُلُوهُنَّ لِتَذْهَبُوا بِبَعْضِ مَا آتَيْتُمُوهُنَّ إِلَّا أَن يَأْتِينَ بِفَاحِشَةٍ مُّبَيِّنَةٍ ۚ وَعَاشِرُوهُنَّ بِالْمَعْرُوفِ ۚ فَإِن كَرِهْتُمُوهُنَّ فَعَسَىٰ أَن تَكْرَهُوا شَيْئًا وَيَجْعَلَ اللَّهُ فِيهِ خَيْرًا كَثِيرًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā yaḥillu lakum an tarithu n-nisāʾa karhan — wa-lā taʿḍulūhunna li-tadhhabū bi-baʿḍi mā ātaytumūhunna illā an yaʾtīna bi-fāḥishatin mubayyinah — wa-ʿāshirūhunna bi-l-maʿrūf — fa-in karihtumūhunna fa-ʿasā an takrahū shayʾan wa-yajʿala llāhu fīhi khayran kathīrā
Ô vous qui avez cru, il ne vous est pas licite d’hériter des femmes contre leur gré (karhan), ni de leur faire obstruction (taʿḍulūhunna) pour reprendre une partie de ce que vous leur aviez donné — sauf si elles commettent une fāḥisha manifeste (mubayyina). Vivez avec elles selon le maʿrūf. Et si vous les prenez en aversion, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose dans laquelle Allaah place un bien abondant.
Notes lexicales
- tarithu n-nisāʾa karhan
- « hériter des femmes contre leur gré » : le texte nomme cette pratique pour l'interdire, sans la décrire davantage — non-dit quant à ses modalités concrètes.
- taʿḍulūhunna
- racine ʿ-ḍ-l : faire obstruction, empêcher par la contrainte — ici, retenir une femme dans le lien conjugal contre son gré, dans le but de lui extorquer un bien.
- fāḥisha mubayyina
- *fāḥisha* rendue manifeste, prouvée — non simplement soupçonnée. Racine b-y-n, celle de la clarté rendue visible.
S.4:20–21 · La substitution d’épouse — le mīthāq ghalīẓ
S.4:20
وَإِنْ أَرَدتُّمُ اسْتِبْدَالَ زَوْجٍ مَّكَانَ زَوْجٍ وَآتَيْتُمْ إِحْدَاهُنَّ قِنطَارًا فَلَا تَأْخُذُوا مِنْهُ شَيْئًا ۚ أَتَأْخُذُونَهُ بُهْتَانًا وَإِثْمًا مُّبِينًا
Wa-in aradtumu stibdāla zawjin makāna zawjin wa-ātaytum iḥdāhunna qinṭāran fa-lā taʾkhudhū minhu shayʾā — a-taʾkhudhūnahu buhtānan wa-ithman mubīnā
Et si vous voulez substituer une épouse à une autre, et que vous aviez donné à l’une d’elles un qinṭār (une somme considérable), n’en reprenez rien. Allez-vous le reprendre par buhtān (accusation infondée) et faute manifeste ?
S.4:21
وَكَيْفَ تَأْخُذُونَهُ وَقَدْ أَفْضَىٰ بَعْضُكُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ وَأَخَذْنَ مِنكُم مِّيثَاقًا غَلِيظًا
Wa-kayfa taʾkhudhūnahu wa-qad afḍā baʿḍukum ilā baʿḍin wa-akhadhna minkum mīthāqan ghalīẓā
Et comment le reprendriez-vous, alors que vous vous êtes accordés intimement l’un à l’autre (afḍā baʿḍukum ilā baʿḍ), et qu’elles ont pris de vous un mīthāq ghalīẓ (engagement solennel et robuste) ?
Notes lexicales
- qinṭār
- une somme considérable — quantité non chiffrée par le texte lui-même.
- afḍā
- racine f-ḍ-y : parvenir à, s'ouvrir l'un à l'autre — désigne l'union conjugale accomplie, sans détail explicite au-delà de ce terme.
- mīthāq ghalīẓ
- un engagement d'une solidité et d'une gravité particulières. Inférence : l'expression n'est employée ailleurs dans le Coran que pour l'alliance prise des *nabiyyūn* (S3:81, S33:7) — un rapprochement lexical notable entre les deux emplois, que le texte lui-même ne commente pas.
Les unions interdites · S4:22–23
S.4:22 · Les unions déjà contractées par les pères
S.4:22
وَلَا تَنكِحُوا مَا نَكَحَ آبَاؤُكُم مِّنَ النِّسَاءِ إِلَّا مَا قَدْ سَلَفَ ۚ إِنَّهُ كَانَ فَاحِشَةً وَمَقْتًا وَسَاءَ سَبِيلًا
Wa-lā tankiḥū mā nakaḥa ābāʾukum mina n-nisāʾi illā mā qad salaf — innahu kāna fāḥishatan wa-maqtan wa-sāʾa sabīlā
N’épousez pas celles que vos pères ont épousées parmi les femmes — sauf ce qui est déjà passé (mā qad salaf). Cela est, certes, une fāḥisha, un maqt (objet d’aversion intense), et un chemin détestable.
Notes lexicales
- mā qad salaf
- clause de non-rétroactivité explicite — ce qui a eu lieu avant l'énoncé de l'interdiction n'est pas visé par elle. La même clause reparaît en S4:23.
- maqt
- racine m-q-t : aversion intense, au-delà du simple blâme.
S.4:23 · La liste des unions interdites — les maḥārim
S.4:23
حُرِّمَتْ عَلَيْكُمْ أُمَّهَاتُكُمْ وَبَنَاتُكُمْ وَأَخَوَاتُكُمْ وَعَمَّاتُكُمْ وَخَالَاتُكُمْ وَبَنَاتُ الْأَخِ وَبَنَاتُ الْأُخْتِ وَأُمَّهَاتُكُمُ اللَّاتِي أَرْضَعْنَكُمْ وَأَخَوَاتُكُم مِّنَ الرَّضَاعَةِ وَأُمَّهَاتُ نِسَائِكُمْ وَرَبَائِبُكُمُ اللَّاتِي فِي حُجُورِكُم مِّن نِّسَائِكُمُ اللَّاتِي دَخَلْتُم بِهِنَّ فَإِن لَّمْ تَكُونُوا دَخَلْتُم بِهِنَّ فَلَا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ وَحَلَائِلُ أَبْنَائِكُمُ الَّذِينَ مِنْ أَصْلَابِكُمْ وَأَن تَجْمَعُوا بَيْنَ الْأُخْتَيْنِ إِلَّا مَا قَدْ سَلَفَ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ غَفُورًا رَّحِيمًا
Ḥurrimat ʿalaykum ummahātukum wa-banātukum wa-akhawātukum wa-ʿammātukum wa-khālātukum wa-banātu l-akhi wa-banātu l-ukhti wa-ummahātukumu llātī arḍaʿnakum wa-akhawātukum mina r-raḍāʿati wa-ummahātu nisāʾikum wa-rabāʾibukumu llātī fī ḥujūrikum min nisāʾikumu llātī dakhaltum bihinna fa-in lam takūnū dakhaltum bihinna fa-lā junāḥa ʿalaykum wa-ḥalāʾilu abnāʾikumu lladhīna min aṣlābikum wa-an tajmaʿū bayna l-ukhtayni illā mā qad salaf — inna llāha kāna ghafūran raḥīmā
Vous sont interdites : vos mères, vos filles, vos sœurs, vos tantes paternelles, vos tantes maternelles, les filles de votre frère, les filles de votre sœur, vos mères qui vous ont allaités, vos sœurs de lait (mina r-raḍāʿa), les mères de vos épouses, vos belles-filles (rabāʾib) qui sont sous votre garde (fī ḥujūrikum), nées des épouses avec lesquelles vous avez consommé le mariage — mais si vous n’avez pas consommé avec elles, nulle faute sur vous [de les épouser] — les épouses de vos fils issus de vos reins (min aṣlābikum), et le fait de réunir deux sœurs [dans le même lien] — sauf ce qui est déjà passé. Allaah est, certes, Ghafūr (Pardonnant), Raḥīm.
Notes lexicales
- rabāʾib
- racine r-b-b : les belles-filles, filles de l'épouse issues d'un lien antérieur — littéralement celles qui sont « élevées », prises en charge.
- fī ḥujūrikum
- littéralement « dans votre giron », sous votre garde. Non-dit : le texte ne précise pas si cette mention constitue une condition supplémentaire à l'interdiction, ou une simple description de la situation habituelle — question linguistique réelle, non tranchée par le verset seul.
- min aṣlābikum
- « issus de vos reins » : précise qu'il s'agit des fils biologiques. Inférence de contexte plus large : cette précision fait écho à la question du fils adoptif traitée ailleurs (S33:4–5), non abordée dans ce verset.
- akhawātukum mina r-raḍāʿa
- l'allaitement (*raḍāʿa*) crée un lien assimilé ici à la parenté de sang, sans que le texte n'en précise la durée ou le seuil.
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