Structure du Bloc X — dernier bloc de la sourate. Ce qu’ont demandé les gens du Livre, le veau, le rejet du mīthāq (S4:153–155) ; le buhtān immense contre Maryam, et le point le plus lourd du bloc — ce que le texte dit et ne dit pas sur la mort du Messie (S4:156–159) ; l’injustice de ceux qui pratiquent le judaïsme, le ribā interdit, ceux enracinés dans le savoir (S4:160–162) ; la waḥy accordée à une longue liste de nabiyyīn, et rusul non nommés (S4:163–165) ; le témoignage d’Allaah et des anges (S4:166) ; ceux qui se détournent, sans pardon ni guidance (S4:167–169) ; l’appel adressé à l’humanité entière (S4:170) ; le second point le plus lourd du bloc — l’interdiction de dire « trois », et le statut d’ʿĪsā comme rasūl, kalima et rūḥ venant de Lui (S4:171–172) ; la rétribution de ceux qui croient et de ceux qui se détournent avec orgueil (S4:173) ; le burhān et le nūr manifeste envoyés à l’humanité (S4:174–175) ; la clôture de la sourate sur la kalāla, en écho direct à S4:12 (S4:176).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.4:153–155 | Ce qu’ont demandé les gens du Livre — le veau, le rejet du mīthāq |
| S.4:156 | Le buhtān immense contre Maryam |
| S.4:157–158 | Ce que le texte dit — et ne dit pas — sur la mort du Messie |
| S.4:159 | Le témoignage attendu au Jour de la Résurrection |
| S.4:160–162 | L’injustice, le ribā interdit, ceux enracinés dans le savoir |
| S.4:163–165 | La waḥy — une longue liste de nabiyyīn, et des rusul non nommés |
| S.4:166 | Le témoignage d’Allaah et des anges |
| S.4:167–169 | Ceux qui se détournent — sans pardon ni guidance |
| S.4:170 | L’appel adressé à l’humanité entière |
| S.4:171–172 | Ne pas dire « trois » — ʿĪsā, rasūl, kalima, rūḥ venant de Lui |
| S.4:173 | La rétribution de ceux qui croient et de ceux qui se détournent avec orgueil |
| S.4:174–175 | Le burhān et le nūr manifeste |
| S.4:176 | La clôture de la sourate — la kalāla, en écho à S4:12 |
Ce qu’ont demandé les gens du Livre — le veau, le rejet du mīthāq · S4:153–155
S.4:153 · Un Livre du ciel, et ce que Mūsā a déjà demandé de plus grand
- arinā llāha jahratan
- « Montre-nous Allaah ouvertement » — le texte rapporte cette demande au discours direct, comme celle d'un groupe précis à un moment précis, sans en faire ici une affirmation générale sur la possibilité ou l'impossibilité de voir Allaah.
- aṣ-ṣāʿiqa
- racine ṣ-ʿ-q : la foudre, le choc violent qui frappe et assomme — un événement nommé sans détail circonstanciel supplémentaire dans ce verset.
S.4:154–155 · Le mīthāq et son rejet
- as-sabt
- déjà rencontré en S4:47 (Bloc III), référence allusive au groupe qui a transgressé le *sabt* (*aṣḥāb as-sabt*) — voir la note posée à cet endroit.
- qulūbunā ghulf
- racine gh-l-f : enveloppé, recouvert, muni d'une gaine — la prétention rapportée (« nos cœurs sont recouverts », donc incapables de recevoir le message) est directement corrigée par le texte lui-même (*bal ṭabaʿa llāhu ʿalayhā bi-kufrihim* : « c'est plutôt qu'Allaah les a scellés pour leur *kufr* ») — le texte inverse la cause invoquée par les locuteurs eux-mêmes.
Le buhtān immense contre Maryam · S4:156
S.4:156 · Une calomnie immense
- buhtān
- même terme qu'en S4:112 (Bloc VII) — racine b-h-t, la calomnie qui laisse celui qui la reçoit stupéfait, sans mot. Dit : le texte qualifie l'accusation portée contre Maryam de *buhtān* — sans en détailler ici le contenu précis, qui n'est pas nommé dans ce seul verset.
Ce que le texte dit — et ne dit pas — sur la mort du Messie · S4:157–158
S.4:157 · Ils ne l’ont pas tué avec certitude
Avertissement de méthode — S4:157, verset exigeant l’honnêteté la plus stricte. Ce verset est l’un des plus discutés du Coran, et d’innombrables constructions narratives lui ont été ajoutées à travers l’histoire de l’exégèse (substitution par un sosie, un volontaire, etc.). La méthode de ce site impose de dire précisément ce que le texte affirme, et rien de plus. (1) Ce que le texte affirme positivement, trois fois répété sous des formes différentes : mā qatalūhu (ils ne l’ont pas tué), mā ṣalabūhu (ils ne l’ont pas crucifié), mā qatalūhu yaqīnan (ils ne l’ont assurément pas tué). Le texte nie donc, avec insistance répétée, que ceux visés (hum, les gens du Livre du passage) l’aient tué ou crucifié. (2) Le terme clé, shubbiha lahum, est de forme passive et n’identifie aucun agent ni aucun mécanisme. Racine sh-b-h (ressembler) — littéralement : « cela leur a été rendu semblable » ou « cela leur est apparu de façon ambiguë ». Le texte ne dit pas qui ou quoi a été rendu semblable à quoi, ni par quel moyen. Toute reconstruction narrative précise (un autre homme substitué, une apparence trompeuse, etc.) est une inférence ajoutée au texte, non une donnée du texte lui-même. (3) Le texte signale lui-même l’incertitude de ceux qui en discutent : inna lladhīna khtalafū fīhi la-fī shakkin minhu — « ceux qui divergent à son sujet sont dans le doute » — mā lahum bihi min ʿilmin illā ttibāʿa ẓ-ẓann — « ils n’en ont aucune connaissance, sinon de suivre la conjecture ». Dit : une négation ferme et répétée de la mort par mise à mort ou crucifixion, telle que revendiquée par les locuteurs du verset. Non-dit : le mécanisme exact de ce qui s’est produit à la place — ce verset, pris seul, ne le fournit pas, et le signale même explicitement comme objet de doute pour ceux qui en discutent.
- shubbiha lahum
- forme II passive de sh-b-h (ressembler, être semblable) : « cela leur a été rendu semblable ». Verbe impersonnel, sans sujet nommé dans le texte — la question de savoir *quoi* a été rendu semblable à *quoi* n'est pas résolue par ce seul verset.
- ẓann
- racine ẓ-n-n : l'opinion, la conjecture, par opposition au *ʿilm* (le savoir assuré) — terme récurrent dans le Coran pour qualifier une croyance non fondée sur une connaissance certaine.
S.4:158 · Allaah l’a élevé vers Lui
- rafaʿahu llāhu ilayhi
- racine r-f-ʿ (élever) suivie de la préposition *ilā* (vers) rattachée à un pronom référant à Allaah. Note de méthode impérative : conformément à la règle du site sur tout terme pouvant suggérer un lieu ou une direction spatiale pour Allaah, cette expression n'est traduite ici par aucune formulation qui laisserait entendre un déplacement vers un « endroit » où Allaah résiderait. « Vers Lui » (*ilayhi*) est conservé tel quel, sans glose spatiale ajoutée. Dit : le texte pose un acte — élever — attribué à Allaah, en opposition explicite à la mise à mort revendiquée au verset précédent (*bal*, « c'est plutôt que »). Non-dit : le texte ne précise ni la nature de cet acte (physique, ou d'un autre ordre), ni son moment, ni son mécanisme — en faire des affirmations relève de l'inférence, non de ce verset seul.
Le témoignage attendu au Jour de la Résurrection · S4:159
S.4:159 · Avant sa mort
- qabla mawtihi
- le pronom « sa » (*-hi*, dans *bihi* et *mawtihi*) reste grammaticalement ambigu dans ce verset pris seul : il peut renvoyer soit à la mort d'ʿĪsā lui-même (« avant la mort d'ʿĪsā », lu comme un événement futur du point de vue du locuteur), soit à la mort de chaque personne du Livre visée (« avant sa propre mort à chacun »). Dit : le texte affirme une croyance finale et un témoignage ultérieur. Non-dit : ce verset seul ne tranche pas explicitement entre les deux lectures grammaticalement possibles du pronom — les deux sont présentées ici, aucune retenue comme seule légitime.
L’injustice, le ribā interdit, ceux enracinés dans le savoir · S4:160–162
S.4:160–161 · Ce qui leur a été interdit pour leur injustice
- ṣaddihim ʿan sabīli llāh
- même racine ṣ-d-d déjà rencontrée en S4:55–57 (Bloc III) pour la problématique du « détournement du *sabīl* d'Allaah » — voir la note posée à cet endroit.
- ar-ribā
- conservé en translittération, conformément à l'étude dédiée [Le ribā dans le Coran](/etudes/riba/). Le texte précise ici que l'interdiction leur avait déjà été signifiée (*wa-qad nuhū ʿanhu*, « alors qu'il leur avait été interdit »).
- al-bāṭil
- racine b-ṭ-l : ce qui est sans fondement, vain, nul — par opposition au *ḥaqq*. Déjà rencontré en S4:29 (Bloc I) pour la consommation des biens entre croyants.
S.4:162 · Ceux enracinés dans le savoir
- ar-rāsikhūn fi l-ʿilm
- racine r-s-kh : être fermement enraciné, stable comme une racine profonde — appliqué ici au savoir (*al-ʿilm*), par opposition implicite à ceux qui, dans les versets précédents, ont agi par *ẓann* (conjecture) plutôt que par *ʿilm*.
La waḥy — une longue liste de nabiyyīn, et des rusul non nommés · S4:163–165
S.4:163 · La révélation à Nūḥ et aux nabiyyīn après lui
- al-asbāṭ
- racine s-b-ṭ : les tribus (d'Isrāʾīl) — désigne ici les descendants directs de Yaʿqūb constitués en tribus, receveurs de la *waḥy* selon ce verset.
- nabiyyīn
- voir l'étude dédiée [Khātam an-Nabiyyīn](/etudes/khatam-nabiyyin/) sur la distinction entre *nabī* et *rasūl* — cette liste mêle des figures désignées ailleurs comme *rusul* et d'autres comme *nabiyyīn*, sans que ce verset seul n'opère cette distinction terminologique.
S.4:164–165 · Rusul nommés et non nommés — Allaah a parlé à Mūsā
- kallama llāhu mūsā taklīmā
- racine k-l-m à la forme II (*kallama*), renforcée par le complément absolu (*taklīmā*) qui insiste sur la réalité directe de l'acte, sans détailler par quel moyen. Non-dit : le texte ne précise pas ici la modalité de cette parole.
- ḥujja
- racine ḥ-j-j : l'argument opposable, la preuve qu'on peut faire valoir. Le texte pose ici la fonction des *rusul* comme retirant tout argument possible à ceux qui n'auraient pas cru faute d'avertissement.
Le témoignage d’Allaah et des anges · S4:166
S.4:166 · Allaah suffit comme témoin
- anzalahu bi-ʿilmihi
- « Il l'a fait descendre avec Sa science » — le texte relie explicitement l'acte de révélation à l'attribut de savoir, sans détailler davantage la nature de ce lien.
Ceux qui se détournent — sans pardon ni guidance · S4:167–169
S.4:167–169 · Le chemin de Jahannam, facile pour Allaah
- yasīr
- racine y-s-r : ce qui est aisé, sans effort. Note de méthode : ce terme qualifie ici l'acte (*dhālika*, l'ensemble de ce qui vient d'être décrit) comme aisé pour Allaah — ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah ici est l'absence de toute contrainte ou de tout effort dans Son action, non une facilité au sens d'un moindre engagement.
L’appel adressé à l’humanité entière · S4:170
S.4:170 · Le rasūl est venu avec le ḥaqq
- yā ayyuhā n-nās
- adresse universelle (« ô les humains »), distincte des adresses ciblées précédentes (« ô vous qui croyez », « ô gens du Livre ») — le texte élargit ici la portée de l'appel à l'ensemble de l'espèce, sans restriction de destinataire.
Ne pas dire « trois » — ʿĪsā, rasūl, kalima, rūḥ venant de Lui · S4:171–172
S.4:171 · Ne pas excéder dans le dīn
Avertissement de méthode — S4:171, second point exigeant l’honnêteté la plus stricte du bloc. Ce verset qualifie explicitement le statut d’ʿĪsā avec trois désignations textuelles précises, qu’il convient de rendre exactement telles que le texte les pose, sans les réduire ni les amplifier. (1) Rasūl Allāh — un rasūl parmi d’autres, terme déjà défini dans le corpus (voir Khātam an-Nabiyyīn). (2) Kalimatuhu alqāhā ilā Maryam — « Sa kalima (parole) qu’Il a lancée vers Maryam » : le texte emploie ce terme sans le développer davantage dans ce verset ; en faire une entité métaphysique distincte, ou au contraire vider le terme de tout contenu, excède également ce que porte ce seul verset. (3) Rūḥun minhu — « un rūḥ venant de Lui » : même racine et même prudence de traduction que pour rūḥ al-qudus en S2:87 (Bloc III de Sourate 2) — voir la note posée à cet endroit : « le texte ne précise pas la nature de ce rūḥ. Toute identification à une entité particulière excède ce que le texte dit. » Ce même principe s’applique ici intégralement. Ce que le texte pose ensuite, de façon centrale : l’interdiction de dire « trois » (lā taqūlū thalāthatun), l’affirmation qu’Allaah est ilāhun wāḥidun (un ilāh unique), et la négation explicite qu’Il ait un walad (subḥānahu an yakūna lahu waladun) — cette dernière négation portée avec la formule de glorification (subḥānahu) qui l’encadre directement dans le texte. Dit : trois désignations précises d’ʿĪsā, une unicité affirmée, un walad explicitement écarté. Non-dit : ce verset seul ne développe pas la doctrine précise qu’il vise à corriger au-delà du mot « trois » qu’il cite et interdit.
- taghlū
- racine gh-l-w : dépasser la juste mesure, excéder une limite — même racine que *ghuluww*, l'excès dans une pratique ou une croyance.
- alqāhā
- forme IV de l-q-y : lancer, projeter, faire parvenir — un verbe d'action directe, sans détail supplémentaire sur le mode de cette transmission.
- ilāhun wāḥid
- *ilāh* (ce qui est pris comme objet de culte ou d'adoration, racine ʾ-l-h) et *wāḥid* (unique, un seul — racine w-ḥ-d). Le texte pose ici l'unicité comme affirmation directe, en contrepoint immédiat de l'interdiction qui précède.
- walad
- racine w-l-d : l'enfant engendré. Note de méthode : le texte écarte explicitement cette notion pour Allaah, sans qu'il soit besoin — ni permis, selon la règle du site — d'y ajouter une glose affective ou humaine ; la négation porte sur le fait même d'engendrement, non sur un jugement de valeur.
S.4:172 · Ni le Messie ni les anges ne dédaignent d’être ʿabd
- yastankifa
- forme X de n-k-f : refuser avec dédain, considérer indigne de soi. Le texte pose explicitement que le Messie lui-même, et les anges les plus proches, n'ont ni ce dédain ni cette prétention — le statut de *ʿabd* (serviteur, celui qui est soumis) est présenté comme non dégradant, y compris pour les figures les plus élevées nommées dans le verset.
La rétribution de ceux qui croient et de ceux qui se détournent avec orgueil · S4:173
S.4:173 · Rétribution pleine, ou châtiment douloureux
- yuwaffīhim
- forme II de w-f-y : accomplir intégralement, verser sans manque — le texte insiste sur l'intégralité de la rétribution, avant même d'y ajouter un surplus (*yazīduhum min faḍlihi*).
Le burhān et le nūr manifeste · S4:174–175
S.4:174–175 · Une preuve, une lumière, un chemin droit
- burhān
- racine b-r-h : la preuve claire et décisive, distincte de la *ḥujja* (l'argument opposable) rencontrée en S4:165 — le texte n'identifie pas explicitement, dans ce verset, à quoi renvoie précisément ce *burhān*.
- iʿtaṣamū bihi
- même racine et même image qu'en S4:146 (Bloc IX) — s'accrocher fermement à ce qui protège.
La clôture de la sourate — la kalāla, en écho à S4:12 · S4:176
S.4:176 · Le dernier verset de la sourate
Note de cohérence intra-coranique — clôture de la sourate, écho direct à S4:12 (Bloc I). Ce dernier verset de la sourate reprend exactement la structure ouverte en S4:12 : la kalāla (la personne décédée sans lien d’héritage direct), déjà signalée dans ce bloc comme n’ayant que deux occurrences coraniques — S4:12 et ce verset. Le cas traité ici est plus précis : celui d’un frère ou d’une sœur unique, ou de plusieurs. La sourate se referme ainsi comme elle s’était ouverte : sur les parts fixées de l’héritage (S4:11–12) — la boucle thématique de la sourate entière, des orphelins du premier verset (S4:2–3) jusqu’à cette dernière disposition testamentaire, est ici bouclée par le texte lui-même.
- al-kalāla
- voir la note déjà posée en S4:12 (Bloc I) — racine k-l-l. Ce verset en donne l'unique traitement détaillé du Coran pour le cas d'un frère ou d'une sœur unique, ou de plusieurs frères et sœurs.
- mithlu ḥaẓẓi l-unthayayn
- même formule qu'en S4:11 (Bloc I, la part des enfants) — « la part de deux femelles » — voir la note méthodologique déjà posée à cet endroit sur cette proportion, sans reprise ici d'une glose supplémentaire au-delà de ce que ce verset répète du principe déjà énoncé.
- yubayyinu llāhu lakum an taḍillū
- « Allaah vous explique clairement, afin que vous ne vous égariez pas » — le texte clôt ainsi la sourate entière sur la fonction même de la clarification (*bayān*) qu'il revendique pour lui-même, en écho au verset-pivot de S4:82 (Bloc V) sur la méditation du Coran.