Structure du Bloc IX. Le verset-sommet sur la justice absolue — se tenir fermement pour le qisṭ, témoins pour Allaah, même contre soi-même, ses parents ou ses proches (S4:135) ; l’appel à croire sans réserve (S4:136) ; ceux qui oscillent entre croire et kufr (S4:137) ; l’annonce faite aux munāfiqūn (S4:138) ; prendre les kāfirīn comme awliyāʾ et chercher la puissance ailleurs qu’auprès d’Allaah (S4:139) ; l’instruction de ne pas s’asseoir avec ceux qui raillent les āyāt (S4:140) ; le portrait de ceux qui observent et attendent (S4:141) ; les munāfiqūn et leur ṣalāt paresseuse et ostentatoire (S4:142) ; ceux qui oscillent, ni d’un côté ni de l’autre (S4:143) ; l’interdiction réitérée de prendre les kāfirīn comme awliyāʾ (S4:144) ; le fond du Feu réservé aux munāfiqūn, et l’exception de ceux qui reviennent (S4:145–146) ; ce qu’Allaah ferait de votre châtiment si vous êtes reconnaissants (S4:147) ; la parole publique du mal, sauf pour celui qui a subi une injustice (S4:148) ; montrer le bien, le cacher, ou pardonner un mal (S4:149) ; la clôture sur ceux qui veulent différencier entre Allaah et Ses rusul, opposés à ceux qui ne différencient entre aucun d’eux (S4:150–152).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.4:135 Se tenir fermement pour le qisṭ — témoins même contre soi-même
S.4:136 Croire sans réserve — Allaah, le rasūl, les Livres
S.4:137 Ceux qui oscillent entre croire et kufr
S.4:138 L’annonce faite aux munāfiqūn
S.4:139 Chercher la puissance auprès des kāfirīn — elle appartient à Allaah
S.4:140 Ne pas s’asseoir avec ceux qui raillent les āyāt
S.4:141 Ceux qui observent et attendent l’issue
S.4:142 Les munāfiqūn et leur ṣalāt paresseuse, ostentatoire
S.4:143 Mudhabdhabīn — ni d’un côté ni de l’autre
S.4:144 Ne pas prendre les kāfirīn comme awliyāʾ
S.4:145–146 Le fond du Feu — et l’exception de ceux qui reviennent
S.4:147 Ce qu’Allaah ferait de votre châtiment, si vous êtes reconnaissants
S.4:148 La parole publique du mal, sauf pour celui qui a subi une injustice
S.4:149 Montrer le bien, le cacher, pardonner un mal
S.4:150–152 Différencier entre Allaah et Ses rusul — ou ne différencier entre aucun

Se tenir fermement pour le qisṭ — témoins même contre soi-même · S4:135

S.4:135 · Le verset-sommet de la justice

S.4:135
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَىٰ أَنفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ ۚ إِن يَكُنْ غَنِيًّا أَوْ فَقِيرًا فَاللَّهُ أَوْلَىٰ بِهِمَا ۖ فَلَا تَتَّبِعُوا الْهَوَىٰ أَن تَعْدِلُوا ۚ وَإِن تَلْوُوا أَوْ تُعْرِضُوا فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū kūnū qawwāmīna bi-l-qisṭi shuhadāʾa li-llāhi wa-law ʿalā anfusikum awi l-wālidayni wa-l-aqrabīna — in yakun ghaniyyan aw faqīran fa-llāhu awlā bihimā — fa-lā tattabiʿū l-hawā an taʿdilū — wa-in talwū aw tuʿriḍū fa-inna llāha kāna bimā taʿmalūna khabīrā Ô vous qui croyez, soyez fermement établis (qawwāmīn) dans le qisṭ, témoins (shuhadāʾ) pour Allaah, même si c’est contre vous-mêmes, ou vos deux parents, ou vos proches. Qu’il soit riche ou pauvre, Allaah est plus proche d’eux deux (awlā bihimā) [que vous ne l’êtes] — ne suivez donc pas le désir (al-hawā) au point de ne plus être justes (an taʿdilū). Et si vous déviez (talwū) ou vous détournez (tuʿriḍū), Allaah est, de ce que vous faites, Khabīr.

Note de cohérence intra-coranique — le même principe qu’en S4:105–109 (Bloc VII), porté à son maximum. Ce verset radicalise ce que posait déjà S4:105–109 sur le jugement selon le ḥaqq : ici, le critère n’exclut plus seulement l’identité de l’accusé (ami ou ennemi), il exclut jusqu’au lien le plus proche qui puisse exister — soi-même, ses parents, ses proches. Le texte nomme explicitement ces trois catégories comme celles où le témoignage pourrait être faussé par l’intérêt (al-hawā), et les écarte nommément. Dit : le critère posé par le texte est structurel — al-qisṭ, non l’appartenance — quel que soit le lien affectif ou familial concerné.

Notes lexicales
qawwāmīna bi-l-qisṭ
même racine q-w-m que *qawwāmūn* en S4:34 (Bloc II), mais un emploi distinct : là, la *qiwāma* qualifiait un rôle relationnel entre époux ; ici, elle qualifie une tenue ferme et constante dans l'exercice de la justice (*al-qisṭ*, racine q-s-ṭ, déjà rencontrée en S4:3 et S4:127). Le texte emploie le même terme structurant (« être fermement établi dans ») pour deux objets différents — le lien conjugal, et la justice elle-même.
shuhadāʾa li-llāh
racine sh-h-d (témoigner), déjà rencontrée en S4:69 (Bloc IV) où le sens premier — attester de ce qu'on a constaté — a été souligné contre l'extension postérieure vers « martyr ». Ici le sens premier s'impose sans ambiguïté : un témoignage rendu, non une mort.
awlā bihimā
racine w-l-y (proximité, prise en charge) — « plus proche d'eux deux », au sens de : la condition sociale du riche ou du pauvre ne doit pas influencer le témoignage, car Allaah connaît leur situation mieux que le témoin ne pourrait s'en croire juge.
talwū
racine l-w-y : tordre, plier, détourner de sa trajectoire droite — employé ici au sens figuré pour la déviation du témoignage.

Croire sans réserve — Allaah, le rasūl, les Livres · S4:136

S.4:136 · La liste de ce qu’il faut croire

S.4:136
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا آمِنُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ وَالْكِتَابِ الَّذِي نَزَّلَ عَلَىٰ رَسُولِهِ وَالْكِتَابِ الَّذِي أَنزَلَ مِن قَبْلُ ۚ وَمَن يَكْفُرْ بِاللَّهِ وَمَلَائِكَتِهِ وَكُتُبِهِ وَرُسُلِهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَالًا بَعِيدًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū āminū bi-llāhi wa-rasūlihi wa-l-kitābi lladhī nazzala ʿalā rasūlihi wa-l-kitābi lladhī anzala min qablu — wa-man yakfur bi-llāhi wa-malāʾikatihi wa-kutubihi wa-rusulihi wa-l-yawmi l-ākhiri fa-qad ḍalla ḍalālan baʿīdā Ô vous qui croyez, croyez en Allaah, en Son rasūl, au Livre qu’Il a fait descendre sur Son rasūl, et au Livre qu’Il a fait descendre auparavant. Et quiconque rejette (yakfur) Allaah, Ses anges, Ses Livres, Ses rusul et le Jour dernier s’est égaré d’un égarement lointain.
Notes lexicales
āminū bi-llāhi wa-rasūlihi
l'adresse « ô vous qui croyez, croyez » (*yā ayyuhā lladhīna āmanū āminū*) pose une exigence de constance, non une première entrée dans la croyance — le texte s'adresse à des croyants déjà désignés comme tels.

Ceux qui oscillent entre croire et kufr · S4:137

S.4:137 · L’aggravation du kufr

S.4:137
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا ثُمَّ كَفَرُوا ثُمَّ آمَنُوا ثُمَّ كَفَرُوا ثُمَّ ازْدَادُوا كُفْرًا لَمْ يَكُنِ اللَّهُ لِيَغْفِرَ لَهُمْ وَلَا لِيَهْدِيَهُمْ سَبِيلًا
Inna lladhīna āmanū thumma kafarū thumma āmanū thumma kafarū thumma zdādū kufran lam yakuni llāhu li-yaghfira lahum wa-lā li-yahdiyahum sabīlā Ceux qui ont cru, puis ont rejeté, puis ont cru, puis ont rejeté, puis se sont accrus (izdādū) en rejet — Allaah ne va pas leur pardonner, ni les guider vers un chemin.
Notes lexicales
thumma... thumma... thumma...
la répétition de *thumma* (puis) construit textuellement une image d'oscillation répétée, non d'un seul aller-retour — le texte insiste sur la structure du mouvement (l'instabilité elle-même) autant que sur son terme (*izdādū kufran*, « se sont accrus en rejet »).

L’annonce faite aux munāfiqūn · S4:138

S.4:138 · Un châtiment douloureux

S.4:138
بَشِّرِ الْمُنَافِقِينَ بِأَنَّ لَهُمْ عَذَابًا أَلِيمًا
Bashshiri l-munāfiqīna bi-anna lahum ʿadhāban alīmā Annonce (bashshir) aux munāfiqūn qu’il y a pour eux un châtiment douloureux.
Notes lexicales
bashshir
racine b-sh-r : annoncer une nouvelle qui se voit sur le visage (*bashara*, la peau, le teint) — habituellement une bonne nouvelle ; le texte emploie ici le même verbe pour une annonce de châtiment, un usage volontairement à contre-emploi que le texte assume lui-même.

Chercher la puissance auprès des kāfirīn · S4:139

S.4:139 · L’ʿizza appartient à Allaah tout entière

S.4:139
الَّذِينَ يَتَّخِذُونَ الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاءَ مِن دُونِ الْمُؤْمِنِينَ ۚ أَيَبْتَغُونَ عِندَهُمُ الْعِزَّةَ فَإِنَّ الْعِزَّةَ لِلَّهِ جَمِيعًا
Alladhīna yattakhidhūna l-kāfirīna awliyāʾa min dūni l-muʾminīna — a-yabtaghūna ʿindahumu l-ʿizzata fa-inna l-ʿizzata li-llāhi jamīʿā Ceux qui prennent les kāfirīn comme awliyāʾ en dehors des croyants — recherchent-ils (a-yabtaghūna) auprès d’eux la puissance (al-ʿizza) ? — l’ʿizza appartient à Allaah tout entière (jamīʿā).
Notes lexicales
al-ʿizza
racine ʿ-z-z : la force qui ne cède pas, la puissance inentamée. Le texte pose une question rhétorique (*a-yabtaghūna*, « recherchent-ils ? ») suivie d'une affirmation qui la rend absurde : la source recherchée n'a, par construction, rien à offrir de ce qu'on lui prête.

Ne pas s’asseoir avec ceux qui raillent les āyāt · S4:140

S.4:140 · Une instruction déjà donnée dans le Livre

S.4:140
وَقَدْ نَزَّلَ عَلَيْكُمْ فِي الْكِتَابِ أَنْ إِذَا سَمِعْتُمْ آيَاتِ اللَّهِ يُكْفَرُ بِهَا وَيُسْتَهْزَأُ بِهَا فَلَا تَقْعُدُوا مَعَهُمْ حَتَّىٰ يَخُوضُوا فِي حَدِيثٍ غَيْرِهِ ۚ إِنَّكُمْ إِذًا مِثْلُهُمْ ۗ إِنَّ اللَّهَ جَامِعُ الْمُنَافِقِينَ وَالْكَافِرِينَ فِي جَهَنَّمَ جَمِيعًا
Wa-qad nazzala ʿalaykum fi l-kitābi an idhā samiʿtum āyāti llāhi yukfaru bihā wa-yustahzaʾu bihā fa-lā taqʿudū maʿahum ḥattā yakhūḍū fī ḥadīthin ghayrihi — innakum idhan mithluhum — inna llāha jāmiʿu l-munāfiqīna wa-l-kāfirīna fī jahannama jamīʿā Et il vous a déjà été révélé dans le Livre que, lorsque vous entendez les āyāt d’Allaah rejetées (yukfaru bihā) et raillées (yustahzaʾu bihā), ne restez pas assis avec eux tant qu’ils ne se tournent pas vers un autre propos — sinon vous seriez alors comme eux. Allaah rassemblera les munāfiqūn et les kāfirīn dans Jahannam, tous ensemble.
Notes lexicales
wa-qad nazzala ʿalaykum fi l-kitāb
le texte se renvoie explicitement à une prescription antérieure déjà posée « dans le Livre » — cohérence intra-coranique assumée par le texte lui-même, sans que ce verset précise ici la référence exacte visée.
innakum idhan mithluhum
« vous seriez alors comme eux » : le texte pose la conséquence comme une identification par la position (rester assis, cautionner par présence), non par la croyance elle-même — non-dit : le seuil exact entre présence tolérée et participation n'est pas davantage précisé que par ce critère du détournement du propos (*ḥattā yakhūḍū fī ḥadīthin ghayrih*).

Ceux qui observent et attendent l’issue · S4:141

S.4:141 · Le jugement d’Allaah entre les deux camps

S.4:141
الَّذِينَ يَتَرَبَّصُونَ بِكُمْ فَإِن كَانَ لَكُمْ فَتْحٌ مِنَ اللَّهِ قَالُوا أَلَمْ نَكُن مَعَكُمْ وَإِن كَانَ لِلْكَافِرِينَ نَصِيبٌ قَالُوا أَلَمْ نَسْتَحْوِذْ عَلَيْكُمْ وَنَمْنَعْكُم مِنَ الْمُؤْمِنِينَ ۚ فَاللَّهُ يَحْكُمُ بَيْنَكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ ۗ وَلَن يَجْعَلَ اللَّهُ لِلْكَافِرِينَ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ سَبِيلًا
Alladhīna yatarabbaṣūna bikum fa-in kāna lakum fatḥun mina llāhi qālū a-lam nakun maʿakum wa-in kāna li-l-kāfirīna naṣībun qālū a-lam nastaḥwidh ʿalaykum wa-namnaʿkum mina l-muʾminīna — fa-llāhu yaḥkumu baynakum yawma l-qiyāmati — wa-lan yajʿala llāhu li-l-kāfirīna ʿalā l-muʾminīna sabīlā Ceux qui vous observent en attendant (yatarabbaṣūna) : si une victoire (fatḥ) venant d’Allaah vous échoit, ils disent : « N’étions-nous pas avec vous ? » — et si les kāfirīn ont une part, ils disent : « N’avons-nous pas pris l’avantage sur vous (nastaḥwidh ʿalaykum), et ne vous avons-nous pas protégés des croyants ? » Allaah jugera entre vous au Jour de la Résurrection — et Allaah ne donnera jamais aux kāfirīn de voie sur les croyants.
Notes lexicales
yatarabbaṣūna
racine r-b-ṣ : attendre, observer sans s'engager, guetter l'issue avant de se positionner — même racine que la *tarabbuṣ* déjà rencontrée pour d'autres contextes d'attente dans le corpus (S2).
nastaḥwidh
forme X de ḥ-w-dh : prendre le dessus, s'emparer de la maîtrise — verbe rare, cité ici au discours direct comme prétention de ceux qui parlent, non comme affirmation neutre du texte.
lan yajʿala llāhu li-l-kāfirīna ʿalā l-muʾminīna sabīlā
la négation *lan* porte sur l'avenir avec une force catégorique en arabe classique. Dit : le texte pose cette clôture au discours des deux camps rapportés juste avant, comme réponse directe à leurs prétentions respectives. Non-dit : ce verset seul ne précise pas la portée temporelle ou circonstancielle exacte de cette clôture au-delà du jugement annoncé « au Jour de la Résurrection » (*yawma l-qiyāma*) qui l'encadre directement dans la même phrase.

Les munāfiqūn et leur ṣalāt paresseuse, ostentatoire · S4:142

S.4:142 · Tromper Allaah, être trompés

S.4:142
إِنَّ الْمُنَافِقِينَ يُخَادِعُونَ اللَّهَ وَهُوَ خَادِعُهُمْ وَإِذَا قَامُوا إِلَى الصَّلَاةِ قَامُوا كُسَالَىٰ يُرَاءُونَ النَّاسَ وَلَا يَذْكُرُونَ اللَّهَ إِلَّا قَلِيلًا
Inna l-munāfiqīna yukhādiʿūna llāha wa-huwa khādiʿuhum wa-idhā qāmū ila ṣ-ṣalāti qāmū kusālā yurāʾūna n-nāsa wa-lā yadhkurūna llāha illā qalīlā Les munāfiqūn cherchent à tromper (yukhādiʿūna) Allaah, alors que c’est Lui qui les trompe. Et lorsqu’ils se lèvent pour la ṣalāt, ils se lèvent paresseusement (kusālā), se donnant en spectacle aux gens (yurāʾūna n-nās), et ne se rappellent (yadhkurūna) Allaah que peu.
Notes lexicales
yukhādiʿūna / khādiʿuhum
racine kh-d-ʿ (tromper), à la forme III (chercher à tromper). Le texte emploie la même racine pour les deux sujets dans une construction en miroir : leur tentative retournée contre eux, sans que ce miroir suppose une identité de nature entre les deux actions — la forme grammaticale marque un retournement, non une symétrie de sens.
yurāʾūna n-nās
forme III de r-ʾ-y (voir) : agir pour être vu — l'ostentation comme opposé structurel du *dhikr* (le rappel intérieur, sincère) nommé juste après dans le même verset.

Mudhabdhabīn — ni d’un côté ni de l’autre · S4:143

S.4:143 · Celui qu’Allaah égare

S.4:143
مُذَبْذَبِينَ بَيْنَ ذَٰلِكَ لَا إِلَىٰ هَٰؤُلَاءِ وَلَا إِلَىٰ هَٰؤُلَاءِ ۚ وَمَن يُضْلِلِ اللَّهُ فَلَن تَجِدَ لَهُ سَبِيلًا
Mudhabdhabīna bayna dhālika lā ilā hāʾulāʾi wa-lā ilā hāʾulāʾi — wa-man yuḍlili llāhu fa-lan tajida lahu sabīlā Ballotés (mudhabdhabīn) entre les deux, ni vers ceux-ci ni vers ceux-là. Et quiconque Allaah égare (yuḍlil), tu ne lui trouveras jamais de chemin.
Notes lexicales
mudhabdhabīn
forme quadrilitère redoublée de dh-b-dh-b : secouer, ballotter d'un côté à l'autre sans stabilité — le redoublement de la racine mime, par la forme du mot lui-même, le mouvement de balancement qu'il décrit.

Ne pas prendre les kāfirīn comme awliyāʾ · S4:144

S.4:144 · Un sulṭān manifeste contre soi-même

S.4:144
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّخِذُوا الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاءَ مِن دُونِ الْمُؤْمِنِينَ ۚ أَتُرِيدُونَ أَن تَجْعَلُوا لِلَّهِ عَلَيْكُمْ سُلْطَانًا مُبِينًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā tattakhidhū l-kāfirīna awliyāʾa min dūni l-muʾminīna — a-turīdūna an tajʿalū li-llāhi ʿalaykum sulṭānan mubīnā Ô vous qui croyez, ne prenez pas les kāfirīn comme awliyāʾ en dehors des croyants — voulez-vous donner à Allaah, contre vous-mêmes, un sulṭān manifeste ?
Notes lexicales
sulṭān
conservé en translittération, conformément aux occurrences déjà établies dans le corpus (S3, S4:91). Ici, *sulṭān* pris par Allaah « contre » (*ʿalaykum*) celui qui agit ainsi — un argument, une preuve retournée contre celui qui l'a lui-même fournie par son acte.

Le fond du Feu — et l’exception de ceux qui reviennent · S4:145–146

S.4:145 · Le darak al-asfal

S.4:145
إِنَّ الْمُنَافِقِينَ فِي الدَّرْكِ الْأَسْفَلِ مِنَ النَّارِ وَلَن تَجِدَ لَهُمْ نَصِيرًا
Inna l-munāfiqīna fi d-darki l-asfali mina n-nāri wa-lan tajida lahum naṣīrā Les munāfiqūn sont dans le fond le plus bas (ad-darak al-asfal) du Feu, et tu ne leur trouveras jamais de naṣīr.
Notes lexicales
ad-darak al-asfal
*darak* (racine d-r-k, atteindre, un palier atteint) et *asfal* (le plus bas, racine s-f-l). Dit : le texte pose une position — la plus basse — sans détailler ici de système de paliers distincts au-delà de cette désignation. Non-dit : ce seul verset ne construit pas de hiérarchie complète ; il nomme une position extrême pour cette catégorie précisément désignée (*al-munāfiqīn*).

S.4:146 · Ceux qui reviennent et se corrigent

S.4:146
إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا وَأَصْلَحُوا وَاعْتَصَمُوا بِاللَّهِ وَأَخْلَصُوا دِينَهُمْ لِلَّهِ فَأُولَٰئِكَ مَعَ الْمُؤْمِنِينَ ۖ وَسَوْفَ يُؤْتِ اللَّهُ الْمُؤْمِنِينَ أَجْرًا عَظِيمًا
Illā lladhīna tābū wa-aṣlaḥū wa-ʿtaṣamū bi-llāhi wa-akhlaṣū dīnahum li-llāhi fa-ulāʾika maʿa l-muʾminīna — wa-sawfa yuʾti llāhu l-muʾminīna ajran ʿaẓīmā Excepté ceux qui reviennent (tābū), se corrigent (aṣlaḥū), s’accrochent fermement (iʿtaṣamū) à Allaah, et rendent leur dīn exclusif (akhlaṣū) pour Allaah — ceux-là sont avec les croyants, et Allaah donnera aux croyants une immense rétribution.
Notes lexicales
iʿtaṣamū
forme VIII de ʿ-ṣ-m : se retenir fermement, s'accrocher à ce qui protège (*ʿiṣma*, la protection). L'image porte sur la prise d'appui, non sur un simple énoncé de croyance.
akhlaṣū dīnahum li-llāh
forme IV de kh-l-ṣ : purifier, rendre exclusif, débarrasser de tout mélange. *Dīn* conservé en translittération conformément à la règle du site. Les quatre verbes de ce verset (*tābū, aṣlaḥū, iʿtaṣamū, akhlaṣū*) forment une séquence cumulative, non une simple alternative.

Ce qu’Allaah ferait de votre châtiment, si vous êtes reconnaissants · S4:147

S.4:147 · Shākir, ʿAlīm

S.4:147
مَا يَفْعَلُ اللَّهُ بِعَذَابِكُمْ إِن شَكَرْتُمْ وَآمَنتُمْ ۚ وَكَانَ اللَّهُ شَاكِرًا عَلِيمًا
Mā yafʿalu llāhu bi-ʿadhābikum in shakartum wa-āmantum — wa-kāna llāhu shākiran ʿalīmā Que ferait Allaah de votre châtiment, si vous êtes reconnaissants (shakartum) et croyez ? Allaah est Shākir (Ce qui reconnaît pleinement ce qui Lui est rendu), ʿAlīm.
Notes lexicales
shākir
racine sh-k-r, appliquée à Allaah en miroir de ce qui est demandé au croyant (*shakartum*) — note de méthode : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah ici est une pleine reconnaissance de ce qui Lui est rendu, non un sentiment de gratitude au sens humain du terme ; conservé en translittération.

La parole publique du mal, sauf pour celui qui a subi une injustice · S4:148

S.4:148 · Al-jahr bi-s-sūʾ

S.4:148
لَا يُحِبُّ اللَّهُ الْجَهْرَ بِالسُّوءِ مِنَ الْقَوْلِ إِلَّا مَن ظُلِمَ ۚ وَكَانَ اللَّهُ سَمِيعًا عَلِيمًا
Lā yuḥibbu llāhu l-jahra bi-s-sūʾi mina l-qawli illā man ẓulima — wa-kāna llāhu samīʿan ʿalīmā Allaah n’aime pas la proclamation publique (al-jahr) du mal en parole (bi-s-sūʾi mina l-qawl), sauf pour celui qui a subi une injustice (man ẓulima). Allaah est Samīʿ, ʿAlīm.
Notes lexicales
al-jahr
racine j-h-r : rendre manifeste, dire à voix haute et publiquement — opposé à ce qui reste discret. Dit : le texte pose une exception explicite et unique — la victime d'une injustice (*man ẓulima*) — sans en détailler davantage les conditions d'usage.

Montrer le bien, le cacher, pardonner un mal · S4:149

S.4:149 · ʿAfuww, Qadīr

S.4:149
إِن تُبْدُوا خَيْرًا أَوْ تُخْفُوهُ أَوْ تَعْفُوا عَن سُوءٍ فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ عَفُوًّا قَدِيرًا
In tubdū khayran aw tukhfūhu aw taʿfū ʿan sūʾin fa-inna llāha kāna ʿafuwwan qadīrā Que vous montriez un bien, que vous le cachiez, ou que vous pardonniez (taʿfū) un mal — Allaah est ʿAfuww (Ce qui efface), Qadīr.
Notes lexicales
taʿfū / ʿafuww
racine ʿ-f-w : effacer une trace, ne pas laisser subsister ce qui était là — le verset applique au croyant (*taʿfū ʿan sūʾ*, pardonner un mal) le même terme qui qualifie Allaah (*ʿafuwwan*) juste après, dans une même construction en écho.

Différencier entre Allaah et Ses rusul — ou ne différencier entre aucun · S4:150–152

S.4:150–151 · Les kāfirūn ḥaqqan

S.4:150–151
إِنَّ الَّذِينَ يَكْفُرُونَ بِاللَّهِ وَرُسُلِهِ وَيُرِيدُونَ أَن يُفَرِّقُوا بَيْنَ اللَّهِ وَرُسُلِهِ وَيَقُولُونَ نُؤْمِنُ بِبَعْضٍ وَنَكْفُرُ بِبَعْضٍ وَيُرِيدُونَ أَن يَتَّخِذُوا بَيْنَ ذَٰلِكَ سَبِيلًا * أُولَٰئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ حَقًّا ۚ وَأَعْتَدْنَا لِلْكَافِرِينَ عَذَابًا مُهِينًا
Inna lladhīna yakfurūna bi-llāhi wa-rusulihi wa-yurīdūna an yufarriqū bayna llāhi wa-rusulihi wa-yaqūlūna nuʾminu bi-baʿḍin wa-nakfuru bi-baʿḍin wa-yurīdūna an yattakhidhū bayna dhālika sabīlā * Ulāʾika humu l-kāfirūna ḥaqqan wa-aʿtadnā li-l-kāfirīna ʿadhāban muhīnā Ceux qui rejettent Allaah et Ses rusul, et veulent différencier (yufarriqū) entre Allaah et Ses rusul, et disent : « Nous croyons en une partie, et nous rejetons une partie », et veulent prendre entre cela un chemin — ceux-là sont les kāfirūn en vérité (ḥaqqan), et Nous avons préparé pour les kāfirīn un châtiment humiliant.
Notes lexicales
yufarriqū bayna llāhi wa-rusulihi
forme II de f-r-q : séparer, diviser ce qui devrait rester uni. Dit : le texte vise ici une acceptation sélective des *rusul* (« nous croyons en une partie, nous rejetons une partie »), non une question de statut ou de rang entre eux — le verset porte sur l'attitude de croyance envers la fonction elle-même, non sur une hiérarchie entre *rusul* nommés.
al-kāfirūna ḥaqqan
*ḥaqqan* (en vérité, réellement — racine ḥ-q-q) qualifie ici le *kufr* décrit comme le *kufr* véritable — le texte semble ainsi distinguer, par cette qualification même, ce cas d'un *kufr* qu'il jugerait moindre ou autre ; non-dit : ce verset seul ne développe pas explicitement cette distinction implicite au-delà de l'emploi de *ḥaqqan*.

S.4:152 · Ceux qui ne différencient entre aucun

S.4:152
وَالَّذِينَ آمَنُوا بِاللَّهِ وَرُسُلِهِ وَلَمْ يُفَرِّقُوا بَيْنَ أَحَدٍ مِنْهُمْ أُولَٰئِكَ سَوْفَ يُؤْتِيهِمْ أُجُورَهُمْ ۗ وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَحِيمًا
Wa-lladhīna āmanū bi-llāhi wa-rusulihi wa-lam yufarriqū bayna aḥadin minhum ulāʾika sawfa yuʾtīhim ujūrahum — wa-kāna llāhu ghafūran raḥīmā Et ceux qui croient en Allaah et en Ses rusul, et ne différencient entre aucun d’eux (lam yufarriqū bayna aḥadin minhum) — ceux-là, Il leur donnera leurs rétributions. Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
lam yufarriqū bayna aḥadin minhum
construction en miroir exact de S4:150 (*yufarriqū bayna llāhi wa-rusulihi*), inversée : ce verset clôt le bloc en opposant terme à terme la position condamnée et la position validée par le texte, sur le même vocabulaire — une clôture qui referme la boucle ouverte au tout début du bloc (S4:136, « croyez en Allaah, en Son *rasūl*... »).

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