Structure du Bloc IX. Le verset-sommet sur la justice absolue — se tenir fermement pour le qisṭ, témoins pour Allaah, même contre soi-même, ses parents ou ses proches (S4:135) ; l’appel à croire sans réserve (S4:136) ; ceux qui oscillent entre croire et kufr (S4:137) ; l’annonce faite aux munāfiqūn (S4:138) ; prendre les kāfirīn comme awliyāʾ et chercher la puissance ailleurs qu’auprès d’Allaah (S4:139) ; l’instruction de ne pas s’asseoir avec ceux qui raillent les āyāt (S4:140) ; le portrait de ceux qui observent et attendent (S4:141) ; les munāfiqūn et leur ṣalāt paresseuse et ostentatoire (S4:142) ; ceux qui oscillent, ni d’un côté ni de l’autre (S4:143) ; l’interdiction réitérée de prendre les kāfirīn comme awliyāʾ (S4:144) ; le fond du Feu réservé aux munāfiqūn, et l’exception de ceux qui reviennent (S4:145–146) ; ce qu’Allaah ferait de votre châtiment si vous êtes reconnaissants (S4:147) ; la parole publique du mal, sauf pour celui qui a subi une injustice (S4:148) ; montrer le bien, le cacher, ou pardonner un mal (S4:149) ; la clôture sur ceux qui veulent différencier entre Allaah et Ses rusul, opposés à ceux qui ne différencient entre aucun d’eux (S4:150–152).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.4:135 | Se tenir fermement pour le qisṭ — témoins même contre soi-même |
| S.4:136 | Croire sans réserve — Allaah, le rasūl, les Livres |
| S.4:137 | Ceux qui oscillent entre croire et kufr |
| S.4:138 | L’annonce faite aux munāfiqūn |
| S.4:139 | Chercher la puissance auprès des kāfirīn — elle appartient à Allaah |
| S.4:140 | Ne pas s’asseoir avec ceux qui raillent les āyāt |
| S.4:141 | Ceux qui observent et attendent l’issue |
| S.4:142 | Les munāfiqūn et leur ṣalāt paresseuse, ostentatoire |
| S.4:143 | Mudhabdhabīn — ni d’un côté ni de l’autre |
| S.4:144 | Ne pas prendre les kāfirīn comme awliyāʾ |
| S.4:145–146 | Le fond du Feu — et l’exception de ceux qui reviennent |
| S.4:147 | Ce qu’Allaah ferait de votre châtiment, si vous êtes reconnaissants |
| S.4:148 | La parole publique du mal, sauf pour celui qui a subi une injustice |
| S.4:149 | Montrer le bien, le cacher, pardonner un mal |
| S.4:150–152 | Différencier entre Allaah et Ses rusul — ou ne différencier entre aucun |
Se tenir fermement pour le qisṭ — témoins même contre soi-même · S4:135
S.4:135 · Le verset-sommet de la justice
Note de cohérence intra-coranique — le même principe qu’en S4:105–109 (Bloc VII), porté à son maximum. Ce verset radicalise ce que posait déjà S4:105–109 sur le jugement selon le ḥaqq : ici, le critère n’exclut plus seulement l’identité de l’accusé (ami ou ennemi), il exclut jusqu’au lien le plus proche qui puisse exister — soi-même, ses parents, ses proches. Le texte nomme explicitement ces trois catégories comme celles où le témoignage pourrait être faussé par l’intérêt (al-hawā), et les écarte nommément. Dit : le critère posé par le texte est structurel — al-qisṭ, non l’appartenance — quel que soit le lien affectif ou familial concerné.
- qawwāmīna bi-l-qisṭ
- même racine q-w-m que *qawwāmūn* en S4:34 (Bloc II), mais un emploi distinct : là, la *qiwāma* qualifiait un rôle relationnel entre époux ; ici, elle qualifie une tenue ferme et constante dans l'exercice de la justice (*al-qisṭ*, racine q-s-ṭ, déjà rencontrée en S4:3 et S4:127). Le texte emploie le même terme structurant (« être fermement établi dans ») pour deux objets différents — le lien conjugal, et la justice elle-même.
- shuhadāʾa li-llāh
- racine sh-h-d (témoigner), déjà rencontrée en S4:69 (Bloc IV) où le sens premier — attester de ce qu'on a constaté — a été souligné contre l'extension postérieure vers « martyr ». Ici le sens premier s'impose sans ambiguïté : un témoignage rendu, non une mort.
- awlā bihimā
- racine w-l-y (proximité, prise en charge) — « plus proche d'eux deux », au sens de : la condition sociale du riche ou du pauvre ne doit pas influencer le témoignage, car Allaah connaît leur situation mieux que le témoin ne pourrait s'en croire juge.
- talwū
- racine l-w-y : tordre, plier, détourner de sa trajectoire droite — employé ici au sens figuré pour la déviation du témoignage.
Croire sans réserve — Allaah, le rasūl, les Livres · S4:136
S.4:136 · La liste de ce qu’il faut croire
- āminū bi-llāhi wa-rasūlihi
- l'adresse « ô vous qui croyez, croyez » (*yā ayyuhā lladhīna āmanū āminū*) pose une exigence de constance, non une première entrée dans la croyance — le texte s'adresse à des croyants déjà désignés comme tels.
Ceux qui oscillent entre croire et kufr · S4:137
S.4:137 · L’aggravation du kufr
- thumma... thumma... thumma...
- la répétition de *thumma* (puis) construit textuellement une image d'oscillation répétée, non d'un seul aller-retour — le texte insiste sur la structure du mouvement (l'instabilité elle-même) autant que sur son terme (*izdādū kufran*, « se sont accrus en rejet »).
L’annonce faite aux munāfiqūn · S4:138
S.4:138 · Un châtiment douloureux
- bashshir
- racine b-sh-r : annoncer une nouvelle qui se voit sur le visage (*bashara*, la peau, le teint) — habituellement une bonne nouvelle ; le texte emploie ici le même verbe pour une annonce de châtiment, un usage volontairement à contre-emploi que le texte assume lui-même.
Chercher la puissance auprès des kāfirīn · S4:139
S.4:139 · L’ʿizza appartient à Allaah tout entière
- al-ʿizza
- racine ʿ-z-z : la force qui ne cède pas, la puissance inentamée. Le texte pose une question rhétorique (*a-yabtaghūna*, « recherchent-ils ? ») suivie d'une affirmation qui la rend absurde : la source recherchée n'a, par construction, rien à offrir de ce qu'on lui prête.
Ne pas s’asseoir avec ceux qui raillent les āyāt · S4:140
S.4:140 · Une instruction déjà donnée dans le Livre
- wa-qad nazzala ʿalaykum fi l-kitāb
- le texte se renvoie explicitement à une prescription antérieure déjà posée « dans le Livre » — cohérence intra-coranique assumée par le texte lui-même, sans que ce verset précise ici la référence exacte visée.
- innakum idhan mithluhum
- « vous seriez alors comme eux » : le texte pose la conséquence comme une identification par la position (rester assis, cautionner par présence), non par la croyance elle-même — non-dit : le seuil exact entre présence tolérée et participation n'est pas davantage précisé que par ce critère du détournement du propos (*ḥattā yakhūḍū fī ḥadīthin ghayrih*).
Ceux qui observent et attendent l’issue · S4:141
S.4:141 · Le jugement d’Allaah entre les deux camps
- yatarabbaṣūna
- racine r-b-ṣ : attendre, observer sans s'engager, guetter l'issue avant de se positionner — même racine que la *tarabbuṣ* déjà rencontrée pour d'autres contextes d'attente dans le corpus (S2).
- nastaḥwidh
- forme X de ḥ-w-dh : prendre le dessus, s'emparer de la maîtrise — verbe rare, cité ici au discours direct comme prétention de ceux qui parlent, non comme affirmation neutre du texte.
- lan yajʿala llāhu li-l-kāfirīna ʿalā l-muʾminīna sabīlā
- la négation *lan* porte sur l'avenir avec une force catégorique en arabe classique. Dit : le texte pose cette clôture au discours des deux camps rapportés juste avant, comme réponse directe à leurs prétentions respectives. Non-dit : ce verset seul ne précise pas la portée temporelle ou circonstancielle exacte de cette clôture au-delà du jugement annoncé « au Jour de la Résurrection » (*yawma l-qiyāma*) qui l'encadre directement dans la même phrase.
Les munāfiqūn et leur ṣalāt paresseuse, ostentatoire · S4:142
S.4:142 · Tromper Allaah, être trompés
- yukhādiʿūna / khādiʿuhum
- racine kh-d-ʿ (tromper), à la forme III (chercher à tromper). Le texte emploie la même racine pour les deux sujets dans une construction en miroir : leur tentative retournée contre eux, sans que ce miroir suppose une identité de nature entre les deux actions — la forme grammaticale marque un retournement, non une symétrie de sens.
- yurāʾūna n-nās
- forme III de r-ʾ-y (voir) : agir pour être vu — l'ostentation comme opposé structurel du *dhikr* (le rappel intérieur, sincère) nommé juste après dans le même verset.
Mudhabdhabīn — ni d’un côté ni de l’autre · S4:143
S.4:143 · Celui qu’Allaah égare
- mudhabdhabīn
- forme quadrilitère redoublée de dh-b-dh-b : secouer, ballotter d'un côté à l'autre sans stabilité — le redoublement de la racine mime, par la forme du mot lui-même, le mouvement de balancement qu'il décrit.
Ne pas prendre les kāfirīn comme awliyāʾ · S4:144
S.4:144 · Un sulṭān manifeste contre soi-même
- sulṭān
- conservé en translittération, conformément aux occurrences déjà établies dans le corpus (S3, S4:91). Ici, *sulṭān* pris par Allaah « contre » (*ʿalaykum*) celui qui agit ainsi — un argument, une preuve retournée contre celui qui l'a lui-même fournie par son acte.
Le fond du Feu — et l’exception de ceux qui reviennent · S4:145–146
S.4:145 · Le darak al-asfal
- ad-darak al-asfal
- *darak* (racine d-r-k, atteindre, un palier atteint) et *asfal* (le plus bas, racine s-f-l). Dit : le texte pose une position — la plus basse — sans détailler ici de système de paliers distincts au-delà de cette désignation. Non-dit : ce seul verset ne construit pas de hiérarchie complète ; il nomme une position extrême pour cette catégorie précisément désignée (*al-munāfiqīn*).
S.4:146 · Ceux qui reviennent et se corrigent
- iʿtaṣamū
- forme VIII de ʿ-ṣ-m : se retenir fermement, s'accrocher à ce qui protège (*ʿiṣma*, la protection). L'image porte sur la prise d'appui, non sur un simple énoncé de croyance.
- akhlaṣū dīnahum li-llāh
- forme IV de kh-l-ṣ : purifier, rendre exclusif, débarrasser de tout mélange. *Dīn* conservé en translittération conformément à la règle du site. Les quatre verbes de ce verset (*tābū, aṣlaḥū, iʿtaṣamū, akhlaṣū*) forment une séquence cumulative, non une simple alternative.
Ce qu’Allaah ferait de votre châtiment, si vous êtes reconnaissants · S4:147
S.4:147 · Shākir, ʿAlīm
- shākir
- racine sh-k-r, appliquée à Allaah en miroir de ce qui est demandé au croyant (*shakartum*) — note de méthode : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah ici est une pleine reconnaissance de ce qui Lui est rendu, non un sentiment de gratitude au sens humain du terme ; conservé en translittération.
La parole publique du mal, sauf pour celui qui a subi une injustice · S4:148
S.4:148 · Al-jahr bi-s-sūʾ
- al-jahr
- racine j-h-r : rendre manifeste, dire à voix haute et publiquement — opposé à ce qui reste discret. Dit : le texte pose une exception explicite et unique — la victime d'une injustice (*man ẓulima*) — sans en détailler davantage les conditions d'usage.
Montrer le bien, le cacher, pardonner un mal · S4:149
S.4:149 · ʿAfuww, Qadīr
- taʿfū / ʿafuww
- racine ʿ-f-w : effacer une trace, ne pas laisser subsister ce qui était là — le verset applique au croyant (*taʿfū ʿan sūʾ*, pardonner un mal) le même terme qui qualifie Allaah (*ʿafuwwan*) juste après, dans une même construction en écho.
Différencier entre Allaah et Ses rusul — ou ne différencier entre aucun · S4:150–152
S.4:150–151 · Les kāfirūn ḥaqqan
- yufarriqū bayna llāhi wa-rusulihi
- forme II de f-r-q : séparer, diviser ce qui devrait rester uni. Dit : le texte vise ici une acceptation sélective des *rusul* (« nous croyons en une partie, nous rejetons une partie »), non une question de statut ou de rang entre eux — le verset porte sur l'attitude de croyance envers la fonction elle-même, non sur une hiérarchie entre *rusul* nommés.
- al-kāfirūna ḥaqqan
- *ḥaqqan* (en vérité, réellement — racine ḥ-q-q) qualifie ici le *kufr* décrit comme le *kufr* véritable — le texte semble ainsi distinguer, par cette qualification même, ce cas d'un *kufr* qu'il jugerait moindre ou autre ; non-dit : ce verset seul ne développe pas explicitement cette distinction implicite au-delà de l'emploi de *ḥaqqan*.
S.4:152 · Ceux qui ne différencient entre aucun
- lam yufarriqū bayna aḥadin minhum
- construction en miroir exact de S4:150 (*yufarriqū bayna llāhi wa-rusulihi*), inversée : ce verset clôt le bloc en opposant terme à terme la position condamnée et la position validée par le texte, sur le même vocabulaire — une clôture qui referme la boucle ouverte au tout début du bloc (S4:136, « croyez en Allaah, en Son *rasūl*... »).