Structure du Bloc VIII. Le rappel du shirk comme seule limite absolue du pardon, sous une formulation proche mais non identique à S4:48 (S4:116) ; le portrait du shayṭān — ce qu’il promet, ce qu’il ordonne, ce qu’il fait faire (S4:117–120) ; le sort de ceux qui le suivent, opposé à celui de ceux qui croient et agissent droitement (S4:121–122) ; le verset sur ce qui ne relève ni des amānī des uns ni de celles des « gens du Livre » (S4:123–124) ; celui qui remet son wajh à Allaah en suivant la milla d’Ibrāhīm, et Ibrāhīm pris comme khalīl (S4:125) ; ce qui appartient à Allaah dans les cieux et la terre — un refrain qui structure tout le reste du bloc (S4:126, 132, 134) ; la consultation sur les femmes et les orphelines, avec renvoi explicite à S4:3 et S4:127 (S4:127) ; le nushūz de l’époux, avec renvoi explicite à S4:34 et au Bloc II (S4:128) ; l’impossibilité d’une équité totale entre épouses (S4:129) ; la séparation et la suffisance d’Allaah (S4:130) ; la clôture sur l’obligation de crainte, la richesse d’Allaah, et Sa capacité à remplacer les humains (S4:131–134).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.4:116 | Le shirk, seule faute qu’Allaah ne pardonne pas — variante de S4:48 |
| S.4:117–118 | Ce qu’ils invoquent en dehors d’Allaah — le shayṭān maudit |
| S.4:119–120 | Les quatre promesses du shayṭān — altérer la création d’Allaah |
| S.4:121–122 | Deux destinées opposées |
| S.4:123–124 | Ni vos amānī, ni celles des gens du Livre |
| S.4:125 | Remettre son wajh à Allaah — la milla d’Ibrāhīm, khalīl |
| S.4:126 | Ce qui appartient à Allaah dans les cieux et la terre |
| S.4:127 | La consultation sur les femmes et les orphelines |
| S.4:128 | Le nushūz de l’époux — la ṣulḥ entre époux |
| S.4:129 | L’impossible équité totale entre épouses |
| S.4:130 | La séparation — Allaah Wāsiʿ, Ḥakīm |
| S.4:131 | Ce qui appartient à Allaah — l’ordre de la crainte |
| S.4:132 | Ce qui appartient à Allaah — Sa suffisance comme wakīl |
| S.4:133 | Allaah peut faire disparaître les humains et en amener d’autres |
| S.4:134 | La rétribution de ce monde et de l’au-delà |
Le shirk, seule limite du pardon — variante de S4:48 · S4:116
S.4:116 · Ce qu’Allaah ne pardonne pas
- yushraka bihi / yushrik
- racine sh-r-k, conservée en translittération (*shirk*) — voir l'étude dédiée [Le shirk dans le Coran](/etudes/shirk/) et la note déjà posée en S4:48 (Bloc III). Ce verset reprend la première moitié de S4:48 mot pour mot, mais diffère dans sa clôture.
- ḍalla ḍalālan baʿīdā
- racine ḍ-l-l : s'égarer, perdre le chemin — ici intensifié par le complément absolu (*ḍalālan*) et l'adjectif *baʿīd* (lointain, éloigné). Là où S4:48 clôturait sur *iftarā ithman ʿaẓīmā* (a fabriqué une faute immense — l'acte de fabrication), S4:116 clôture sur *ḍalla ḍalālan baʿīdā* (s'est égaré d'un égarement lointain — l'état qui en résulte). Dit : le texte varie sa formulation pour un contenu de fond identique ; non-dit : le texte n'indique pas lui-même pourquoi cette variation, au sein d'une sourate qui répète peu ses versets à l'identique.
Ce qu’ils invoquent en dehors d’Allaah — le shayṭān maudit · S4:117–118
S.4:117–118 · Des ināth et un shayṭān rebelle
- ināth
- pluriel de unthā (féminin) — racine ʾ-n-th. Dit : le texte qualifie ainsi ce qui est invoqué en dehors d'Allaah. Non-dit : le seul texte de ce verset ne précise pas s'il s'agit d'entités nommément féminines dans le culte visé, ou d'un terme portant ici un sens plus large (le faible, l'inerte, par opposition à la vigueur active) — les deux lectures sont attestées dans la lexicographie de la racine, sans que ce verset seul permette de trancher.
- marīd
- racine m-r-d : être lisse, dénudé, sans résistance — d'où, au sens figuré, celui qui s'est dénudé de toute retenue, le rebelle achevé.
- naṣīban mafrūḍā
- *naṣīb* (part, portion, racine n-ṣ-b) et *mafrūḍ* (fixé, imposé, racine f-r-ḍ — la même que pour les *farāʾiḍ* de l'héritage en S4:11). Le *shayṭān* énonce ici sa propre prétention, rapportée au discours direct par le texte — non une affirmation du narrateur sur l'issue réelle de cette prétention.
Les quatre promesses du shayṭān — altérer la création d’Allaah · S4:119–120
S.4:119 · Égarer, faire miroiter, ordonner
- umanniyannahum
- racine m-n-y, même racine que les *amānī* de S4:123 (souhaits, désirs projetés sans fondement) : faire miroiter, faire espérer sans réalité derrière.
- yughayyirunna khalqa llāh
- *ghayyara* (racine gh-y-r, changer, altérer) et *khalq* (la création, racine kh-l-q). Dit : le texte cite en exemple concret la pratique de fendre les oreilles du bétail (*ādhāna l-anʿām*) — une pratique associée à des rites préislamiques de consécration d'animaux. Non-dit : ce seul verset ne fournit pas de liste exhaustive de ce que recouvre « altérer la création d'Allaah » au-delà de cet exemple nommé ; en étendre la portée à d'autres domaines relève de l'inférence, non du texte lui-même.
S.4:120 · Une promesse qui n’est que tromperie
- ghurūr
- racine gh-r-r : tromper par une apparence trompeuse, faire miroiter un bien qui n'existe pas — le mot clôt la série des trois promesses de S4:119 par leur qualification d'ensemble.
Deux destinées opposées · S4:121–122
S.4:121–122 · Jahannam sans issue, ou les jardins pour toujours
- maḥīṣ
- racine ḥ-y-ṣ : se détourner, s'écarter, chercher une échappatoire — terme rare, employé ici pour marquer l'absence de toute issue.
- khālidīna fīhā abadan
- voir la note méthodologique déjà posée dans les blocs précédents sur *khālidīn* (racine kh-l-d, la permanence) : ici renforcée par *abadan* (à jamais), sans limitation temporelle indiquée dans le texte.
Ni vos amānī, ni celles des gens du Livre · S4:123–124
S.4:123 · Ce qui ne dépend ni de vos souhaits, ni des leurs
- amānī
- pluriel de umniyya, racine m-n-y — souhait, désir projeté, sans garantie de réalisation (même racine que *umanniyannahum* en S4:119–120). Dit : le texte pose que ni le souhait des uns ni celui des autres ne détermine l'issue — c'est l'acte (*man yaʿmal sūʾan*) qui est rétribué.
S.4:124 · Croire et agir — sans injustice, pas même infime
- min dhakarin aw unthā
- le texte nomme explicitement les deux — homme ou femme — comme sujets identiques de l'acte et de la rétribution, sans distinction de traitement posée par ce verset entre les deux.
- naqīr
- racine n-q-r : le point creusé sur le noyau de datte — image d'une quantité infime, déjà rencontrée dans le corpus pour désigner l'absence totale d'injustice, même à l'échelle la plus minime.
Remettre son wajh à Allaah — la milla d’Ibrāhīm, khalīl · S4:125
S.4:125 · Qui est meilleur en dīn ?
- dīn
- conservé en translittération, conformément à la règle du site : ne pas traduire *dīn* par « religion ». Voir la [Note méthodologique](/etudes/trad-methode-note/).
- aslama wajhahu li-llāh
- même expression déjà rencontrée en S2:112 (Bloc IV de Sourate 2) : « quiconque remet son *wajh* à Allaah ». Racine s-l-m (*aslama*, remettre, se placer en sécurité entre les mains d'un autre) appliquée ici au *wajh* du croyant — à distinguer de *wajhu llāh* (S2:115), qui désigne l'orientation vers laquelle la créature se tourne, non le *wajh* d'Allaah au sens d'un visage.
- milla
- racine m-l-l : la voie suivie, le parcours tracé — conservé en translittération faute d'équivalent français unique qui ne réduise pas le terme à « religion » ou à « communauté » au sens institutionnel.
- ḥanīf
- racine ḥ-n-f : celui qui s'incline, se détourne (d'une direction vers une autre) — dans l'usage coranique, celui qui s'écarte de toute association pour s'orienter exclusivement. Conservé en translittération, terme technique sans équivalent français à un seul mot qui en couvre le sens précis.
- khalīl
- racine kh-l-l : celui qui pénètre l'intimité d'un autre, un lien d'attachement qui traverse l'être (*khalla* : l'interstice, ce qui pénètre entre les choses). Terme unique dans le Coran appliqué par Allaah à Ibrāhīm. Note de méthode : conformément à la règle du site, aucun adjectif impliquant un sentiment humain n'est employé ici pour qualifier ce qu'exprime Allaah envers Ibrāhīm — le texte pose le fait (*ittakhadha... khalīlan*, « a pris... comme *khalīl* ») sans que ce site n'y ajoute de glose affective. Conservé en translittération.
Ce qui appartient à Allaah — un refrain qui structure la suite · S4:126
S.4:126 · Ce qui est dans les cieux et la terre — englobant tout
- muḥīṭ
- racine ḥ-w-ṭ : entourer, cerner de toutes parts. Ce verset ouvre un refrain repris presque à l'identique en S4:131, S4:132 et S4:134 — le texte lui-même construit, par cette répétition, la clôture progressive du bloc autour d'un même axe : ce qui appartient à Allaah, sans reste.
La consultation sur les femmes et les orphelines · S4:127
S.4:127 · Ce qui vous est yuftā — le renvoi à S4:3
- yastaftūnaka / yuftīkum
- racine f-t-y : donner un éclaircissement, une réponse à une question posée (d'où *fatwā*) — voir l'étude dédiée [La fatwā](/etudes/fatwa/).
- wa-mā yutlā ʿalaykum fi l-kitāb
- le texte renvoie explicitement ici à un passage antérieur déjà récité — cohérence intra-coranique directe avec S4:3, où la question des orphelines et du mariage a déjà été posée (Bloc I). Ce verset ne répète pas S4:3, il s'y réfère.
- al-mustaḍʿafīna mina l-wildān
- même terme qu'en S4:75 (Bloc V) — racine ḍ-ʿ-f, ceux qui sont rendus faibles — appliqué ici spécifiquement aux enfants sans moyens de défendre leurs droits.
- qisṭ
- même racine qu'en S4:3 (*q-s-ṭ*, la répartition juste) — le texte referme ainsi la boucle ouverte au tout début de la sourate sur le traitement des orphelines.
Le nushūz de l’époux — la ṣulḥ entre époux · S4:128
S.4:128 · Si une femme craint le nushūz ou l’iʿrāḍ de son époux
Note de cohérence intra-coranique — renvoi explicite à S4:34 (Bloc II). Ce verset est celui qu’annonçait déjà, par anticipation, la note posée en S4:34 : « le texte ne prévoit ici aucune mesure symétrique nommée pour le nushūz de l’époux ; ce cas est traité séparément, par une procédure différente, en S4:128. » La confirmation est maintenant sous les yeux : le nushūz de l’épouse (S4:34) et celui de l’époux (S4:128) ne reçoivent pas le même traitement textuel. Pour l’épouse, une séquence de trois mesures graduées est nommée. Pour l’époux, le texte pose une seule voie : la ṣulḥ, un arrangement trouvé à deux (yuṣliḥā baynahumā), explicitement qualifié de khayr (meilleur). Dit : les deux situations sont traitées par deux procédures distinctes, l’une n’est pas le miroir de l’autre. Non-dit : le texte ne dit pas lui-même pourquoi cette asymétrie de traitement — en tirer une explication relève de l’inférence, non de ce verset seul.
- baʿl
- racine b-ʿ-l : le maître, celui qui a autorité sur une chose — employé dans le Coran pour désigner l'époux, à distinguer de *zawj* (le conjoint, terme plus fréquent et plus neutre).
- iʿrāḍ
- forme IV de ʿ-r-ḍ : se détourner, tourner le flanc — un retrait, une distance prise, distinct du *nushūz* (la rupture ouverte).
- ṣulḥ
- racine ṣ-l-ḥ (le droit, ce qui est en bon état) — l'arrangement, la remise en ordre trouvée entre deux parties. Terme distinct de *ṣāliḥāt* (les œuvres droites) mais de même racine.
- uḥḍirati l-anfusu sh-shuḥḥ
- littéralement « les âmes ont été rendues présentes à l'avarice (*shuḥḥ*) » — racine ḥ-ḍ-r (être présent) au passif, et *sh-ḥ-ḥ* (l'avarice, la retenue égoïste). Dit : le texte pose ceci comme une disposition constante des âmes humaines, sans restriction de genre — un rappel général placé ici au moment où deux personnes doivent négocier un arrangement.
L’impossible équité totale entre épouses · S4:129
S.4:129 · Ne pas laisser l’une comme suspendue
- taʿdilū
- même racine ʿ-d-l que S4:3 (*taʿdilū*, y être déjà employé pour la même impossibilité anticipée — « craignez de ne pas être équitables » — voir Bloc I). Le texte confirme ici, dans un contexte de polygamie déjà installée, ce que S4:3 annonçait par avance.
- ka-l-muʿallaqa
- forme passive de ʿ-l-q (suspendre, accrocher) : littéralement « comme la suspendue » — une image, non un terme juridique défini par ce verset ; elle désigne un état d'incertitude, ni pleinement retenue ni libérée. Non-dit : le texte ne fournit pas ici de définition procédurale de cet état au-delà de l'image posée.
La séparation — Allaah Wāsiʿ, Ḥakīm · S4:130
S.4:130 · Si les deux se séparent
- yughni... min saʿatihi
- *yughnī* (racine gh-n-y, rendre autonome, suffire) et *saʿa* (racine w-s-ʿ, l'ampleur, ce qui embrasse largement — même racine que *Wāsiʿ*). Le verset répond directement à la crainte matérielle qui pourrait retenir dans une union insatisfaisante : la séparation n'est pas présentée comme une impasse.
Ce qui appartient à Allaah — l’ordre de la crainte · S4:131
S.4:131 · Adressé aux gens du Livre et à vous
- waṣṣaynā
- forme II de w-ṣ-y : prescrire, recommander avec insistance — même racine que les *waṣāyā* de l'héritage (S4:11–12, Bloc I).
- ghaniyy / ḥamīd
- *ghaniyy* (racine gh-n-y, l'autosuffisance) et *ḥamīd* (racine ḥ-m-d, la louange). Note de méthode : ces deux termes désignent, conformément à la règle du site, « ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah », non des attributs au sens d'un ajout extérieur — conservés en translittération.
Ce qui appartient à Allaah — Sa suffisance comme wakīl · S4:132
S.4:132 · Allaah suffit comme wakīl
- wakīl
- racine w-k-l : celui à qui une affaire est confiée, un garant en charge. Conservé en translittération, terme technique déjà rencontré dans le corpus (S3, S4:81) sans équivalent français à un seul mot recouvrant exactement ce champ.
Allaah peut faire disparaître les humains et en amener d’autres · S4:133
S.4:133 · Une capacité, pas une menace isolée
- qadīr
- racine q-d-r : la capacité, la mesure exacte de ce qui peut être accompli. Dit : le verset pose une capacité (*in yashaʾ*, « s'Il le veut ») — une condition posée par le texte lui-même, non un fait accompli ni une menace à échéance annoncée.
La rétribution de ce monde et de l’au-delà · S4:134
S.4:134 · Ce qui est recherché — auprès d’Allaah, les deux
- thawāb
- racine th-w-b : revenir, retourner à son origine — d'où la rétribution comme un retour de l'acte vers son auteur. Le verset clôt le bloc sur ce même refrain amorcé en S4:126 : tout ce qui peut être recherché, ce monde compris, se trouve auprès d'Allaah — sans qu'il soit besoin d'en chercher la source ailleurs.