Structure du Bloc VIII. Le rappel du shirk comme seule limite absolue du pardon, sous une formulation proche mais non identique à S4:48 (S4:116) ; le portrait du shayṭān — ce qu’il promet, ce qu’il ordonne, ce qu’il fait faire (S4:117–120) ; le sort de ceux qui le suivent, opposé à celui de ceux qui croient et agissent droitement (S4:121–122) ; le verset sur ce qui ne relève ni des amānī des uns ni de celles des « gens du Livre » (S4:123–124) ; celui qui remet son wajh à Allaah en suivant la milla d’Ibrāhīm, et Ibrāhīm pris comme khalīl (S4:125) ; ce qui appartient à Allaah dans les cieux et la terre — un refrain qui structure tout le reste du bloc (S4:126, 132, 134) ; la consultation sur les femmes et les orphelines, avec renvoi explicite à S4:3 et S4:127 (S4:127) ; le nushūz de l’époux, avec renvoi explicite à S4:34 et au Bloc II (S4:128) ; l’impossibilité d’une équité totale entre épouses (S4:129) ; la séparation et la suffisance d’Allaah (S4:130) ; la clôture sur l’obligation de crainte, la richesse d’Allaah, et Sa capacité à remplacer les humains (S4:131–134).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.4:116 Le shirk, seule faute qu’Allaah ne pardonne pas — variante de S4:48
S.4:117–118 Ce qu’ils invoquent en dehors d’Allaah — le shayṭān maudit
S.4:119–120 Les quatre promesses du shayṭān — altérer la création d’Allaah
S.4:121–122 Deux destinées opposées
S.4:123–124 Ni vos amānī, ni celles des gens du Livre
S.4:125 Remettre son wajh à Allaah — la milla d’Ibrāhīm, khalīl
S.4:126 Ce qui appartient à Allaah dans les cieux et la terre
S.4:127 La consultation sur les femmes et les orphelines
S.4:128 Le nushūz de l’époux — la ṣulḥ entre époux
S.4:129 L’impossible équité totale entre épouses
S.4:130 La séparation — Allaah Wāsiʿ, Ḥakīm
S.4:131 Ce qui appartient à Allaah — l’ordre de la crainte
S.4:132 Ce qui appartient à Allaah — Sa suffisance comme wakīl
S.4:133 Allaah peut faire disparaître les humains et en amener d’autres
S.4:134 La rétribution de ce monde et de l’au-delà

Le shirk, seule limite du pardon — variante de S4:48 · S4:116

S.4:116 · Ce qu’Allaah ne pardonne pas

S.4:116
إِنَّ اللَّهَ لَا يَغْفِرُ أَن يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَٰلِكَ لِمَن يَشَاءُ ۚ وَمَن يُشْرِكْ بِاللَّهِ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَالًا بَعِيدًا
Inna llāha lā yaghfiru an yushraka bihi wa-yaghfiru mā dūna dhālika li-man yashāʾu — wa-man yushrik bi-llāhi fa-qad ḍalla ḍalālan baʿīdā Allaah ne pardonne pas qu’on Lui associe (yushraka bihi) — mais Il pardonne, en-dehors de cela, à qui Il veut. Quiconque associe (yushrik) à Allaah s’est égaré (ḍalla) d’un égarement lointain (ḍalālan baʿīdā).
Notes lexicales
yushraka bihi / yushrik
racine sh-r-k, conservée en translittération (*shirk*) — voir l'étude dédiée [Le shirk dans le Coran](/etudes/shirk/) et la note déjà posée en S4:48 (Bloc III). Ce verset reprend la première moitié de S4:48 mot pour mot, mais diffère dans sa clôture.
ḍalla ḍalālan baʿīdā
racine ḍ-l-l : s'égarer, perdre le chemin — ici intensifié par le complément absolu (*ḍalālan*) et l'adjectif *baʿīd* (lointain, éloigné). Là où S4:48 clôturait sur *iftarā ithman ʿaẓīmā* (a fabriqué une faute immense — l'acte de fabrication), S4:116 clôture sur *ḍalla ḍalālan baʿīdā* (s'est égaré d'un égarement lointain — l'état qui en résulte). Dit : le texte varie sa formulation pour un contenu de fond identique ; non-dit : le texte n'indique pas lui-même pourquoi cette variation, au sein d'une sourate qui répète peu ses versets à l'identique.

Ce qu’ils invoquent en dehors d’Allaah — le shayṭān maudit · S4:117–118

S.4:117–118 · Des ināth et un shayṭān rebelle

S.4:117–118
إِن يَدْعُونَ مِن دُونِهِ إِلَّا إِنَاثًا وَإِن يَدْعُونَ إِلَّا شَيْطَانًا مَرِيدًا * لَعَنَهُ اللَّهُ ۘ وَقَالَ لَأَتَّخِذَنَّ مِنْ عِبَادِكَ نَصِيبًا مَفْرُوضًا
In yadʿūna min dūnihi illā ināthan wa-in yadʿūna illā shayṭānan marīdā * Laʿanahu llāhu wa-qāla la-attakhidhanna min ʿibādika naṣīban mafrūḍā Ils n’invoquent, en dehors de Lui, que des ināth — ils n’invoquent qu’un shayṭān rebelle (marīd), qu’Allaah a maudit (laʿanahu), et qui a dit : « Je prendrai certainement, parmi Tes serviteurs, une part fixée (naṣīban mafrūḍā). »
Notes lexicales
ināth
pluriel de unthā (féminin) — racine ʾ-n-th. Dit : le texte qualifie ainsi ce qui est invoqué en dehors d'Allaah. Non-dit : le seul texte de ce verset ne précise pas s'il s'agit d'entités nommément féminines dans le culte visé, ou d'un terme portant ici un sens plus large (le faible, l'inerte, par opposition à la vigueur active) — les deux lectures sont attestées dans la lexicographie de la racine, sans que ce verset seul permette de trancher.
marīd
racine m-r-d : être lisse, dénudé, sans résistance — d'où, au sens figuré, celui qui s'est dénudé de toute retenue, le rebelle achevé.
naṣīban mafrūḍā
*naṣīb* (part, portion, racine n-ṣ-b) et *mafrūḍ* (fixé, imposé, racine f-r-ḍ — la même que pour les *farāʾiḍ* de l'héritage en S4:11). Le *shayṭān* énonce ici sa propre prétention, rapportée au discours direct par le texte — non une affirmation du narrateur sur l'issue réelle de cette prétention.

Les quatre promesses du shayṭān — altérer la création d’Allaah · S4:119–120

S.4:119 · Égarer, faire miroiter, ordonner

S.4:119
وَلَأُضِلَّنَّهُمْ وَلَأُمَنِّيَنَّهُمْ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُبَتِّكُنَّ آذَانَ الْأَنْعَامِ وَلَآمُرَنَّهُمْ فَلَيُغَيِّرُنَّ خَلْقَ اللَّهِ ۚ وَمَن يَتَّخِذِ الشَّيْطَانَ وَلِيًّا مِن دُونِ اللَّهِ فَقَدْ خَسِرَ خُسْرَانًا مُبِينًا
Wa-la-uḍillannahum wa-la-umanniyannahum wa-la-āmurannahum fa-la-yubattikunna ādhāna l-anʿāmi wa-la-āmurannahum fa-la-yughayyirunna khalqa llāhi — wa-man yattakhidhi sh-shayṭāna waliyyan min dūni llāhi fa-qad khasira khusrānan mubīnā « Je les égarerai certainement, je leur ferai certainement miroiter (umanniyannahum), je leur ordonnerai certainement — ils fendront alors les oreilles du bétail — je leur ordonnerai certainement — ils altéreront alors la création (khalq) d’Allaah. » Et quiconque prend le shayṭān comme walī en dehors d’Allaah a subi une perte (khasira) manifeste.
Notes lexicales
umanniyannahum
racine m-n-y, même racine que les *amānī* de S4:123 (souhaits, désirs projetés sans fondement) : faire miroiter, faire espérer sans réalité derrière.
yughayyirunna khalqa llāh
*ghayyara* (racine gh-y-r, changer, altérer) et *khalq* (la création, racine kh-l-q). Dit : le texte cite en exemple concret la pratique de fendre les oreilles du bétail (*ādhāna l-anʿām*) — une pratique associée à des rites préislamiques de consécration d'animaux. Non-dit : ce seul verset ne fournit pas de liste exhaustive de ce que recouvre « altérer la création d'Allaah » au-delà de cet exemple nommé ; en étendre la portée à d'autres domaines relève de l'inférence, non du texte lui-même.

S.4:120 · Une promesse qui n’est que tromperie

S.4:120
يَعِدُهُمْ وَيُمَنِّيهِمْ ۖ وَمَا يَعِدُهُمُ الشَّيْطَانُ إِلَّا غُرُورًا
Yaʿiduhum wa-yumannīhim — wa-mā yaʿiduhumu sh-shayṭānu illā ghurūrā Il leur promet, il leur fait miroiter — mais le shayṭān ne leur promet que tromperie (ghurūr).
Notes lexicales
ghurūr
racine gh-r-r : tromper par une apparence trompeuse, faire miroiter un bien qui n'existe pas — le mot clôt la série des trois promesses de S4:119 par leur qualification d'ensemble.

Deux destinées opposées · S4:121–122

S.4:121–122 · Jahannam sans issue, ou les jardins pour toujours

S.4:121–122
أُولَٰئِكَ مَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ وَلَا يَجِدُونَ عَنْهَا مَحِيصًا * وَالَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ سَنُدْخِلُهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا ۖ وَعْدَ اللَّهِ حَقًّا ۚ وَمَنْ أَصْدَقُ مِنَ اللَّهِ قِيلًا
Ulāʾika maʾwāhum jahannamu wa-lā yajidūna ʿanhā maḥīṣā * Wa-lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti sa-nudkhiluhum jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā abadan — waʿda llāhi ḥaqqan — wa-man aṣdaqu mina llāhi qīlā Ceux-là, leur refuge (maʾwā) est Jahannam, et ils n’y trouveront pas d’échappatoire (maḥīṣ). Et ceux qui ont cru et fait ce qui est droit (ṣāliḥāt), Nous les ferons entrer dans des jardins sous lesquels coulent les rivières, s’y établissant (khālidīna) pour toujours — promesse d’Allaah, en vérité (ḥaqqan) — et qui est plus véridique qu’Allaah dans Sa parole (qīl) ?
Notes lexicales
maḥīṣ
racine ḥ-y-ṣ : se détourner, s'écarter, chercher une échappatoire — terme rare, employé ici pour marquer l'absence de toute issue.
khālidīna fīhā abadan
voir la note méthodologique déjà posée dans les blocs précédents sur *khālidīn* (racine kh-l-d, la permanence) : ici renforcée par *abadan* (à jamais), sans limitation temporelle indiquée dans le texte.

Ni vos amānī, ni celles des gens du Livre · S4:123–124

S.4:123 · Ce qui ne dépend ni de vos souhaits, ni des leurs

S.4:123
لَيْسَ بِأَمَانِيِّكُمْ وَلَا أَمَانِيِّ أَهْلِ الْكِتَابِ ۗ مَن يَعْمَلْ سُوءًا يُجْزَ بِهِ وَلَا يَجِدْ لَهُ مِن دُونِ اللَّهِ وَلِيًّا وَلَا نَصِيرًا
Laysa bi-amāniyyikum wa-lā amāniyyi ahli l-kitābi — man yaʿmal sūʾan yujza bihi wa-lā yajid lahu min dūni llāhi waliyyan wa-lā naṣīrā Cela ne dépend ni de vos amānī, ni des amānī des gens du Livre : quiconque fait un mal en sera rétribué (yujzā bihi), et ne trouvera pour lui, en dehors d’Allaah, ni walī ni naṣīr.
Notes lexicales
amānī
pluriel de umniyya, racine m-n-y — souhait, désir projeté, sans garantie de réalisation (même racine que *umanniyannahum* en S4:119–120). Dit : le texte pose que ni le souhait des uns ni celui des autres ne détermine l'issue — c'est l'acte (*man yaʿmal sūʾan*) qui est rétribué.

S.4:124 · Croire et agir — sans injustice, pas même infime

S.4:124
وَمَن يَعْمَلْ مِنَ الصَّالِحَاتِ مِن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَىٰ وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَأُولَٰئِكَ يَدْخُلُونَ الْجَنَّةَ وَلَا يُظْلَمُونَ نَقِيرًا
Wa-man yaʿmal mina ṣ-ṣāliḥāti min dhakarin aw unthā wa-huwa muʾminun fa-ulāʾika yadkhulūna l-jannata wa-lā yuẓlamūna naqīrā Et quiconque fait ce qui est droit (ṣāliḥāt), homme ou femme, tout en étant croyant — ceux-là entreront dans la janna, et ne subiront pas d’injustice, pas même d’un naqīr.
Notes lexicales
min dhakarin aw unthā
le texte nomme explicitement les deux — homme ou femme — comme sujets identiques de l'acte et de la rétribution, sans distinction de traitement posée par ce verset entre les deux.
naqīr
racine n-q-r : le point creusé sur le noyau de datte — image d'une quantité infime, déjà rencontrée dans le corpus pour désigner l'absence totale d'injustice, même à l'échelle la plus minime.

Remettre son wajh à Allaah — la milla d’Ibrāhīm, khalīl · S4:125

S.4:125 · Qui est meilleur en dīn ?

S.4:125
وَمَنْ أَحْسَنُ دِينًا مِمَّنْ أَسْلَمَ وَجْهَهُ لِلَّهِ وَهُوَ مُحْسِنٌ وَاتَّبَعَ مِلَّةَ إِبْرَاهِيمَ حَنِيفًا ۗ وَاتَّخَذَ اللَّهُ إِبْرَاهِيمَ خَلِيلًا
Wa-man aḥsanu dīnan mimman aslama wajhahu li-llāhi wa-huwa muḥsinun wa-ttabaʿa millata ibrāhīma ḥanīfā — wa-ttakhadha llāhu ibrāhīma khalīlā Et qui est meilleur en dīn que celui qui remet son wajh à Allaah, tout en étant muḥsin (agissant avec excellence), et qui suit la milla d’Ibrāhīm en ḥanīf ? Et Allaah a pris Ibrāhīm comme khalīl.
Notes lexicales
dīn
conservé en translittération, conformément à la règle du site : ne pas traduire *dīn* par « religion ». Voir la [Note méthodologique](/etudes/trad-methode-note/).
aslama wajhahu li-llāh
même expression déjà rencontrée en S2:112 (Bloc IV de Sourate 2) : « quiconque remet son *wajh* à Allaah ». Racine s-l-m (*aslama*, remettre, se placer en sécurité entre les mains d'un autre) appliquée ici au *wajh* du croyant — à distinguer de *wajhu llāh* (S2:115), qui désigne l'orientation vers laquelle la créature se tourne, non le *wajh* d'Allaah au sens d'un visage.
milla
racine m-l-l : la voie suivie, le parcours tracé — conservé en translittération faute d'équivalent français unique qui ne réduise pas le terme à « religion » ou à « communauté » au sens institutionnel.
ḥanīf
racine ḥ-n-f : celui qui s'incline, se détourne (d'une direction vers une autre) — dans l'usage coranique, celui qui s'écarte de toute association pour s'orienter exclusivement. Conservé en translittération, terme technique sans équivalent français à un seul mot qui en couvre le sens précis.
khalīl
racine kh-l-l : celui qui pénètre l'intimité d'un autre, un lien d'attachement qui traverse l'être (*khalla* : l'interstice, ce qui pénètre entre les choses). Terme unique dans le Coran appliqué par Allaah à Ibrāhīm. Note de méthode : conformément à la règle du site, aucun adjectif impliquant un sentiment humain n'est employé ici pour qualifier ce qu'exprime Allaah envers Ibrāhīm — le texte pose le fait (*ittakhadha... khalīlan*, « a pris... comme *khalīl* ») sans que ce site n'y ajoute de glose affective. Conservé en translittération.

Ce qui appartient à Allaah — un refrain qui structure la suite · S4:126

S.4:126 · Ce qui est dans les cieux et la terre — englobant tout

S.4:126
وَلِلَّهِ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۚ وَكَانَ اللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ مُحِيطًا
Wa-li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi — wa-kāna llāhu bi-kulli shayʾin muḥīṭā À Allaah appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre — et Allaah est, de toute chose, muḥīṭ (Ce qui embrasse tout, Ce qui cerne).
Notes lexicales
muḥīṭ
racine ḥ-w-ṭ : entourer, cerner de toutes parts. Ce verset ouvre un refrain repris presque à l'identique en S4:131, S4:132 et S4:134 — le texte lui-même construit, par cette répétition, la clôture progressive du bloc autour d'un même axe : ce qui appartient à Allaah, sans reste.

La consultation sur les femmes et les orphelines · S4:127

S.4:127 · Ce qui vous est yuftā — le renvoi à S4:3

S.4:127
وَيَسْتَفْتُونَكَ فِي النِّسَاءِ ۖ قُلِ اللَّهُ يُفْتِيكُمْ فِيهِنَّ وَمَا يُتْلَىٰ عَلَيْكُمْ فِي الْكِتَابِ فِي يَتَامَى النِّسَاءِ اللَّاتِي لَا تُؤْتُونَهُنَّ مَا كُتِبَ لَهُنَّ وَتَرْغَبُونَ أَن تَنكِحُوهُنَّ وَالْمُسْتَضْعَفِينَ مِنَ الْوِلْدَانِ وَأَن تَقُومُوا لِلْيَتَامَىٰ بِالْقِسْطِ ۚ وَمَا تَفْعَلُوا مِنْ خَيْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ بِهِ عَلِيمًا
Wa-yastaftūnaka fi n-nisāʾi — quli llāhu yuftīkum fīhinna wa-mā yutlā ʿalaykum fi l-kitābi fī yatāmā n-nisāʾi l-lātī lā tuʾtūnahunna mā kutiba lahunna wa-targhabūna an tankiḥūhunna wa-l-mustaḍʿafīna mina l-wildāni wa-an taqūmū li-l-yatāmā bi-l-qisṭi — wa-mā tafʿalū min khayrin fa-inna llāha kāna bihi ʿalīmā Et ils te demandent une fatwā au sujet des femmes. Dis : « Allaah vous éclaire (yuftīkum) à leur sujet, ainsi que ce qui vous est récité dans le Livre au sujet des orphelines (yatāmā n-nisāʾ) auxquelles vous ne donnez pas ce qui leur a été prescrit (mā kutiba lahunna), tout en désirant les épouser — et au sujet des mustaḍʿafīn parmi les enfants — et [il vous est prescrit] de vous tenir envers les orphelins avec qisṭ. » Et le bien que vous faites, Allaah en est ʿalīm (pleinement informé).
Notes lexicales
yastaftūnaka / yuftīkum
racine f-t-y : donner un éclaircissement, une réponse à une question posée (d'où *fatwā*) — voir l'étude dédiée [La fatwā](/etudes/fatwa/).
wa-mā yutlā ʿalaykum fi l-kitāb
le texte renvoie explicitement ici à un passage antérieur déjà récité — cohérence intra-coranique directe avec S4:3, où la question des orphelines et du mariage a déjà été posée (Bloc I). Ce verset ne répète pas S4:3, il s'y réfère.
al-mustaḍʿafīna mina l-wildān
même terme qu'en S4:75 (Bloc V) — racine ḍ-ʿ-f, ceux qui sont rendus faibles — appliqué ici spécifiquement aux enfants sans moyens de défendre leurs droits.
qisṭ
même racine qu'en S4:3 (*q-s-ṭ*, la répartition juste) — le texte referme ainsi la boucle ouverte au tout début de la sourate sur le traitement des orphelines.

Le nushūz de l’époux — la ṣulḥ entre époux · S4:128

S.4:128 · Si une femme craint le nushūz ou l’iʿrāḍ de son époux

S.4:128
وَإِنِ امْرَأَةٌ خَافَتْ مِن بَعْلِهَا نُشُوزًا أَوْ إِعْرَاضًا فَلَا جُنَاحَ عَلَيْهِمَا أَن يُصْلِحَا بَيْنَهُمَا صُلْحًا ۚ وَالصُّلْحُ خَيْرٌ ۗ وَأُحْضِرَتِ الْأَنفُسُ الشُّحَّ ۚ وَإِن تُحْسِنُوا وَتَتَّقُوا فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا
Wa-ini mraʾatun khāfat min baʿlihā nushūzan aw iʿrāḍan fa-lā junāḥa ʿalayhimā an yuṣliḥā baynahumā ṣulḥan — wa-ṣ-ṣulḥu khayrun — wa-uḥḍirati l-anfusu sh-shuḥḥa — wa-in tuḥsinū wa-tattaqū fa-inna llāha kāna bimā taʿmalūna khabīrā Et si une femme craint de la part de son époux (baʿl) un nushūz ou un détournement (iʿrāḍ), nul grief à leur porter s’ils trouvent entre eux un arrangement (yuṣliḥā… ṣulḥan) — l’arrangement (ṣulḥ) est meilleur. Les âmes (al-anfus) sont portées (uḥḍirat) à l’avarice (shuḥḥ). Mais si vous agissez avec excellence (tuḥsinū) et craignez [Allaah], Allaah est, de ce que vous faites, khabīr (pleinement informé).

Note de cohérence intra-coranique — renvoi explicite à S4:34 (Bloc II). Ce verset est celui qu’annonçait déjà, par anticipation, la note posée en S4:34 : « le texte ne prévoit ici aucune mesure symétrique nommée pour le nushūz de l’époux ; ce cas est traité séparément, par une procédure différente, en S4:128. » La confirmation est maintenant sous les yeux : le nushūz de l’épouse (S4:34) et celui de l’époux (S4:128) ne reçoivent pas le même traitement textuel. Pour l’épouse, une séquence de trois mesures graduées est nommée. Pour l’époux, le texte pose une seule voie : la ṣulḥ, un arrangement trouvé à deux (yuṣliḥā baynahumā), explicitement qualifié de khayr (meilleur). Dit : les deux situations sont traitées par deux procédures distinctes, l’une n’est pas le miroir de l’autre. Non-dit : le texte ne dit pas lui-même pourquoi cette asymétrie de traitement — en tirer une explication relève de l’inférence, non de ce verset seul.

Notes lexicales
baʿl
racine b-ʿ-l : le maître, celui qui a autorité sur une chose — employé dans le Coran pour désigner l'époux, à distinguer de *zawj* (le conjoint, terme plus fréquent et plus neutre).
iʿrāḍ
forme IV de ʿ-r-ḍ : se détourner, tourner le flanc — un retrait, une distance prise, distinct du *nushūz* (la rupture ouverte).
ṣulḥ
racine ṣ-l-ḥ (le droit, ce qui est en bon état) — l'arrangement, la remise en ordre trouvée entre deux parties. Terme distinct de *ṣāliḥāt* (les œuvres droites) mais de même racine.
uḥḍirati l-anfusu sh-shuḥḥ
littéralement « les âmes ont été rendues présentes à l'avarice (*shuḥḥ*) » — racine ḥ-ḍ-r (être présent) au passif, et *sh-ḥ-ḥ* (l'avarice, la retenue égoïste). Dit : le texte pose ceci comme une disposition constante des âmes humaines, sans restriction de genre — un rappel général placé ici au moment où deux personnes doivent négocier un arrangement.

L’impossible équité totale entre épouses · S4:129

S.4:129 · Ne pas laisser l’une comme suspendue

S.4:129
وَلَن تَسْتَطِيعُوا أَن تَعْدِلُوا بَيْنَ النِّسَاءِ وَلَوْ حَرَصْتُمْ ۖ فَلَا تَمِيلُوا كُلَّ الْمَيْلِ فَتَذَرُوهَا كَالْمُعَلَّقَةِ ۚ وَإِن تُصْلِحُوا وَتَتَّقُوا فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ غَفُورًا رَحِيمًا
Wa-lan tastaṭīʿū an taʿdilū bayna n-nisāʾi wa-law ḥaraṣtum — fa-lā tamīlū kulla l-mayli fa-tadharūhā ka-l-muʿallaqati — wa-in tuṣliḥū wa-tattaqū fa-inna llāha kāna ghafūran raḥīmā Vous ne pourrez jamais être équitables (taʿdilū) entre les femmes, même si vous y tenez (ḥaraṣtum) — ne penchez donc pas d’un penchant total (kulla l-mayl), au point de la laisser comme suspendue (ka-l-muʿallaqa). Et si vous trouvez un arrangement (tuṣliḥū) et craignez [Allaah], Allaah est ghafūr, raḥīm.
Notes lexicales
taʿdilū
même racine ʿ-d-l que S4:3 (*taʿdilū*, y être déjà employé pour la même impossibilité anticipée — « craignez de ne pas être équitables » — voir Bloc I). Le texte confirme ici, dans un contexte de polygamie déjà installée, ce que S4:3 annonçait par avance.
ka-l-muʿallaqa
forme passive de ʿ-l-q (suspendre, accrocher) : littéralement « comme la suspendue » — une image, non un terme juridique défini par ce verset ; elle désigne un état d'incertitude, ni pleinement retenue ni libérée. Non-dit : le texte ne fournit pas ici de définition procédurale de cet état au-delà de l'image posée.

La séparation — Allaah Wāsiʿ, Ḥakīm · S4:130

S.4:130 · Si les deux se séparent

S.4:130
وَإِن يَتَفَرَّقَا يُغْنِ اللَّهُ كُلًّا مِن سَعَتِهِ ۚ وَكَانَ اللَّهُ وَاسِعًا حَكِيمًا
Wa-in yatafarraqā yughni llāhu kullan min saʿatihi — wa-kāna llāhu wāsiʿan ḥakīmā Et s’ils se séparent (yatafarraqā), Allaah rendra chacun autonome (yughni) par Son ampleur (saʿatihi) — Allaah est Wāsiʿ, Ḥakīm.
Notes lexicales
yughni... min saʿatihi
*yughnī* (racine gh-n-y, rendre autonome, suffire) et *saʿa* (racine w-s-ʿ, l'ampleur, ce qui embrasse largement — même racine que *Wāsiʿ*). Le verset répond directement à la crainte matérielle qui pourrait retenir dans une union insatisfaisante : la séparation n'est pas présentée comme une impasse.

Ce qui appartient à Allaah — l’ordre de la crainte · S4:131

S.4:131 · Adressé aux gens du Livre et à vous

S.4:131
وَلِلَّهِ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۗ وَلَقَدْ وَصَّيْنَا الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ وَإِيَّاكُمْ أَنِ اتَّقُوا اللَّهَ ۚ وَإِن تَكْفُرُوا فَإِنَّ لِلَّهِ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۚ وَكَانَ اللَّهُ غَنِيًّا حَمِيدًا
Wa-li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi — wa-la-qad waṣṣaynā lladhīna ūtū l-kitāba min qablikum wa-iyyākum ani ttaqū llāha — wa-in takfurū fa-inna li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi — wa-kāna llāhu ghaniyyan ḥamīdā À Allaah appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. Nous avons certes prescrit (waṣṣaynā) à ceux à qui le Livre a été donné avant vous, ainsi qu’à vous-mêmes, de craindre Allaah (ittaqū llāh). Et si vous takfurū (rejetez), à Allaah appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre — Allaah est Ghaniyy (Ce qui se suffit à Soi-même), Ḥamīd (Ce à quoi revient toute louange).
Notes lexicales
waṣṣaynā
forme II de w-ṣ-y : prescrire, recommander avec insistance — même racine que les *waṣāyā* de l'héritage (S4:11–12, Bloc I).
ghaniyy / ḥamīd
*ghaniyy* (racine gh-n-y, l'autosuffisance) et *ḥamīd* (racine ḥ-m-d, la louange). Note de méthode : ces deux termes désignent, conformément à la règle du site, « ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah », non des attributs au sens d'un ajout extérieur — conservés en translittération.

Ce qui appartient à Allaah — Sa suffisance comme wakīl · S4:132

S.4:132 · Allaah suffit comme wakīl

S.4:132
وَلِلَّهِ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۚ وَكَفَىٰ بِاللَّهِ وَكِيلًا
Wa-li-llāhi mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi — wa-kafā bi-llāhi wakīlā À Allaah appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre — Allaah suffit comme wakīl.
Notes lexicales
wakīl
racine w-k-l : celui à qui une affaire est confiée, un garant en charge. Conservé en translittération, terme technique déjà rencontré dans le corpus (S3, S4:81) sans équivalent français à un seul mot recouvrant exactement ce champ.

Allaah peut faire disparaître les humains et en amener d’autres · S4:133

S.4:133 · Une capacité, pas une menace isolée

S.4:133
إِن يَشَأْ يُذْهِبْكُمْ أَيُّهَا النَّاسُ وَيَأْتِ بِآخَرِينَ ۚ وَكَانَ اللَّهُ عَلَىٰ ذَٰلِكَ قَدِيرًا
In yashaʾ yudhhibkum ayyuhā n-nāsu wa-yaʾti bi-ākharīn — wa-kāna llāhu ʿalā dhālika qadīrā S’Il le veut, Il vous fera disparaître (yudhhibkum), ô les humains, et en fera venir d’autres — Allaah est, sur cela, Qadīr (Ce qui a pleine capacité).
Notes lexicales
qadīr
racine q-d-r : la capacité, la mesure exacte de ce qui peut être accompli. Dit : le verset pose une capacité (*in yashaʾ*, « s'Il le veut ») — une condition posée par le texte lui-même, non un fait accompli ni une menace à échéance annoncée.

La rétribution de ce monde et de l’au-delà · S4:134

S.4:134 · Ce qui est recherché — auprès d’Allaah, les deux

S.4:134
مَن كَانَ يُرِيدُ ثَوَابَ الدُّنْيَا فَعِندَ اللَّهِ ثَوَابُ الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۚ وَكَانَ اللَّهُ سَمِيعًا بَصِيرًا
Man kāna yurīdu thawāba d-dunyā fa-ʿinda llāhi thawābu d-dunyā wa-l-ākhirati — wa-kāna llāhu samīʿan baṣīrā Quiconque veut la rétribution (thawāb) de ce monde (ad-dunyā) — c’est auprès d’Allaah que se trouve la rétribution de ce monde et de l’au-delà (al-ākhira) — Allaah est Samīʿ, Baṣīr.
Notes lexicales
thawāb
racine th-w-b : revenir, retourner à son origine — d'où la rétribution comme un retour de l'acte vers son auteur. Le verset clôt le bloc sur ce même refrain amorcé en S4:126 : tout ce qui peut être recherché, ce monde compris, se trouve auprès d'Allaah — sans qu'il soit besoin d'en chercher la source ailleurs.

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