Structure du Bloc II. Quatre ensembles : la suite de la liste des unions interdites — les muḥṣanāt — et la question de qui n’a pas les moyens d’épouser une femme libre croyante (S4:24–25) ; trois versets sur la volonté d’Allaah de clarifier, alléger, et accueillir le retour, suivis de la protection des biens et de la vie (S4:26–31) ; le rapport entre hommes et femmes — acquisitions respectives, héritage, et le verset dense sur la qiwāma et le nushūz — puis l’iḥsān envers l’entourage (S4:32–39) ; la justice absolue d’Allaah, le témoignage au Jour, et la clôture sur les conditions de la ṣalāt — état d’ivresse, impureté, tayammum (S4:40–43).
Sommaire du bloc
| Réf. |
Titre thématique |
| S.4:24 |
Les muḥṣanāt — suite de la liste, et la farīḍa des ujūr |
| S.4:25 |
Épouser une fatāt croyante à défaut de moyens |
| S.4:26–28 |
Clarifier, guider, accueillir le retour — l’humain créé faible |
| S.4:29 |
Ne pas dévorer les biens par al-bāṭil — ne pas se tuer |
| S.4:30 |
La transgression et l’injustice — le feu |
| S.4:31 |
Éviter les grandes fautes — effacement et entrée noble |
| S.4:32 |
Ne pas convoiter — une part selon ce qu’on acquiert |
| S.4:33 |
Les mawālī et ceux liés par pacte |
| S.4:34 |
Qawwāmūn — la qiwāma et le nushūz |
| S.4:35 |
La rupture entre époux — les deux arbitres |
| S.4:36 |
Iḥsān envers parents, proches, voisins, voyageur |
| S.4:37–38 |
Avarice et ostentation — le shayṭān comme qarīn |
| S.4:39 |
Qu’auraient-ils perdu à croire ? |
| S.4:40 |
Allaah ne lèse pas, même du poids d’une dharra |
| S.4:41–42 |
Le témoignage au Jour — le souhait des kāfirūn |
| S.4:43 |
La ṣalāt en état d’ivresse ou d’impureté — le tayammum |
Les muḥṣanāt et le mariage sans moyens · S4:24–25
S.4:24 · Les muḥṣanāt — suite de la liste, et la farīḍa des ujūr
S.4:24
وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ النِّسَاءِ إِلَّا مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ ۖ كِتَابَ اللَّهِ عَلَيْكُمْ ۚ وَأُحِلَّ لَكُم مَّا وَرَاءَ ذَٰلِكُمْ أَن تَبْتَغُوا بِأَمْوَالِكُم مُّحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ ۚ فَمَا اسْتَمْتَعْتُم بِهِ مِنْهُنَّ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ فَرِيضَةً ۚ وَلَا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِيمَا تَرَاضَيْتُم بِهِ مِن بَعْدِ الْفَرِيضَةِ ۚ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلِيمًا حَكِيمًا
Wa-l-muḥṣanātu mina n-nisāʾi illā mā malakat aymānukum — kitāba llāhi ʿalaykum — wa-uḥilla lakum mā warāʾa dhālikum an tabtaghū bi-amwālikum muḥṣinīna ghayra musāfiḥīn — fa-mā stamtaʿtum bihi minhunna fa-ātūhunna ujūrahunna farīḍatan — wa-lā junāḥa ʿalaykum fīmā tarāḍaytum bihi min baʿdi l-farīḍah — inna llāha kāna ʿalīman ḥakīmā
[Sont interdites] les muḥṣanāt (femmes déjà engagées dans un lien) parmi les femmes — sauf ce que possèdent vos mains droites [dans les conditions déjà posées] : prescription d’Allaah pour vous. Vous est rendu licite, au-delà de cela, de rechercher [des épouses] par vos biens, en muḥṣinīn (dans une visée d’engagement protégé), non en musāfiḥīn (dans une visée de débauche). Ce dont vous avez joui (istamtaʿtum) auprès d’elles, donnez-leur leurs ujūr (rétributions) comme farīḍa (obligation fixée). Nulle faute sur vous concernant ce dont vous vous seriez accordés mutuellement au-delà de la farīḍa. Allaah est, certes, ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
- muḥṣinīn / musāfiḥīn
- opposition de racines : ḥ-ṣ-n (fortifier, protéger — d'où l'engagement qui met à l'abri) contre s-f-ḥ (verser librement, d'où la débauche sans engagement). Le texte qualifie l'intention derrière la recherche d'une épouse, non les femmes elles-mêmes.
- istamtaʿtum
- racine m-t-ʿ : jouir de, tirer un bénéfice ou un plaisir de. Non-dit : le texte ne nomme ici aucune forme contractuelle particulière — il décrit la relation conjugale consommée en général et lie les *ujūr* à ce qui en a été vécu.
S.4:25 · Épouser une fatāt croyante à défaut de moyens
S.4:25
وَمَن لَّمْ يَسْتَطِعْ مِنكُمْ طَوْلًا أَن يَنكِحَ الْمُحْصَنَاتِ الْمُؤْمِنَاتِ فَمِن مَّا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُم مِّن فَتَيَاتِكُمُ الْمُؤْمِنَاتِ ۚ وَاللَّهُ أَعْلَمُ بِإِيمَانِكُم ۚ بَعْضُكُم مِّن بَعْضٍ ۚ فَانكِحُوهُنَّ بِإِذْنِ أَهْلِهِنَّ وَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ بِالْمَعْرُوفِ مُحْصَنَاتٍ غَيْرَ مُسَافِحَاتٍ وَلَا مُتَّخِذَاتِ أَخْدَانٍ ۚ فَإِذَا أُحْصِنَّ فَإِنْ أَتَيْنَ بِفَاحِشَةٍ فَعَلَيْهِنَّ نِصْفُ مَا عَلَى الْمُحْصَنَاتِ مِنَ الْعَذَابِ ۚ ذَٰلِكَ لِمَنْ خَشِيَ الْعَنَتَ مِنكُمْ ۚ وَأَن تَصْبِرُوا خَيْرٌ لَّكُمْ ۗ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Wa-man lam yastaṭiʿ minkum ṭawlan an yankiḥa l-muḥṣanāti l-muʾmināti fa-min mā malakat aymānukum min fatayātikumu l-muʾmināt — wa-llāhu aʿlamu bi-īmānikum — baʿḍukum min baʿḍin — fa-nkiḥūhunna bi-idhni ahlihinna wa-ātūhunna ujūrahunna bi-l-maʿrūfi muḥṣanātin ghayra musāfiḥātin wa-lā muttakhidhāti akhdān — fa-idhā uḥṣinna fa-in atayna bi-fāḥishatin fa-ʿalayhinna niṣfu mā ʿalā l-muḥṣanāti mina l-ʿadhāb — dhālika li-man khashiya l-ʿanata minkum — wa-an taṣbirū khayrun lakum — wa-llāhu ghafūrun raḥīm
Et quiconque parmi vous n’a pas les moyens (ṭawlan) d’épouser des muḥṣanāt croyantes, [qu’il épouse] parmi ce que possèdent vos mains droites, d’entre vos jeunes femmes (fatayāt) croyantes — Allaah connaît mieux votre foi. Vous êtes les uns des autres [d’une même origine]. Épousez-les donc avec la permission de leur ahl (proches), et donnez-leur leurs ujūr selon le maʿrūf, [étant] muḥṣanāt, non musāfiḥāt, ni prenant des akhdān (amants secrets). Si, une fois engagées [par le mariage], elles commettent une fāḥisha, à elles la moitié de ce qui [serait imposé] aux muḥṣanāt comme châtiment. Cela est pour qui craint parmi vous le ʿanat (la détresse qui pousse à la faute) — et que vous patientiez est meilleur pour vous. Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
- ṭawlan
- racine ṭ-w-l : aisance, capacité — ici d'ordre matériel.
- baʿḍukum min baʿḍ
- « vous êtes les uns des autres » — rappel de l'égalité de statut humain par-delà la différence de condition sociale, en écho direct à l'unicité d'origine posée en S4:1.
- al-ʿanat
- racine ʿ-n-t : la détresse, la difficulté qui expose à la faute — distinct d'un simple désir non satisfait.
Clarifier, alléger, accueillir le retour · S4:26–31
S.4:26–28 · La volonté d’Allaah et la faiblesse de l’humain
S.4:26
يُرِيدُ اللَّهُ لِيُبَيِّنَ لَكُمْ وَيَهْدِيَكُمْ سُنَنَ الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ وَيَتُوبَ عَلَيْكُمْ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
Yurīdu llāhu li-yubayyina lakum wa-yahdiyakum sunana lladhīna min qablikum wa-yatūba ʿalaykum — wa-llāhu ʿalīmun ḥakīm
Allaah veut vous rendre les choses manifestes (li-yubayyina lakum), vous guider selon les sunan (voies suivies) de ceux d’avant vous, et accueillir votre retour — Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
S.4:27
وَاللَّهُ يُرِيدُ أَن يَتُوبَ عَلَيْكُمْ وَيُرِيدُ الَّذِينَ يَتَّبِعُونَ الشَّهَوَاتِ أَن تَمِيلُوا مَيْلًا عَظِيمًا
Wa-llāhu yurīdu an yatūba ʿalaykum wa-yurīdu lladhīna yattabiʿūna sh-shahawāti an tamīlū maylan ʿaẓīmā
Allaah veut accueillir votre retour, tandis que ceux qui suivent les shahawāt (désirs) veulent que vous déviiez d’une déviation immense.
S.4:28
يُرِيدُ اللَّهُ أَن يُخَفِّفَ عَنكُمْ ۚ وَخُلِقَ الْإِنسَانُ ضَعِيفًا
Yurīdu llāhu an yukhaffifa ʿankum — wa-khuliqa l-insānu ḍaʿīfā
Allaah veut alléger [Sa charge] sur vous — et l’humain (al-insān) a été créé faible (ḍaʿīf).
Notes lexicales
- sunan
- pluriel de *sunna* : voies suivies, pratiques répétées — emploi descriptif ici, non un sens juridique technique.
- lladhīna yattabiʿūna sh-shahawāt
- Non-dit : le texte ne nomme pas précisément qui sont « ceux qui suivent les désirs » — le contexte immédiat (versets sur les unions et les biens) invite à y lire, par inférence, ceux qui chercheraient à détourner les croyants des prescriptions qui précèdent, sans que le texte ne le formule ainsi.
- khuliqa l-insānu ḍaʿīfan
- déclaration anthropologique générale, énoncée sans restriction au contexte immédiat.
S.4:29–30 · Ne pas dévorer les biens par al-bāṭil — ne pas se tuer
S.4:29
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَأْكُلُوا أَمْوَالَكُم بَيْنَكُم بِالْبَاطِلِ إِلَّا أَن تَكُونَ تِجَارَةً عَن تَرَاضٍ مِّنكُمْ ۚ وَلَا تَقْتُلُوا أَنفُسَكُمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِكُمْ رَحِيمًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā taʾkulū amwālakum baynakum bi-l-bāṭili illā an takūna tijāratan ʿan tarāḍin minkum — wa-lā taqtulū anfusakum — inna llāha kāna bikum raḥīmā
Ô vous qui avez cru, ne dévorez pas vos biens entre vous par al-bāṭil (le sans-fondement) — sauf s’il s’agit d’un commerce (tijāra) par consentement mutuel entre vous (ʿan tarāḍin) — et ne vous tuez pas vous-mêmes (lā taqtulū anfusakum) — Allaah est, envers vous, Raḥīm.
Notes lexicales
- lā taqtulū anfusakum
- littéralement « ne tuez pas vos *nafs* [propres] ». La grammaire admet ici deux lectures légitimes, non tranchées par le texte seul : (1) lecture réciproque — « ne vous entretuez pas les uns les autres », cohérente avec l'adresse collective *baynakum* (entre vous) qui ouvre le verset ; (2) lecture individuelle — « ne mettez pas fin à votre propre vie ». Les deux sont retenues.
S.4:30
وَمَن يَفْعَلْ ذَٰلِكَ عُدْوَانًا وَظُلْمًا فَسَوْفَ نُصْلِيهِ نَارًا ۚ وَكَانَ ذَٰلِكَ عَلَى اللَّهِ يَسِيرًا
Wa-man yafʿal dhālika ʿudwānan wa-ẓulman fa-sawfa nuṣlīhi nārā — wa-kāna dhālika ʿalā llāhi yasīrā
Et quiconque fait cela par ʿudwān (transgression hostile) et ẓulm, Nous le ferons bientôt brûler dans un feu — et cela est, pour Allaah, chose aisée.
S.4:31 · Éviter les grandes fautes
S.4:31
إِن تَجْتَنِبُوا كَبَائِرَ مَا تُنْهَوْنَ عَنْهُ نُكَفِّرْ عَنكُمْ سَيِّئَاتِكُمْ وَنُدْخِلْكُم مُّدْخَلًا كَرِيمًا
In tajtanibū kabāʾira mā tunhawna ʿanhu nukaffir ʿankum sayyiʾātikum wa-nudkhilkum mudkhalan karīmā
Si vous évitez les kabāʾir (fautes majeures) qui vous sont interdites, Nous effacerons vos sayyiʾāt (fautes) et vous ferons entrer dans une entrée (mudkhal) noble.
Notes lexicales
- kabāʾira mā tunhawna ʿanhu
- Non-dit : le texte ne fournit pas ici de liste close des « grandes fautes » — leur identification précise n'est pas donnée par ce verset seul.
Qawwāmūn, nushūz, et l’iḥsān envers l’entourage · S4:32–39
S.4:32 · Ne pas convoiter — une part selon ce qu’on acquiert
S.4:32
وَلَا تَتَمَنَّوْا مَا فَضَّلَ اللَّهُ بِهِ بَعْضَكُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ ۚ لِّلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبُوا ۖ وَلِلنِّسَاءِ نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبْنَ ۚ وَاسْأَلُوا اللَّهَ مِن فَضْلِهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمًا
Wa-lā tatamannaw mā faḍḍala llāhu bihi baʿḍakum ʿalā baʿḍin — li-r-rijāli naṣībun mimmā ktasabū wa-li-n-nisāʾi naṣībun mimmā ktasabna — wa-sʾalu llāha min faḍlihi — inna llāha kāna bi-kulli shayʾin ʿalīmā
Ne convoitez pas (lā tatamannaw) ce par quoi Allaah a favorisé certains d’entre vous par rapport à d’autres. Aux hommes une part de ce qu’ils ont acquis (iktasabū), et aux femmes une part de ce qu’elles ont acquis (iktasabna). Demandez à Allaah de Son faḍl (surcroît) — Allaah est, de toute chose, ʿAlīm.
Notes lexicales
- iktasabū / iktasabna
- même racine (k-s-b, acquérir) appliquée symétriquement aux deux sexes, sous la même forme verbale (Form VIII) — le texte ne pose ici aucune distinction de nature entre ce que les hommes acquièrent et ce que les femmes acquièrent.
S.4:33 · Les mawālī et ceux liés par pacte
S.4:33
وَلِكُلٍّ جَعَلْنَا مَوَالِيَ مِمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ ۚ وَالَّذِينَ عَقَدَتْ أَيْمَانُكُمْ فَآتُوهُمْ نَصِيبَهُمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ شَهِيدًا
Wa-li-kullin jaʿalnā mawāliya mimmā taraka l-wālidāni wa-l-aqrabūn — wa-lladhīna ʿaqadat aymānukum fa-ātūhum naṣībahum — inna llāha kāna ʿalā kulli shayʾin shahīdā
Et à chacun Nous avons assigné des mawālī (ayants droit) pour ce qu’ont laissé les deux parents et les proches. Et ceux avec qui vos mains droites ont conclu un pacte (ʿaqadat aymānukum), donnez-leur leur part. Allaah est, sur toute chose, Shahīd (Témoin).
Notes lexicales
- mawālī
- racine w-l-y : ceux qui sont liés, proches — terme polysémique dans le Coran (ayant droit, allié, proche parent selon le contexte).
- ʿaqadat aymānukum
- pacte scellé par serment (racine ʿ-q-d, nouer). Non-dit : le texte ne détaille pas ici la nature exacte de ce pacte.
S.4:34 · Qawwāmūn — la qiwāma et le nushūz
S.4:34
الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاءِ بِمَا فَضَّلَ اللَّهُ بَعْضَهُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُوا مِنْ أَمْوَالِهِمْ ۚ فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللَّهُ ۚ وَاللَّاتِي تَخَافُونَ نُشُوزَهُنَّ فَعِظُوهُنَّ وَاهْجُرُوهُنَّ فِي الْمَضَاجِعِ وَاضْرِبُوهُنَّ ۖ فَإِنْ أَطَعْنَكُمْ فَلَا تَبْغُوا عَلَيْهِنَّ سَبِيلًا ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلِيًّا كَبِيرًا
Al-rijālu qawwāmūna ʿalā n-nisāʾi bimā faḍḍala llāhu baʿḍahum ʿalā baʿḍin wa-bimā anfaqū min amwālihim — fa-ṣ-ṣāliḥātu qānitātun ḥāfiẓātun li-l-ghaybi bimā ḥafiẓa llāh — wa-llātī takhāfūna nushūzahunna fa-ʿiẓūhunna wa-hjurūhunna fi l-maḍājiʿi wa-ḍribūhunna — fa-in aṭaʿnakum fa-lā tabghū ʿalayhinna sabīlā — inna llāha kāna ʿaliyyan kabīrā
Les hommes sont qawwāmūn (en charge, tenant fermement leur rôle) envers les femmes, en raison de ce par quoi Allaah a favorisé certains d’entre eux par rapport à d’autres, et en raison de ce qu’ils dépensent (anfaqū) de leurs biens. Les femmes ṣāliḥāt (droites) sont qānitāt (dévouées), gardiennes (ḥāfiẓāt) de ce qui est absent (al-ghayb) par ce qu’Allaah a gardé. Et celles dont vous craignez le nushūz, admonestez-les (ʿiẓūhunna) ; [puis] délaissez-les dans les couches (wa-hjurūhunna fi l-maḍājiʿ) ; [puis] ḍribūhunna. Si elles vous obéissent, ne cherchez pas de voie contre elles (fa-lā tabghū ʿalayhinna sabīlā). Allaah est, certes, ʿAliyy, Kabīr.
Avertissement de méthode — S4:34, verset exigeant l’honnêteté la plus stricte. Ce verset est l’un des plus lourds de conséquences du Coran, et la méthode de ce site — pas de tafsīr importé, pas de lissage du texte, reconnaissance explicite de toute polysémie réelle — s’y applique intégralement, sans atténuation ni aggravation. Trois points doivent être nommés avec la même rigueur.
(1) Qawwāmūn — la cause posée par le texte est double et conditionnelle. La qiwāma (le fait d’être qawwāmūn) est rattachée par le texte à deux éléments explicitement nommés : « ce par quoi Allaah a favorisé certains d’entre eux » (bimā faḍḍala llāhu baʿḍahum ʿalā baʿḍin — non-dit : le texte ne précise pas en quoi consiste ce faḍl) et « ce qu’ils dépensent de leurs biens » (bimā anfaqū min amwālihim — un verbe à l’accompli, une dépense effectivement réalisée, non une simple capacité). Le texte pose ainsi deux causes, l’une non précisée, l’autre conditionnée à un fait accompli.
(2) Qānitāt — l’objet de la dévotion n’est pas nommé. Le texte dit qānitāt (racine q-n-t, dévotion active) sans préciser envers qui — Allaah, ou l’époux, ou les deux. Ailleurs dans le Coran (S2:238, S33:35), qānitīn/qānitāt est employé sans complément pour la dévotion envers Allaah spécifiquement. Le texte ne tranche pas ici explicitement lequel de ces emplois est visé — non-dit.
(3) Iḍribūhunna — le terme le plus grave du verset. La racine ḍ-r-b couvre, en arabe classique, un champ sémantique très large : frapper, mais aussi partir en voyage (ḍaraba fī l-arḍ), donner un exemple (ḍaraba mathalan), apposer un sceau. Cependant, la construction grammaticale employée ici — un verbe transitif direct suivi d’un pronom-objet humain (ḍaraba-hunna, « les frapper elles »), dans la même série syntaxique que ʿiẓūhunna (« les admonester ») et uhjurūhunna (« les délaisser ») — est, chez les lexicographes anciens eux-mêmes, celle qui porte le sens premier de frappe physique lorsqu’elle est construite ainsi, avec un objet animé direct ; les emplois idiomatiques (« voyager », « donner en exemple ») requièrent d’autres constructions (avec fī, ou un complément d’objet différent). Une lecture minoritaire, plus récente, propose d’y lire « séparez-vous d’elles » ou « repoussez-les » ; elle est linguistiquement possible en théorie mais faiblement soutenue par la construction grammaticale précise employée dans ce verset. Les deux lectures sont nommées ici ; la première reste la plus fondée sur la construction syntaxique effective. Ce qui doit être dit avec la plus grande clarté : le texte lui-même ne qualifie cet acte d’aucun adjectif — ni « léger », ni « sans marque », ni « symbolique ». Toute qualification de ce type appartient à des sources extérieures au texte coranique (exégèse, ḥadīth, fiqh) que la méthode de ce site exclut par principe. Le texte, pris seul, ne dit que le mot lui-même — sans intensité précisée, sans limite énoncée au-delà de la séquence qui le précède et de la clause finale.
(4) La clause finale limite explicitement la séquence. Fa-in aṭaʿnakum fa-lā tabghū ʿalayhinna sabīlā (« si elles vous obéissent, ne cherchez pas de voie contre elles ») pose une borne claire : la séquence des trois mesures n’a de fondement, selon le texte, qu’en présence d’un nushūz constaté et tant qu’il persiste — elle cesse dès l’obéissance revenue. Le texte ne prévoit ici aucune mesure symétrique nommée pour le nushūz de l’époux ; ce cas est traité séparément, par une procédure différente, en S4:128 (hors de ce bloc).
Notes lexicales
- nushūz
- racine n-sh-z : s'élever, faire saillie — d'où, au sens figuré, une rupture ou un refus du lien dû dans la relation conjugale. Le texte ne définit pas ici précisément l'acte visé au-delà de ce terme.
S.4:35 · La rupture entre époux — les deux arbitres
S.4:35
وَإِنْ خِفْتُمْ شِقَاقَ بَيْنِهِمَا فَابْعَثُوا حَكَمًا مِّنْ أَهْلِهِ وَحَكَمًا مِّنْ أَهْلِهَا إِن يُرِيدَا إِصْلَاحًا يُوَفِّقِ اللَّهُ بَيْنَهُمَا ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلِيمًا خَبِيرًا
Wa-in khiftum shiqāqa baynihimā fa-bʿathū ḥakaman min ahlihi wa-ḥakaman min ahlihā — in yurīdā iṣlāḥan yuwaffiqi llāhu baynahumā — inna llāha kāna ʿalīman khabīrā
Et si vous craignez un shiqāq (rupture, scission) entre les deux, envoyez un ḥakam (arbitre) de la famille de l’un et un ḥakam de la famille de l’autre. S’ils veulent tous deux un iṣlāḥ (réconciliation), Allaah accordera l’harmonie entre eux — Allaah est ʿAlīm, Khabīr.
S.4:36 · Iḥsān envers parents, proches, voisins, voyageur
S.4:36
وَاعْبُدُوا اللَّهَ وَلَا تُشْرِكُوا بِهِ شَيْئًا ۖ وَبِالْوَالِدَيْنِ إِحْسَانًا وَبِذِي الْقُرْبَىٰ وَالْيَتَامَىٰ وَالْمَسَاكِينِ وَالْجَارِ ذِي الْقُرْبَىٰ وَالْجَارِ الْجُنُبِ وَالصَّاحِبِ بِالْجَنبِ وَابْنِ السَّبِيلِ وَمَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَا يُحِبُّ مَن كَانَ مُخْتَالًا فَخُورًا
Wa-ʿbudu llāha wa-lā tushrikū bihi shayʾā — wa-bi-l-wālidayni iḥsānā wa-bi-dhi l-qurbā wa-l-yatāmā wa-l-masākīni wa-l-jāri dhi l-qurbā wa-l-jāri l-junubi wa-ṣ-ṣāḥibi bi-l-janbi wa-bni s-sabīli wa-mā malakat aymānukum — inna llāha lā yuḥibbu man kāna mukhtālan fakhūrā
Adorez Allaah et ne Lui associez rien — et [agissez avec] iḥsān envers les deux parents, les proches (dhi l-qurbā), les orphelins, les indigents, le voisin proche (al-jāri dhi l-qurbā), le voisin éloigné (al-jāri l-junub), le compagnon proche (aṣ-ṣāḥib bi-l-janb), le voyageur (ibn as-sabīl), et ce que possèdent vos mains droites — Allaah n’aime pas quiconque est mukhtāl (arrogant dans sa démarche), fakhūr (vantard).
Notes lexicales
- al-jāri l-junub / aṣ-ṣāḥib bi-l-janb
- Non-dit : le texte distingue deux catégories de proximité (le voisin « éloigné » et le « compagnon proche ») sans préciser davantage leur identité exacte — voisinage géographique, lien de circonstance, ou compagnon de route, plusieurs lectures coexistent chez les linguistes.
S.4:37–38 · Avarice et ostentation — le shayṭān comme qarīn
S.4:37
الَّذِينَ يَبْخَلُونَ وَيَأْمُرُونَ النَّاسَ بِالْبُخْلِ وَيَكْتُمُونَ مَا آتَاهُمُ اللَّهُ مِن فَضْلِهِ ۗ وَأَعْتَدْنَا لِلْكَافِرِينَ عَذَابًا مُّهِينًا
Alladhīna yabkhalūna wa-yaʾmurūna n-nāsa bi-l-bukhli wa-yaktumūna mā ātāhumu llāhu min faḍlih — wa-aʿtadnā li-l-kāfirīna ʿadhāban muhīnā
Ceux qui sont avares (yabkhalūn), ordonnent aux gens l’avarice, et dissimulent ce qu’Allaah leur a donné de Son faḍl — Nous avons préparé pour les kāfirīn un châtiment humiliant.
S.4:38
وَالَّذِينَ يُنفِقُونَ أَمْوَالَهُمْ رِئَاءَ النَّاسِ وَلَا يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَلَا بِالْيَوْمِ الْآخِرِ ۗ وَمَن يَكُنِ الشَّيْطَانُ لَهُ قَرِينًا فَسَاءَ قَرِينًا
Wa-lladhīna yunfiqūna amwālahum riʾāʾa n-nāsi wa-lā yuʾminūna bi-llāhi wa-lā bi-l-yawmi l-ākhir — wa-man yakuni sh-shayṭānu lahu qarīnan fa-sāʾa qarīnā
Et ceux qui dépensent leurs biens par riʾāʾ (ostentation devant les gens), sans croire en Allaah ni au Jour dernier — et quiconque a pour compagnon (qarīn) le shayṭān, quel détestable compagnon.
S.4:39 · Qu’auraient-ils perdu à croire ?
S.4:39
وَمَاذَا عَلَيْهِمْ لَوْ آمَنُوا بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَأَنفَقُوا مِمَّا رَزَقَهُمُ اللَّهُ ۚ وَكَانَ اللَّهُ بِهِمْ عَلِيمًا
Wa-mādhā ʿalayhim law āmanū bi-llāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-anfaqū mimmā razaqahumu llāh — wa-kāna llāhu bihim ʿalīmā
Et qu’aurait-ce été pour eux s’ils avaient cru en Allaah et au Jour dernier, et avaient dépensé de ce dont Allaah les a pourvus ? Allaah est, à leur sujet, ʿAlīm.
Justice d’Allaah, témoignage, et conditions de la ṣalāt · S4:40–43
S.4:40 · Allaah ne lèse pas, même du poids d’une dharra
S.4:40
إِنَّ اللَّهَ لَا يَظْلِمُ مِثْقَالَ ذَرَّةٍ ۖ وَإِن تَكُ حَسَنَةً يُضَاعِفْهَا وَيُؤْتِ مِن لَّدُنْهُ أَجْرًا عَظِيمًا
Inna llāha lā yaẓlimu mithqāla dharratin — wa-in taku ḥasanatan yuḍāʿifhā wa-yuʾti min ladunhu ajran ʿaẓīmā
Allaah ne lèse pas [même] du poids d’une dharra (particule infime) — et s’il s’agit d’une ḥasana (bonne action), Il la multiplie et accorde, de Sa part, une récompense immense.
S.4:41–42 · Le témoignage au Jour — le souhait des kāfirūn
S.4:41
فَكَيْفَ إِذَا جِئْنَا مِن كُلِّ أُمَّةٍ بِشَهِيدٍ وَجِئْنَا بِكَ عَلَىٰ هَٰؤُلَاءِ شَهِيدًا
Fa-kayfa idhā jiʾnā min kulli ummatin bi-shahīdin wa-jiʾnā bika ʿalā hāʾulāʾi shahīdā
Comment sera-ce, lorsque Nous ferons venir, de chaque umma, un témoin, et que Nous te ferons venir, toi, comme témoin sur ceux-ci ?
S.4:42
يَوْمَئِذٍ يَوَدُّ الَّذِينَ كَفَرُوا وَعَصَوُا الرَّسُولَ لَوْ تُسَوَّىٰ بِهِمُ الْأَرْضُ وَلَا يَكْتُمُونَ اللَّهَ حَدِيثًا
Yawmaʾidhin yawaddu lladhīna kafarū wa-ʿaṣawu r-rasūla law tusawwā bihimu l-arḍu wa-lā yaktumūna llāha ḥadīthā
Ce jour-là, ceux qui ont commis le kufr et désobéi au rasūl voudraient que la terre soit aplanie sur eux — et ils ne pourront rien dissimuler à Allaah.
S.4:43 · La ṣalāt en état d’ivresse ou d’impureté — le tayammum
S.4:43
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَقْرَبُوا الصَّلَاةَ وَأَنتُمْ سُكَارَىٰ حَتَّىٰ تَعْلَمُوا مَا تَقُولُونَ وَلَا جُنُبًا إِلَّا عَابِرِي سَبِيلٍ حَتَّىٰ تَغْتَسِلُوا ۚ وَإِن كُنتُم مَّرْضَىٰ أَوْ عَلَىٰ سَفَرٍ أَوْ جَاءَ أَحَدٌ مِّنكُم مِّنَ الْغَائِطِ أَوْ لَامَسْتُمُ النِّسَاءَ فَلَمْ تَجِدُوا مَاءً فَتَيَمَّمُوا صَعِيدًا طَيِّبًا فَامْسَحُوا بِوُجُوهِكُمْ وَأَيْدِيكُمْ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَفُوًّا غَفُورًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū lā taqrabu ṣ-ṣalāta wa-antum sukārā ḥattā taʿlamū mā taqūlūna wa-lā junuban illā ʿābirī sabīlin ḥattā taghtasilū — wa-in kuntum marḍā aw ʿalā safarin aw jāʾa aḥadun minkum mina l-ghāʾiṭi aw lāmastumu n-nisāʾa fa-lam tajidū māʾan fa-tayammamū ṣaʿīdan ṭayyiban fa-msaḥū bi-wujūhikum wa-aydīkum — inna llāha kāna ʿafuwwan ghafūrā
Ô vous qui avez cru, ne vous approchez pas de la ṣalāt alors que vous êtes sukārā (dans un état d’ivresse), jusqu’à ce que vous sachiez ce que vous dites — ni en état de junub (impureté majeure), sauf en simples passants (ʿābirī sabīl), jusqu’à ce que vous vous laviez entièrement (taghtasilū). Et si vous êtes malades, ou en voyage, ou que l’un de vous revient du ghāʾiṭ (lieu retiré, besoin naturel), ou que vous avez eu un contact avec les femmes (lāmastumu n-nisāʾ), et que vous ne trouvez pas d’eau, alors recourez au tayammum sur une surface pure (ṣaʿīd ṭayyib), et passez-en sur vos visages et vos mains — Allaah est, certes, ʿAfuww (Ce qui efface), Ghafūr.
Notes lexicales
- sukārā
- état d'ivresse. Non-dit : ce verset pose une limitation temporelle à l'approche de la *ṣalāt* dans cet état ; il ne traite pas, dans son énoncé, du statut de la consommation elle-même — question abordée ailleurs dans le Coran, hors de ce bloc.
- ʿābirī sabīl
- littéralement « ceux qui traversent un chemin » — simples passants, en mouvement. Non-dit : le texte ne précise pas exhaustivement à quoi s'applique cette exception (au lieu traversé, à la durée, ou aux deux) ; plusieurs lectures coexistent chez les linguistes anciens.
- lāmastumu n-nisāʾ
- racine l-m-s : le contact physique. Les lexicographes anciens eux-mêmes divergent sur la portée du terme ici : simple contact physique (au sens le plus littéral de la racine), ou désignation pudique du rapport charnel (un procédé attesté ailleurs dans le Coran). Le texte seul, pris hors de toute exégèse, ne permet pas de trancher — les deux lectures sont retenues.
- ṣaʿīd ṭayyib
- surface minérale pure — non « terre » au sens restrictif, la racine *ṣ-ʿ-d* désignant plus largement une surface élevée/dégagée.
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