Structure du Bloc VI. Les dispositions pour l’homicide d’un croyant par erreur, et la sanction pour l’homicide intentionnel (S4:92–93) ; l’ordre de vérifier avant d’agir, et l’interdiction de rejeter celui qui offre la paix (S4:94) ; la distinction entre ceux qui restent et ceux qui s’efforcent, avec l’exemption explicite pour qui est empêché (S4:95–96) ; l’interrogation des anges et la distinction entre incapacité réelle et incapacité alléguée (S4:97–99) ; la clôture sur la récompense de l’émigration (S4:100).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.4:92 | L’homicide par erreur — les dispositions graduées |
| S.4:93 | L’homicide intentionnel |
| S.4:94 | Vérifier avant d’agir — ne pas rejeter qui offre la paix |
| S.4:95–96 | Ceux qui restent, ceux qui s’efforcent — l’exemption |
| S.4:97 | L’interrogation des anges — le tort à soi-même |
| S.4:98–99 | L’exception des mustaḍʿafīn réellement sans moyen |
| S.4:100 | La récompense de l’émigration |
L’homicide du croyant — erreur et intention · S4:92–93
S.4:92 · L’homicide par erreur — les dispositions graduées
S.4:92
وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ أَن يَقْتُلَ مُؤْمِنًا إِلَّا خَطَأً ۚ وَمَن قَتَلَ مُؤْمِنًا خَطَأً فَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُّؤْمِنَةٍ وَدِيَةٌ مُّسَلَّمَةٌ إِلَىٰ أَهْلِهِ إِلَّا أَن يَصَّدَّقُوا ۚ فَإِن كَانَ مِن قَوْمٍ عَدُوٍّ لَّكُمْ وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُّؤْمِنَةٍ ۖ وَإِن كَانَ مِن قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ فَدِيَةٌ مُّسَلَّمَةٌ إِلَىٰ أَهْلِهِ وَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُّؤْمِنَةٍ ۖ فَمَن لَّمْ يَجِدْ فَصِيَامُ شَهْرَيْنِ مُتَتَابِعَيْنِ تَوْبَةً مِّنَ اللَّهِ ۗ وَكَانَ اللَّهُ عَلِيمًا حَكِيمًا
Wa-mā kāna li-muʾminin an yaqtula muʾminan illā khaṭaʾā — wa-man qatala muʾminan khaṭaʾan fa-taḥrīru raqabatin muʾminatin wa-diyatun musallamatun ilā ahlihi illā an yaṣṣaddaqū — fa-in kāna min qawmin ʿaduwwin lakum wa-huwa muʾminun fa-taḥrīru raqabatin muʾminah — wa-in kāna min qawmin baynakum wa-baynahum mīthāqun fa-diyatun musallamatun ilā ahlihi wa-taḥrīru raqabatin muʾminah — fa-man lam yajid fa-ṣiyāmu shahrayni mutatābiʿayni tawbatan mina llāh — wa-kāna llāhu ʿalīman ḥakīmā
Il n’appartient pas à un croyant de tuer un croyant, si ce n’est par erreur (khaṭaʾ). Quiconque tue un croyant par erreur : affranchir un captif (taḥrīr raqaba) croyant, et une diya (compensation) remise à sa famille, à moins qu’ils n’y renoncent par générosité (yaṣṣaddaqū). S’il appartenait à un peuple ennemi pour vous, mais était lui-même croyant : affranchir un captif croyant [seul]. Et s’il appartenait à un peuple avec qui vous avez un mīthāq : une diya remise à sa famille, et affranchir un captif croyant. Qui n’en trouve pas les moyens : jeûner deux mois consécutifs, comme retour (tawba) vers Allaah. Allaah est ʿAlīm, Ḥakīm.
Notes lexicales
- taḥrīru raqabatin
- déjà traité en profondeur dans l'étude dédiée [Le Coran et l'esclavage](/etudes/esclavage/), qui établit que *raqaba* (littéralement la nuque) désigne par métonymie la personne captive dans son entier, et que *taḥrīr* est l'acte actif d'affranchissement. Traduction reprise ici par cohérence.
- diya
- racine w-d-y : payer, s'acquitter. La *diya* est la compensation versée à la famille de la victime — le texte la nomme sans en fixer le montant ni la nature (numéraire ou autre) dans ce verset.
- yaṣṣaddaqū
- forme V de ṣ-d-q, même racine que *ṣadaqa* : ici, renoncer par don volontaire à ce qui est dû. Non-dit : le texte ne précise pas si ce renoncement porte sur la totalité ou une partie de la *diya*.
S.4:93 · L’homicide intentionnel
S.4:93
وَمَن يَقْتُلْ مُؤْمِنًا مُّتَعَمِّدًا فَجَزَاؤُهُ جَهَنَّمُ خَالِدًا فِيهَا وَغَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَلَعَنَهُ وَأَعَدَّ لَهُ عَذَابًا عَظِيمًا
Wa-man yaqtul muʾminan mutaʿammidan fa-jazāʾuhu jahannamu khālidan fīhā wa-ghaḍiba llāhu ʿalayhi wa-laʿanahu wa-aʿadda lahu ʿadhāban ʿaẓīmā
Et quiconque tue un croyant intentionnellement (mutaʿammidan), sa rétribution est Jahannam, y demeurant fixement ; Allaah s’est courroucé contre lui, l’a éloigné (laʿana), et lui a préparé un châtiment immense.
Notes lexicales
- mutaʿammidan
- racine ʿ-m-d : viser délibérément, se porter intentionnellement vers une chose. Opposé terme à terme à *khaṭaʾan* (« par erreur ») de S4:92 — les deux versets forment une paire structurée sur cette opposition.
Vérifier avant d’agir · S4:94
S.4:94 · Ne pas rejeter qui offre la paix
S.4:94
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا ضَرَبْتُمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَتَبَيَّنُوا وَلَا تَقُولُوا لِمَنْ أَلْقَىٰ إِلَيْكُمُ السَّلَامَ لَسْتَ مُؤْمِنًا تَبْتَغُونَ عَرَضَ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا فَعِندَ اللَّهِ مَغَانِمُ كَثِيرَةٌ ۚ كَذَٰلِكَ كُنتُم مِّن قَبْلُ فَمَنَّ اللَّهُ عَلَيْكُمْ فَتَبَيَّنُوا ۚ إِنَّ اللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū idhā ḍarabtum fī sabīli llāhi fa-tabayyanū wa-lā taqūlū li-man alqā ilaykumu s-salāma lasta muʾminan tabtaghūna ʿaraḍa l-ḥayāti d-dunyā fa-ʿinda llāhi maghānimu kathīrah — ka-dhālika kuntum min qablu fa-manna llāhu ʿalaykum fa-tabayyanū — inna llāha kāna bi-mā taʿmalūna khabīrā
Ô vous qui avez cru, quand vous partez dans le sabīl d’Allaah, vérifiez (tabayyanū) — et ne dites pas à qui vous offre la paix (alqā ilaykumu s-salām) : « Tu n’es pas croyant », convoitant les biens de la vie de ce bas monde. Auprès d’Allaah se trouvent d’abondants butins (maghānim). Ainsi étiez-vous auparavant, puis Allaah vous a comblés — vérifiez donc. Allaah est, de ce que vous faites, Khabīr.
Notes lexicales
- fa-tabayyanū
- racine b-y-n, même famille que *bayān* et *mubīn* déjà rencontrés dans ce bloc et les précédents — ici à la forme V, « rendre clair pour soi-même », vérifier avant de conclure. Le verbe est répété deux fois dans ce seul verset, encadrant l'énoncé.
- alqā ilaykumu s-salām
- même expression qu'en S4:90–91 (*alqaw ilaykumu s-salam*) : ce verset applique concrètement, à un cas individuel, le principe de réciprocité déjà posé dans le bloc précédent — celui qui offre la paix ne doit pas être présumé hostile pour un gain matériel.
Ceux qui restent, ceux qui s’efforcent · S4:95–96
S.4:95–96 · L’exemption pour qui est empêché
S.4:95–96
لَّا يَسْتَوِي الْقَاعِدُونَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ غَيْرُ أُولِي الضَّرَرِ وَالْمُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ ۚ فَضَّلَ اللَّهُ الْمُجَاهِدِينَ بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ عَلَى الْقَاعِدِينَ دَرَجَةً ۚ وَكُلًّا وَعَدَ اللَّهُ الْحُسْنَىٰ ۚ وَفَضَّلَ اللَّهُ الْمُجَاهِدِينَ عَلَى الْقَاعِدِينَ أَجْرًا عَظِيمًا دَرَجَاتٍ مِّنْهُ وَمَغْفِرَةً وَرَحْمَةً ۚ وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَّحِيمًا
Lā yastawī l-qāʿidūna mina l-muʾminīna ghayru ūlī ḍ-ḍarari wa-l-mujāhidūna fī sabīli llāhi bi-amwālihim wa-anfusihim — faḍḍala llāhu l-mujāhidīna bi-amwālihim wa-anfusihim ʿalā l-qāʿidīna darajah — wa-kullan waʿada llāhu l-ḥusnā — wa-faḍḍala llāhu l-mujāhidīna ʿalā l-qāʿidīna ajran ʿaẓīmā · Darajātin minhu wa-maghfiratan wa-raḥmah — wa-kāna llāhu ghafūran raḥīmā
Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent assis (al-qāʿidūn) — hors ceux touchés d’un empêchement (ghayru ūlī ḍ-ḍarar) — et ceux qui s’efforcent (al-mujāhidūn) dans le sabīl d’Allaah par leurs biens et leurs personnes. Allaah a placé ceux qui s’efforcent par leurs biens et leurs personnes un degré au-dessus de ceux qui restent assis. À chacun Allaah a promis le meilleur (al-ḥusnā) — mais Allaah a placé ceux qui s’efforcent au-dessus de ceux qui restent assis d’une rétribution immense : des degrés venant de Lui, un pardon et une raḥma. Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
- ghayru ūlī ḍ-ḍarar
- racine ḍ-r-r : dommage, empêchement. Le texte pose lui-même l'exemption au cœur même de l'énoncé, avant toute comparaison de degré — elle n'est pas une atténuation ajoutée après coup mais une clause intégrée à la structure de la phrase.
- al-mujāhidūn
- racine j-h-d, déjà rencontrée (« effort intense, acharnement soutenu »). Le verset précise lui-même la nature de cet effort : *bi-amwālihim wa-anfusihim*, « par leurs biens et leurs personnes » — un effort qui engage à la fois les ressources matérielles et la personne elle-même.
L’interrogation des anges — la capacité d’émigrer · S4:97–99
S.4:97 · Le tort à soi-même
S.4:97
إِنَّ الَّذِينَ تَوَفَّاهُمُ الْمَلَائِكَةُ ظَالِمِي أَنفُسِهِمْ قَالُوا فِيمَ كُنتُمْ ۖ قَالُوا كُنَّا مُسْتَضْعَفِينَ فِي الْأَرْضِ ۚ قَالُوا أَلَمْ تَكُنْ أَرْضُ اللَّهِ وَاسِعَةً فَتُهَاجِرُوا فِيهَا ۚ فَأُولَـٰئِكَ مَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ ۖ وَسَاءَتْ مَصِيرًا
Inna lladhīna tawaffāhumu l-malāʾikatu ẓālimī anfusihim qālū fīma kuntum — qālū kunnā mustaḍʿafīna fī l-arḍ — qālū a-lam takun arḍu llāhi wāsiʿatan fa-tuhājirū fīhā — fa-ulāʾika maʾwāhum jahannam — wa-sāʾat maṣīrā
Ceux que les anges font mourir alors qu’ils se sont fait tort à eux-mêmes, [les anges] leur disent : « Dans quelle situation étiez-vous ? » Ils disent : « Nous étions rendus faibles (mustaḍʿafīn) sur la terre. » [Les anges] disent : « La terre d’Allaah n’était-elle pas assez vaste pour que vous y émigriez ? » Ceux-là, leur refuge est Jahannam — et quelle mauvaise destination !
Notes lexicales
- ẓālimī anfusihim
- Ce que le texte dit précisément : ce n'est pas la faiblesse elle-même qui est reprochée dans ce verset — c'est le fait de s'être fait tort à soi-même en restant dans une situation où l'émigration (*hijra*) demeurait, selon la réponse des anges, possible. Le verset suivant nomme explicitement une exception à ce reproche.
S.4:98–99 · L’exception de ceux réellement sans moyen
S.4:98–99
إِلَّا الْمُسْتَضْعَفِينَ مِنَ الرِّجَالِ وَالنِّسَاءِ وَالْوِلْدَانِ لَا يَسْتَطِيعُونَ حِيلَةً وَلَا يَهْتَدُونَ سَبِيلًا فَأُولَـٰئِكَ عَسَى اللَّهُ أَن يَعْفُوَ عَنْهُمْ ۚ وَكَانَ اللَّهُ عَفُوًّا غَفُورًا
Illā l-mustaḍʿafīna mina r-rijāli wa-n-nisāʾi wa-l-wildāni lā yastaṭīʿūna ḥīlatan wa-lā yahtadūna sabīlā · Fa-ulāʾika ʿasā llāhu an yaʿfuwa ʿanhum — wa-kāna llāhu ʿafuwwan ghafūrā
Sauf les mustaḍʿafīn parmi les hommes, les femmes et les enfants, qui ne peuvent trouver aucun moyen (ḥīla) ni ne trouvent de chemin. Ceux-là, il se peut qu’Allaah les efface (yaʿfuwa) — Allaah est ʿAfuww, Ghafūr.
Notes lexicales
- lā yastaṭīʿūna ḥīlatan wa-lā yahtadūna sabīlā
- le texte pose ici un double critère cumulatif — absence de moyen (*ḥīla*) ET absence de chemin connu (*sabīl*) — qui distingue cette catégorie de celle de S4:97. La différence entre les deux versets n'est donc pas la faiblesse elle-même (même terme, *mustaḍʿafīn*, employé dans les deux cas), mais la capacité effective d'agir.
La récompense de l’émigration · S4:100
S.4:100 · Un large refuge et une aisance
S.4:100
۞ وَمَن يُهَاجِرْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ يَجِدْ فِي الْأَرْضِ مُرَاغَمًا كَثِيرًا وَسَعَةً ۚ وَمَن يَخْرُجْ مِن بَيْتِهِ مُهَاجِرًا إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ ثُمَّ يُدْرِكْهُ الْمَوْتُ فَقَدْ وَقَعَ أَجْرُهُ عَلَى اللَّهِ ۗ وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَّحِيمًا
Wa-man yuhājir fī sabīli llāhi yajid fī l-arḍi murāghaman kathīran wa-saʿah — wa-man yakhruj min baytihi muhājiran ilā llāhi wa-rasūlihi thumma yudrikhu l-mawtu fa-qad waqaʿa ajruhu ʿalā llāh — wa-kāna llāhu ghafūran raḥīmā
Et quiconque émigre dans le sabīl d’Allaah trouvera sur la terre un large refuge (murāgham) et une aisance (saʿa). Et quiconque sort de sa demeure en émigrant vers Allaah et Son rasūl, puis que la mort l’atteint [en chemin], sa rétribution incombe alors à Allaah. Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
- murāgham
- racine r-gh-m : la contrainte, ce qui pèse contre le gré de quelqu'un. Le nom de lieu *murāgham* désigne, par un retournement du sens de la racine, l'endroit où cette contrainte trouve une issue — un lieu qui libère de ce qui pesait.