Structure du Bloc V. L’appel à la précaution et au départ, et ceux qui traînent en arrière (S4:71–73) ; le qitāl fī sabīli llāh et l’appel à combattre pour les mustaḍʿafīn (S4:74–76) ; la crainte du qitāl et le principe de l’origine du bien et du mal (S4:77–79) ; obéir au rasūl, et le verset-pivot sur la méditation du Coran, déjà central dans la méthode de ce site (S4:80–82) ; la rumeur non vérifiée et le renvoi aux ūlī l-amr (S4:83) ; combattre, intercéder, saluer, le rassemblement du Jour (S4:84–87) ; la clôture sur les munāfiqūn pris dans le conflit armé, avec les exceptions que le texte pose lui-même (S4:88–91).
Sommaire du bloc
| Réf. |
Titre thématique |
| S.4:71 |
Précaution — avancer par groupes ou tous ensemble |
| S.4:72–73 |
Celui qui traîne — regret selon l’issue d’autrui |
| S.4:74 |
Le qitāl fī sabīli llāh — l’échange de la vie contre l’au-delà |
| S.4:75–76 |
Combattre pour les mustaḍʿafīn — croyants et ṭāghūt |
| S.4:77 |
La crainte du qitāl prescrit |
| S.4:78–79 |
Où que vous soyez — l’origine du bien et du mal |
| S.4:80 |
Obéir au rasūl, c’est obéir à Allaah |
| S.4:81 |
Le complot nocturne après l’obéissance déclarée |
| S.4:82 |
La méditation du Coran — la cohérence interne |
| S.4:83 |
La rumeur propagée — le renvoi aux ūlī l-amr |
| S.4:84 |
Combattre — chacun chargé de soi-même |
| S.4:85 |
L’intercession bonne ou mauvaise |
| S.4:86 |
Rendre le salut par un meilleur salut |
| S.4:87 |
Le rassemblement du Jour de la Résurrection |
| S.4:88 |
Deux camps au sujet des munāfiqūn |
| S.4:89 |
La condition de l’hijra — saisir ceux qui se détournent |
| S.4:90 |
Les deux exceptions posées par le texte |
| S.4:91 |
Une troisième catégorie — la même condition réciproque |
L’appel à la précaution et au départ · S4:71–73
S.4:71 · Avancer par groupes ou tous ensemble
S.4:71
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا خُذُوا حِذْرَكُمْ فَانفِرُوا ثُبَاتٍ أَوِ انفِرُوا جَمِيعًا
Yā ayyuhā lladhīna āmanū khudhū ḥidhrakum fa-nfirū thubātin awi nfirū jamīʿā
Ô vous qui avez cru, prenez vos précautions (ḥidhr), puis avancez par groupes, ou avancez tous ensemble.
S.4:72–73 · Celui qui traîne — regret selon l’issue d’autrui
S.4:72–73
وَإِنَّ مِنكُمْ لَمَن لَّيُبَطِّئَنَّ فَإِنْ أَصَابَتْكُم مُّصِيبَةٌ قَالَ قَدْ أَنْعَمَ اللَّهُ عَلَيَّ إِذْ لَمْ أَكُن مَّعَهُمْ شَهِيدًا وَلَئِنْ أَصَابَكُمْ فَضْلٌ مِّنَ اللَّهِ لَيَقُولَنَّ كَأَن لَّمْ تَكُن بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُ مَوَدَّةٌ يَا لَيْتَنِي كُنتُ مَعَهُمْ فَأَفُوزَ فَوْزًا عَظِيمًا
Wa-inna minkum la-man la-yubaṭṭiʾanna fa-in aṣābatkum muṣībatun qāla qad anʿama llāhu ʿalayya idh lam akun maʿahum shahīdā · Wa-la-in aṣābakum faḍlun mina llāhi la-yaqūlanna ka-an lam takun baynakum wa-baynahu mawaddatun yā laytanī kuntu maʿahum fa-afūza fawzan ʿaẓīmā
Et il en est certes, parmi vous, qui traînera assurément [en arrière] : si un malheur vous atteint, il dira : « Allaah m’a comblé, du fait que je n’étais pas témoin avec eux. » Et si une faveur d’Allaah vous atteint, il dira assurément — comme s’il n’y avait entre vous et lui nulle affection — « Que n’étais-je avec eux, j’aurais alors obtenu un succès immense ! »
Notes lexicales
- la-yubaṭṭiʾanna
- racine b-ṭ-ʾ : ralentir, traîner. Non-dit : le texte ne nomme pas ce sous-ensemble — il le décrit par son comportement (traîner, puis réagir selon l'issue) plutôt que par une identité fixée.
Le qitāl fī sabīli llāh — pour les mustaḍʿafīn · S4:74–76
S.4:74 · L’échange de la vie contre l’au-delà
S.4:74
۞ فَلْيُقَاتِلْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ الَّذِينَ يَشْرُونَ الْحَيَاةَ الدُّنْيَا بِالْآخِرَةِ ۚ وَمَن يُقَاتِلْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَيُقْتَلْ أَوْ يَغْلِبْ فَسَوْفَ نُؤْتِيهِ أَجْرًا عَظِيمًا
Fa-l-yuqātil fī sabīli llāhi lladhīna yashrūna l-ḥayāta d-dunyā bi-l-ākhirah — wa-man yuqātil fī sabīli llāhi fa-yuqtal aw yaghlib fa-sawfa nuʾtīhi ajran ʿaẓīmā
Que combattent donc dans le sabīl d’Allaah ceux qui échangent (yashrūna) la vie de ce bas monde contre l’au-delà. Et quiconque combat dans le sabīl d’Allaah, qu’il soit tué ou qu’il soit vainqueur, Nous lui donnerons une rétribution immense.
S.4:75–76 · Pour les mustaḍʿafīn — croyants et ṭāghūt
S.4:75–76
وَمَا لَكُمْ لَا تُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَالْمُسْتَضْعَفِينَ مِنَ الرِّجَالِ وَالنِّسَاءِ وَالْوِلْدَانِ الَّذِينَ يَقُولُونَ رَبَّنَا أَخْرِجْنَا مِنْ هَـٰذِهِ الْقَرْيَةِ الظَّالِمِ أَهْلُهَا وَاجْعَل لَّنَا مِن لَّدُنكَ وَلِيًّا وَاجْعَل لَّنَا مِن لَّدُنكَ نَصِيرًا الَّذِينَ آمَنُوا يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ ۖ وَالَّذِينَ كَفَرُوا يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ الطَّاغُوتِ فَقَاتِلُوا أَوْلِيَاءَ الشَّيْطَانِ ۖ إِنَّ كَيْدَ الشَّيْطَانِ كَانَ ضَعِيفًا
Wa-mā lakum lā tuqātilūna fī sabīli llāhi wa-l-mustaḍʿafīna mina r-rijāli wa-n-nisāʾi wa-l-wildāni lladhīna yaqūlūna rabbanā akhrijnā min hādhihi l-qaryati ẓ-ẓālimi ahluhā wa-jʿal lanā min ladunka walīyyan wa-jʿal lanā min ladunka naṣīrā · Alladhīna āmanū yuqātilūna fī sabīli llāh — wa-lladhīna kafarū yuqātilūna fī sabīli ṭ-ṭāghūt — fa-qātilū awliyāʾa sh-shayṭān — inna kayda sh-shayṭāni kāna ḍaʿīfā
Et qu’avez-vous à ne pas combattre dans le sabīl d’Allaah, et pour les mustaḍʿafīn (rendus faibles) parmi les hommes, les femmes et les enfants, qui disent : « Notre Rabb, fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont injustes, et donne-nous, de Ta part, un walī, et donne-nous, de Ta part, un naṣīr » ? Ceux qui ont cru combattent dans le sabīl d’Allaah, et ceux qui ont commis le kufr combattent dans le sabīl du ṭāghūt — combattez donc les awliyāʾ du shayṭān : la ruse (kayd) du shayṭān est certes faible.
Notes lexicales
- al-mustaḍʿafīn
- forme X passive de ḍ-ʿ-f (faiblesse) : ceux qui ont été rendus faibles, mis en situation de subir la force d'autrui — non une faiblesse de nature, mais une faiblesse infligée.
La crainte du qitāl et l’origine du bien et du mal · S4:77–79
S.4:77 · La crainte du qitāl prescrit
S.4:77
أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ قِيلَ لَهُمْ كُفُّوا أَيْدِيَكُمْ وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ فَلَمَّا كُتِبَ عَلَيْهِمُ الْقِتَالُ إِذَا فَرِيقٌ مِّنْهُمْ يَخْشَوْنَ النَّاسَ كَخَشْيَةِ اللَّهِ أَوْ أَشَدَّ خَشْيَةً ۚ وَقَالُوا رَبَّنَا لِمَ كَتَبْتَ عَلَيْنَا الْقِتَالَ لَوْلَا أَخَّرْتَنَا إِلَىٰ أَجَلٍ قَرِيبٍ ۗ قُلْ مَتَاعُ الدُّنْيَا قَلِيلٌ وَالْآخِرَةُ خَيْرٌ لِّمَنِ اتَّقَىٰ وَلَا تُظْلَمُونَ فَتِيلًا
A-lam tara ilā lladhīna qīla lahum kuffū aydiyakum wa-aqīmū ṣ-ṣalāta wa-ātū z-zakāta fa-lammā kutiba ʿalayhimu l-qitālu idhā farīqun minhum yakhshawna n-nāsa ka-khashyati llāhi aw ashadda khashyah — wa-qālū rabbanā lima katabta ʿalaynā l-qitāla lawlā akhkhartanā ilā ajalin qarīb — qul matāʿu d-dunyā qalīlun wa-l-ākhiratu khayrun li-mani ttaqā wa-lā tuẓlamūna fatīlā
N’as-tu pas considéré ceux à qui il a été dit : « Retenez vos mains, accomplissez la ṣalāt et acquittez-vous de la zakāt » ? Puis, quand le qitāl leur a été prescrit, voilà qu’une partie d’entre eux redoute les gens comme on redoute Allaah, ou d’une crainte plus forte encore. Et ils dirent : « Notre Rabb, pourquoi nous as-Tu prescrit le qitāl ? Que ne nous as-Tu accordé un délai proche ! » Dis : « La jouissance de ce bas monde est peu de chose, et l’au-delà est meilleur pour qui se prémunit — et vous ne serez pas lésés d’un fatīl. »
S.4:78–79 · L’origine du bien et du mal
S.4:78–79
أَيْنَمَا تَكُونُوا يُدْرِككُّمُ الْمَوْتُ وَلَوْ كُنتُمْ فِي بُرُوجٍ مُّشَيَّدَةٍ ۗ وَإِن تُصِبْهُمْ حَسَنَةٌ يَقُولُوا هَـٰذِهِ مِنْ عِندِ اللَّهِ ۖ وَإِن تُصِبْهُمْ سَيِّئَةٌ يَقُولُوا هَـٰذِهِ مِنْ عِندِكَ ۚ قُلْ كُلٌّ مِّنْ عِندِ اللَّهِ ۖ فَمَالِ هَـٰؤُلَاءِ الْقَوْمِ لَا يَكَادُونَ يَفْقَهُونَ حَدِيثًا مَّا أَصَابَكَ مِنْ حَسَنَةٍ فَمِنَ اللَّهِ ۖ وَمَا أَصَابَكَ مِن سَيِّئَةٍ فَمِن نَّفْسِكَ ۚ وَأَرْسَلْنَاكَ لِلنَّاسِ رَسُولًا ۚ وَكَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا
Aynamā takūnū yudrikkumu l-mawtu wa-law kuntum fī burūjin mushayyadah — wa-in tuṣibhum ḥasanatun yaqūlū hādhihi min ʿindi llāh — wa-in tuṣibhum sayyiʾatun yaqūlū hādhihi min ʿindik — qul kullun min ʿindi llāh — fa-māli hāʾulāʾi l-qawmi lā yakādūna yafqahūna ḥadīthā · Mā aṣābaka min ḥasanatin fa-mina llāh — wa-mā aṣābaka min sayyiʾatin fa-min nafsik — wa-arsalnāka li-n-nāsi rasūlā — wa-kafā bi-llāhi shahīdā
Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dans des tours élevées. Et si un bien les atteint, ils disent : « Ceci vient d’Allaah » ; et si un mal les atteint, ils disent : « Ceci vient de toi. » Dis : « Tout vient d’Allaah. » Qu’ont donc ces gens à ne presque rien comprendre à un propos ? Ce qui t’atteint de bien vient d’Allaah, et ce qui t’atteint de mal vient de toi-même. Nous t’avons envoyé aux gens comme rasūl — Allaah suffit comme shahīd.
Notes lexicales
- mā aṣābaka min sayyiʾatin fa-min nafsik
- Ce que le texte dit précisément : les deux attributions (bien → Allaah ; mal → toi-même) sont posées côte à côte, sans que le verset les articule explicitement l'une à l'autre au plan causal. Non-dit : ce seul verset n'explique pas le mécanisme reliant ces deux attributions — il les énonce comme un principe, sans développement supplémentaire ici.
Obéir au rasūl, méditer le Coran · S4:80–82
S.4:80 · Obéir au rasūl, c’est obéir à Allaah
S.4:80
مَّن يُطِعِ الرَّسُولَ فَقَدْ أَطَاعَ اللَّهَ ۖ وَمَن تَوَلَّىٰ فَمَا أَرْسَلْنَاكَ عَلَيْهِمْ حَفِيظًا
Man yuṭiʿi r-rasūla fa-qad aṭāʿa llāh — wa-man tawallā fa-mā arsalnāka ʿalayhim ḥafīẓā
Quiconque obéit au rasūl a donc obéi à Allaah. Et quiconque se détourne — Nous ne t’avons pas envoyé comme ḥafīẓ (gardien) sur eux.
Notes lexicales
- mā arsalnāka ʿalayhim ḥafīẓā
- racine ḥ-f-ẓ : garder, surveiller, préserver. Le verset associe l'énoncé positif sur l'obéissance (première clause) à une limite explicite sur le rôle du *rasūl* envers qui refuse (seconde clause) : la transmission, non la contrainte sur le choix d'autrui. Les deux clauses appartiennent au même verset et se lisent ensemble.
S.4:81 · Le complot nocturne après l’obéissance déclarée
S.4:81
وَيَقُولُونَ طَاعَةٌ فَإِذَا بَرَزُوا مِنْ عِندِكَ بَيَّتَ طَائِفَةٌ مِّنْهُمْ غَيْرَ الَّذِي تَقُولُ ۖ وَاللَّهُ يَكْتُبُ مَا يُبَيِّتُونَ ۖ فَأَعْرِضْ عَنْهُمْ وَتَوَكَّلْ عَلَى اللَّهِ ۚ وَكَفَىٰ بِاللَّهِ وَكِيلًا
Wa-yaqūlūna ṭāʿatun fa-idhā barazū min ʿindika bayyata ṭāʾifatun minhum ghayra lladhī taqūl — wa-llāhu yaktubu mā yubayyitūn — fa-aʿriḍ ʿanhum wa-tawakkal ʿalā llāh — wa-kafā bi-llāhi wakīlā
Et ils disent : « Obéissance » ; puis, quand ils sortent de chez toi, un groupe d’entre eux complote de nuit (bayyata) autre chose que ce que tu dis — et Allaah inscrit ce qu’ils complotent ainsi. Détourne-toi d’eux, et repose-toi sur Allaah (tawakkal) : Allaah suffit comme wakīl.
S.4:82 · La méditation du Coran — la cohérence interne
Verset fondateur de la méthode de ce site. Ce verset est déjà cité et analysé dans les études L’abandon du Coran et Comprendre et mémoriser comme l’un des deux énoncés coraniques (avec S.47:24) qui posent le tadabbur — la méditation directe du texte — comme obligation centrale. La traduction retenue ici reprend, par cohérence, celle déjà validée dans ces études.
S.4:82
أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ ۚ وَلَوْ كَانَ مِنْ عِندِ غَيْرِ اللَّهِ لَوَجَدُوا فِيهِ اخْتِلَافًا كَثِيرًا
A-fa-lā yatadabbarūna l-qurʾāna wa-law kāna min ʿindi ghayri llāhi la-wajadū fīhi khtilāfan kathīrā
Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? Si ce livre venait d’un autre qu’Allaah, ils y trouveraient de nombreuses contradictions.
La rumeur et le renvoi aux ūlī l-amr · S4:83
S.4:83 · La nouvelle propagée sans vérification
S.4:83
وَإِذَا جَاءَهُمْ أَمْرٌ مِّنَ الْأَمْنِ أَوِ الْخَوْفِ أَذَاعُوا بِهِ ۖ وَلَوْ رَدُّوهُ إِلَى الرَّسُولِ وَإِلَىٰ أُولِي الْأَمْرِ مِنْهُمْ لَعَلِمَهُ الَّذِينَ يَسْتَنبِطُونَهُ مِنْهُمْ ۗ وَلَوْلَا فَضْلُ اللَّهِ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَتُهُ لَاتَّبَعْتُمُ الشَّيْطَانَ إِلَّا قَلِيلًا
Wa-idhā jāʾahum amrun mina l-amni awi l-khawfi adhāʿū bih — wa-law raddūhu ilā r-rasūli wa-ilā ūlī l-amri minhum la-ʿalimahu lladhīna yastanbiṭūnahu minhum — wa-lawlā faḍlu llāhi ʿalaykum wa-raḥmatuhu la-ttabaʿtumu sh-shayṭāna illā qalīlā
Et quand leur parvient une nouvelle concernant la sécurité ou la crainte, ils la propagent. Et s’ils l’avaient renvoyée au rasūl et aux ūlī l-amr parmi eux, ceux d’entre eux capables d’en tirer les conclusions l’auraient su. Et sans la faveur d’Allaah sur vous et Sa raḥma, vous auriez suivi le shayṭān, sauf un petit nombre.
Notes lexicales
- yastanbiṭūnahu
- forme X de n-b-ṭ : faire jaillir une eau souterraine — par extension, extraire une conclusion qui n'est pas immédiatement visible en surface. Le texte réserve cette capacité à un sous-ensemble (« ceux d'entre eux capables de… »), sans l'attribuer à tous indistinctement.
- ūlī l-amr
- même expression qu'en S4:59 — voir la note dédiée dans le Bloc IV. Ici encore associée au renvoi au *rasūl*, dans un rôle de vérification plutôt que de décision autonome.
Combattre, intercéder, saluer, le rassemblement du Jour · S4:84–87
S.4:84 · Chacun chargé de soi-même
S.4:84
فَقَاتِلْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ لَا تُكَلَّفُ إِلَّا نَفْسَكَ ۚ وَحَرِّضِ الْمُؤْمِنِينَ ۖ عَسَى اللَّهُ أَن يَكُفَّ بَأْسَ الَّذِينَ كَفَرُوا ۚ وَاللَّهُ أَشَدُّ بَأْسًا وَأَشَدُّ تَنكِيلًا
Fa-qātil fī sabīli llāhi lā tukallafu illā nafsaka — wa-ḥarriḍi l-muʾminīn — ʿasā llāhu an yakuffa baʾsa lladhīna kafarū — wa-llāhu ashaddu baʾsan wa-ashaddu tankīlā
Combats donc dans le sabīl d’Allaah — tu n’es chargé que de toi-même — et incite (ḥarriḍ) les croyants [au combat]. Il se peut qu’Allaah retienne la force de ceux qui ont commis le kufr — et Allaah est plus fort en force et plus fort en châtiment exemplaire (tankīl).
S.4:85 · L’intercession bonne ou mauvaise
S.4:85
مَّن يَشْفَعْ شَفَاعَةً حَسَنَةً يَكُن لَّهُ نَصِيبٌ مِّنْهَا ۖ وَمَن يَشْفَعْ شَفَاعَةً سَيِّئَةً يَكُن لَّهُ كِفْلٌ مِّنْهَا ۗ وَكَانَ اللَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ مُّقِيتًا
Man yashfaʿ shafāʿatan ḥasanatan yakun lahu naṣībun minhā — wa-man yashfaʿ shafāʿatan sayyiʾatan yakun lahu kiflun minhā — wa-kāna llāhu ʿalā kulli shayʾin muqītā
Quiconque intercède (yashfaʿ) d’une intercession bonne en aura une part ; et quiconque intercède d’une intercession mauvaise en portera une charge (kifl). Allaah est, sur toute chose, Muqīt.
S.4:86 · Rendre le salut par un meilleur salut
S.4:86
وَإِذَا حُيِّيتُم بِتَحِيَّةٍ فَحَيُّوا بِأَحْسَنَ مِنْهَا أَوْ رُدُّوهَا ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ حَسِيبًا
Wa-idhā ḥuyyītum bi-taḥiyyatin fa-ḥayyū bi-aḥsana minhā aw ruddūhā — inna llāha kāna ʿalā kulli shayʾin ḥasībā
Et quand on vous salue d’une salutation, saluez d’une meilleure, ou rendez-la [de façon équivalente]. Allaah est, certes, sur toute chose, Ḥasīb.
S.4:87 · Le rassemblement du Jour
S.4:87
اللَّهُ لَا إِلَـٰهَ إِلَّا هُوَ ۚ لَيَجْمَعَنَّكُمْ إِلَىٰ يَوْمِ الْقِيَامَةِ لَا رَيْبَ فِيهِ ۗ وَمَنْ أَصْدَقُ مِنَ اللَّهِ حَدِيثًا
Allāhu lā ilāha illā huwa — la-yajmaʿannakum ilā yawmi l-qiyāmati lā rayba fīh — wa-man aṣdaqu mina llāhi ḥadīthā
Allaah — nulle ilāh si ce n’est Lui — Il vous rassemblera certes vers le Jour de la Résurrection, sans doute possible en cela. Et qui est plus véridique qu’Allaah en parole ?
Les munāfiqūn dans le conflit — les exceptions posées par le texte · S4:88–91
Ce que ces quatre versets disent, précisément. Ce passage traite d’une situation de conflit armé actif et d’une catégorie précise : des personnes ayant déclaré la foi tout en gardant, dans les faits, une allégeance avec le camp hostile aux croyants (S4:88–89), puis, en S4:91, un troisième groupe distinct, cherchant la sécurité des deux côtés sans engagement réel. Le texte pose lui-même, en S4:90, deux exceptions explicites à la règle générale de S4:89 : (1) ceux qui rejoignent un peuple lié aux croyants par un mīthāq (pacte), et (2) ceux dont « la poitrine est serrée » à l’idée de combattre l’un ou l’autre camp — soit une non-belligérance de fait. Le verset ajoute une clause de réciprocité stricte : si l’autre partie se retire, ne combat pas, et offre la paix (as-salam), Allaah ne fait alors aucun chemin contre elle — formule qui ferme explicitement la règle générale. S4:91 reprend la même structure conditionnelle pour un troisième groupe : la disposition ne s’applique que si trois conditions sont réunies conjointement — refus de se retirer, refus d’offrir la paix, poursuite de l’hostilité. Ce cadrage rejoint le principe déjà posé en S2:190 (wa-qātilū fī sabīli llāhi lladhīna yuqātilūnakum wa-lā taʿtadū — combattez ceux qui vous combattent, sans transgresser) : une structure conditionnelle et réciproque, non une règle inconditionnelle. La traduction ci-dessous porte l’intégralité de ces clauses, y compris les exceptions, sans en isoler la partie la plus dure de son cadrage.
S.4:88 · Deux camps au sujet des munāfiqūn
S.4:88
۞ فَمَا لَكُمْ فِي الْمُنَافِقِينَ فِئَتَيْنِ وَاللَّهُ أَرْكَسَهُم بِمَا كَسَبُوا ۚ أَتُرِيدُونَ أَن تَهْدُوا مَنْ أَضَلَّ اللَّهُ ۖ وَمَن يُضْلِلِ اللَّهُ فَلَن تَجِدَ لَهُ سَبِيلًا
Fa-mā lakum fī l-munāfiqīna fiʾatayni wa-llāhu arkasahum bi-mā kasabū — a-turīdūna an tahdū man aḍalla llāh — wa-man yuḍlili llāhu fa-lan tajida lahu sabīlā
Qu’avez-vous donc, à propos des munāfiqūn, à former deux camps, alors qu’Allaah les a fait retourner (arkasa) [à leur point de départ] pour ce qu’ils ont acquis ? Voulez-vous guider celui qu’Allaah a laissé s’égarer ? Et celui qu’Allaah laisse s’égarer, tu ne lui trouveras jamais de chemin.
Notes lexicales
- arkasahum
- forme IV de r-k-s : retourner une chose sur elle-même, la ramener à son point de départ. Même racine qu'en S4:91 (*urkisū*) — les deux versets décrivent des groupes ramenés à leur position initiale par leurs propres actes.
S.4:89 · La condition de l’hijra
S.4:89
وَدُّوا لَوْ تَكْفُرُونَ كَمَا كَفَرُوا فَتَكُونُونَ سَوَاءً ۖ فَلَا تَتَّخِذُوا مِنْهُمْ أَوْلِيَاءَ حَتَّىٰ يُهَاجِرُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ ۚ فَإِن تَوَلَّوْا فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ ۖ وَلَا تَتَّخِذُوا مِنْهُمْ وَلِيًّا وَلَا نَصِيرًا
Waddū law takfurūna ka-mā kafarū fa-takūnūna sawāʾan — fa-lā tattakhidhū minhum awliyāʾa ḥattā yuhājirū fī sabīli llāh — fa-in tawallaw fa-khudhūhum wa-qtulūhum ḥaythu wajadtumūhum — wa-lā tattakhidhū minhum walīyyan wa-lā naṣīrā
Ils voudraient que vous commettiez le kufr comme ils l’ont commis, afin que vous soyez égaux [à eux]. Ne prenez donc pas d’awliyāʾ parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent (yuhājirū) dans le sabīl d’Allaah. S’ils se détournent [de cette condition], alors saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez — et ne prenez, parmi eux, ni walī ni naṣīr.
S.4:90 · Les deux exceptions posées par le texte
S.4:90
إِلَّا الَّذِينَ يَصِلُونَ إِلَىٰ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ أَوْ جَاءُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُوكُمْ أَوْ يُقَاتِلُوا قَوْمَهُمْ ۚ وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَسَلَّطَهُمْ عَلَيْكُمْ فَلَقَاتَلُوكُمْ ۚ فَإِنِ اعْتَزَلُوكُمْ فَلَمْ يُقَاتِلُوكُمْ وَأَلْقَوْا إِلَيْكُمُ السَّلَمَ فَمَا جَعَلَ اللَّهُ لَكُمْ عَلَيْهِمْ سَبِيلًا
Illā lladhīna yaṣilūna ilā qawmin baynakum wa-baynahum mīthāqun aw jāʾūkum ḥaṣirat ṣudūruhum an yuqātilūkum aw yuqātilū qawmahum — wa-law shāʾa llāhu la-sallaṭahum ʿalaykum fa-la-qātalūkum — fa-ini ʿtazalūkum fa-lam yuqātilūkum wa-alqaw ilaykumu s-salama fa-mā jaʿala llāhu lakum ʿalayhim sabīlā
Sauf ceux qui rejoignent un peuple avec qui vous avez un mīthāq, ou qui viennent à vous, la poitrine serrée à l’idée de vous combattre ou de combattre leur propre peuple. Et si Allaah avait voulu, Il leur aurait donné pouvoir sur vous, et ils vous auraient combattus. Si donc ils se retirent de vous, ne vous combattent pas, et vous offrent la paix (as-salam), alors Allaah ne vous a fait aucun chemin contre eux.
Notes lexicales
- ḥaṣirat ṣudūruhum
- racine ḥ-ṣ-r : resserrer, encercler. La poitrine serrée décrit une réticence intérieure à combattre de part et d'autre — le texte la reconnaît explicitement comme motif d'exception.
- as-salam
- racine s-l-m, même famille que *islām* et *taslīm* (déjà rencontré en S4:65). Ici la paix offerte activement (*alqaw*, « ils ont jeté/proposé ») — un acte, non un simple état.
S.4:91 · Une troisième catégorie — la même condition réciproque
S.4:91
سَتَجِدُونَ آخَرِينَ يُرِيدُونَ أَن يَأْمَنُوكُمْ وَيَأْمَنُوا قَوْمَهُمْ كُلَّ مَا رُدُّوا إِلَى الْفِتْنَةِ أُرْكِسُوا فِيهَا ۚ فَإِن لَّمْ يَعْتَزِلُوكُمْ وَيُلْقُوا إِلَيْكُمُ السَّلَمَ وَيَكُفُّوا أَيْدِيَهُمْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ ثَقِفْتُمُوهُمْ ۚ وَأُولَـٰئِكُمْ جَعَلْنَا لَكُمْ عَلَيْهِمْ سُلْطَانًا مُّبِينًا
Sa-tajidūna ākharīna yurīdūna an yaʾmanūkum wa-yaʾmanū qawmahum — kulla mā ruddū ilā l-fitnati urkisū fīhā — fa-in lam yaʿtazilūkum wa-yulqū ilaykumu s-salama wa-yakuffū aydiyahum fa-khudhūhum wa-qtulūhum ḥaythu thaqiftumūhum — wa-ulāʾikum jaʿalnā lakum ʿalayhim sulṭānan mubīnā
Vous trouverez d’autres qui veulent être en sécurité avec vous et en sécurité avec leur propre peuple : chaque fois qu’ils sont ramenés à la fitna, ils y replongent. S’ils ne se retirent pas de vous, ne vous offrent pas la paix, et ne retiennent pas leurs mains, alors saisissez-les et tuez-les où que vous les rencontriez — et ceux-là, Nous vous avons donné sur eux une autorité manifeste (sulṭān mubīn).
Notes lexicales
- fa-in lam yaʿtazilūkum wa-yulqū… wa-yakuffū
- trois conditions liées par la conjonction — non trois voies alternatives : le texte requiert la réunion des trois refus (ne pas se retirer, ne pas offrir la paix, ne pas retenir leurs mains) pour que la disposition s'applique, en miroir exact de la triple condition positive de non-belligérance posée en S4:90.
- sulṭānan mubīnā
- déjà rencontré (S3:151, où l'absence de *sulṭān* accompagne le *shirk*) : ici au contraire un *sulṭān* — une autorité/justification — explicitement accordé, et qualifié de manifeste (*mubīn*), en clôture de la condition triple qui le précède immédiatement dans le même verset.
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