Structure du Bloc V. Cinq ensembles, tous articulés autour d’un même terme-pivot, ḥukm (juger, trancher, décider souverainement), qui revient neuf fois dans ces dix versets. D’abord une adresse au rasūl : ne pas s’affliger pour des cœurs discordants et des « grands écouteurs du mensonge » qui cherchent à instrumentaliser son jugement (S5:41–42). Puis le rappel que la Tawrāh contenait déjà le ḥukm d’Allaah, avec lequel les nabiyyūn, les rabbāniyyūn et les aḥbār jugeaient — et la loi du talion qu’elle prescrivait (S5:43–45). Puis ʿĪsā ibn Maryam et l’Injīl, confirmant la Tawrāh et devant être jugés par ce qu’ils contiennent (S5:46–47). Puis le Kitāb final, confirmant et muhaymin sur ce qui précède, avec l’affirmation qu’à chaque communauté a été donné une voie et une méthode distinctes — et l’appel à rivaliser de bien plutôt que de trancher les différends par la force (S5:48–49). Enfin la question qui referme le bloc : le ḥukm de la jāhiliyya, ou celui d’Allaah (S5:50).

Avertissement de méthode — un terme au centre d’un débat qui dépasse ce bloc. Le triptyque kāfirūn / ẓālimūn / fāsiqūn (S5:44, 45, 47), rattaché à la formule man lam yaḥkum bi-mā anzala llāh (« quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a fait descendre »), est l’un des passages les plus mobilisés — dans un sens comme dans l’autre — des débats contemporains sur l’autorité législative en dīn. Un article distinct de ce Projet (« Le Nabī n’est pas législateur ») a déjà établi, à partir de ce même triptyque et d’un ensemble de versets connexes (S6:57, S6:114, S12:40, S42:21), une lecture selon laquelle le ḥukm n’appartiendrait qu’à Allaah seul et toute législation humaine autonome dans le dīn serait nommée par le texte. Ce Projet reprend ici, comme précédent lexical déjà établi, l’analyse des racines ḥ-k-m, k-f-r, ẓ-l-m et f-s-q que cet article documente — mais il tient à séparer strictement deux niveaux : (1) ce que ces dix versets, pris dans leur contexte immédiat, disent explicitement — à savoir que les Banū Isrāʾīl devaient juger par la Tawrāh, les ahl al-Injīl par l’Injīl, et les destinataires du Kitāb final par ce Kitāb ; (2) la portée que cette structure prendrait une fois étendue aux débats juridiques et théologiques postérieurs (fiqh, ijtihād, écoles de jurisprudence) — question qui déborde largement le périmètre d’une traduction verset par verset et sur laquelle ce Projet ne tranche pas ici. Le dit de ce bloc est nommé comme tel ; toute extension au-delà est nommée inférence, quelle que soit la direction — pour ou contre une lecture donnée — dans laquelle elle va.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.5:41 Ne pas s’affliger — cœurs discordants et grands écouteurs du mensonge
S.5:42 Juger avec qisṭ, ou se détourner
S.5:43 Comment te prennent-ils pour arbitre, alors qu’ils ont le ḥukm d’Allaah ?
S.5:44 La Tawrāh, sa guidance, et ceux qui jugeaient par elle
S.5:45 La loi du talion et le don qui rachète
S.5:46 ʿĪsā ibn Maryam et l’Injīl, confirmant la Tawrāh
S.5:47 Que les ahl al-Injīl jugent par ce qu’il contient
S.5:48 Le Kitāb final, muhaymin, la shirʿa et le minhāj distincts
S.5:49 Juge par ce qui a été descendu, ne suis pas leurs ahwāʾ
S.5:50 Le ḥukm de la jāhiliyya, ou celui d’Allaah

Ne pas s’affliger — cœurs discordants et grands écouteurs du mensonge · S5:41–42

S.5:41 · Ne pas s’affliger pour des cœurs discordants

S.5:41
۞ يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ لَا يَحْزُنْكَ الَّذِينَ يُسَارِعُونَ فِي الْكُفْرِ مِنَ الَّذِينَ قَالُوا آمَنَّا بِأَفْوَاهِهِمْ وَلَمْ تُؤْمِنْ قُلُوبُهُمْ ۛ وَمِنَ الَّذِينَ هَادُوا ۛ سَمَّاعُونَ لِلْكَذِبِ سَمَّاعُونَ لِقَوْمٍ آخَرِينَ لَمْ يَأْتُوكَ ۖ يُحَرِّفُونَ الْكَلِمَ مِنْ بَعْدِ مَوَاضِعِهِ ۖ يَقُولُونَ إِنْ أُوتِيتُمْ هَٰذَا فَخُذُوهُ وَإِنْ لَمْ تُؤْتَوْهُ فَاحْذَرُوا ۚ وَمَنْ يُرِدِ اللَّهُ فِتْنَتَهُ فَلَنْ تَمْلِكَ لَهُ مِنَ اللَّهِ شَيْئًا ۚ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ لَمْ يُرِدِ اللَّهُ أَنْ يُطَهِّرَ قُلُوبَهُمْ ۚ لَهُمْ فِي الدُّنْيَا خِزْيٌ ۖ وَلَهُمْ فِي الْآخِرَةِ عَذَابٌ عَظِيمٌ
Yā ayyuhā r-rasūlu lā yaḥzunka lladhīna yusāriʿūna fi l-kufri mina lladhīna qālū āmannā bi-afwāhihim wa-lam tuʾmin qulūbuhum — wa-mina lladhīna hādū — sammāʿūna li-l-kadhibi sammāʿūna li-qawmin ākharīna lam yaʾtūka — yuḥarrifūna l-kalima min baʿdi mawāḍiʿihi — yaqūlūna in ūtītum hādhā fa-khudhūhu wa-in lam tuʾtawhu fa-ḥdharū — wa-man yuridi llāhu fitnatahu fa-lan tamlika lahu mina llāhi shayʾā — ulāʾika lladhīna lam yuridi llāhu an yuṭahhira qulūbahum — lahum fi d-dunyā khizyun wa-lahum fi l-ākhirati ʿadhābun ʿaẓīm Ô rasūl, que ne t’afflige pas ceux qui se hâtent vers le kufr, parmi ceux qui disent « nous avons cru » de leurs bouches (bi-afwāhihim) sans que leurs cœurs n’aient cru — et parmi ceux qui pratiquent le judaïsme (mina lladhīna hādū) : de grands écouteurs du mensonge, de grands écouteurs pour un autre groupe qui n’est pas venu à toi, qui déplacent la parole après ses positions [véritables] (min baʿdi mawāḍiʿihi), disant : « Si cela vous est donné, prenez-le — et si cela ne vous est pas donné, méfiez-vous. » Quiconque Allaah veut sa mise à l’épreuve (fitnatahu), tu ne détiens rien pour lui face à Allaah. Ceux-là sont ceux dont Allaah n’a pas voulu purifier les cœurs : pour eux, dans ce monde, un opprobre (khizy) ; et pour eux, dans l’ākhira, un ʿadhāb immense.

Note de méthode — un précédent intra-coranique exact. Lā yaḥzunka lladhīna yusāriʿūna fi l-kufr reprend, mot pour mot, l’ouverture de S3:176 (« Que ne t’afflige pas ceux qui se hâtent vers le kufr »), déjà rencontrée dans ce Projet — seule la suite diffère : S3:176 poursuit sur l’incapacité de ces gens à nuire à Allaah, tandis que S5:41 développe ici le portrait de deux groupes distincts (des cœurs discordants d’un côté, des gens du judaïsme de l’autre) unis par la même hâte. La description « ils disent nous avons cru de leurs bouches, sans que leurs cœurs n’aient cru » fait elle-même écho à S3:167 (« yaqūlūna bi-afwāhihim mā laysa fī qulūbihim », « ils disent de leurs bouches ce qui n’est pas dans leurs cœurs »), déjà rencontrée dans ce Projet pour décrire les munāfiqūn : une même discordance bouche/cœur nommée à deux endroits distincts du corpus, par des tournures voisines mais non identiques.

Notes lexicales
yā ayyuhā r-rasūl
adresse au *rasūl* — et non au *nabī* : ce Projet a déjà établi (article dédié) que ces deux termes, bien que cumulables chez Muḥammad, ne sont pas synonymes dans le texte coranique. *Rasūl* met en avant la fonction de porteur d'un message adressé à un peuple, ce qui correspond exactement au contenu de ce verset : l'épreuve que représentent des interlocuteurs qui manipulent la fonction de juge du *rasūl*.
yaḥzunka
racine *ḥ-z-n* : l'affliction, le chagrin qui pèse. Voir S3:176 (déjà rencontrée dans ce Projet) pour l'emploi identique de cette même formule d'ouverture.
yusāriʿūna fi l-kufr
racine *s-r-ʿ* : la hâte. Déjà rencontrée dans ce Projet en S3:133 (« *sāriʿū* », se hâter vers un pardon) et en S3:176 (la même hâte, tournée vers le *kufr*) — un contraste rhétorique que ce Projet avait déjà noté à l'échelle de S3, et qui reparaît ici à l'identique.
qālū āmannā bi-afwāhihim wa-lam tuʾmin qulūbuhum
*afwāh*, pluriel de *fam/fū* (la bouche). **Dit** : le texte pose une discordance explicite entre la parole prononcée et l'état du cœur. **Non-dit** : ce verset ne précise pas si ce groupe recouvre exactement les *munāfiqūn* nommés ailleurs dans le corpus (S3:167, S9:8 notamment) ou un groupe distinct partageant seulement cette caractéristique — la structure de la phrase (*mina lladhīna…*, « parmi ceux qui… ») introduit une catégorie par sa description, non par un nom qui la relierait explicitement à une désignation antérieure.
mina lladhīna hādū
« parmi ceux qui pratiquent le judaïsme » — *min* est le partitif arabe, déjà signalé dans ce Projet (S4:46, Bloc III de S4) comme désignant explicitement une partie et non la totalité d'une communauté. Le texte distingue ici, par la conjonction *wa-min* (« et parmi »), un second groupe du premier — non une seule et même catégorie.
sammāʿūna li-l-kadhib
forme intensive (*fa''āl*) de la racine *s-m-ʿ* : non « qui entendent » mais « qui écoutent avec assiduité, qui prêtent une oreille habituelle » — ici tournée vers le *kadhib* (le mensonge). Répétée deux fois dans le même verset (« *sammāʿūna li-l-kadhibi sammāʿūna li-qawmin ākharīn* ») : une insistance rhétorique sur cette disposition à l'écoute intéressée.
yuḥarrifūna l-kalima min baʿdi mawāḍiʿihi
racine *ḥ-r-f* : déjà rencontrée dans ce Projet à trois reprises (S2:75, S4:46, S5:13 — Bloc II de S5) sous la forme *yuḥarrifūna l-kalima ʿan mawāḍiʿihi* (« hors de leurs positions »). **Point de vigilance lexicale** : ce verset emploie une préposition différente — *min baʿdi* (« après », temporel) et non *ʿan* (« hors de », spatial). Le déplacement du sens décrit ici n'est donc pas nécessairement de même nature que celui des trois occurrences précédentes : le texte pourrait viser un déplacement survenant après que les mots ont occupé leur position [véritable], plutôt qu'un simple écart spatial constant. Cette nuance n'est pas développée davantage par le texte lui-même à cet endroit — elle reste une observation grammaticale, non une conclusion tranchée.
man yuridi llāhu fitnatahu
*fitna*, déjà rencontrée dans ce Projet (S2:191, S2:193 — conservée en translittération, aucun mot français ne couvrant seul l'épreuve qui révèle et qui égare). **Note de vigilance théologique.** Ce demi-verset associe la volonté (*irāda*) d'Allaah à la *fitna* de certains, et le suivant associe cette même volonté à l'absence de purification de leurs cœurs. **Dit** : le texte énonce ces deux liens sans détour. **Non-dit** : il ne précise, ni ici ni dans ce seul verset, le rapport exact entre cette volonté et la responsabilité propre de ceux qui « se hâtent vers le *kufr* » et « écoutent le mensonge » — actes que le même verset leur attribue par ailleurs comme des dispositions actives, non comme de simples résultantes passives. Trancher entre ces deux registres (l'acte volontaire décrit en amont, la volonté d'Allaah énoncée en aval) dépasse ce que ce seul verset formule ; ce Projet se garde ici de toute conclusion sur l'articulation exacte entre l'un et l'autre.
khizyun … ʿadhābun ʿaẓīm
même couple qu'en S5:33 (Bloc IV, déjà rencontré dans ce Projet) : l'humiliation exposée dans *ad-dunyā*, distincte du *ʿadhāb* de l'*ākhira*.

S.5:42 · Juger avec qisṭ, ou se détourner

S.5:42
سَمَّاعُونَ لِلْكَذِبِ أَكَّالُونَ لِلسُّحْتِ ۚ فَإِنْ جَاءُوكَ فَاحْكُمْ بَيْنَهُمْ أَوْ أَعْرِضْ عَنْهُمْ ۖ وَإِنْ تُعْرِضْ عَنْهُمْ فَلَنْ يَضُرُّوكَ شَيْئًا ۖ وَإِنْ حَكَمْتَ فَاحْكُمْ بَيْنَهُمْ بِالْقِسْطِ ۚ إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ
Sammāʿūna li-l-kadhibi akkālūna li-s-suḥt — fa-in jāʾūka fa-ḥkum baynahum aw aʿriḍ ʿanhum — wa-in tuʿriḍ ʿanhum fa-lan yaḍurrūka shayʾā — wa-in ḥakamta fa-ḥkum baynahum bi-l-qisṭ — inna llāha yuḥibbu l-muqsiṭīn De grands écouteurs du mensonge, de grands dévoreurs du gain illicite (suḥt) : s’ils viennent à toi, juge (fa-ḥkum) entre eux, ou détourne-toi d’eux — et si tu te détournes d’eux, ils ne te nuiront en rien. Mais si tu juges, juge entre eux avec qisṭ : Allaah aime les muqsiṭūn.
Notes lexicales
akkālūna li-s-suḥt
racine *s-ḥ-t* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — *al-saḥt*, ce qui est râclé, dépouillé jusqu'à l'os, anéanti sans reste. *As-suḥt* désigne un gain acquis par un moyen qui ronge et épuise ce qu'il touche — un gain illicite dont l'acquisition même use ce qu'elle prétend accumuler. Conservé en translittération, aucun mot français isolé ne portant cette image d'érosion.
fa-ḥkum baynahum aw aʿriḍ ʿanhum
racine *ḥ-k-m* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — sens premier : retenir, empêcher ; d'où la décision qui s'impose, le jugement souverain. **Dit** : ce verset offre explicitement au *rasūl* un choix binaire face à ce groupe — juger entre eux, ou s'en détourner (*iʿrāḍ*) — sans que l'un ou l'autre ne soit imposé comme seule issue légitime à cet endroit précis.
bi-l-qisṭ … al-muqsiṭīn
racine *q-s-ṭ*, déjà établie dans ce Projet (S3:18, S4:3, S4:135) : la répartition juste, l'équité qui donne à chaque part ce qui lui revient. Conservée en translittération. Le texte pose ici une condition explicite à l'exercice du jugement, si celui-ci a lieu : non l'issue elle-même (juger ou se détourner), mais la manière dont le jugement, s'il est rendu, doit être conduit.

La Tawrāh, son ḥukm, et la loi du talion · S5:43–45

S.5:43 · Comment te prennent-ils pour arbitre ?

S.5:43
وَكَيْفَ يُحَكِّمُونَكَ وَعِنْدَهُمُ التَّوْرَاةُ فِيهَا حُكْمُ اللَّهِ ثُمَّ يَتَوَلَّوْنَ مِنْ بَعْدِ ذَٰلِكَ ۚ وَمَا أُولَٰئِكَ بِالْمُؤْمِنِينَ
Wa-kayfa yuḥakkimūnaka wa-ʿindahumu t-tawrātu fīhā ḥukmu llāhi thumma yatawallawna min baʿdi dhālika — wa-mā ulāʾika bi-l-muʾminīn Et comment te prennent-ils pour arbitre (yuḥakkimūnaka), alors qu’ils ont chez eux la Tawrāh, en elle le ḥukm d’Allaah — puis ils se détournent après cela ? Ceux-là ne sont pas des muʾminūn.
Notes lexicales
yuḥakkimūnaka
forme II intensive de *ḥ-k-m* : prendre quelqu'un pour arbitre, l'installer comme juge d'un litige. Un article distinct de ce Projet (*« Le Nabī n'est pas législateur »*) a déjà relevé le terme apparenté *ḥakam* (l'arbitre, S6:114) sur la même racine — repris ici comme précédent lexical. La question est rhétorique : le texte relève une incohérence — solliciter un arbitre extérieur alors que la Tawrāh, déjà en leur possession, contient elle-même le *ḥukm* d'Allaah.
ḥukmu llāh
même précédent lexical (*« Le Nabī n'est pas législateur »*, déjà cité) : *ḥukm*, de la racine *ḥ-k-m* — retenir, contenir, d'où la décision qui s'impose, le jugement souverain. Le terme revient neuf fois dans ce seul bloc (S5:43, 44 ×1, 45, 47, 48 ×2, 49, 50 ×2) — une densité qui marque, à l'échelle du bloc entier, ce terme comme son axe organisateur.
yatawallawna
racine *w-l-y*, déjà rencontrée dans ce Projet sous plusieurs formes convergentes (S3:150, S3:155, S3:175 — l'allié, celui qui se détourne, celui qui est pris comme protecteur). Ici : se détourner après avoir eu la preuve en main.

S.5:44 · La Tawrāh, sa guidance, et ceux qui jugeaient par elle

S.5:44
إِنَّا أَنْزَلْنَا التَّوْرَاةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ ۚ يَحْكُمُ بِهَا النَّبِيُّونَ الَّذِينَ أَسْلَمُوا لِلَّذِينَ هَادُوا وَالرَّبَّانِيُّونَ وَالْأَحْبَارُ بِمَا اسْتُحْفِظُوا مِنْ كِتَابِ اللَّهِ وَكَانُوا عَلَيْهِ شُهَدَاءَ ۚ فَلَا تَخْشَوُا النَّاسَ وَاخْشَوْنِ وَلَا تَشْتَرُوا بِآيَاتِي ثَمَنًا قَلِيلًا ۚ وَمَنْ لَمْ يَحْكُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ
Innā anzalnā t-tawrāta fīhā hudan wa-nūr — yaḥkumu bihā n-nabiyyūna lladhīna aslamū li-lladhīna hādū wa-r-rabbāniyyūna wa-l-aḥbāru bimā stuḥfiẓū min kitābi llāhi wa-kānū ʿalayhi shuhadāʾ — fa-lā takhshawu n-nāsa wa-khshawni wa-lā tashtarū bi-āyātī thamanan qalīlā — wa-man lam yaḥkum bimā anzala llāhu fa-ulāʾika humu l-kāfirūn Nous avons fait descendre la Tawrāh ; en elle, guidance (hudā) et lumière (nūr). Les nabiyyūn qui s’étaient soumis (aslamū) jugeaient par elle pour ceux qui pratiquent le judaïsme, ainsi que les rabbāniyyūn et les aḥbār, en raison de ce dont la garde leur avait été confiée (bimā stuḥfiẓū) du kitāb d’Allaah, et dont ils étaient témoins (shuhadāʾ). Ne craignez donc pas les gens, et craignez-Moi ; et n’échangez pas Mes āyāt contre un prix dérisoire. Quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a fait descendre — ceux-là sont les kāfirūn.

Note de méthode — le triptyque kāfirūn/ẓālimūn/fāsiqūn et son périmètre exact. Dit : la même structure conditionnelle (wa-man lam yaḥkum bi-mā anzala llāh…, « quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a fait descendre ») revient trois fois dans ce bloc (S5:44, S5:45, S5:47), chaque occurrence recevant une qualification distincte — kāfirūn, ẓālimūn, fāsiqūn. Dans son contexte immédiat, chacune des trois occurrences est rattachée à un destinataire nommé : S5:44 aux nabiyyūn, rabbāniyyūn et aḥbār jugeant par la Tawrāh pour les gens du judaïsme ; S5:47 aux ahl al-Injīl jugeant par l’Injīl. Non-dit : ce seul verset ne dit pas explicitement si la qualification kāfirūn s’applique à quiconque, en tout temps, ne juge pas par une révélation quelconque, ou si elle vise spécifiquement le refus, par les destinataires directs d’une Tawrāh qu’ils reconnaissent pourtant comme contenant le ḥukm d’Allaah, de juger par elle. Le précédent déjà établi dans ce Projet (« Le Nabī n’est pas législateur ») retient une lecture élargie, appuyée sur la cohérence intra-coranique avec S6:57, S12:40 et S42:21 (ini l-ḥukmu illā li-llāh — « le ḥukm n’appartient qu’à Allaah » — et l’acte de légiférer sans mandat qualifié de shirk). Ce Projet reprend cette cohérence lexicale comme dit établi ailleurs dans le corpus, mais nomme comme inférence — non comme donnée tranchée par ce seul verset — l’extension de cette structure aux débats postérieurs sur le fiqh, l’ijtihād et les écoles juridiques, qui engagent des questions (la nature exacte de ce qui constitue un « jugement par ce qu’Allaah a fait descendre », la place de l’effort interprétatif humain face à un texte silencieux sur un cas donné) que ce bloc, pris seul, ne tranche pas lui-même.

Notes lexicales
hudan wa-nūr
même couple que pour l'Injīl au verset suivant (S5:46) : la guidance et la lumière, attribuées ici à la Tawrāh elle-même — non à une lecture ou une pratique qui s'en réclamerait.
an-nabiyyūna lladhīna aslamū
racine *s-l-m*, déjà établie dans ce Projet (S3:19, S3:83 — conservée en translittération pour *al-islām* lui-même) : *aslamū*, la remise complète, employée ici au sens générique de soumission à Allaah, pour qualifier des *nabiyyūn* antérieurs à la révélation faite au *rasūl* Muḥammad — cohérence intra-coranique déjà relevée dans ce Projet (S3:67, Ibrāhīm *ḥanīfan musliman*) : le verbe et la qualité de soumission (*islām*) ne sont, dans ce registre, pas circonscrits à une seule communauté historique.
ar-rabbāniyyūna wa-l-aḥbār
*rabbāniyyūn* : précédent déjà établi dans ce Projet (S3:79) — ceux formés et attachés par une pratique constante d'enseignement et d'étude du *kitāb*. *Aḥbār*, pluriel de *ḥibr* : racine *ḥ-b-r*, Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — *al-ḥusn wa-t-tanmīq*, la beauté et l'ornementation soignée (le même mot désigne aussi l'encre) ; par extension, le savant dont la parole et l'écrit sont conduits avec ce soin. Les deux termes sont conservés en translittération.
bimā stuḥfiẓū min kitābi llāh
racine *ḥ-f-ẓ*, à la forme X (*istufʿila* — « il leur a été demandé de garder ») : **Dit** — le texte qualifie la fonction des *rabbāniyyūn* et des *aḥbār* comme une garde confiée (*istiḥfāẓ*) du *kitāb*, non comme une production de normes qui s'y ajouterait. **Non-dit** : ce verset ne précise pas, à lui seul, l'étendue exacte de ce que recouvre cette « garde » — simple transmission fidèle du texte, ou activité d'interprétation encadrée par lui.
fa-lā takhshawu n-nāsa wa-khshawni
même formule exacte qu'en S5:3 (Bloc I, déjà rencontrée dans ce Projet), employée là pour un tout autre contexte (le désespoir des *kāfirūn* de nuire au *dīn*). *Khashya*, déjà distinguée dans ce Projet de *khawf* (S2:74) : une crainte révérencielle, non une simple peur.
lā tashtarū bi-āyātī thamanan qalīlā
formule déjà rencontrée à plusieurs reprises dans ce Projet (S2:41, S2:79, S3:77, S3:187 — l'étude *Kitmān et bayān* y est consacrée) : échanger les *āyāt* contre un gain dérisoire, racine *sh-r-y* (transaction, au sens inversé de S2:207).
al-kāfirūn
racine *k-f-r*, précédent déjà établi dans ce Projet (*« Le Nabī n'est pas législateur »*) : recouvrir, occulter — *kāfir*, celui qui recouvre une chose pour la dissimuler. Voir la note de méthode ci-dessus sur la portée exacte de cette qualification.

S.5:45 · La loi du talion et le don qui rachète

S.5:45
وَكَتَبْنَا عَلَيْهِمْ فِيهَا أَنَّ النَّفْسَ بِالنَّفْسِ وَالْعَيْنَ بِالْعَيْنِ وَالْأَنْفَ بِالْأَنْفِ وَالْأُذُنَ بِالْأُذُنِ وَالسِّنَّ بِالسِّنِّ وَالْجُرُوحَ قِصَاصٌ ۚ فَمَنْ تَصَدَّقَ بِهِ فَهُوَ كَفَّارَةٌ لَهُ ۚ وَمَنْ لَمْ يَحْكُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ
Wa-katabnā ʿalayhim fīhā anna n-nafsa bi-n-nafsi wa-l-ʿayna bi-l-ʿayni wa-l-anfa bi-l-anfi wa-l-udhuna bi-l-udhuni wa-s-sinna bi-s-sinni wa-l-jurūḥa qiṣāṣ — fa-man taṣaddaqa bihi fa-huwa kaffāratun lahu — wa-man lam yaḥkum bimā anzala llāhu fa-ulāʾika humu ẓ-ẓālimūn Et Nous avons prescrit (katabnā) pour eux, en elle : l’âme pour l’âme, l’œil pour l’œil, le nez pour le nez, l’oreille pour l’oreille, la dent pour la dent, et pour les blessures un qiṣāṣ [une correspondance exacte]. Mais quiconque en fait don (taṣaddaqa bihi), cela est pour lui une kaffāra [un rachat qui couvre la faute]. Quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a fait descendre — ceux-là sont les ẓālimūn.
Notes lexicales
qiṣāṣ
racine *q-ṣ-ṣ* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — suivre la trace, faire correspondre exactement un fait à un autre. *Al-qiṣāṣ* n'est pas la vengeance libre, mais une correspondance mesurée, terme à terme, entre le dommage et sa réparation — le texte égrène cinq correspondances nommées avant de généraliser aux blessures (*al-jurūḥ*) par ce même mot. Conservé en translittération, déjà annoncé comme précédent dans ce Projet (S5:38, Bloc IV : « cohérent avec le principe de proportionnalité que le texte pose ici »).
fa-man taṣaddaqa bihi fa-huwa kaffāratun lahu
*taṣaddaqa*, racine *ṣ-d-q* (la sincérité, d'où le don sincère, *ṣadaqa*) : **Dit** — le texte ouvre explicitement une voie de renoncement volontaire à la correspondance stricte, pour celui qui la détient (la victime ou son ayant droit), sans l'imposer. *Kaffāra*, racine *k-f-r* — la même racine que *kāfir* (S5:44, ce Bloc), mais ici au sens de couvrir, effacer une faute plutôt que de recouvrir une vérité pour la dissimuler : une même racine porte, selon la forme et le contexte, deux directions opposées — occulter le *ḥaqq*, ou couvrir une faute par un acte qui l'efface. **Non-dit** : ce verset ne précise pas explicitement si ce renoncement porte sur la seule réparation matérielle ou également sur toute conséquence dans l'*ākhira* — la formule *kaffāratun lahu* reste, à cet endroit, sans développement supplémentaire.
aẓ-ẓālimūn
racine *ẓ-l-m*, déjà établie dans ce Projet (S5:39, Bloc IV, et l'article *« Le Nabī n'est pas législateur »*) : placer une chose hors de sa juste place. Deuxième terme du triptyque — voir la note de méthode posée en S5:44 (ce Bloc) sur son périmètre exact.

ʿĪsā ibn Maryam et l’Injīl, confirmant la Tawrāh · S5:46–47

S.5:46 · ʿĪsā ibn Maryam et l’Injīl, confirmant la Tawrāh

S.5:46
وَقَفَّيْنَا عَلَىٰ آثَارِهِمْ بِعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ مُصَدِّقًا لِمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ التَّوْرَاةِ ۖ وَآتَيْنَاهُ الْإِنْجِيلَ فِيهِ هُدًى وَنُورٌ وَمُصَدِّقًا لِمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ التَّوْرَاةِ وَهُدًى وَمَوْعِظَةً لِلْمُتَّقِينَ
Wa-qaffaynā ʿalā āthārihim bi-ʿĪsā bni Maryama muṣaddiqan li-mā bayna yadayhi mina t-tawrāti — wa-ātaynāhu l-injīla fīhi hudan wa-nūrun wa-muṣaddiqan li-mā bayna yadayhi mina t-tawrāti wa-hudan wa-mawʿiẓatan li-l-muttaqīn Et Nous avons fait suivre sur leurs traces (qaffaynā ʿalā āthārihim) par ʿĪsā fils de Maryam, confirmant ce qui le précédait (li-mā bayna yadayhi) de la Tawrāh — et Nous lui avons donné l’Injīl, en lui guidance et lumière, confirmant ce qui le précédait de la Tawrāh, guidance et exhortation (mawʿiẓa) pour les muttaqīn.
Notes lexicales
qaffaynā ʿalā āthārihim
racine *q-f-w* : faire suivre, envoyer à la suite. Déjà rencontrée dans ce Projet en S2:87 (« *wa-qaffaynā min baʿdihi bi-r-rusuli* », « Nous avons fait suivre après lui des *rusul* ») — même racine, même schéma narratif : une succession d'envoyés se répondant les uns aux autres.
muṣaddiqan li-mā bayna yadayhi
racine *ṣ-d-q* : confirmer, vérifier la véracité. *Mā bayna yadayhi*, littéralement « ce qui est entre ses mains » — idiome arabe signifiant « ce qui le précède », sans connotation spatiale au sens propre : une antériorité dans le temps, non une position dans l'espace. La formule revient deux fois dans ce seul verset, appliquée d'abord à ʿĪsā lui-même par rapport à la Tawrāh, puis à l'Injīl qui lui est donné, par rapport à cette même Tawrāh.
mawʿiẓatan li-l-muttaqīn
*mawʿiẓa*, racine *w-ʿ-ẓ* : l'exhortation qui rappelle et qui avertit. *Muttaqīn*, déjà établi dans ce Projet (étude dédiée *Muttaqūn*) : conservé en translittération.

S.5:47 · Que les ahl al-Injīl jugent par ce qu’il contient

S.5:47
وَلْيَحْكُمْ أَهْلُ الْإِنْجِيلِ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ فِيهِ ۚ وَمَنْ لَمْ يَحْكُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ
Wa-l-yaḥkum ahlu l-injīli bimā anzala llāhu fīhi — wa-man lam yaḥkum bimā anzala llāhu fa-ulāʾika humu l-fāsiqūn Que les ahl al-Injīl jugent par ce qu’Allaah y a fait descendre. Quiconque ne juge pas par ce qu’Allaah a fait descendre — ceux-là sont les fāsiqūn.
Notes lexicales
al-fāsiqūn
racine *f-s-q*, déjà établie dans ce Projet (S5:3, S5:25–26, Bloc I et III) : la graine qui sort de son enveloppe — sortir hors du cadre. Troisième et dernier terme du triptyque — voir la note de méthode posée en S5:44 (ce Bloc) sur son périmètre exact. Ce Projet observe, sans en tirer de conclusion supplémentaire, que le texte fait correspondre à trois destinataires distincts (les *nabiyyūn*/*rabbāniyyūn*/*aḥbār* jugeant par la Tawrāh, ici les *ahl al-Injīl*, plus loin S5:48–49 le destinataire du Kitāb final) trois qualifications distinctes pour le même manquement — une variation lexicale que le texte ne justifie pas explicitement à cet endroit.

Le Kitāb final, la shirʿa et le minhāj distincts, la rivalité vers le bien · S5:48–49

S.5:48 · Le Kitāb final, muhaymin, la shirʿa et le minhāj distincts

S.5:48
وَأَنْزَلْنَا إِلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ مُصَدِّقًا لِمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ الْكِتَابِ وَمُهَيْمِنًا عَلَيْهِ ۖ فَاحْكُمْ بَيْنَهُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ ۖ وَلَا تَتَّبِعْ أَهْوَاءَهُمْ عَمَّا جَاءَكَ مِنَ الْحَقِّ ۚ لِكُلٍّ جَعَلْنَا مِنْكُمْ شِرْعَةً وَمِنْهَاجًا ۚ وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَجَعَلَكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَلَٰكِنْ لِيَبْلُوَكُمْ فِي مَا آتَاكُمْ ۖ فَاسْتَبِقُوا الْخَيْرَاتِ ۚ إِلَى اللَّهِ مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ
Wa-anzalnā ilayka l-kitāba bi-l-ḥaqqi muṣaddiqan li-mā bayna yadayhi mina l-kitābi wa-muhayminan ʿalayhi — fa-ḥkum baynahum bimā anzala llāhu wa-lā tattabiʿ ahwāʾahum ʿammā jāʾaka mina l-ḥaqq — li-kullin jaʿalnā minkum shirʿatan wa-minhājā — wa-law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidatan wa-lākin li-yabluwakum fī mā ātākum — fa-stabiqū l-khayrāt — ilā llāhi marjiʿukum jamīʿan fa-yunabbiʾukum bimā kuntum fīhi takhtalifūn Et Nous avons fait descendre vers toi le kitāb, accompagné du ḥaqq, confirmant ce qui le précédait du kitāb, et muhaymin sur lui [le garantissant, veillant sur lui]. Juge donc entre eux par ce qu’Allaah a fait descendre, et ne suis pas leurs penchants (ahwāʾahum) en t’écartant de ce qui t’est venu du ḥaqq. À chacun [de vous, de vos communautés], Nous avons établi une shirʿa [une voie légiférée] et un minhāj [une méthode, un chemin tracé]. Et si Allaah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule umma — mais [il en est autrement] afin de vous éprouver (li-yabluwakum) en ce qu’Il vous a donné. Rivalisez donc de hâte vers les khayrāt [les actions bonnes]. Vers Allaah est votre retour à tous, et Il vous informera alors de ce en quoi vous divergiez.

Note de méthode — shirʿa/minhāj, et la diversité voulue. Dit : le texte affirme explicitement que chaque communauté (li-kullin minkum) a reçu une shirʿa et un minhāj distincts, et que cette diversité résulte d’une volonté délibérée d’Allaah (wa-law shāʾa llāhu la-jaʿalakum ummatan wāḥidah, « s’Il avait voulu, Il aurait fait de vous une seule umma ») plutôt que d’une impossibilité. Non-dit : ce verset ne précise pas, à lui seul, l’articulation exacte entre cette diversité de shirʿa/minhāj reconnue entre communautés successives et la clôture de la révélation affirmée ailleurs dans ce Projet (S5:3, déjà rencontrée : al-yawma akmaltu lakum dīnakum, « aujourd’hui J’ai rendu complet pour vous votre dīn ») — l’un porte sur la pluralité historique des voies légiférées, l’autre sur l’achèvement d’une révélation donnée ; ce seul verset ne fusionne pas ces deux plans. Note de vigilance théologique : la formule li-yabluwakum fī mā ātākum associe cette diversité à une épreuve (balāʾ) voulue par Allaah — un lien que ce Projet nomme comme dit, sans en tirer de conclusion sur le rapport entre volonté divine et responsabilité humaine, question qui dépasse ce seul verset.

Notes lexicales
muhayminan ʿalayhi
racine quadrilitère *h-y-m-n*, rare dans le corpus : Ibn Fāris et Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) la rattachent au sens de veiller sur, attester, garantir l'exactitude — le même terme, à la forme substantive *al-Muhaymin*, qualifie Allaah Lui-même en S59:23 (« Ce qui accorde la sécurité, Ce qui veille sur toute chose »). Ici, appliqué au *kitāb* et non à Allaah directement, il désigne la fonction de ce *kitāb* envers les révélations qui l'ont précédé : il en atteste la teneur et en garantit l'exactitude, sans que ce seul verset ne détaille le mécanisme concret de cette garantie. Conservé en translittération, aucun mot français isolé ne portant à la fois l'idée d'attestation et de garde.
ahwāʾahum
pluriel de *hawā*, déjà établi dans ce Projet (S2:120, S2:145) : ce qui incline vers le bas, le penchant qui s'oppose à la connaissance (*ʿilm*) qui guide. Conservé en translittération.
shirʿatan wa-minhājā
*shirʿa*, racine *sh-r-ʿ* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — tracer une voie, un chemin d'eau praticable menant à une source. *Minhāj*, racine *n-h-j* : Ibn Fāris — le chemin clairement apparent, distinctement frayé. Les deux termes désignent une voie tracée, non le *dīn* lui-même (terme que ce Projet a déjà distingué comme l'orientation totale de l'être, non un code de pratiques) : le texte nomme ici une diversité reconnue au niveau des voies légiférées entre communautés, sans que ce seul verset ne précise si cette diversité affecte également le *dīn* en son fond. Les deux termes conservés en translittération.
li-yabluwakum
racine *b-l-w* : éprouver, mettre à l'épreuve pour révéler ce qui est déjà présent — même famille que *balāʾ*.
fa-stabiqū l-khayrāt
racine *s-b-q* : précéder, devancer — ici à la forme X (*istafʿala*, « rechercher à devancer »), un appel à la compétition positive vers les *khayrāt* (les actions bonnes) plutôt qu'à trancher les différences par la contrainte.
takhtalifūn
racine *kh-l-f*, déjà établie dans ce Projet (S2:213, S3:19 : la divergence, ce qui vient en position différente). **Non-dit** : le texte situe ici la résolution ultime de la divergence (*ikhtilāf*) au moment du retour vers Allaah (*ilā llāhi marjiʿukum*), non par un règlement immédiat et définitif dans *ad-dunyā* — sans que ce verset ne se prononce sur les moyens de gérer cette divergence avant ce terme.

S.5:49 · Juge par ce qui a été descendu, ne suis pas leurs ahwāʾ

S.5:49
وَأَنِ احْكُمْ بَيْنَهُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ وَلَا تَتَّبِعْ أَهْوَاءَهُمْ وَاحْذَرْهُمْ أَنْ يَفْتِنُوكَ عَنْ بَعْضِ مَا أَنْزَلَ اللَّهُ إِلَيْكَ ۖ فَإِنْ تَوَلَّوْا فَاعْلَمْ أَنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ أَنْ يُصِيبَهُمْ بِبَعْضِ ذُنُوبِهِمْ ۗ وَإِنَّ كَثِيرًا مِنَ النَّاسِ لَفَاسِقُونَ
Wa-ani ḥkum baynahum bimā anzala llāhu wa-lā tattabiʿ ahwāʾahum wa-ḥdharhum an yaftinūka ʿan baʿḍi mā anzala llāhu ilayk — fa-in tawallaw fa-ʿlam annamā yurīdu llāhu an yuṣībahum bi-baʿḍi dhunūbihim — wa-inna kathīran mina n-nāsi la-fāsiqūn Et juge entre eux par ce qu’Allaah a fait descendre, ne suis pas leurs ahwāʾ, et prends garde qu’ils ne te détournent par épreuve (yaftinūka) d’une partie de ce qu’Allaah a fait descendre vers toi. S’ils se détournent, sache alors qu’Allaah veut seulement les atteindre par une partie de leurs fautes (dhunūbihim). Beaucoup de gens, certes, sont des fāsiqūn.
Notes lexicales
an yaftinūka
même racine *f-t-n* que *fitnatahu* (S5:41, ce Bloc) : ici à une forme verbale active transitive — chercher à faire dévier par l'épreuve ou la tentation. Conservé dans le rendu français rapproché de la translittération, pour la cohérence du champ lexical déjà établi.
bi-baʿḍi dhunūbihim
*dhanb*, racine *dh-n-b* : la faute qui suit comme une conséquence attachée (sens premier : la queue, ce qui suit). **Non-dit** : le texte précise « une partie de leurs fautes » (*baʿḍ*), non leur totalité — sans détailler laquelle.
la-fāsiqūn
même racine que S5:47 (ce Bloc) : voir la note de méthode posée en S5:44 sur le périmètre du triptyque.

Le ḥukm de la jāhiliyya, ou celui d’Allaah · S5:50

S.5:50 · Le ḥukm de la jāhiliyya, ou celui d’Allaah

S.5:50
أَفَحُكْمَ الْجَاهِلِيَّةِ يَبْغُونَ ۚ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللَّهِ حُكْمًا لِقَوْمٍ يُوقِنُونَ
A-fa-ḥukma l-jāhiliyyati yabghūna — wa-man aḥsanu mina llāhi ḥukman li-qawmin yūqinūn Est-ce le ḥukm de la jāhiliyya qu’ils recherchent avec excès (yabghūna) ? Et qui est meilleur qu’Allaah en ḥukm, pour un peuple qui a la certitude (yūqinūn) ?

Note de méthode — jāhiliyya, portée du terme. Dit : le texte pose une alternative binaire — le ḥukm de la jāhiliyya, ou celui d’Allaah — sans nommer explicitement de troisième terme. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si jāhiliyya désigne ici, strictement, l’état social et normatif de l’Arabie antérieure à la révélation faite au rasūl Muḥammad, ou plus largement toute organisation du ḥukm qui s’établirait hors de ce qu’Allaah a fait descendre, en tout temps. Le précédent déjà établi dans ce Projet (« Le Nabī n’est pas législateur ») retient la seconde lecture, élargie ; ce Projet la nomme ici comme lecture possible et cohérente avec la racine du terme, sans la présenter comme la seule que le mot, pris isolément dans ce verset, impose.

Notes lexicales
yabghūna
racine *b-gh-y*, déjà établie dans ce Projet (S2:213, S3:19 : la rivalité, l'excès dans la revendication d'un droit, la convoitise active) — non un simple « chercher » neutre : le verbe porte, par sa racine même, une connotation de débordement, d'excès dans la recherche.
al-jāhiliyya
racine *j-h-l* : Ibn Fāris (*Maqāyīs*) — l'ignorance, l'état de ne pas savoir, opposé à *ʿilm*. Voir la note de méthode ci-dessus sur la portée exacte du terme dans ce verset.
li-qawmin yūqinūn
racine *y-q-n* : la certitude ferme, sans hésitation ni doute résiduel. **Dit** : le texte conditionne explicitement la force de cette question rhétorique à un destinataire déjà pourvu de *yaqīn* — non à quiconque, indistinctement.

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