Structure du Bloc I. Ouverture de la Sourate 6. Quatre ensembles. D’abord la ḥamd, la création des cieux et de la terre, l’établissement des ténèbres et de la lumière, et la connaissance du secret et du manifeste (S6:1–3). Puis le rejet répété des āyāt et des rusul, illustré par le sort des générations détruites avant eux, l’hypothèse d’une écriture tangible ou d’un malak envoyé, la constance de la moquerie envers les messagers, et l’appel à parcourir la terre (S6:4–11). Puis la question centrale — à qui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre —, la raḥma qu’Allaah a inscrite sur Lui-même, le rassemblement du jour de la résurrection, le rejet de tout walī autre qu’Allaah, et la crainte exprimée par le nabī lui-même (S6:12–16). Enfin l’affirmation que nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah, et la clôture sur Ce qui prévaut en pleine maîtrise sur Ses ʿibād (S6:17–18).
Avertissement de méthode. Ce Bloc contient deux passages où le texte emploie un vocabulaire spatial (« dans les cieux et sur la terre », « au-dessus de Ses serviteurs ») à propos d’Allaah — S6:3 et S6:18. Conformément à la règle de méthode qui exclut toute connotation de lieu ou d’anthropomorphisme appliquée à Allaah, ces deux versets sont signalés explicitement ci-dessous par un avertissement dédié, avant que la traduction n’en soit proposée.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.6:1 | La ḥamd — la création des cieux et de la terre — ténèbres et lumière — le kufr qui égale |
| S.6:2 | La création de l’humain à partir du ṭīn — le terme fixé — le doute (tamtarūn) |
| S.6:3 | Allaah dans les cieux et sur la terre — la connaissance du secret et du manifeste |
| S.6:4 | Aucun signe ne leur vient sans qu’ils s’en détournent |
| S.6:5 | Le démenti d’al-ḥaqq — l’annonce à venir de ce dont ils se sont moqués |
| S.6:6 | Les générations détruites avant eux — l’établissement, la pluie, les rivières, les fautes |
| S.6:7 | L’hypothèse d’une écriture tangible — « ce n’est qu’une magie manifeste » |
| S.6:8–9 | L’hypothèse d’un malak envoyé — la confusion qui en aurait résulté |
| S.6:10 | La constance de la moquerie envers les rusul avant toi |
| S.6:11 | « Parcourez la terre, puis regardez » |
| S.6:12 | À qui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre — la raḥma inscrite par Allaah sur Lui-même — le rassemblement |
| S.6:13 | Ce qui repose dans la nuit et le jour — as-Samīʿ, al-ʿAlīm |
| S.6:14 | Nul walī hors d’Allaah — Fāṭir des cieux et de la terre — le premier des soumis |
| S.6:15 | La crainte du nabī lui-même |
| S.6:16 | Quiconque en est détourné — la raḥma, le succès manifeste |
| S.6:17 | Nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah |
| S.6:18 | Ce qui prévaut, en pleine maîtrise, sur Ses ʿibād |
La ḥamd, la création, les ténèbres et la lumière · S6:1–3
S.6:1 · La ḥamd — la création des cieux et de la terre — ténèbres et lumière — le kufr qui égale
- al-ḥamd
- racine *ḥ-m-d* (voir S1:2) : reconnaissance due pour une excellence intrinsèque, distincte du *shukr* (gratitude pour un bienfait reçu). Cette sourate ouvre, comme S1 et S18, S34, S35, sur cette même formule d'ouverture.
- khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa
- racine *kh-l-q*. Dit : l'acte de création est affirmé comme fait accompli, sans que ce verset ne détaille son mode — non-dit sur le « comment ».
- aẓ-ẓulumāt wa-n-nūr
- racine *ẓ-l-m* pour les ténèbres — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache ce terme et *ẓulm* (l'injustice) à une même idée de fond : ce qui est placé hors de sa juste visibilité, hors de sa place propre (voir S2:257, note lexicale dédiée, sur cette même parenté radicale). *An-nūr*, racine *n-w-r* : la clarté. Cohérence intra-coranique : ce verset pose la paire *ẓulumāt/nūr* au niveau de la création elle-même (deux phénomènes établis par Allaah) ; S2:257 en fait un usage figuré (l'*walī* d'Allaah « fait sortir » les croyants des *ẓulumāt* vers le *nūr*, et le *ṭāghūt* fait l'inverse) — le même couple lexical, décliné à deux niveaux distincts du texte, sans que l'un efface l'autre.
- yaʿdilūn
- racine *ʿ-d-l* — la même racine que celle d'*al-ʿadl* (la justice, l'équité ; voir S2:282, S4:3, S4:58) au sens d'égaliser, de traiter à parts égales. Ici, appliquée à « leur *Rabb* » (*bi-rabbihim*), elle porte un sens dérivé attesté par les lexicographes classiques : mettre sur un même rang, faire d'une chose l'égale d'une autre. Non-dit : le texte ne nomme, dans ce seul verset, ni l'objet ni la nature de cette égalisation — ce que la traduction rend par un ajout entre crochets (« [des associés] »), inférence appuyée sur l'usage constant de ce verbe ailleurs dans le Coran pour désigner l'acte de placer autre chose sur le même rang qu'Allaah, non une donnée que ce seul verset énonce explicitement.
S.6:2 · La création de l’humain à partir du ṭīn — le terme fixé — le doute
- min ṭīnin
- racine *ṭ-y-n* : la terre humide, malléable, cohérente — distincte de *turāb* (racine *t-r-b*, la terre sèche, la poussière), employé pour la création d'Ādam en S3:59 (*khalaqahu min turābin*). Cohérence intra-coranique : deux racines distinctes pour la matière d'origine humaine selon les versets — ce Bloc ne les fusionne pas, la nuance entre terre sèche et terre malléable relevant de l'usage lexical propre à chaque racine, sans que le texte lui-même n'explicite le rapport entre les deux étapes qu'elles pourraient désigner.
- qaḍā ajalan / ajalun musamman
- *qaḍā*, racine *q-ḍ-y* : décider, trancher, mener à son terme fixé — voir la forme *yaqḍī* en S5:1 (« Allaah décide ce qu'Il veut »). *Ajalun musamman* : voir S2:282 (à propos d'une dette) : « un terme nommément fixé, non vague ». Non-dit : ce verset ne précise pas la nature exacte de ce double terme (l'un simplement « décidé », l'autre « nommément fixé auprès de Lui ») ; la distinction entre les deux relève d'une lecture qui dépasse ce que ce seul verset explicite.
- tamtarūn
- racine *m-r-y* : douter, quereller sur un point. Voir S3:60 (*fa-lā takun mina l-mumtarīn*, « ne sois pas parmi ceux qui doutent ») — ici à la 2e personne du pluriel, le même doute appliqué collectivement à ceux qui s'interrogent sur leur propre terme fixé, non plus adressé au seul *nabī* comme en S3:60.
S.6:3 · Allaah dans les cieux et sur la terre — la connaissance du secret et du manifeste
Avertissement de méthode — « wa-huwa llāhu fī s-samāwāti wa-fī l-arḍi ». Lu de façon isolée, ce segment pourrait laisser entendre une localisation spatiale d’Allaah — exactement ce que la règle de méthode exclut. Deux éléments textuels s’opposent à cette lecture. (1) La suite immédiate du même verset : « yaʿlamu sirrakum wa-jahrakum » (« Il connaît votre secret et votre manifeste ») — la proposition qui précède est ainsi immédiatement rattachée, dans le fil du même verset, à une affirmation de connaissance et non de présence physique, ce qui oriente la lecture de l’ensemble vers le registre de la portée et de la connaissance plutôt que celui du lieu. (2) Les grammairiens arabes classiques ont eux-mêmes noté, à propos de cette construction, une ellipse possible du type huwa (al-maʾlūhu, al-muʿaẓẓamu) llāhu fī… — « Il est Ce que l’on reconnaît comme Allaah, aussi bien dans les cieux que sur la terre » —, c’est-à-dire une affirmation sur l’universalité et l’unicité de ce qui est nommé Allaah dans les deux registres, non sur un lieu qu’Il occuperait. Ce Bloc retient une traduction qui porte ce sens de portée universelle plutôt que de présence spatiale, et signale, par cette note, la vigilance nécessaire sur ce point plutôt que de trancher au-delà de ce que la structure du verset permet d’établir avec certitude.
- fī s-samāwāti wa-fī l-arḍi
- voir l'avertissement de méthode ci-dessus. Traduit « tout autant... que... » plutôt qu'un simple « dans... et dans... », pour porter le sens de portée universelle plutôt que celui, exclu par la méthode, d'une localisation.
- sirrakum wa-jahrakum
- *sirr* (racine *s-r-r*, ce qui est tenu caché) et *jahr* (racine *j-h-r*, ce qui est rendu manifeste, à voix haute) : paire d'opposés couvrant, sans reste, tout ce qu'un humain peut dissimuler ou montrer. Dit : la connaissance affirmée ici est présentée comme totale, sans zone d'ombre possible pour l'être humain.
Le rejet des āyāt, l’avertissement par l’histoire, l’appel à parcourir la terre · S6:4–11
S.6:4 · Aucun signe ne leur vient sans qu’ils s’en détournent
- muʿriḍīn
- racine *ʿ-r-ḍ* : se détourner, présenter le flanc plutôt que la face. Dit : le texte affirme une constance dans ce détournement (« pas un signe... sans que ») — sans préciser, dans ce seul verset, le motif de ce détournement.
S.6:5 · Le démenti d’al-ḥaqq — l’annonce à venir de ce dont ils se sont moqués
- kadhdhabū bi-l-ḥaqqi
- racine *k-dh-b* (démentir ; voir S3:11 : « ils ont démenti Nos *āyāt* »). *Al-ḥaqq* conservé en translittération, faute d'équivalent français unique.
- anbāʾ
- racine *n-b-ʾ* : les nouvelles, les informations rapportées. Non-dit : ce verset ne précise pas la nature exacte de ces « nouvelles » à venir — avertissement d'ordre général, sans détail narratif dans ce seul verset.
S.6:6 · Les générations détruites avant eux — l’établissement, la pluie, les rivières, les fautes
- qarn
- racine *q-r-n* : ce qui est joint, contemporain — d'où *qarn*, une génération, un peuple appartenant à une même époque.
- makkannāhum
- racine *m-k-n* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : *al-makna*, la fermeté, l'assise stable. *Makkana* : donner à quelqu'un une assise stable, des moyens d'action établis. Dit : le texte affirme un degré d'établissement supérieur à celui des destinataires actuels du discours (« ce que Nous ne vous avons pas établis »), sans en préciser davantage la nature — richesse matérielle, étendue territoriale, ou les deux ne sont pas distinguées ici.
- midrārā
- racine *d-r-r* — Ibn Fāris : *ad-dirra*, l'écoulement abondant et continu (image du lait qui coule sans tarir). *Midrārā* : qualificatif d'intensité, la pluie qui se déverse abondamment.
- dhunūbihim
- racine *dh-n-b*. Dit : la destruction est explicitement rattachée à des fautes propres à ces générations, non présentée comme un fait sans cause.
S.6:7 · L’hypothèse d’une écriture tangible — « ce n’est qu’une magie manifeste »
- qirṭās
- terme dont plusieurs lexicographes classiques signalent l'origine étrangère (rapproché du grec par l'intermédiaire de l'araméen) : le support d'écriture, papyrus ou parchemin. Conservé en translittération.
- siḥrun mubīn
- formule identique en S5:110 (les *kāfirūn* parmi les Banū Isrāʾīl employant la même accusation face aux signes accomplis par ʿĪsā). Cohérence intra-coranique : cette accusation — « ce n'est qu'une magie manifeste » — se répète à l'identique contre des signes matériellement différents, ce qui indique un procédé rhétorique récurrent de refus plutôt qu'une évaluation portant sur la nature propre de chaque signe.
S.6:8–9 · L’hypothèse d’un malak envoyé — la confusion qui en aurait résulté
- malak
- plusieurs lexicographes classiques rattachent ce terme, malgré son apparence, non à la racine *m-l-k* (la royauté, la possession), mais à la racine *l-ʾ-k* (*alaka*, envoyer un message) — le *malak* serait ainsi, par son origine même, « celui qui porte un message ». Conservé en translittération (voir le pluriel *malāʾika* en S3:39 et suivants).
- quḍiya l-amr
- même racine *q-ḍ-y* que *qaḍā ajalan* (S6:2, ce Bloc) : l'affaire aurait été tranchée de façon définitive et immédiate. Cohérence intra-coranique interne au Bloc : le même verbe qui, en S6:2, pose un terme fixé pour l'existence humaine, pose ici la fin immédiate et sans appel qu'aurait entraînée la venue d'un signe de cet ordre.
- yunẓarūn
- racine *n-ẓ-r* (avec *ẓāʾ*) : regarder, attendre — d'où la forme IV *anẓara*, accorder un délai, faire attendre. À ne pas confondre avec la racine distincte *n-dh-r* (avec *dhāl*), à l'origine de *nadhīr* (l'avertisseur) : deux racines phonétiquement voisines en transcription mais distinctes en arabe, qu'il importe de ne pas fusionner.
- la-labasnā ʿalayhim mā yalbisūn
- racine *l-b-s* : couvrir, revêtir — d'où, par extension déjà attestée dans les dictionnaires classiques, embrouiller, mêler ce qui devrait être distinct (*talbīs*, *iltibās*). Même racine que *libās* (le vêtement), le lien entre les deux sens étant l'idée d'un recouvrement qui empêche de voir la chose telle qu'elle est. Dit : le texte affirme qu'une forme humaine du *malak* n'aurait fait qu'entretenir la même confusion déjà présente chez ceux qui posent cette demande — non la dissiper.
S.6:10 · La constance de la moquerie envers les rusul avant toi
- istuhziʾa / yastahziʾūn
- racine *h-z-ʾ* (voir S2:14–15 : les *munāfiqūn* disant à leurs *shayāṭīn* « nous sommes des railleurs »). Cohérence intra-coranique : le même verbe, appliqué en S2:14 aux *munāfiqūn* raillant les croyants, est ici appliqué à ceux qui raillent les *rusul* eux-mêmes — la structure narrative (moquerie suivie d'un retournement de situation) reste identique dans les deux cas.
- sakhirū
- racine *s-kh-r*, distincte de *h-z-ʾ* mais synonyme dans ce contexte (se rire de, ridiculiser) — l'emploi conjoint des deux racines dans un même verset renforce l'insistance sur cette attitude, sans que le texte ne distingue ici entre elles un sens spécifique à chacune.
- fa-ḥāqa bihim
- racine *ḥ-y-q* : venir entourer, s'abattre inévitablement sur quelqu'un. Non-dit : ce verset ne précise pas la forme concrète de ce retournement — seulement son inévitabilité.
S.6:11 · « Parcourez la terre, puis regardez »
- ʿāqibatu l-mukadhdhibīn
- racine *ʿ-q-b* : ce qui vient à la suite, l'aboutissement final. *Al-mukadhdhibīn*, même racine que *kadhdhabū* (S6:5, ce Bloc). Dit : le texte invite à une vérification empirique, par l'observation directe des lieux et des traces, plutôt qu'à une simple adhésion au récit rapporté — clôture de cet ensemble sur un appel à l'expérience du monde.
À qui appartient tout — la raḥma prescrite — nul walī hors d’Allaah — la crainte du nabī · S6:12–16
S.6:12 · À qui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre — la raḥma inscrite par Allaah sur Lui-même — le rassemblement
- li-man mā fi s-samāwāti wa-l-arḍi
- construction proche de S3:29 (« *yaʿlamu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍ* »), ici tournée en question sur l'appartenance plutôt que sur la connaissance.
- kataba ʿalā nafsihi r-raḥmata
- même racine *k-t-b* que dans les formules d'obligation imposée aux croyants (S2:183 : *kutiba ʿalaykumu ṣ-ṣiyāmu* ; S2:216 : *kutiba ʿalaykumu l-qitālu*). Cohérence intra-coranique et point de méthode : là où ce verbe désigne, appliqué aux croyants, une prescription qui leur est imposée de l'extérieur, il est ici appliqué par Allaah à Lui-même (*ʿalā nafsihi*, construction réflexive comme en S3:28 et S3:30 : *yuḥadhdhirukumu llāhu nafsahu*, « Allaah vous met en garde de Lui-même »). Conformément à la méthode sur ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, la *raḥma* est ici ce que l'on peut dire d'Allaah à propos d'une détermination qu'Il a Lui-même fixée envers Sa création — non un trait affectif, mais une disposition que le texte Lui attribue explicitement, par le même verbe qui, ailleurs, formule une obligation.
- lā rayba fīhi
- formule de S2:2 (« *dhālika l-kitābu lā rayba fīhi* », appliquée là au Livre). Cohérence intra-coranique : la même formule est ici appliquée non plus au Livre, mais au jour de la résurrection — le texte réutilise la même expression pour deux référents distincts, sans qu'un rapport entre les deux emplois soit énoncé par le texte lui-même.
- khasirū anfusahum
- racine *kh-s-r* (voir S4:119 : « *khasira khusrānan mubīnā* », à propos de qui prend le *shayṭān* comme *walī*). Cohérence intra-coranique interne au Bloc : ce même thème de la perte liée à un mauvais *walī* revient explicitement quelques versets plus loin (S6:14, ce Bloc), qui pose la question du seul *walī* légitime.
S.6:13 · Ce qui repose dans la nuit et le jour — as-Samīʿ, al-ʿAlīm
- mā sakana
- racine *s-k-n* : demeurer, être établi dans un état de stabilité — désigne ici, par un participe passé de portée générale, tout ce qui a son être et son repos au fil du cycle de la nuit et du jour. Non-dit : le texte ne circonscrit pas l'étendue exacte de ce « ce qui » — humains, animaux, ou l'ensemble du vivant ne sont pas distingués dans ce seul verset.
- as-Samīʿu l-ʿAlīm
- couple conservé en translittération.
S.6:14 · Nul walī hors d’Allaah — Fāṭir des cieux et de la terre — le premier des soumis
- Fāṭir
- racine *f-ṭ-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le sens premier est *ash-shaqq*, fendre, ouvrir en scindant. *Fāṭir as-samāwāti wa-l-arḍ* porte ainsi l'image d'une ouverture initiale, d'un surgissement à partir d'une scission — distinct de *khalaqa* (S6:1, ce Bloc), qui insiste sur la mesure et la forme donnée. Rendu ici « Ce qui a fait éclore ».
- yuṭʿimu wa-lā yuṭʿam
- racine *ṭ-ʿ-m* : nourrir. Dit : le texte affirme ici, de façon strictement négative pour Allaah, l'absence de tout besoin — Il n'est jamais Lui-même l'objet de l'acte de nourrir. Cette formule, loin d'introduire une caractéristique humaine, en exclut explicitement une (le besoin de subsistance), conformément à la méthode qui écarte toute projection d'un trait de créature sur Allaah.
- awwala man aslama
- racine *s-l-m* (voir S2:131 : *aslamtu li-rabbi l-ʿālamīn* ; S3:20). Dit : c'est le *nabī* qui parle ici à la première personne (*qul*, « dis »), affirmant sa propre position comme premier de ceux qui se sont soumis — une déclaration personnelle, non une donnée narrée de l'extérieur.
S.6:15 · La crainte du nabī lui-même
- in ʿaṣaytu rabbī
- Dit, et rien de plus : le *nabī* formule ici, à la première personne, une crainte conditionnelle — « si je désobéis ». Non-dit : ce seul verset ne précise ni la portée de cette condition, ni si elle s'est jamais réalisée ; on s'en tient à ce que le texte affirme — une déclaration personnelle de crainte devant la désobéissance — sans trancher, à partir de ce seul verset, un débat théologique plus large sur l'infaillibilité des *rusul*, question que ce verset n'aborde pas en ces termes.
S.6:16 · Quiconque en est détourné — la raḥma, le succès manifeste
- yuṣraf ʿanhu
- racine *ṣ-r-f* : détourner, faire dévier. Non-dit : le pronom « en » (*ʿanhu*) renvoie au « châtiment d'un jour immense » du verset précédent (S6:15) sans que ce verset-ci le nomme lui-même à nouveau — continuité de sens portée par l'enchaînement des deux versets, non par ce seul verset isolément.
- raḥimahu
- même racine *r-ḥ-m* que la *raḥma* de S6:12 (ce Bloc) — cohérence directe à l'intérieur du Bloc : la *raḥma* qu'Allaah a inscrite sur Lui-même (S6:12) trouve ici son effet concret, nommé par le même verbe.
Nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah — Ce qui prévaut sur Ses ʿibād · S6:17–18
S.6:17 · Nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah
- yamsaska ... bi-ḍurrin / bi-khayrin
- racine *m-s-s* : toucher, atteindre. *Ḍurr*, racine *ḍ-r-r* : le tort, le dommage (voir une forme dérivée en S4:12 : *ghayra muḍārr*, « sans préjudice causé »).
- lā kāshifa lahu illā huwa
- racine *k-sh-f* — Ibn Fāris : lever un voile, retirer ce qui recouvrait et empêchait de voir ou d'atteindre. Dit : l'exclusivité est ici catégorique — nulle instance intermédiaire n'est mentionnée entre l'humain touché par le tort et Allaah seul, capable de le lever.
S.6:18 · Ce qui prévaut, en pleine maîtrise, sur Ses ʿibād
Avertissement de méthode — « al-qāhiru fawqa ʿibādihi ». Le terme fawqa (« au-dessus de ») appliqué ici à Allaah relève exactement du type de connotation spatiale que la règle de méthode exclut — la même vigilance que pour al-Aʿlā, qui n’est pas traduit par « Le Très-Haut » mais conservé en arabe avec note lexicale. La racine q-h-r (dominer, subjuguer par la force) porte, dans l’usage de la langue et dans ce contexte, un sens de préséance et de pleine maîtrise hiérarchique — non une position dans l’espace. Ce Bloc traduit donc fawqa non par « au-dessus de », mais par une tournure qui porte le rapport de pleine maîtrise sans installer de connotation de lieu : « Ce qui prévaut, en pleine maîtrise, sur Ses ʿibād ».
- al-Qāhir
- racine *q-h-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : dominer par la force, ne laisser aucune place à la résistance. Voir l'avertissement de méthode ci-dessus sur *fawqa*. Traduit ici en tournure verbale (« Ce qui prévaut ») plutôt qu'en « Celui qui... ».
- al-Ḥakīmu l-Khabīr
- couple conservé en translittération. Clôture du Bloc sur cette double affirmation, après l'ensemble de versets consacré au rejet des signes et des messagers.