Structure du Bloc II. Six ensembles. D’abord le témoignage suprême et le désaveu du shirk mis dans la bouche du nabī lui-même, puis la reconnaissance dissimulée par les gens du Kitāb et la question du plus grand ẓālim (S6:19–21). Puis le rassemblement du jour où les mushrikūn renieront leurs propres associés, et le portrait de ceux dont les cœurs sont voilés (S6:22–26). Puis deux scènes symétriques — devant le Feu, puis devant leur Rabb — et la perte de ceux qui ont démenti la Rencontre, opposée au jeu et au divertissement de la vie d’ici-bas (S6:27–32). Puis la peine du nabī devant ce qu’on lui dit, la patience des rusul avant lui, et la parole d’Allaah qu’aucune force ne peut altérer (S6:33–36). Puis la demande obstinée d’un signe, l’affirmation que toute créature forme une umma semblable aux hommes, et l’invocation exclusive d’Allaah dans la détresse (S6:37–41). Enfin l’épreuve envoyée aux nations passées, l’endurcissement de leurs cœurs, l’abondance suivie d’une ruine soudaine, et la clôture du Bloc sur la ḥamd qui répond à celle de l’ouverture de la sourate (S6:42–45).

Avertissement de méthode. Ce Bloc contient trois points qui touchent directement des règles de méthode ou des questions théologiques sensibles, signalés en détail à leur place et rappelés ici. (1) S6:31, liqāʾu llāh (« la Rencontre d’Allaah ») : une vigilance de même nature que celle appliquée à yad Allaah (S5:64) et à fī s-samāwāti (S6:3, Bloc I) est apportée pour ne pas y importer une image spatiale ou visuelle. (2) S6:35 et S6:39 : ce Bloc rencontre, à deux reprises, une formulation qui rattache directement à la volonté (mashīʾa) d’Allaah le fait que certains soient rassemblés sur la guidance et d’autres égarés — un point qui touche au débat théologique du qadar. Ce Bloc s’en tient strictement à ce que le texte affirme, sans trancher, à partir de ces deux versets seuls, la question plus large du rapport entre cette volonté et la responsabilité humaine. (3) S6:36 : la formule « les morts, Allaah les ressuscite » admet, dans la cohérence du passage, une double lecture (littérale et figurée) que ce Bloc nomme sans en écarter aucune.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.6:19 Le témoignage suprême — la révélation du Qurʾān — le désaveu du shirk
S.6:20 La reconnaissance dissimulée par les gens du Kitāb
S.6:21 Le plus grand ẓālim — forger un mensonge contre Allaah
S.6:22–23 Le rassemblement — « où sont vos associés ? » — le reniement
S.6:24 Ils mentent contre eux-mêmes — ce qu’ils inventaient s’est égaré loin d’eux
S.6:25 Les cœurs voilés, les oreilles alourdies — « des légendes des anciens »
S.6:26 Ils interdisent et s’en éloignent — ils ne détruisent qu’eux-mêmes
S.6:27 La scène devant le Feu — le vœu du retour
S.6:28 Ce qu’ils dissimulaient devient visible — ils recommenceraient
S.6:29 « Il n’y a que notre vie d’ici-bas »
S.6:30 La scène devant leur Rabb — l’aveu, puis le châtiment
S.6:31 La perte de ceux qui ont démenti la Rencontre d’Allaah
S.6:32 La vie d’ici-bas n’est que jeu et divertissement
S.6:33 Ce n’est pas toi qu’ils démentent, mais les āyāt d’Allaah qu’ils renient
S.6:34 Les rusul démentis avant toi, patients — nul ne change les paroles d’Allaah
S.6:35 Même un tunnel dans la terre ou une échelle vers le ciel n’y changerait rien
S.6:36 Seuls répondent ceux qui entendent — les morts, Allaah les ressuscite
S.6:37 La demande d’un signe — Allaah en a la capacité
S.6:38 Toute créature, toute chose ailée, forme une umma semblable à vous
S.6:39 Sourds et muets dans les ténèbres — l’égarement et la guidance
S.6:40–41 Dans la détresse, c’est Lui seul qu’on invoque
S.6:42 L’épreuve envoyée aux nations passées, par le malheur et le dommage
S.6:43 Les cœurs endurcis — le shayṭān qui embellit leurs actes
S.6:44 L’oubli, puis l’abondance, puis la ruine soudaine
S.6:45 La racine du peuple ẓālim tranchée — la ḥamd qui répond à celle de l’ouverture

Le témoignage suprême, la reconnaissance dissimulée, le plus grand ẓālim · S6:19–21

S.6:19 · Le témoignage suprême — la révélation du Qurʾān — le désaveu du shirk

S.6:19
قُلْ أَيُّ شَيْءٍ أَكْبَرُ شَهَادَةً ۖ قُلِ اللَّهُ ۖ شَهِيدٌ بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ ۚ وَأُوحِيَ إِلَيَّ هَٰذَا الْقُرْآنُ لِأُنْذِرَكُمْ بِهِ وَمَنْ بَلَغَ ۚ أَئِنَّكُمْ لَتَشْهَدُونَ أَنَّ مَعَ اللَّهِ آلِهَةً أُخْرَىٰ ۚ قُلْ لَا أَشْهَدُ ۚ قُلْ إِنَّمَا هُوَ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ وَإِنَّنِي بَرِيءٌ مِمَّا تُشْرِكُونَ
Qul ayyu shayʾin akbaru shahādatan — qulillāhu shahīdun baynī wa-baynakum — wa-ūḥiya ilayya hādhā l-qurʾānu li-undhirakum bihi wa-man balagh — a-innakum la-tashhadūna anna maʿa llāhi ālihatan ukhrā — qul lā ashhadu — qul innamā huwa ilāhun wāḥidun wa-innanī barīʾun mimmā tushrikūn Dis : « Quelle chose est la plus grande en témoignage (shahāda) ? » Dis : « Allaah — Ce qui témoigne (shahīd) entre moi et vous. » Et ce qurʾān m’a été révélé pour que je vous avertisse par lui, ainsi que quiconque il atteint (man balagh). Témoigneriez-vous vraiment qu’il existe, avec Allaah, d’autres ālihah (dieux) ? Dis : « Je n’en témoigne pas. » Dis : « Il n’est qu’un ilāh unique (wāḥid), et je me désolidarise (barīʾ) de ce que vous associez [à Lui]. »
Notes lexicales
shahādatan / shahīd
racine *sh-h-d* : le témoignage qui procède d'une connaissance directe et immédiate, non d'un ouï-dire. *Shahīd* appliqué ici à Allaah est, conformément à la méthode sur ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, ce que l'on peut en dire à propos d'une connaissance directe qui ne dépend d'aucun intermédiaire — non un trait de caractère.
wa-man balagh
racine *b-l-gh* : atteindre, parvenir jusqu'à. Dit : l'avertissement porté par le *qurʾān* est explicitement étendu, dans ce seul verset, à quiconque il parvient — au-delà des seuls destinataires directs et immédiats du *nabī*, sans que ce verset précise davantage l'étendue temporelle ou géographique de cette portée.
ilāhun wāḥidun
*ilāh* (terme générique, « un dieu », « ce qui est digne d'être servi ») distinct du nom propre *Allaah* — conservé ici en désignant le concept générique plutôt qu'un nom. *Wāḥid*, racine *w-ḥ-d* : l'unicité numérique et qualitative, sans second ni semblable.
barīʾun mimmā tushrikūn
racine *b-r-ʾ* : se désolidariser, se déclarer étranger à une chose ou à un acte. Le *nabī* parle ici à la première personne (*qul*, « dis ») : une déclaration personnelle de désaveu du *shirk*, non une donnée narrée de l'extérieur — même registre que S6:14 (Bloc I, « *awwala man aslama* »).

S.6:20 · La reconnaissance dissimulée par les gens du Kitāb

S.6:20
الَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَعْرِفُونَهُ كَمَا يَعْرِفُونَ أَبْنَاءَهُمُ ۘ الَّذِينَ خَسِرُوا أَنْفُسَهُمْ فَهُمْ لَا يُؤْمِنُونَ
Alladhīna ātaynāhumu l-kitāba yaʿrifūnahu ka-mā yaʿrifūna abnāʾahum — alladhīna khasirū anfusahum fa-hum lā yuʾminūn Ceux à qui Nous avons donné le Kitāb le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs propres fils. Ceux qui ont fait perdre leurs propres nafs (khasirū anfusahum), ceux-là ne croient pas.
Notes lexicales
yaʿrifūnahu ka-mā yaʿrifūna abnāʾahum
formule identique, mot pour mot, à S2:146 (à propos des gens du Kitāb reconnaissant ce qui leur est décrit). Racine *ʿ-r-f* : la reconnaissance directe, sans besoin d'inférence — la comparaison avec la reconnaissance des propres fils souligne l'immédiateté et la certitude de cette connaissance. Non-dit : ni ce verset ni S2:146 ne nomment explicitement l'antécédent du pronom « le » (*-hu*) — le Kitāb qui leur a été donné, le *nabī* lui-même, ou ce qu'annonce le *qurʾān* du verset précédent (S6:19) ne sont pas distingués par la grammaire seule. La proximité immédiate avec S6:19 (la révélation du *qurʾān* « pour avertir ») oriente vers une inférence raisonnable — que cette reconnaissance porte sur le *nabī* ou son message —, sans que le texte de ce seul verset ne le nomme.
khasirū anfusahum
même formule qu'en S6:12 (Bloc I, même sourate). Cohérence intra-coranique interne au Bloc : l'idée d'une perte que l'on s'inflige à soi-même structure tout cet ensemble ; elle se prolonge en S6:24 (ce Bloc, *kadhabū ʿalā anfusihim*).

S.6:21 · Le plus grand ẓālim — forger un mensonge contre Allaah

S.6:21
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا أَوْ كَذَّبَ بِآيَاتِهِ ۗ إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الظَّالِمُونَ
Wa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban aw kadhdhaba bi-āyātihi — innahu lā yufliḥu ẓ-ẓālimūn Et qui est plus ẓālim que celui qui forge (iftarā) un mensonge contre Allaah, ou qui dément Ses āyāt ? Certes, les ẓālimūn ne réussissent pas (lā yufliḥ).
Notes lexicales
wa-man aẓlamu mimman...
construction de S2:114 (« *wa-man aẓlamu mimman manaʿa masājida llāh* ») — question rhétorique posant un plafond dans l'échelle du *ẓulm*, non une liste exhaustive de tous ceux qui y figurent.
iftarā ... kadhiban
racine *f-r-y* : forger, tailler une chose de toutes pièces — d'où *iftarā*, fabriquer un mensonge. Voir S4:48 et l'étude Le Shirk : associer un partenaire à Allaah y est nommément qualifié de *iftirāʾ*, un mensonge structurel sur Allaah. Cohérence intra-coranique : ce verset généralise ce même verbe à toute fabrication de mensonge contre Allaah, dont le *shirk* (traité dans cette étude) est une instance.
lā yufliḥu ẓ-ẓālimūn
racine *f-l-ḥ* (voir S2:5, *al-mufliḥūn*) : la réussite active qui fend un obstacle, non une prospérité passive.

Le rassemblement, le reniement, les cœurs voilés · S6:22–26

S.6:22–23 · Le rassemblement — « où sont vos associés ? » — le reniement

S.6:22
وَيَوْمَ نَحْشُرُهُمْ جَمِيعًا ثُمَّ نَقُولُ لِلَّذِينَ أَشْرَكُوا أَيْنَ شُرَكَاؤُكُمُ الَّذِينَ كُنْتُمْ تَزْعُمُونَ
Wa-yawma naḥshuruhum jamīʿan thumma naqūlu li-lladhīna ashrakū ayna shurakāʾukumu lladhīna kuntum tazʿumūn Et le jour où Nous les rassemblerons tous, Nous dirons ensuite à ceux qui ont pratiqué le shirk : « Où sont vos associés (shurakāʾ), ceux que vous prétendiez (tazʿumūn) ? »
S.6:23
ثُمَّ لَمْ تَكُنْ فِتْنَتُهُمْ إِلَّا أَنْ قَالُوا وَاللَّهِ رَبِّنَا مَا كُنَّا مُشْرِكِينَ
Thumma lam takun fitnatuhum illā an qālū wa-llāhi rabbinā mā kunnā mushrikīn Alors, leur seule réponse sous l’épreuve (fitna) sera de dire : « Par Allaah, notre Rabb, nous n’étions pas des mushrikūn ! »
Notes lexicales
tazʿumūn
racine *z-ʿ-m* : prétendre, affirmer une chose sans la garantir soi-même — un dire dont le locuteur ne répond pas entièrement.
fitnatuhum
racine *f-t-n* : à l'origine, l'épreuve du métal par le feu qui en révèle la pureté ou l'impureté. Note lexicale : les lexicographes classiques signalent que *fitna* en vient, par extension attestée, à désigner non seulement l'épreuve elle-même mais ce qu'elle fait apparaître — ici, la seule chose que l'épreuve du jugement fera sortir d'eux : un reniement pur et simple. Ce sens dérivé (la réponse/l'excuse produite sous l'épreuve) est distinct du sens de « trouble », « sédition » ou « tentation » que ce même terme porte ailleurs dans le Coran — ce Bloc ne fusionne pas ces emplois distincts d'une même racine.
wa-llāhi rabbinā
Dit : ce verset rapporte un serment et un reniement explicite du *shirk* de la part de ceux qui l'ont pourtant pratiqué — le verset suivant (S6:24) qualifie ce reniement de mensonge contre eux-mêmes, ce qui règle, à l'intérieur du texte lui-même, la valeur de vérité de cette déclaration.

S.6:24 · Ils mentent contre eux-mêmes — ce qu’ils inventaient s’est égaré loin d’eux

S.6:24
انْظُرْ كَيْفَ كَذَبُوا عَلَىٰ أَنْفُسِهِمْ ۚ وَضَلَّ عَنْهُمْ مَا كَانُوا يَفْتَرُونَ
Unẓur kayfa kadhabū ʿalā anfusihim wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn Regarde comment ils mentent contre eux-mêmes — et s’est égaré loin d’eux ce qu’ils inventaient (yaftarūn).
Notes lexicales
kadhabū ʿalā anfusihim
même structure que *khasirū anfusahum* (S6:20, ce Bloc) : le réflexif appliqué à l'être humain souligne ici que le mensonge du verset précédent ne trompe qu'eux-mêmes, non Allaah.
ḍalla ʿanhum ... yaftarūn
racine *ḍ-l-l* (s'égarer, disparaître de la vue) appliquée ici non à une personne mais à ce qu'ils inventaient — leurs prétendus associés se sont dérobés au moment même où ils en auraient eu besoin. Même racine *f-r-y* que *iftarā* (S6:21, ce Bloc) : la construction de mensonge, une fois à l'épreuve, s'évanouit.

S.6:25 · Les cœurs voilés, les oreilles alourdies — « des légendes des anciens »

S.6:25
وَمِنْهُمْ مَنْ يَسْتَمِعُ إِلَيْكَ ۖ وَجَعَلْنَا عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ أَكِنَّةً أَنْ يَفْقَهُوهُ وَفِي آذَانِهِمْ وَقْرًا ۚ وَإِنْ يَرَوْا كُلَّ آيَةٍ لَا يُؤْمِنُوا بِهَا ۚ حَتَّىٰ إِذَا جَاءُوكَ يُجَادِلُونَكَ يَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا إِنْ هَٰذَا إِلَّا أَسَاطِيرُ الْأَوَّلِينَ
Wa-minhum man yastamiʿu ilayka wa-jaʿalnā ʿalā qulūbihim akinnatan an yafqahūhu wa-fī ādhānihim waqran wa-in yaraw kulla āyatin lā yuʾminū bihā ḥattā idhā jāʾūka yujādilūnaka yaqūlu lladhīna kafarū in hādhā illā asāṭīru l-awwalīn Et parmi eux, il en est qui prêtent l’oreille vers toi — mais Nous avons placé sur leurs cœurs des voiles (akinna) qui les empêchent de le comprendre, et dans leurs oreilles une lourdeur (waqr). Et même s’ils voyaient tout signe (āya), ils n’y croiraient pas — au point que, lorsqu’ils viennent à toi pour te contester, ceux qui ont commis le kufr disent : « Cela n’est rien d’autre que des légendes des anciens (asāṭīru l-awwalīn). »
Notes lexicales
akinnatan / waqran
*akinna*, pluriel de *kinān* (racine *k-n-n*) : ce qui couvre et dissimule, un fourreau ou une enveloppe qui empêche l'accès à ce qu'elle recouvre. *Waqr*, racine *w-q-r* : la lourdeur, l'alourdissement — d'où la surdité qui en résulte pour l'oreille. Non-dit : ce verset attribue explicitement ce placement à Allaah (« Nous avons placé »), sans que ce seul verset n'explicite la cause antérieure de cette disposition — la question de savoir si ce voilement répond à une attitude déjà adoptée par ces personnes (à la manière de S6:110, plus loin dans la sourate, hors de ce Bloc) n'est pas tranchée ici.
asāṭīru l-awwalīn
formule de S25:5 (voir l'étude Le nabī était-il illettré ? — ummī) : l'accusation, récurrente dans le Coran, que le message ne serait que des récits légendaires hérités des anciens. Cohérence intra-coranique : la récurrence de cette même formule dans des contextes distincts indique un procédé rhétorique de refus, plutôt qu'une évaluation portant sur le contenu réel du message à chaque occurrence.

S.6:26 · Ils interdisent et s’en éloignent — ils ne détruisent qu’eux-mêmes

S.6:26
وَهُمْ يَنْهَوْنَ عَنْهُ وَيَنْأَوْنَ عَنْهُ ۖ وَإِنْ يُهْلِكُونَ إِلَّا أَنْفُسَهُمْ وَمَا يَشْعُرُونَ
Wa-hum yanhawna ʿanhu wa-yanʾawna ʿanhu wa-in yuhlikūna illā anfusahum wa-mā yashʿurūn Et ils interdisent (yanhawna) [aux autres] cela, tout en s’en éloignant (yanʾawna) eux-mêmes — ils ne détruisent qu’eux-mêmes, sans en avoir conscience (wa-mā yashʿurūn).
Notes lexicales
yanhawna ʿanhu wa-yanʾawna ʿanhu
Note de linguistique pure : deux racines distinctes mais quasi homophones en arabe — *n-h-y* (interdire, empêcher autrui) et *n-ʾ-y* (s'éloigner, s'écarter soi-même) — sont ici juxtaposées dans une même formule à l'assonance délibérée. Le texte nomme ainsi un double mouvement : interdire aux autres l'accès à ce message, et s'en tenir soi-même à distance — deux actes distincts que la proximité sonore des deux verbes relie sans les confondre.
in yuhlikūna illā anfusahum
même racine *h-l-k* que S6:6 (Bloc I, *ahlaknā min qablihim*) — mais ici retournée : ce ne sont plus les générations détruites de l'extérieur, mais une auto-destruction dont l'agent lui-même n'a pas conscience (*wa-mā yashʿurūn*).

La scène du Feu, la scène de la Rencontre — la perte et le jeu de la vie d’ici-bas · S6:27–32

S.6:27 · La scène devant le Feu — le vœu du retour

S.6:27
وَلَوْ تَرَىٰ إِذْ وُقِفُوا عَلَى النَّارِ فَقَالُوا يَا لَيْتَنَا نُرَدُّ وَلَا نُكَذِّبَ بِآيَاتِ رَبِّنَا وَنَكُونَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ
Wa-law tarā idh wuqifū ʿalā n-nāri fa-qālū yā laytanā nuraddu wa-lā nukadhdhiba bi-āyāti rabbinā wa-nakūna mina l-muʾminīn Et si tu voyais, lorsqu’ils seront placés debout devant le Feu — ils diront alors : « Si seulement (yā laytanā) nous étions renvoyés, nous ne démentirions plus les āyāt de notre Rabb, et nous serions parmi les muʾminūn ! »
Notes lexicales
wuqifū
racine *w-q-f* : être placé debout, arrêté en un lieu. Forme passive : non-dit, l'agent de cette mise en position n'est pas nommé dans ce seul verset.
yā laytanā
*layta* : particule grammaticale de souhait portant, dans l'usage classique de la langue, sur ce que le locuteur sait ou pressent lui-même hors d'atteinte — un souhait irréel plutôt qu'une demande qui pourrait aboutir. Note de linguistique pure : la structure même de cette particule oriente vers un souhait déjà présenté comme irréalisable, avant même que le verset suivant (S6:28) n'en tire la conséquence.

S.6:28–30 · Ce qu’ils dissimulaient devient visible — « il n’y a que notre vie d’ici-bas » — la scène devant leur Rabb

S.6:28
بَلْ بَدَا لَهُمْ مَا كَانُوا يُخْفُونَ مِنْ قَبْلُ ۖ وَلَوْ رُدُّوا لَعَادُوا لِمَا نُهُوا عَنْهُ وَإِنَّهُمْ لَكَاذِبُونَ
Bal badā lahum mā kānū yukhfūna min qablu wa-law ruddū la-ʿādū li-mā nuhū ʿanhu wa-innahum la-kādhibūn Non — ce qu’ils dissimulaient auparavant leur est devenu visible (badā). Et s’ils étaient renvoyés, ils retourneraient à cela même dont il leur avait été interdit — ils sont assurément des menteurs.
S.6:29
وَقَالُوا إِنْ هِيَ إِلَّا حَيَاتُنَا الدُّنْيَا وَمَا نَحْنُ بِمَبْعُوثِينَ
Wa-qālū in hiya illā ḥayātunā d-dunyā wa-mā naḥnu bi-mabʿūthīn Et ils disent : « Il n’y a que notre vie d’ici-bas, et nous ne serons pas ressuscités (mabʿūthīn). »
S.6:30
وَلَوْ تَرَىٰ إِذْ وُقِفُوا عَلَىٰ رَبِّهِمْ ۚ قَالَ أَلَيْسَ هَٰذَا بِالْحَقِّ ۚ قَالُوا بَلَىٰ وَرَبِّنَا ۚ قَالَ فَذُوقُوا الْعَذَابَ بِمَا كُنْتُمْ تَكْفُرُونَ
Wa-law tarā idh wuqifū ʿalā rabbihim qāla a-laysa hādhā bi-l-ḥaqqi qālū balā wa-rabbinā qāla fa-dhūqū l-ʿadhāba bi-mā kuntum takfurūn Et si tu voyais, lorsqu’ils seront placés debout devant leur Rabb — Il dira : « Cela n’est-il pas al-ḥaqq ? » Ils diront : « Si, par notre Rabb ! » Il dira : « Goûtez donc le châtiment pour le kufr que vous commettiez. »
Notes lexicales
badā
racine *b-d-w* : devenir visible, apparaître au grand jour ce qui était caché. Dit : le texte affirme, sous forme d'hypothèse contrefactuelle (« s'ils étaient renvoyés »), que leur retour ne changerait rien à leur comportement — une affirmation forte sur la constance de leur disposition, que ce Bloc rapporte sans l'étendre au-delà de ce cas précis vers une thèse générale sur l'impossibilité de tout changement humain.
mabʿūthīn
racine *b-ʿ-th* (mettre en mouvement depuis un état de repos), même racine que *yabʿathuhumu llāh* (S6:36, ce Bloc, à propos des morts) — cohérence directe à l'intérieur du Bloc entre le déni de la résurrection ici et son affirmation plus loin.
Deux scènes symétriques — S6:27 et S6:30
Non-dit : ce Bloc rapproche, sans les fusionner, la scène devant le Feu (S6:27) et la scène devant le *Rabb* (S6:30) — le texte ne précise pas si elles désignent un seul et même moment décrit deux fois sous deux angles, ou deux moments distincts d'une séquence. Même prudence que pour l'ordonnancement des scènes eschatologiques en S5:117 (Bloc XI, sur *tawaffaytanī*).

S.6:31 · La perte de ceux qui ont démenti la Rencontre d’Allaah

Avertissement de méthode — « liqāʾu llāh ». Ce verset emploie l’expression liqāʾu llāh (« la Rencontre d’Allaah »). Ce terme, comme yad Allaah (S5:64) ou la préposition fī appliquée à Allaah (S6:3), pourrait suggérer une image de face-à-face visuel ou spatial — exactement ce que la règle de méthode exclut. La racine l-q-y désigne, dans l’usage général de la langue, le fait de se trouver mis en présence d’une chose, de la rencontrer effectivement — un sens qui, appliqué au jour de la résurrection dans l’usage constant du Coran, porte sur la réalité effective et inéluctable de la reddition de comptes, non sur une donnée visuelle ou une localisation. Ce Bloc conserve donc « la Rencontre d’Allaah », en majuscule pour signaler un terme technique.

S.6:31
قَدْ خَسِرَ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِلِقَاءِ اللَّهِ ۖ حَتَّىٰ إِذَا جَاءَتْهُمُ السَّاعَةُ بَغْتَةً قَالُوا يَا حَسْرَتَنَا عَلَىٰ مَا فَرَّطْنَا فِيهَا وَهُمْ يَحْمِلُونَ أَوْزَارَهُمْ عَلَىٰ ظُهُورِهِمْ ۚ أَلَا سَاءَ مَا يَزِرُونَ
Qad khasira lladhīna kadhdhabū bi-liqāʾi llāhi ḥattā idhā jāʾathumu s-sāʿatu baghtatan qālū yā ḥasratanā ʿalā mā farraṭnā fīhā wa-hum yaḥmilūna awzārahum ʿalā ẓuhūrihim alā sāʾa mā yazirūn Ils ont déjà perdu, ceux qui ont démenti la Rencontre d’Allaah (liqāʾu llāh) — jusqu’à ce que l’Heure leur vienne soudainement, ils diront alors : « Quel regret amer (yā ḥasratanā) pour ce que nous avons négligé (farraṭnā) à son sujet ! » — tandis qu’ils porteront leurs fardeaux (awzār) sur leur dos. Combien est mauvais ce qu’ils portent (yazirūn) !
Notes lexicales
liqāʾu llāh
voir l'avertissement de méthode ci-dessus.
yā ḥasratanā
racine *ḥ-s-r* (voir S3:156, S2:167) : le regret amer qui découvre et dépouille, laisse à nu. Cohérence intra-coranique : le même terme désigne, dans les occurrences citées, un regret qui survient une fois l'issue devenue irréversible.
farraṭnā
même racine *f-r-ṭ* que S6:38 (ce Bloc, *mā farraṭnā fī l-kitābi min shayʾin*) : ici appliquée à la négligence humaine, là à l'exhaustivité du Kitāb — un même verbe, deux sujets opposés.
awzārahum / yazirūn
racine *w-z-r* : le fardeau, la charge que l'on porte — l'image du fardeau physiquement porté sur le dos rend concrète la responsabilité de leurs actes.

S.6:32 · La vie d’ici-bas n’est que jeu et divertissement

S.6:32
وَمَا الْحَيَاةُ الدُّنْيَا إِلَّا لَعِبٌ وَلَهْوٌ ۖ وَلَلدَّارُ الْآخِرَةُ خَيْرٌ لِلَّذِينَ يَتَّقُونَ ۗ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Wa-mā l-ḥayātu d-dunyā illā laʿibun wa-lahwun wa-la-d-dāru l-ākhiratu khayrun li-lladhīna yattaqūn a-fa-lā taʿqilūn Et la vie d’ici-bas n’est que jeu (laʿib) et divertissement (lahw) — tandis que la demeure de l’ākhira est meilleure pour ceux qui se prémunissent (yattaqūn). Ne raisonnez-vous donc pas (a-fa-lā taʿqilūn) ?
Notes lexicales
laʿibun wa-lahwun
*laʿib*, racine *l-ʿ-b* : le jeu comme activité sans finalité sérieuse. *Lahw*, racine *l-h-w* : ce qui détourne l'attention, la distraction qui absorbe. Dit : le texte qualifie ainsi la vie d'ici-bas par contraste avec l'*ākhira*, sans nier par là toute valeur à l'action humaine en ce monde — la comparaison porte sur la mesure relative des deux, non sur une négation de la première.
yattaqūn
racine *w-q-y* : se prémunir, se mettre à l'abri par une conduite ajustée.

La peine du nabī, la patience des rusul, la parole immuable · S6:33–36

S.6:33 · Ce n’est pas toi qu’ils démentent, mais les āyāt d’Allaah qu’ils renient

S.6:33
قَدْ نَعْلَمُ إِنَّهُ لَيَحْزُنُكَ الَّذِي يَقُولُونَ ۖ فَإِنَّهُمْ لَا يُكَذِّبُونَكَ وَلَٰكِنَّ الظَّالِمِينَ بِآيَاتِ اللَّهِ يَجْحَدُونَ
Qad naʿlamu innahu la-yaḥzunuka lladhī yaqūlūna fa-innahum lā yukadhdhibūnaka wa-lākinna ẓ-ẓālimīna bi-āyāti llāhi yajḥadūn Nous savons déjà que ce qu’ils disent t’attriste (la-yaḥzunuka) certainement — or ce n’est pas toi qu’ils démentent (lā yukadhdhibūnaka), mais les ẓālimūn qui rejettent en le sachant (yajḥadūn) les āyāt d’Allaah.
Notes lexicales
lā yukadhdhibūnaka ... yajḥadūn
Note de linguistique pure — distinction essentielle. *Kadhdhaba* (racine *k-dh-b*, traiter de menteur) porte sur la personne : l'accusation directe de mensonge. *Jaḥada* (racine *j-ḥ-d*) est défini par les lexicographes classiques (*Lisān al-ʿArab*) comme nier une chose *tout en la sachant vraie* — un déni qui n'est pas ignorance, mais rejet délibéré d'une reconnaissance intérieure déjà acquise. Ce verset distingue ainsi explicitement deux actes : on ne met pas en doute la sincérité ou l'honnêteté du *nabī* lui-même (*takdhīb*), mais on refuse de reconnaître ouvertement ce que les *āyāt* établissent (*juḥūd*) — une distinction que ce Bloc retient comme dit, portée par le texte lui-même via l'opposition explicite entre les deux verbes.

S.6:34 · Les rusul démentis avant toi, patients — nul ne change les paroles d’Allaah

S.6:34
وَلَقَدْ كُذِّبَتْ رُسُلٌ مِنْ قَبْلِكَ فَصَبَرُوا عَلَىٰ مَا كُذِّبُوا وَأُوذُوا حَتَّىٰ أَتَاهُمْ نَصْرُنَا ۚ وَلَا مُبَدِّلَ لِكَلِمَاتِ اللَّهِ ۚ وَلَقَدْ جَاءَكَ مِنْ نَبَإِ الْمُرْسَلِينَ
Wa-la-qad kudhdhibat rusulun min qablika fa-ṣabarū ʿalā mā kudhdhibū wa-ūdhū ḥattā atāhum naṣrunā wa-lā mubaddila li-kalimāti llāhi wa-la-qad jāʾaka min nabaʾi l-mursalīn Et certes, des rusul ont déjà été démentis avant toi — ils ont enduré (ṣabarū) le démenti et le tort subis, jusqu’à ce que Notre secours (naṣr) leur vienne. Et nul ne peut altérer (mubaddil) les paroles d’Allaah (kalimāt Allaah) — et certes, t’est déjà parvenue une part des nouvelles (naba’) des mursalūn.
Notes lexicales
ṣabarū ... naṣrunā
Dit : le texte présente ici un schéma constant — démenti et tort subis, endurance, puis secours — appliqué à des *rusul* antérieurs, offert au *nabī* comme précédent consolant sans être nommément appliqué à lui dans ce seul verset.
lā mubaddila li-kalimāti llāh
*mubaddil*, racine *b-d-l* : celui qui substitue, remplace, altère. *Kalimāt Allaah* : Ses paroles, Ses décrets énoncés. Dit : ce verset affirme une immutabilité catégorique de ce qu'Allaah a énoncé — sans préciser, dans ce seul verset, l'étendue exacte de ce que recouvrent ces « paroles » (promesses faites aux *rusul*, décrets de portée générale, ou les deux).
min naba'i l-mursalīn
racine *n-b-ʾ* (voir S6:5, *anbāʾu mā kānū bihi yastahziʾūn*) — ici au singulier, les nouvelles rapportées des *mursalūn* précédents, dont ce verset annonce que le *nabī* a déjà reçu une part.

S.6:35 · Même un tunnel dans la terre ou une échelle vers le ciel n’y changerait rien

Avertissement de méthode — la mashīʾa d’Allaah et la guidance. Ce verset conclut par une formule qui rattache directement à la volonté (mashīʾa) d’Allaah le fait que ces gens ne soient pas, à ce stade, rassemblés sur la guidance (hudā). Ce Bloc s’en tient strictement à ce que ce seul verset affirme — une hypothèse contrefactuelle (« si Allaah avait voulu… ») dont la formulation même indique que cette réunion sur la guidance ne s’est pas produite en fait — sans trancher, à partir de ce verset isolé, le débat théologique plus large sur le rapport entre cette volonté et la responsabilité humaine (question qui reviendra en S6:39, ce Bloc).

S.6:35
وَإِنْ كَانَ كَبُرَ عَلَيْكَ إِعْرَاضُهُمْ فَإِنِ اسْتَطَعْتَ أَنْ تَبْتَغِيَ نَفَقًا فِي الْأَرْضِ أَوْ سُلَّمًا فِي السَّمَاءِ فَتَأْتِيَهُمْ بِآيَةٍ ۚ وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَجَمَعَهُمْ عَلَى الْهُدَىٰ ۚ فَلَا تَكُونَنَّ مِنَ الْجَاهِلِينَ
Wa-in kāna kabura ʿalayka iʿrāḍuhum fa-ini staṭaʿta an tabtaghiya nafaqan fi l-arḍi aw sullaman fi s-samāʾi fa-taʾtiyahum bi-āyatin wa-law shāʾa llāhu la-jamaʿahum ʿalā l-hudā fa-lā takūnanna mina l-jāhilīn Et si leur détournement (iʿrāḍ) t’est pénible, alors, si tu en as la capacité, cherche un tunnel (nafaq) dans la terre ou une échelle (sullam) vers le ciel pour leur apporter un signe [cela ne changerait rien] — car si Allaah avait voulu, Il les aurait certainement réunis sur la guidance (hudā). Ne sois donc surtout pas parmi les jāhilīn (ceux qui ignorent).
Notes lexicales
nafaqan / sullaman
*nafaq*, racine *n-f-q* : un passage souterrain, un tunnel qui traverse et fait sortir ailleurs. Note lexicale : cette même racine donne, par une extension de sens déjà attestée dans les dictionnaires classiques, *nifāq* (l'hypocrisie) — l'image commune étant celle d'une issue dérobée, d'un passage caché. *Sullam*, racine *s-l-m* : l'échelle, ce par quoi on s'élève degré par degré.
law shāʾa llāhu la-jamaʿahum ʿalā l-hudā
voir l'avertissement de méthode ci-dessus.
al-jāhilīn
racine *j-h-l* : l'ignorance (voir S5:50, Bloc V, le triptyque *kāfirūn/ẓālimūn/fāsiqūn* rapproché de *ḥukm al-jāhiliyya*). Ici employée à l'impératif négatif adressé au *nabī* lui-même, à titre de mise en garde personnelle plutôt que de qualification d'un groupe tiers.

S.6:36 · Seuls répondent ceux qui entendent — les morts, Allaah les ressuscite

S.6:36
۞ إِنَّمَا يَسْتَجِيبُ الَّذِينَ يَسْمَعُونَ ۘ وَالْمَوْتَىٰ يَبْعَثُهُمُ اللَّهُ ثُمَّ إِلَيْهِ يُرْجَعُونَ
Innamā yastajību lladhīna yasmaʿūn wa-l-mawtā yabʿathuhumu llāhu thumma ilayhi yurjaʿūn Seuls répondent (yastajību) ceux qui entendent [véritablement] (yasmaʿūn) — et les morts (al-mawtā), Allaah les ressuscite (yabʿathuhum), puis c’est vers Lui qu’ils seront ramenés.
Notes lexicales
al-mawtā yabʿathuhumu llāh
Deux lectures intra-coraniques cohérentes, nommées sans qu'aucune n'efface l'autre. (1) Lecture littérale : les morts au sens propre, ressuscités par Allaah au jour du rassemblement — sens qui rejoint directement l'affirmation de la résurrection déjà posée dans ce Bloc (S6:29, S6:30) et dans la sourate (S6:12, Bloc I). (2) Lecture figurée, cohérente avec le premier hémistiche du même verset : ceux qui « n'entendent pas » véritablement (S6:25, ce Bloc, les cœurs voilés) sont assimilés à des « morts » au sens de fermés à toute réceptivité, et leur « résurrection » désignerait alors un éveil à la guidance — image déjà implicite dans le contraste entre *ẓulumāt* et *nūr* (S6:1, Bloc I). Ce Bloc retient que le texte, par la structure même du verset (le contraste entre « ceux qui entendent » et « les morts »), permet et enchaîne les deux registres sans que l'un exclue l'autre — le second hémistiche (« puis c'est vers Lui qu'ils seront ramenés ») ancrant cependant la phrase, en dernier ressort, dans le registre de la résurrection effective.

La demande d’un signe, la umma des créatures, l’invocation exclusive · S6:37–41

S.6:37 · La demande d’un signe — Allaah en a la capacité

S.6:37
وَقَالُوا لَوْلَا نُزِّلَ عَلَيْهِ آيَةٌ مِنْ رَبِّهِ ۚ قُلْ إِنَّ اللَّهَ قَادِرٌ عَلَىٰ أَنْ يُنَزِّلَ آيَةً وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
Wa-qālū lawlā nuzzila ʿalayhi āyatun min rabbihi qul inna llāha qādirun ʿalā an yunazzila āyatan wa-lākinna aktharahum lā yaʿlamūn Et ils ont dit : « Pourquoi ne fait-on pas descendre sur lui un signe (āya) venant de son Rabb ? » Dis : « Allaah a pleinement la capacité (qādir) de faire descendre un signe » — mais la plupart d’entre eux ne savent pas.
Notes lexicales
qādirun ʿalā
racine *q-d-r* (voir S6:17, Bloc I, *ʿalā kulli shayʾin qadīr*). Dit : la capacité d'Allaah à faire descendre un signe est affirmée sans réserve — ce verset ne dit pas pourquoi ce signe précis, demandé par eux, n'est pas descendu ; il déplace la question vers leur propre ignorance (*lā yaʿlamūn*) plutôt que vers une limite quelconque de cette capacité.

S.6:38 · Toute créature, toute chose ailée, forme une umma semblable à vous

S.6:38
وَمَا مِنْ دَابَّةٍ فِي الْأَرْضِ وَلَا طَائِرٍ يَطِيرُ بِجَنَاحَيْهِ إِلَّا أُمَمٌ أَمْثَالُكُمْ ۚ مَا فَرَّطْنَا فِي الْكِتَابِ مِنْ شَيْءٍ ۚ ثُمَّ إِلَىٰ رَبِّهِمْ يُحْشَرُونَ
Wa-mā min dābbatin fi l-arḍi wa-lā ṭāʾirin yaṭīru bi-janāḥayhi illā umamun amthālukum mā farraṭnā fi l-kitābi min shayʾin thumma ilā rabbihim yuḥsharūn Il n’y a pas de créature qui se meut (dābba) sur la terre, ni d’oiseau qui vole de ses deux ailes, qui ne forme des umam (communautés) semblables à vous (amthālukum). Nous n’avons rien négligé (farraṭnā) dans le Kitāb — puis c’est vers leur Rabb qu’ils seront rassemblés.
Notes lexicales
umamun amthālukum
racine *ʾ-m-m* (communauté) et *m-th-l* (la ressemblance). Non-dit : ce verset ne précise pas la nature exacte de cette ressemblance entre les créatures et les hommes — organisation sociale propre, soumission aux mêmes lois de la création, ou statut devant le rassemblement final évoqué dans la seconde moitié du même verset ne sont pas distingués ici ; ce Bloc s'en tient à l'affirmation de la ressemblance elle-même, sans en préciser l'étendue au-delà de ce que ce verset énonce.
mā farraṭnā fi l-kitābi min shayʾin
même racine *f-r-ṭ* que S6:31 (ce Bloc, *mā farraṭnā fīhā*), mais retournée : là, la négligence humaine ; ici, l'exhaustivité affirmée du Kitāb. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si « al-Kitāb » désigne ici le *qurʾān* lui-même ou un registre plus large de ce qu'Allaah a consigné — ce Bloc ne tranche pas entre ces deux lectures possibles.
yuḥsharūn
même racine *ḥ-sh-r* que S6:22 (ce Bloc) et S6:12 (Bloc I) : le rassemblement final, ici étendu explicitement, par ce verset, à toute créature et non aux seuls humains.

S.6:39 · Sourds et muets dans les ténèbres — l’égarement et la guidance

Avertissement de méthode — mashīʾa, ḍalāl et hudā. Ce verset attribue, en une même formule symétrique, à la volonté (mashīʾa) d’Allaah aussi bien l’égarement (iḍlāl) que la mise sur un chemin droit (hidāya). Ce Bloc rapporte cette formule comme dit par le texte — une attribution explicite, dans les deux sens, à cette volonté — sans l’étendre, au-delà de ce que ce verset affirme, à une position tranchée sur le rapport entre cette volonté et la responsabilité propre de l’être humain (déjà nommée comme un non-dit laissé ouvert en S6:35, ce Bloc). La cohérence intra-coranique de cette question avec l’ensemble du Coran dépasse le périmètre d’un seul Bloc et n’est pas résolue ici.

S.6:39
وَالَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا صُمٌّ وَبُكْمٌ فِي الظُّلُمَاتِ ۗ مَنْ يَشَإِ اللَّهُ يُضْلِلْهُ وَمَنْ يَشَأْ يَجْعَلْهُ عَلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
Wa-lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā ṣummun wa-bukmun fi ẓ-ẓulumāti man yashaʾi llāhu yuḍlilhu wa-man yashaʾ yajʿalhu ʿalā ṣirāṭin mustaqīm Et ceux qui ont démenti Nos āyāt sont sourds (ṣumm) et muets (bukm) dans les ténèbres (ẓulumāt) — quiconque Allaah veut, Il l’égare (yuḍlilhu), et quiconque Il veut, Il le place sur un chemin droit (ṣirāṭ mustaqīm).
Notes lexicales
ṣummun wa-bukmun fi ẓ-ẓulumāt
même famille lexicale que *ṣummun bukmun ʿumyun* (S2:18, repris en S5:71, Bloc VII) — ici sans *ʿumy* (l'aveuglement), et couplé à *ẓulumāt*, terme posé dès l'ouverture de cette même sourate (S6:1, Bloc I, la paire *ẓulumāt/nūr*). Cohérence intra-coranique interne au Bloc et à la sourate : la surdité et le mutisme de ce verset répondent directement au portrait déjà tracé en S6:25 (ce Bloc, les cœurs voilés et les oreilles alourdies).
man yashaʾi llāhu yuḍlilhu / yajʿalhu ʿalā ṣirāṭin mustaqīm
voir l'avertissement de méthode ci-dessus.

S.6:40–41 · Dans la détresse, c’est Lui seul qu’on invoque

S.6:40
قُلْ أَرَأَيْتَكُمْ إِنْ أَتَاكُمْ عَذَابُ اللَّهِ أَوْ أَتَتْكُمُ السَّاعَةُ أَغَيْرَ اللَّهِ تَدْعُونَ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ
Qul araʾaytakum in atākum ʿadhābu llāhi aw atatkumu s-sāʿatu a-ghayra llāhi tadʿūna in kuntum ṣādiqīn Dis : « Considérez-vous (araʾaytakum) — si le châtiment d’Allaah vous venait, ou si l’Heure vous venait, est-ce un autre qu’Allaah que vous invoqueriez, si vous êtes véridiques ? »
S.6:41
بَلْ إِيَّاهُ تَدْعُونَ فَيَكْشِفُ مَا تَدْعُونَ إِلَيْهِ إِنْ شَاءَ وَتَنْسَوْنَ مَا تُشْرِكُونَ
Bal iyyāhu tadʿūna fa-yakshifu mā tadʿūna ilayhi in shāʾa wa-tansawna mā tushrikūn Non — c’est Lui seul (iyyāhu) que vous invoqueriez, et Il lèverait (yakshifu) ce pour quoi vous L’invoquez, s’Il le voulait — et vous oublieriez ce que vous associez [à Lui].
Notes lexicales
yakshifu
même racine *k-sh-f* que S6:17 (Bloc I, *lā kāshifa lahu illā huwa*) : le même verbe pour lever un tort n'admet, dans les deux occurrences de cette sourate, aucune autre instance qu'Allaah.
iyyāhu tadʿūna ... wa-tansawna mā tushrikūn
Dit : le texte affirme ici, par une mise en scène hypothétique, une invocation exclusive spontanée sous la détresse extrême, suivie d'un oubli du *shirk* — un argument construit sur la cohérence supposée du comportement humain plutôt que sur un récit narré.

L’épreuve des nations, l’endurcissement des cœurs, la ruine soudaine · S6:42–45

S.6:42 · L’épreuve envoyée aux nations passées, par le malheur et le dommage

S.6:42
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا إِلَىٰ أُمَمٍ مِنْ قَبْلِكَ فَأَخَذْنَاهُمْ بِالْبَأْسَاءِ وَالضَّرَّاءِ لَعَلَّهُمْ يَتَضَرَّعُونَ
Wa-la-qad arsalnā ilā umamin min qablika fa-akhadhnāhum bi-l-baʾsāʾi wa-ḍ-ḍarrāʾi laʿallahum yataḍarraʿūn Et certes, Nous avons envoyé [des rusul] à des umam avant toi — puis Nous les avons saisies par le malheur (baʾsāʾ) et le dommage (ḍarrāʾ), afin qu’elles s’humilient en suppliant (yataḍarraʿūn).
Notes lexicales
al-baʾsāʾi wa-ḍ-ḍarrāʾi
couple de S2:214 (« *massathumu l-baʾsāʾu wa-ḍ-ḍarrāʾu wa-zulzilū* ») — la détresse matérielle et le dommage physique, associés dans les deux passages à une épreuve envoyée par Allaah.
yataḍarraʿūn
racine *ḍ-r-ʿ* — Ibn Fāris : *aḍ-ḍāriʿ*, ce qui est fléchi, incliné avec souplesse (image du membre antérieur ployé) ; d'où *taḍarruʿ*, l'humilité suppliante qui incline le corps et la volonté.

S.6:43 · Les cœurs endurcis — le shayṭān qui embellit leurs actes

S.6:43
فَلَوْلَا إِذْ جَاءَهُمْ بَأْسُنَا تَضَرَّعُوا وَلَٰكِنْ قَسَتْ قُلُوبُهُمْ وَزَيَّنَ لَهُمُ الشَّيْطَانُ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Fa-lawlā idh jāʾahum baʾsunā taḍarraʿū wa-lākin qasat qulūbuhum wa-zayyana lahumu sh-shayṭānu mā kānū yaʿmalūn Pourquoi donc, lorsque Notre malheur (baʾs) leur est venu, ne se sont-ils pas humiliés en suppliant ? Mais leurs cœurs se sont endurcis (qasat), et le shayṭān leur a embelli (zayyana) ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
qasat qulūbuhum
même racine *q-s-w* que S2:74 (à propos des Banū Isrāʾīl : « *thumma qasat qulūbukum min baʿdi dhālika* »), également relevée en S5:13 (Bloc II de la Sourate 5). Cohérence intra-coranique : le durcissement du cœur est, dans chaque occurrence citée, posé comme une conséquence qui suit un événement précis (une rupture d'engagement en S2:74/S5:13 ; ici, l'absence de réponse suppliante à l'épreuve), non comme une donnée première et sans cause.
zayyana lahumu sh-shayṭānu
même racine *z-y-n* que S2:212 (« *zuyyina li-lladhīna kafarū l-ḥayātu d-dunyā* », à la forme passive, sans agent nommé dans ce verset-là). Cohérence intra-coranique et point de méthode : là où S2:212 laissait l'agent de cette parure non spécifié, ce verset-ci nomme explicitement le *shayṭān* comme agent — les deux versets se complètent sans se contredire, l'un restant muet sur ce que l'autre précise.

S.6:44 · L’oubli, puis l’abondance, puis la ruine soudaine

S.6:44
فَلَمَّا نَسُوا مَا ذُكِّرُوا بِهِ فَتَحْنَا عَلَيْهِمْ أَبْوَابَ كُلِّ شَيْءٍ حَتَّىٰ إِذَا فَرِحُوا بِمَا أُوتُوا أَخَذْنَاهُمْ بَغْتَةً فَإِذَا هُمْ مُبْلِسُونَ
Fa-lammā nasū mā dhukkirū bihi fataḥnā ʿalayhim abwāba kulli shayʾin ḥattā idhā fariḥū bi-mā ūtū akhadhnāhum baghtatan fa-idhā hum mublisūn Puis, lorsqu’ils ont oublié ce qui leur avait été rappelé, Nous leur avons ouvert les portes de toute chose — jusqu’à ce que, se réjouissant de ce qui leur avait été donné, Nous les saisissions soudainement (baghtatan), et les voilà plongés dans un désespoir muet (mublisūn).
Notes lexicales
fataḥnā ʿalayhim abwāba kulli shayʾin
racine *f-t-ḥ* : ouvrir. Dit : cette ouverture des « portes de toute chose » (abondance matérielle) est présentée non comme une faveur en soi, mais comme l'ultime étape d'une épreuve précédant une saisie soudaine — un enchaînement que ce Bloc rapporte tel quel, sans l'ériger en principe général sur le sens de toute prospérité matérielle.
mublisūn
racine *b-l-s* — les lexicographes classiques (*Lisān al-ʿArab*) rattachent *iblās* à l'idée d'un silence qui tombe sous l'effet d'un désespoir soudain, une stupeur qui coupe toute parole et tout espoir. Note de linguistique pure : certains ont rapproché ce mot du nom *Iblīs*, mais l'origine exacte de ce nom propre reste débattue parmi les lexicographes et les linguistes (dérivation arabe depuis cette même racine, ou emprunt au grec *diabolos*) — ce Bloc se limite au sens attesté de la racine dans ce verset (le désespoir muet), sans trancher cette question étymologique distincte.

S.6:45 · La racine du peuple ẓālim tranchée — la ḥamd qui répond à celle de l’ouverture

S.6:45
فَقُطِعَ دَابِرُ الْقَوْمِ الَّذِينَ ظَلَمُوا ۚ وَالْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Fa-quṭiʿa dābiru l-qawmi lladhīna ẓalamū wa-l-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn Ainsi fut tranchée la racine (dābir) du peuple ẓālim — et la ḥamd appartient à Allaah, Rabb des mondes (al-ʿālamīn).
Notes lexicales
quṭiʿa dābiru l-qawm
racine *d-b-r* : ce qui vient en dernier, l'arrière, la suite d'une chose — d'où *dābir*, ce qui subsisterait après le reste, la racine ultime. Formule idiomatique attestée par les lexicographes classiques : « couper le *dābir* » signifie l'anéantissement total, sans reste ni postérité qui puisse se perpétuer.
wa-l-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn
Clôture du Bloc en écho à son ouverture. Cette formule reprend, presque mot pour mot, l'ouverture même de la sourate (S6:1, Bloc I : « *al-ḥamdu li-llāhi lladhī khalaqa...* ») et celle de S1:2 (« *al-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn* », formule identique à l'unique lettre près). Cohérence intra-coranique et structure du Bloc : ce retour de la *ḥamd*, ici consécutif à l'anéantissement du peuple *ẓālim*, clôt cet ensemble sur le même mouvement de reconnaissance qui avait ouvert la sourate (S6:1).

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