Structure du Bloc III. Sept ensembles. D’abord l’hypothèse de l’ouïe et de la vue reprises, le châtiment inévitable, et le rappel que les rusul ne sont qu’annonciateurs et avertisseurs (S6:46–49). Puis la déclaration du nabī lui-même : ni trésors d’Allaah, ni connaissance du ghayb, ni malak — l’aveugle et le voyant ne sont pas égaux — l’interdiction de repousser les pauvres qui invoquent leur Rabb — l’épreuve par le rang social (S6:50–53). Puis la raḥma qu’Allaah a inscrite sur Lui-même, en écho direct à S6:12, et le rappel que le ḥukm n’appartient qu’à Lui (S6:54–58). Puis les clefs du ghayb, la prise nocturne des âmes dans le sommeil, Ce qui prévaut en pleine maîtrise sur Ses ʿibād — répétition exacte de S6:18 —, et le retour au Mawlā véritable (S6:59–62). Puis qui sauve des ténèbres de la terre et de la mer, le shirk qui reprend aussitôt le salut obtenu, la capacité d’un châtiment venu de toutes parts, et le terme fixé de chaque nouvelle (S6:63–67). Puis l’ordre de se détourner de ceux qui plongent dans la moquerie des āyāt, la responsabilité strictement individuelle, et l’abandon de ceux qui ont pris leur dīn en jeu (S6:68–70). Enfin le refus du retour en arrière après la guidance, la soumission au Rabb des mondes et l’établissement de la ṣalāt, et la clôture sur la création, la parole « Sois », et la royauté au jour où le Ṣūr est soufflé (S6:71–73).

Avertissement de méthode. Ce Bloc contient plusieurs points qui touchent à la règle de méthode contre tout vocabulaire spatial ou anthropomorphisant appliqué à Allaah, et un point de pure lexicographie classique laissé ouvert. (1) S6:52, yurīdūna wajhahu (« ne recherchant que Son wajh ») : ce Bloc évite « visage » ou « face », et retient une tournure qui porte le sens idiomatique attesté (la visée exclusive et sincère d’Allaah Lui-même) sans connotation corporelle — voir la note dédiée. (2) S6:61, wa-huwa l-qāhiru fawqa ʿibādihi : répétition exacte, mot pour mot, de S6:18 (Bloc I) — le traitement retenu à cet endroit est reconduit à l’identique. (3) S6:65, min fawqikum : cet emploi de fawqa ne concerne pas Allaah Lui-même (il désigne la provenance possible d’un châtiment, ciel ou sol) et n’est donc pas soumis à la même vigilance que S6:18/61 — la distinction est faite pour éviter toute confusion entre les deux usages, très proches dans le texte de ce même Bloc. (4) S6:73, fī ṣ-ṣūr : un point de lexicographie pure, non théologique, est signalé sur l’ambiguïté attestée par les classiques entre ṣūr comme instrument (corne, trompe) et sa parenté possible avec ṣuwar (les formes) — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que le texte nomme, et n’importe aucun détail narratif sur les circonstances de cet événement.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.6:46 L’ouïe et la vue reprises — quel ilāh les rendrait ? — ils se détournent
S.6:47 Le châtiment soudain ou déclaré — nul détruit sinon le peuple ẓālim
S.6:48 Les rusul, seulement annonciateurs et avertisseurs
S.6:49 Ceux qui ont démenti — le châtiment pour leur fisq
S.6:50 Ni trésors d’Allaah, ni ghayb, ni malak — je ne suis que ce qui m’est révélé
S.6:51 Avertir ceux qui craignent le rassemblement — nul walī ni shafīʿ hors d’Allaah
S.6:52 Ne pas repousser ceux qui invoquent leur Rabb, matin et soir, ne visant que Lui
S.6:53 L’épreuve des uns par les autres — « Allaah aurait-il favorisé ceux-là parmi nous ? »
S.6:54 La raḥma inscrite par votre Rabb sur Lui-même — le pardon après le repentir
S.6:55 Les āyāt détaillées — que le chemin des mujrimūn devienne manifeste
S.6:56 Il m’a été interdit d’adorer ce que vous invoquez hors d’Allaah
S.6:57 Sur une preuve claire de mon Rabb — le ḥukm n’appartient qu’à Allaah
S.6:58 Si j’avais ce que vous hâtez, l’affaire serait déjà tranchée entre nous
S.6:59 Les clefs du ghayb — pas une feuille ne tombe sans qu’Il le sache
S.6:60 Ce qui vous reprend pleinement la nuit — le terme fixé — le retour vers Lui
S.6:61 Ce qui prévaut, en pleine maîtrise, sur Ses ʿibād — les gardiens envoyés — la mort
S.6:62 Le retour à Allaah, leur véritable Mawlā — le ḥukm Lui appartient
S.6:63–64 Qui sauve des ténèbres de la terre et de la mer ? — Allaah seul — puis vous associez
S.6:65 La capacité d’un châtiment venu d’en haut, d’en bas, ou de la discorde des sectes
S.6:66–67 Ton peuple a démenti al-ḥaqq — je ne suis pas wakīl — chaque nouvelle a son terme
S.6:68 Se détourner de ceux qui plongent dans la moquerie des āyāt
S.6:69 La responsabilité strictement individuelle — seul le rappel est dû
S.6:70 Abandonner ceux qui ont pris leur dīn en jeu — nulle rançon acceptée
S.6:71 Le refus du retour en arrière après la guidance — la guidance d’Allaah est la guidance
S.6:72 L’ordre de la ṣalāt — c’est vers Lui que vous serez rassemblés
S.6:73 La création en vérité — « Sois » — la royauté au jour du Ṣūr — al-Ḥakīm, al-Khabīr

L’ouïe et la vue reprises, le châtiment inévitable, les rusul annonciateurs · S6:46–49

S.6:46 · L’ouïe et la vue reprises — quel ilāh les rendrait ? — ils se détournent

S.6:46
قُلْ أَرَأَيْتُمْ إِنْ أَخَذَ اللَّهُ سَمْعَكُمْ وَأَبْصَارَكُمْ وَخَتَمَ عَلَىٰ قُلُوبِكُمْ مَنْ إِلَٰهٌ غَيْرُ اللَّهِ يَأْتِيكُمْ بِهِ ۗ انْظُرْ كَيْفَ نُصَرِّفُ الْآيَاتِ ثُمَّ هُمْ يَصْدِفُونَ
Qul araʾaytum in akhadha llāhu samʿakum wa-abṣārakum wa-khatama ʿalā qulūbikum man ilāhun ghayru llāhi yaʾtīkum bihi unẓur kayfa nuṣarrifu l-āyāti thumma hum yaṣdifūn Dis : « Considérez-vous (araʾaytum) — si Allaah reprenait votre ouïe et vos vues, et scellait (khatama) vos cœurs, quel ilāh autre qu’Allaah vous les rendrait ? » Regarde comment Nous diversifions (nuṣarrifu) les āyāt — et pourtant ils s’en détournent (yaṣdifūn).
Notes lexicales
akhadha ... samʿakum wa-abṣārakum wa-khatama ʿalā qulūbikum
même verbe *khatama* qu'en S2:7 (*khatama llāhu ʿalā qulūbihim*, où le scellement est posé comme conséquence causale d'un *kufr* déjà actif, non comme une prédestination arbitraire). Point de méthode : ce verset-ci pose la même racine dans un tout autre registre grammatical — une hypothèse contrefactuelle rhétorique (« si Allaah reprenait... »), destinée à faire réfléchir sur la fragilité des facultés humaines, non une description d'un état déjà accompli comme en S2:7. Ces deux emplois d'un même verbe ne sont pas fusionnés.
nuṣarrifu l-āyāti
racine *ṣ-r-f* : faire varier, présenter sous des faces différentes. Le même segment revient, presque à l'identique, en S6:65 (ce Bloc), avec une finale distincte (« afin qu'ils comprennent » plutôt que « pourtant ils se détournent ») — deux issues opposées à une même diversification des signes.
yaṣdifūn
racine *ṣ-d-f* — les lexicographes classiques (*Lisān al-ʿArab*) la rattachent à l'image d'un animal qui se détourne, fait un écart pour éviter ce qui lui fait face.

S.6:47 · Le châtiment soudain ou déclaré — nul détruit sinon le peuple ẓālim

S.6:47
قُلْ أَرَأَيْتَكُمْ إِنْ أَتَاكُمْ عَذَابُ اللَّهِ بَغْتَةً أَوْ جَهْرَةً هَلْ يُهْلَكُ إِلَّا الْقَوْمُ الظَّالِمُونَ
Qul araʾaytakum in atākum ʿadhābu llāhi baghtatan aw jahratan hal yuhlaku illā l-qawmu ẓ-ẓālimūn Dis : « Considérez-vous — si le châtiment d’Allaah vous venait soudainement (baghtatan) ou ouvertement (jahratan) — qui d’autre serait détruit (yuhlaku), sinon le peuple ẓālim ? »
Notes lexicales
araʾaytakum
même formule rhétorique, mot pour mot, que S6:40 (Bloc II, même sourate : « *qul araʾaytakum in atākum ʿadhābu llāhi aw atatkumu s-sāʿatu* »). Cohérence intra-coranique interne à la sourate : les deux versets posent la même question — que feriez-vous devant le châtiment ou l'Heure ? — l'un orienté vers l'invocation exclusive qui en résulterait (S6:40–41), l'autre vers le constat que seul le peuple *ẓālim* y serait exposé.
baghtatan aw jahratan
*baghta* : voir S6:31 (« *idhā jāʾathumu s-sāʿatu baghtatan* »). *Jahra*, même racine que *jahrakum* (S6:3, Bloc I : « votre manifeste »). Non-dit : ce seul verset ne précise pas ce qui distinguerait concrètement un châtiment « soudain » d'un châtiment « déclaré » — la paire couvre simplement toute modalité possible de sa venue.

S.6:48 · Les rusul, seulement annonciateurs et avertisseurs

S.6:48
وَمَا نُرْسِلُ الْمُرْسَلِينَ إِلَّا مُبَشِّرِينَ وَمُنْذِرِينَ ۖ فَمَنْ آمَنَ وَأَصْلَحَ فَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
Wa-mā nursilu l-mursalīna illā mubashshirīna wa-mundhirīna fa-man āmana wa-aṣlaḥa fa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn Or, Nous n’envoyons les mursalūn que comme annonciateurs (mubashshirīn) et avertisseurs (mundhirīn) — quiconque croit et se réforme (aṣlaḥa), nulle crainte sur eux, et ils ne seront pas attristés.
Notes lexicales
mubashshirīna wa-mundhirīna
même couple qu'en S2:213 (« Allaah envoya alors les *nabiyyīn* comme annonciateurs et avertisseurs »), traité dans l'étude Nabī et Rasūl — repris ici mot pour mot pour les *mursalūn*, il définit strictement la fonction des envoyés : transmettre, non contraindre ni garantir le résultat.
fa-man āmana wa-aṣlaḥa fa-lā khawfun ʿalayhim wa-lā hum yaḥzanūn
racine *ṣ-l-ḥ* (se réformer, redresser ce qui était altéré) ; voir aussi S6:54. Formule de consolation fréquente dans le Coran pour les croyants — dit : la condition posée ici (*āmana wa-aṣlaḥa*, croire et se réformer) est double, non la seule adhésion intérieure.

S.6:49 · Ceux qui ont démenti — le châtiment pour leur fisq

S.6:49
وَالَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا يَمَسُّهُمُ الْعَذَابُ بِمَا كَانُوا يَفْسُقُونَ
Wa-lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā yamassuhumu l-ʿadhābu bi-mā kānū yafsuqūn Et ceux qui ont démenti Nos āyāt, le châtiment les touchera pour le fisq qu’ils commettaient (yafsuqūn).
Notes lexicales
yafsuqūn
racine *f-s-q* ; voir le triptyque *kāfirūn/ẓālimūn/fāsiqūn* (S5:44–47, S5:50). Dit : le châtiment est ici explicitement rattaché à un agir (*kānū yafsuqūn*, forme durative), non à une seule disposition intérieure.

Ni trésors, ni ghayb, ni malak · l’aveugle et le voyant · l’épreuve par le rang · S6:50–53

S.6:50 · Ni trésors d’Allaah, ni ghayb, ni malak — je ne suis que ce qui m’est révélé

S.6:50
قُلْ لَا أَقُولُ لَكُمْ عِنْدِي خَزَائِنُ اللَّهِ وَلَا أَعْلَمُ الْغَيْبَ وَلَا أَقُولُ لَكُمْ إِنِّي مَلَكٌ ۖ إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَىٰ إِلَيَّ ۚ قُلْ هَلْ يَسْتَوِي الْأَعْمَىٰ وَالْبَصِيرُ ۚ أَفَلَا تَتَفَكَّرُونَ
Qul lā aqūlu lakum ʿindī khazāʾinu llāhi wa-lā aʿlamu l-ghayba wa-lā aqūlu lakum innī malakun in attabiʿu illā mā yūḥā ilayya qul hal yastawī l-aʿmā wa-l-baṣīru a-fa-lā tatafakkarūn Dis : « Je ne vous dis pas que j’ai auprès de moi les trésors (khazāʾin) d’Allaah, ni que je connais le ghayb, ni que je suis un malak — je ne suis que ce qui m’est révélé (yūḥā). » Dis : « L’aveugle et le voyant sont-ils égaux (yastawī) ? » Ne réfléchissez-vous donc pas ?
Notes lexicales
khazāʾinu llāh
racine *kh-z-n* : mettre en réserve, garder en dépôt. Ce même verset (S6:50) est traité dans l'étude Le Nabī n'est pas législateur, qui retient la même traduction (« trésors »).
lā aʿlamu l-ghayb / innī malak
Cohérence intra-coranique interne au Bloc et à la sourate. *Malak* : troisième occurrence de ce terme dans cette sourate, après l'hypothèse d'un *malak* envoyé (S6:8, Bloc I) et l'hypothèse qu'il aurait pris forme humaine (S6:9, Bloc I, où l'étymologie de *malak* — racine *l-ʾ-k*, « porter un message », distincte de *m-l-k*, la royauté — est exposée). Ici, c'est le *nabī* lui-même, à la première personne, qui nie explicitement être un *malak* — troisième facette du même terme dans la même sourate : l'hypothèse qu'un en soit envoyé, l'hypothèse de sa forme, et le démenti personnel du *nabī* qu'il en soit un lui-même.
hal yastawī l-aʿmā wa-l-baṣīr
racine *s-w-y* : être égal, de niveau. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si « l'aveugle » et « le voyant » désignent une cécité physique ou, par métaphore, le refus et l'acceptation de ce qui vient d'être dit (l'absence de prétention à un savoir caché, opposée à la clairvoyance de qui l'accepte) — la proximité immédiate avec l'appel à réfléchir (*a-fa-lā tatafakkarūn*) oriente fortement vers une lecture figurée, sans que cela soit imposé comme la seule lecture possible.

S.6:51 · Avertir ceux qui craignent le rassemblement — nul walī ni shafīʿ hors d’Allaah

S.6:51
وَأَنْذِرْ بِهِ الَّذِينَ يَخَافُونَ أَنْ يُحْشَرُوا إِلَىٰ رَبِّهِمْ ۙ لَيْسَ لَهُمْ مِنْ دُونِهِ وَلِيٌّ وَلَا شَفِيعٌ لَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ
Wa-andhir bihi lladhīna yakhāfūna an yuḥsharū ilā rabbihim laysa lahum min dūnihi waliyyun wa-lā shafīʿun laʿallahum yattaqūn Et avertis, par lui, ceux qui craignent d’être rassemblés vers leur Rabb — ils n’ont, en dehors de Lui, ni walī ni shafīʿ — puisse-t-il en résulter qu’ils se prémunissent (yattaqūn).
Notes lexicales
walī ... shafīʿ
*Shafīʿ*, racine *sh-f-ʿ* — al-Farāhīdī (*Kitāb al-ʿAyn*) : *al-izdiwāj*, le fait de se joindre par deux, de former une paire ; d'où *shafāʿa*, non une plaidoirie qui arracherait une décision contre la volonté du juge, mais une association à la cause d'un autre. Conservé en translittération (voir l'étude La shafāʿa dans le Coran). Ce même couple exact (*walī* / *shafīʿ*, dans cette formule) revient à l'identique en S6:70 (ce Bloc) — cohérence interne directe.

S.6:52 · Ne pas repousser ceux qui invoquent leur Rabb, matin et soir, ne visant que Lui

Avertissement de méthode — « yurīdūna wajhahu ». La racine w-j-h désigne, dans son emploi concret, le visage — mais les lexicographes classiques (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha) lui reconnaissent aussi un sens second et tout aussi attesté : wajh ash-shayʾ, ce vers quoi une chose fait face, sa réalité la plus essentielle, ce qui en elle est visé en propre. L’expression yurīdu wajha llāh est un idiome constant du Coran pour signifier une intention exclusivement tournée vers Allaah Lui-même, sans intérêt intermédiaire — non une image d’un visage. Par cohérence avec l’exclusion de tout terme installant une caractéristique corporelle à propos d’Allaah, on écarte ici « visage » et « face », et l’on retient une tournure qui porte le sens de visée exclusive et sincère.

S.6:52
وَلَا تَطْرُدِ الَّذِينَ يَدْعُونَ رَبَّهُمْ بِالْغَدَاةِ وَالْعَشِيِّ يُرِيدُونَ وَجْهَهُ ۖ مَا عَلَيْكَ مِنْ حِسَابِهِمْ مِنْ شَيْءٍ وَمَا مِنْ حِسَابِكَ عَلَيْهِمْ مِنْ شَيْءٍ فَتَطْرُدَهُمْ فَتَكُونَ مِنَ الظَّالِمِينَ
Wa-lā taṭrudi lladhīna yadʿūna rabbahum bi-l-ghadāti wa-l-ʿashiyyi yurīdūna wajhahu mā ʿalayka min ḥisābihim min shayʾin wa-mā min ḥisābika ʿalayhim min shayʾin fa-taṭrudahum fa-takūna mina ẓ-ẓālimīn Et ne repousse (taṭrud) pas ceux qui invoquent leur Rabb, matin (ghadāt) et soir (ʿashiyy), ne visant que Lui-même (yurīdūna wajhahu). Tu n’as rien à voir avec leur reddition de comptes, ni eux avec la tienne — que tu les repousses, et tu serais alors du nombre des ẓālimūn.
Notes lexicales
taṭrud
racine *ṭ-r-d* : chasser, repousser au loin — l'image première étant celle du bétail que l'on écarte.
bi-l-ghadāti wa-l-ʿashiyyi
paire qui qualifie la constance de l'invocation (voir l'étude La voix dans la Ṣalāt) : le matin et le soir couvrant, par métonymie, l'ensemble du jour.
yurīdūna wajhahu
voir l'avertissement de méthode ci-dessus.
mā ʿalayka min ḥisābihim ... wa-mā min ḥisābika ʿalayhim
racine *ḥ-s-b*. Dit : ce verset pose une séparation stricte et réciproque des responsabilités — ni le *nabī* n'est comptable de ce qui concerne ces personnes, ni elles de ce qui le concerne — qui prépare directement l'affirmation plus générale de S6:69 (ce Bloc).

S.6:53 · L’épreuve des uns par les autres — « Allaah aurait-il favorisé ceux-là parmi nous ? »

S.6:53
وَكَذَٰلِكَ فَتَنَّا بَعْضَهُمْ بِبَعْضٍ لِيَقُولُوا أَهَٰؤُلَاءِ مَنَّ اللَّهُ عَلَيْهِمْ مِنْ بَيْنِنَا ۗ أَلَيْسَ اللَّهُ بِأَعْلَمَ بِالشَّاكِرِينَ
Wa-kadhālika fatannā baʿḍahum bi-baʿḍin li-yaqūlū a-hāʾulāʾi manna llāhu ʿalayhim min bayninā a-laysa llāhu bi-aʿlama bi-sh-shākirīn Et ainsi Nous éprouvons (fatannā) les uns par les autres, si bien qu’ils disent : « Serait-ce ceux-là qu’Allaah aurait favorisés (manna) parmi nous ? » Allaah n’est-Il pas le plus connaissant de ceux qui rendent grâce (shākirīn) ?
Notes lexicales
fatannā baʿḍahum bi-baʿḍin
même racine *f-t-n* que S6:23 (Bloc II, même sourate, *fitnatuhum*) — ici sous une forme verbale active, l'épreuve consistant précisément à confronter des rangs sociaux différents entre eux.
manna llāhu ʿalayhim
racine *m-n-n* : accorder une faveur, un bienfait. Dit : le verset rapporte cette question comme une objection ironique de ceux qui jugent au rang social — le texte ne l'endosse pas, il la cite pour la retourner par la question finale.
bi-sh-shākirīn
racine *sh-k-r*, à distinguer de *ḥamd* (voir S6:1, Bloc I, note sur *al-ḥamd* : la *shukr* est la gratitude pour un bienfait reçu, le *ḥamd* la reconnaissance d'une excellence intrinsèque). Ici, la question finale renverse le critère : ce n'est pas le rang qui indique le mérite, mais la reconnaissance intérieure — qu'Allaah seul connaît pleinement.

La raḥma prescrite, le ḥukm qui n’appartient qu’à Allaah · S6:54–58

S.6:54 · La raḥma inscrite par votre Rabb sur Lui-même — le pardon après le repentir

Cohérence intra-coranique — écho direct de S6:12. Ce verset reprend, presque mot pour mot, la formule de S6:12 (Bloc I, même sourate) : kataba ʿalā nafsihi r-raḥmata, « Il a inscrit sur Lui-même la raḥma ». La note posée à cet endroit s’applique ici à l’identique : la raḥma est ce que l’on peut dire lorsqu’on parle d’Allaah à propos d’une détermination qu’Il a Lui-même fixée envers Sa création, portée par le même verbe (kataba) qui, ailleurs, formule une obligation imposée aux croyants (S2:183, S2:216) — ici retourné vers Allaah Lui-même par la construction réflexive ʿalā nafsihi.

S.6:54
وَإِذَا جَاءَكَ الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِآيَاتِنَا فَقُلْ سَلَامٌ عَلَيْكُمْ ۖ كَتَبَ رَبُّكُمْ عَلَىٰ نَفْسِهِ الرَّحْمَةَ ۖ أَنَّهُ مَنْ عَمِلَ مِنْكُمْ سُوءًا بِجَهَالَةٍ ثُمَّ تَابَ مِنْ بَعْدِهِ وَأَصْلَحَ فَأَنَّهُ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Wa-idhā jāʾaka lladhīna yuʾminūna bi-āyātinā fa-qul salāmun ʿalaykum kataba rabbukum ʿalā nafsihi r-raḥmata annahu man ʿamila minkum sūʾan bi-jahālatin thumma tāba min baʿdihi wa-aṣlaḥa fa-annahu ghafūrun raḥīm Et lorsque viennent à toi ceux qui croient en Nos āyāt, dis : « Paix sur vous ! » Votre Rabb a inscrit sur Lui-même la raḥma — quiconque parmi vous a commis un mal par ignorance (jahāla), puis s’est repenti (tāba) après cela et s’est réformé (aṣlaḥa), alors Il est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
kataba rabbukum ʿalā nafsihi r-raḥmata
voir la note de cohérence ci-dessus.
bi-jahālatin
même racine *j-h-l* que *al-jāhilīn* (S6:35, Bloc II, même sourate). Dit : le pardon promis ici est explicitement conditionné à un mal commis par *jahāla* (ignorance ou emportement irréfléchi), suivi d'un repentir et d'une réforme effective — non une absolution inconditionnelle.

S.6:55 · Les āyāt détaillées — que le chemin des mujrimūn devienne manifeste

S.6:55
وَكَذَٰلِكَ نُفَصِّلُ الْآيَاتِ وَلِتَسْتَبِينَ سَبِيلُ الْمُجْرِمِينَ
Wa-kadhālika nufaṣṣilu l-āyāti wa-li-tastabīna sabīlu l-mujrimīn Et ainsi Nous détaillons (nufaṣṣilu) les āyāt, afin que devienne manifeste (tastabīna) la voie des mujrimūn.
Notes lexicales
nufaṣṣilu / tastabīna
*nufaṣṣil*, racine *f-ṣ-l* : séparer, détailler pièce par pièce — même racine que *al-fāṣilīn* (S6:57, ce Bloc). *Tastabīna*, racine *b-y-n* (manifeste, clair). Dit : le texte présente le détail des *āyāt* comme ayant pour effet, entre autres, de rendre visible la voie de ceux qui commettent l'acte délibéré et grave (*mujrimūn*) — un effet de clarification, non de création de cette voie.

S.6:56 · Il m’a été interdit d’adorer ce que vous invoquez hors d’Allaah

S.6:56
قُلْ إِنِّي نُهِيتُ أَنْ أَعْبُدَ الَّذِينَ تَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ ۚ قُلْ لَا أَتَّبِعُ أَهْوَاءَكُمْ ۙ قَدْ ضَلَلْتُ إِذًا وَمَا أَنَا مِنَ الْمُهْتَدِينَ
Qul innī nuhītu an aʿbuda lladhīna tadʿūna min dūni llāhi qul lā attabiʿu ahwāʾakum qad ḍalaltu idhan wa-mā anā mina l-muhtadīn Dis : « Il m’a été interdit (nuhītu) d’adorer ceux que vous invoquez en dehors d’Allaah. » Dis : « Je ne suis pas vos ahwāʾ (désirs propres) — je me serais alors égaré, et je ne serais pas du nombre des bien-guidés (al-muhtadīn). »
Notes lexicales
nuhītu
même racine *n-h-y* que S6:26 (Bloc II, même sourate, *yanhawna*) — ici à la forme passive, appliquée cette fois au *nabī* lui-même, qui rapporte à la première personne une interdiction reçue plutôt que d'en formuler une envers autrui.
ahwāʾakum
racine *h-w-y* (voir S2:108, S5:12/60/77) : le désir qui incline et fait pencher, distinct du jugement réfléchi.

S.6:57 · Sur une preuve claire de mon Rabb — le ḥukm n’appartient qu’à Allaah

S.6:57
قُلْ إِنِّي عَلَىٰ بَيِّنَةٍ مِنْ رَبِّي وَكَذَّبْتُمْ بِهِ ۚ مَا عِنْدِي مَا تَسْتَعْجِلُونَ بِهِ ۚ إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ ۖ يَقُصُّ الْحَقَّ ۖ وَهُوَ خَيْرُ الْفَاصِلِينَ
Qul innī ʿalā bayyinatin min rabbī wa-kadhdhabtum bihi mā ʿindī mā tastaʿjilūna bihi ini l-ḥukmu illā li-llāhi yaquṣṣu l-ḥaqqa wa-huwa khayru l-fāṣilīn Dis : « Je m’appuie sur une preuve claire (bayyina) venant de mon Rabb, et vous l’avez démentie. Je n’ai pas ce que vous cherchez à hâter (tastaʿjilūn) — le ḥukm n’appartient qu’à Allaah. Il relate (yaquṣṣu) al-ḥaqq, et Il est le meilleur de ceux qui tranchent (al-fāṣilīn). »
Notes lexicales
ini l-ḥukmu illā li-llāh
racine *ḥ-k-m* (voir S5:44–50 ; voir aussi l'étude Le Nabī n'est pas législateur). Cohérence intra-coranique : cette formule catégorique — le *ḥukm* n'appartient qu'à Allaah — reprend le principe posé à propos du triptyque *kāfirūn/ẓālimūn/fāsiqūn* (S5:44–47), ici appliqué non au jugement légiféré mais au moment précis de la décision entre le *nabī* et ceux qui le démentent.
yaquṣṣu l-ḥaqqa
racine *q-ṣ-ṣ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : le sens premier est de suivre une trace, un vestige, pas à pas — d'où le sens dérivé de relater un récit en suivant fidèlement son fil. Note de linguistique pure : « relater *al-ḥaqq* » porte ainsi, par l'image même de la racine, l'idée d'un récit qui suit fidèlement le vestige du réel, non une narration qui s'en écarterait.
khayru l-fāṣilīn
même racine *f-ṣ-l* que *nufaṣṣilu* (S6:55, ce Bloc) : la même racine qui « détaille » les *āyāt* est ici celle qui « tranche » entre le vrai et le faux — un même geste de séparation nette, appliqué à deux objets distincts.

S.6:58 · Si j’avais ce que vous hâtez, l’affaire serait déjà tranchée entre nous

S.6:58
قُلْ لَوْ أَنَّ عِنْدِي مَا تَسْتَعْجِلُونَ بِهِ لَقُضِيَ الْأَمْرُ بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ ۗ وَاللَّهُ أَعْلَمُ بِالظَّالِمِينَ
Qul law anna ʿindī mā tastaʿjilūna bihi la-quḍiya l-amru baynī wa-baynakum wa-llāhu aʿlamu bi-ẓ-ẓālimīn Dis : « Si j’avais ce que vous cherchez à hâter, l’affaire aurait déjà été tranchée (la-quḍiya l-amr) entre moi et vous. » Et Allaah connaît le mieux les ẓālimūn.
Notes lexicales
la-quḍiya l-amru baynī wa-baynakum
même racine *q-ḍ-y* et même construction, presque mot pour mot, que S6:8 (Bloc I, même sourate : « *wa-law anzalnā malakan la-quḍiya l-amru thumma lā yunẓarūn* », à propos de l'hypothèse d'un *malak* envoyé). Cohérence intra-coranique interne à la sourate : le même verbe pose, dans les deux cas, l'idée d'une clôture immédiate et sans appel qu'entraînerait la venue d'un signe ou d'un événement décisif — ici appliqué à la demande d'un châtiment hâté plutôt qu'à celle d'un *malak*.

Les clefs du ghayb, la prise nocturne des âmes, le retour au Mawlā véritable · S6:59–62

S.6:59 · Les clefs du ghayb — pas une feuille ne tombe sans qu’Il le sache

S.6:59
۞ وَعِنْدَهُ مَفَاتِحُ الْغَيْبِ لَا يَعْلَمُهَا إِلَّا هُوَ ۚ وَيَعْلَمُ مَا فِي الْبَرِّ وَالْبَحْرِ ۚ وَمَا تَسْقُطُ مِنْ وَرَقَةٍ إِلَّا يَعْلَمُهَا وَلَا حَبَّةٍ فِي ظُلُمَاتِ الْأَرْضِ وَلَا رَطْبٍ وَلَا يَابِسٍ إِلَّا فِي كِتَابٍ مُبِينٍ
Wa-ʿindahu mafātiḥu l-ghaybi lā yaʿlamuhā illā huwa wa-yaʿlamu mā fi l-barri wa-l-baḥri wa-mā tasquṭu min waraqatin illā yaʿlamuhā wa-lā ḥabbatin fī ẓulumāti l-arḍi wa-lā raṭbin wa-lā yābisin illā fī kitābin mubīn Et auprès de Lui sont les clefs (mafātiḥ) du ghayb : nul ne les connaît sinon Lui. Il sait ce qui est sur la terre ferme et dans la mer — et pas une feuille ne tombe sans qu’Il le sache, ni un grain dans les ténèbres (ẓulumāt) de la terre, ni rien d’humide ni de sec, sans que cela soit dans un Kitāb manifeste (mubīn).
Notes lexicales
mafātiḥu l-ghayb
racine *f-t-ḥ* (ouvrir), même racine que *fataḥnā ʿalayhim abwāba kulli shayʾin* (S6:44, Bloc II, même sourate — « Nous leur avons ouvert les portes de toute chose »). Cohérence intra-coranique interne à la sourate : la même racine qui, en S6:44, ouvre les portes d'une abondance matérielle précédant une ruine, désigne ici les clefs d'un accès qu'Allaah seul détient — celui du *ghayb*.
ẓulumāti l-arḍ
même racine *ẓ-l-m* que la paire *ẓulumāt/nūr* de S6:1 (Bloc I), mais dans un registre distinct : là, une image de portée figurée et morale ; ici, l'obscurité physique et littérale du sous-sol. Cohérence intra-coranique : ces deux emplois ne sont pas fusionnés, la sourate mobilisant la même racine à des niveaux distincts, comme pour *ṭīn/turāb* (S6:2).
fī kitābin mubīn
même racine *k-t-b* que *mā farraṭnā fi l-kitābi min shayʾin* (S6:38, Bloc II, même sourate, sur l'exhaustivité du Kitāb) — cohérence directe : l'affirmation que rien n'est absent du Kitāb trouve ici son illustration la plus concrète, jusqu'au grain isolé dans l'obscurité du sol.

S.6:60 · Ce qui vous reprend pleinement la nuit — le terme fixé — le retour vers Lui

S.6:60
وَهُوَ الَّذِي يَتَوَفَّاكُمْ بِاللَّيْلِ وَيَعْلَمُ مَا جَرَحْتُمْ بِالنَّهَارِ ثُمَّ يَبْعَثُكُمْ فِيهِ لِيُقْضَىٰ أَجَلٌ مُسَمًّى ۖ ثُمَّ إِلَيْهِ مَرْجِعُكُمْ ثُمَّ يُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
Wa-huwa lladhī yatawaffākum bi-l-layli wa-yaʿlamu mā jaraḥtum bi-n-nahāri thumma yabʿathukum fīhi li-yuqḍā ajalun musamman thumma ilayhi marjiʿukum thumma yunabbiʾukum bi-mā kuntum taʿmalūn Et Il est Ce qui vous reprend pleinement (yatawaffākum) la nuit, et sait ce que vous avez acquis (jaraḥtum) le jour — puis Il vous réveille (yabʿathukum) en ce jour, afin que s’accomplisse un terme nommément fixé — puis c’est vers Lui votre retour, puis Il vous informera de ce que vous faisiez.
Notes lexicales
yatawaffākum bi-l-layli
même racine *w-f-y* que *tawaffaytanī* (S5:117, Bloc XI de la Sourate 5) et *mutawaffīka* (S3:55). Point de méthode : ce verset applique ce même verbe non à la mort définitive, mais au sommeil quotidien — attestant, à l'intérieur même du Coran, l'étendue sémantique de cette racine : « reprendre pleinement à Soi », que ce soit pour une nuit ou pour la fin d'une vie. Le verset suivant (S6:61, ce Bloc) applique de nouveau ce même verbe, cette fois à la mort effective — les deux versets, l'un à côté de l'autre, donnent ainsi à voir les deux pôles de cette même racine.
mā jaraḥtum bi-n-nahāri
racine *j-r-ḥ* : blesser, entailler. Note lexicale : les lexicographes classiques rattachent le sens de « acquérir, accomplir un acte » (bon ou mauvais) à l'image de l'animal de chasse qui « blesse » sa proie pour se l'approprier (d'où *al-jāriḥa*, l'animal ou l'oiseau de proie) — un sens dérivé attesté, ici appliqué à ce que l'humain « s'approprie » par ses actes du jour.
yabʿathukum fīhi / ajalun musamman
même racine *b-ʿ-th* que *yabʿathuhumu llāh* (S6:36, Bloc II, à propos des morts) — ici appliquée au réveil quotidien, non à la résurrection finale : une même racine, un même registre de sens (« remettre en mouvement depuis un état de repos »), à deux échelles distinctes. *Ajalun musamman* : voir S6:2 (Bloc I).

S.6:61 · Ce qui prévaut, en pleine maîtrise, sur Ses ʿibād — les gardiens envoyés — la mort

Répétition exacte — S6:18. Le premier segment de ce verset, wa-huwa l-qāhiru fawqa ʿibādihi, reproduit mot pour mot S6:18 (Bloc I, même sourate). Le traitement retenu à cet endroit est reconduit à l’identique : fawqa n’est pas traduit par « au-dessus de » (connotation spatiale exclue lorsqu’il s’agit d’Allaah), mais par une tournure de pleine maîtrise hiérarchique.

S.6:61
وَهُوَ الْقَاهِرُ فَوْقَ عِبَادِهِ ۖ وَيُرْسِلُ عَلَيْكُمْ حَفَظَةً حَتَّىٰ إِذَا جَاءَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ تَوَفَّتْهُ رُسُلُنَا وَهُمْ لَا يُفَرِّطُونَ
Wa-huwa l-qāhiru fawqa ʿibādihi wa-yursilu ʿalaykum ḥafaẓatan ḥattā idhā jāʾa aḥadakumu l-mawtu tawaffathu rusulunā wa-hum lā yufarriṭūn Et Il prévaut, en pleine maîtrise (al-qāhir), sur Ses ʿibād — et Il envoie sur vous des gardiens (ḥafaẓa), jusqu’à ce que la mort vienne à l’un de vous : Nos rusul le reprennent alors pleinement (tawaffathu), sans qu’ils ne négligent rien (lā yufarriṭūn).
Notes lexicales
al-qāhiru fawqa ʿibādihi
voir la note ci-dessus (répétition de S6:18).
ḥafaẓatan
racine *ḥ-f-ẓ* : garder, préserver de toute atteinte ou de tout oubli — appliquée ici à des agents chargés de veiller sur l'humain.
tawaffathu rusulunā
même racine *w-f-y* que S6:60 (ce Bloc), désormais appliquée à la mort effective — voir la note de ce verset. Non-dit et cohérence intra-coranique plus large : le terme *rusul* (au sens d'envoyés humains en S6:34/48) désigne ici, par la nature même de l'action décrite (reprendre une âme au moment de la mort), un tout autre référent — des agents chargés de cette tâche. Ce seul verset ne les nomme pas davantage ; la cohérence de cet emploi avec un passage plus explicite ailleurs dans le Coran sur un *malak al-mawt* (l'agent chargé de la mort) dépasse le périmètre de ce Bloc — signalé ici comme piste de lecture, non comme donnée tranchée par ce seul verset.
lā yufarriṭūn
même racine *f-r-ṭ* que S6:31/38 (Bloc II) : ici, l'absence de négligence est affirmée positivement des agents eux-mêmes, retournant le verbe employé pour la négligence humaine (S6:31) et l'exhaustivité du Kitāb (S6:38).

S.6:62 · Le retour à Allaah, leur véritable Mawlā — le ḥukm Lui appartient

S.6:62
ثُمَّ رُدُّوا إِلَى اللَّهِ مَوْلَاهُمُ الْحَقِّ ۚ أَلَا لَهُ الْحُكْمُ وَهُوَ أَسْرَعُ الْحَاسِبِينَ
Thumma ruddū ilā llāhi mawlāhumu l-ḥaqqi alā lahu l-ḥukmu wa-huwa asraʿu l-ḥāsibīn Puis ils sont ramenés à Allaah, leur Mawlā véritable (al-ḥaqq) — n’est-ce pas à Lui qu’appartient le ḥukm ? — et Il est le plus prompt de ceux qui tiennent le compte (al-ḥāsibīn).
Notes lexicales
mawlāhumu l-ḥaqqi
même racine *w-l-y* que *walī* — *mawlā* en étant une forme apparentée désignant le patron, le protecteur véritable et légitime, qualifié ici par *al-ḥaqq* pour l'opposer à tout *walī* illégitime écarté dans cette sourate (S6:14, S6:51, ce Bloc).
alā lahu l-ḥukmu
même formule que S6:57 (ce Bloc, *ini l-ḥukmu illā li-llāh*) — répétition du même principe à peu de distance, encadrant tout cet ensemble de versets sur la question du *ḥukm*.

Qui sauve des ténèbres de la terre et de la mer, le châtiment multiforme, le terme de chaque nouvelle · S6:63–67

S.6:63–64 · Qui sauve des ténèbres de la terre et de la mer ? — Allaah seul — puis vous associez

S.6:63
قُلْ مَنْ يُنَجِّيكُمْ مِنْ ظُلُمَاتِ الْبَرِّ وَالْبَحْرِ تَدْعُونَهُ تَضَرُّعًا وَخُفْيَةً لَئِنْ أَنْجَانَا مِنْ هَٰذِهِ لَنَكُونَنَّ مِنَ الشَّاكِرِينَ
Qul man yunajjīkum min ẓulumāti l-barri wa-l-baḥri tadʿūnahu taḍarruʿan wa-khufyatan la-in anjānā min hādhihi la-nakūnanna mina sh-shākirīn Dis : « Qui vous sauve (yunajjīkum) des ténèbres de la terre et de la mer ? » — vous L’invoquez avec humilité suppliante (taḍarruʿan) et en secret (khufyatan) : « S’Il nous sauve de celle-ci, nous serons assurément parmi ceux qui rendent grâce ! »
S.6:64
قُلِ اللَّهُ يُنَجِّيكُمْ مِنْهَا وَمِنْ كُلِّ كَرْبٍ ثُمَّ أَنْتُمْ تُشْرِكُونَ
Quli llāhu yunajjīkum minhā wa-min kulli karbin thumma antum tushrikūn Dis : « Allaah vous en sauve, ainsi que de toute angoisse (karb) — et pourtant vous associez [des partenaires] (tushrikūn). »
Notes lexicales
yunajjīkum
racine *n-j-w/n-j-y* — Ibn Fāris : *an-najwa*, le terrain élevé, hors d'atteinte de l'inondation ; d'où *najā*, être sauvé, atteindre un lieu sûr.
ẓulumāti l-barri wa-l-baḥri
troisième registre distinct, dans cette seule sourate, de la racine *ẓ-l-m* pour désigner des ténèbres : figurées en S6:1 (Bloc I), celles du sous-sol en S6:59 (ce Bloc), et ici les périls et l'obscurité des voyages par terre et par mer. Ces trois registres ne sont pas fusionnés.
taḍarruʿan wa-khufyatan
même racine *ḍ-r-ʿ* que S6:42–43 (Bloc II, même sourate, *yataḍarraʿūn*) : l'humilité suppliante, ici précisée par son second terme, *khufya* (racine *kh-f-y*, le secret, ce qui est tenu caché) — l'invocation la plus sincère se faisant, selon ce verset, discrètement.
karb
racine *k-r-b* : l'angoisse, la détresse qui serre et oppresse.

S.6:65 · La capacité d’un châtiment venu d’en haut, d’en bas, ou de la discorde des sectes

Point de méthode — « min fawqikum », à distinguer de S6:18/61. Ce verset emploie de nouveau fawqa (« au-dessus de », « en haut »), mais dans un tout autre registre que S6:18 et S6:61 (ce Bloc) : il ne s’agit ici ni d’un rapport à Allaah Lui-même, ni d’une question de lieu qui Le concernerait, mais de la provenance possible d’un châtiment — du ciel ou du sol. Cet emploi n’est donc pas soumis à la même vigilance, et la distinction est posée pour éviter toute confusion entre les deux usages dans un même Bloc.

S.6:65
قُلْ هُوَ الْقَادِرُ عَلَىٰ أَنْ يَبْعَثَ عَلَيْكُمْ عَذَابًا مِنْ فَوْقِكُمْ أَوْ مِنْ تَحْتِ أَرْجُلِكُمْ أَوْ يَلْبِسَكُمْ شِيَعًا وَيُذِيقَ بَعْضَكُمْ بَأْسَ بَعْضٍ ۗ انْظُرْ كَيْفَ نُصَرِّفُ الْآيَاتِ لَعَلَّهُمْ يَفْقَهُونَ
Qul huwa l-qādiru ʿalā an yabʿatha ʿalaykum ʿadhāban min fawqikum aw min taḥti arjulikum aw yalbisakum shiyaʿan wa-yudhīqa baʿḍakum baʾsa baʿḍin unẓur kayfa nuṣarrifu l-āyāti laʿallahum yafqahūn Dis : « Il est en pleine capacité (al-qādir) d’envoyer sur vous un châtiment d’en haut ou de sous vos pieds, ou de vous confondre (yalbisakum) en sectes (shiyaʿan) rivales, et de faire goûter aux uns la violence des autres. » Regarde comment Nous diversifions les āyāt, puissent-ils comprendre (yafqahūn) !
Notes lexicales
min fawqikum ... min taḥti arjulikum
voir le point de méthode ci-dessus.
yalbisakum shiyaʿan
même racine *l-b-s* que *la-labasnā ʿalayhim mā yalbisūn* (S6:9, Bloc I, même sourate — la confusion qu'aurait entretenue un *malak* à forme humaine). Cohérence intra-coranique interne à la sourate : la même racine de confusion/mélange, appliquée en S6:9 à une éventuelle méprise sur la nature d'un signe, désigne ici la discorde qui divise une communauté en factions (*shiyaʿ*) rivales.
nuṣarrifu l-āyāti laʿallahum yafqahūn
même clause d'ouverture que S6:46 (ce Bloc), avec une finale opposée : là, « pourtant ils se détournent » (*yaṣdifūn*) ; ici, « puissent-ils comprendre » (*yafqahūn*), même racine *f-q-h* que S6:25 (Bloc II, même sourate, *an yafqahūhu*, les voiles empêchant la compréhension). Note de linguistique pure : la même diversification des signes reçoit ainsi, dans cette sourate, deux issues opposées selon la disposition de qui les reçoit — signe ouvert à double lecture par le texte lui-même.

S.6:66–67 · Ton peuple a démenti al-ḥaqq — je ne suis pas wakīl — chaque nouvelle a son terme

S.6:66
وَكَذَّبَ بِهِ قَوْمُكَ وَهُوَ الْحَقُّ ۚ قُلْ لَسْتُ عَلَيْكُمْ بِوَكِيلٍ
Wa-kadhdhaba bihi qawmuka wa-huwa l-ḥaqqu qul lastu ʿalaykum bi-wakīl Et ton peuple (qawmuka) l’a démenti, alors que c’est al-ḥaqq. Dis : « Je ne suis pas, sur vous, un wakīl (garant chargé de veiller). »
S.6:67
لِكُلِّ نَبَإٍ مُسْتَقَرٌّ ۚ وَسَوْفَ تَعْلَمُونَ
Li-kulli nabaʾin mustaqarrun wa-sawfa taʿlamūn À chaque nouvelle (naba’) son terme d’établissement (mustaqarr) — et vous saurez bientôt.
Notes lexicales
qawmuka
Dit : ce verset nomme explicitement « ton peuple » — une désignation directe et concrète de l'audience immédiate du *nabī*, distincte des formulations plus générales (« ceux qui ») employées ailleurs dans ce Bloc.
wakīl
racine *w-k-l* : confier une charge à un autre pour qu'il la gère en son nom. Terme appliqué ici par la négative au *nabī* lui-même — il n'est pas responsable de garantir un résultat sur ceux qui démentent, distinction qui prolonge celle posée en S6:52 (ce Bloc) sur la reddition de comptes.
li-kulli nabaʾin mustaqarrun
*naba'*, racine *n-b-ʾ* (voir S6:5, S6:34). *Mustaqarr*, racine *q-r-r* : le lieu ou le moment où une chose vient se poser, s'établir durablement. Dit : chaque annonce, y compris celle d'un châtiment ou d'une issue promise, a un terme propre où elle s'accomplit — sans que ce terme soit ici précisé.

Se détourner de la moquerie des āyāt, la responsabilité individuelle, abandonner ceux qui jouent avec leur dīn · S6:68–70

S.6:68 · Se détourner de ceux qui plongent dans la moquerie des āyāt

S.6:68
وَإِذَا رَأَيْتَ الَّذِينَ يَخُوضُونَ فِي آيَاتِنَا فَأَعْرِضْ عَنْهُمْ حَتَّىٰ يَخُوضُوا فِي حَدِيثٍ غَيْرِهِ ۚ وَإِمَّا يُنْسِيَنَّكَ الشَّيْطَانُ فَلَا تَقْعُدْ بَعْدَ الذِّكْرَىٰ مَعَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
Wa-idhā raʾayta lladhīna yakhūḍūna fī āyātinā fa-aʿriḍ ʿanhum ḥattā yakhūḍū fī ḥadīthin ghayrihi wa-immā yunsiyannaka sh-shayṭānu fa-lā taqʿud baʿda dh-dhikrā maʿa l-qawmi ẓ-ẓālimīn Et lorsque tu vois ceux qui se plongent (yakhūḍūna) dans [la moquerie de] Nos āyāt, détourne-toi (aʿriḍ) d’eux jusqu’à ce qu’ils se tournent vers un autre propos. Et si le shayṭān venait à te le faire oublier, ne reste pas assis, une fois le rappel revenu, avec le peuple ẓālim.
Notes lexicales
yakhūḍūna ... ḥattā yakhūḍū fī ḥadīthin ghayrihi
racine *kh-w-ḍ* : à l'origine, patauger, s'avancer dans l'eau sans mesurer la profondeur — d'où le sens dérivé de se lancer sans retenue dans un propos, en général pour s'en moquer. Précédent exact : S4:140 (Sourate 4, Bloc IX) — la clause finale de ce verset, *ḥattā yakhūḍū fī ḥadīthin ghayrih*, reproduit mot pour mot celle de S4:140 ; même principe reconduit ici : ne pas rester dans l'assemblée de ceux qui raillent les *āyāt* tant qu'ils ne changent pas de propos.
wa-immā yunsiyannaka sh-shayṭānu
Dit : ce verset envisage explicitement, pour le *nabī* lui-même, la possibilité d'un oubli momentané de cette règle sous l'effet du *shayṭān* — la faute n'est pas dans l'oubli, mais dans le fait de rester une fois le rappel (*dhikrā*) revenu.

S.6:69 · La responsabilité strictement individuelle — seul le rappel est dû

S.6:69
وَمَا عَلَى الَّذِينَ يَتَّقُونَ مِنْ حِسَابِهِمْ مِنْ شَيْءٍ وَلَٰكِنْ ذِكْرَىٰ لَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ
Wa-mā ʿalā lladhīna yattaqūna min ḥisābihim min shayʾin wa-lākin dhikrā laʿallahum yattaqūn Et ceux qui se prémunissent (yattaqūn) ne portent rien de la reddition de comptes [de ces gens-là] — mais [seulement] un rappel (dhikrā), puissent-ils s’en prémunir.
Notes lexicales
wa-mā ʿalā lladhīna yattaqūna min ḥisābihim min shayʾ
même distinction qu'en S6:52 (ce Bloc, *mā ʿalayka min ḥisābihim min shayʾ*) — ici généralisée à tout croyant, non plus au seul *nabī*. Dit : la responsabilité de chacun envers l'attitude d'autrui se limite explicitement, selon ce verset, au rappel (*dhikrā*) — non à une obligation de résultat ni à un compte à rendre pour la conduite d'un tiers.

S.6:70 · Abandonner ceux qui ont pris leur dīn en jeu — nulle rançon acceptée

Point de méthode — distinction avec S6:32. Ce verset ne doit pas être confondu avec S6:32 (Bloc II, même sourate), qui affirme que la vie d’ici-bas (al-ḥayāt ad-dunyā) est, par sa nature même, jeu et divertissement, par contraste avec l’ākhira. Ici, le texte affirme autre chose : que certaines personnes ont pris (ittakhadhū) leur propre dīn comme un jeu et un divertissement — une critique d’une disposition humaine erronée envers le dīn, non une affirmation sur la nature du dīn lui-même. Ces deux affirmations distinctes ne sont pas fusionnées.

S.6:70
وَذَرِ الَّذِينَ اتَّخَذُوا دِينَهُمْ لَعِبًا وَلَهْوًا وَغَرَّتْهُمُ الْحَيَاةُ الدُّنْيَا ۚ وَذَكِّرْ بِهِ أَنْ تُبْسَلَ نَفْسٌ بِمَا كَسَبَتْ لَيْسَ لَهَا مِنْ دُونِ اللَّهِ وَلِيٌّ وَلَا شَفِيعٌ وَإِنْ تَعْدِلْ كُلَّ عَدْلٍ لَا يُؤْخَذْ مِنْهَا ۗ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ أُبْسِلُوا بِمَا كَسَبُوا ۖ لَهُمْ شَرَابٌ مِنْ حَمِيمٍ وَعَذَابٌ أَلِيمٌ بِمَا كَانُوا يَكْفُرُونَ
Wa-dhari lladhīna ttakhadhū dīnahum laʿiban wa-lahwan wa-gharrathumu l-ḥayātu d-dunyā wa-dhakkir bihi an tubsala nafsun bi-mā kasabat laysa lahā min dūni llāhi waliyyun wa-lā shafīʿun wa-in taʿdil kulla ʿadlin lā yuʾkhadh minhā ulāʾika lladhīna ubsilū bi-mā kasabū lahum sharābun min ḥamīmin wa-ʿadhābun alīmun bi-mā kānū yakfurūn Et laisse (dhari) ceux qui ont pris leur dīn comme jeu et divertissement, et que la vie d’ici-bas a dupés (gharrat) — mais rappelle, par lui, qu’une nafs pourrait être livrée à sa ruine (tubsala) pour ce qu’elle a acquis, sans avoir, en dehors d’Allaah, ni walī ni shafīʿ ; et même si elle offrait toute compensation possible (taʿdil kulla ʿadl), elle ne serait pas acceptée d’elle. Voilà ceux qui sont livrés à leur ruine (ubsilū) pour ce qu’ils ont acquis — pour eux, une boisson d’eau bouillante (ḥamīm) et un châtiment douloureux, pour le kufr qu’ils commettaient.
Notes lexicales
ittakhadhū dīnahum laʿiban wa-lahwan
voir le point de méthode ci-dessus.
gharrathumu l-ḥayātu d-dunyā
racine *gh-r-r* : tromper par une apparence flatteuse, faire illusion.
tubsala ... ubsilū
racine *b-s-l*, rare — les lexicographes classiques (*Lisān al-ʿArab*) la définissent comme le fait d'être livré, remis en gage pour une dette que l'on ne peut acquitter, d'où le sens dérivé d'être abandonné à sa perte, sans recours.
walī wa-lā shafīʿ
répétition exacte de la formule de S6:51 (ce Bloc) — voir la note à cet endroit.
wa-in taʿdil kulla ʿadlin lā yuʾkhadh minhā
même racine *ʿ-d-l* que *yaʿdilūn* (S6:1, Bloc I, « ils Lui égalent [des associés] »). Note de linguistique pure : un même noyau de sens — établir une égalité, une équivalence — unit ces deux emplois distincts : mettre une chose sur le même rang qu'Allaah (S6:1), et offrir une compensation équivalente pour racheter une faute (S6:70) ; cette parenté racinaire est signalée sans en tirer une équivalence de sens entre les deux versets.

Le refus du retour en arrière, la soumission au Rabb des mondes, la clôture · S6:71–73

S.6:71 · Le refus du retour en arrière après la guidance — la guidance d’Allaah est la guidance

S.6:71
قُلْ أَنَدْعُو مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَنْفَعُنَا وَلَا يَضُرُّنَا وَنُرَدُّ عَلَىٰ أَعْقَابِنَا بَعْدَ إِذْ هَدَانَا اللَّهُ كَالَّذِي اسْتَهْوَتْهُ الشَّيَاطِينُ فِي الْأَرْضِ حَيْرَانَ لَهُ أَصْحَابٌ يَدْعُونَهُ إِلَى الْهُدَى ائْتِنَا ۗ قُلْ إِنَّ هُدَى اللَّهِ هُوَ الْهُدَىٰ ۖ وَأُمِرْنَا لِنُسْلِمَ لِرَبِّ الْعَالَمِينَ
Qul anadʿū min dūni llāhi mā lā yanfaʿunā wa-lā yaḍurrunā wa-nuraddu ʿalā aʿqābinā baʿda idh hadānā llāhu ka-lladhi stahwathu sh-shayāṭīnu fi l-arḍi ḥayrāna lahu aṣḥābun yadʿūnahu ilā l-hudā iʾtinā qul inna hudā llāhi huwa l-hudā wa-umirnā li-nuslima li-rabbi l-ʿālamīn Dis : « Invoquerions-nous, en dehors d’Allaah, ce qui ne nous est ni utile ni nuisible, et serions-nous ramenés sur nos talons (nuraddu ʿalā aʿqābinā) après qu’Allaah nous a guidés — comme celui que les shayāṭīn ont fait choir et égarer (istahwathu) sur la terre, désorienté (ḥayrān), tandis que des compagnons l’appellent vers la guidance : « Viens à nous ! » » Dis : « La guidance d’Allaah, voilà la guidance — et il nous a été ordonné de nous soumettre (nuslima) au Rabb des mondes. »
Notes lexicales
nuraddu ʿalā aʿqābinā
racine *ʿ-q-b* : le talon, ce qui vient en arrière — d'où l'idiome « être ramené sur ses talons », le retour en arrière, l'abandon d'une position déjà acquise.
istahwathu sh-shayāṭīnu ... ḥayrāna
racine *h-w-y* — même racine, par son noyau de sens (faire choir, faire tomber), que *ahwāʾ* (S6:56, ce Bloc : le désir qui incline et fait pencher). Note de linguistique pure : les lexicographes classiques rattachent *istahwā* (faire tomber quelqu'un, l'égarer) et *hawā* (le désir) à une même image de fond : ce qui fait chuter ou pencher hors du droit chemin. *Ḥayrān*, racine *ḥ-y-r* : être désorienté au point de ne plus retrouver sa direction.
inna hudā llāhi huwa l-hudā
racine *h-d-y*. Dit : cette formule pose une exclusivité catégorique — la guidance véritable, sans qualificatif supplémentaire, est celle-là même qui vient d'Allaah.

S.6:72 · L’ordre de la ṣalāt — c’est vers Lui que vous serez rassemblés

S.6:72
وَأَنْ أَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَاتَّقُوهُ ۚ وَهُوَ الَّذِي إِلَيْهِ تُحْشَرُونَ
Wa-an aqīmū ṣ-ṣalāta wa-ttaqūhu wa-huwa lladhī ilayhi tuḥsharūn Et [il nous a été ordonné] d’établir la ṣalāt et de nous prémunir de Lui (wa-ttaqūhu) — et Il est Ce vers quoi vous serez rassemblés.
Notes lexicales
wa-an aqīmū ṣ-ṣalāta
Non-dit grammatical : la particule *wa-an* (« et que ») rattache cette clause au même verbe *umirnā* (« il nous a été ordonné ») du verset précédent (S6:71, ce Bloc) — les deux versets forment une seule phrase continue, coupée par la seule numérotation. *Ṣalāt* conservée en translittération.
ilayhi tuḥsharūn
même racine *ḥ-sh-r* que S6:22/38/51 (Bloc II et ce Bloc, même sourate) : le rassemblement final, revenant ici clore cet ensemble sur la même note qui l'avait plusieurs fois ponctué.

S.6:73 · La création en vérité — « Sois » — la royauté au jour du Ṣūr — al-Ḥakīm, al-Khabīr

Point de lexicographie — « fī ṣ-ṣūr ». Le terme aṣ-ṣūr est compris par la plus grande part des lexicographes classiques comme désignant un instrument sonore (une corne, une trompe) dont il est soufflé. D’autres en rapprochent la racine ṣ-w-r de ṣuwar (les formes) — un rapprochement lexical attesté mais discuté, sans consensus tranché parmi les linguistes classiques eux-mêmes. On ne retient ici qu’un point de pure lexicographie, non de théologie : le terme est conservé en translittération, sans importer aucun détail narratif (l’identité de qui souffle, le nombre de fois) que ce seul verset ne fournit pas.

S.6:73
وَهُوَ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ بِالْحَقِّ ۖ وَيَوْمَ يَقُولُ كُنْ فَيَكُونُ ۚ قَوْلُهُ الْحَقُّ ۚ وَلَهُ الْمُلْكُ يَوْمَ يُنْفَخُ فِي الصُّورِ ۚ عَالِمُ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ ۚ وَهُوَ الْحَكِيمُ الْخَبِيرُ
Wa-huwa lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa bi-l-ḥaqqi wa-yawma yaqūlu kun fa-yakūnu qawluhu l-ḥaqqu wa-lahu l-mulku yawma yunfakhu fī ṣ-ṣūri ʿālimu l-ghaybi wa-sh-shahādati wa-huwa l-ḥakīmu l-khabīr Et Il est Ce qui a créé les cieux et la terre en toute vérité (bi-l-ḥaqq) — et le jour où Il dit « Sois » (kun), et cela est (fa-yakūn) — Sa parole est al-ḥaqq — et à Lui appartient la royauté (al-mulk) le jour où il sera soufflé dans le Ṣūr — Ce qui connaît l’invisible (al-ghayb) et le visible (ash-shahāda) — et Il est al-Ḥakīm, al-Khabīr.
Notes lexicales
kun fa-yakūnu
même formule qu'en S2:117 (« quand Il décrète une chose Il dit seulement : « Sois » — et cela est »), reprise ici à l'identique.
al-mulk
racine *m-l-k* : la royauté, la pleine possession et disposition. Note de linguistique pure : à distinguer explicitement de *malak* (l'ange, S6:8–9/50), dont l'étymologie relève d'une racine distincte, *l-ʾ-k* (voir S6:9) — deux mots dont les lettres se ressemblent en écriture non vocalisée, mais qui procèdent de racines et de sens entièrement séparés.
fī ṣ-ṣūr
voir le point de lexicographie ci-dessus.
ʿālimu l-ghaybi wa-sh-shahādati
même traduction de *ʿālim/ʿallām* appliqué au *ghayb* qu'en S5:116 (« Ce qui connaît parfaitement les réalités inconnaissables »), en cohérence avec l'étude L'Heure et ses signes sur S72:26. Note de linguistique pure : cette sourate connaît déjà une autre paire pour « le caché et le manifeste » — *sirr/jahr* (S6:3, Bloc I) — construite sur des racines distinctes de celle-ci, *ghayb/shahāda* : ces deux couples couvrent un terrain conceptuel voisin par des mots différents et ne sont pas fusionnés.
al-Ḥakīmu l-Khabīr
même couple qu'à la clôture de S6:18 (Bloc I, même sourate) — ce Bloc se referme ainsi sur la même formule qui avait clos le Bloc I, un procédé de structure en écho, comme pour la clôture du Bloc II sur la *ḥamd* (S6:45, en écho à S6:1).

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