Structure du Bloc VII, dernier Bloc de la Sourate 7. Sept ensembles. D’abord le constat des cœurs, des yeux et des oreilles qui ne servent pas à comprendre, et l’appartenance à Allaah des Noms de la plus grande excellence (al-asmāʾ al-ḥusnā), avec la mise en garde contre ceux qui dévient à leur sujet (S7:179–180). Puis une communauté qui guide par le ḥaqq — élargie ici à « ceux que Nous avons créés » —, le processus de l’istidrāj et le délai accordé aux dénégateurs, et le démenti de toute jinna (folie) chez le nabī (S7:181–184). Puis l’invitation à observer le malakūt des cieux et de la terre, la question sur l’Heure dont la connaissance reste exclusivement auprès d’Allaah, et l’aveu explicite du nabī : ni maîtrise du profit et du dommage pour lui-même, ni connaissance du ghayb, sauf ce qu’Allaah veut (S7:185–188). Puis le passage le plus délicat de ce Bloc : la création à partir d’un nafs unique, le conjoint donné pour l’apaisement, et le shirk qui survient chez le couple après qu’un enfant leur fut donné (S7:189–190). Puis la longue critique des idoles — incapables de créer, de se porter secours à elles-mêmes ou à leurs adorateurs, dépourvues de jambes, de mains, d’yeux et d’oreilles qui serviraient réellement — et le rappel du seul walī véritable (S7:191–198). Puis l’éthique du khudh al-ʿafw, la mise en garde contre l’incitation du shayṭān, et la vigilance de ceux qui se prémunissent (S7:199–202). Enfin le refus de produire un signe à volonté, l’ordre d’écouter le Qurʾān récité en silence, le dhikr intérieur et empreint de crainte, et la clôture de la sourate sur ceux qui, auprès de leur Rabb, ne dédaignent pas de L’adorer et se prosternent (S7:203–206).
Avertissement de méthode — point majeur, S7:189–190. Ce Bloc rencontre un passage que la tradition exégétique identifie très majoritairement à Ādam et Ḥawwāʾ, certains commentateurs classiques y ajoutant un récit circonstancié selon lequel l’enfant reçu aurait été nommé ʿAbd al-Ḥārith en hommage à une entité autre qu’Allaah. Ce Bloc signale que aucun de ces éléments circonstanciés ne figure dans le texte de ces deux versets : ni Ādam, ni Ḥawwāʾ, ni le nom de l’enfant, ni Iblīs, ni aucune idole n’y sont nommés. Le texte affirme (dit) une construction grammaticale précise — un pluriel adressé à l’humanité entière (« Il vous a créés ») qui bascule, dans la même phrase, à un duel (« tous deux invoquèrent… tous deux associèrent »). Deux lectures sont nommées à partir de cette seule syntaxe, sans en imposer aucune, et le récit circonstancié que le texte ne rapporte à aucun moment n’est pas importé. Voir le callout dédié, à l’endroit même du verset. Points secondaires : malakūt (S7:185, voir S6:75) ; taʿālā (S7:190, voir S6:100, « transcende ») ; le déni du ghayb et de toute maîtrise autonome par le nabī (S7:188, voir S6:50) ; la mashīʾa liée au ghafla/ḥadīth/ṭughyān (S7:179/186), question non tranchée par ces versets seuls (voir S6:35/39/107).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.7:179 | Beaucoup de jinn et d’humains créés pour jahannam — cœurs, yeux, oreilles inopérants |
| S.7:180 | Les Noms de la plus grande excellence (al-asmāʾ al-ḥusnā) — la déviation à leur sujet |
| S.7:181 | Une communauté qui guide par le ḥaqq, parmi ceux que Nous avons créés |
| S.7:182–183 | L’istidrāj — la gradation imperceptible — et le délai accordé, Ma manœuvre est ferme |
| S.7:184 | Nulle jinna chez leur compagnon — un avertisseur clair seulement |
| S.7:185–186 | Observer le malakūt des cieux et de la terre — qui Allaah égare n’a pas de guide |
| S.7:187 | La question sur l’Heure — sa connaissance seulement auprès d’Allaah |
| S.7:188 | Ni profit ni dommage pour moi-même, sauf ce qu’Allaah veut — je ne connais pas le ghayb |
| S.7:189–190 | Le nafs unique, le conjoint donné pour l’apaisement — le shirk du couple après le bienfait |
| S.7:191–192 | Ce qui ne crée rien et qui est créé — incapable de secourir |
| S.7:193–194 | Ils ne vous suivront pas — des serviteurs semblables à vous |
| S.7:195 | Jambes, mains, yeux, oreilles — le défi lancé aux associés |
| S.7:196–198 | Mon walī, c’est Allaah — ils regardent sans voir |
| S.7:199 | Khudh al-ʿafw — ordonne al-ʿurf — détourne-toi des jāhilīn |
| S.7:200–202 | L’incitation du shayṭān — la vigilance des muttaqīn — les frères dans l’égarement |
| S.7:203–204 | Le reproche de n’avoir pas choisi soi-même un signe — l’écoute du Qurʾān en silence |
| S.7:205–206 | Le dhikr intérieur, humble et craintif — la clôture sur la sajda |
Les cœurs qui ne comprennent pas, les Noms de la plus grande excellence · S7:179–180
S.7:179 · Beaucoup de jinn et d’humains créés pour jahannam
- dharaʾnā
- racine *dh-r-ʾ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) et *Kitāb al-ʿAyn* : faire exister en multipliant, disperser largement dans l'existence — distincte de *khalaqa* (façonner selon une mesure) et d'*anshaʾa* (faire naître, faire croître). Première occurrence de cette racine dans la traduction.
- li-jahannama … lā yafqahūna … lā yubṣirūna … lā yasmaʿūna
- Dit : le texte affirme cette destination et cette incapacité fonctionnelle des facultés (cœur, vue, ouïe) nommées, sans jamais nier l'existence de ces organes eux-mêmes — un défaut d'usage, non d'équipement. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le mécanisme exact reliant la création et cette destination — question qui rejoint la *mashīʾa* d'Allaah, non tranchée par un seul verset pris isolément (voir S6:35/39/107, S7:155/178).
- ka-l-anʿām
- même racine *n-ʿ-m* que le nom traditionnel de la Sourate 6 (*Al-Anʿām*, le bétail) — comparaison directe entre le bétail et des êtres humains.
- al-ghāfilūn
- racine *gh-f-l* (voir S7:136/146/172, même sourate) — ce mot se retrouve à la fin du Bloc (S7:205) dans un effet de bouclage (*inclusio*).
S.7:180 · Les Noms de la plus grande excellence — la déviation à leur sujet
- al-asmāʾ al-ḥusnā
- racine *ḥ-s-n* (le bien, l'excellence, ce qui atteint le plus haut degré de qualité) — même racine que *al-ḥusnā* en S4:95–96 (« le meilleur »), ici substantivée en épithète des Noms. Rendue par « la plus grande excellence » plutôt que par un simple adjectif esthétique isolé. Le verset désigne ces termes comme des *asmāʾ* (noms), et non comme des « attributs » : cohérent avec la formulation « ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah » pour les *ṣifāt*.
- yulḥidūna fī asmāʾihi
- racine *l-ḥ-d* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : incliner de côté, dévier d'une ligne droite ; d'où *laḥd*, la niche creusée en biais dans la tombe. Appliqué ici aux Noms d'Allaah : les détourner de leur sens propre — soit en les niant, soit en les appliquant à autre chose qu'Allaah, soit en les chargeant d'un sens qu'ils ne portent pas. Première occurrence de cette racine. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas les formes concrètes de cette déviation — il s'en tient à l'ordre donné (laisser ceux qui s'y livrent) et à la rétribution annoncée.
Une communauté qui guide, l’istidrāj et le délai, la folie démentie · S7:181–184
S.7:181 · Une communauté qui guide par le ḥaqq, parmi ceux que Nous avons créés
- wa-mimman khalaqnā ummatun yahdūna bi-l-ḥaqqi wa-bihi yaʿdilūn
- formule quasi identique à S7:159, à propos du peuple de Mūsā (« *wa-min qawmi mūsā ummatun yahdūna bi-l-ḥaqqi wa-bihi yaʿdilūn* »). Cohérence intra-coranique : ce verset reprend la même formule en l'élargissant — « *mimman khalaqnā* » (parmi ceux que Nous avons créés) plutôt que « *min qawmi Mūsā* » — un principe qui n'est donc pas circonscrit à un seul peuple. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si cet élargissement vise l'humanité entière ou une portée plus restreinte parmi elle.
S.7:182–183 · L’istidrāj et le délai accordé — Ma manœuvre est ferme
- sa-nastadrijuhum
- racine *d-r-j* (gradation, degré, échelon) — voir S2:228, S3:163 et l'étude Femmes et hommes dans le Coran — La place de chacun dans la société — ici à la forme X (*istafʿala*), qui donne le sens de mener quelqu'un, degré après degré, vers un terme qu'il ne perçoit pas venir. Dit : le texte affirme ce processus graduel et le fait qu'il échappe à la perception de ceux qui le subissent (*min ḥaythu lā yaʿlamūn*). Non-dit : la modalité concrète de cette gradation — nature exacte des étapes — n'est pas détaillée par ce seul verset.
- umlī lahum
- voir S3:178 (« *numlī lahum* », « le délai que Nous leur accordons… Nous ne leur accordons ce délai que pour qu'ils s'accroissent en faute ») — même racine *m-l-w*/*m-l-y* (prolonger, allonger un délai, sans qu'aucune idée de faveur n'y soit attachée), ici à la première personne du singulier plutôt qu'au pluriel de majesté. Ce délai est associé à l'*istidrāj* du verset précédent : les deux versets se répondent, l'un nommant le processus, l'autre le délai qui l'accompagne.
- kaydī matīn
- *kayd*, racine *k-y-d* (voir S3:120, S4:76 : « manœuvre indirecte visant à contrecarrer », distincte de *makr* — S3:54, S7:99 — par une connotation d'hostilité plus marquée). *Matīn*, racine *m-t-n* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la fermeté, la solidité, la résistance à toute atteinte. Première occurrence de cette racine ; traduite par « d'une fermeté inébranlable » plutôt que par un terme évoquant une solidité matérielle ou corporelle.
S.7:184 · Nulle jinna chez leur compagnon
- ṣāḥibihim
- désigne le *nabī* — pronom rapportant ici la façon dont les Mecquois contemporains le désignaient (« leur compagnon »), non une appellation que le texte adopterait pour lui-même ailleurs (où il est nommé *rasūl*/*nabī*).
- jinnatin
- racine *j-n-n* — même racine que *jinn* (ce qui est caché aux sens), *jannah* (le jardin couvert par la frondaison) et *janīn* (le fœtus, caché dans le ventre) : ce qui est recouvert, voilé. Substantivée ici au sens de folie ou de possession — l'esprit que l'on suppose « recouvert » par la déraison. Distincte de *jinn* (les êtres, S7:179).
Le malakūt, l’Heure, l’aveu du nabī sur le ghayb · S7:185–188
S.7:185–186 · Observer le malakūt des cieux et de la terre
- malakūti s-samāwāti wa-l-arḍi
- voir S6:75 (à propos d'Ibrāhīm) — racine *m-l-k* portée à sa forme intensive (*faʿalūt*), conservée en translittération plutôt que traduite par « royaume » ou « règne », pour la distinguer d'*al-mulk* (S6:73).
- fa-bi-ayyi ḥadīthin baʿdahu yuʾminūn
- *ḥadīth* employé ici en son sens le plus général — « parole », « discours », « récit » — antérieur et distinct du sens technique postérieur de *ḥadīth* (la parole rapportée du *nabī*, corpus de la *sunna*). Cette distinction prévient toute lecture anachronique de ce terme dans ce verset précis.
- man yuḍlili llāhu fa-lā hādiya lahu … yadharuhum fī ṭughyānihim yaʿmahūn
- même structure conditionnelle que S6:35/39/107 et S7:155/178, quant au rapport entre la *mashīʾa* d'Allaah et la responsabilité humaine : on s'en tient à ce que ce seul verset affirme. *Yaʿmahūn*, racine *ʿ-m-h* (errer sans direction, comme frappé d'aveuglement) : première occurrence de cette racine.
S.7:187 · La question sur l’Heure
- ʿinda rabbī … ʿinda llāhi
- racine *ʿ-n-d* : relation de disposition et de dépendance (« ce qui relève de », « ce qui est en la possession/à la charge de »), non une localisation spatiale. Lecture non-spatiale, par vigilance contre toute connotation de lieu appliquée à Allaah — voir aussi la note sur cette même formule en S7:206.
- mursāhā
- racine *r-s-w* (jeter l'ancre, venir se fixer, comme un navire) — image maritime appliquée au terme de l'Heure. Première occurrence de cette racine.
- ḥafiyyun ʿanhā
- racine *ḥ-f-y*/*ḥ-f-w* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : être attentif, s'enquérir avec insistance et familiarité de quelque chose. Première occurrence de cette racine ; l'accusation implicite est que le *nabī* en aurait une connaissance intime et privilégiée — accusation que le verset dément explicitement.
- thaqulat fi s-samāwāti wa-l-arḍi
- qualifie ici l'Heure elle-même (son poids, sa gravité pour toute la création), non Allaah.
S.7:188 · Ni profit ni dommage pour moi-même — je ne connais pas le ghayb
- lā amliku li-nafsī nafʿan wa-lā ḍarran illā mā shāʾa llāhu … aʿlamu l-ghayba
- voir S6:50 (« je ne dis pas que je détiens les trésors d'Allaah… et je ne connais pas le *ghayb* ») — ce verset reprend et renforce ce même déni, formulé ici à la première personne par le *nabī* lui-même : aucune maîtrise autonome du profit ou du dommage, aucune connaissance du *ghayb*, sauf ce qu'Allaah veut.
Le nafs unique, le conjoint pour l’apaisement, le shirk après le bienfait · S7:189–190
Point majeur — le glissement grammatical du pluriel au duel, et la lecture du « couple » et du shirk qui suit un bienfait. La tradition exégétique identifie très majoritairement le sujet de S7:189–190 à Ādam et Ḥawwāʾ, certains commentateurs classiques rapportant un récit circonstancié selon lequel l’enfant reçu, une fois « intègre » (ṣāliḥan), aurait été nommé ʿAbd al-Ḥārith en hommage à une entité autre qu’Allaah. Aucun de ces éléments circonstanciés ne figure dans le texte de ces deux versets : ni le nom Ādam, ni celui de Ḥawwāʾ, ni le nom de l’enfant, ni la mention d’Iblīs ou d’une idole nommée, n’y apparaissent. Ce que le texte affirme (dit), c’est une construction grammaticale précise : S7:189 s’ouvre par une adresse au pluriel visant l’humanité entière (« khalaqakum », Il vous a créés — même construction que S4:1), puis bascule, dans la suite de la même phrase, à un duel (« daʿawā… tous deux invoquèrent », puis S7:190, « jaʿalā… tous deux associèrent »). Deux lectures sont nommées ici, également défendables à partir de cette seule syntaxe, sans qu’aucune ne soit imposée par elle : (1) lecture narrative traditionnelle — le duel désignerait un couple singulier et historiquement déterminé, identifié par la tradition exégétique à Ādam et Ḥawwāʾ, bien que le texte ne les nomme pas ici ; (2) lecture représentative/parabolique — le duel viendrait illustrer, par un exemple type introduit dans le prolongement du pluriel qui ouvre le passage, une disposition récurrente de l’espèce humaine en général : recevoir un bienfait d’Allaah seul, puis, dans la gratitude qui suit ce bienfait, Lui associer d’autres causes ou d’autres protections — sans que ce « couple » désigne nécessairement une personne historique précise. Aucune des deux lectures n’est tranchée ici, et le récit circonstancié de l’enfant nommé, que ce texte ne rapporte à aucun moment, n’est pas importé.
S.7:189 · Le nafs unique, le conjoint donné pour l’apaisement
- huwa lladhī khalaqakum … wa-jaʿala minhā zawjahā
- « *huwa lladhī* » (« C'est Lui qui… ») est rendu comme en S6:98 (« *wa-huwa lladhī anshaʾakum* » → « Et Ce qui vous a fait naître »). *Khalaqakum min nafsin wāḥidatin* : formule quasi identique à S4:1 (« *khalaqakum min nafsin wāḥidatin wa-khalaqa minhā zawjahā* ») — même non-dit : ni le sexe du *nafs* premier, ni la modalité concrète de la création du *zawj* « à partir de » lui (*minhā*) ne sont précisés par ce seul texte ; toute précision sur un mode opératoire (par exemple une côte) est une importation extérieure. Le verbe diffère légèrement (*jaʿala* ici, *khalaqa* en S4:1 ; *anshaʾa* en S6:98) — simple variation lexicale, sans changement de sens repéré. L'adresse est ici à la deuxième personne du pluriel (*khalaqakum*, « vous » collectif), non circonscrite nommément à un couple déterminé — voir le callout dédié en tête de cette section.
- li-yaskuna ilayhā
- racine *s-k-n* : le calme, l'apaisement, le fait de se reposer auprès de quelque chose ou de quelqu'un — également la racine du mot *sakīna* (quiétude). Ici appliquée à la relation conjugale.
- taghashshāhā
- racine *gh-sh-w* (recouvrir, envelopper) — euphémisme coranique courant pour l'union conjugale.
- daʿawa llāha rabbahumā … ṣāliḥan … ash-shākirīn
- Dit : le texte rapporte une invocation commune (« tous deux »), adressée exclusivement à Allaah, en réponse à l'inquiétude propre à la grossesse — sans qu'aucun autre intercesseur ne soit nommé à ce stade du récit.
S.7:190 · Le shirk du couple après le bienfait
- jaʿalā lahu shurakāʾa fīmā ātāhumā
- Dit : le texte affirme, de la même construction duelle que le verset précédent, un acte de *shirk* commis en réponse au bienfait reçu — voir le callout dédié en tête de cette section pour les deux lectures nommées de ce duel, non tranchées ici.
- fa-taʿālā llāhu ʿammā yushrikūn
- racine *ʿ-l-w* — voir S6:100 : « transcende », plutôt qu'une tournure évoquant une position spatiale. Traitement identique reconduit ici.
La critique des idoles impuissantes, le walī véritable · S7:191–198
S.7:191–192 · Ce qui ne crée rien et qui est créé — incapable de secourir
- mā lā yakhluqu shayʾan wa-hum yukhlaqūn
- Dit : opposition rhétorique directe entre l'acte de créer (nié pour les associés) et le fait d'être créé (affirmé pour eux) — la même racine *kh-l-q* portant les deux pôles de l'argument.
S.7:193–194 · Ils ne vous suivront pas — des serviteurs semblables à vous
- ʿibādun amthālukum
- racine *ʿ-b-d* : les entités invoquées comme partenaires sont elles-mêmes qualifiées de « serviteurs » — un renversement rhétorique du rapport attendu entre adorateur et adoré, qui prépare directement le défi lancé au verset suivant.
S.7:195 · Jambes, mains, yeux, oreilles — le défi lancé aux associés
- yabṭishūna
- racine *b-ṭ-sh* : saisir avec force et violence — distincte des verbes plus neutres de préhension. Première occurrence de cette racine.
- kīdūni
- même racine *k-y-d* que *kaydī* (S7:183), ici appliquée à un défi lancé par le *nabī* à des adversaires humains et à leurs associés. Ce défi reprend la structure de S6:143–144 (« informez-moi avec savoir »).
S.7:196–198 · Mon walī, c’est Allaah — ils regardent sans voir
- waliyyiya llāhu … yatawallā
- racine *w-l-y* — voir S6:127/129 et S7:155.
- yanẓurūna ilayka wa-hum lā yubṣirūn
- jeu rhétorique entre « regarder » (*naẓara*, l'orientation du regard) et « voir véritablement » (*baṣara*) — appliqué ici aux idoles représentées avec des yeux sculptés ou peints, qui n'accomplissent pas la fonction de la vue. Ce verset concerne exclusivement les idoles, non Allaah (pour la vision et Allaah, voir S6:103).
Khudh al-ʿafw, l’incitation du shayṭān, la vigilance des muttaqīn · S7:199–202
S.7:199 · Khudh al-ʿafw — ordonne al-ʿurf — détourne-toi des jāhilīn
- al-ʿafw
- racine *ʿ-f-w* (voir S7:95, où le sens de « prospérer » avait été retenu par le contexte). Ici, plusieurs lectures classiques coexistent, également cohérentes avec le texte : la facilité et la mesure dans l'exigence envers autrui, l'indulgence et le pardon, ou le surplus que l'on cède sans se forcer. Non-dit : ce seul mot n'impose aucune de ces lectures au détriment des autres ; toutes convergent vers une même disposition de retenue et de mesure.
- al-ʿurf
- racine *ʿ-r-f*, même famille que *al-maʿrūf* (S3:104, S7:157) : ce que la coutume et la raison droite reconnaissent comme convenable.
- al-jāhilīn
- racine *j-h-l* (l'ignorance, le manque de maîtrise de soi).
S.7:200–202 · L’incitation du shayṭān, la vigilance des muttaqīn, les frères dans l’égarement
- nazghun … yanzaghannaka
- racine *n-z-gh* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la piqûre, l'aiguillon qui pousse à agir sans que la volonté droite y consente. Première occurrence de cette racine.
- fa-staʿidh billāhi
- racine *ʿ-w-dh* (chercher refuge, se placer sous protection). L'ordre est adressé au *nabī* lui-même, avant d'être posé comme modèle pour quiconque.
- ṭāʾifun mina sh-shayṭāni
- racine *ṭ-w-f* (tourner autour, effleurer, toucher brièvement en circulant) — distincte de *ṭāʾifa* (groupe, faction), forme substantivée courante. Ici, un attouchement furtif et passager, non une entité qui s'installerait durablement.
- ikhwānuhum
- Non-dit : ce verset ne nomme pas explicitement les *shayāṭīn* comme sujet de « leurs frères » — la cohérence contextuelle immédiate (S7:200–201, le *shayṭān* déjà nommé) rend cette identification la plus probable ; elle est retenue comme inférence de cohérence, non comme une donnée que ce seul mot affirmerait en lui-même.
- al-ghayy
- même racine que *aghwaytanī* (S7:16) et *sabīl al-ghayy* (S7:146).
Le refus d’un signe à volonté, l’écoute du Qurʾān, le dhikr intérieur, la clôture sur la sajda · S7:203–206
S.7:203–204 · Le reproche de n’avoir pas choisi soi-même un signe — l’écoute du Qurʾān
- lawlā-jtabaytahā
- racine *j-b-y* (choisir, sélectionner, composer soi-même) — le reproche des dénégateurs sous-entend que le *nabī* inventerait lui-même les *āyāt* à sa convenance, ce que démentent S7:188 et S6:50 (aucune autonomie créatrice ou décisionnelle attribuée au *nabī*).
- baṣāʾiru
- racine *b-ṣ-r* (voir S6:104) : des clartés ou des preuves qui donnent à discerner, au-delà de la simple vision physique.
- fa-stamiʿū lahu wa-anṣitū
- Dit : ce verset pose un ordre général d'écoute attentive et de silence à la récitation du Qurʾān. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le cadre — *ṣalāt* derrière un *imām*, ou toute récitation en général — dans lequel cet ordre s'applique de façon contraignante, question qui a fait l'objet de débats classiques ultérieurs de *fiqh* non tranchés ici.
S.7:205–206 · Le dhikr intérieur — la clôture de la sourate sur la sajda
- taḍarruʿan
- racine *ḍ-r-ʿ* : l'humilité insistante, la supplication qui s'abaisse.
- bi-l-ghuduwwi wa-l-āṣāl
- marqueurs temporels usuels : le matin et la fin de journée.
- wa-lā takun mina l-ghāfilīn
- même racine et même mot que l'ouverture de ce Bloc (S7:179, « *ulāʾika humu l-ghāfilūn* ») — effet de bouclage (inclusio) qui referme l'ensemble du Bloc sur le terme qui l'ouvrait.
- ʿinda rabbika
- même racine et même lecture non-spatiale que S7:187 : relation de disposition et de proximité relationnelle envers Allaah, non une localisation physique. Non-dit : ce verset ne nomme pas explicitement *al-malāʾika* (les anges) comme sujet de cette phrase — l'identification à des êtres angéliques est une inférence de cohérence intra-coranique (une formule très proche est employée ailleurs dans le Coran à propos explicitement des anges), non une donnée que ce seul verset affirme en ces termes.
- yasjudūn ۩
- verset de sajda, marqué dans le texte coranique par le signe ۩ — clôture de la sourate sur la prosternation, seul verset de ce Bloc à porter cette marque.