Structure du Bloc VI. Six ensembles. D’abord l’annonce du rasūl, le nabī ummī, que les gens du Kitāb trouvent déjà consigné par écrit dans la Tawrāt et l’Injīl, et l’appel universel adressé à l’humanité entière à croire en lui (S7:157–158). Puis une part du peuple de Mūsā qui guide par le ḥaqq, le partage en douze branches, l’eau jaillie du rocher, et l’ordre donné d’entrer dans la cité en demandant ḥiṭṭa (S7:159–162). Puis l’épreuve du sabbat : la cité au bord de la mer, les poissons qui n’affluent que le jour interdit, l’avertissement d’une part du peuple, l’oubli et le châtiment (S7:163–166). Puis l’annonce d’un tourment perpétuel, la dispersion en nations séparées par l’épreuve du bien et du mal, les successeurs qui héritent le Kitāb sans s’y tenir, et le rappel de la montagne soulevée au-dessus des ancêtres lors du premier mīthāq (S7:167–171). Puis le mīthāq le plus reculé de tous : la prise à témoin de toute la descendance d’Ādam contre elle-même — « Ne suis-Je pas votre Rabb ? » (S7:172–174). Enfin la parabole de celui à qui les āyāt furent données et qui s’en dépouilla, comparé au chien, et la clôture sur la guidance et l’égarement (S7:175–178).

Avertissement de méthode. Ce Bloc contient un point de cohérence intra-coranique qui mérite d’être signalé explicitement. S7:157 attribue grammaticalement au nabī lui-même l’acte de rendre licites les ṭayyibāt et illicites les khabāʾith (yuḥillu … wa-yuḥarrimu). Pris isolément, ce verset pourrait sembler contredire le principe étudié dans Le Nabī n’est pas législateur (S6:57 et S12:40 : « ini l-ḥukmu illā li-llāh »), selon lequel le ḥukm n’appartient qu’à Allaah, ainsi que celui de l’étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran (S16:116), selon lequel déclarer ḥalāl ou ḥarām sans mandat d’Allaah constitue un iftirāʾ. Ce Bloc retient, par cohérence intra-coranique — non comme donnée explicite de ce seul verset —, que cette fonction attribuée au nabī s’inscrit dans le rôle de transmission (tablīgh, voir Le Nabī n’est pas législateur, sur S5:67) : le nabī rend manifeste et applique ce qu’Allaah lui a révélé, sans qu’aucun mandat autonome de légiférer ne lui soit ici conféré. Cette lecture est signalée comme une inférence de cohérence, non comme ce que ce seul verset énonce en ces termes — voir la note dédiée à l’endroit même du verset.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.7:157 Le rasūl, le nabī ummī, déjà inscrit dans la Tawrāt et l’Injīl
S.7:158 L’appel universel — « Ô les humains, je suis pour vous tous le rasūl d’Allaah »
S.7:159 Une part du peuple de Mūsā qui guide par le ḥaqq
S.7:160 Les douze branches, l’eau jaillie du rocher, le nuage, le mann et la salwā
S.7:161–162 Entrer dans la cité en disant ḥiṭṭa — la substitution, le fléau venu du ciel
S.7:163 La cité au bord de la mer — les poissons du jour interdit
S.7:164 L’avertissement d’une part du peuple — l’excuse devant leur Rabb
S.7:165–166 L’oubli du rappel, le sauvetage des uns, le châtiment des autres
S.7:167 L’annonce d’un tourment perpétuel — Rabb rapide dans la rétribution, Ghafūr, Raḥīm
S.7:168 La dispersion en nations — les uns droits, les autres non — l’épreuve par le bien et le mal
S.7:169 Les successeurs qui héritent le Kitāb sans s’y tenir — le mīthāq rompu
S.7:170 Ceux qui s’attachent au Kitāb et établissent la ṣalāt
S.7:171 La montagne soulevée au-dessus d’eux — « Saisissez avec force ce que Nous vous avons donné »
S.7:172 Le mīthāq primordial des fils d’Ādam — « Ne suis-Je pas votre Rabb ? »
S.7:173 La clause contre l’excuse ancestrale
S.7:174 « C’est ainsi que Nous détaillons les āyāt »
S.7:175–176 Celui qui se dépouilla des āyāt — comparé au chien
S.7:177 « Combien est mauvaise cette parabole »
S.7:178 Qui Allaah guide est guidé — qui Il égare est du nombre des perdants

Le rasūl, le nabī ummī, l’appel universel · S7:157–158

S.7:157 · Le rasūl, le nabī ummī, déjà inscrit dans la Tawrāt et l’Injīl

S.7:157
الَّذِينَ يَتَّبِعُونَ الرَّسُولَ النَّبِيَّ الْأُمِّيَّ الَّذِي يَجِدُونَهُ مَكْتُوبًا عِنْدَهُمْ فِي التَّوْرَاةِ وَالْإِنْجِيلِ يَأْمُرُهُمْ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَاهُمْ عَنِ الْمُنْكَرِ وَيُحِلُّ لَهُمُ الطَّيِّبَاتِ وَيُحَرِّمُ عَلَيْهِمُ الْخَبَائِثَ وَيَضَعُ عَنْهُمْ إِصْرَهُمْ وَالْأَغْلَالَ الَّتِي كَانَتْ عَلَيْهِمْ ۚ فَالَّذِينَ آمَنُوا بِهِ وَعَزَّرُوهُ وَنَصَرُوهُ وَاتَّبَعُوا النُّورَ الَّذِي أُنْزِلَ مَعَهُ ۙ أُولَٰئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
Alladhīna yattabiʿūna r-rasūla n-nabiyya l-ummiyya lladhī yajidūnahu maktūban ʿindahum fi t-tawrāti wa-l-injīli yaʾmuruhum bi-l-maʿrūfi wa-yanhāhum ʿani l-munkari wa-yuḥillu lahumu ṭ-ṭayyibāti wa-yuḥarrimu ʿalayhimu l-khabāʾitha wa-yaḍaʿu ʿanhum iṣrahum wa-l-aghlāla llatī kānat ʿalayhim fa-lladhīna āmanū bihi wa-ʿazzarūhu wa-naṣarūhu wa-ttabaʿu n-nūra lladhī unzila maʿahu ulāʾika humu l-mufliḥūn Ceux qui suivent le rasūl, le nabī ummī — celui qu’ils trouvent consigné par écrit (maktūban) auprès d’eux, dans la Tawrāt et l’Injīl — qui leur ordonne le maʿrūf et leur interdit le munkar, qui rend licites pour eux les bonnes choses (ṭayyibāt) et leur rend illicites les choses malsaines (khabāʾith), et qui ôte d’eux leur charge contraignante (iṣr) ainsi que les entraves (aghlāl) qui pesaient sur eux — ceux qui croient en lui, le soutiennent avec force (ʿazzarūhu), viennent à son secours (naṣarūhu) et suivent la lumière (nūr) descendue avec lui : ceux-là sont les mufliḥūn.
Notes lexicales
an-nabiyya l-ummiyya
voir l'étude Le nabī était-il illettré ? Étude coranique du terme ummī, qui traite nommément ce verset : la racine *ʾ-m-m* (Ibn Fāris : direction/intention, ou origine/référence ; Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab* : « *al-ummī* : celui rattaché à sa mère ou à sa communauté d'origine ») donne, dans les six occurrences coraniques du terme, un sens communautaire constant — l'appartenance aux peuples sans scripture déjà révélée — jamais un sens d'incapacité à lire ou écrire. Cette étude relève l'argument interne à ce verset lui-même : le *nabī* y est simultanément désigné comme *ummī* et comme *maktūban* (« inscrit », racine *k-t-b*, « écrire ») — une tension avec une lecture d'illettrisme que ce Bloc reprend telle quelle.
yaʾmuruhum bi-l-maʿrūfi wa-yanhāhum ʿani l-munkari
couple traité en S3:104 : *al-maʿrūf*, ce que la raison droite reconnaît comme juste, contenu non fixé par le seul mot ; *al-munkar*, son opposé structurel.
yuḥillu … yuḥarrimu … ṭayyibāt … khabāʾith
racines *ḥ-l-l* (Al-Farāhīdī, *Kitāb al-ʿAyn* : la levée de l'interdiction, ce qui est ouvert, accessible, non lié) et *ḥ-r-m* (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha* : *al-manʿ*, l'interdiction, la mise hors d'atteinte) — voir l'étude Ḥalāl et Ḥarām dans le Coran. Point de cohérence intra-coranique, signalé en tête de ce Bloc : ce verset attribue grammaticalement cette fonction au *nabī* lui-même — un fait que ce Bloc rapporte comme dit. La lecture qui situe cet exercice dans le cadre du *tablīgh* (transmission mandatée, non législation autonome — voir Le Nabī n'est pas législateur) est une inférence de cohérence avec l'ensemble du corpus, non une précision que ce seul verset apporte lui-même. *Khabāʾith*, pluriel de *khabīth* : voir S2:267, S3:179, S4:2 et S5:100, en couple avec *ṭayyib*.
iṣrahum wa-l-aghlāla
*iṣr*, racine *ʾ-ṣ-r* : voir S2:286 (« une charge lourde », *iṣr*, dont il est demandé qu'elle ne soit pas imposée « comme Tu l'as fait peser sur ceux d'avant nous » — verset qui annonce directement ce que ce verset-ci vient nommer). *Aghlāl*, pluriel de *ghull* : racine *gh-l-l*, la même que *maghlūlah* (S5:64) — mais ici appliquée à des entraves concrètes ou figurées pesant sur des êtres humains : simple parenté de racine, sans confusion de sens. Non-dit : ce verset ne précise pas la nature exacte de cette charge et de ces entraves — prescriptions rituelles antérieures particulièrement lourdes, conséquences imposées en rétribution d'une faute déjà nommée plus loin dans cette même sourate (S7:161–166, ce Bloc), ou les deux — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que ce seul verset affirme.
ʿazzarūhu wa-naṣarūhu
*ʿazzara*, racine *ʿ-z-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : *al-ʿazr*, la force, le soutien qui renforce et affermit. *Naṣarūhu* : voir S3:52, les *ḥawāriyyūn*, *anṣāru llāh*.
an-nūra lladhī unzila maʿahu
même champ lexical que le couple *ẓulumāt/nūr* de l'ouverture de la Sourate 6 (S6:1, Bloc I).
al-mufliḥūn
racine *f-l-ḥ* (voir S2:5) : la réussite active qui fend un obstacle, non une prospérité passive.

S.7:158 · L’appel universel — « Ô les humains, je suis pour vous tous le rasūl d’Allaah »

S.7:158
قُلْ يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنِّي رَسُولُ اللَّهِ إِلَيْكُمْ جَمِيعًا الَّذِي لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ يُحْيِي وَيُمِيتُ ۖ فَآمِنُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ النَّبِيِّ الْأُمِّيِّ الَّذِي يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَكَلِمَاتِهِ وَاتَّبِعُوهُ لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ
Qul yā ayyuhā n-nāsu innī rasūlu llāhi ilaykum jamīʿan alladhī lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi lā ilāha illā huwa yuḥyī wa-yumītu fa-āminū bi-llāhi wa-rasūlihi n-nabiyyi l-ummiyyi lladhī yuʾminu bi-llāhi wa-kalimātihi wa-ttabiʿūhu laʿallakum tahtadūn Dis : « Ô les humains, je suis pour vous tous le rasūl d’Allaah — Ce à qui appartient la royauté (mulk) des cieux et de la terre. Il n’est de ilāh que Lui — Il fait vivre et Il fait mourir. Croyez donc en Allaah et en Son rasūl, le nabī ummī, qui croit en Allaah et en Ses paroles (kalimātihi) — et suivez-le, peut-être serez-vous guidés (tahtadūn). »
Notes lexicales
yā ayyuhā n-nāsu … ilaykum jamīʿan
voir S4:170 (Bloc X de la Sourate 4 : « *yā ayyuhā n-nāsu qad jāʾakumu r-rasūlu bi-l-ḥaqqi min rabbikum* ») — adresse universelle, distincte des adresses ciblées (« ô vous qui croyez », « ô gens du Kitāb »), ici renforcée par *jamīʿan* (« vous tous »), qui explicite la portée non restreinte du mandat.
alladhī lahu mulku s-samāwāti wa-l-arḍi
formule de possession voisine de S6:12 (Bloc I de la Sourate 6 : « à qui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre »). Rendue ici, comme les relatives décrivant Allaah (« *alladhī khalaqa* » → « Ce qui a créé », S6:1), par « Ce à qui appartient ».
lā ilāha illā huwa yuḥyī wa-yumītu
*yuḥyī/yumītu* sont portés ici par le pronom ordinaire « Il », le verset employant un verbe conjugué (« Il fait vivre ») et non une construction en « Celui qui » ; « Ce qui » est réservé à la structure épithète.
wa-kalimātihi
même racine *k-l-m* qu'en S6:34 (Bloc II de la Sourate 6 : « *lā mubaddila li-kalimāti llāh* », nul ne peut altérer les paroles d'Allaah) — ici, croire en Allaah « et en Ses paroles » est posé comme partie intégrante de ce que le *nabī ummī* lui-même croit, avant d'être demandé aux destinataires de l'appel.
tahtadūn
racine *h-d-y* — la guidance présentée ici comme une possibilité ouverte (« peut-être »), non comme une garantie automatique attachée au seul fait de suivre.

Une part du peuple de Mūsā, les douze branches, l’eau du rocher, hiṭṭa · S7:159–162

S.7:159 · Une part du peuple de Mūsā qui guide par le ḥaqq

S.7:159
وَمِنْ قَوْمِ مُوسَىٰ أُمَّةٌ يَهْدُونَ بِالْحَقِّ وَبِهِ يَعْدِلُونَ
Wa-min qawmi mūsā ummatun yahdūna bi-l-ḥaqqi wa-bihi yaʿdilūn Et parmi le peuple de Mūsā, il est une umma (communauté) qui guide par le ḥaqq, et c’est par lui qu’elle établit la justice (yaʿdilūn).
Notes lexicales
wa-min qawmi mūsā ummatun yahdūna bi-l-ḥaqqi
Dit : ce verset isole explicitement, à l'intérieur du peuple de Mūsā, une part qui guide et établit la justice — une nuance qui prévient, avant même que ce Bloc n'aborde les récits de transgression qui suivent (S7:161–166), toute généralisation qui assimilerait l'ensemble du peuple de Mūsā à ceux qui faillirent. Structure de nuance comparable à celle du partitif *minhum* (S4:46, S5:73, S5:82).

S.7:160 · Les douze branches, l’eau jaillie du rocher, le nuage, le mann et la salwā

S.7:160
وَقَطَّعْنَاهُمُ اثْنَتَيْ عَشْرَةَ أَسْبَاطًا أُمَمًا ۚ وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ إِذِ اسْتَسْقَاهُ قَوْمُهُ أَنِ اضْرِبْ بِعَصَاكَ الْحَجَرَ ۖ فَانْبَجَسَتْ مِنْهُ اثْنَتَا عَشْرَةَ عَيْنًا ۖ قَدْ عَلِمَ كُلُّ أُنَاسٍ مَشْرَبَهُمْ ۚ وَظَلَّلْنَا عَلَيْهِمُ الْغَمَامَ وَأَنْزَلْنَا عَلَيْهِمُ الْمَنَّ وَالسَّلْوَىٰ ۖ كُلُوا مِنْ طَيِّبَاتِ مَا رَزَقْنَاكُمْ ۚ وَمَا ظَلَمُونَا وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
Wa-qaṭṭaʿnāhumu thnatay ʿashrata asbāṭan umaman wa-awḥaynā ilā mūsā idhi-stasqāhu qawmuhu ani-ḍrib bi-ʿaṣāka l-ḥajara fa-nbajasat minhu thnatā ʿashrata ʿaynan qad ʿalima kullu unāsin mashrabahum wa-ẓallalnā ʿalayhimu l-ghamāma wa-anzalnā ʿalayhimu l-manna wa-s-salwā kulū min ṭayyibāti mā razaqnākum wa-mā ẓalamūnā wa-lākin kānū anfusahum yaẓlimūn Et Nous les avons partagés en douze branches (asbāṭ), en umam (communautés) — et Nous avons révélé à Mūsā, quand son peuple lui demanda de l’eau : « Frappe le rocher de ton bâton » — et douze sources en jaillirent, chaque groupe de gens connaissant son point d’abreuvement (mashrab). Nous avons étendu sur eux le nuage comme ombrage, et Nous avons fait descendre sur eux le mann et la salwā — « Mangez des bonnes choses (ṭayyibāt) dont Nous vous avons pourvus. » — et ils ne Nous ont pas causé de ẓulm : c’est à eux-mêmes qu’ils causaient le ẓulm.
Notes lexicales
thnatay ʿashrata asbāṭan
*asbāṭ* : voir S2:136 et S2:140 (les douze branches issues de Yaʿqūb) — repris ici pour désigner le partage du peuple de Mūsā selon cette même structure.
i-ḍrib bi-ʿaṣāka l-ḥajara … thnatā ʿashrata ʿaynan
parallèle quasi identique en S2:60 (« *fa-qulnā-ḍrib bi-ʿaṣāka l-ḥajara fa-nfajarat minhu thnatā ʿashrata ʿaynan* ») — même épisode, avec une variante verbale mineure entre *infajarat* (S2:60) et *inbajasat* (ce verset), deux racines proches (*f-j-r* et *b-j-s*) désignant toutes deux un jaillissement, sans divergence de contenu narratif.
ẓallalnā … al-ghamām … al-manna wa-s-salwā
parallèle exact en S2:57, repris mot pour mot. Cohérence intra-coranique : ce verset regroupe en un seul mouvement plusieurs bienfaits que S2 développait séparément — l'eau du rocher (S2:60), le nuage et la manne (S2:57) — sans rien y ajouter de nouveau.

S.7:161–162 · Entrer dans la cité en disant ḥiṭṭa — la substitution, le fléau venu du ciel

S.7:161
وَإِذْ قِيلَ لَهُمُ اسْكُنُوا هَٰذِهِ الْقَرْيَةَ وَكُلُوا مِنْهَا حَيْثُ شِئْتُمْ وَقُولُوا حِطَّةٌ وَادْخُلُوا الْبَابَ سُجَّدًا نَغْفِرْ لَكُمْ خَطِيئَاتِكُمْ ۚ سَنَزِيدُ الْمُحْسِنِينَ
Wa-idh qīla lahumu-skunū hādhihi l-qaryata wa-kulū minhā ḥaythu shiʾtum wa-qūlū ḥiṭṭatun wa-dkhulū l-bāba sujjadan naghfir lakum khaṭīʾātikum sa-nazīdu l-muḥsinīn Et quand il leur fut dit : « Établissez-vous dans cette cité, mangez-en où vous voulez, dites ḥiṭṭa, et entrez par la porte en vous prosternant (sujjadan) — Nous vous pardonnerons vos fautes (khaṭīʾāt), et Nous accroîtrons [la part] des muḥsinīn. »
S.7:162
فَبَدَّلَ الَّذِينَ ظَلَمُوا مِنْهُمْ قَوْلًا غَيْرَ الَّذِي قِيلَ لَهُمْ فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ رِجْزًا مِنَ السَّمَاءِ بِمَا كَانُوا يَظْلِمُونَ
Fa-baddala lladhīna ẓalamū minhum qawlan ghayra lladhī qīla lahum fa-arsalnā ʿalayhim rijzan mina s-samāʾi bi-mā kānū yaẓlimūn Mais ceux d’entre eux qui commirent le ẓulm substituèrent une autre parole à celle qui leur avait été dite — Nous avons alors envoyé sur eux un fléau (rijz) venu du ciel, pour le ẓulm qu’ils commettaient.
Notes lexicales
S.7:161–162 — parallèle avec S2:58–59
ces deux versets reprennent, presque mot pour mot, l'épisode de S2:58–59 — mêmes termes (*ḥiṭṭa*, *sujjadan*, *khaṭīʾāt*, *rijz*), avec une variante mineure : S7:162 ne nomme pas le terme *fisq* que S2:59 associait au *ẓulm* de la substitution — variante de formulation, sans divergence de contenu narratif.
ḥiṭṭatun
racine *ḥ-ṭ-ṭ* : faire déposer, décharger — un mot que les lexicographes classiques rattachent à l'idée d'une demande de décharge (des fautes). Non-dit, comme déjà en S2:58 : ni ce verset ni S2:58 ne précisent si ce mot devait être prononcé littéralement tel quel ou désignait le contenu d'une demande à formuler — ce Bloc ne tranche pas au-delà de ce que le texte nomme.

L’épreuve du sabbat — la cité au bord de la mer · S7:163–166

S.7:163 · La cité au bord de la mer — les poissons du jour interdit

S.7:163
وَاسْأَلْهُمْ عَنِ الْقَرْيَةِ الَّتِي كَانَتْ حَاضِرَةَ الْبَحْرِ إِذْ يَعْدُونَ فِي السَّبْتِ إِذْ تَأْتِيهِمْ حِيتَانُهُمْ يَوْمَ سَبْتِهِمْ شُرَّعًا وَيَوْمَ لَا يَسْبِتُونَ ۙ لَا تَأْتِيهِمْ ۚ كَذَٰلِكَ نَبْلُوهُمْ بِمَا كَانُوا يَفْسُقُونَ
Wa-sʾalhum ʿani l-qaryati llatī kānat ḥāḍirata l-baḥri idh yaʿdūna fi s-sabti idh taʾtīhim ḥītānuhum yawma sabtihim shurraʿan wa-yawma lā yasbitūna lā taʾtīhim kadhālika nablūhum bi-mā kānū yafsuqūn Et interroge-les sur la cité qui se trouvait au bord de la mer, quand ils transgressaient à propos du sabbat (as-sabt) — quand leurs poissons leur venaient, le jour de leur sabbat, en surface et à découvert (shurraʿan), et que le jour où ils ne gardaient pas le sabbat, ils ne leur venaient pas. C’est ainsi que Nous les éprouvions pour le fisq qu’ils commettaient.
Notes lexicales
wa-sʾalhum
adresse au *nabī* : « interroge-les » — un impératif qui introduit le récit comme une question posée aux contemporains du *nabī*, sur un épisode déjà connu d'eux par ailleurs.
yaʿdūna fi s-sabti
racine *ʿ-d-w* : transgresser une limite fixée. Non-dit : ce verset ne précise pas en quoi consistait concrètement la transgression au-delà de ce que le reste du verset détaille lui-même (la pêche accomplie ou non selon le jour) — ce Bloc s'en tient à cette seule donnée textuelle.
shurraʿan
racine *sh-r-ʿ* : venir à découvert, affleurer en surface, se présenter ouvertement. Dit : le texte présente cette affluence comme un fait constaté, sans qu'aucune modalité (naturelle ou autre) n'en soit précisée par ce seul verset.
nablūhum … yafsuqūn
*balā* (mettre à l'épreuve) et *fisq* : voir S5:3 (Bloc I de la Sourate 5) et les nombreux emplois qui suivent.

S.7:164 · L’avertissement d’une part du peuple — l’excuse devant leur Rabb

S.7:164
وَإِذْ قَالَتْ أُمَّةٌ مِنْهُمْ لِمَ تَعِظُونَ قَوْمًا ۙ اللَّهُ مُهْلِكُهُمْ أَوْ مُعَذِّبُهُمْ عَذَابًا شَدِيدًا ۖ قَالُوا مَعْذِرَةً إِلَىٰ رَبِّكُمْ وَلَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ
Wa-idh qālat ummatun minhum lima taʿiẓūna qawman allāhu muhlikuhum aw muʿadhdhibuhum ʿadhāban shadīdan qālū maʿdhiratan ilā rabbikum wa-laʿallahum yattaqūn Et quand une umma (communauté) parmi eux dit [à ceux qui avertissaient] : « Pourquoi exhortez-vous un peuple qu’Allaah va anéantir, ou tourmenter d’un tourment sévère ? » — ils répondirent : « Pour une excuse (maʿdhira) devant votre Rabb — et peut-être se prémuniront-ils (yattaqūn). »
Notes lexicales
ummatun minhum lima taʿiẓūna … qālū maʿdhiratan ilā rabbikum
Dit : le texte distingue explicitement trois positions à l'intérieur de ce même peuple — ceux qui transgressent (S7:163), ceux qui questionnent l'utilité d'avertir, et ceux qui avertissent malgré cette objection, pour s'acquitter d'une responsabilité devant leur *Rabb* plutôt que par certitude d'un résultat garanti. Non-dit : ce verset ne précise pas si l'espoir final (« peut-être se prémuniront-ils ») porte sur les transgresseurs ou sur les questionneurs eux-mêmes.

S.7:165–166 · L’oubli du rappel, le sauvetage des uns, le châtiment des autres

S.7:165
فَلَمَّا نَسُوا مَا ذُكِّرُوا بِهِ أَنْجَيْنَا الَّذِينَ يَنْهَوْنَ عَنِ السُّوءِ وَأَخَذْنَا الَّذِينَ ظَلَمُوا بِعَذَابٍ بَئِيسٍ بِمَا كَانُوا يَفْسُقُونَ
Fa-lammā nasū mā dhukkirū bihi anjaynā lladhīna yanhawna ʿani s-sūʾi wa-akhadhnā lladhīna ẓalamū bi-ʿadhābin baʾīsin bi-mā kānū yafsuqūn Puis, lorsqu’ils oublièrent ce qui leur avait été rappelé, Nous avons sauvé ceux qui interdisaient le mal, et Nous avons saisi ceux qui commettaient le ẓulm d’un tourment rigoureux (baʾīs), pour le fisq qu’ils commettaient.
S.7:166
فَلَمَّا عَتَوْا عَنْ مَا نُهُوا عَنْهُ قُلْنَا لَهُمْ كُونُوا قِرَدَةً خَاسِئِينَ
Fa-lammā ʿataw ʿan mā nuhū ʿanhu qulnā lahum kūnū qiradatan khāsiʾīn Puis, lorsqu’ils persistèrent avec insolence (ʿataw) dans ce qui leur avait été interdit, Nous leur avons dit : « Soyez des singes (qiradatan) réprouvés (khāsiʾīn). »
Notes lexicales
anjaynā lladhīna yanhawna ʿani s-sūʾi
Dit, en écho direct au verset précédent (S7:164, ce Bloc) : le sauvetage porte nommément sur ceux qui interdisaient le mal — la troisième position distinguée y trouve ici sa rétribution, sans que ce Bloc n'ajoute de conclusion sur le sort de la seconde position (ceux qui avaient questionné l'utilité d'avertir), que ce verset ne nomme pas séparément.
ʿataw
racine *ʿ-t-w* : l'insolence qui persiste dans le refus, l'excès qui dépasse toute limite reconnue.
kūnū qiradatan khāsiʾīn
voir aussi le passage parallèle S2:65 (S2:63–66). Ce Bloc traite la formule par analyse directe des racines. *Qirada*, pluriel de *qird* : le singe, au sens propre de l'espèce animale. *Khāsiʾīn*, racine *kh-s-ʾ* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : être chassé, repoussé avec mépris, comme on chasse un animal importun ; d'où l'adjectif « réprouvés », rejetés avec dédain. Deux lectures attestées chez les commentateurs classiques, nommées sans qu'aucune ne soit imposée par la seule grammaire de ce verset : (1) une transformation corporelle effective ; (2) une image qui qualifie leur conduite — l'abjection morale d'une transgression rusée, sans mutation physique. Ce seul verset affirme l'ordre (« Soyez ») et son résultat nommé, sans en détailler la modalité — ce Bloc rapporte les deux lectures sans trancher entre elles ; ce point porte sur un châtiment humain et non sur une question touchant Allaah.

Le tourment perpétuel, la dispersion en nations, la montagne soulevée · S7:167–171

S.7:167 · L’annonce d’un tourment perpétuel

S.7:167
وَإِذْ تَأَذَّنَ رَبُّكَ لَيَبْعَثَنَّ عَلَيْهِمْ إِلَىٰ يَوْمِ الْقِيَامَةِ مَنْ يَسُومُهُمْ سُوءَ الْعَذَابِ ۗ إِنَّ رَبَّكَ لَسَرِيعُ الْعِقَابِ ۖ وَإِنَّهُ لَغَفُورٌ رَحِيمٌ
Wa-idh taʾadhdhana rabbuka la-yabʿathanna ʿalayhim ilā yawmi l-qiyāmati man yasūmuhum sūʾa l-ʿadhābi inna rabbaka la-sarīʿu l-ʿiqābi wa-innahu la-ghafūrun raḥīm Et quand ton Rabb annonça (taʾadhdhana) qu’Il susciterait certainement contre eux, jusqu’au jour de la résurrection, qui leur infligerait le pire des tourments — ton Rabb est certes prompt dans la rétribution (sarīʿu l-ʿiqāb), et Il est certes Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
taʾadhdhana rabbuka
racine *ʾ-dh-n* (informer, faire savoir avec certitude) — même racine que *idhn*, mais à une forme verbale distincte : une annonce solennelle, posée comme certaine.
yasūmuhum sūʾa l-ʿadhābi
formule identique à S7:141 (Bloc V, même sourate) et à S2:49.
sarīʿu l-ʿiqābi … ghafūrun raḥīm
Dit : ce verset associe, dans la même respiration, la promptitude de la rétribution et le pardon — une structure que ce Bloc rapporte sans les opposer ni les hiérarchiser, le texte les posant l'une à la suite de l'autre sans lien causal explicite entre elles.

S.7:168 · La dispersion en nations — l’épreuve par le bien et le mal

S.7:168
وَقَطَّعْنَاهُمْ فِي الْأَرْضِ أُمَمًا ۖ مِنْهُمُ الصَّالِحُونَ وَمِنْهُمْ دُونَ ذَٰلِكَ ۖ وَبَلَوْنَاهُمْ بِالْحَسَنَاتِ وَالسَّيِّئَاتِ لَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ
Wa-qaṭṭaʿnāhum fi l-arḍi umaman minhumu ṣ-ṣāliḥūna wa-minhum dūna dhālika wa-balawnāhum bi-l-ḥasanāti wa-s-sayyiʾāti laʿallahum yarjiʿūn Et Nous les avons dispersés sur la terre en umam (communautés) — parmi eux les ṣāliḥūn (ceux qui agissent avec droiture), et parmi eux d’autres qui restent en deçà — et Nous les avons éprouvés par le bien et le mal (al-ḥasanāt wa-s-sayyiʾāt), peut-être reviendraient-ils (yarjiʿūn).
Notes lexicales
minhumu ṣ-ṣāliḥūna wa-minhum dūna dhālika
même structure de nuance que S7:159 (ce Bloc) : le texte se garde, une seconde fois dans ce même Bloc, de généraliser à l'ensemble du peuple de Mūsā le sort de ceux qui transgressèrent.
balawnāhum bi-l-ḥasanāti wa-s-sayyiʾāti
racine *b-l-w* (voir S7:141, Bloc V, même sourate). Dit : le texte pose que l'épreuve consiste indifféremment en bien et en mal reçus, dans l'espoir d'un retour — sans préciser, dans ce seul verset, le mécanisme par lequel l'un ou l'autre est censé produire ce retour.

S.7:169 · Les successeurs qui héritent le Kitāb sans s’y tenir

S.7:169
فَخَلَفَ مِنْ بَعْدِهِمْ خَلْفٌ وَرِثُوا الْكِتَابَ يَأْخُذُونَ عَرَضَ هَٰذَا الْأَدْنَىٰ وَيَقُولُونَ سَيُغْفَرُ لَنَا وَإِنْ يَأْتِهِمْ عَرَضٌ مِثْلُهُ يَأْخُذُوهُ ۚ أَلَمْ يُؤْخَذْ عَلَيْهِمْ مِيثَاقُ الْكِتَابِ أَنْ لَا يَقُولُوا عَلَى اللَّهِ إِلَّا الْحَقَّ وَدَرَسُوا مَا فِيهِ ۗ وَالدَّارُ الْآخِرَةُ خَيْرٌ لِلَّذِينَ يَتَّقُونَ ۗ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Fa-khalafa min baʿdihim khalfun warithu l-kitāba yaʾkhudhūna ʿaraḍa hādhā l-adnā wa-yaqūlūna sa-yughfaru lanā wa-in yaʾtihim ʿaraḍun mithluhu yaʾkhudhūhu a-lam yuʾkhadh ʿalayhim mīthāqu l-kitābi an lā yaqūlū ʿalā llāhi illā l-ḥaqqa wa-darasū mā fīhi wa-d-dāru l-ākhiratu khayrun li-lladhīna yattaqūna a-fa-lā taʿqilūn Puis leur succéda, après eux, une succession (khalf) qui hérita du Kitāb — ils prennent ce qui s’offre (ʿaraḍ) de ce bas monde, et disent : « Cela nous sera pardonné » — et si un bien semblable s’offre à nouveau à eux, ils le prennent encore. Ne leur a-t-il pas été pris un engagement (mīthāq) au sujet du Kitāb, qu’ils ne diraient sur Allaah que le ḥaqq ? Et ils en ont pourtant étudié le contenu (darasū mā fīhi). Or la demeure de l’Ultime est meilleure pour ceux qui se prémunissent (yattaqūn) — ne raisonnez-vous donc pas ?
Notes lexicales
khalafa … khalfun … warithu l-kitāba
racine *kh-l-f* (succéder) : voir S6:165, S7:69, S7:74 et S7:129 ; ici au substantif *khalf*, une succession collective. *Warithu* : même racine *w-r-th* qu'en S7:100, S7:128 (Bloc IV) et S7:137 (Bloc V).
mīthāqu l-kitābi
racine *m-w-th-q* : voir S2:63–64, S3:81, S4:154 et S5:7. Non-dit : ce seul verset ne précise pas si ce *mīthāq* désigne un engagement distinct de ceux nommés ailleurs dans le Coran à propos des gens du Kitāb, ou une même réalité redite sous un angle nouveau — ce Bloc ne tranche pas cette question de portée.
wa-darasū mā fīhi
racine *d-r-s* — même racine que celle relevée dans l'étude Le nabī était-il illettré ? Étude coranique du terme ummī, à propos de S29:48 (« *wa-mā kunta tatlū min qablihi min kitābin*… »), pour l'étude et la lecture d'une scripture. Dit : le texte souligne ici, par contraste volontaire avec leur conduite, qu'ils avaient *étudié* le contenu de ce qu'ils trahissent — une responsabilité aggravée par la connaissance, non une ignorance qui l'atténuerait.
wa-d-dāru l-ākhiratu khayrun li-lladhīna yattaqūna
formule quasi identique à S6:32 (Bloc II de la Sourate 6 : « *wa-la-d-dāru l-ākhiratu khayrun li-lladhīna yattaqūn* »).

S.7:170 · Ceux qui s’attachent au Kitāb et établissent la ṣalāt

S.7:170
وَالَّذِينَ يُمَسِّكُونَ بِالْكِتَابِ وَأَقَامُوا الصَّلَاةَ إِنَّا لَا نُضِيعُ أَجْرَ الْمُصْلِحِينَ
Wa-lladhīna yumassikūna bi-l-kitābi wa-aqāmu ṣ-ṣalāta innā lā nuḍīʿu ajra l-muṣliḥīn Et ceux qui s’attachent fermement (yumassikūna) au Kitāb et établissent la ṣalāt — Nous ne laissons pas se perdre la rétribution des muṣliḥīn (ceux qui œuvrent avec droiture).
Notes lexicales
al-muṣliḥīn
même racine *ṣ-l-ḥ* que dans l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran (S5:33, Bloc IV de la Sourate 5) — ici en contraste direct, à l'intérieur de ce même Bloc, avec les *khalf* (S7:169) qui trahissent le Kitāb dont ils héritent.

S.7:171 · La montagne soulevée au-dessus d’eux

S.7:171
۞ وَإِذْ نَتَقْنَا الْجَبَلَ فَوْقَهُمْ كَأَنَّهُ ظُلَّةٌ وَظَنُّوا أَنَّهُ وَاقِعٌ بِهِمْ خُذُوا مَا آتَيْنَاكُمْ بِقُوَّةٍ وَاذْكُرُوا مَا فِيهِ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
Wa-idh nataqna l-jabala fawqahum ka-annahu ẓullatun wa-ẓannū annahu wāqiʿun bihim khudhū mā ātaynākum bi-quwwatin wa-dhkurū mā fīhi laʿallakum tattaqūn Et quand Nous avons soulevé (nataqnā) la montagne au-dessus d’eux, comme si elle était un dais (ẓulla), et qu’ils pensèrent qu’elle allait s’abattre sur eux : « Saisissez avec force ce que Nous vous avons donné, et rappelez-vous ce qui s’y trouve — peut-être vous prémunirez-vous (tattaqūn). »
Notes lexicales
nataqna l-jabala fawqahum … khudhū mā ātaynākum bi-quwwatin wa-dhkurū mā fīhi laʿallakum tattaqūn
parallèle exact en S2:63–64 (« *wa-rafaʿnā fawqakumu ṭ-ṭūra khudhū mā ātaynākum bi-quwwatin wa-dhkurū mā fīhi laʿallakum tattaqūn* » ; formule reprise aussi en S4:154, Bloc X de la Sourate 4, avec *rafaʿnā* plutôt que *nataqnā*). *Nataqa*, racine *n-t-q* : secouer, soulever avec force — verbe distinct de *rafaʿa* (élever), mais décrivant le même épisode selon les deux passages parallèles ; simple variation lexicale, non divergence de contenu. *Fawqahum* : ce *fawqa* situe la montagne par rapport au peuple, non Allaah (pour *fawq* dit d'Allaah, voir S6:18 et S6:61).

Le mīthāq primordial des fils d’Ādam · S7:172–174

S.7:172 · « Ne suis-Je pas votre Rabb ? »

S.7:172
وَإِذْ أَخَذَ رَبُّكَ مِنْ بَنِي آدَمَ مِنْ ظُهُورِهِمْ ذُرِّيَّتَهُمْ وَأَشْهَدَهُمْ عَلَىٰ أَنْفُسِهِمْ أَلَسْتُ بِرَبِّكُمْ ۖ قَالُوا بَلَىٰ ۛ شَهِدْنَا ۛ أَنْ تَقُولُوا يَوْمَ الْقِيَامَةِ إِنَّا كُنَّا عَنْ هَٰذَا غَافِلِينَ
Wa-idh akhadha rabbuka min banī ādama min ẓuhūrihim dhurriyyatahum wa-ashhadahum ʿalā anfusihim a-lastu bi-rabbikum qālū balā shahidnā an taqūlū yawma l-qiyāmati innā kunnā ʿan hādhā ghāfilīn Et quand ton Rabb prit, des fils d’Ādam, de leurs reins, leur descendance (dhurriyya), et les fit témoigner contre eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Rabb ? » — ils dirent : « Si, nous en témoignons » — afin que vous ne disiez pas, au jour de la résurrection : « Nous étions inattentifs (ghāfilīn) à cela. »
Notes lexicales
min ẓuhūrihim dhurriyyatahum … ashhadahum ʿalā anfusihim
voir l'étude Le Coran s'adresse-t-il aux seuls hommes ?, qui traite nommément ce verset : le *mīthāq* — ce pacte primordial — est conclu avec l'ensemble de la descendance d'Ādam (*dhurriyyatahum*), sans aucune distinction de sexe, antérieur à toute différenciation corporelle ou sociale. Ce Bloc reprend cette lecture et l'étend par sa propre analyse dit/non-dit ci-dessous.
a-lastu bi-rabbikum … qālū balā shahidnā
Dit : le texte pose une question directement adressée (« Ne suis-Je pas votre *Rabb* ? ») et une réponse affirmative rapportée (« Si, nous en témoignons »). Non-dit, de première importance, signalé sans être tranché : ce verset ne précise ni le mode de cette prise à témoin (un événement ponctuel antérieur à la naissance de chaque être humain, ou une structure permanente inscrite dans la nature humaine elle-même — la *fiṭra*, terme que ce seul verset ne nomme pas), ni la forme de cette « parole » et de cette « réponse » (un langage articulé, ou une disposition de la conscience qui vaut reconnaissance) — deux lectures distinctes, également attestées chez les commentateurs classiques, que ce Bloc nomme sans en privilégier aucune au-delà de ce que le texte affirme lui-même : la réalité de ce témoignage contre soi-même, et sa finalité explicite (interdire, au jour de la résurrection, l'excuse d'une inattention).
ghāfilīn
même racine *gh-f-l* qu'en S7:136 et S7:146 (Bloc V : « insouciants »). Ici, l'insouciance qui serait invoquée comme excuse est précisément ce que ce *mīthāq* rend, selon le texte, sans fondement.

S.7:173 · La clause contre l’excuse ancestrale

S.7:173
أَوْ تَقُولُوا إِنَّمَا أَشْرَكَ آبَاؤُنَا مِنْ قَبْلُ وَكُنَّا ذُرِّيَّةً مِنْ بَعْدِهِمْ ۖ أَفَتُهْلِكُنَا بِمَا فَعَلَ الْمُبْطِلُونَ
Aw taqūlū innamā ashraka ābāʾunā min qablu wa-kunnā dhurriyyatan min baʿdihim a-fa-tuhlikunā bi-mā faʿala l-mubṭilūn Ou que vous disiez : « Ce sont nos pères, avant nous, qui ont pratiqué le shirk — et nous n’étions qu’une descendance venue après eux. Vas-Tu donc nous anéantir pour ce qu’ont fait ceux qui tenaient le faux (al-mubṭilūn) ? »
Notes lexicales
aw taqūlū … ābāʾunā min qablu … al-mubṭilūn
Dit : ce verset nomme une seconde excuse, distincte de la première (S7:172, l'inattention) — l'imputation du *shirk* aux seuls ancêtres, dont la descendance se prétendrait dégagée par simple succession chronologique. Le *mīthāq* du verset précédent, engageant chaque *nafs* individuellement, ferme structurellement cette seconde excuse tout autant que la première — cohérence interne à ces trois versets que ce Bloc rapporte telle qu'elle se construit dans le texte lui-même. *Al-mubṭilūn*, même racine *b-ṭ-l* qu'en S7:118 (Bloc IV) et S7:139 (Bloc V).

S.7:174 · « C’est ainsi que Nous détaillons les āyāt »

S.7:174
وَكَذَٰلِكَ نُفَصِّلُ الْآيَاتِ وَلَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ
Wa-kadhālika nufaṣṣilu l-āyāti wa-laʿallahum yarjiʿūn Et c’est ainsi que Nous détaillons (nufaṣṣilu) les āyāt — peut-être reviendraient-ils (yarjiʿūn).
Notes lexicales
nufaṣṣilu l-āyāti
racine *f-ṣ-l* (voir S6:97–98 et S7:133, Bloc V) — cette clôture referme l'ensemble consacré au *mīthāq* primordial (S7:172–174) sur le même verbe qui qualifiait, plus haut dans la sourate, les signes envoyés sur la maison de Firʿawn.

La parabole de celui qui se dépouilla des āyāt · S7:175–178

S.7:175–176 · Celui qui se dépouilla des āyāt — comparé au chien

S.7:175
وَاتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ الَّذِي آتَيْنَاهُ آيَاتِنَا فَانْسَلَخَ مِنْهَا فَأَتْبَعَهُ الشَّيْطَانُ فَكَانَ مِنَ الْغَاوِينَ
Wa-tlu ʿalayhim nabaʾa lladhī ātaynāhu āyātinā fa-nsalakha minhā fa-atbaʿahu sh-shayṭānu fa-kāna mina l-ghāwīn Et récite-leur la nouvelle (nabaʾ) de celui à qui Nous avions donné Nos āyāt, et qui s’en dépouilla (fa-nsalakha minhā) — le shayṭān le prit alors en filature (atbaʿahu), et il fut du nombre des égarés (al-ghāwīn).
S.7:176
وَلَوْ شِئْنَا لَرَفَعْنَاهُ بِهَا وَلَٰكِنَّهُ أَخْلَدَ إِلَى الْأَرْضِ وَاتَّبَعَ هَوَاهُ ۚ فَمَثَلُهُ كَمَثَلِ الْكَلْبِ إِنْ تَحْمِلْ عَلَيْهِ يَلْهَثْ أَوْ تَتْرُكْهُ يَلْهَثْ ۚ ذَٰلِكَ مَثَلُ الْقَوْمِ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا ۚ فَاقْصُصِ الْقَصَصَ لَعَلَّهُمْ يَتَفَكَّرُونَ
Wa-law shiʾnā la-rafaʿnāhu bihā wa-lākinnahu akhlada ila l-arḍi wa-ttabaʿa hawāhu fa-mathaluhu ka-mathali l-kalbi in taḥmil ʿalayhi yalhath aw tatrukhu yalhath dhālika mathalu l-qawmi lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā fa-qṣuṣi l-qaṣaṣa laʿallahum yatafakkarūn Et si Nous avions voulu, Nous l’aurions élevé par elles (les āyāt) — mais il s’attacha à la terre (akhlada ila l-arḍi) et suivit son penchant (hawāhu). Il ressemble donc au chien : que tu le charges, il halète (yalhath) ; que tu le laisses, il halète encore. Telle est la parabole du peuple qui a démenti Nos āyāt — raconte donc ces récits (aqṣuṣi l-qaṣaṣ), peut-être réfléchiront-ils (yatafakkarūn).
Notes lexicales
fa-nsalakha minhā
racine *s-l-kh* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) et *Lisān al-ʿArab* : ôter une peau, dépouiller entièrement une chose de son enveloppe. Non-dit : ce verset n'identifie nommément ni la personne visée, ni les circonstances précises de ce dépouillement — le texte s'en tient à décrire un mouvement (recevoir des *āyāt*, puis s'en défaire), sans fournir d'éléments biographiques que ce Bloc pourrait rapporter comme *dit*.
akhlada ila l-arḍi … hawāhu
*akhlada*, racine *kh-l-d* (rendre permanent, s'attacher durablement). *Hawā*, même racine que *ahwāʾ* (voir S2:108, S5:12, S5:60 et S5:77) : le penchant qui incline sans être guidé par une norme extérieure.
ka-mathali l-kalbi in taḥmil ʿalayhi yalhath aw tatrukhu yalhath
Dit : le texte construit ici une comparaison explicite et développée — le halètement du chien, constant qu'on le charge ou qu'on le laisse — pour qualifier une disposition intérieure qui ne varie pas selon les circonstances extérieures (recevoir des *āyāt*, ou en être privé). Le texte lui-même la nomme *mathal* (parabole), sans qu'aucun sens supplémentaire ne soit ajouté par ce Bloc au-delà de cette comparaison explicite.
aqṣuṣi l-qaṣaṣa laʿallahum yatafakkarūn
racine *q-ṣ-ṣ* : raconter, rapporter un récit dans son déroulement. Le texte adresse cet ordre au *nabī* — récit à transmettre, sans qu'un but autre que la réflexion (*tafakkur*) ne soit assigné par ce seul verset.

S.7:177 · « Combien est mauvaise cette parabole »

S.7:177
سَاءَ مَثَلًا الْقَوْمُ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا وَأَنْفُسَهُمْ كَانُوا يَظْلِمُونَ
Sāʾa mathalan l-qawmu lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā wa-anfusahum kānū yaẓlimūn Combien est mauvaise cette parabole (sāʾa mathalan) — le peuple qui a démenti Nos āyāt, et c’est envers eux-mêmes qu’ils commettaient le ẓulm.
Notes lexicales
wa-anfusahum kānū yaẓlimūn
même formule réflexive qu'en S7:160 (ce Bloc : « c'est à eux-mêmes qu'ils causaient le *ẓulm* ») — reprise à la clôture de cette parabole comme à la clôture du récit des douze sources.

S.7:178 · Qui Allaah guide est guidé — qui Il égare est du nombre des perdants

S.7:178
مَنْ يَهْدِ اللَّهُ فَهُوَ الْمُهْتَدِي ۖ وَمَنْ يُضْلِلْ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْخَاسِرُونَ
Man yahdi llāhu fa-huwa l-muhtadī wa-man yuḍlil fa-ulāʾika humu l-khāsirūn Quiconque Allaah guide, celui-là est bien guidé (al-muhtadī) — et quiconque Il égare, ceux-là sont les perdants (al-khāsirūn).
Notes lexicales
man yahdi llāhu … wa-man yuḍlil
même structure conditionnelle qu'en S6:35, S6:39 et S6:107 (Blocs II–III de la Sourate 6) et S7:155 (Bloc V), laissée non tranchée quant au rapport entre la *mashīʾa* d'Allaah et la responsabilité humaine — ce Bloc s'en tient, ici comme là-bas, à ce que ce seul verset affirme, sans y ajouter de synthèse doctrinale. Ce verset clôt ainsi le Bloc sur le même vocabulaire de guidance et d'égarement qui l'a traversé depuis son ouverture (S7:157–158, l'appel à suivre le *nabī ummī* « peut-être serez-vous guidés »).
al-khāsirūn
voir S4:119, S6:31, S6:140 et S7:149 (Bloc V).

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