Structure du Bloc IV — S10:71–103. Le cycle narratif prophétique de la sourate. D’abord Nūḥ envoyé à son peuple, le rejet, le sauvetage dans l’arche et la succession qui s’ensuit (S10:71–73). Puis les rusul venus après lui, et le scellement des cœurs des transgresseurs (S10:74). Puis Mūsā et Hārūn envoyés à Firʿawn : l’accusation de magie, le défi lancé aux magiciens, leur défaite (S10:75–82). Puis la minorité qui crut, malgré la crainte (S10:83). Puis l’appel de Mūsā à s’appuyer sur Allaah, l’installation en Égypte, et son invocation contre Firʿawn (S10:84–89). Puis la traversée de la mer, la noyade, et la déclaration de foi tardive de Firʿawn — rejetée (S10:90–92). Puis l’installation des Banū Isrāʾīl et leur désaccord ultérieur (S10:93). Puis l’assurance donnée au nabī contre le doute, et le sort de qui persiste à démentir (S10:94–97). Puis le peuple de Yūnus, seule exception nommée d’une foi acceptée parce que venue à temps (S10:98). Puis la question de la mashīʾa, l’impossibilité de contraindre à la foi, et l’idhn d’Allaah (S10:99–100). Enfin l’insuffisance des signes pour qui ne croit pas, l’attente, et la clôture sur le sauvetage constant des rusul et des croyants (S10:101–103).

Point majeur — S10:90–92, la déclaration de foi de Firʿawn au moment de la noyade, et son rejet (al-āna, « maintenant ? »). Ce passage touche à une question sensible — le sort d’une déclaration de foi formulée au moment où la mort devient certaine et visible. Dit : le texte rapporte une formule de foi complète — la profession d’unicité (lā ilāha illā), la référence à la croyance des Banū Isrāʾīl, la revendication d’appartenance aux muslimīn — suivie immédiatement d’une réplique interrogative de réprobation (al-āna, « maintenant ? ») qui en marque le rejet, puis de l’annonce que le corps (badan) de Firʿawn sera préservé comme āya pour la postérité. Cohérence intra-coranique majeure : ce rejet rejoint la règle générale sur la tawba posée ailleurs dans le Coran — le retour vers Allaah n’est plus accueilli une fois que la mort est devenue une certitude visible et que la formule n’est prononcée qu’à cet instant (racine t-w-b). Non-dit : ce seul passage ne prononce, en propres termes, aucun verdict explicite sur le sort de Firʿawn dans l’Ākhira au-delà de ce rejet immédiat et de la préservation de son corps comme signe — la conclusion sur la portée définitive de ce rejet s’appuie sur la cohérence de l’ensemble du texte, non sur la seule lettre de ce passage narratif. Aucune identification extérieure du corps préservé (par exemple une momie déterminée) n’est importée : le texte affirme seulement la fonction de signe, sans plus de précision.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.10:71–72 Nūḥ envoyé à son peuple — le salaire n’incombe qu’à Allaah
S.10:73 Le démenti, le sauvetage dans l’arche, la succession
S.10:74 Les rusul venus après lui — le scellement des cœurs des transgresseurs
S.10:75 Mūsā et Hārūn envoyés à Firʿawn et son assemblée
S.10:76–79 L’accusation de magie — Firʿawn convoque les magiciens
S.10:80–82 Le défi lancé aux magiciens — Allaah établit le ḥaqq
S.10:83 Nul ne crut, sinon une descendance craintive — Firʿawn, dominateur et musrif
S.10:84–86 L’appel de Mūsā au tawakkul — l’invocation contre le peuple ẕālim et kāfir
S.10:87 L’installation en Égypte, la ṣalāt
S.10:88–89 L’invocation de Mūsā contre Firʿawn — exaucée
S.10:90–91 La traversée de la mer, la noyade, la déclaration tardive rejetée
S.10:92 Le corps de Firʿawn préservé comme āya
S.10:93 L’installation véritable des Banū Isrāʾīl — leur désaccord ultérieur
S.10:94–95 Au nabī : nul doute possible, ne sois pas du nombre des perdants
S.10:96–97 Ceux sur qui la parole s’est avérée ne croient pas, même devant tout signe
S.10:98 Le peuple de Yūnus — la foi acceptée parce que venue à temps
S.10:99–100 La mashīʾa, la contrainte impossible, l’idhn d’Allaah, le rijs
S.10:101–102 Les āyāt insuffisantes pour qui ne croit pas — l’attente
S.10:103 Clôture : Nos rusul et les croyants, toujours sauvés

Nūḥ envoyé à son peuple — le démenti, le sauvetage, la succession · S10:71–73

S.10:71–72 · « Le salaire n’incombe qu’à Allaah »

S.10:71
۞ وَاتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ نُوحٍ إِذْ قَالَ لِقَوْمِهِ يَا قَوْمِ إِنْ كَانَ كَبُرَ عَلَيْكُمْ مَقَامِي وَتَذْكِيرِي بِآيَاتِ اللَّهِ فَعَلَى اللَّهِ تَوَكَّلْتُ فَأَجْمِعُوا أَمْرَكُمْ وَشُرَكَاءَكُمْ ثُمَّ لَا يَكُنْ أَمْرُكُمْ عَلَيْكُمْ غُمَّةً ثُمَّ اقْضُوا إِلَيَّ وَلَا تُنْظِرُونِ
Wa-tlu ʿalayhim nabaʾa nūḥin idh qāla li-qawmihi yā qawmi in kāna kabura ʿalaykum maqāmī wa-tadhkīrī bi-āyāti llāhi fa-ʿalā llāhi tawakkaltu fa-ajmiʿū amrakum wa-shurakāʾakum thumma lā yakun amrukum ʿalaykum ghummatan thumma qḑū ilayya wa-lā tunẕirūn Et récite-leur le récit (nabaʾ) de Nūḥ, quand il dit à son peuple : « Ô mon peuple, si ma présence (maqāmī) et mon rappel (tadhkīrī) par les āyāt d’Allaah vous pèsent (kabura ʿalaykum), c’est sur Allaah que je me suis appuyé (tawakkaltu) — réunissez donc votre affaire, vous et vos associés (shurakāʾakum), que votre affaire ne soit plus ensuite pour vous une chose indistincte (ghumma), puis décidez à mon sujet, et ne m’accordez aucun délai. »
S.10:72
فَإِنْ تَوَلَّيْتُمْ فَمَا سَأَلْتُكُمْ مِنْ أَجْرٍ ۖ إِنْ أَجْرِيَ إِلَّا عَلَى اللَّهِ ۖ وَأُمِرْتُ أَنْ أَكُونَ مِنَ الْمُسْلِمِينَ
Fa-in tawallaytum fa-mā saʾaltukum min ajrin — in ajriya illā ʿalā llāhi — wa-umirtu an akūna mina l-muslimīn Et si vous vous détournez (tawallaytum), je ne vous ai demandé aucun salaire (ajr) — mon salaire n’incombe qu’à Allaah — et il m’a été ordonné d’être du nombre des muslimīn. »
Notes lexicales
ghumma
racine *gh-m-m* : ce qui reste obscur, indistinct, comme un ciel couvert dont on ne peut rien lire. Dit : Nūḥ demande que la confrontation soit rendue claire et déclarée, non menée dans l'ambiguïté.
shurakāʾakum
même racine *sh-r-k* que *shurakāʾ* (voir l'étude Le Shirk). Dit : Nūḥ demande explicitement à son peuple de réunir, aux côtés de leur propre décision, leurs associés eux-mêmes — une confrontation menée à découvert, sans que le texte en précise davantage les modalités concrètes.
tawakkaltu … ajrī illā ʿalā llāh
*tawakkaltu*, racine *w-k-l* (voir *wakīl*). Cohérence intra-coranique : la même clause sur l'absence de salaire demandé revient, sous des formes proches, pour plusieurs *rusul* (S7:88, Shuʿayb, entre autres).

S.10:73 · Le démenti, le sauvetage dans l’arche, la succession

S.10:73
فَكَذَّبُوهُ فَنَجَّيْنَاهُ وَمَنْ مَعَهُ فِي الْفُلْكِ وَجَعَلْنَاهُمْ خَلَائِفَ وَأَغْرَقْنَا الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا ۖ فَانْظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُنْذَرِينَ
Fa-kadhdhabūhu fa-najjaynāhu wa-man maʿahu fi l-fulki wa-jaʿalnāhum khalāʾifa wa-aghraqnā lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā — fa-nẕur kayfa kāna ʿāqibatu l-munẕarīn Ils le traitèrent de menteur — Nous le sauvâmes (najjaynāhu), lui et ceux qui étaient avec lui, dans l’arche (al-fulk), et Nous fîmes d’eux des successeurs (khalāʾif) — et Nous noyâmes ceux qui avaient traité Nos āyāt de mensonge — regarde donc quelle fut la fin de ceux qui avaient été avertis (al-munẕarīn).
Notes lexicales
khalāʾifa
même racine *kh-l-f* que *khalāʾifa l-arḑ* (S6:165) : ceux qui viennent après, chargés de la suite. Dit : le texte nomme cette succession comme un fait accompli, sans en détailler davantage la portée au-delà de ce seul verset.
al-munẕarīn
racine *n-dh-r* (avertir), au passif : ceux à qui l'avertissement a été adressé — forme distincte de *al-mufsidīn*/*al-ẕālimīn* qui closent d'autres récits parallèles (S7:64, S7:72).

Les rusul venus après lui — le scellement des cœurs des transgresseurs · S10:74

Note de méthode — S10:74, naṭbaʿu ʿalā qulūbi l-muʿtadīn. Ce verset reprend, presque mot pour mot, naṭbaʿu ʿalā qulūbihim (S7:100) et yaṭbaʿu llāhu ʿalā qulūbi l-kāfirīn (S7:101), eux-mêmes apparentés par le sens à khatama ʿalā qulūbihim (S2:7, S6:46). Dans chacun de ces passages, le scellement est posé comme la conséquence d’un refus de croire déjà constaté (fa-mā kānū li-yuʾminū bi-mā kadhdhabū bihi min qablu, ici comme en S7:101), non comme un décret initial et arbitraire qui précéderait toute disposition humaine.

S.10:74 · Le scellement des cœurs des transgresseurs

S.10:74
ثُمَّ بَعَثْنَا مِنْ بَعْدِهِ رُسُلًا إِلَىٰ قَوْمِهِمْ فَجَاءُوهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ فَمَا كَانُوا لِيُؤْمِنُوا بِمَا كَذَّبُوا بِهِ مِنْ قَبْلُ ۚ كَذَٰلِكَ نَطْبَعُ عَلَىٰ قُلُوبِ الْمُعْتَدِينَ
Thumma baʿathnā min baʿdihi rusulan ilā qawmihim fa-jāʾūhum bi-l-bayyināti fa-mā kānū li-yuʾminū bi-mā kadhdhabū bihi min qablu — ka-dhālika naṭbaʿu ʿalā qulūbi l-muʿtadīn Puis Nous envoyâmes après lui des rusul vers leurs peuples respectifs — ils leur vinrent avec les preuves manifestes (al-bayyināt), mais ils n’étaient pas disposés à croire en ce qu’ils avaient auparavant démenti : ainsi Nous scellons (naṭbaʿu) les cœurs des transgresseurs (al-muʿtadīn).
Notes lexicales
naṭbaʿu ʿalā qulūbi l-muʿtadīn
voir la note de méthode ci-dessus. *Al-muʿtadīn* : voir S2:190, S5:87, S6:119, S7:31, S7:55.

Mūsā et Hārūn envoyés à Firʿawn — le défi des magiciens · S10:75–82

S.10:75 · Mūsā et Hārūn envoyés à Firʿawn et son assemblée

S.10:75
ثُمَّ بَعَثْنَا مِنْ بَعْدِهِمْ مُوسَىٰ وَهَارُونَ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ بِآيَاتِنَا فَاسْتَكْبَرُوا وَكَانُوا قَوْمًا مُجْرِمِينَ
Thumma baʿathnā min baʿdihim mūsā wa-hārūna ilā firʿawna wa-malaʾihi bi-āyātinā fa-stakbarū wa-kānū qawman mujrimīn Puis Nous envoyâmes après eux Mūsā et Hārūn vers Firʿawn et son assemblée (malaʾ), avec Nos āyāt — ils s’enorgueillirent (istakbarū) et furent un peuple de mujrimūn.
Notes lexicales
istakbarū
voir S2:34 ; S7:75–76 (à propos de Ṣāliḥ). Même schéma narratif que les autres récits de cette famille.

S.10:76–79 · L’accusation de magie — Firʿawn convoque les magiciens

S.10:76
فَلَمَّا جَاءَهُمُ الْحَقُّ مِنْ عِنْدِنَا قَالُوا إِنَّ هَٰذَا لَسِحْرٌ مُبِينٌ
Fa-lammā jāʾahumu l-ḥaqqu min ʿindinā qālū inna hādhā la-siḥrun mubīn Et quand le ḥaqq leur vint de Notre part, ils dirent : « Voilà bien une magie (siḥr) manifeste. »
S.10:77
قَالَ مُوسَىٰ أَتَقُولُونَ لِلْحَقِّ لَمَّا جَاءَكُمْ ۖ أَسِحْرٌ هَٰذَا وَلَا يُفْلِحُ السَّاحِرُونَ
Qāla mūsā a-taqūlūna li-l-ḥaqqi lammā jāʾakum — a-siḥrun hādhā — wa-lā yufliḥu s-sāḥirūn Mūsā dit : « Dites-vous cela du ḥaqq, une fois qu’il vous est venu ? Est-ce là de la magie ? — Or les magiciens (as-sāḥirūn) ne réussissent pas (lā yufliḥu). »
S.10:78
قَالُوا أَجِئْتَنَا لِتَلْفِتَنَا عَمَّا وَجَدْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا وَتَكُونَ لَكُمَا الْكِبْرِيَاءُ فِي الْأَرْضِ وَمَا نَحْنُ لَكُمَا بِمُؤْمِنِينَ
Qālū a-jiʾtanā li-talfitanā ʿammā wajadnā ʿalayhi ābāʾanā wa-takūna lakumā l-kibriyāʾu fi l-arḑi wa-mā naḥnu lakumā bi-muʾminīn Ils dirent : « Es-tu venu à nous pour nous détourner (li-talfitanā) de ce sur quoi nous avons trouvé nos pères, et pour que la domination orgueilleuse (al-kibriyāʾ) revienne à vous deux sur la terre ? Nous ne sommes pas croyants en vous deux. »
S.10:79
وَقَالَ فِرْعَوْنُ ائْتُونِي بِكُلِّ سَاحِرٍ عَلِيمٍ
Wa-qāla firʿawnu ītūnī bi-kulli sāḥirin ʿalīm Et Firʿawn dit : « Amenez-moi tout magicien savant (ʿalīm). »
Notes lexicales
lā yufliḥu s-sāḥirūn
même racine *f-l-ḥ* que *lā yufliḥu l-mujrimūn* (S10:17) et *lā yufliḥūn* (S10:69) — clôture rhétorique de cette sourate, appliquée ici spécifiquement aux magiciens.
li-talfitanā
racine *l-f-t* : détourner, faire se retourner de force.
al-kibriyāʾu
même racine *k-b-r* qu'*istakbarū* (S10:75), ici au substantif : la domination orgueilleuse revendiquée comme un rang à conserver.

S.10:80–82 · Le défi lancé aux magiciens — Allaah établit le ḥaqq

S.10:80
فَلَمَّا جَاءَ السَّحَرَةُ قَالَ لَهُمْ مُوسَىٰ أَلْقُوا مَا أَنْتُمْ مُلْقُونَ
Fa-lammā jāʾa s-saḥaratu qāla lahum mūsā alqū mā antum mulqūn Et quand les magiciens (as-saḥara) vinrent, Mūsā leur dit : « Jetez ce que vous avez à jeter. »
S.10:81
فَلَمَّا أَلْقَوْا قَالَ مُوسَىٰ مَا جِئْتُمْ بِهِ السِّحْرُ ۖ إِنَّ اللَّهَ سَيُبْطِلُهُ ۖ إِنَّ اللَّهَ لَا يُصْلِحُ عَمَلَ الْمُفْسِدِينَ
Fa-lammā alqaw qāla mūsā mā jiʾtum bihi s-siḥru — inna llāha sa-yubṭiluhu — inna llāha lā yuṣliḥu ʿamala l-mufsidīn Et quand ils eurent jeté, Mūsā dit : « Ce que vous avez apporté est la magie (as-siḥr) — Allaah va certes l’annuler (sa-yubṭiluhu) — Allaah ne fait pas prospérer (lā yuṣliḥu) l’œuvre des mufsidīn. »
S.10:82
وَيُحِقُّ اللَّهُ الْحَقَّ بِكَلِمَاتِهِ وَلَوْ كَرِهَ الْمُجْرِمُونَ
Wa-yuḥiqqu llāhu l-ḥaqqa bi-kalimātihi wa-law kariha l-mujrimūn Et Allaah établit fermement (yuḥiqqu) le ḥaqq par Ses paroles (bi-kalimātihi), même si les mujrimūn le détestent (kariha).
Notes lexicales
lā yuṣliḥu ʿamala l-mufsidīn
voir l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran (S5:33).
bi-kalimātihi
pluriel de *kalima* (voir S10:19, S10:33, S10:64).
wa-law kariha l-mujrimūn
racine *k-r-h* : ici appliquée aux *mujrimūn* eux-mêmes, des humains — c'est le registre ordinaire de l'aversion humaine. Pour l'emploi de la même racine à propos d'Allaah, voir S9:46 et S9:81.

Nul ne crut, sinon une descendance craintive · S10:83

S.10:83 · Une descendance dans la crainte — Firʿawn, dominateur et musrif

S.10:83
فَمَا آمَنَ لِمُوسَىٰ إِلَّا ذُرِّيَّةٌ مِنْ قَوْمِهِ عَلَىٰ خَوْفٍ مِنْ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِمْ أَنْ يَفْتِنَهُمْ ۚ وَإِنَّ فِرْعَوْنَ لَعَالٍ فِي الْأَرْضِ وَإِنَّهُ لَمِنَ الْمُسْرِفِينَ
Fa-mā āmana li-mūsā illā dhurriyyatun min qawmihi ʿalā khawfin min firʿawna wa-malaʾihim an yaftinahum — wa-inna firʿawna la-ʿālin fi l-arḑi wa-innahu la-mina l-musrifīn Nul ne crut en Mūsā, sinon une descendance (dhurriyya) de son peuple, dans la crainte que Firʿawn et leur assemblée ne les éprouve (yaftinahum) — Firʿawn était certes dominateur (la-ʿālin) sur la terre, et il était certes du nombre des excessifs (al-musrifīn).
Notes lexicales
la-ʿālin fi l-arḑ
Note de méthode, par contraste de registre. Cette forme (*ʿālin*, dominateur, élevé en position) porte la même racine *ʿ-l-w* que *taʿālā*/*al-Aʿlā*. Ici, elle qualifie Firʿawn — un être humain — au sens ordinaire d'une domination effective et usurpée sur la terre. Pour l'emploi de cette racine à propos d'Allaah (*taʿālā*, *al-Aʿlā*), où l'arabe est conservé avec une note, voir S6:100 et S9:40.
al-musrifīn
voir S6:141, S7:31, S10:12.

L’appel de Mūsā au tawakkul — l’invocation contre le peuple ẕālim et kāfir · S10:84–86

S.10:84–86 · « Sur Allaah nous nous appuyons »

S.10:84
وَقَالَ مُوسَىٰ يَا قَوْمِ إِنْ كُنْتُمْ آمَنْتُمْ بِاللَّهِ فَعَلَيْهِ تَوَكَّلُوا إِنْ كُنْتُمْ مُسْلِمِينَ
Wa-qāla mūsā yā qawmi in kuntum āmantum bi-llāhi fa-ʿalayhi tawakkalū in kuntum muslimīn Mūsā dit : « Ô mon peuple, si vous croyez en Allaah, appuyez-vous (tawakkalū) sur Lui, si vous êtes muslimīn. »
S.10:85
فَقَالُوا عَلَى اللَّهِ تَوَكَّلْنَا رَبَّنَا لَا تَجْعَلْنَا فِتْنَةً لِلْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
Fa-qālū ʿalā llāhi tawakkalnā rabbanā lā tajʿalnā fitnatan li-l-qawmi ẕ-ẕālimīn Ils dirent : « Sur Allaah nous nous appuyons (tawakkalnā) — notre Rabb, ne fais pas de nous une épreuve (fitna) pour le peuple ẕālim. »
S.10:86
وَنَجِّنَا بِرَحْمَتِكَ مِنَ الْقَوْمِ الْكَافِرِينَ
Wa-najjinā bi-raḥmatika mina l-qawmi l-kāfirīn « Et sauve-nous, par Ta raḥma, du peuple kāfir. »
Notes lexicales
fitnatan li-l-qawmi ẕ-ẕālimīn
racine *f-t-n* (voir S10:83 : *an yaftinahum*). Dit : l'invocation demande à ne pas être livré, comme épreuve ou occasion de triomphe, au peuple *ẕālim* — sans détailler davantage la nature précise redoutée de cette épreuve.

L’installation en Égypte — la ṣalāt · S10:87

S.10:87 · Des demeures, un point d’orientation, la ṣalāt

S.10:87
وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ وَأَخِيهِ أَنْ تَبَوَّآ لِقَوْمِكُمَا بِمِصْرَ بُيُوتًا وَاجْعَلُوا بُيُوتَكُمْ قِبْلَةً وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ ۗ وَبَشِّرِ الْمُؤْمِنِينَ
Wa-awḥaynā ilā mūsā wa-akhīhi an tabawwaʾā li-qawmikumā bi-miṣra buyūtan wa-jʿalū buyūtakum qiblatan wa-aqīmū ṣ-ṣalāta — wa-bashshiri l-muʾminīn Et Nous révélâmes (awḥaynā) à Mūsā et à son frère : « Établissez (tabawwaʾā), pour votre peuple, en Égypte (bi-miṣra), des demeures ; faites de vos demeures un point d’orientation (qibla), et accomplissez la ṣalāt » — et annonce [une bonne nouvelle] aux croyants.
Notes lexicales
tabawwaʾā
même racine *b-w-ʾ* que S3:121 (*tubawwiʾu*) et S7:74 (*bawwaʾakum fi l-arḑi*) — installer fermement, donner assise.
qiblatan
racine *q-b-l* : ce vers quoi l'on se tourne, un point d'orientation commun. Cohérence intra-coranique, sans confusion de registre : le terme est ici employé pour désigner les demeures des Banū Isrāʾīl en Égypte comme point de ralliement de la communauté durant l'épreuve — un usage distinct de l'orientation rituelle fixée plus tard vers le Masjid al-Ḥarām (S2:142–150) ; les deux emplois ne sont pas confondus.
aqīmū ṣ-ṣalāta
*ṣalāt*, conservé en translittération : aucun mot français unique n'en couvre le sens (voir l'étude La Ṣalāt dans le Coran).

L’invocation de Mūsā contre Firʿawn — exaucée · S10:88–89

Crux grammatical mineur, non tranché — S10:88, la portée du li- dans « li-yuḑillū ʿan sabīlika ». La particule li- introduisant « pour qu’ils égarent loin de Ton chemin » admet, chez les grammairiens classiques, deux lectures distinctes : une lecture finale stricte (Allaah aurait donné parure et biens à Firʿawn dans le but qu’ils égarent) et une lecture de lām al-ʿāqiba (la conséquence effective, non le but visé — la parure et les biens ont eu cet égarement pour résultat, sans que ce résultat en soit la finalité posée). Les deux lectures sont grammaticalement défendables ; ce Bloc ne tranche pas entre elles. Point de continuité : l’invocation même de Mūsā — demander qu’Allaah endurcisse les cœurs de Firʿawn et de son peuple jusqu’à ce qu’ils voient le châtiment — s’inscrit dans la même famille de questions sur l’articulation entre la mashīʾa d’Allaah et la responsabilité humaine (voir S6:35, S6:39, S8:17, S8:23–24, S8:53, S9:14, S9:46, S9:51). Cette question n’est pas rouverte ici ; il est seulement noté qu’ici la demande d’endurcissement vient de la bouche même d’un nabī, comme réponse à une injustice déjà constatée — non d’un décret Se posant sans motif antérieur.

S.10:88 · L’invocation de Mūsā contre Firʿawn

S.10:88
وَقَالَ مُوسَىٰ رَبَّنَا إِنَّكَ آتَيْتَ فِرْعَوْنَ وَمَلَأَهُ زِينَةً وَأَمْوَالًا فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا رَبَّنَا لِيُضِلُّوا عَنْ سَبِيلِكَ ۖ رَبَّنَا اطْمِسْ عَلَىٰ أَمْوَالِهِمْ وَاشْدُدْ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ فَلَا يُؤْمِنُوا حَتَّىٰ يَرَوُا الْعَذَابَ الْأَلِيمَ
Wa-qāla mūsā rabbanā innaka ātayta firʿawna wa-malaʾahu zīnatan wa-amwālan fi l-ḥayāti d-dunyā rabbanā li-yuḑillū ʿan sabīlika — rabbanā ṭmis ʿalā amwālihim wa-shdud ʿalā qulūbihim fa-lā yuʾminū ḥattā yarawu l-ʿadhāba l-alīm Mūsā dit : « Notre Rabb, Tu as donné à Firʿawn et à son assemblée parure (zīna) et biens (amwāl) dans la vie d’ici-bas — notre Rabb — [de sorte qu’]ils égarent loin de Ton chemin — notre Rabb, efface (ṭmis) leurs biens, et endurcis (ashdud) leurs cœurs, en sorte qu’ils ne croient pas avant de voir le châtiment douloureux. »
Notes lexicales
li-yuḑillū ʿan sabīlika
voir le crux grammatical signalé ci-dessus.
ashdud ʿalā qulūbihim
racine *sh-d-d* (resserrer, rendre ferme et dur), apparentée par le sens, non par la racine, à *naṭbaʿu*/*khatama* (voir S10:74). Dit : la demande vient ici explicitement de Mūsā lui-même, en réponse à l'injustice déjà constatée de Firʿawn — non d'une initiative posée sans motif antérieur.

S.10:89 · L’invocation exaucée

S.10:89
قَالَ قَدْ أُجِيبَتْ دَعْوَتُكُمَا فَاسْتَقِيمَا وَلَا تَتَّبِعَانِّ سَبِيلَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ
Qāla qad ujībat daʿwatukumā fa-staqīmā wa-lā tattabiʿānni sabīla lladhīna lā yaʿlamūn Il dit : « Votre invocation (daʿwatukumā) est certes exaucée (ujībat) — restez donc fermes (fa-staqīmā), vous deux, et ne suivez pas, tous deux, le chemin de ceux qui ne savent pas. »
Notes lexicales
fa-staqīmā
Dit : la réponse à l'exaucement de l'invocation n'est pas seulement une confirmation, mais un ordre adressé aux deux frères — la fermeté (*istiqāma*), non un simple constat d'attente passive.

La traversée de la mer, la noyade, la déclaration tardive rejetée · S10:90–92

S.10:90 · « Je crois… » — au moment où la noyade l’atteint

S.10:90
۞ وَجَاوَزْنَا بِبَنِي إِسْرَائِيلَ الْبَحْرَ فَأَتْبَعَهُمْ فِرْعَوْنُ وَجُنُودُهُ بَغْيًا وَعَدْوًا ۖ حَتَّىٰ إِذَا أَدْرَكَهُ الْغَرَقُ قَالَ آمَنْتُ أَنَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا الَّذِي آمَنَتْ بِهِ بَنُو إِسْرَائِيلَ وَأَنَا مِنَ الْمُسْلِمِينَ
Wa-jāwaznā bi-banī isrāʾīla l-baḥra fa-atbaʿahum firʿawnu wa-junūduhu baghyan wa-ʿadwan ḥattā idhā adrakahu l-gharaqu qāla āmantu annahu lā ilāha illā lladhī āmanat bihi banū isrāʾīla wa-anā mina l-muslimīn Et Nous fîmes traverser la mer aux Banū Isrāʾīl — Firʿawn et ses armées (junūduhu) les poursuivirent, par excès (baghyan) et hostilité (ʿadwan) — jusqu’à ce que la noyade (al-gharaq) l’eût atteint (adrakahu), il dit : « Je crois (āmantu) qu’il n’y a nul ilāh sinon Ce en quoi ont cru les Banū Isrāʾīl, et je suis du nombre des muslimīn. »

S.10:91 · « Maintenant ? »

S.10:91
آلْآنَ وَقَدْ عَصَيْتَ قَبْلُ وَكُنْتَ مِنَ الْمُفْسِدِينَ
Āl-āna wa-qad ʿaṣayta qablu wa-kunta mina l-mufsidīn « Maintenant ? — alors que tu avais désobéi (ʿaṣayta) auparavant, et que tu étais du nombre des mufsidīn. »
Notes lexicales
ḥattā idhā adrakahu l-gharaq
racine *d-r-k* (atteindre, rattraper) : le texte situe la déclaration au moment précis où la noyade devient inéluctable et déjà là — même structure temporelle que *ḥattā idhā ḥaḍara aḥadahumu l-mawtu* (la règle générale posée ailleurs dans le Coran sur la *tawba* au moment où la mort est présente).
āl-āna
voir le point majeur signalé en tête de ce Bloc. La particule interrogative *a-* devant *al-āna* (« maintenant ») construit une question de réprobation, non une demande d'information — une clôture immédiate plutôt qu'une véritable interrogation.

S.10:92 · Le corps préservé, un signe pour la postérité

S.10:92
فَالْيَوْمَ نُنَجِّيكَ بِبَدَنِكَ لِتَكُونَ لِمَنْ خَلْفَكَ آيَةً ۚ وَإِنَّ كَثِيرًا مِنَ النَّاسِ عَنْ آيَاتِنَا لَغَافِلُونَ
Fa-l-yawma nunajjīka bi-badanika li-takūna li-man khalfaka āyatan wa-inna kathīran mina n-nāsi ʿan āyātinā la-ghāfilūn « Aujourd’hui donc, Nous te sauvons (nunajjīka), [en préservant] ton corps (bi-badanika), pour que tu sois un signe (āya) pour ceux qui viendront après toi (li-man khalfaka) — beaucoup, parmi les gens, sont certes insouciants (ghāfilūn) de Nos āyāt. »
Notes lexicales
nunajjīka bi-badanika
Note de linguistique pure. *Nunajjīka* (« Nous te sauvons ») est ici immédiatement précisé par *bi-badanika* (« par/avec ton corps ») — non un sauvetage de la vie, mais la préservation du corps sans vie comme objet de démonstration pour la postérité. Dit : le texte affirme seulement cette fonction de signe (*āya*). Non-dit : aucune identification de ce corps avec un vestige archéologique déterminé n'est donnée par ce seul verset — une telle identification relèverait d'une inférence extérieure au texte, qui n'est pas importée ici.
ghāfilūn
même racine *gh-f-l* que *ghāfilūn* en S10:8 et S10:29.

L’installation véritable des Banū Isrāʾīl — leur désaccord ultérieur · S10:93

S.10:93 · Une installation de vérité — le désaccord après le savoir

S.10:93
وَلَقَدْ بَوَّأْنَا بَنِي إِسْرَائِيلَ مُبَوَّأَ صِدْقٍ وَرَزَقْنَاهُمْ مِنَ الطَّيِّبَاتِ فَمَا اخْتَلَفُوا حَتَّىٰ جَاءَهُمُ الْعِلْمُ ۚ إِنَّ رَبَّكَ يَقْضِي بَيْنَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فِيمَا كَانُوا فِيهِ يَخْتَلِفُونَ
Wa-la-qad bawwaʾnā banī isrāʾīla mubawwaʾa ṣidqin wa-razaqnāhum mina ṭ-ṭayyibāti fa-mā khtalafū ḥattā jāʾahumu l-ʿilmu — inna rabbaka yaqḑī baynahum yawma l-qiyāmati fīmā kānū fīhi yakhtalifūn Et Nous avons certes établi (bawwaʾnā) les Banū Isrāʾīl dans une installation de vérité (mubawwaʾa ṣidq), et Nous les avons pourvus (razaqnāhum) des bonnes choses (aṭ-ṭayyibāt) — ils ne divergèrent (ikhtalafū) qu’après que le savoir (al-ʿilm) leur fut venu — ton Rabb tranchera (yaqḑī) certes entre eux, au Jour de la Résurrection, sur ce en quoi ils divergeaient.
Notes lexicales
bawwaʾnā … mubawwaʾa ṣidq
même racine *b-w-ʾ* que *tabawwaʾā* (S10:87) et *bawwaʾakum* (S7:74) : l'installation, l'assise donnée. *Ṣidq* : voir *ṣādiqīn*.
fa-mā khtalafū ḥattā jāʾahumu l-ʿilm
Non-dit : ce seul verset ne détaille pas la teneur de ce désaccord ultérieur (*ikhtilāf*) — seulement sa cause temporelle (survenu après que le savoir leur fut donné, non par ignorance).

Au nabī : nul doute possible, le sort de qui persiste à démentir · S10:94–97

S.10:94–95 · Si tu es dans le doute — interroge ceux qui lisent le Kitāb avant toi

S.10:94
فَإِنْ كُنْتَ فِي شَكٍّ مِمَّا أَنْزَلْنَا إِلَيْكَ فَاسْأَلِ الَّذِينَ يَقْرَءُونَ الْكِتَابَ مِنْ قَبْلِكَ ۚ لَقَدْ جَاءَكَ الْحَقُّ مِنْ رَبِّكَ فَلَا تَكُونَنَّ مِنَ الْمُمْتَرِينَ
Fa-in kunta fī shakkin mimmā anzalnā ilayka fa-sʾali lladhīna yaqraʾūna l-kitāba min qablika — la-qad jāʾaka l-ḥaqqu min rabbika fa-lā takūnanna mina l-mumtarīn Et si tu es dans le doute (shakk) au sujet de ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge donc ceux qui lisent le Kitāb avant toi — le ḥaqq t’est certes venu de ton Rabb, ne sois donc pas du nombre de ceux qui doutent avec insistance (al-mumtarīn).
S.10:95
وَلَا تَكُونَنَّ مِنَ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِ اللَّهِ فَتَكُونَ مِنَ الْخَاسِرِينَ
Wa-lā takūnanna mina lladhīna kadhdhabū bi-āyāti llāhi fa-takūna mina l-khāsirīn Et ne sois pas de ceux qui ont traité les āyāt d’Allaah de mensonge : tu serais alors du nombre des perdants (al-khāsirīn).
Notes lexicales
fa-in kunta fī shakkin
Note de méthode. Construction conditionnelle (*in kunta*, « si tu es ») de forme hypothétique — un procédé rhétorique adressé formellement au nabī mais dont la portée dépasse sa seule personne. Dit : la réponse proposée (interroger ceux qui lisent le Kitāb avant lui) et l'affirmation immédiate qui suit (« le *ḥaqq* t'est certes venu »). Non-dit : ce seul verset ne dit pas que le nabī a effectivement entretenu ce doute — ce Bloc ne tranche pas au-delà de la forme conditionnelle elle-même.

S.10:96–97 · Ceux sur qui la parole s’est avérée ne croient pas

S.10:96
إِنَّ الَّذِينَ حَقَّتْ عَلَيْهِمْ كَلِمَتُ رَبِّكَ لَا يُؤْمِنُونَ
Inna lladhīna ḥaqqat ʿalayhim kalimatu rabbika lā yuʾminūn Ceux sur qui la parole (kalima) de ton Rabb s’est avérée (ḥaqqat) ne croient pas.
S.10:97
وَلَوْ جَاءَتْهُمْ كُلُّ آيَةٍ حَتَّىٰ يَرَوُا الْعَذَابَ الْأَلِيمَ
Wa-law jāʾathum kullu āyatin ḥattā yarawu l-ʿadhāba l-alīm Même si tout signe (āya) leur venait — jusqu’à ce qu’ils voient le châtiment douloureux.
Notes lexicales
kalimatu rabbika
même racine *k-l-m* que *kalima*/*kalimāt* (S10:19, S10:33, S10:64, S10:82). Note de méthode : le sujet grammatical de *ḥaqqat* est ici la parole (*kalima*) de ton Rabb, non Allaah Lui-même directement — même précaution que pour *kalimatu llāhi hiya l-ʿulyā* (S9:40).
ḥaqqat ʿalayhim
même construction que *ḥaqqa ʿalayhimu ḍ-ḍalālatu* (S7:30) — non-dit : le mécanisme précis de cette avérisation n'est pas détaillé par ce seul verset, question de même famille que la *mashīʾa*, laissée ouverte (voir S10:99–100).

Le peuple de Yūnus — la foi acceptée parce que venue à temps · S10:98

Note de cohérence intra-coranique — S10:98, le contraste avec S10:90–91. Cette sourate porte le nom de Yūnus ; ce verset en est la seule mention explicite. Dit : le texte pose ce peuple comme la seule exception nommée où la foi, venue après un signe ou un avertissement mais avant que le châtiment ne soit pleinement advenu, fut acceptée et profita effectivement (fa-nafaʿahā īmānuhā) — à la différence de toutes les autres cités évoquées dans cette sourate (S10:96–97) et de la déclaration de Firʿawn (S10:90–91), venue, elle, alors que la noyade était déjà là. Ce contraste rejoint la même distinction temporelle posée ailleurs dans le Coran pour la tawba : un retour venu à temps (min qarīb) est accueilli ; un retour ou une déclaration venus au moment même où le châtiment est déjà visible et certain ne le sont pas. Non-dit : ce seul verset ne raconte pas l’histoire de Yūnus et de son peuple — aucun détail narratif étranger à ce qu’il affirme ici n’est importé.

S.10:98 · La foi qui profite — le peuple de Yūnus

S.10:98
فَلَوْلَا كَانَتْ قَرْيَةٌ آمَنَتْ فَنَفَعَهَا إِيمَانُهَا إِلَّا قَوْمَ يُونُسَ لَمَّا آمَنُوا كَشَفْنَا عَنْهُمْ عَذَابَ الْخِزْيِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَتَّعْنَاهُمْ إِلَىٰ حِينٍ
Fa-lawlā kānat qaryatun āmanat fa-nafaʿahā īmānuhā illā qawma yūnusa — lammā āmanū kashafnā ʿanhum ʿadhāba l-khizyi fi l-ḥayāti d-dunyā wa-mattaʿnāhum ilā ḥīn Or, nulle cité n’a cru de sorte que sa foi (īmānuhā) lui profite (nafaʿahā) [une fois le châtiment déjà là] — sinon le peuple de Yūnus : quand ils crurent, Nous levâmes d’eux le châtiment de l’humiliation (al-khizy) dans la vie d’ici-bas, et Nous leur accordâmes une jouissance (mattaʿnāhum) jusqu’à un terme (ilā ḥīn).
Notes lexicales
al-khizy
racine *kh-z-y* : l'humiliation, la disgrâce publique.
mattaʿnāhum ilā ḥīn
même racine *m-t-ʿ* que *matāʿun fi d-dunyā* (S10:23, S10:70) : une jouissance de durée bornée, non perpétuelle.

La mashīʾa, la contrainte impossible, l’idhn d’Allaah, le rijs · S10:99–100

Point de continuité — S10:99–100, la question de la mashīʾa. Ce passage porte, sous sa forme la plus directe rencontrée jusqu’ici dans cette sourate, la question de l’articulation entre la volonté (mashīʾa) d’Allaah — qui, si elle le voulait, ferait croire tous les habitants de la terre — et la responsabilité humaine, ici formulée par l’impossibilité pour le nabī de contraindre quiconque à croire, et par la condition posée à la foi elle-même (« sinon par l’idhn d’Allaah »). Cette question reste ouverte (voir S6:35, S6:39, S8:17, S8:23–24, S8:53, S9:14, S9:46, S9:51, S10:88) ; elle est signalée ici à l’endroit où le texte la pose avec le plus de netteté.

S.10:99–100 · La contrainte impossible — l’idhn d’Allaah — le rijs

S.10:99
وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ لَآمَنَ مَنْ فِي الْأَرْضِ كُلُّهُمْ جَمِيعًا ۚ أَفَأَنْتَ تُكْرِهُ النَّاسَ حَتَّىٰ يَكُونُوا مُؤْمِنِينَ
Wa-law shāʾa rabbuka la-āmana man fi l-arḑi kulluhum jamīʿan — a-fa-anta tukrihu n-nāsa ḥattā yakūnū muʾminīn Et si ton Rabb l’avait voulu (law shāʾa), tous ceux qui sont sur la terre auraient cru, absolument tous — est-ce donc toi qui contraindrais (tukrihu) les gens jusqu’à ce qu’ils soient croyants ?
S.10:100
وَمَا كَانَ لِنَفْسٍ أَنْ تُؤْمِنَ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ ۚ وَيَجْعَلُ الرِّجْسَ عَلَى الَّذِينَ لَا يَعْقِلُونَ
Wa-mā kāna li-nafsin an tuʾmina illā bi-idhni llāhi wa-yajʿalu r-rijsa ʿalā lladhīna lā yaʿqilūn Il n’appartient à aucun nafs de croire, sinon par l’autorisation (idhn) d’Allaah — et Il place le rijs sur ceux qui ne raisonnent pas (lā yaʿqilūn).
Notes lexicales
bi-idhni llāh
même racine *ʾ-dh-n* qu'*idhn* en S10:3 (nul *shafīʿ* sans *idhn*).
r-rijs … lā yaʿqilūn
*rijs* : voir S5:90, S6:125, S9:95, S9:125 — appliqué ici, sous un quatrième registre, à ceux-là mêmes qui ne raisonnent pas. Dit : le texte pose explicitement la condition — le *rijs* est placé sur ceux qui ne raisonnent pas, non sur l'ensemble indifférencié des humains.

Les āyāt insuffisantes pour qui ne croit pas — l’attente · S10:101–102

S.10:101–102 · Regardez — mais les āyāt ne servent à rien pour qui ne croit pas

S.10:101
قُلِ انْظُرُوا مَاذَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۚ وَمَا تُغْنِي الْآيَاتُ وَالنُّذُرُ عَنْ قَوْمٍ لَا يُؤْمِنُونَ
Quli nẕurū mādhā fi s-samāwāti wa-l-arḑi wa-mā tughnī l-āyātu wa-n-nudhuru ʿan qawmin lā yuʾminūn Dis : « Regardez ce qui est dans les cieux et sur la terre » — mais les āyāt et les avertisseurs (an-nudhur) ne sont d’aucune utilité (mā tughnī) pour un peuple qui ne croit pas.
S.10:102
فَهَلْ يَنْتَظِرُونَ إِلَّا مِثْلَ أَيَّامِ الَّذِينَ خَلَوْا مِنْ قَبْلِهِمْ ۚ قُلْ فَانْتَظِرُوا إِنِّي مَعَكُمْ مِنَ الْمُنْتَظِرِينَ
Fa-hal yantaẕirūna illā mithla ayyāmi lladhīna khalaw min qablihim quli fa-ntaẕirū innī maʿakum mina l-muntaẕirīn Qu’attendent-ils donc, sinon l’équivalent des jours de ceux qui ont disparu (khalaw) avant eux ? Dis : « Attendez donc, je suis, avec vous, du nombre de ceux qui attendent. »
Notes lexicales
an-nudhur
pluriel de *nadhīr*, même racine *n-dh-r* qu'*al-munẕarīn* (S10:73).

Clôture : Nos rusul et les croyants, toujours sauvés · S10:103

S.10:103 · Il Nous incombe de sauver les croyants

S.10:103
ثُمَّ نُنَجِّي رُسُلَنَا وَالَّذِينَ آمَنُوا ۚ كَذَٰلِكَ حَقًّا عَلَيْنَا نُنْجِ الْمُؤْمِنِينَ
Thumma nunajjī rusulanā wa-lladhīna āmanū — ka-dhālika ḥaqqan ʿalaynā nunji l-muʾminīn Puis Nous sauvons (nunajjī) Nos rusul et ceux qui ont cru — c’est ainsi : il Nous incombe, en toute vérité (ḥaqqan), de sauver les croyants.
Notes lexicales
nunajjī … nunji l-muʾminīn
même racine *n-j-w* que *najjaynāhu* (S10:73), *najjinā* (S10:86) et *nunajjīka* (S10:92) — ce verset referme le Bloc en reprenant, comme une clé structurelle, le verbe qui a scandé tout le cycle narratif : Nūḥ sauvé, l'invocation de Mūsā pour être sauvé, Firʿawn dont le corps seul est « sauvé » comme signe, et ici l'affirmation générale posée en clôture.

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