Structure du Bloc V — S10:104–109, clôture de la Sourate 10. Trois ensembles brefs referment la sourate. D’abord l’adresse à « ô les gens » : si un doute porte sur le dīn du nabī, la réponse n’est pas une défense mais un constat — il ne sert pas ce qu’ils servent en dehors d’Allaah, mais Allaah qui les reprend (yatawaffākum) — suivie de l’ordre d’établir son être pour le dīn, en ḥanīf, hors du shirk (S10:104–105). Puis l’interdiction d’invoquer ce qui ne profite ni ne nuit, et l’affirmation que nuire comme être utile ne procèdent que d’Allaah — clôturée par le couple al-Ghafūr, ar-Raḥīm (S10:106–107). Enfin une seconde adresse à « ô les gens » : le ḥaqq est venu, la guidance et l’égarement retombent chacun sur son propre nafs, le nabī n’est pas wakīl sur eux — et la sourate se ferme sur l’ordre de suivre ce qui lui est révélé et de patienter jusqu’au jugement d’Allaah, le meilleur des juges (S10:108–109).
Note de clôture. Ce Bloc ne soulève aucun point sensible nouveau : les deux passages qui auraient pu prêter à une lecture spatiale ou affective à propos d’Allaah — le tort et le bien qui « touchent » (S10:107) et le jugement à venir (S10:109) — reprennent des constructions identiques à celles de S6:17 et de S7:87.
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.10:104 | Si vous doutez de mon dīn — je sers Allaah, Ce qui vous reprend |
| S.10:105 | Établis ton être pour le dīn, en ḥanīf — hors des mushrikīn |
| S.10:106 | N’invoque pas ce qui ne profite ni ne nuit |
| S.10:107 | Nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah — al-Ghafūr, ar-Raḥīm |
| S.10:108 | Le ḥaqq est venu — guidance et égarement retombent sur le nafs — je ne suis pas wakīl |
| S.10:109 | Suis ce qui t’est révélé — patiente jusqu’au jugement d’Allaah, le meilleur des juges |
Le doute sur le dīn — Ce qui vous reprend — le ḥanīf · S10:104–105
S.10:104 · « Je sers Allaah, Ce qui vous reprend »
- shakk
- racine *sh-k-k* : le doute proprement dit (voir S10:94, « *fa-in kunta fī shakkin* », adressé alors au *nabī* lui-même). Dit : ici, c'est le doute éventuel d'autrui sur son propre *dīn* que le *nabī* envisage, non le sien.
- dīnī
- *dīn*, conservé en translittération : aucun mot français unique n'en couvre le sens sans en réduire la portée.
- yatawaffākum
- même racine *w-f-y* que *natawaffayannaka* (S10:46) et S4:15, S4:97 : la reprise de la vie, rendue par « reprendre » plutôt que par un verbe qui suggérerait un geste physique. Dit : le texte pose ce trait comme ce qui distingue Allaah de ce que les destinataires servent en dehors de Lui — une fonction propre à Allaah seul, non un argument développé davantage dans ce seul verset.
S.10:105 · Établis ton être pour le dīn, en ḥanīf
- aqim wajhaka
- racine *w-j-h*, ici à l'impératif (*aqim*, tenir droit, établir fermement) appliqué à son propre *wajh* — le même substantif que dans *wajjahtu wajhiya* (S6:79, Ibrāhīm s'orientant vers Ce qui a fait exister les cieux et la terre), mais construit ici avec un verbe distinct. Cohérence intra-coranique : deux constructions verbales différentes pour un même geste d'orientation totale de l'être, appliquées l'une à Ibrāhīm, l'autre au *nabī* Muḥammad — le texte ne fusionne pas les deux formulations en une seule.
- ḥanīfan
- racine *ḥ-n-f* — les lexicographes classiques (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*) en donnent le sens d'une inclination qui s'écarte d'un côté pour se porter fermement vers un autre : une orientation exclusive, sans partage. Conservé en translittération (voir S2:135, S3:67, S3:95, S4:125, S6:79, S6:161) : « *ḥanīf* » qualifie, à chaque occurrence, une orientation détachée de toute association (*shirk*), rattachée à la *milla* d'Ibrāhīm. Dit : ce verset applique directement au *nabī* Muḥammad la même qualification que celle portée par Ibrāhīm.
- mushrikīn
- voir l'étude Le Shirk — Définition coranique et étendue réelle.
N’invoque pas ce qui ne profite ni ne nuit — nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah · S10:106–107
S.10:106 · N’invoque pas ce qui ne profite ni ne nuit
- mā lā yanfaʿuka wa-lā yaḍurruka
- racines *n-f-ʿ* (être utile) et *ḍ-r-r* (nuire) — voir S4:12 (*ghayra muḍārr*) et, quelques versets plus loin, la forme *ḍurr* en S10:107. Dit : le texte fonde l'interdiction sur un critère fonctionnel — l'incapacité de ce qui est invoqué à produire le moindre effet, ni bénéfique ni nuisible — non sur la nature de cette chose en elle-même.
- ẓālimīn
- racine *ẓ-l-m* (voir S10:44).
S.10:107 · Nuire et être utile ne procèdent que d’Allaah
- yamsaska llāhu bi-ḍurrin … fa-lā kāshifa lahu illā huwa
- reprise, presque mot pour mot, de S6:17 : *wa-in yamsaska llāhu bi-ḍurrin fa-lā kāshifa lahu illā huwa*. Dit : l'exclusivité posée est ici, comme là-bas, catégorique — nulle instance intermédiaire n'est mentionnée entre l'humain touché et Allaah seul, capable de lever le tort. *Massa* (toucher, atteindre) désigne ici, comme en S6:17, une fonction, non un contact physique.
- fa-lā rādda li-faḍlihi
- racine *r-d-d* (repousser, faire revenir en arrière), voir S5:57 (*yartadda*). *Faḍl* : voir S3:73–74, S5:64, S9:58, S9:74. Dit : le texte pose, en parallèle exact du tort, la même exclusivité pour le bien — nul ne peut s'opposer à ce qu'Allaah destine.
- yuṣību bihi man yashāʾu min ʿibādihi
- Non-dit : ce seul verset ne précise pas selon quel critère ce *faḍl* est destiné à tel ou tel des *ʿibād* — question de même famille que la *mashīʾa* (voir S10:99–100), mais appliquée ici à la distribution d'un bienfait, non à la guidance ou à l'égarement.
- al-Ghafūru r-Raḥīm
- couple conservé en translittération.
Le ḥaqq est venu — chacun pour son nafs — patienter jusqu’au jugement · S10:108–109
S.10:108 · Guidance et égarement retombent sur le nafs — je ne suis pas wakīl
- fa-mani htadā fa-innamā yahtadī li-nafsihi wa-man ḍalla fa-innamā yaḍillu ʿalayhā
- racines *h-d-y* et *ḍ-l-l*. Dit : le texte pose ici une responsabilité strictement individuelle et symétrique — la guidance profite au seul *nafs* qui la reçoit, l'égarement ne retombe que sur celui qui s'égare — sans qu'aucune conséquence n'en rejaillisse sur un tiers, y compris sur le *nabī* lui-même, ce que le verset précise aussitôt par la clause suivante.
- wa-mā anā ʿalaykum bi-wakīl
- même racine *w-k-l* que dans une formule presque identique : *qul lastu ʿalaykum bi-wakīl* (S6:66) et *wa-mā anta ʿalayhim bi-wakīl* (S6:107). Dit : le *nabī* décline ici, à la première personne, tout statut de garant chargé de répondre du sort d'autrui — un rôle explicitement réservé à Allaah Lui-même ailleurs (S6:102, *wa-huwa ʿalā kulli shayʾin wakīl*).
S.10:109 · Suis ce qui t’est révélé — patiente jusqu’au jugement d’Allaah
- mā yūḥā ilayka
- racine *w-ḥ-y* (révéler). Cohérence intra-coranique, fil interne à la sourate : cette clause referme la sourate en reprenant, à la 2e personne, une formule que le *nabī* prononçait lui-même à la 1re personne dès S10:15 : « *in attabiʿu illā mā yūḥā ilayya* », « je ne suis que ce qui m'est révélé ». Dit : l'ordre adressé au *nabī* porte sur le suivi de ce qui lui est révélé — sans qu'il lui soit demandé, ici, d'y ajouter une initiative propre.
- ḥattā yaḥkuma llāhu wa-huwa khayru l-ḥākimīn
- reprise, mot pour mot dans sa clausule, de *fa-ṣbirū ḥattā yaḥkuma llāhu baynanā wa-huwa khayru l-ḥākimīn* (S7:87, parole de Shuʿayb). Dit : *ḥakama* (juger, trancher), racine étudiée dans Le Nabī n'est pas législateur, désigne ici une fonction d'arbitrage ultime, non une localisation. Ce verset referme la sourate sur l'ordre de patienter (*iṣbir*), qu'il ajoute au suivi de la révélation.