Structure du Bloc I — ouverture de la Sourate 11. Huit ensembles. D’abord l’exorde : le Kitāb dont les signes ont été rendus fermes (uḥkimat) puis détaillés (fuṣṣilat), l’appel à ne servir qu’Allaah, l’istighfār et le retour (tawba), le retour final vers Allaah (S11:1–4). Puis ce que les hommes dissimulent dans leur poitrine et qu’Allaah connaît, la subsistance (rizq) de toute créature qui Lui incombe et Sa science exhaustive, la création des cieux et de la terre en six jours et l’ʿArsh sur l’eau, l’accusation de magie (S11:5–8). Puis le portrait de l’humain : désespéré quand le bienfait se retire, jubilant et vantard quand il revient, sauf ceux qui patientent et agissent avec droiture (S11:9–11). Puis l’éventuelle détresse du nabī devant la demande d’un trésor ou d’un ange, le défi des dix sūra forgées, la clause de non-réponse (S11:12–14). Puis ceux qui ne veulent que la vie d’ici-bas et sa parure, opposés à celui qui se tient sur une bayyina de son Rabb, que suit un shāhid, et devant qui il y a déjà le Kitāb de Mūsā (S11:15–17). Puis le plus grand ẓālim — celui qui forge un mensonge contre Allaah —, les témoins au Jour, la malédiction sur ceux qui barrent la voie d’Allaah (S11:18–20). Puis ceux qui se sont perdus eux-mêmes, opposés à ceux qui croient, agissent avec droiture et s’abaissent avec humilité (akhbatū) devant leur Rabb (S11:21–23). Enfin la parabole des deux groupes : l’aveugle et le sourd, comparés au voyant et à l’entendant (S11:24).

Point de méthode — S11:7, wa-kāna ʿarshuhu ʿalā l-māʾ (« et Son ʿArsh était sur l’eau »). Cette construction est distincte de la formule thumma stawā ʿalā l-ʿarsh (voir S7:54 et S10:3) : ici le verbe est kāna (un état, non un mouvement d’accession à une pleine maîtrise), et le sujet grammatical de la préposition ʿalā est ʿarshuhu — Son ʿArsh —, non Allaah Lui-même. Le texte n’affirme donc pas qu’Allaah était sur l’eau, mais que l’ʿArsh — réalité conservée en translittération, sans que sa nature soit précisée au-delà de ce que le texte affirme — s’y trouvait, à un moment que ce même verset situe en lien avec la création des cieux et de la terre en six jours. Ce Bloc ne tranche ni la nature de cette antériorité (temporelle, ou de préséance), ni celle de « l’eau » elle-même (une réalité antérieure à la création achevée, ou une image) : ce que le texte n’explicite pas au-delà de cette seule affirmation reste un non-dit.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.11:1 Le Kitāb dont les signes ont été rendus fermes, puis détaillés
S.11:2–4 Ne servir qu’Allaah — nadhīr et bashīr — istighfār et tawba — le retour vers Allaah
S.11:5 Ce qu’ils replient dans leur poitrine, qu’Allaah connaît
S.11:6 Nulle créature dont la subsistance n’incombe à Allaah
S.11:7 La création en six jours — l’ʿArsh sur l’eau — l’épreuve
S.11:8 Le châtiment ajourné — « qu’est-ce qui le retient ? »
S.11:9–10 Le bienfait retiré, le bienfait rendu — désespoir et jubilation
S.11:11 Sauf ceux qui patientent et agissent avec droiture
S.11:12 La détresse possible du nabī devant la demande d’un trésor ou d’un ange
S.11:13 « Il l’a forgé » — le défi de dix sūra semblables
S.11:14 La clause de non-réponse — « allez-vous vous soumettre ? »
S.11:15–16 Qui veut la vie d’ici-bas — le Feu seul dans l’ākhira
S.11:17 Celui qui se tient sur une bayyina, le shāhid, le Kitāb de Mūsā
S.11:18 Le plus grand ẓālim — les témoins — la malédiction d’Allaah
S.11:19–20 Ceux qui barrent la voie d’Allaah — nul walī, châtiment doublé
S.11:21–22 Ceux qui se sont perdus eux-mêmes — les plus grands perdants
S.11:23 Ceux qui croient, agissent avec droiture, s’abaissent avec humilité
S.11:24 La parabole des deux groupes — aveugle/sourd, voyant/entendant

Le Kitāb rendu ferme, puis détaillé · S11:1

S.11:1 · Alif-Lām-Rāʾ — un Livre dont les signes ont été rendus fermes

S.11:1
الر ۚ كِتَابٌ أُحْكِمَتْ آيَاتُهُ ثُمَّ فُصِّلَتْ مِنْ لَدُنْ حَكِيمٍ خَبِيرٍ
Alif-Lām-Rāʾ · Kitābun uḥkimat āyātuhu thumma fuṣṣilat min ladun ḥakīmin khabīr Alif-Lām-Rāʾ. Un Livre dont les signes (āyāt) ont été rendus fermes (uḥkimat), puis détaillés (fuṣṣilat), de la part de Ce qui est parfaitement sage et parfaitement informé (ḥakīm, khabīr).
Notes lexicales
Alif-Lām-Rāʾ
lettres séparées (al-ḥurūf al-muqaṭṭaʿah) ouvrant la sourate (voir S10:1) et traitées dans l'étude Les Muqaṭṭaʿāt — Lettres séparées du Coran : leur signification reste, du strict point de vue de la langue, un *non-dit* du texte lui-même — aucune racine ni construction grammaticale ne permet de leur assigner un sens univoque.
uḥkimat āyātuhu thumma fuṣṣilat
racine *ḥ-k-m* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) en ramène le sens premier à *al-manʿ*, empêcher, retenir — d'où *aḥkama ash-shayʾa*, rendre une chose ferme et solide, en empêcher la dislocation ; ce n'est pas le sens de « rendre clair ». Racine *f-ṣ-l* : séparer nettement, détailler partie par partie. Cohérence intra-coranique : ce verset est l'exemple retenu par l'étude Muḥkam et Mutashābih pour établir que *muḥkam* qualifie ici l'intégralité du Livre — non une sous-catégorie de versets « clairs » par opposition à des versets « ambigus » — puisqu'il serait incohérent que la totalité des signes soit dite *muḥkam* si ce mot désignait une portion distincte du texte. La traduction retenue est celle de cette étude : « rendus fermes, puis détaillés ».
ḥakīm, khabīr
ce que l'on peut dire d'Allaah — conservés en translittération. *Ḥakīm* : même racine que *uḥkimat* ci-dessus, la fermeté et la solidité de ce qui procède de Sa décision. *Khabīr* : racine *kh-b-r*, l'information exacte et détaillée, par opposition à une connaissance superficielle.

Ne servir qu’Allaah — nadhīr et bashīr — istighfār et tawba — le retour · S11:2–4

S.11:2–4 · L’appel, l’istighfār, le retour vers Allaah

S.11:2–4
أَلَّا تَعْبُدُوا إِلَّا اللَّهَ ۚ إِنَّنِي لَكُمْ مِنْهُ نَذِيرٌ وَبَشِيرٌ وَأَنِ اسْتَغْفِرُوا رَبَّكُمْ ثُمَّ تُوبُوا إِلَيْهِ يُمَتِّعْكُمْ مَتَاعًا حَسَنًا إِلَىٰ أَجَلٍ مُسَمًّى وَيُؤْتِ كُلَّ ذِي فَضْلٍ فَضْلَهُ ۖ وَإِنْ تَوَلَّوْا فَإِنِّي أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ كَبِيرٍ إِلَى اللَّهِ مَرْجِعُكُمْ ۖ وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Allā taʿbudū illā llāha innanī lakum minhu nadhīrun wa-bashīr · wa-ani staghfirū rabbakum thumma tūbū ilayhi yumattiʿkum matāʿan ḥasanan ilā ajalin musamman wa-yuʾti kulla dhī faḍlin faḍlahu wa-in tawallaw fa-innī akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin kabīr · ilā llāhi marjiʿukum wa-huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr [Il détaille] que vous ne serviez qu’Allaah — je suis pour vous, de Sa part, nadhīr et bashīr — et que vous demandiez l’istighfār à votre Rabb, puis reveniez à Lui (tūbū) : Il vous fera jouir d’une belle jouissance (matāʿan ḥasanan) jusqu’à un terme fixé (ajal musamman), et donnera à quiconque détient un faḍl son faḍl. Et si vous vous détournez, alors je crains pour vous le châtiment d’un grand jour. Vers Allaah est votre retour (marjiʿ) — et Il est, sur toute chose, puissant (qadīr).
Notes lexicales
nadhīr, bashīr
voir S2:119 : « Nous t'avons envoyé avec le *ḥaqq*, *bashīr* et *nadhīr* ». Conservés en translittération.
istaghfirū ... tūbū
deux racines distinctes accolées : *gh-f-r* (*istighfār*, demander que soit recouverte/effacée la faute) et *t-w-b* (*tawba*, le retour). Dit : le texte les distingue par deux verbes successifs (« puis », *thumma*) — la demande précède le retour effectif, sans que ce seul verset ne détaille davantage l'articulation des deux actes.
ajalin musamman
« un terme fixé, nommé » — racine *s-m-w* à la forme II (nommer précisément). Non-dit : la durée exacte ou la nature de ce terme (une échéance individuelle, ou collective) n'est pas précisée par ce seul verset.
dhī faḍlin faḍlahu
racine *f-ḍ-l* (voir S3:73–74, S9:58, S9:74) : le surcroît, ce qui dépasse la stricte mesure due.
marjiʿukum
racine *r-j-ʿ*, le retour — voir S3:28, S5:105.
qadīr
ce que l'on peut dire d'Allaah — la capacité sans limite, conservé en translittération.

Ce qu’ils dissimulent — la subsistance de toute créature — création et ʿArsh · S11:5–8

S.11:5 · Ce qu’ils replient dans leur poitrine

S.11:5
أَلَا إِنَّهُمْ يَثْنُونَ صُدُورَهُمْ لِيَسْتَخْفُوا مِنْهُ ۚ أَلَا حِينَ يَسْتَغْشُونَ ثِيَابَهُمْ يَعْلَمُ مَا يُسِرُّونَ وَمَا يُعْلِنُونَ ۚ إِنَّهُ عَلِيمٌ بِذَاتِ الصُّدُورِ
Alā innahum yathnūna ṣudūrahum li-yastakhfū minhu alā ḥīna yastaghshūna thiyābahum yaʿlamu mā yusirrūna wa-mā yuʿlinūna innahu ʿalīmun bi-dhāti ṣ-ṣudūr N’est-ce pas qu’ils replient leur poitrine (yathnūna ṣudūrahum) pour se dissimuler de Lui ? N’est-ce pas qu’au moment où ils se recouvrent de leurs vêtements, Il sait ce qu’ils tiennent secret et ce qu’ils rendent public ? Il est, certes, pleinement informé (ʿalīm) de ce qui est au fond des poitrines (dhāt aṣ-ṣudūr).
Notes lexicales
yathnūna ṣudūrahum
racine *th-n-y* : replier, courber sur soi-même — image concrète d'un geste humain de dissimulation (se recroqueviller pour cacher son intention). Le sujet du geste est les hommes eux-mêmes.
ʿalīmun bi-dhāti ṣ-ṣudūr
formule présente sous des variantes proches en S3:119, S3:154, S5:7 : la connaissance exhaustive de ce que la poitrine contient, au-delà de ce qui s'exprime.

S.11:6 · Nulle créature dont la subsistance n’incombe à Allaah

S.11:6
۞ وَمَا مِنْ دَابَّةٍ فِي الْأَرْضِ إِلَّا عَلَى اللَّهِ رِزْقُهَا وَيَعْلَمُ مُسْتَقَرَّهَا وَمُسْتَوْدَعَهَا ۚ كُلٌّ فِي كِتَابٍ مُبِينٍ
Wa-mā min dābbatin fi l-arḍi illā ʿalā llāhi rizquhā wa-yaʿlamu mustaqarrahā wa-mustawdaʿahā kullun fī kitābin mubīn Et il n’est nulle créature (dābba) sur la terre dont la subsistance (rizq) n’incombe à Allaah — et Il connaît son lieu d’établissement stable (mustaqarr) et son lieu de dépôt confié (mustawdaʿ) : tout est dans un Kitāb manifeste.
Notes lexicales
dābba
racine *d-b-b* (voir S8:22, S8:55) : *ad-dābba*, tout ce qui se meut parmi ce qui vit (*Lisān al-ʿArab*) — terme générique, ici sans la restriction contextuelle qui, en S8:22, orientait le sens vers les humains ; ce verset l'emploie dans son extension la plus large.
ʿalā llāhi rizquhā
la préposition *ʿalā* marque ici, comme dans *kataba ʿalā nafsihi* (S6:12, S6:54 : « Il s'est prescrit à Lui-même »), une incombance — ce qu'Allaah S'engage à assumer — non une position spatiale : un usage attesté et courant de la langue arabe classique (« *ʿalā fulānin kadhā* », « telle chose incombe à un tel »), indépendant de tout lieu.
mustaqarrahā wa-mustawdaʿahā
voir S6:98 (« *fa-mustaqarrun wa-mustawdaʿun* ») — racine *q-r-r* (l'établissement stable) et racine *w-d-ʿ* (le dépôt confié, destiné à être repris). Appliqué ici à toute créature, non plus seulement à l'origine humaine.
kullun fī kitābin mubīn
même formule de clôture qu'en S6:59 et S10:61 (« *illā fī kitābin mubīn* ») pour désigner l'exhaustivité de ce qu'Allaah consigne.

S.11:7 · La création en six jours — l’ʿArsh sur l’eau — l’épreuve

S.11:7
وَهُوَ الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ فِي سِتَّةِ أَيَّامٍ وَكَانَ عَرْشُهُ عَلَى الْمَاءِ لِيَبْلُوَكُمْ أَيُّكُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا ۗ وَلَئِنْ قُلْتَ إِنَّكُمْ مَبْعُوثُونَ مِنْ بَعْدِ الْمَوْتِ لَيَقُولَنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا إِنْ هَٰذَا إِلَّا سِحْرٌ مُبِينٌ
Wa-huwa lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa fī sittati ayyāmin wa-kāna ʿarshuhu ʿalā l-māʾi li-yabluwakum ayyukum aḥsanu ʿamalan wa-la-in qulta innakum mabʿūthūna min baʿdi l-mawti la-yaqūlanna lladhīna kafarū in hādhā illā siḥrun mubīn Et c’est Ce qui a créé les cieux et la terre en six jours — et Son ʿArsh était sur l’eau — pour vous éprouver (li-yabluwakum) : lequel de vous est le meilleur en œuvre. Et si tu dis : « Vous serez certes ressuscités après la mort », ceux qui ont commis le kufr diront à coup sûr : « Cela n’est rien d’autre qu’une magie manifeste. »
Notes lexicales
khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa fī sittati ayyāmin
formule identique à S7:54 (« *inna rabbakumu llāhu lladhī khalaqa s-samāwāti wa-l-arḍa fī sittati ayyāmin* »). Dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ces « jours » (une durée mesurée à l'échelle humaine, ou une autre unité) — question laissée ouverte.
kāna ʿarshuhu ʿalā l-māʾi
voir le point de méthode en tête de Bloc. *ʿArsh* est conservé en translittération.
li-yabluwakum ayyukum aḥsanu ʿamalan
racine *b-l-w* : mettre à l'épreuve, éprouver. Dit : le texte pose l'épreuve (*ibtilāʾ*) comme la finalité même de la création, non comme un événement second.
in hādhā illā siḥrun mubīn
même formule qu'en S6:7 (« *in hādhā illā siḥrun mubīn* », à propos d'une écriture tangible) et en S5:110 (à propos des signes d'ʿĪsā) — accusation récurrente opposée à toute annonce jugée surnaturelle.

S.11:8 · Le châtiment ajourné — « qu’est-ce qui le retient ? »

S.11:8
وَلَئِنْ أَخَّرْنَا عَنْهُمُ الْعَذَابَ إِلَىٰ أُمَّةٍ مَعْدُودَةٍ لَيَقُولُنَّ مَا يَحْبِسُهُ ۗ أَلَا يَوْمَ يَأْتِيهِمْ لَيْسَ مَصْرُوفًا عَنْهُمْ وَحَاقَ بِهِمْ مَا كَانُوا بِهِ يَسْتَهْزِئُونَ
Wa-la-in akhkharnā ʿanhumu l-ʿadhāba ilā ummatin maʿdūdatin la-yaqūlunna mā yaḥbisuhu alā yawma yaʾtīhim laysa maṣrūfan ʿanhum wa-ḥāqa bihim mā kānū bihi yastahziʾūn Et si Nous ajournons (akhkharnā) loin d’eux le châtiment jusqu’à une échéance comptée (umma maʿdūda), ils diront à coup sûr : « Qu’est-ce qui le retient (yaḥbisuhu) ? » — N’est-ce pas que le jour où il leur viendra, il ne sera pas détourné (maṣrūfan) loin d’eux, et les enveloppera (ḥāqa) ce dont ils se moquaient (yastahziʾūn) ?
Notes lexicales
ummatin maʿdūdatin
racine *ʿ-d-d* : compter, dénombrer — une échéance dont la durée est fixée et connue (d'Allaah), non arbitraire.
ḥāqa bihim
racine *ḥ-w-q* : envelopper, cerner de toutes parts.
yastahziʾūn
racine *h-z-ʾ*. **Point de méthode, par contraste** : pour cette même racine appliquée à Allaah (S2:15, *Allāhu yastahziʾu bihim*), la lecture retenue est celle d'une rétribution en miroir plutôt que d'une émotion de moquerie prêtée à Allaah. Ici, à l'inverse, le sujet du verbe est humain — ceux qui ont réellement tourné en dérision l'annonce du châtiment — et le mot est pris dans son registre ordinaire. Un même terme, deux registres selon le sujet grammatical.

Le portrait de l’humain : bienfait retiré, bienfait rendu · S11:9–11

S.11:9–10 · Désespoir et jubilation

S.11:9–10
وَلَئِنْ أَذَقْنَا الْإِنْسَانَ مِنَّا رَحْمَةً ثُمَّ نَزَعْنَاهَا مِنْهُ إِنَّهُ لَيَئُوسٌ كَفُورٌ وَلَئِنْ أَذَقْنَاهُ نَعْمَاءَ بَعْدَ ضَرَّاءَ مَسَّتْهُ لَيَقُولَنَّ ذَهَبَ السَّيِّئَاتُ عَنِّي ۚ إِنَّهُ لَفَرِحٌ فَخُورٌ
Wa-la-in adhaqnā l-insāna minnā raḥmatan thumma nazaʿnāhā minhu innahu la-yaʾūsun kafūr · wa-la-in adhaqnāhu naʿmāʾa baʿda ḍarrāʾa massathu la-yaqūlanna dhahaba s-sayyiʾātu ʿannī innahu la-fariḥun fakhūr Et si Nous faisons goûter à l’humain une raḥma venue de Nous, puis la lui retirons (nazaʿnāhā), le voilà certes désespéré (yaʾūs), dénégateur intense (kafūr). Et si Nous lui faisons goûter un bienfait (naʿmāʾ) après une épreuve (ḍarrāʾ) qui l’a touché, il dira certes : « Les maux se sont éloignés de moi » — le voilà certes jubilant (fariḥ), vantard (fakhūr).
Notes lexicales
yaʾūs
racine *y-ʾ-s* : le désespoir, la perte de tout espoir. Dit : le texte relie ce trait à l'oubli du bienfait antérieur au moment de sa perte, non à la perte elle-même isolément.
kafūr
forme intensive de *k-f-r* : un dénégateur radical du bienfait reçu, non seulement de la foi.
fariḥun fakhūr
racines *f-r-ḥ* (la jubilation) et *f-kh-r* (se vanter, tirer gloire). Dit : ce trait humain, tout comme le précédent, est présenté comme le sort commun (« l'humain », générique), hors l'exception nommée au verset suivant.

S.11:11 · Sauf ceux qui patientent et agissent avec droiture

S.11:11
إِلَّا الَّذِينَ صَبَرُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ أُولَٰئِكَ لَهُمْ مَغْفِرَةٌ وَأَجْرٌ كَبِيرٌ
Illā lladhīna ṣabarū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti ulāʾika lahum maghfiratun wa-ajrun kabīr Excepté ceux qui ont patienté (ṣabarū) et accompli les œuvres justes (ṣāliḥāt) — ceux-là ont une maghfira et une grande rétribution (ajr kabīr).
Notes lexicales
ṣabarū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti
formule fréquente dans le Coran — l'exception nommée ici couvre les deux traits opposés des versets précédents (le désespoir comme la jubilation vantarde), par une même stabilité intérieure.

La détresse possible du nabī — le défi des dix sūra — la clause de non-réponse · S11:12–14

S.11:12 · « Se pourrait-il que tu délaisses une partie de ce qui t’est révélé ? »

S.11:12
فَلَعَلَّكَ تَارِكٌ بَعْضَ مَا يُوحَىٰ إِلَيْكَ وَضَائِقٌ بِهِ صَدْرُكَ أَنْ يَقُولُوا لَوْلَا أُنْزِلَ عَلَيْهِ كَنْزٌ أَوْ جَاءَ مَعَهُ مَلَكٌ ۚ إِنَّمَا أَنْتَ نَذِيرٌ ۚ وَاللَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ وَكِيلٌ
Fa-laʿallaka tārikun baʿḍa mā yūḥā ilayka wa-ḍāʾiqun bihi ṣadruka an yaqūlū lawlā unzila ʿalayhi kanzun aw jāʾa maʿahu malakun innamā anta nadhīrun wallāhu ʿalā kulli shayʾin wakīl Se pourrait-il donc que tu délaisses une partie de ce qui t’est révélé, et que ta poitrine s’en resserre (ḍāʾiqun), parce qu’ils disent : « Que ne fait-on descendre sur lui un trésor (kanz), ou que ne vient-il avec lui un ange (malak) ! » ? Tu n’es, toi, qu’un nadhīr — et Allaah, sur toute chose, est wakīl.
Notes lexicales
fa-laʿallaka tārikun ... wa-ḍāʾiqun bihi ṣadruka
*laʿalla* : particule d'éventualité (« il se pourrait que »). Dit : le texte pose une possibilité, sous forme de question rhétorique adressée au *nabī*, non un fait accompli — il ne rapporte pas que le *nabī* ait effectivement délaissé une partie de la révélation, mais nomme la pression psychologique (la poitrine resserrée) que la demande insistante des dénégateurs pourrait exercer. Non-dit : ce que serait cette « partie » n'est précisé par aucun élément du verset.
kanzun ... malakun
*kanz* (trésor, racine *k-n-z*) et *malak* (ange) : les deux conditions posées par les dénégateurs pour accorder crédit à l'annonce — le texte les nomme sans y répondre autrement qu'en rappelant la fonction unique du *nabī* (*nadhīr*).
wakīl
ce que l'on peut dire d'Allaah (voir S3:173, S6:66, S6:102, S6:107, S8:62, S8:64, S10:108) : garant ultime, statut explicitement refusé au *nabī* lui-même. Conservé en translittération.

S.11:13 · « Il l’a forgé » — le défi de dix sūra semblables

S.11:13
أَمْ يَقُولُونَ افْتَرَاهُ ۖ قُلْ فَأْتُوا بِعَشْرِ سُوَرٍ مِثْلِهِ مُفْتَرَيَاتٍ وَادْعُوا مَنِ اسْتَطَعْتُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ
Am yaqūlūna ftarāhu qul fa-ʾtū bi-ʿashri suwarin mithlihi muftarayātin wa-dʿū mani staṭaʿtum min dūni llāhi in kuntum ṣādiqīn Ou bien disent-ils : « Il l’a forgé (iftarāhu) » ? Dis : « Apportez donc dix sūra semblables à lui, forgées (muftarayāt), et appelez qui vous pourrez en dehors d’Allaah, si vous êtes véridiques ! »
Notes lexicales
iftarāhu
racine *f-r-y* (voir S4:48, S6:21, S6:93, S6:144, S7:37, S10:17, S10:30, S10:37–38, S10:60, S10:69) : forger, fabriquer de toutes pièces.
fa-ʾtū bi-ʿashri suwarin mithlihi
Cohérence intra-coranique : ce défi (dix *sūra*) diffère de celui portant sur une seule *sūra* (S2:23–24 ; S10:38 : « *fa-ʾtū bi-sūratin mithlihi* »). Non-dit : ce seul verset ne précise pas l'ordre chronologique entre les deux formulations du défi, ni la raison de cette différence de nombre — aucune thèse extérieure au texte n'est importée (ni gradation, ni *naskh*) : les deux formulations sont constatées telles qu'elles se lisent, chacune dans son propre contexte.

S.11:14 · La clause de non-réponse

S.11:14
فَإِلَّمْ يَسْتَجِيبُوا لَكُمْ فَاعْلَمُوا أَنَّمَا أُنْزِلَ بِعِلْمِ اللَّهِ وَأَنْ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ۖ فَهَلْ أَنْتُمْ مُسْلِمُونَ
Fa-illam yastajībū lakum faʿlamū annamā unzila bi-ʿilmi llāhi wa-an lā ilāha illā huwa fa-hal antum muslimūn Et s’ils ne vous répondent pas, sachez alors que ce n’est que par la science d’Allaah (bi-ʿilmi llāh) qu’il a été fait descendre, et qu’il n’est nul ilāh sinon Lui. Allez-vous donc vous soumettre (muslimūn) ?
Notes lexicales
lā ilāha illā huwa
formule fréquente (voir S2:255, S3:2, S3:6, S3:18, S9:129).
muslimūn
racine *s-l-m*, forme IV : celui qui remet, qui se soumet — ici dans la question rhétorique finale, à valeur d'impératif implicite.

Qui veut la vie d’ici-bas — celui qui se tient sur une bayyina · S11:15–17

S.11:15–16 · Qui veut la vie d’ici-bas — le Feu seul dans l’ākhira

S.11:15–16
مَنْ كَانَ يُرِيدُ الْحَيَاةَ الدُّنْيَا وَزِينَتَهَا نُوَفِّ إِلَيْهِمْ أَعْمَالَهُمْ فِيهَا وَهُمْ فِيهَا لَا يُبْخَسُونَ أُولَٰئِكَ الَّذِينَ لَيْسَ لَهُمْ فِي الْآخِرَةِ إِلَّا النَّارُ ۖ وَحَبِطَ مَا صَنَعُوا فِيهَا وَبَاطِلٌ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Man kāna yurīdu l-ḥayāta d-dunyā wa-zīnatahā nuwaffi ilayhim aʿmālahum fīhā wa-hum fīhā lā yubkhasūn · ulāʾika lladhīna laysa lahum fi l-ākhirati illā n-nāru wa-ḥabiṭa mā ṣanaʿū fīhā wa-bāṭilun mā kānū yaʿmalūn Quiconque veut la vie d’ici-bas (al-ḥayāt ad-dunyā) et sa parure (zīna), Nous leur réglons pleinement (nuwaffī) leurs œuvres en elle, et ils n’y sont pas lésés (lā yubkhasūn). Ceux-là sont ceux à qui, dans l’ākhira, il n’y a rien d’autre que le Feu — et s’annule (ḥabiṭa) ce qu’ils ont fabriqué (ṣanaʿū) en elle, et vain (bāṭil) est ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
al-ḥayāt ad-dunyā wa-zīnatahā
*zīna* (la parure) : voir S10:24, la parure de la vie d'ici-bas dans la parabole de l'eau.
nuwaffi ... lā yubkhasūn
racine *w-f-y* (régler pleinement, sans manque) et racine *b-kh-s* (léser, rogner une part due). Dit : le texte pose un règlement intégral et sans lésion — mais borné à cette seule vie, non prolongé dans l'ākhira, comme le verset suivant l'établit aussitôt.
ḥabiṭa ... bāṭilun
*ḥabiṭa* : voir S2:217 (« *ḥabiṭat aʿmāluhum* », l'annulation des œuvres — racine *ḥ-b-ṭ*, la dissolution d'une substance qui se vide).

S.11:17 · Celui qui se tient sur une bayyina — le shāhid — le Kitāb de Mūsā

S.11:17
أَفَمَنْ كَانَ عَلَىٰ بَيِّنَةٍ مِنْ رَبِّهِ وَيَتْلُوهُ شَاهِدٌ مِنْهُ وَمِنْ قَبْلِهِ كِتَابُ مُوسَىٰ إِمَامًا وَرَحْمَةً ۚ أُولَٰئِكَ يُؤْمِنُونَ بِهِ ۚ وَمَنْ يَكْفُرْ بِهِ مِنَ الْأَحْزَابِ فَالنَّارُ مَوْعِدُهُ ۚ فَلَا تَكُ فِي مِرْيَةٍ مِنْهُ ۚ إِنَّهُ الْحَقُّ مِنْ رَبِّكَ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لَا يُؤْمِنُونَ
Afa-man kāna ʿalā bayyinatin min rabbihi wa-yatlūhu shāhidun minhu wa-min qablihi kitābu mūsā imāman wa-raḥmatan ulāʾika yuʾminūna bihi wa-man yakfur bihi mina l-aḥzābi fa-n-nāru mawʿiduhu fa-lā taku fī miryatin minhu innahu l-ḥaqqu min rabbika wa-lākinna akthara n-nāsi lā yuʾminūn Celui qui se tient sur une preuve manifeste (bayyina) venue de son Rabb, que suit un témoin (shāhid) émanant de Lui, et devant qui il y a déjà le Kitāb de Mūsā, guide (imām) et raḥma — [en irait-il de lui comme de celui qui n’a rien de tout cela] ? Ceux-là y croient. Et quiconque, parmi les factions (aḥzāb), en commet le kufr, le Feu est son rendez-vous (mawʿid). Ne sois donc pas dans le doute (mirya) à son sujet : il est le ḥaqq venu de ton Rabb — mais la plupart des gens ne croient pas.
Notes lexicales
afa-man kāna ʿalā bayyinatin ... [comparaison sous-entendue]
Note de syntaxe française : la construction arabe « *afa-man ...* » (« est-ce que celui qui... ») pose une question rhétorique dont le second terme de comparaison (« ... serait-il comme celui qui ne l'a pas ? ») n'est pas énoncé — une ellipse (*ḥadhf*) fréquente dans le style coranique. Le crochet ajouté en français explicite ce que la syntaxe arabe laisse à compléter par le contexte, sans ajouter de contenu au texte : c'est une inférence syntaxique, non une addition de sens.
bayyinatin
racine *b-y-n* : ce qui rend une chose distincte, manifeste (voir S2:211, *āyatun bayyinah*).
yatlūhu shāhidun minhu
Crux lexical, deux lectures attestées : la racine *t-l-w* porte, chez les lexicographes classiques (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*), un sens premier de succession, de venue immédiatement après (*at-tawālī*) — dont dérive le sens de « réciter » (faire se succéder les mots d'un texte). Ce verbe admet donc deux lectures ici : (1) « que suit un témoin » (un témoin qui vient après, qui accompagne et corrobore), ou (2) « que récite un témoin » (un témoin qui énonce ce Kitāb). Non-dit : ce seul verset ne nomme pas ce *shāhid* — ni sa nature (une révélation, un témoignage humain, une réalité distincte du Kitāb de Mūsā mentionné juste après), ni son identité. Aucune des identifications qu'une partie de la tradition propose n'est retenue ici, faute de fondement dans la seule lettre de ce verset ; ce silence est nommé comme tel plutôt que comblé.
kitābu mūsā imāman wa-raḥmatan
*imām*, racine *ʾ-m-m* : ce qui est placé devant, que l'on suit comme référence — ce mot est ici appliqué à un Kitāb. Dit : le texte pose un parallèle entre le Kitāb donné à Mūsā et le Kitāb de ce verset, tous deux qualifiés de guide et de *raḥma*, sans détailler davantage le contenu du premier.
al-aḥzāb
racine *ḥ-z-b* : un groupe constitué, une faction. Non-dit : l'identité précise de ces « factions » n'est pas nommée par ce seul verset.
mirya
racine *m-r-y* : le doute qui hésite entre deux possibilités, distinct de *shakk* (S10:94, S10:104) par la nuance d'une hésitation entretenue plutôt que d'une incertitude simple.

Le plus grand ẓālim — les témoins — la malédiction · S11:18–20

S.11:18 · Le plus grand ẓālim — les témoins — la malédiction d’Allaah

S.11:18
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا ۚ أُولَٰئِكَ يُعْرَضُونَ عَلَىٰ رَبِّهِمْ وَيَقُولُ الْأَشْهَادُ هَٰؤُلَاءِ الَّذِينَ كَذَبُوا عَلَىٰ رَبِّهِمْ ۚ أَلَا لَعْنَةُ اللَّهِ عَلَى الظَّالِمِينَ
Wa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban ulāʾika yuʿraḍūna ʿalā rabbihim wa-yaqūlu l-ashhādu hāʾulāʾi lladhīna kadhabū ʿalā rabbihim alā laʿnatu llāhi ʿalā ẓ-ẓālimīn Et qui est plus injuste (aẓlam) que celui qui forge (iftarā) un mensonge contre Allaah ? Ceux-là seront présentés (yuʿraḍūna) devant leur Rabb, et les témoins (al-ashhād) diront : « Voici ceux qui ont menti sur leur Rabb. » N’est-ce pas que la malédiction d’Allaah (laʿnatu llāh) est sur les ẓālimūn ?
Notes lexicales
wa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban
voir S6:21, S6:93, S6:144, S7:37 : question rhétorique posant un plafond dans l'échelle du *ẓulm*.
al-ashhād
pluriel de *shāhid*, désignant ici ceux qui témoignent au Jour contre les *ẓālimūn*. Non-dit : leur identité (anges, *rusul*, ou une catégorie plus large) n'est pas précisée par ce seul verset.
laʿnatu llāh
racine *l-ʿ-n* : l'éloignement, l'exclusion — conservée dans son sens ordinaire (une exclusion prononcée), sans connotation affective attribuée à Allaah au-delà de ce que le mot désigne lexicalement.

S.11:19–20 · Ceux qui barrent la voie d’Allaah — nul walī, châtiment doublé

S.11:19–20
الَّذِينَ يَصُدُّونَ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ وَيَبْغُونَهَا عِوَجًا وَهُمْ بِالْآخِرَةِ هُمْ كَافِرُونَ أُولَٰئِكَ لَمْ يَكُونُوا مُعْجِزِينَ فِي الْأَرْضِ وَمَا كَانَ لَهُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ أَوْلِيَاءَ ۘ يُضَاعَفُ لَهُمُ الْعَذَابُ ۚ مَا كَانُوا يَسْتَطِيعُونَ السَّمْعَ وَمَا كَانُوا يُبْصِرُونَ
Alladhīna yaṣuddūna ʿan sabīli llāhi wa-yabghūnahā ʿiwajan wa-hum bi-l-ākhirati hum kāfirūn · ulāʾika lam yakūnū muʿjizīna fi l-arḍi wa-mā kāna lahum min dūni llāhi min awliyāʾa yuḍāʿafu lahumu l-ʿadhābu mā kānū yastaṭīʿūna s-samʿa wa-mā kānū yubṣirūn Ceux qui barrent la voie d’Allaah (yaṣuddūna ʿan sabīli llāh) et cherchent à la rendre tortueuse (ʿiwaj), et qui, envers l’ākhira, sont dénégateurs (kāfirūn). Ceux-là n’étaient pas de force à réduire à l’impuissance (muʿjizīn) sur la terre, et ils n’avaient, en dehors d’Allaah, aucun walī. Le châtiment leur est doublé — ils n’étaient pas capables d’entendre (as-samʿ), et ils ne voyaient pas (yubṣirūn).
Notes lexicales
yaṣuddūna ʿan sabīli llāh ... ʿiwajan
voir S2:217, S4:167, S8:47 : barrer, détourner de la voie ; *ʿiwaj* (la tortuosité) : voir S3:99, S10:1 — le champ lexical du chemin droit par contraste.
muʿjizīn
racine *ʿ-j-z* : être incapable, faire défaut — à la forme IV, ici au sens de « rendre incapable, réduire à l'impuissance » Allaah ou Son châtiment. Dit : le texte nie toute capacité, pour les *ẓālimūn* de S11:18, à échapper au châtiment par leur seule force sur terre.
awliyāʾa
voir S3:150, S10:30, S10:62.

Ceux qui se sont perdus eux-mêmes — ceux qui s’abaissent avec humilité · S11:21–23

S.11:21–22 · Ceux qui se sont perdus eux-mêmes — les plus grands perdants

S.11:21–22
أُولَٰئِكَ الَّذِينَ خَسِرُوا أَنْفُسَهُمْ وَضَلَّ عَنْهُمْ مَا كَانُوا يَفْتَرُونَ لَا جَرَمَ أَنَّهُمْ فِي الْآخِرَةِ هُمُ الْأَخْسَرُونَ
Ulāʾika lladhīna khasirū anfusahum wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn · lā jarama annahum fi l-ākhirati humu l-akhsarūn Ceux-là sont ceux qui ont fait perdre leurs propres nafs (khasirū anfusahum), et s’est égaré loin d’eux ce qu’ils forgeaient (yaftarūn). Nul doute (lā jarama) qu’ils sont, dans l’ākhira, les plus grands perdants (al-akhsarūn).
Notes lexicales
khasirū anfusahum wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn
formule identique, mot pour mot, à S6:24 (« *wa-ḍalla ʿanhum mā kānū yaftarūn* ») — reprise ici à l'identique.
lā jarama
racine *j-r-m* : trancher, couper — d'où, à l'origine, « il est tranché que... », une certitude sans appel. Locution figée.

S.11:23 · Ceux qui croient, agissent avec droiture, s’abaissent avec humilité

S.11:23
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَأَخْبَتُوا إِلَىٰ رَبِّهِمْ أُولَٰئِكَ أَصْحَابُ الْجَنَّةِ ۖ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ
Inna lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti wa-akhbatū ilā rabbihim ulāʾika aṣḥābu l-jannati hum fīhā khālidūn Ceux qui ont cru, ont accompli les œuvres justes, et se sont abaissés avec humilité (akhbatū) vers leur Rabb — ceux-là sont les compagnons de la janna, ils y demeurent fixement (khālidūn).
Notes lexicales
akhbatū ilā rabbihim
racine *kh-b-t* : Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) rattache ce mot à *al-khabt*, un terrain bas et plat — d'où l'image d'un être qui s'aplanit, qui se pose sans relief ni résistance devant Allaah : une humilité stable et durable, non un mouvement affectif passager.
khālidūn
voir S10:26–27.

La parabole des deux groupes · S11:24

S.11:24 · L’aveugle et le sourd, comparés au voyant et à l’entendant

S.11:24
۞ مَثَلُ الْفَرِيقَيْنِ كَالْأَعْمَىٰ وَالْأَصَمِّ وَالْبَصِيرِ وَالسَّمِيعِ ۚ هَلْ يَسْتَوِيَانِ مَثَلًا ۚ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ
Mathalu l-farīqayni kal-aʿmā wal-aṣammi wal-baṣīri was-samīʿi hal yastawiyāni mathalan afalā tadhakkarūn L’image (mathal) des deux groupes (farīqayn) est celle de l’aveugle et du sourd, comparés au voyant et à l’entendant — sont-ils égaux (yastawiyāni) en image ? Ne vous rappellerez-vous donc pas ?
Notes lexicales
mathalu l-farīqayni
*mathal* (l'image, la parabole) : voir S3:59, S10:24 ; *farīq* (le groupe, la faction), ici à la forme duelle.
hal yastawiyāni
racine *s-w-y*, la même que celle de *istawā* (voir le point de méthode en tête de ce Bloc, à propos de S11:7, et S5:100 : « *lā yastawī l-khabīthu wa-ṭ-ṭayyibu* »). Cohérence intra-coranique : cette occurrence confirme que le sens premier de cette racine porte sur l'égalité et l'équivalence — ici entre deux catégories humaines opposées, non sur une position physique.

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