Structure du Bloc II — le récit de Nūḥ. Six ensembles. D’abord Nūḥ envoyé à son peuple, le rejet de l’assemblée (al-malaʾ) qui n’y voit qu’un homme ordinaire suivi seulement par les plus vils, et la défense de Nūḥ — ni salaire demandé, ni prétention aux trésors d’Allaah, au ghayb ou au rang d’ange (S11:25–31). Puis le défi lancé par le peuple, la réponse de Nūḥ, l’accusation de forgerie et son rejet, la révélation qu’aucun de plus ne croira (S11:32–36). Puis l’ordre de construire l’arche et la moquerie de ceux qui passent (S11:37–39). Puis le déluge : l’embarquement, le fils resté à l’écart, la noyade, l’accalmie et le repos de l’arche sur le Jūdī (S11:40–44). Puis l’intercession de Nūḥ pour son fils, le refus et la leçon reçue (S11:45–47). Enfin le débarquement béni et la clôture du récit sur le ghayb (S11:48–49).

Point de méthode — S11:37, bi-aʿyuninā. L’ordre donné à Nūḥ de construire l’arche est accompagné de cette expression, appliquée à Allaah, dont la racine (ʿ-y-n, l’œil) désigne en premier lieu un organe physique. Même méthode que pour Yad (voir S5:64) : la construction bi-aʿyuninā est un idiome arabe attesté indépendamment de toute anatomie — l’arabe classique dit d’une chose ou d’une personne qu’elle est « bi-ʿaynī fulān » (« sous l’œil d’un tel ») pour signifier qu’elle se trouve sous sa protection attentive, non qu’un organe la fixe littéralement. Mais le mot français « œil »/« yeux », une fois posé sur Allaah, réintroduirait une image corporelle qu’aucune glose ne peut entièrement neutraliser. Le terme aʿyun est donc conservé en translittération dans le corps même de la traduction, plutôt que rendu par « yeux ».

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.11:25–26 Nūḥ envoyé à son peuple — nadhīr manifeste
S.11:27 L’assemblée : « un homme ordinaire, suivi des plus vils »
S.11:28 La réponse de Nūḥ — la bayyina, la raḥma restée obscure
S.11:29 Nul salaire demandé — ceux qui ont cru vont à la rencontre de leur Rabb
S.11:30 « Qui me secourrait contre Allaah si je les repoussais ? »
S.11:31 Ni trésors, ni ghayb, ni rang d’ange — Allaah connaît les nafs
S.11:32 « Tu as multiplié la dispute — apporte ce que tu promets »
S.11:33 « C’est Allaah seul qui vous l’apportera, s’Il veut »
S.11:34 Le conseil sans utilité si Allaah veut égarer
S.11:35 « S’il l’a forgé » — le crime retombe sur qui le commet
S.11:36 La révélation : nul autre ne croira
S.11:37 Construire l’arche sous Nos aʿyun — ne plus M’interpeller
S.11:38 La construction et la moquerie — retournée en miroir
S.11:39 « Vous saurez sur qui vient le châtiment »
S.11:40 Le tannūr déborde — l’embarquement du couple de chaque espèce
S.11:41 « Au nom d’Allaah sa course et son mouillage »
S.11:42 Le fils resté à l’écart — l’appel de Nūḥ
S.11:43 « Nul protecteur aujourd’hui, sinon celui à qui Il fait miséricorde »
S.11:44 L’eau se retire — l’arche se pose sur le Jūdī
S.11:45 L’appel de Nūḥ — « mon fils est de ma famille »
S.11:46 Le refus — « il n’est pas de ta famille »
S.11:47 Le repentir de Nūḥ — se réfugier de demander sans savoir
S.11:48 Le débarquement béni — salām et barakāt
S.11:49 Clôture : un récit du ghayb — patienter, la fin pour les muttaqīn

Nūḥ envoyé à son peuple — le rejet de l’assemblée · S11:25–31

S.11:25–26 · Nūḥ envoyé à son peuple — nadhīr manifeste

S.11:25–26
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَىٰ قَوْمِهِ إِنِّي لَكُمْ نَذِيرٌ مُبِينٌ أَنْ لَا تَعْبُدُوا إِلَّا اللَّهَ ۖ إِنِّي أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ أَلِيمٍ
Wa-la-qad arsalnā nūḥan ilā qawmihi innī lakum nadhīrun mubīn · an lā taʿbudū illā llāha innī akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin alīm Et Nous avons certes envoyé Nūḥ vers son peuple : « Je suis pour vous un nadhīr manifeste (mubīn) — [à savoir] que vous n’adoriez qu’Allaah : je crains pour vous le châtiment d’un jour douloureux (alīm). »
Notes lexicales
nadhīrun mubīn
*nadhīr* : voir S2:119 et S11:2. Cohérence intra-coranique : la formule de crainte qui suit (« je crains pour vous le châtiment d'un jour... ») reprend presque à l'identique celle de Hūd (S7:59, *innī akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin ʿaẓīm*, « immense ») — ici l'adjectif change (*alīm*, douloureux, racine *ʾ-l-m*), sans que ce seul écart ne modifie la structure de l'appel.

S.11:27 · L’assemblée : « un homme ordinaire, suivi des plus vils »

S.11:27
فَقَالَ الْمَلَأُ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ قَوْمِهِ مَا نَرَاكَ إِلَّا بَشَرًا مِثْلَنَا وَمَا نَرَاكَ اتَّبَعَكَ إِلَّا الَّذِينَ هُمْ أَرَاذِلُنَا بَادِيَ الرَّأْيِ وَمَا نَرَىٰ لَكُمْ عَلَيْنَا مِنْ فَضْلٍ بَلْ نَظُنُّكُمْ كَاذِبِينَ
Fa-qāla l-malaʾu lladhīna kafarū min qawmihi mā narāka illā basharan mithlanā wa-mā narāka ttabaʿaka illā lladhīna hum arādhilunā bādiya r-raʾyi wa-mā narā lakum ʿalaynā min faḑlin bal naẕunnukum kādhibīn L’assemblée (al-malaʾ) de ceux qui, parmi son peuple, avaient commis le kufr, dit : « Nous ne te voyons rien d’autre qu’un homme (bashar) comme nous ; et nous ne voyons t’avoir suivi que les plus vils d’entre nous (arādhilunā), à première vue et sans réflexion (bādiya r-raʾyi) ; et nous ne voyons en vous aucun surcroît (faḑl) sur nous — bien plutôt, nous vous croyons menteurs (kādhibīn). »
Notes lexicales
al-malaʾ
voir S2:246, S7:60 : l'assemblée des notables, ceux qui « remplissent » le corps dirigeant par leur rang.
bashar
racine *b-sh-r* : l'humain dans sa condition ordinaire, extérieure (par contraste avec *malak*, l'ange, ou *rasūl* en tant que fonction). Le terme est ici appliqué en reproche : les notables refusent à Nūḥ tout autre statut que celui d'un homme quelconque.
arādhilunā
racine *r-dh-l* (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui est mis au rebut, tenu pour vil ou de peu de valeur. Dit : l'assemblée dénigre non l'argument de Nūḥ lui-même, mais le rang social de ceux qui l'ont suivi.
bādiya r-raʾyi
racine *b-d-w* (ce qui apparaît d'emblée, sans creuser) et racine *r-ʾ-y* (l'opinion, le jugement porté). Dit : l'assemblée accuse les partisans de Nūḥ d'avoir jugé sur une impression superficielle, non sur une réflexion mûrie.
faḑl
voir S3:73–74, S9:58, S9:74, S11:2 : le surcroît, ce qui dépasse la stricte égalité. Cohérence intra-sourate : ce reproche fait écho, en négatif, à la détresse signalée pour le *nabī* Muḥammad en S11:12 devant une exigence semblable (un trésor, un ange) — un même motif de rejet du messager humain ordinaire, appliqué ici à Nūḥ.

S.11:28 · La réponse de Nūḥ — la bayyina, la raḥma restée obscure

S.11:28
قَالَ يَا قَوْمِ أَرَأَيْتُمْ إِنْ كُنْتُ عَلَىٰ بَيِّنَةٍ مِنْ رَبِّي وَآتَانِي رَحْمَةً مِنْ عِنْدِهِ فَعُمِّيَتْ عَلَيْكُمْ أَنُلْزِمُكُمُوهَا وَأَنْتُمْ لَهَا كَارِهُونَ
Qāla yā qawmi a-raʾaytum in kuntu ʿalā bayyinatin min rabbī wa-ātānī raḥmatan min ʿindihi fa-ʿummiyat ʿalaykum a-nulzimukumūhā wa-antum lahā kārihūn Il dit : « Ô mon peuple, avez-vous considéré (a-raʾaytum) : si je me tiens sur une bayyina venue de mon Rabb, et qu’Il m’a donné une raḥma de Sa part restée obscure à vos yeux (fa-ʿummiyat ʿalaykum) — vous imposerais-je cela (a-nulzimukumūhā) alors que vous en avez de l’aversion (kārihūn) ? »
Notes lexicales
bayyinatin ... raḥmatan
*bayyina* : voir S2:211 et S11:17 ; *raḥma* : notion fréquente dans le Coran.
fa-ʿummiyat ʿalaykum
racine *ʿ-m-y* (la cécité), même racine que *qawman ʿamīn* (S7:64, à propos du peuple de Nūḥ précisément), où une double lecture est possible (cécité physique ou morale). Dit : ici, la forme passive (« rendue obscure ») porte sur la *raḥma* elle-même, non sur les yeux du peuple — le texte affirme que cette *raḥma* leur est demeurée invisible, sans préciser si la cause en est leur propre refus ou la nature même de ce qui leur échappe : ce point est un non-dit.
a-nulzimukumūhā
racine *l-z-m* : attacher fermement, imposer sans échappatoire.
kārihūn
racine *k-r-h* (voir S9:46, S9:81) : ici appliquée aux hommes eux-mêmes (leur propre aversion), sans aucun rapport avec l'emploi distinct de cette même racine appliqué à Allaah.

S.11:29 · Nul salaire demandé — ceux qui ont cru vont à la rencontre de leur Rabb

S.11:29
وَيَا قَوْمِ لَا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ مَالًا ۖ إِنْ أَجْرِيَ إِلَّا عَلَى اللَّهِ ۚ وَمَا أَنَا بِطَارِدِ الَّذِينَ آمَنُوا ۚ إِنَّهُمْ مُلَاقُو رَبِّهِمْ وَلَٰكِنِّي أَرَاكُمْ قَوْمًا تَجْهَلُونَ
Wa-yā qawmi lā asʾalukum ʿalayhi mālan in ajriya illā ʿalā llāhi wa-mā anā bi-ṭāridi lladhīna āmanū innahum mulāqū rabbihim wa-lākinnī arākum qawman tajhalūn « Et, ô mon peuple, je ne vous demande pour cela aucun bien (māl) — mon salaire (ajr) n’incombe qu’à Allaah. Et je ne suis pas de ceux qui repoussent (bi-ṭāridi) ceux qui ont cru : ils sont ceux qui vont à la rencontre de leur Rabb (mulāqū rabbihim) — mais je vous vois, vous, un peuple qui s’installe dans l’ignorance (tajhalūn). »
Notes lexicales
in ajriya illā ʿalā llāh
formule identique, mot pour mot, à celle du même récit de Nūḥ dans une autre sourate (S10:72 : « *in ajriya illā ʿalā llāhi* »).
bi-ṭāridi
racine *ṭ-r-d* : chasser, repousser.
mulāqū rabbihim
même racine *l-q-y* que *liqāʾu llāh* (voir S6:31). Dit : Nūḥ fonde son refus de repousser les croyants sur ce seul fait — leur rencontre à venir avec leur Rabb —, sans qu'aucune précision supplémentaire ne soit apportée par ce verset sur la nature de cette rencontre.
tajhalūn
racine *j-h-l*, l'ignorance — ici non l'absence de savoir, mais une disposition (« vous êtes un peuple qui... ») : une ignorance entretenue, non un simple manque d'information.

S.11:30 · « Qui me secourrait contre Allaah si je les repoussais ? »

S.11:30
وَيَا قَوْمِ مَنْ يَنْصُرُنِي مِنَ اللَّهِ إِنْ طَرَدْتُهُمْ ۚ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ
Wa-yā qawmi man yanṣurunī mina llāhi in ṭaradtuhum a-fa-lā tadhakkarūn « Et, ô mon peuple, qui me secourrait (yanṣurunī) contre Allaah, si je les repoussais (ṭaradtuhum) ? Ne vous rappellerez-vous donc pas (a-fa-lā tadhakkarūn) ? »
Notes lexicales
yanṣurunī ... ṭaradtuhum
*naṣara* : secourir ; *ṭarada* : même racine que le verset précédent.

S.11:31 · Ni trésors, ni ghayb, ni rang d’ange — Allaah connaît les nafs

S.11:31
وَلَا أَقُولُ لَكُمْ عِنْدِي خَزَائِنُ اللَّهِ وَلَا أَعْلَمُ الْغَيْبَ وَلَا أَقُولُ إِنِّي مَلَكٌ وَلَا أَقُولُ لِلَّذِينَ تَزْدَرِي أَعْيُنُكُمْ لَنْ يُؤْتِيَهُمُ اللَّهُ خَيْرًا ۖ اللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا فِي أَنْفُسِهِمْ ۖ إِنِّي إِذًا لَمِنَ الظَّالِمِينَ
Wa-lā aqūlu lakum ʿindī khazāʾinu llāhi wa-lā aʿlamu l-ghayba wa-lā aqūlu innī malakun wa-lā aqūlu li-lladhīna tazdarī aʿyunukum lan yuʾtiyahumu llāhu khayran allāhu aʿlamu bimā fī anfusihim innī idhan la-mina ẕ-ẕālimīn « Et je ne vous dis pas que j’ai auprès de moi les trésors (khazāʾin) d’Allaah, ni ne dis connaître le ghayb, ni ne dis être un ange (malak) ; et je ne dis pas, au sujet de ceux que vos yeux tiennent pour vils (tazdarī aʿyunukum), qu’Allaah ne leur donnera aucun bien — Allaah connaît mieux ce qui est dans leurs propres nafs. Je serais sinon (idhan), moi, du nombre des ẕālimūn. »
Notes lexicales
khazāʾinu llāh
racine *kh-z-n* : ce qui est mis en réserve, thésaurisé — à rapprocher du champ sémantique de *kanz* (le trésor, S11:12) sans en être la racine.
al-ghayb
racine *gh-y-b* : ce qui est soustrait à la perception directe. Dit : Nūḥ dénie pour lui-même toute connaissance du *ghayb*, la réservant implicitement à Allaah seul.
tazdarī aʿyunukum
racine *z-d-r* (Ibn Fāris) : mépriser, tenir pour vil. Point de vigilance, par contraste : *aʿyun* (les yeux) est ici employé au sens ordinaire, appliqué aux hommes eux-mêmes — à ne pas confondre avec l'emploi distinct de la même racine appliqué à Allaah en S11:37 (voir le point de méthode en tête de Bloc). Ici, le sujet est humain.
bimā fī anfusihim
voir S11:5 (*ʿalīmun bi-dhāti ṣ-ṣudūr*) : la connaissance exhaustive de ce que chaque *nafs* recèle.

Le défi, la réponse, l’accusation de forgerie · S11:32–36

S.11:32 · « Tu as multiplié la dispute — apporte ce que tu promets »

S.11:32
قَالُوا يَا نُوحُ قَدْ جَادَلْتَنَا فَأَكْثَرْتَ جِدَالَنَا فَأْتِنَا بِمَا تَعِدُنَا إِنْ كُنْتَ مِنَ الصَّادِقِينَ
Qālū yā nūḥu qad jādaltanā fa-aktharta jidālanā fa-ʾtinā bimā taʿidunā in kunta mina ṣ-ṣādiqīn Ils dirent : « Ô Nūḥ, tu as disputé avec nous (jādaltanā), et tu as multiplié la dispute (jidālanā) — apporte-nous donc ce que tu nous promets (taʿidunā), si tu es du nombre des véridiques (ṣādiqīn). »
Notes lexicales
jādaltanā ... jidālanā
racine *j-d-l* : disputer avec insistance, argumenter pied à pied.

S.11:33 · « C’est Allaah seul qui vous l’apportera, s’Il veut »

S.11:33
قَالَ إِنَّمَا يَأْتِيكُمْ بِهِ اللَّهُ إِنْ شَاءَ وَمَا أَنْتُمْ بِمُعْجِزِينَ
Qāla innamā yaʾtīkum bihi llāhu in shāʾa wa-mā antum bi-muʿjizīn Il dit : « C’est seulement Allaah qui vous l’apportera, s’Il veut (in shāʾa) — et vous ne serez pas de ceux capables de l’empêcher (bi-muʿjizīn). »
Notes lexicales
muʿjizīn
voir S11:20 : réduire à l'impuissance, rendre incapable d'échapper.

S.11:34 · Le conseil sans utilité si Allaah veut égarer

S.11:34
وَلَا يَنْفَعُكُمْ نُصْحِي إِنْ أَرَدْتُ أَنْ أَنْصَحَ لَكُمْ إِنْ كَانَ اللَّهُ يُرِيدُ أَنْ يُغْوِيَكُمْ ۚ هُوَ رَبُّكُمْ وَإِلَيْهِ تُرْجَعُونَ
Wa-lā yanfaʿukum nuṣḥī in aradtu an anṣaḥa lakum in kāna llāhu yurīdu an yughwiyakum huwa rabbukum wa-ilayhi turjaʿūn « Et mon conseil (nuṣḥī) ne vous serait d’aucune utilité, si je voulais vous conseiller, du moment qu’Allaah veut vous égarer (an yughwiyakum) — Il est votre Rabb, et c’est vers Lui que vous serez ramenés (turjaʿūn). »
Notes lexicales
an yughwiyakum
racine *gh-w-y* : dévier, s'égarer par séduction — ici sous forme causative, avec Allaah pour sujet. Point de méthode : cette construction s'inscrit dans la famille de passages associant la *mashīʾa* (volonté) d'Allaah à l'égarement de certains (voir S6:35, S6:39, S8:17, S8:23–24, S8:53, S9:14, S9:46, S9:51, S10:88) — l'articulation exacte entre cette volonté et la responsabilité propre de ceux qui s'égarent reste un non-dit que ce Bloc ne comble pas.

S.11:35 · « S’il l’a forgé » — le crime retombe sur qui le commet

S.11:35
أَمْ يَقُولُونَ افْتَرَاهُ ۖ قُلْ إِنِ افْتَرَيْتُهُ فَعَلَيَّ إِجْرَامِي وَأَنَا بَرِيءٌ مِمَّا تُجْرِمُونَ
Am yaqūlūna ftarāhu qul ini ftaraytuhu fa-ʿalayya ijrāmī wa-anā barīʾun mimmā tujrimūn Ou bien disent-ils : « Il l’a forgé (iftarāhu) » ? Dis : « Si je l’ai forgé, alors sur moi retombe mon crime (ijrāmī) — et je suis innocent (barīʾ) de ce dont vous, vous vous rendez coupables (tujrimūn). »
Notes lexicales
iftarāhu
racine *f-r-y* (voir S11:13, pour ce même défi adressé au *nabī* Muḥammad).
ijrāmī ... tujrimūn
racine *j-r-m* : trancher, commettre — même racine que *lā jarama* (S11:22, « il est tranché que... »). Dit : Nūḥ retourne l'accusation en posant une équivalence stricte — si forgerie il y avait, elle retomberait sur son seul auteur, non sur ceux à qui elle serait adressée.
barīʾ
voir S8:48 : la désolidarisation, l'innocence déclarée d'un fait ou d'un lien.

S.11:36 · La révélation : nul autre ne croira

S.11:36
وَأُوحِيَ إِلَىٰ نُوحٍ أَنَّهُ لَنْ يُؤْمِنَ مِنْ قَوْمِكَ إِلَّا مَنْ قَدْ آمَنَ فَلَا تَبْتَئِسْ بِمَا كَانُوا يَفْعَلُونَ
Wa-ūḥiya ilā nūḥin annahu lan yuʾmina min qawmika illā man qad āmana fa-lā tabtaʾis bimā kānū yafʿalūn Et il fut révélé (ūḥiya) à Nūḥ : « Nul, de ton peuple, ne croira plus, sinon celui qui a déjà cru — ne t’afflige donc pas (fa-lā tabtaʾis) de ce qu’ils faisaient. »
Notes lexicales
fa-lā tabtaʾis
racine *b-ʾ-s* (Ibn Fāris) : la détresse, le malheur qui atteint — à la forme réfléchie, « ne t'afflige pas toi-même ».

Construire l’arche — la moquerie · S11:37–39

S.11:37 · Construire l’arche sous Nos aʿyun — ne plus M’interpeller

S.11:37
وَاصْنَعِ الْفُلْكَ بِأَعْيُنِنَا وَوَحْيِنَا وَلَا تُخَاطِبْنِي فِي الَّذِينَ ظَلَمُوا ۚ إِنَّهُمْ مُغْرَقُونَ
Wa-ṣnaʿi l-fulka bi-aʿyuninā wa-waḥyinā wa-lā tukhāṭibnī fi lladhīna ẕalamū innahum mughraqūn « Et construis l’arche (al-fulk) sous Nos aʿyun et par Notre inspiration (waḥyinā) — et ne M’interpelle plus (lā tukhāṭibnī) au sujet de ceux qui ont commis l’injustice (ẕalamū) : ils vont être noyés (mughraqūn). »
Notes lexicales
bi-aʿyuninā
voir le point de méthode en tête de Bloc. Terme conservé en translittération.
al-fulk
racine *f-l-k* : l'embarcation. Voir S2:164 pour l'usage générique (les embarcations qui voguent sur la mer) ; ici, l'arche précise de Nūḥ, rendue par « l'arche » pour la distinguer contextuellement.
lā tukhāṭibnī
racine *kh-ṭ-b* : s'adresser directement à quelqu'un, l'interpeller. Dit : Allaah met un terme, par cet ordre, à toute intercession ultérieure de Nūḥ en faveur des *ẓālimūn* — point qui prépare directement la scène de S11:45–47, où Nūḥ intercédera malgré tout pour son propre fils.

S.11:38 · La construction et la moquerie — retournée en miroir

S.11:38
وَيَصْنَعُ الْفُلْكَ وَكُلَّمَا مَرَّ عَلَيْهِ مَلَأٌ مِنْ قَوْمِهِ سَخِرُوا مِنْهُ ۚ قَالَ إِنْ تَسْخَرُوا مِنَّا فَإِنَّا نَسْخَرُ مِنْكُمْ كَمَا تَسْخَرُونَ
Wa-yaṣnaʿu l-fulka wa-kullamā marra ʿalayhi malaʾun min qawmihi sakhirū minhu qāla in taskharū minnā fa-innā naskharu minkum kamā taskharūn Et il construisait l’arche — chaque fois qu’une assemblée (malaʾ) de son peuple passait près de lui, ils se moquaient (sakhirū) de lui. Il dit : « Si vous vous moquez de nous, nous nous moquerons de vous comme vous vous moquez. »
Notes lexicales
sakhirū ... naskharu
racine *s-kh-r* (voir S9:79 : *sakhira llāhu minhum*, lu comme rétribution en miroir plutôt qu'émotion de moquerie prêtée à Allaah). Point de vigilance, par contraste : ici, le sujet des deux occurrences du verbe est humain de part et d'autre (le peuple, puis Nūḥ) — le mot est pris dans son registre ordinaire des deux côtés.

S.11:39 · « Vous saurez sur qui vient le châtiment »

S.11:39
فَسَوْفَ تَعْلَمُونَ مَنْ يَأْتِيهِ عَذَابٌ يُخْزِيهِ وَيَحِلُّ عَلَيْهِ عَذَابٌ مُقِيمٌ
Fa-sawfa taʿlamūna man yaʾtīhi ʿadhābun yukhzīhi wa-yaḥillu ʿalayhi ʿadhābun muqīm « Vous saurez bientôt sur qui viendra un châtiment qui l’humilie (yukhzīhi), et sur qui s’installera un châtiment permanent (muqīm). »
Notes lexicales
yukhzīhi
racine *kh-z-y* : humilier, couvrir de honte.
muqīm
racine *q-w-m* : ce qui est établi, durable — ici qualifiant un châtiment qui s'installe sans terme annoncé, par contraste avec le châtiment ajourné à une échéance comptée (S11:8, *ummatin maʿdūdatin*).

Le déluge : embarquement, noyade, accalmie · S11:40–44

S.11:40 · Le tannūr déborde — l’embarquement du couple de chaque espèce

S.11:40
حَتَّىٰ إِذَا جَاءَ أَمْرُنَا وَفَارَ التَّنُّورُ قُلْنَا احْمِلْ فِيهَا مِنْ كُلٍّ زَوْجَيْنِ اثْنَيْنِ وَأَهْلَكَ إِلَّا مَنْ سَبَقَ عَلَيْهِ الْقَوْلُ وَمَنْ آمَنَ ۚ وَمَا آمَنَ مَعَهُ إِلَّا قَلِيلٌ
Ḥattā idhā jāʾa amrunā wa-fāra t-tannūru qulnā ḥmil fīhā min kullin zawjayni thnayni wa-ahlaka illā man sabaqa ʿalayhi l-qawlu wa-man āmana wa-mā āmana maʿahu illā qalīl Jusqu’à ce que, lorsque vint Notre ordre (amrunā) et que le tannūr déborda (fāra), Nous dîmes : « Charge en elle, de chaque espèce, un couple (zawjayni thnayni), ainsi que ta famille (ahlaka) — sauf celui contre qui la parole (al-qawl) a déjà précédé (sabaqa) — et ceux qui ont cru. » Et il ne crut avec lui qu’un petit nombre (qalīl).
Notes lexicales
fāra t-tannūr
Crux lexical, deux lectures attestées. Racine *f-w-r* : bouillonner, jaillir avec force. *At-tannūr* désigne en premier lieu, dans les dictionnaires classiques (Lisān al-ʿArab, Kitāb al-ʿAyn), le four de terre cuite servant à la cuisson du pain — un objet ordinaire de la vie domestique. Les mêmes lexicographes rapportent cependant un second usage, attesté chez certains Arabes, où *tannūr* désigne la surface du sol à un endroit précis (*wajh al-arḑ*). Non-dit : ce seul verset ne permet pas de trancher laquelle des deux réalités est visée — un four précis dont le débordement sert de signe déclencheur, ou la terre elle-même se mettant à jaillir d'eau en cet endroit. Ce Bloc retient la lecture lexicale la plus courante (le four), en signalant l'autre, sans importer aucun récit sur l'identité ou la localisation de cet objet.
zawjayni thnayni
racine *z-w-j* : le couple, la paire — construction précise (« deux, formant couple »).
ahlaka
« ta famille » — cohérence intra-Bloc, à suivre : ce même mot sera au centre de l'échange entre Nūḥ et Allaah en S11:45–46, où l'appartenance à cet « *ahl* » sera restreinte au-delà du seul lien de sang pour l'un des fils de Nūḥ.
sabaqa ʿalayhi l-qawl
racine *s-b-q* (précéder) et racine *q-w-l* (la parole). Non-dit : ce seul verset ne précise pas la teneur exacte de cette « parole déjà précédée » ni son moment — l'exclusion qu'elle motive reste posée sans être détaillée davantage ici.

S.11:41 · « Au nom d’Allaah sa course et son mouillage »

S.11:41
۞ وَقَالَ ارْكَبُوا فِيهَا بِسْمِ اللَّهِ مَجْرَاهَا وَمُرْسَاهَا ۚ إِنَّ رَبِّي لَغَفُورٌ رَحِيمٌ
Wa-qāla rkabū fīhā bismi llāhi majrāhā wa-mursāhā inna rabbī la-ghafūrun raḥīm Et il dit : « Embarquez en elle — au nom d’Allaah sa course (majrāhā) et son mouillage (mursāhā) ! Mon Rabb est certes Ghafūr, Raḥīm. »
Notes lexicales
majrāhā wa-mursāhā
racine *j-r-y* (courir, couler — d'où *tajrī*, pour les embarcations en S2:164 et pour les rivières du paradis, *passim*) et racine *r-s-w* (jeter l'ancre, se stabiliser). Couple désignant respectivement le mouvement et l'arrêt de l'arche, placés tous deux sous le nom d'Allaah.
ghafūrun raḥīm
ce que l'on peut dire d'Allaah, conservé en translittération.

S.11:42 · Le fils resté à l’écart — l’appel de Nūḥ

S.11:42
وَهِيَ تَجْرِي بِهِمْ فِي مَوْجٍ كَالْجِبَالِ وَنَادَىٰ نُوحٌ ابْنَهُ وَكَانَ فِي مَعْزِلٍ يَا بُنَيَّ ارْكَبْ مَعَنَا وَلَا تَكُنْ مَعَ الْكَافِرِينَ
Wa-hiya tajrī bihim fī mawjin ka-l-jibāli wa-nādā nūḥun ibnahu wa-kāna fī maʿzilin yā bunayya rkab maʿanā wa-lā takun maʿa l-kāfirīn Et elle voguait avec eux dans une houle (mawj) semblable à des montagnes. Et Nūḥ appela son fils (ibnahu), qui était resté à l’écart (fī maʿzil) : « Ô mon petit-fils bien-aimé (yā bunayya), embarque avec nous, et ne sois pas avec les kāfirūn ! »
Notes lexicales
mawj
racine *m-w-j* : la houle, la vague qui s'élève et retombe.
maʿzil
racine *ʿ-z-l* : l'isolement, l'écart tenu. Dit : le texte situe ce fils physiquement à distance du groupe embarqué, sans en préciser la raison à ce stade.
yā bunayya
diminutif d'affection de *ibn* (le fils) — un registre de tendresse humaine, propre à Nūḥ s'adressant à son fils.

S.11:43 · « Nul protecteur aujourd’hui, sinon celui à qui Il fait miséricorde »

S.11:43
قَالَ سَآوِي إِلَىٰ جَبَلٍ يَعْصِمُنِي مِنَ الْمَاءِ ۚ قَالَ لَا عَاصِمَ الْيَوْمَ مِنْ أَمْرِ اللَّهِ إِلَّا مَنْ رَحِمَ ۚ وَحَالَ بَيْنَهُمَا الْمَوْجُ فَكَانَ مِنَ الْمُغْرَقِينَ
Qāla sa-āwī ilā jabalin yaʿṣimunī mina l-māʾi qāla lā ʿāṣima l-yawma min amri llāhi illā man raḥima wa-ḥāla baynahumā l-mawju fa-kāna mina l-mughraqīn Il dit : « Je vais me réfugier (sa-āwī) vers une montagne qui me protégera (yaʿṣimunī) de l’eau. » Il dit : « Nul protecteur (ʿāṣim) aujourd’hui contre l’ordre d’Allaah, sinon celui à qui Il fait miséricorde (raḥima). » Et la houle s’interposa (ḥāla) entre eux deux, et il fut du nombre des noyés (al-mughraqīn).
Notes lexicales
sa-āwī
racine *ʾ-w-y* : se réfugier, chercher un abri.
yaʿṣimunī ... ʿāṣim
racine *ʿ-ṣ-m* : protéger, mettre à l'abri. Dit : le fils cherche une protection matérielle (la montagne) ; Nūḥ lui répond que seule la *raḥma* d'Allaah protège en ce jour, opposant ainsi deux registres de protection, l'un physique et vain, l'autre venant d'Allaah seul.
ḥāla baynahumā l-mawju
racine *ḥ-w-l* : s'interposer. Ici le sujet de « s'interposer entre » est la houle elle-même, une réalité physique : la construction *ḥāla bayna* est un usage courant et concret de la langue arabe (s'interposer matériellement entre deux choses). Pour son emploi avec Allaah pour sujet, voir S8:24.

S.11:44 · L’eau se retire — l’arche se pose sur le Jūdī

S.11:44
وَقِيلَ يَا أَرْضُ ابْلَعِي مَاءَكِ وَيَا سَمَاءُ أَقْلِعِي وَغِيضَ الْمَاءُ وَقُضِيَ الْأَمْرُ وَاسْتَوَتْ عَلَى الْجُودِيِّ ۖ وَقِيلَ بُعْدًا لِلْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
Wa-qīla yā arḑu blaʿī māʾaki wa-yā samāʾu qliʿī wa-ghīḑa l-māʾu wa-quḑiya l-amru wa-stawat ʿalā l-jūdiyyi wa-qīla buʿdan li-l-qawmi ẕ-ẕālimīn Et il fut dit : « Ô terre, absorbe (iblaʿī) ton eau ! Ô ciel, cesse (aqliʿī) ! » Et l’eau se résorba (ghīḑa), l’ordre fut accompli (quḑiya l-amru), et elle [l’arche] se posa (istawat) sur le Jūdī. Et il fut dit : « Éloignement (buʿdan) pour le peuple des ẕālimūn ! »
Notes lexicales
iblaʿī ... aqliʿī
racine *b-l-ʿ* (avaler, absorber) et racine *q-l-ʿ* (arracher net, faire cesser), adressées symétriquement à la terre et au ciel.
ghīḑa l-māʾu
racine *gh-y-ḑ* : décroître, se résorber progressivement.
wa-stawat ʿalā l-jūdiyyi
même racine *s-w-y* que l'*istiwāʾ ʿalā l-ʿarsh* (S7:54, S10:3, S11:7) et que la comparaison d'égalité de S11:24. **Cohérence intra-coranique, par contraste** : appliquée ici à un objet physique concret (l'arche) se posant sur un lieu physique concret (une montagne), cette racine porte sans ambiguïté un sens de repos et de stabilisation — ce qui confirme que ce sens existe dans la langue pour cette racine lorsque le sujet grammatical est un objet. *Al-Jūdī* : toponyme (montagne), conservé en translittération comme nom propre.
buʿdan
racine *b-ʿ-d* : l'éloignement, sous forme d'invocation — proche par le sens de *laʿnatu llāh* (S11:18 : l'exclusion).

L’intercession de Nūḥ pour son fils · S11:45–47

S.11:45 · L’appel de Nūḥ — « mon fils est de ma famille »

S.11:45
وَنَادَىٰ نُوحٌ رَبَّهُ فَقَالَ رَبِّ إِنَّ ابْنِي مِنْ أَهْلِي وَإِنَّ وَعْدَكَ الْحَقُّ وَأَنْتَ أَحْكَمُ الْحَاكِمِينَ
Wa-nādā nūḥun rabbahu fa-qāla rabbi inna bnī min ahlī wa-inna waʿdaka l-ḥaqqu wa-anta aḥkamu l-ḥākimīn Et Nūḥ appela son Rabb, et dit : « Rabb, mon fils (ibnī) est de ma famille (ahlī) — et Ta promesse (waʿdaka) est le ḥaqq, et Tu es le plus juste des juges (aḥkamu l-ḥākimīn). »
Notes lexicales
waʿdaka
racine *w-ʿ-d*, la promesse. Dit : Nūḥ invoque la promesse antérieure (S11:40 : « charge... ta famille ») pour réclamer le sauvetage de son fils.
aḥkamu l-ḥākimīn
même racine *ḥ-k-m* que *uḥkimat* (S11:1) et que *ḥakīm* — ici au superlatif, la justice qui décide avec la plus grande fermeté. Voir aussi S10:109 : *khayru l-ḥākimīn*, « le meilleur des juges ».

S.11:46 · Le refus — « il n’est pas de ta famille »

S.11:46
قَالَ يَا نُوحُ إِنَّهُ لَيْسَ مِنْ أَهْلِكَ ۖ إِنَّهُ عَمَلٌ غَيْرُ صَالِحٍ ۖ فَلَا تَسْأَلْنِ مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ ۖ إِنِّي أَعِظُكَ أَنْ تَكُونَ مِنَ الْجَاهِلِينَ
Qāla yā nūḥu innahu laysa min ahlika innahu ʿamalun ghayru ṣāliḥin fa-lā tasʾalni mā laysa laka bihi ʿilmun innī aʿiẕuka an takūna mina l-jāhilīn Il dit : « Ô Nūḥ, il n’est pas de ta famille (ahlika) — c’est une œuvre non droite (ʿamalun ghayru ṣāliḥ). Ne Me demande donc pas ce dont tu n’as pas connaissance (ʿilm) — Je t’exhorte (aʿiẕuka) à ne pas être du nombre des ignorants (al-jāhilīn). »
Notes lexicales
laysa min ahlika ... ʿamalun ghayru ṣāliḥ
Dit / non-dit : le texte ne conteste pas, à ce stade, le lien de filiation biologique déjà affirmé par Nūḥ lui-même au verset précédent (*ibnī*, « mon fils ») — il dénie seulement l'appartenance à l'« *ahl* » au sens couvert par la promesse de S11:40, et fonde ce déni sur la conduite (*ʿamal*) de ce fils, non sur son ascendance. Ce Bloc distingue ainsi explicitement ce que le texte affirme (une filiation non remise en cause) et ce qu'il dénie (une appartenance de conduite au groupe promis au salut) — sans importer aucune identification supplémentaire (ni sur la nature exacte de cette « œuvre non droite », ni sur les circonstances de ce fils) au-delà de ce que ces deux versets énoncent.
aʿiẕuka
racine *w-ʿ-ẕ* : exhorter, avertir avec insistance en vue du bien.

S.11:47 · Le repentir de Nūḥ — se réfugier de demander sans savoir

S.11:47
قَالَ رَبِّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ أَنْ أَسْأَلَكَ مَا لَيْسَ لِي بِهِ عِلْمٌ ۖ وَإِلَّا تَغْفِرْ لِي وَتَرْحَمْنِي أَكُنْ مِنَ الْخَاسِرِينَ
Qāla rabbi innī aʿūdhu bika an asʾalaka mā laysa lī bihi ʿilmun wa-illā taghfir lī wa-tarḥamnī akun mina l-khāsirīn Il dit : « Rabb, je me réfugie (aʿūdhu) en Toi, pour ne pas Te demander ce dont je n’ai pas connaissance — et si Tu ne me pardonnes pas (taghfir lī) et ne me fais pas miséricorde (tarḥamnī), je serai du nombre des perdants (al-khāsirīn). »
Notes lexicales
aʿūdhu bika
racine *ʿ-w-dh* : chercher refuge.
taghfir ... tarḥamnī
mêmes racines que *ghafūrun raḥīm* (S11:41).
al-khāsirīn
voir S11:21–22 : *al-akhsarūn*, les plus grands perdants.

Le débarquement béni — clôture sur le ghayb · S11:48–49

S.11:48 · Le débarquement béni — salām et barakāt

S.11:48
قِيلَ يَا نُوحُ اهْبِطْ بِسَلَامٍ مِنَّا وَبَرَكَاتٍ عَلَيْكَ وَعَلَىٰ أُمَمٍ مِمَّنْ مَعَكَ ۚ وَأُمَمٌ سَنُمَتِّعُهُمْ ثُمَّ يَمَسُّهُمْ مِنَّا عَذَابٌ أَلِيمٌ
Qīla yā nūḥu hbiṭ bi-salāmin minnā wa-barakātin ʿalayka wa-ʿalā umamin mimman maʿaka wa-umamun sa-numattiʿuhum thumma yamassuhum minnā ʿadhābun alīm Il fut dit : « Ô Nūḥ, descends (ihbiṭ) avec un salām venu de Nous, et des bénédictions (barakāt) sur toi et sur des communautés (umam) issues de ceux qui sont avec toi ; et il y aura des communautés que Nous laisserons jouir (sa-numattiʿuhum), puis un châtiment douloureux les touchera de Notre part. »
Notes lexicales
ihbiṭ
racine *h-b-ṭ* : descendre.
barakātin
pluriel de *baraka* — racine *b-r-k*, voir l'étude Al-Baraka wa-l-Tabarruk (croissance et surplus des bienfaits). Ici au pluriel ordinaire, désignant les bienfaits accordés à Nūḥ et à sa descendance — à distinguer de la forme verbale intensive *tabāraka*, réservée à Allaah Lui-même et non employée ici.
sa-numattiʿuhum
même racine *m-t-ʿ* que *matāʿan ḥasanan* (S11:3) : la jouissance accordée pour un temps, non perpétuelle.

S.11:49 · Clôture : un récit du ghayb — patienter, la fin pour les muttaqīn

S.11:49
تِلْكَ مِنْ أَنْبَاءِ الْغَيْبِ نُوحِيهَا إِلَيْكَ ۖ مَا كُنْتَ تَعْلَمُهَا أَنْتَ وَلَا قَوْمُكَ مِنْ قَبْلِ هَٰذَا ۖ فَاصْبِرْ ۖ إِنَّ الْعَاقِبَةَ لِلْمُتَّقِينَ
Tilka min anbāʾi l-ghaybi nūḥīhā ilayka mā kunta taʿlamuhā anta wa-lā qawmuka min qabli hādhā fa-ṣbir inna l-ʿāqibata li-l-muttaqīn Cela fait partie des récits (anbāʾ) du ghayb que Nous te révélons (nūḥīhā ilayka) — tu ne les connaissais pas, toi, ni ton peuple, avant cela. Patiente donc (fa-ṣbir) : la fin heureuse (al-ʿāqiba) est pour les muttaqīn.
Notes lexicales
anbāʾi l-ghayb
racine *n-b-ʾ* (le récit, la nouvelle rapportée — même racine que *nabaʾ* pour ce même récit de Nūḥ en S10:71) et *al-ghayb* (voir S11:31). Dit : ce verset referme le récit en s'adressant directement au *nabī* Muḥammad — un changement de destinataire par rapport à l'ensemble narratif qui précède, le texte affirmant que ni lui ni son peuple ne détenaient ce récit avant cette révélation.
fa-ṣbir ... al-ʿāqiba
racines *ṣ-b-r* et *ʿ-q-b* — la clôture par l'exhortation à la patience et l'annonce de la fin heureuse pour les *muttaqīn* reprend une structure rencontrée à l'issue d'autres récits coraniques.

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