Structure du Bloc III. Quatre récits. D’abord Hūd envoyé à ʿĀd : l’appel au tawḥīd, le rejet de son peuple qui l’accuse d’être frappé de mal par leurs propres dieux, sa défense — le tawakkul sur Allaah, sous l’emprise de Qui se trouve toute créature —, et le sauvetage, tandis que ʿĀd est anéanti pour avoir renié son Rabb (S11:50–60). Puis Ṣāliḥ envoyé à Thamūd : la chamelle d’Allaah donnée en signe, sa mutilation, et le Cri qui saisit le peuple (S11:61–68). Puis les rusul d’Allaah chez Ibrāhīm : l’heureuse annonce d’Isḥāq puis de Yaʿqūb, le rire de son épouse, et l’intercession d’Ibrāhīm en faveur du peuple de Lūṭ (S11:69–76). Enfin les mêmes rusul chez Lūṭ : la détresse de leur hôte devant son peuple, la proposition qu’il leur oppose, la révélation de leur identité, l’ordre de partir de nuit, et le bouleversement de la cité sous une pluie de pierres marquées (S11:77–83).

Point de méthode — rusulunā, « Nos envoyés », désignant ici des êtres non humains. Le mot rusul a déjà été rencontré, en son sens le plus large (racine r-s-l : ce qui est envoyé, dépêché vers un but — voir l’étude Nabī et Rasūl), appliqué à des êtres autres que le rasūl-nabī humain porteur d’une risāla à toute une communauté : en S7:37, « Nos rusul » désignait les êtres chargés de saisir les âmes au moment de la mort, cet emploi générique de la racine ne se confondant pas avec le rasūl-nabī du reste du corpus. Ici, les rusulunā envoyés à Ibrāhīm (S11:69) puis à Lūṭ (S11:77 et 81) sont identifiés par le texte lui-même comme des êtres dont les mains ne se portent pas vers la nourriture offerte (S11:70) et qui exécutent un châtiment matériel sur une cité entière (S11:81–83) — deux traits qui les distinguent d’un envoyé humain ordinaire, sans que le mot malāʾika (les anges) n’apparaisse nulle part dans ce passage précis. La traduction retient donc « Nos envoyés » (le sens générique de la racine), et signale, sans l’importer comme une donnée de ce texte, que d’autres sourates du Coran identifient nommément ces mêmes visiteurs comme des malāʾika.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.11:50 Hūd envoyé à ʿĀd — l’appel au tawḥīd
S.11:51 Nul salaire, sinon de Ce qui m’a fait naître à l’existence
S.11:52 Demander pardon — la pluie abondante, la force accrue
S.11:53 « Nous ne délaisserons pas nos dieux sur ta parole »
S.11:54–55 « Un mal de nos dieux » — Hūd prend Allaah à témoin
S.11:56 Le tawakkul — nulle créature qu’Il ne tienne sous Son emprise
S.11:57 La transmission accomplie — un autre peuple succédera
S.11:58 Le sauvetage de Hūd et des croyants
S.11:59 ʿĀd : le déni, la désobéissance, le tyran obstiné
S.11:60 La malédiction poursuivie — « ʿĀd a renié son Rabb »
S.11:61 Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — fait naître de la terre
S.11:62 « Tu étais un espoir parmi nous »
S.11:63 « Qui me secourrait si je Lui désobéissais ? »
S.11:64 La chamelle d’Allaah, signe — ne lui faites aucun mal
S.11:65 La mutilation — trois jours de sursis
S.11:66 Le sauvetage de Ṣāliḥ — al-Qawiyy, al-ʿAzīz
S.11:67 Le Cri — gisants dans leurs demeures
S.11:68 « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré »
S.11:69 Les rusul chez Ibrāhīm — le veau rôti
S.11:70 Les mains qui ne se portent pas vers le repas — la crainte
S.11:71 Le rire de son épouse — l’annonce d’Isḥāq et Yaʿqūb
S.11:72 « Enfanterais-je, vieille femme, d’un vieil époux ? »
S.11:73 « La raḥma et les bénédictions d’Allaah sur vous »
S.11:74 Ibrāhīm dispute avec Nous au sujet du peuple de Lūṭ
S.11:75 Ibrāhīm : ḥalīm, awwāh, munīb
S.11:76 « Détourne-toi — l’ordre de ton Rabb est déjà venu »
S.11:77 Lūṭ affligé par ses hôtes — « un jour rude »
S.11:78 « Voici mes filles » — l’appel à la taqwā
S.11:79 « Tu sais ce que nous voulons »
S.11:80 « Si j’avais quelque force, ou un appui puissant »
S.11:81 Les envoyés se révèlent — l’ordre de partir de nuit
S.11:82–83 Le bouleversement de la cité — les pierres de sijjīl

Hūd envoyé à ʿĀd · S11:50–60

S.11:50 · Hūd envoyé à ʿĀd — l’appel au tawḥīd

S.11:50
وَإِلَىٰ عَادٍ أَخَاهُمْ هُودًا ۚ قَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۖ إِنْ أَنْتُمْ إِلَّا مُفْتَرُونَ
Wa-ilā ʿādin akhāhum hūdan qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu in antum illā muftarūn Et vers ʿĀd, leur frère (akhāhum) Hūd — il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah : vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Vous n’êtes que des inventeurs de mensonge (muftarūn). »
Notes lexicales
akhāhum
« leur frère » — un lien d'appartenance au même peuple, non une parenté biologique (voir S7:65). *Muftarūn* : voir S10:30/37/38 et S11:13/18/21.
in antum illā muftarūn
Cohérence intra-coranique, par contraste : le récit parallèle de S7:65 clôt cette même ouverture par une autre formule (« *a-fa-lā tattaqūn* », « ne vous prémunirez-vous donc pas ? »), tandis qu'ici l'ouverture se referme sur l'accusation de forgerie — deux clôtures distinctes pour un même appel initial, sans contradiction : les deux sourates rapportent le même épisode sous deux angles complémentaires.

S.11:51 · Nul salaire, sinon de Ce qui m’a fait naître à l’existence

S.11:51
يَا قَوْمِ لَا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ أَجْرًا ۖ إِنْ أَجْرِيَ إِلَّا عَلَى الَّذِي فَطَرَنِي ۚ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Yā qawmi lā asʾalukum ʿalayhi ajran in ajriya illā ʿalā lladhī faṭaranī a-fa-lā taʿqilūn « Ô mon peuple, je ne vous demande pour cela aucun salaire (ajr) — mon salaire n’incombe qu’à Ce qui m’a fait naître à l’existence (faṭaranī) — ne raisonnerez-vous donc pas (taʿqilūn) ? »
Notes lexicales
ajran
voir S11:29 : « *in ajriya illā ʿalā llāh* », repris ici presque mot pour mot.
faṭaranī
racine *f-ṭ-r*. Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : sens premier « fendre, ouvrir » — d'où l'emploi pour désigner l'acte d'origination première, faire exister à partir de rien, par opposition à *khalaqa* (façonner, donner forme à partir d'une matière ou d'un plan). La traduction rend ce sens actif par « Ce qui m'a fait naître à l'existence », plutôt que par un générique « créateur » qui effacerait la nuance propre à cette racine.
taʿqilūn
racine *ʿ-q-l* (raisonner, retenir par l'intelligence).

S.11:52 · Demander pardon — la pluie abondante, la force accrue

S.11:52
وَيَا قَوْمِ اسْتَغْفِرُوا رَبَّكُمْ ثُمَّ تُوبُوا إِلَيْهِ يُرْسِلِ السَّمَاءَ عَلَيْكُمْ مِدْرَارًا وَيَزِدْكُمْ قُوَّةً إِلَىٰ قُوَّتِكُمْ وَلَا تَتَوَلَّوْا مُجْرِمِينَ
Wa-yā qawmi staghfirū rabbakum thumma tūbū ilayhi yursili s-samāʾa ʿalaykum midrāran wa-yazidkum quwwatan ilā quwwatikum wa-lā tatawallaw mujrimīn « Et, ô mon peuple, demandez pardon (istaghfirū) à votre Rabb, puis revenez à Lui (tūbū ilayhi) : Il enverra sur vous le ciel en pluie abondante (midrāran), et ajoutera à votre force une force supplémentaire — et ne vous détournez pas en devenant coupables (mujrimīn). »
Notes lexicales
staghfirū … tūbū ilayhi
voir S11:3.
midrāran
racine *d-r-r* (l'écoulement copieux et continu, le lait qui coule en abondance), appliquée ici à la pluie.
quwwatan ilā quwwatikum
Cohérence intra-coranique : ce même récit, rapporté en S7:69, rappelle à ʿĀd un bienfait corporel voisin mais distinct — un surcroît de stature (*basṭatan fi l-khalq*) plutôt qu'un ajout de force générique ; deux versets qui se complètent sans se répéter à l'identique.

S.11:53 · « Nous ne délaisserons pas nos dieux sur ta parole »

S.11:53
قَالُوا يَا هُودُ مَا جِئْتَنَا بِبَيِّنَةٍ وَمَا نَحْنُ بِتَارِكِي آلِهَتِنَا عَنْ قَوْلِكَ وَمَا نَحْنُ لَكَ بِمُؤْمِنِينَ
Qālū yā hūdu mā jiʾtanā bi-bayyinatin wa-mā naḥnu bi-tāriki ālihatinā ʿan qawlika wa-mā naḥnu laka bi-muʾminīn Ils dirent : « Ô Hūd, tu ne nous as apporté aucune bayyina, et nous ne sommes pas de ceux qui délaisseraient nos dieux (ālihatinā) sur ta seule parole, et nous ne sommes pas croyants en toi. »
Notes lexicales
bayyinatin
voir S11:17 et S11:28.
ālihatinā
pluriel de *ilāh* : « nos dieux », appliqué par les polythéistes à leurs propres objets de culte ; à ne pas confondre avec le *ilāh* singulier de la formule de tawḥīd (S11:50).

S.11:54–55 · « Un mal de nos dieux » — Hūd prend Allaah à témoin

S.11:54–55
إِنْ نَقُولُ إِلَّا اعْتَرَاكَ بَعْضُ آلِهَتِنَا بِسُوءٍ ۗ قَالَ إِنِّي أُشْهِدُ اللَّهَ وَاشْهَدُوا أَنِّي بَرِيءٌ مِمَّا تُشْرِكُونَ مِنْ دُونِهِ ۖ فَكِيدُونِي جَمِيعًا ثُمَّ لَا تُنْظِرُونِ
In naqūlu illā ʿtarāka baʿḍu ālihatinā bi-sūʾin qāla innī ushhidu llāha wa-shhadū annī barīʾun mimmā tushrikūn — min dūnihi fa-kīdūnī jamīʿan thumma lā tunẓirūn « Nous ne disons rien d’autre sinon que certains de nos dieux t’ont frappé (iʿtarāka) d’un mal. » Il dit : « Je prends Allaah à témoin, et soyez vous-mêmes témoins, que je suis innocent (barīʾ) de ce que vous associez, en dehors de Lui (min dūnihi) : liguez-vous donc tous contre moi (fa-kīdūnī jamīʿan), et ne m’accordez aucun répit (lā tunẓirūn). »
Notes lexicales
iʿtarāka
racine *ʿ-r-w* (forme VIII) : survenir, atteindre passagèrement, s'abattre sur quelqu'un. Dit : le peuple de Hūd impute son message à une possession ou un mal envoyé par leurs propres dieux, non à une folie ordinaire.
barīʾ … tushrikūn
*barīʾ* : voir S11:35. *Tushrikūn* : voir l'étude Le Shirk — Définition coranique et étendue réelle.
fa-kīdūnī jamīʿan
racine *k-y-d* (la manœuvre, le stratagème hostile) : Hūd lance un défi collectif à l'ensemble de son peuple et de ce qu'ils associent, signe d'une confiance totale placée dans le seul tawakkul énoncé au verset suivant.

S.11:56 · Le tawakkul — nulle créature qu’Il ne tienne sous Son emprise

S.11:56
إِنِّي تَوَكَّلْتُ عَلَى اللَّهِ رَبِّي وَرَبِّكُمْ ۚ مَا مِنْ دَابَّةٍ إِلَّا هُوَ آخِذٌ بِنَاصِيَتِهَا ۚ إِنَّ رَبِّي عَلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
Innī tawakkaltu ʿalā llāhi rabbī wa-rabbikum mā min dābbatin illā huwa ākhidhun bi-nāṣiyatihā inna rabbī ʿalā ṣirāṭin mustaqīm « Je me suis en remis (tawakkaltu) à Allaah, mon Rabb et votre Rabb : il n’est nulle créature (dābba) qu’Il ne tienne fermement sous Son emprise (ākhidhun bi-nāṣiyatihā, litt. « la tenant par le toupet ») — mon Rabb est certes ʿalā ṣirāṭin mustaqīm. »
Notes lexicales
tawakkaltu
racine *w-k-l* (voir S3:159 et S3:122) : s'en remettre à quelqu'un, se reposer sur lui pour l'issue d'une affaire.
ākhidhun bi-nāṣiyatihā
Point de méthode. *Nāṣiya* (le toupet, la mèche de cheveux au-dessus du front) appartient ici à la créature (*dābba*), non à Allaah — à la différence de *yad* (S5:64) ou de *aʿyun* (S11:37), où l'organe est attribué à Allaah Lui-même. L'idiome arabe classique « *akhadha bi-nāṣiyati fulānin* » signifie avoir un homme entièrement sous sa maîtrise, en référence à la pratique de saisir un captif par les cheveux du front pour le soumettre (Ibn Fāris, *Maqāyīs al-Lugha* ; Ibn Manẓūr, *Lisān al-ʿArab*) : une image de domination et de contrôle absolus, non un contact corporel entre Allaah et la créature.
ʿalā ṣirāṭin mustaqīm
*Ṣirāṭ* : voie, tracé ; *mustaqīm* : droit, sans déviation. La préposition *ʿalā*, appliquée à Allaah, évoque en français une position « sur » un lieu : pour écarter toute image spatiale, l'expression est conservée en arabe. Elle se comprend ici comme la droiture de ce qui est dit de l'action d'Allaah (une conduite sans déviation), non comme une situation dans un espace.

S.11:57 · La transmission accomplie — un autre peuple succédera

S.11:57
فَإِنْ تَوَلَّوْا فَقَدْ أَبْلَغْتُكُمْ مَا أُرْسِلْتُ بِهِ إِلَيْكُمْ ۚ وَيَسْتَخْلِفُ رَبِّي قَوْمًا غَيْرَكُمْ وَلَا تَضُرُّونَهُ شَيْئًا ۚ إِنَّ رَبِّي عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ حَفِيظٌ
Fa-in tawallaw fa-qad ablaghtukum mā ursiltu bihi ilaykum wa-yastakhlifu rabbī qawman ghayrakum wa-lā taḍurrūnahu shayʾan inna rabbī ʿalā kulli shayʾin ḥafīẓ « Si vous vous détournez, je vous ai pourtant transmis (ablaghtukum) ce avec quoi j’ai été envoyé vers vous — mon Rabb fera succéder (yastakhlifu) à votre place un autre peuple, et vous ne Lui nuirez en rien : mon Rabb est certes ḥafīẓ sur toute chose. »
Notes lexicales
ablaghtukum
racine *b-l-gh* : voir l'étude Nabī et Rasūl — النَّبِيُّ وَالرَّسُولُ.
yastakhlifu
voir S6:165 et S7:69 : la succession des peuples.
ḥafīẓ
ce que l'on peut dire d'Allaah. Racine *ḥ-f-ẓ* (garder, préserver, veiller sur) ; conservé en translittération.

S.11:58 · Le sauvetage de Hūd et des croyants

S.11:58
وَلَمَّا جَاءَ أَمْرُنَا نَجَّيْنَا هُودًا وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ بِرَحْمَةٍ مِنَّا وَنَجَّيْنَاهُمْ مِنْ عَذَابٍ غَلِيظٍ
Wa-lammā jāʾa amrunā najjaynā hūdan wa-lladhīna āmanū maʿahu bi-raḥmatin minnā wa-najjaynāhum min ʿadhābin ghalīẓ Et lorsque vint Notre ordre, Nous sauvâmes Hūd et ceux qui avaient cru avec lui par une raḥma venant de Nous, et Nous les sauvâmes d’un châtiment rude (ghalīẓ).
Notes lexicales
najjaynā … bi-raḥmatin minnā
formule quasi identique en S7:72 (« *fa-anjaynāhu … bi-raḥmatin minnā* »).
ghalīẓ
racine *gh-l-ẓ* (l'épaisseur, la rudesse, la dureté).

S.11:59 · ʿĀd : le déni, la désobéissance, le tyran obstiné

S.11:59
وَتِلْكَ عَادٌ ۖ جَحَدُوا بِآيَاتِ رَبِّهِمْ وَعَصَوْا رُسُلَهُ وَاتَّبَعُوا أَمْرَ كُلِّ جَبَّارٍ عَنِيدٍ
Wa-tilka ʿādun jaḥadū bi-āyāti rabbihim wa-ʿaṣaw rusulahu wa-ttabaʿū amra kulli jabbārin ʿanīd Et voilà ʿĀd : ils ont nié (jaḥadū) les āyāt de leur Rabb, désobéi (ʿaṣaw) à Ses rusul, et suivi l’ordre de tout tyran (jabbār) obstiné (ʿanīd).
Notes lexicales
jaḥadū
voir S6:33 : distinction *takdhīb*/*juḥūd*, nier en sachant vrai, non simple mensonge.
ʿaṣaw rusulahu
Remarque : « Ses *rusul* » au pluriel, bien que seul Hūd fût envoyé à ʿĀd — désobéir à un seul rasūl vaut ici désobéissance à l'ensemble de la chaîne des envoyés qu'il représente ; simple observation grammaticale.
jabbārin ʿanīd
*jabbār*, racine *j-b-r* (contraindre par la force) ; *ʿanīd*, racine *ʿ-n-d* (résister avec obstination, s'écarter volontairement du droit chemin).

S.11:60 · La malédiction poursuivie — « ʿĀd a renié son Rabb »

S.11:60
وَأُتْبِعُوا فِي هَٰذِهِ الدُّنْيَا لَعْنَةً وَيَوْمَ الْقِيَامَةِ ۗ أَلَا إِنَّ عَادًا كَفَرُوا رَبَّهُمْ ۗ أَلَا بُعْدًا لِعَادٍ قَوْمِ هُودٍ
Wa-utbiʿū fī hādhihi d-dunyā laʿnatan wa-yawma l-qiyāmati alā inna ʿādan kafarū rabbahum alā buʿdan li-ʿādin qawmi hūd Et ils furent poursuivis (utbiʿū), dans cette vie d’ici-bas, d’une malédiction (laʿna), et [le seront] au Jour de la Résurrection — n’est-il pas vrai qu’ʿĀd a renié (kafarū) son Rabb ? N’est-il pas vrai : éloignement (buʿdan) pour ʿĀd, le peuple de Hūd !
Notes lexicales
laʿnatan
racine *l-ʿ-n* (voir les occurrences antérieures de *laʿna*).
kafarū rabbahum
Point de méthode : le verbe *kafara* est ici directement transitif sur « leur Rabb », sans la préposition *bi* habituelle (*kafara bi-llāhi*). Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache la racine *k-f-r* au sens premier de « couvrir, recouvrir » — d'où deux usages attestés : nier/mécroire (avec *bi-*) et être ingrat, couvrir un bienfait reçu en le taisant (construction directe sur la personne bienfaitrice). Cette construction directe, ici sur « leur Rabb » Lui-même, insiste sur le lien rompu — déni et ingratitude conjoints — plutôt que sur un simple objet de croyance abstrait ; la même construction revient à l'identique pour Thamūd (S11:68).
buʿdan
voir S11:44 : « *buʿdan li-l-qawmi ẓ-ẓālimīn* ».

Ṣāliḥ envoyé à Thamūd · S11:61–68

S.11:61 · Ṣāliḥ envoyé à Thamūd — fait naître de la terre

S.11:61
۞ وَإِلَىٰ ثَمُودَ أَخَاهُمْ صَالِحًا ۚ قَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۖ هُوَ أَنْشَأَكُمْ مِنَ الْأَرْضِ وَاسْتَعْمَرَكُمْ فِيهَا فَاسْتَغْفِرُوهُ ثُمَّ تُوبُوا إِلَيْهِ ۚ إِنَّ رَبِّي قَرِيبٌ مُجِيبٌ
Wa-ilā thamūda akhāhum ṣāliḥan qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu huwa anshaʾakum mina l-arḍi wa-staʿmarakum fīhā fa-staghfirūhu thumma tūbū ilayhi inna rabbī qarībun mujīb Et vers Thamūd, leur frère Ṣāliḥ — il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah : vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. C’est Lui qui vous a fait naître (anshaʾakum) de la terre et vous y a établis pour la faire fructifier (istaʿmarakum) — demandez-Lui donc pardon, puis revenez à Lui : mon Rabb est certes qarīb, Ce qui répond (mujīb). »
Notes lexicales
anshaʾakum
racine *n-sh-ʾ* (faire naître, faire croître depuis une origine) ; distincte de *khalaqa* et de *faṭara* (S11:51) : *nashʾ* insiste sur le développement graduel depuis une origine, non sur l'acte d'origination lui-même.
istaʿmarakum
racine *ʿ-m-r* (peupler, faire fructifier, cultiver un lieu). Non-dit : la forme exacte de cette charge (culture agricole, peuplement, ou charge morale de faire fleurir la terre) n'est pas précisée par ce seul verset.
qarībun mujīb
ce que l'on peut dire d'Allaah. *Qarīb* (racine *q-r-b*) est d'abord un mot de proximité spatiale : pour ne pas introduire une notion de lieu, il est conservé en translittération ; il se comprend ici comme l'absence d'obstacle entre l'appel et la réponse, ce que précise *mujīb*. *Mujīb*, racine *j-w-b* (répondre), est rendu par « Ce qui répond ».

S.11:62 · « Tu étais un espoir parmi nous »

S.11:62
قَالُوا يَا صَالِحُ قَدْ كُنْتَ فِينَا مَرْجُوًّا قَبْلَ هَٰذَا ۖ أَتَنْهَانَا أَنْ نَعْبُدَ مَا يَعْبُدُ آبَاؤُنَا وَإِنَّنَا لَفِي شَكٍّ مِمَّا تَدْعُونَا إِلَيْهِ مُرِيبٍ
Qālū yā ṣāliḥu qad kunta fīnā marjuwwan qabla hādhā a-tanhānā an naʿbuda mā yaʿbudu ābāʾunā wa-innanā la-fī shakkin mimmā tadʿūnā ilayhi murīb Ils dirent : « Ô Ṣāliḥ, tu étais certes, parmi nous, un espoir (marjuwwan) avant ceci — nous interdirais-tu (a-tanhānā) d’adorer ce qu’adoraient nos pères ? Et nous voici certes dans un doute troublant (shakkin murīb) au sujet de ce vers quoi tu nous appelles. »
Notes lexicales
marjuwwan
racine *r-j-w* (espérer), ici au sens passif : celui en qui l'on plaçait de l'espoir, avant sa mission.
mā yaʿbudu ābāʾunā
écho de l'argument ancestral rejeté en S7:70.
shakkin murīb
*murīb*, racine *r-y-b* (le doute qui trouble, qui inquiète).

S.11:63 · « Qui me secourrait si je Lui désobéissais ? »

S.11:63
قَالَ يَا قَوْمِ أَرَأَيْتُمْ إِنْ كُنْتُ عَلَىٰ بَيِّنَةٍ مِنْ رَبِّي وَآتَانِي مِنْهُ رَحْمَةً فَمَنْ يَنْصُرُنِي مِنَ اللَّهِ إِنْ عَصَيْتُهُ ۖ فَمَا تَزِيدُونَنِي غَيْرَ تَخْسِيرٍ
Qāla yā qawmi a-raʾaytum in kuntu ʿalā bayyinatin min rabbī wa-ātānī minhu raḥmatan fa-man yanṣurunī mina llāhi in ʿaṣaytuhu fa-mā tazīdūnanī ghayra takhsīr Il dit : « Ô mon peuple, avez-vous considéré (a-raʾaytum) : si je me tiens sur une bayyina venue de mon Rabb, et qu’Il m’a donné une raḥma de Sa part — qui donc me secourrait contre Allaah, si je Lui désobéissais ? Vous ne m’ajouteriez alors rien d’autre qu’une perte (takhsīr). »
Notes lexicales
a-raʾaytum … bayyinatin … raḥmatan
Reprise quasi mot pour mot de la défense de Nūḥ (S11:28 : « *a-raʾaytum in kuntu ʿalā bayyinatin min rabbī wa-ātānī raḥmatan min ʿindihi* ») — même structure argumentative reconduite d'un rasūl à l'autre.
yanṣurunī mina llāhi
formule identique en S11:30 : « *man yanṣurunī mina llāhi in ṭaradtuhum* ».
takhsīr
racine *kh-s-r* (voir *khāsirīn*, S11:21–22 et S11:47).

S.11:64 · La chamelle d’Allaah, signe — ne lui faites aucun mal

S.11:64
وَيَا قَوْمِ هَٰذِهِ نَاقَةُ اللَّهِ لَكُمْ آيَةً فَذَرُوهَا تَأْكُلْ فِي أَرْضِ اللَّهِ وَلَا تَمَسُّوهَا بِسُوءٍ فَيَأْخُذَكُمْ عَذَابٌ قَرِيبٌ
Wa-yā qawmi hādhihi nāqatu llāhi lakum āyatan fa-dharūhā taʾkul fī arḍi llāhi wa-lā tamassūhā bi-sūʾin fa-yaʾkhudhakum ʿadhābun qarīb « Et, ô mon peuple, voici la chamelle d’Allaah (nāqatu llāh), un signe (āya) pour vous — laissez-la donc se nourrir sur la terre d’Allaah, et ne lui faites aucun mal (sūʾ), sinon un châtiment proche vous saisirait. »
Notes lexicales
nāqatu llāh
formule identique en S7:73 : *nāqa* en annexion (*iḍāfa*) au nom d'Allaah — construction d'attribution et d'honneur, non de possession corporelle ; la chamelle, une créature, est ainsi placée sous protection directe et constituée en signe (*āya*).

S.11:65 · La mutilation — trois jours de sursis

S.11:65
فَعَقَرُوهَا فَقَالَ تَمَتَّعُوا فِي دَارِكُمْ ثَلَاثَةَ أَيَّامٍ ۖ ذَٰلِكَ وَعْدٌ غَيْرُ مَكْذُوبٍ
Fa-ʿaqarūhā fa-qāla tamattaʿū fī dārikum thalāthata ayyāmin dhālika waʿdun ghayru makdhūb Ils la mutilèrent (ʿaqarūhā) — il dit alors : « Jouissez (tamattaʿū) dans votre demeure trois jours : voilà une promesse (waʿd) qui n’est pas mensongère (ghayru makdhūb). »
Notes lexicales
ʿaqarūhā
voir S7:77 : « *ʿaqarū n-nāqata* ».
tamattaʿū
même racine que *matāʿan* (S11:3 et S11:48).
waʿdun ghayru makdhūb
racine *k-dh-b* ; formule proche mais distincte de *ʿadhābun ghayru mardūd* (S11:76) — deux qualifications différentes (une promesse non mensongère / un châtiment qu'on ne peut repousser).

S.11:66 · Le sauvetage de Ṣāliḥ — al-Qawiyy, al-ʿAzīz

S.11:66
فَلَمَّا جَاءَ أَمْرُنَا نَجَّيْنَا صَالِحًا وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ بِرَحْمَةٍ مِنَّا وَمِنْ خِزْيِ يَوْمِئِذٍ ۗ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ الْقَوِيُّ الْعَزِيزُ
Fa-lammā jāʾa amrunā najjaynā ṣāliḥan wa-lladhīna āmanū maʿahu bi-raḥmatin minnā wa-min khizyi yawmiʾidhin inna rabbaka huwa l-qawiyyu l-ʿazīz Et lorsque vint Notre ordre, Nous sauvâmes Ṣāliḥ et ceux qui avaient cru avec lui par une raḥma venant de Nous, et de l’opprobre (khizy) de ce jour-là — ton Rabb est certes al-Qawiyy, al-ʿAzīz.
Notes lexicales
khizy
voir S5:33 et S5:41 : l'humiliation exposée dans *ad-dunyā*.
al-Qawiyy al-ʿAzīz
ce que l'on peut dire d'Allaah, conservés en translittération.

S.11:67 · Le Cri — gisants dans leurs demeures

S.11:67
وَأَخَذَ الَّذِينَ ظَلَمُوا الصَّيْحَةُ فَأَصْبَحُوا فِي دِيَارِهِمْ جَاثِمِينَ
Wa-akhadha lladhīna ẓalamū ṣ-ṣayḥatu fa-aṣbaḥū fī diyārihim jāthimīn Et le Cri (aṣ-ṣayḥa) saisit ceux qui avaient commis l’injustice (ẓalamū), et ils se retrouvèrent, dans leurs demeures, gisant à terre, immobiles (jāthimīn).
Notes lexicales
aṣ-ṣayḥa
racine *ṣ-y-ḥ* (le cri, le fracas sonore), à distinguer d'*ar-rajfa* (la secousse), employée pour ce même peuple dans le récit parallèle de S7:78 et S7:91. Cohérence intra-coranique : deux désignations distinctes, dans deux sourates, pour le même châtiment de Thamūd — sans contradiction, les deux pouvant nommer deux aspects d'un même événement (le fracas sonore et la secousse physique) ; le texte ne tranche pas davantage.
jāthimīn
même mot en S7:78 et S7:91.

S.11:68 · « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré »

S.11:68
كَأَنْ لَمْ يَغْنَوْا فِيهَا ۗ أَلَا إِنَّ ثَمُودَ كَفَرُوا رَبَّهُمْ ۗ أَلَا بُعْدًا لِثَمُودَ
Ka-an lam yaghnaw fīhā alā inna thamūda kafarū rabbahum alā buʿdan li-thamūd Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré (lam yaghnaw) — n’est-il pas vrai que Thamūd a renié son Rabb ? N’est-il pas vrai : éloignement pour Thamūd !
Notes lexicales
lam yaghnaw fīhā
formule identique en S7:92, à propos de Madyan.
kafarū rabbahum … buʿdan
reprise à l'identique de la formule de clôture posée pour ʿĀd (S11:60) — voir la note de méthode à cet endroit sur la construction sans préposition.

Les rusul chez Ibrāhīm · S11:69–76

S.11:69 · Les rusul chez Ibrāhīm — le veau rôti

S.11:69
وَلَقَدْ جَاءَتْ رُسُلُنَا إِبْرَاهِيمَ بِالْبُشْرَىٰ قَالُوا سَلَامًا قَالَ سَلَامٌ فَمَا لَبِثَ أَنْ جَاءَ بِعِجْلٍ حَنِيذٍ
Wa-la-qad jāʾat rusulunā ibrāhīma bi-l-bushrā qālū salāman qāla salāmun fa-mā labitha an jāʾa bi-ʿijlin ḥanīdh Et Nos envoyés (rusulunā) vinrent certes à Ibrāhīm avec l’heureuse annonce (al-bushrā) : ils dirent « Salām », il dit « Salām » — et il ne tarda pas (mā labitha) à apporter un veau rôti (ʿijlin ḥanīdh).
Notes lexicales
rusulunā
voir le callout de méthode en tête de ce Bloc.
al-bushrā
voir S2:97–99 et S3:126 : « l'annonce heureuse ».
ḥanīdh
racine *ḥ-n-dh* (rôtir sur pierres chauffées).

S.11:70 · Les mains qui ne se portent pas vers le repas — la crainte

S.11:70
فَلَمَّا رَأَىٰ أَيْدِيَهُمْ لَا تَصِلُ إِلَيْهِ نَكِرَهُمْ وَأَوْجَسَ مِنْهُمْ خِيفَةً ۚ قَالُوا لَا تَخَفْ إِنَّا أُرْسِلْنَا إِلَىٰ قَوْمِ لُوطٍ
Fa-lammā raʾā aydiyahum lā taṣilu ilayhi nakirahum wa-awjasa minhum khīfatan qālū lā takhaf innā ursilnā ilā qawmi lūṭ Mais quand il vit que leurs mains ne se portaient pas vers lui [le repas], il les trouva étranges (nakirahum) et en conçut, en lui-même, une crainte (awjasa … khīfatan) — ils dirent : « Ne crains rien : nous avons été envoyés vers le peuple de Lūṭ. »
Notes lexicales
nakirahum
racine *n-k-r* — même racine qu'*al-munkar* (voir l'étude La définition du croyant selon le Coran) — ici au sens concret de « juger étrange, ne pas reconnaître comme familier ».
awjasa … khīfatan
racine *w-j-s* (concevoir en soi-même une sensation cachée, un pressentiment).

S.11:71 · Le rire de son épouse — l’annonce d’Isḥāq et Yaʿqūb

S.11:71
وَامْرَأَتُهُ قَائِمَةٌ فَضَحِكَتْ فَبَشَّرْنَاهَا بِإِسْحَاقَ وَمِنْ وَرَاءِ إِسْحَاقَ يَعْقُوبَ
Wa-mraʾatuhu qāʾimatun fa-ḍaḥikat fa-bashsharnāhā bi-isḥāqa wa-min warāʾi isḥāqa yaʿqūb Et sa femme, debout, rit (ḍaḥikat) — Nous lui annonçâmes (bashsharnāhā) Isḥāq, et, après (min warāʾi) Isḥāq, Yaʿqūb.
Notes lexicales
fa-ḍaḥikat
racine *ḍ-ḥ-k* (rire). Non-dit : la cause exacte de ce rire n'est pas précisée par ce seul verset, et l'ordre même de la phrase (le rire précède l'annonce du fils : « *fa-ḍaḥikat fa-bashsharnāhā* ») ne permet pas, à la seule lettre du texte, de rattacher ce rire à la nouvelle d'Isḥāq qui ne vient qu'ensuite. La traduction s'en tient à cette observation purement syntaxique.
bashsharnāhā
même racine que *al-bushrā* (S11:69).
min warāʾi
« après », au sens temporel de succession générationnelle — non une position spatiale.

S.11:72 · « Enfanterais-je, vieille femme, d’un vieil époux ? »

S.11:72
قَالَتْ يَا وَيْلَتَىٰ أَأَلِدُ وَأَنَا عَجُوزٌ وَهَٰذَا بَعْلِي شَيْخًا ۖ إِنَّ هَٰذَا لَشَيْءٌ عَجِيبٌ
Qālat yā waylatā a-alidu wa-anā ʿajūzun wa-hādhā baʿlī shaykhan inna hādhā la-shayʾun ʿajīb Elle dit : « Malheur à moi (yā waylatā) ! Enfanterais-je (a-alidu), alors que je suis une vieille femme (ʿajūz), et que voici mon époux (baʿlī), un vieillard (shaykhan) ? Ceci est vraiment une chose étonnante (ʿajīb) ! »
Notes lexicales
yā waylatā
interjection de saisissement, de registre humain ordinaire.
baʿlī
racine *b-ʿ-l*, ici en son sens ordinaire d'« époux, maître de la maison » — la même racine désigne ailleurs dans le Coran un dieu adoré sous ce nom ; aucune confusion à faire ici, l'emploi étant purement domestique.

S.11:73 · « La raḥma et les bénédictions d’Allaah sur vous »

S.11:73
قَالُوا أَتَعْجَبِينَ مِنْ أَمْرِ اللَّهِ ۖ رَحْمَتُ اللَّهِ وَبَرَكَاتُهُ عَلَيْكُمْ أَهْلَ الْبَيْتِ ۚ إِنَّهُ حَمِيدٌ مَجِيدٌ
Qālū a-taʿjabīna min amri llāhi raḥmatu llāhi wa-barakātuhu ʿalaykum ahla l-bayti innahu ḥamīdun majīd Ils dirent : « T’étonnes-tu de l’ordre (amr) d’Allaah ? La raḥma d’Allaah et Ses bénédictions (barakātuhu) soient sur vous, gens de cette maison (ahla l-bayt) — Il est certes Ḥamīd, Majīd. »
Notes lexicales
barakātuhu
pluriel de *baraka* (voir l'étude Al-Baraka wa-l-Tabarruk et S11:48 : « *barakātin ʿalayka* »). Cohérence de méthode : Allaah est ici la source qui accorde ce surcroît de bienfait (« sur vous »), non un récipiendaire.
ḥamīdun majīd
ce que l'on peut dire d'Allaah. *Ḥamīd*, racine *ḥ-m-d* (digne de toute louange) ; *majīd*, racine *m-j-d* (la noblesse, la grandeur intrinsèque) — conservés en translittération.

S.11:74 · Ibrāhīm dispute avec Nous au sujet du peuple de Lūṭ

S.11:74
فَلَمَّا ذَهَبَ عَنْ إِبْرَاهِيمَ الرَّوْعُ وَجَاءَتْهُ الْبُشْرَىٰ يُجَادِلُنَا فِي قَوْمِ لُوطٍ
Fa-lammā dhahaba ʿan ibrāhīma r-rawʿu wa-jāʾathu l-bushrā yujādilunā fī qawmi lūṭ Puis, quand la frayeur (ar-rawʿ) eut quitté Ibrāhīm et que l’heureuse annonce lui fut venue, il se mit à disputer avec Nous (yujādilunā) au sujet du peuple de Lūṭ.
Notes lexicales
ar-rawʿ
racine *r-w-ʿ* (la frayeur, la saisie soudaine), distincte de *khīfa* (S11:70 : une crainte pressentie) — deux mots voisins pour deux moments successifs de la même scène.
yujādilunā
même racine que *jādaltanā*/*jidālanā* (S11:32). Dit : Ibrāhīm plaide en faveur du peuple de Lūṭ auprès des envoyés, dont la parole est rapportée à la première personne du pluriel (« Nous »), l'agent ultime restant Allaah — le texte affirme cette intercession sans en détailler les termes, dont seule la conclusion est rapportée (S11:76).

S.11:75 · Ibrāhīm : ḥalīm, awwāh, munīb

S.11:75
إِنَّ إِبْرَاهِيمَ لَحَلِيمٌ أَوَّاهٌ مُنِيبٌ
Inna ibrāhīma la-ḥalīmun awwāhun munīb Ibrāhīm est certes empreint de mansuétude (ḥalīm), enclin à la plainte suppliante (awwāh), et revenant sans cesse [à son Rabb] (munīb).
Notes lexicales
ḥalīm
qualité humaine ici : la mansuétude, la retenue devant la provocation.
awwāh
racine *ʾ-w-h* (l'interjection « āh », la plainte gémissante adressée à Allaah dans l'invocation).
munīb
racine *n-w-b*, à distinguer d'*at-Tawwāb* (S2:37 et *passim*, « Ce qui accueille sans cesse le retour », réservé à Allaah) : *munīb*, appliqué ici à un humain, désigne celui qui revient répétitivement vers Allaah — les deux racines (*t-w-b* et *n-w-b*) désignent un même mouvement de retour, mais depuis des sujets opposés (Allaah qui accueille / l'humain qui retourne).

S.11:76 · « Détourne-toi — l’ordre de ton Rabb est déjà venu »

S.11:76
يَا إِبْرَاهِيمُ أَعْرِضْ عَنْ هَٰذَا ۖ إِنَّهُ قَدْ جَاءَ أَمْرُ رَبِّكَ ۖ وَإِنَّهُمْ آتِيهِمْ عَذَابٌ غَيْرُ مَرْدُودٍ
Yā ibrāhīmu aʿriḍ ʿan hādhā innahu qad jāʾa amru rabbika wa-innahum ātīhim ʿadhābun ghayru mardūd « Ô Ibrāhīm, détourne-toi de cela (aʿriḍ) : l’ordre de ton Rabb est déjà venu, et un châtiment qui ne peut être repoussé (ghayru mardūd) va certes les atteindre. »
Notes lexicales
aʿriḍ
racine *ʿ-r-ḍ*, ici au sens de se détourner d'une requête.
ghayru mardūd
racine *r-d-d* (repousser, faire revenir en arrière) ; à rapprocher, sans les confondre, de *waʿdun ghayru makdhūb* (S11:65) : deux qualifications distinctes, l'une pour une promesse, l'autre pour un châtiment.

Les rusul chez Lūṭ · S11:77–83

S.11:77 · Lūṭ affligé par ses hôtes — « un jour rude »

S.11:77
وَلَمَّا جَاءَتْ رُسُلُنَا لُوطًا سِيءَ بِهِمْ وَضَاقَ بِهِمْ ذَرْعًا وَقَالَ هَٰذَا يَوْمٌ عَصِيبٌ
Wa-lammā jāʾat rusulunā lūṭan sīʾa bihim wa-ḍāqa bihim dharʿan wa-qāla hādhā yawmun ʿaṣīb Et lorsque Nos envoyés vinrent à Lūṭ, il fut affligé (sīʾa) à cause d’eux, et sa capacité s’en trouva resserrée (ḍāqa bihim dharʿan) — il dit : « Voici un jour rude (ʿaṣīb). »
Notes lexicales
sīʾa bihim
racine *s-w-ʾ* (le mal, l'affliction), forme passive.
ḍāqa bihim dharʿan
racine *dh-r-ʿ*, qui désigne à l'origine l'avant-bras — employée idiomatiquement pour la capacité, l'aisance à faire face à une situation (« *ḍāqa dharʿuhu* » : se sentir démuni, dépassé) : un idiome courant de la langue, ici appliqué à Lūṭ lui-même.
ʿaṣīb
racine *ʿ-ṣ-b* (serrer, comprimer — un jour « serré », difficile).

S.11:78 · « Voici mes filles » — l’appel à la taqwā

Point de méthode, prudence maximale — S11:78, hāʾulāʾi banātī (« voici mes filles »). Dit : Lūṭ oppose à son peuple une alternative qu’il qualifie lui-même de « plus pure » (aṭharu — même racine qu’yataṭahharūn, employé avec ironie par le peuple lui-même contre Lūṭ dans le récit parallèle de S7:82), adossée à un appel à la taqwā et à un refus d’être déshonoré devant ses hôtes (ḍayfī). Non-dit : ce seul verset ne précise ni la forme exacte de ce qui est proposé (l’union coutumière suppose normalement un consentement et une contrepartie, non précisés ici), ni, de façon plus fondamentale, le référent exact de banātī. Les lexicographes classiques (Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab, racine b-n-y) donnent en premier lieu le sens propre — les filles biologiques d’un homme — et c’est ce sens qui est retenu ici, à défaut d’indication contraire dans le texte lui-même ; une partie des commentateurs postérieurs a par ailleurs élargi ce mot aux femmes du peuple de Lūṭ (un nabī s’adressant à sa communauté comme un père à ses filles), extension possible de l’usage arabe mais non le sens lexical premier — elle est signalée sans être retenue, faute d’appui direct dans ce seul verset. Le verset suivant (S11:79) confirme, par la réponse même du peuple, que leur intention n’était de toute façon pas tournée vers cette proposition, quelle qu’en soit l’identification exacte.

S.11:78
وَجَاءَهُ قَوْمُهُ يُهْرَعُونَ إِلَيْهِ وَمِنْ قَبْلُ كَانُوا يَعْمَلُونَ السَّيِّئَاتِ قَالَ يَا قَوْمِ هَٰؤُلَاءِ بَنَاتِي هُنَّ أَطْهَرُ لَكُمْ فَاتَّقُوا اللَّهَ وَلَا تُخْزُونِ فِي ضَيْفِي أَلَيْسَ مِنْكُمْ رَجُلٌ رَشِيدٌ
Wa-jāʾahu qawmuhu yuhraʿūna ilayhi wa-min qablu kānū yaʿmalūna s-sayyiʾāti qāla yā qawmi hāʾulāʾi banātī hunna aṭharu lakum fa-ttaqū llāha wa-lā tukhzūni fī ḍayfī a-laysa minkum rajulun rashīd Et son peuple vint à lui en se précipitant (yuhraʿūna), et ils commettaient déjà auparavant les mauvaises actions (as-sayyiʾāt) — il dit : « Ô mon peuple, voici mes filles (banātī) : elles sont plus pures (aṭharu) pour vous — constituez-vous une taqwā d’Allaah, et ne me déshonorez pas (lā tukhzūni) devant mes hôtes (ḍayfī) : n’y a-t-il pas parmi vous un homme de rectitude (rajulun rashīd) ? »
Notes lexicales
yuhraʿūna
racine *h-r-ʿ* (se précipiter, être poussé avec hâte).
aṭharu
voir le callout ci-dessus.
lā tukhzūni
même racine que *khizy* (S11:66), ici à la forme verbale : ne pas exposer à la honte.
ḍayfī
racine *ḍ-y-f* (l'hospitalité, l'hôte reçu) ; le thème de l'hospitalité est déjà présent dans la scène du veau rôti offert à Ibrāhīm (S11:69).
rajulun rashīd
racine *r-sh-d* (voir S2:186 et S2:256 : le *rushd*, la droiture confirmée, distincte de l'égarement).

S.11:79 · « Tu sais ce que nous voulons »

S.11:79
قَالُوا لَقَدْ عَلِمْتَ مَا لَنَا فِي بَنَاتِكَ مِنْ حَقٍّ وَإِنَّكَ لَتَعْلَمُ مَا نُرِيدُ
Qālū la-qad ʿalimta mā lanā fī banātika min ḥaqqin wa-innaka la-taʿlamu mā nurīd Ils dirent : « Tu sais bien que nous n’avons aucun droit (ḥaqq) sur tes filles — et tu sais certes ce que nous voulons. »
Notes lexicales
mā lanā fī banātika min ḥaqqin
Dit / non-dit : cette réponse confirme que la proposition de Lūṭ (S11:78) ne répondait pas à ce que recherchait son peuple ; elle ne revient pas sur l'identité exacte de *banātī*, et l'on ne tranche donc pas au-delà de ce que ces deux versets, pris ensemble, établissent — voir le callout de S11:78.

S.11:80 · « Si j’avais quelque force, ou un appui puissant »

S.11:80
قَالَ لَوْ أَنَّ لِي بِكُمْ قُوَّةً أَوْ آوِي إِلَىٰ رُكْنٍ شَدِيدٍ
Qāla law anna lī bikum quwwatan aw āwī ilā ruknin shadīd Il dit : « Si seulement j’avais sur vous quelque force, ou si je pouvais me réfugier (āwī) auprès d’un appui puissant (ruknin shadīd) ! »
Notes lexicales
āwī
même racine que *sa-āwī* (S11:43 : le fils de Nūḥ cherchant refuge dans une montagne) — ici employée par Lūṭ dans une aspiration non réalisée (*law*, « si seulement »).
ruknin shadīd
racine *r-k-n* (le pilier, l'appui solide). Non-dit : la nature exacte de cet appui espéré (clan, alliance, force propre) n'est pas précisée par ce seul verset.

S.11:81 · Les envoyés se révèlent — l’ordre de partir de nuit

S.11:81
قَالُوا يَا لُوطُ إِنَّا رُسُلُ رَبِّكَ لَنْ يَصِلُوا إِلَيْكَ ۖ فَأَسْرِ بِأَهْلِكَ بِقِطْعٍ مِنَ اللَّيْلِ وَلَا يَلْتَفِتْ مِنْكُمْ أَحَدٌ إِلَّا امْرَأَتَكَ ۖ إِنَّهُ مُصِيبُهَا مَا أَصَابَهُمْ ۚ إِنَّ مَوْعِدَهُمُ الصُّبْحُ ۚ أَلَيْسَ الصُّبْحُ بِقَرِيبٍ
Qālū yā lūṭu innā rusulu rabbika lan yaṣilū ilayka fa-asri bi-ahlika bi-qiṭʿin mina l-layli wa-lā yaltafit minkum aḥadun illā mraʾataka innahu muṣībuhā mā aṣābahum inna mawʿidahumu ṣ-ṣubḥu a-laysa ṣ-ṣubḥu bi-qarīb Ils dirent : « Ô Lūṭ, nous sommes les envoyés (rusul) de ton Rabb — ils ne t’atteindront (yaṣilū) jamais. Pars donc avec ta famille (ahlika) durant une partie (qiṭʿ) de la nuit, et que nul d’entre vous ne se retourne (lā yaltafit), sauf ta femme : ce qui les atteindra (aṣābahum) l’atteindra elle aussi. Leur rendez-vous (mawʿid) est le matin (aṣ-ṣubḥ) — le matin n’est-il pas proche ? »
Notes lexicales
rusulu rabbika
les envoyés se désignent ici eux-mêmes explicitement comme « les *rusul* de ton Rabb », confirmant qu'ils agissent par délégation, sans que le mot *malāʾika* n'apparaisse davantage ici — voir le callout de méthode en tête de ce Bloc.
ahlika
même mot que dans le récit de Nūḥ (S11:40 et S11:45–46), sans qu'aucune restriction de sens n'y soit ici attachée par le texte au-delà de l'exception immédiatement nommée (l'épouse).
lā yaltafit
racine *l-f-t* (se tourner, tourner le regard en arrière).

S.11:82–83 · Le bouleversement de la cité — les pierres de sijjīl

Crux lexical, deux lectures attestées — sijjīl. Les lexicographes classiques (Lisān al-ʿArab, Kitāb al-ʿAyn) rapportent plusieurs analyses de ce mot, qui revient sous cette forme précise à trois reprises dans le Coran (ici, et en deux autres endroits). Certains le rattachent à la racine s-j-l (le registre, l’inscription — d’où « une pierre marquée, consignée d’avance ») ; d’autres à un emprunt à une langue étrangère (une composition signifiant « pierre et argile », désignant une pierre de terre durcie) ; d’autres encore à la même racine au sens de verser abondamment. La traduction retient la lecture la plus courante chez les lexicographes — une pierre de terre durcie —, en signalant les deux autres, sans trancher entre elles au-delà de ce simple signalement. Cohérence intra-coranique : ce verset précise la nature de la « pluie » restée non-dite dans le récit parallèle de Lūṭ en S7:84 (« amṭarnā ʿalayhim maṭaran », « Nous fîmes pleuvoir sur eux une pluie », sans autre précision) — les deux versets se complètent sans se contredire, S11:82 apportant l’information que S7:84 avait laissée ouverte.

S.11:82–83
فَلَمَّا جَاءَ أَمْرُنَا جَعَلْنَا عَالِيَهَا سَافِلَهَا وَأَمْطَرْنَا عَلَيْهَا حِجَارَةً مِنْ سِجِّيلٍ مَنْضُودٍ مُسَوَّمَةً عِنْدَ رَبِّكَ ۖ وَمَا هِيَ مِنَ الظَّالِمِينَ بِبَعِيدٍ
Fa-lammā jāʾa amrunā jaʿalnā ʿāliyahā sāfilahā wa-amṭarnā ʿalayhā ḥijāratan min sijjīlin manḍūd — musawwamatan ʿinda rabbika wa-mā hiya mina ẓ-ẓālimīna bi-baʿīd Et lorsque vint Notre ordre, Nous fîmes de son sommet son tréfonds (jaʿalnā ʿāliyahā sāfilahā), et Nous fîmes pleuvoir sur elle des pierres de sijjīl empilées (manḍūd), marquées (musawwamatan) ʿinda rabbika — et elle n’est pas loin des ẓālimūn.
Notes lexicales
jaʿalnā ʿāliyahā sāfilahā
racines *ʿ-l-w*/*s-f-l* — dit : un renversement total de la cité est affirmé ; non-dit : le mécanisme exact de ce bouleversement n'est pas précisé davantage par ce seul verset.
sijjīlin manḍūd
*sijjīl* : voir le callout ci-dessus. *Manḍūd*, racine *n-ḍ-d* (empiler, disposer en couches superposées).
musawwamatan ʿinda rabbika
*musawwamatan* : même racine que *musawwimīn* (S3:124–125 : les *malāʾika* « marqués distinctement »), ici appliquée aux pierres elles-mêmes, marquées pour cette fonction précise. *ʿInda*, appliqué à Allaah, évoque en français un lieu (« auprès de ») : l'expression est conservée en arabe pour écarter toute image spatiale ; elle indique que cette marque relève de Lui, de Son décret.
wa-mā hiya mina ẓ-ẓālimīna bi-baʿīd
Dit : une portée générale est affirmée — ce type de châtiment n'est pas éloigné, dans le temps ou la possibilité, de tout *ẓālim*, au-delà du seul peuple de Lūṭ. L'identité précise du pronom « elle » (la cité, ou les pierres elles-mêmes) reste une question grammaticale mineure, sans effet sur le sens d'ensemble.

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