Structure du Bloc IV. Shuʿayb envoyé à Madyan, sur le même schéma que les récits précédents de cette sourate : l’appel au tawḥīd, joint ici à l’exigence de pleine mesure et de pleine pesée dans les échanges commerciaux ; la moquerie de l’assemblée visant sa ṣalāt, sa défense fondée sur le tawakkul et la iṣlāḥ ; la menace de lapidation, la mise en garde rappelant le sort subi par les quatre peuples des récits qui précèdent (Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Lūṭ) ; puis la secousse et l’anéantissement de Madyan, sur la formule employée pour Thamūd (S11:84–95). Le récit de Mūsā envoyé à Firʿawn n’est ensuite que brièvement rappelé — l’ordre néfaste de Firʿawn, sa marche en tête de son peuple vers le Feu (S11:96–99). S’ouvre alors une méditation générale sur l’ensemble des cités racontées dans les Blocs II-IV de cette sourate : aucune injustice de la part d’Allaah, l’impuissance totale de ce qui était invoqué en dehors d’Allaah, la saisie sévère qui frappe toute cité injuste (S11:100–104). Le Bloc se referme sur le Jour où nul ne parlera sans permission, sur le sort symétrique des malheureux et des heureux — chacune des deux issues assortie d’une même clause d’exception rattachée à la mashīʾa d’Allaah —, et sur l’assurance que nul, ni parmi les kāfirūn ni parmi les croyants, ne verra sa part diminuée (S11:105–109).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.11:84 Shuʿayb à Madyan — ne pas diminuer la mesure et la pesée
S.11:85 Pleine mesure, pleine pesée, avec l’équité
S.11:86 Ce qui reste, conforme à Allaah, est meilleur — nul gardien
S.11:87 La moquerie : « est-ce ta ṣalāt qui te l’ordonne ? »
S.11:88 La défense de Shuʿayb — la bayyina, l’iṣlāḥ, le tawakkul
S.11:89 Le rappel des quatre peuples déjà anéantis
S.11:90 Istighfār et tawba — « mon Rabb est Raḥīm, Wadūd »
S.11:91 « Nous ne comprenons pas — sans ton clan, nous t’aurions lapidé »
S.11:92 « Mon clan est-il plus digne d’égard qu’Allaah ? »
S.11:93 « Agissez selon votre position — moi, j’agis »
S.11:94 Le sauvetage de Shuʿayb, le Cri sur les injustes
S.11:95 « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré » — éloignement pour Madyan
S.11:96–97 Mūsā envoyé à Firʿawn — un ordre qui n’est pas rashīd
S.11:98 Firʿawn en tête de son peuple vers le Feu
S.11:99 Malédiction ici, détestable soutien au Jour de la Résurrection
S.11:100 Les cités racontées — debout ou moissonnées
S.11:101 Nulle injustice de Notre part — l’impuissance de ce qui est invoqué en dehors d’Allaah
S.11:102 La saisie de ton Rabb, douloureuse et sévère
S.11:103 Un signe pour qui craint l’Ākhira — le Jour rassemblé et attesté
S.11:104 Un terme seulement différé, et compté
S.11:105 Nul ne parle sans Son idhn — le malheureux et l’heureux
S.11:106 Les malheureux dans le Feu — gémissement et halètement
S.11:107 L’exception rattachée à la mashīʾa — les malheureux
S.11:108 L’exception rattachée à la mashīʾa — les heureux, un don ininterrompu
S.11:109 Nul doute — la part de chacun, non diminuée

Shuʿayb à Madyan — pleine mesure, pleine pesée · S11:84–86

S.11:84 · Ne pas diminuer la mesure et la pesée

S.11:84
۞ وَإِلَىٰ مَدْيَنَ أَخَاهُمْ شُعَيْبًا ۚ قَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ ۖ وَلَا تَنْقُصُوا الْمِكْيَالَ وَالْمِيزَانَ ۚ إِنِّي أَرَاكُمْ بِخَيْرٍ وَإِنِّي أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ مُحِيطٍ
Wa-ilā madyana akhāhum shuʿayban qāla yā qawmi ʿbudū llāha mā lakum min ilāhin ghayruhu wa-lā tanquṣū l-mikyāla wa-l-mīzāna innī arākum bi-khayrin wa-innī akhāfu ʿalaykum ʿadhāba yawmin muḥīṭ Et vers Madyan, leur frère Shuʿayb — il dit : « Ô mon peuple, adorez Allaah — vous n’avez pas d’ilāh en dehors de Lui. Et ne diminuez pas (lā tanquṣū) la mesure (al-mikyāl) et la pesée (al-mīzān) — je vous vois certes dans un état favorable (bi-khayrin), et je crains pour vous le châtiment d’un jour qui enveloppe tout (muḥīṭ). »
Notes lexicales
wa-ilā madyana akhāhum shuʿayban … mā lakum min ilāhin ghayruhu
même schéma verbal que les récits précédents de cette sourate (Hūd, Ṣāliḥ, et le passage chez Ibrāhīm et Lūṭ, Bloc III) et que le récit parallèle de S7:85 : « frère » (*akhāhum*) désigne l'appartenance de Shuʿayb à son propre peuple, non un lien de sang au sens strict — l'appel au tawḥīd est identique mot pour mot à chaque occurrence.
lā tanquṣū l-mikyāla wa-l-mīzāna
racine *n-q-ṣ* (diminuer) appliquée ici à la mesure de capacité (*mikyāl*) et à la pesée (*mīzān*, racine *w-z-n* ; pour son sens eschatologique, la pesée des œuvres, voir S7:8–9) — même sens que dans le récit parallèle de S7:85 (« *fa-awfū l-kayla wa-l-mīzāna* », « donnez pleine mesure et pleine pesée »), ici formulé négativement plutôt que positivement, sans changement de portée.
muḥīṭ
racine *ḥ-w-ṭ* (voir S2:19, S10:22/39 : cerner, entourer entièrement) — ici appliqué à un jour dont le châtiment n'épargne rien, sans qu'aucune question de position spatiale d'Allaah ne soit en jeu (l'adjectif qualifie le jour, non Allaah Lui-même).

S.11:85 · Pleine mesure, pleine pesée, avec l’équité

S.11:85
وَيَا قَوْمِ أَوْفُوا الْمِكْيَالَ وَالْمِيزَانَ بِالْقِسْطِ ۖ وَلَا تَبْخَسُوا النَّاسَ أَشْيَاءَهُمْ وَلَا تَعْثَوْا فِي الْأَرْضِ مُفْسِدِينَ
Wa-yā qawmi awfū l-mikyāla wa-l-mīzāna bi-l-qisṭi wa-lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum wa-lā taʿthaw fi l-arḍi mufsidīn Et ô mon peuple, donnez pleine mesure et pleine pesée avec l’équité (bi-l-qisṭ) — ne lésez pas les gens dans leurs biens (lā tabkhasū), et ne semez pas le désordre sur la terre en corrupteurs (lā taʿthaw … mufsidīn).
Notes lexicales
lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum
formule identique, mot pour mot, à celle du même récit en S7:85 (« *wa-lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum* ») — racine *b-kh-s* : diminuer frauduleusement ce qui revient de droit à autrui.
lā taʿthaw fi l-arḍi mufsidīn
racine *ʿ-th-w* (agir de façon corrompue, semer le ravage), rattachée par le sens à la même famille que *fasād*/*mufsidūn* (voir l'étude Fasād et muṣliḥūn), comme dans *lā tufsidū fi l-arḍi baʿda iṣlāḥihā* (S7:85), dans le même récit.

S.11:86 · Ce qui reste, conforme à Allaah, est meilleur — nul gardien

S.11:86
بَقِيَّتُ اللَّهِ خَيْرٌ لَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ مُؤْمِنِينَ ۚ وَمَا أَنَا عَلَيْكُمْ بِحَفِيظٍ
Baqiyyatu llāhi khayrun lakum in kuntum muʾminīn wa-mā anā ʿalaykum bi-ḥafīẕ Ce qui vous reste dans les limites qu’Allaah approuve (baqiyyatu llāh) est meilleur pour vous, si vous êtes croyants — et je ne suis pas, sur vous, un gardien (ḥafīẕ).
Notes lexicales
baqiyyatu llāh
racine *b-q-y* (subsister, rester en quantité fixe). **Dit** : le texte met en regard, avec les deux versets qui précèdent, la part légitime qui subsiste d'un échange mené avec pleine mesure et pleine pesée, présentée comme meilleure que le surplus obtenu par la fraude — *baqiyyatu llāh* désigne ainsi ce reste conforme à ce qu'Allaah autorise, non un « bienfait » ou une « grâce » au sens général. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas davantage la nature exacte de ce « reste » au-delà de ce contraste avec la fraude déjà nommée.
ḥafīẕ
racine *ḥ-f-ẕ* (garder, préserver) — ici appliquée à Shuʿayb lui-même, qui décline ce rôle : même refus que celui du statut de *wakīl* pour le *nabī* (voir S10:108, S11:12) — un rôle réservé, ailleurs dans le Coran, à Allaah Lui-même, explicitement refusé ici pour un envoyé humain.

La ṣalāt raillée, la défense de Shuʿayb, le rappel des quatre peuples · S11:87–89

S.11:87 · La moquerie : « est-ce ta ṣalāt qui te l’ordonne ? »

S.11:87
قَالُوا يَا شُعَيْبُ أَصَلَاتُكَ تَأْمُرُكَ أَنْ نَتْرُكَ مَا يَعْبُدُ آبَاؤُنَا أَوْ أَنْ نَفْعَلَ فِي أَمْوَالِنَا مَا نَشَاءُ ۖ إِنَّكَ لَأَنْتَ الْحَلِيمُ الرَّشِيدُ
Qālū yā shuʿaybu a-ṣalātuka taʾmuruka an natruka mā yaʿbudu ābāʾunā aw an nafʿala fī amwālinā mā nashāʾu innaka la-anta l-ḥalīmu r-rashīd Ils dirent : « Ô Shuʿayb, est-ce ta ṣalāt qui t’ordonne que nous quittions ce qu’adoraient nos pères, ou que nous cessions de faire, de nos biens, ce que nous voulons ? Tu es certes, toi, le ḥalīm, le rashīd ! »
Notes lexicales
ṣalāt
terme conservé en translittération, faute d'équivalent français fidèle — désigne l'ensemble structuré de gestes et de paroles rituelles, distinct d'une simple « prière » informelle (voir l'étude Le rituel de la Ṣalāt dans le Coran).
al-ḥalīmu r-rashīd
**Point de style — ironie, non contradiction.** Ce même couple de qualités est employé, dans cette sourate (S11:75), pour décrire positivement Ibrāhīm (« *inna ibrāhīma la-ḥalīmun* »). Ici, l'assemblée de Madyan reprend les deux mêmes termes par pure dérision (l'indulgence et la droiture de jugement, retournées en reproche moqueur) — un même vocabulaire, deux usages opposés, sans qu'aucune conclusion lexicale nouvelle ne s'impose au-delà de ce contraste rhétorique.

S.11:88 · La défense de Shuʿayb — la bayyina, l’iṣlāḥ, le tawakkul

S.11:88
قَالَ يَا قَوْمِ أَرَأَيْتُمْ إِنْ كُنْتُ عَلَىٰ بَيِّنَةٍ مِنْ رَبِّي وَرَزَقَنِي مِنْهُ رِزْقًا حَسَنًا ۚ وَمَا أُرِيدُ أَنْ أُخَالِفَكُمْ إِلَىٰ مَا أَنْهَاكُمْ عَنْهُ ۚ إِنْ أُرِيدُ إِلَّا الْإِصْلَاحَ مَا اسْتَطَعْتُ ۚ وَمَا تَوْفِيقِي إِلَّا بِاللَّهِ ۚ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَإِلَيْهِ أُنِيبُ
Qāla yā qawmi a-raʾaytum in kuntu ʿalā bayyinatin min rabbī wa-razaqanī minhu rizqan ḥasanan wa-mā urīdu an ukhālifakum ilā mā anhākum ʿanhu in urīdu illā l-iṣlāḥa mā staṭaʿtu wa-mā tawfīqī illā billāhi ʿalayhi tawakkaltu wa-ilayhi unību Il dit : « Ô mon peuple, avez-vous considéré ceci : si je me tiens sur une preuve manifeste (bayyina) venant de mon Rabb, et qu’Il m’a attribué de Sa part une subsistance excellente… Je ne veux pas vous contredire pour aller vers ce dont je vous détourne (mā anhākum ʿanhu) — je ne veux que la réforme (al-iṣlāḥ), autant que je le puis. Et ma réussite (tawfīqī) ne tient qu’à Allaah — c’est en Lui que je place ma confiance (tawakkaltu), et c’est vers Lui que je fais retour (unību). »
Notes lexicales
bayyinatin min rabbī
même expression qu'en S11:17 (Bloc I de cette sourate).
al-iṣlāḥa mā staṭaʿtu
même racine *ṣ-l-ḥ* que *lā tufsidū fi l-arḍi baʿda iṣlāḥihā* (S7:85 ; voir S11:85 dans ce Bloc) — l'*iṣlāḥ* comme visée déclarée de Shuʿayb lui-même, en écho direct avec l'exigence qu'il vient de formuler.
tawakkaltu … unību
*tawakkul* : même verbe qu'en S11:56 (Hūd : « *ʿalā llāhi tawakkaltu* »). *Unību*, racine *n-w-b* (revenir de façon répétée) — apparentée par le sens, non par la racine, à *tawba*/*istighfār*.

S.11:89 · Le rappel des quatre peuples déjà anéantis

S.11:89
وَيَا قَوْمِ لَا يَجْرِمَنَّكُمْ شِقَاقِي أَنْ يُصِيبَكُمْ مِثْلُ مَا أَصَابَ قَوْمَ نُوحٍ أَوْ قَوْمَ هُودٍ أَوْ قَوْمَ صَالِحٍ ۚ وَمَا قَوْمُ لُوطٍ مِنْكُمْ بِبَعِيدٍ
Wa-yā qawmi lā yajrimannakum shiqāqī an yuṣībakum mithlu mā aṣāba qawma nūḥin aw qawma hūdin aw qawma ṣāliḥin wa-mā qawmu lūṭin minkum bi-baʿīd Et ô mon peuple, que mon opposition (shiqāqī) ne vous entraîne pas (lā yajrimannakum) vers ce qui vous atteindrait comme atteignit le peuple de Nūḥ, ou le peuple de Hūd, ou le peuple de Ṣāliḥ — et le peuple de Lūṭ n’est pas loin de vous.
Notes lexicales
lā yajrimannakum
même racine *j-r-m* que *lā jarama* (S11:22, Bloc I de cette sourate) et *ijrāmī*/*tujrimūn* (S11:35, Bloc II) — troisième occurrence intra-sourate de cette même racine.
shiqāqī
racine *sh-q-q* (fendre, se séparer) — désigne ici la rupture d'opinion entre Shuʿayb et son peuple.
qawma nūḥin … qawma hūdin … qawma ṣāliḥin … qawmu lūṭin
**Note de structure du Bloc.** Ce rappel énumère, dans leur ordre même, les quatre récits traduits dans les Blocs II-III de cette sourate — Shuʿayb invoque ainsi, comme argument, l'anéantissement des peuples dont l'histoire vient d'être racontée juste avant la sienne dans le texte lui-même.

Istighfār, tawba, et le mot nouveau — Wadūd · S11:90

Point de méthode — wadūd (S11:90). La racine w-d-d est appliquée ici à Allaah dans « inna rabbī raḥīmun wadūd ». Les dictionnaires classiques (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha ; Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab) la rattachent à l’inclination vers une chose et au désir de son bien (al-maḥabba wa-l-mayl), un champ sémantique voisin de celui de la racine ḥ-b-b (ḥubb, yuḥibbu), que l’on rend par « honorer » lorsqu’Allaah en est le sujet, afin de ne projeter sur ce qui est dit d’Allaah aucun sentiment de type humain. Cette solution vaut pour des constructions verbales (Allaah honore / n’honore pas telle catégorie), non pour un nom qualifiant Allaah dans une formule de clôture. Wadūd est donc conservé en translittération, comme les autres noms qu’Allaah Se donne dans ce type de formule (Ghafūr, Raḥīm), sans « aimant » ni « tendre ». La même racine reviendra, comme nom substantivé (al-Wadūd), ailleurs dans le Coran.

S.11:90 · Istighfār et tawba — « mon Rabb est Raḥīm, Wadūd »

S.11:90
وَاسْتَغْفِرُوا رَبَّكُمْ ثُمَّ تُوبُوا إِلَيْهِ ۚ إِنَّ رَبِّي رَحِيمٌ وَدُودٌ
Wa-staghfirū rabbakum thumma tūbū ilayhi inna rabbī raḥīmun wadūd Et demandez pardon (istaghfirū) à votre Rabb, puis revenez à Lui (tūbū ilayhi) — mon Rabb est certes Raḥīm, Wadūd.
Notes lexicales
istaghfirū … tūbū ilayhi
couple *istighfār*/*tawba*, très présent dans le Coran (voir S9:104).
wadūd
voir le callout de méthode ci-dessus. Conservé en translittération.

Le rejet de l’assemblée — rahṭ, ẕihriyyā, la mise en garde · S11:91–93

S.11:91 · « Nous ne comprenons pas — sans ton clan, nous t’aurions lapidé »

S.11:91
قَالُوا يَا شُعَيْبُ مَا نَفْقَهُ كَثِيرًا مِمَّا تَقُولُ وَإِنَّا لَنَرَاكَ فِينَا ضَعِيفًا ۖ وَلَوْلَا رَهْطُكَ لَرَجَمْنَاكَ ۖ وَمَا أَنْتَ عَلَيْنَا بِعَزِيزٍ
Qālū yā shuʿaybu mā nafqahu kathīran mimmā taqūlu wa-innā la-narāka fīnā ḍaʿīfan wa-law-lā rahṭuka la-rajamnāka wa-mā anta ʿalaynā bi-ʿazīz Ils dirent : « Ô Shuʿayb, nous ne comprenons pas (mā nafqahu) grand-chose de ce que tu dis, et nous te voyons certes faible parmi nous — et sans ton clan (rahṭuka), nous t’aurions certes lapidé (la-rajamnāka) — et tu n’as sur nous aucune puissance (bi-ʿazīz). »
Notes lexicales
mā nafqahu
racine *f-q-h* : comprendre, saisir le sens de quelque chose — ici en son sens linguistique le plus général, distinct de son emploi technique ultérieur (le *fiqh* comme discipline).
rahṭuka
racine *r-h-ṭ* : le clan proche, le petit groupe de parenté immédiate.
la-rajamnāka
**Précision.** Racine *r-j-m* : ici une menace de violence collective spontanée, non une procédure judiciaire — à distinguer de l'usage juridique de la même racine traité dans l'étude Lapidation, qui porte sur un cadre normatif distinct.
bi-ʿazīz
**Homonymie sans rapport de sens** avec *al-ʿAzīz*, l'un des noms qu'Allaah Se donne dans le Coran (conservé en translittération) — ici appliqué à un être humain (Shuʿayb), au sens ordinaire de puissance ou d'ascendant social.

S.11:92 · « Mon clan est-il plus digne d’égard qu’Allaah ? »

S.11:92
قَالَ يَا قَوْمِ أَرَهْطِي أَعَزُّ عَلَيْكُمْ مِنَ اللَّهِ وَاتَّخَذْتُمُوهُ وَرَاءَكُمْ ظِهْرِيًّا ۖ إِنَّ رَبِّي بِمَا تَعْمَلُونَ مُحِيطٌ
Qāla yā qawmi a-rahṭī aʿazzu ʿalaykum mina llāhi wa-ttakhadhtumūhu warāʾakum ẕihriyyan inna rabbī bimā taʿmalūna muḥīṭ Il dit : « Ô mon peuple, mon clan est-il plus digne d’égard (aʿazzu) pour vous qu’Allaah, que vous avez pris et rejeté derrière vous (warāʾakum ẕihriyyan), comme s’Il ne comptait plus ? Mon Rabb, de ce que vous faites, cerne tout entièrement (muḥīṭ). »
Notes lexicales
warāʾakum ẕihriyyan
racine *ẕ-h-r* (le dos) : idiome arabe attesté signifiant « traiter comme sans importance, écarter de toute considération » (littéralement, « le mettre derrière son dos »). **Dit** : le texte décrit ici une attitude — le fait de ne plus tenir aucun compte d'Allaah — au moyen d'une image spatiale du corps humain. **Non-dit** : rien dans ce verset ne situe Allaah Lui-même en un lieu quelconque, « derrière » ou ailleurs — l'idiome porte uniquement sur le comportement des hommes, non sur une position d'Allaah. Même méthode que pour d'autres idiomes non anthropomorphiques de cette sourate (*ḥāla bayna*, *ākhidhun bi-nāṣiyatihā*, Bloc III).
muḥīṭ
même racine *ḥ-w-ṭ* qu'en S11:84 (voir ce Bloc), mais dite ici du Rabb, à propos de ce que font les gens : ce qui est entouré, c'est leur agir, connu tout entier. Aucune position spatiale d'Allaah n'est en jeu.

S.11:93 · « Agissez selon votre position — moi, j’agis »

S.11:93
وَيَا قَوْمِ اعْمَلُوا عَلَىٰ مَكَانَتِكُمْ إِنِّي عَامِلٌ ۖ سَوْفَ تَعْلَمُونَ مَنْ يَأْتِيهِ عَذَابٌ يُخْزِيهِ وَمَنْ هُوَ كَاذِبٌ ۖ وَارْتَقِبُوا إِنِّي مَعَكُمْ رَقِيبٌ
Wa-yā qawmi ʿmalū ʿalā makānatikum innī ʿāmilun sawfa taʿlamūna man yaʾtīhi ʿadhābun yukhzīhi wa-man huwa kādhibun wa-rtaqibū innī maʿakum raqīb Et ô mon peuple, agissez selon votre position (makānatikum) — moi, j’agis. Vous saurez bientôt qui sera atteint par un châtiment qui l’humiliera (yukhzīhi), et qui est menteur — et surveillez (irtaqibū) — moi, avec vous, je surveille (raqīb). »
Notes lexicales
ʿmalū ʿalā makānatikum
même construction, à l'identique, en S11:121 (Bloc V), cette fois adressée par le *nabī* Muḥammad à ceux qui ne croient pas — même défi lancé, dans les mêmes termes, par deux envoyés distincts.
yukhzīhi
racine *kh-z-y* (voir S9:2 : *mukhzī l-kāfirīn*).
raqīb
racine *r-q-b* (observer avec attention soutenue) — ici appliquée à Shuʿayb lui-même, dans un sens purement humain de vigilance.

Le sauvetage, le Cri, la fin de Madyan · S11:94–95

S.11:94 · Le sauvetage de Shuʿayb, le Cri sur les injustes

S.11:94
وَلَمَّا جَاءَ أَمْرُنَا نَجَّيْنَا شُعَيْبًا وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ بِرَحْمَةٍ مِنَّا وَأَخَذَتِ الَّذِينَ ظَلَمُوا الصَّيْحَةُ فَأَصْبَحُوا فِي دِيَارِهِمْ جَاثِمِينَ
Wa-lammā jāʾa amrunā najjaynā shuʿayban wa-lladhīna āmanū maʿahu bi-raḥmatin minnā wa-akhadhati lladhīna ẕalamū ṣ-ṣayḥatu fa-aṣbaḥū fī diyārihim jāthimīn Et quand Notre ordre (amrunā) vint, Nous sauvâmes Shuʿayb et ceux qui avaient cru avec lui, par une raḥma venant de Nous — et le Cri (aṣ-ṣayḥa) saisit ceux qui avaient commis l’injustice (ẕalamū) : ils se retrouvèrent, dans leurs demeures, gisant à terre, immobiles (jāthimīn).
Notes lexicales
aṣ-ṣayḥatu … jāthimīn
reprise mot pour mot du châtiment nommé pour Thamūd (S11:67, Bloc III de cette sourate) : le même « Cri » anéantit ainsi deux peuples distincts sous une formule identique.

S.11:95 · « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré » — éloignement pour Madyan

S.11:95
كَأَنْ لَمْ يَغْنَوْا فِيهَا ۗ أَلَا بُعْدًا لِمَدْيَنَ كَمَا بَعِدَتْ ثَمُودُ
Ka-an lam yaghnaw fīhā alā buʿdan li-madyana kamā baʿidat thamūd Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré (lam yaghnaw fīhā). N’est-ce pas ? Éloignement (buʿdan) pour Madyan, comme s’éloigna (baʿidat) Thamūd !
Notes lexicales
lam yaghnaw fīhā
reprise mot pour mot de S7:92 (récit parallèle de la Sourate 7), appliquée là aussi au même peuple de Madyan.
buʿdan … baʿidat
racine *b-ʿ-d* (l'éloignement) — cette formule d'exécration met en écho, par la racine partagée, l'anéantissement de Madyan et celui de Thamūd raconté plus haut (S11:61–68, Bloc III).

Mūsā envoyé à Firʿawn — un ordre qui n’est pas rashīd · S11:96–99

S.11:96–97 · Mūsā envoyé à Firʿawn — un ordre qui n’est pas rashīd

S.11:96–97
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا مُوسَىٰ بِآيَاتِنَا وَسُلْطَانٍ مُبِينٍ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ فَاتَّبَعُوا أَمْرَ فِرْعَوْنَ ۖ وَمَا أَمْرُ فِرْعَوْنَ بِرَشِيدٍ
Wa-la-qad arsalnā mūsā bi-āyātinā wa-sulṭānin mubīnin ilā firʿawna wa-malaʾihi fa-ttabaʿū amra firʿawna wa-mā amru firʿawna bi-rashīd Et Nous avons certes envoyé Mūsā, avec Nos āyāt et une autorité manifeste (sulṭānin mubīn), vers Firʿawn et son assemblée (malaʾ) — mais ils suivirent l’ordre de Firʿawn, et l’ordre de Firʿawn n’était pas rashīd.
Notes lexicales
sulṭānin mubīn
racine *s-l-ṭ* : ici, une autorité démonstrative — la force probante d'un signe manifeste, non un pouvoir politique.
al-malaʾ
voir S2:246 ; le terme revient dans chacun des récits de cette sourate.
bi-rashīd
même racine que *rajulun rashīd* (S11:78, Bloc III, à propos de Lūṭ) et que *al-ḥalīmu r-rashīd* (S11:87, ce Bloc, par dérision) — ici niée pour l'ordre de Firʿawn : trois emplois successifs et contrastés de la même racine dans cette seule sourate.

S.11:98 · Firʿawn en tête de son peuple vers le Feu

S.11:98
يَقْدُمُ قَوْمَهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فَأَوْرَدَهُمُ النَّارَ ۖ وَبِئْسَ الْوِرْدُ الْمَوْرُودُ
Yaqdumu qawmahu yawma l-qiyāmati fa-awradahumu n-nāra wa-biʾsa l-wirdu l-mawrūd Il précédera (yaqdumu) son peuple au Jour de la Résurrection, et les mènera au point d’accès du Feu (fa-awradahumu n-nāra) — et quel détestable point d’accès (wird) que celui qu’on atteint là (al-mawrūd) !
Notes lexicales
yaqdumu
racine *q-d-m* (aller devant, précéder).
wird … al-mawrūd
racine *w-r-d* : le point d'accès à l'eau, l'endroit où l'on vient s'abreuver — normalement associé au soulagement de la soif. **Point de style** : le texte applique ici, par antiphrase, ce vocabulaire de l'abreuvement au Feu lui-même — un « point d'accès » qui, au lieu d'apaiser, consume.

S.11:99 · Malédiction ici, détestable soutien au Jour de la Résurrection

S.11:99
وَأُتْبِعُوا فِي هَٰذِهِ لَعْنَةً وَيَوْمَ الْقِيَامَةِ ۚ بِئْسَ الرِّفْدُ الْمَرْفُودُ
Wa-utbiʿū fī hādhihi laʿnatan wa-yawma l-qiyāmati biʾsa r-rifdu l-marfūd Et ils furent poursuivis (utbiʿū), dans ce monde, d’une malédiction (laʿna), et au Jour de la Résurrection — quel détestable soutien (rifd) que celui qu’on leur apporte (al-marfūd) !
Notes lexicales
rifd … al-marfūd
racine *r-f-d* : l'aide, le soutien, le don généreusement apporté. Même procédé rhétorique que *wird*/*al-mawrūd* au verset précédent : un mot qui désigne normalement une aide bienvenue, appliqué par antiphrase à la malédiction elle-même.

Les cités racontées — nulle injustice de Notre part · S11:100–101

S.11:100 · Les cités racontées — debout ou moissonnées

S.11:100
ذَٰلِكَ مِنْ أَنْبَاءِ الْقُرَىٰ نَقُصُّهُ عَلَيْكَ ۖ مِنْهَا قَائِمٌ وَحَصِيدٌ
Dhālika min anbāʾi l-qurā naquṣṣuhu ʿalayka minhā qāʾimun wa-ḥaṣīd Voilà, parmi les annonces des cités (min anbāʾi l-qurā), ce que Nous te racontons (naquṣṣuhu) — certaines d’entre elles sont encore debout (qāʾim), d’autres moissonnées (ḥaṣīd).
Notes lexicales
min anbāʾi l-qurā naquṣṣuhu ʿalayka
expression proche de S7:101 (« *tilka l-qurā naquṣṣu ʿalayka min anbāʾihā* »).
qāʾimun wa-ḥaṣīd
image agricole — *qāʾim* (dressé, encore debout) et *ḥaṣīd* (moissonné, entièrement coupé) — désignant les vestiges encore visibles de certaines cités anéanties, par contraste avec d'autres entièrement rasées. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas nommément quelles cités relèvent de l'une ou l'autre catégorie.

S.11:101 · Nulle injustice de Notre part — l’impuissance de ce qui est invoqué en dehors d’Allaah

S.11:101
وَمَا ظَلَمْنَاهُمْ وَلَٰكِنْ ظَلَمُوا أَنْفُسَهُمْ ۖ فَمَا أَغْنَتْ عَنْهُمْ آلِهَتُهُمُ الَّتِي يَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ شَيْءٍ لَمَّا جَاءَ أَمْرُ رَبِّكَ ۖ وَمَا زَادُوهُمْ غَيْرَ تَتْبِيبٍ
Wa-mā ẕalamnāhum wa-lākin ẕalamū anfusahum fa-mā aghnat ʿanhum ālihatuhumu llatī yadʿūna min dūni llāhi min shayʾin lammā jāʾa amru rabbika wa-mā zādūhum ghayra tatbīb Et Nous ne les avons pas lésés (mā ẕalamnāhum) — mais ils se sont lésés eux-mêmes (ẕalamū anfusahum) — leurs ālihatuhum (ceux qu’ils prenaient pour ilāh), qu’ils invoquaient en dehors d’Allaah, ne leur ont servi de rien, lorsque l’ordre de ton Rabb est venu — ils n’ont fait qu’accroître leur ruine (ghayra tatbīb).
Notes lexicales
ālihatuhum
pluriel de *ilāh* : ce que l'on prend pour objet d'adoration. Le terme *ilāh* est conservé en translittération, sans équivalent français.
ẕalamū anfusahum
expression fréquente dans le Coran (voir S4:119, S6:31/140, S7:9).
tatbīb
racine *t-b-b* : la ruine, la perte totale.

La saisie sévère, le Jour rassemblé, le terme compté · S11:102–104

S.11:102 · La saisie de ton Rabb, douloureuse et sévère

S.11:102
وَكَذَٰلِكَ أَخْذُ رَبِّكَ إِذَا أَخَذَ الْقُرَىٰ وَهِيَ ظَالِمَةٌ ۚ إِنَّ أَخْذَهُ أَلِيمٌ شَدِيدٌ
Wa-ka-dhālika akhdhu rabbika idhā akhadha l-qurā wa-hiya ẕālimatun inna akhdhahu alīmun shadīd Et telle est la saisie (akhdhu) de ton Rabb, quand Il saisit les cités alors qu’elles sont injustes (ẕālima) — Sa saisie est certes douloureuse, sévère.
Notes lexicales
akhdhu rabbika
racine *ʾ-kh-dh* (voir S6:42, S7:94, et S11:94 dans ce Bloc).

S.11:103 · Un signe pour qui craint l’Ākhira — le Jour rassemblé et attesté

S.11:103
إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِمَنْ خَافَ عَذَابَ الْآخِرَةِ ۚ ذَٰلِكَ يَوْمٌ مَجْمُوعٌ لَهُ النَّاسُ وَذَٰلِكَ يَوْمٌ مَشْهُودٌ
Inna fī dhālika la-āyatan li-man khāfa ʿadhāba l-ākhirati dhālika yawmun majmūʿun lahu n-nāsu wa-dhālika yawmun mashhūd En cela, il y a certes un signe pour qui craint le châtiment de l’Ākhira — ce jour-là est un jour où les hommes seront rassemblés (majmūʿun lahu n-nās), et ce jour-là est un jour attesté (mashhūd).
Notes lexicales
mashhūd
racine *sh-h-d* (témoigner, attester). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce « témoignage » porté sur ce Jour — on s'en tient à l'affirmation du texte, sans importer d'autres scènes de témoignage.

S.11:104 · Un terme seulement différé, et compté

S.11:104
وَمَا نُؤَخِّرُهُ إِلَّا لِأَجَلٍ مَعْدُودٍ
Wa-mā nuʾakhkhiruhu illā li-ajalin maʿdūd Et Nous ne le différons (nuʾakhkhiruhu) que pour un terme compté (li-ajalin maʿdūd).
Notes lexicales
ajalin maʿdūd
*ajal* : voir S6:2 (*ajal musammā*, un terme nommément fixé). *Maʿdūd*, racine *ʿ-d-d* (compter) — insiste sur la précision du décompte, non sur son ampleur.

Le Jour où nul ne parle sans permission — les deux issues, la mashīʾa · S11:105–108

Point sensible — l’exception rattachée à la mashīʾa (S11:107–108). Ces deux versets décrivent symétriquement le séjour des malheureux dans le Feu et celui des heureux dans la Janna par la même formule : une durée assortie à la subsistance des cieux et de la terre (mā dāmati s-samāwātu wa-l-arḍu), elle-même suivie d’une clause d’exception rattachée à la volonté d’Allaah (illā mā shāʾa rabbuka). Dit : le texte pose cette double formule, à l’identique pour les deux issues, sans distinction de traitement entre elles. Non-dit : ce Bloc ne précise ni la nature de cette exception (portant sur la durée elle-même, sur une catégorie de personnes, ou sur un autre aspect que ce verset ne détaille pas), ni si elle s’actualise effectivement pour l’une ou l’autre issue — une partie de la tradition exégétique tire de ce passage des conclusions sur la finitude ou l’infinitude de tel ou tel séjour ; ce Bloc n’importe aucune de ces lectures, et s’en tient à ce que le texte affirme : une durée conditionnée à la mashīʾa d’Allaah, dont l’articulation avec la responsabilité humaine reste, comme pour l’ensemble de la famille mashīʾa/qadar (voir S6:35/39, S8:17/23/24/53, S9:14/46/51, S10:88, S11:34), un point non tranché.

S.11:105 · Nul ne parle sans Son idhn — le malheureux et l’heureux

S.11:105
يَوْمَ يَأْتِ لَا تَكَلَّمُ نَفْسٌ إِلَّا بِإِذْنِهِ ۚ فَمِنْهُمْ شَقِيٌّ وَسَعِيدٌ
Yawma yaʾti lā takallamu nafsun illā bi-idhnihi fa-minhum shaqiyyun wa-saʿīd Le jour où il viendra, aucun nafs ne parlera sans Son idhn (permission) — il y aura, parmi eux, le malheureux (shaqiyy) et l’heureux (saʿīd).
Notes lexicales
bi-idhnihi
*idhn* : voir S10:3 (nul *shafīʿ* sans *idhn*).
shaqiyyun wa-saʿīd
couple qui structure l'ensemble des quatre versets suivants.

S.11:106 · Les malheureux dans le Feu — gémissement et halètement

S.11:106
فَأَمَّا الَّذِينَ شَقُوا فَفِي النَّارِ لَهُمْ فِيهَا زَفِيرٌ وَشَهِيقٌ
Fa-ammā lladhīna shaqū fa-fi n-nāri lahum fīhā zafīrun wa-shahīq Quant à ceux qui furent malheureux (shaqū), ils seront dans le Feu — ils y auront gémissement profond (zafīr) et halètement (shahīq).
Notes lexicales
zafīrun wa-shahīq
deux images sonores de la respiration oppressée (l'expiration profonde et bruyante, l'inspiration haletante, selon *Lisān al-ʿArab*). **Non-dit** : la nature exacte de cette expérience (corporelle au sens ordinaire, ou d'une autre nature) n'est pas précisée par ce seul verset.

S.11:107 · L’exception rattachée à la mashīʾa — les malheureux

S.11:107
خَالِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ إِلَّا مَا شَاءَ رَبُّكَ ۚ إِنَّ رَبَّكَ فَعَّالٌ لِمَا يُرِيدُ
Khālidīna fīhā mā dāmati s-samāwātu wa-l-arḍu illā mā shāʾa rabbuka inna rabbaka faʿʿālun li-mā yurīd …y demeurant (khālidīna), tant que dureront (mā dāmat) les cieux et la terre — sauf ce que ton Rabb voudra (illā mā shāʾa rabbuka). Ton Rabb, assurément, accomplit pleinement (faʿʿālun) ce qu’Il veut.
Notes lexicales
illā mā shāʾa rabbuka
voir le callout de méthode ci-dessus.

S.11:108 · L’exception rattachée à la mashīʾa — les heureux, un don ininterrompu

S.11:108
۞ وَأَمَّا الَّذِينَ سُعِدُوا فَفِي الْجَنَّةِ خَالِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ إِلَّا مَا شَاءَ رَبُّكَ ۖ عَطَاءً غَيْرَ مَجْذُوذٍ
Wa-ammā lladhīna suʿidū fa-fi l-jannati khālidīna fīhā mā dāmati s-samāwātu wa-l-arḍu illā mā shāʾa rabbuka ʿaṭāʾan ghayra majdhūdh Quant à ceux qui furent heureux (suʿidū), ils seront dans la Janna, y demeurant tant que dureront les cieux et la terre — sauf ce que ton Rabb voudra — un don ininterrompu (ʿaṭāʾan ghayra majdhūdh).
Notes lexicales
illā mā shāʾa rabbuka
même clause d'exception que S11:107 — appliquée ici symétriquement aux heureux, sans plus de précision que le texte n'en donne pour l'une ou l'autre issue ; voir le callout de méthode ci-dessus.
ghayra majdhūdh
racine *j-dh-dh* (couper, trancher) : « non coupé », c'est-à-dire ininterrompu.

Nul doute — la part de chacun, non diminuée · S11:109

S.11:109 · Nul doute — la part de chacun, non diminuée

S.11:109
فَلَا تَكُ فِي مِرْيَةٍ مِمَّا يَعْبُدُ هَٰؤُلَاءِ ۚ مَا يَعْبُدُونَ إِلَّا كَمَا يَعْبُدُ آبَاؤُهُمْ مِنْ قَبْلُ ۚ وَإِنَّا لَمُوَفُّوهُمْ نَصِيبَهُمْ غَيْرَ مَنْقُوصٍ
Fa-lā taku fī miryatin mimmā yaʿbudu hāʾulāʾi mā yaʿbudūna illā kamā yaʿbudu ābāʾuhum min qablu wa-innā la-muwaffūhum naṣībahum ghayra manqūṣ Ne sois donc pas dans le doute (mirya) au sujet de ce que ceux-là adorent — ils n’adorent que comme adoraient leurs pères auparavant — et Nous leur donnerons certes intégralement (la-muwaffūhum) leur part (naṣīb), sans qu’elle soit diminuée (ghayra manqūṣ).
Notes lexicales
mirya
racine *m-r-y* (le doute, la contestation).
ghayra manqūṣ
**Écho intra-Bloc.** Même racine *n-q-ṣ* que *lā tanquṣū l-mikyāla wa-l-mīzāna* (S11:84, l'exigence adressée par Shuʿayb à son peuple de ne pas diminuer la mesure) : le Bloc se referme sur l'assurance qu'Allaah, Lui, ne diminue jamais la part de quiconque — un même verbe encadrant, à distance, l'ensemble du Bloc.

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