Structure du Bloc IV. Shuʿayb envoyé à Madyan, sur le même schéma que les récits précédents de cette sourate : l’appel au tawḥīd, joint ici à l’exigence de pleine mesure et de pleine pesée dans les échanges commerciaux ; la moquerie de l’assemblée visant sa ṣalāt, sa défense fondée sur le tawakkul et la iṣlāḥ ; la menace de lapidation, la mise en garde rappelant le sort subi par les quatre peuples des récits qui précèdent (Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Lūṭ) ; puis la secousse et l’anéantissement de Madyan, sur la formule employée pour Thamūd (S11:84–95). Le récit de Mūsā envoyé à Firʿawn n’est ensuite que brièvement rappelé — l’ordre néfaste de Firʿawn, sa marche en tête de son peuple vers le Feu (S11:96–99). S’ouvre alors une méditation générale sur l’ensemble des cités racontées dans les Blocs II-IV de cette sourate : aucune injustice de la part d’Allaah, l’impuissance totale de ce qui était invoqué en dehors d’Allaah, la saisie sévère qui frappe toute cité injuste (S11:100–104). Le Bloc se referme sur le Jour où nul ne parlera sans permission, sur le sort symétrique des malheureux et des heureux — chacune des deux issues assortie d’une même clause d’exception rattachée à la mashīʾa d’Allaah —, et sur l’assurance que nul, ni parmi les kāfirūn ni parmi les croyants, ne verra sa part diminuée (S11:105–109).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.11:84 | Shuʿayb à Madyan — ne pas diminuer la mesure et la pesée |
| S.11:85 | Pleine mesure, pleine pesée, avec l’équité |
| S.11:86 | Ce qui reste, conforme à Allaah, est meilleur — nul gardien |
| S.11:87 | La moquerie : « est-ce ta ṣalāt qui te l’ordonne ? » |
| S.11:88 | La défense de Shuʿayb — la bayyina, l’iṣlāḥ, le tawakkul |
| S.11:89 | Le rappel des quatre peuples déjà anéantis |
| S.11:90 | Istighfār et tawba — « mon Rabb est Raḥīm, Wadūd » |
| S.11:91 | « Nous ne comprenons pas — sans ton clan, nous t’aurions lapidé » |
| S.11:92 | « Mon clan est-il plus digne d’égard qu’Allaah ? » |
| S.11:93 | « Agissez selon votre position — moi, j’agis » |
| S.11:94 | Le sauvetage de Shuʿayb, le Cri sur les injustes |
| S.11:95 | « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré » — éloignement pour Madyan |
| S.11:96–97 | Mūsā envoyé à Firʿawn — un ordre qui n’est pas rashīd |
| S.11:98 | Firʿawn en tête de son peuple vers le Feu |
| S.11:99 | Malédiction ici, détestable soutien au Jour de la Résurrection |
| S.11:100 | Les cités racontées — debout ou moissonnées |
| S.11:101 | Nulle injustice de Notre part — l’impuissance de ce qui est invoqué en dehors d’Allaah |
| S.11:102 | La saisie de ton Rabb, douloureuse et sévère |
| S.11:103 | Un signe pour qui craint l’Ākhira — le Jour rassemblé et attesté |
| S.11:104 | Un terme seulement différé, et compté |
| S.11:105 | Nul ne parle sans Son idhn — le malheureux et l’heureux |
| S.11:106 | Les malheureux dans le Feu — gémissement et halètement |
| S.11:107 | L’exception rattachée à la mashīʾa — les malheureux |
| S.11:108 | L’exception rattachée à la mashīʾa — les heureux, un don ininterrompu |
| S.11:109 | Nul doute — la part de chacun, non diminuée |
Shuʿayb à Madyan — pleine mesure, pleine pesée · S11:84–86
S.11:84 · Ne pas diminuer la mesure et la pesée
- wa-ilā madyana akhāhum shuʿayban … mā lakum min ilāhin ghayruhu
- même schéma verbal que les récits précédents de cette sourate (Hūd, Ṣāliḥ, et le passage chez Ibrāhīm et Lūṭ, Bloc III) et que le récit parallèle de S7:85 : « frère » (*akhāhum*) désigne l'appartenance de Shuʿayb à son propre peuple, non un lien de sang au sens strict — l'appel au tawḥīd est identique mot pour mot à chaque occurrence.
- lā tanquṣū l-mikyāla wa-l-mīzāna
- racine *n-q-ṣ* (diminuer) appliquée ici à la mesure de capacité (*mikyāl*) et à la pesée (*mīzān*, racine *w-z-n* ; pour son sens eschatologique, la pesée des œuvres, voir S7:8–9) — même sens que dans le récit parallèle de S7:85 (« *fa-awfū l-kayla wa-l-mīzāna* », « donnez pleine mesure et pleine pesée »), ici formulé négativement plutôt que positivement, sans changement de portée.
- muḥīṭ
- racine *ḥ-w-ṭ* (voir S2:19, S10:22/39 : cerner, entourer entièrement) — ici appliqué à un jour dont le châtiment n'épargne rien, sans qu'aucune question de position spatiale d'Allaah ne soit en jeu (l'adjectif qualifie le jour, non Allaah Lui-même).
S.11:85 · Pleine mesure, pleine pesée, avec l’équité
- lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum
- formule identique, mot pour mot, à celle du même récit en S7:85 (« *wa-lā tabkhasū n-nāsa ashyāʾahum* ») — racine *b-kh-s* : diminuer frauduleusement ce qui revient de droit à autrui.
- lā taʿthaw fi l-arḍi mufsidīn
- racine *ʿ-th-w* (agir de façon corrompue, semer le ravage), rattachée par le sens à la même famille que *fasād*/*mufsidūn* (voir l'étude Fasād et muṣliḥūn), comme dans *lā tufsidū fi l-arḍi baʿda iṣlāḥihā* (S7:85), dans le même récit.
S.11:86 · Ce qui reste, conforme à Allaah, est meilleur — nul gardien
- baqiyyatu llāh
- racine *b-q-y* (subsister, rester en quantité fixe). **Dit** : le texte met en regard, avec les deux versets qui précèdent, la part légitime qui subsiste d'un échange mené avec pleine mesure et pleine pesée, présentée comme meilleure que le surplus obtenu par la fraude — *baqiyyatu llāh* désigne ainsi ce reste conforme à ce qu'Allaah autorise, non un « bienfait » ou une « grâce » au sens général. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas davantage la nature exacte de ce « reste » au-delà de ce contraste avec la fraude déjà nommée.
- ḥafīẕ
- racine *ḥ-f-ẕ* (garder, préserver) — ici appliquée à Shuʿayb lui-même, qui décline ce rôle : même refus que celui du statut de *wakīl* pour le *nabī* (voir S10:108, S11:12) — un rôle réservé, ailleurs dans le Coran, à Allaah Lui-même, explicitement refusé ici pour un envoyé humain.
La ṣalāt raillée, la défense de Shuʿayb, le rappel des quatre peuples · S11:87–89
S.11:87 · La moquerie : « est-ce ta ṣalāt qui te l’ordonne ? »
- ṣalāt
- terme conservé en translittération, faute d'équivalent français fidèle — désigne l'ensemble structuré de gestes et de paroles rituelles, distinct d'une simple « prière » informelle (voir l'étude Le rituel de la Ṣalāt dans le Coran).
- al-ḥalīmu r-rashīd
- **Point de style — ironie, non contradiction.** Ce même couple de qualités est employé, dans cette sourate (S11:75), pour décrire positivement Ibrāhīm (« *inna ibrāhīma la-ḥalīmun* »). Ici, l'assemblée de Madyan reprend les deux mêmes termes par pure dérision (l'indulgence et la droiture de jugement, retournées en reproche moqueur) — un même vocabulaire, deux usages opposés, sans qu'aucune conclusion lexicale nouvelle ne s'impose au-delà de ce contraste rhétorique.
S.11:88 · La défense de Shuʿayb — la bayyina, l’iṣlāḥ, le tawakkul
- bayyinatin min rabbī
- même expression qu'en S11:17 (Bloc I de cette sourate).
- al-iṣlāḥa mā staṭaʿtu
- même racine *ṣ-l-ḥ* que *lā tufsidū fi l-arḍi baʿda iṣlāḥihā* (S7:85 ; voir S11:85 dans ce Bloc) — l'*iṣlāḥ* comme visée déclarée de Shuʿayb lui-même, en écho direct avec l'exigence qu'il vient de formuler.
- tawakkaltu … unību
- *tawakkul* : même verbe qu'en S11:56 (Hūd : « *ʿalā llāhi tawakkaltu* »). *Unību*, racine *n-w-b* (revenir de façon répétée) — apparentée par le sens, non par la racine, à *tawba*/*istighfār*.
S.11:89 · Le rappel des quatre peuples déjà anéantis
- lā yajrimannakum
- même racine *j-r-m* que *lā jarama* (S11:22, Bloc I de cette sourate) et *ijrāmī*/*tujrimūn* (S11:35, Bloc II) — troisième occurrence intra-sourate de cette même racine.
- shiqāqī
- racine *sh-q-q* (fendre, se séparer) — désigne ici la rupture d'opinion entre Shuʿayb et son peuple.
- qawma nūḥin … qawma hūdin … qawma ṣāliḥin … qawmu lūṭin
- **Note de structure du Bloc.** Ce rappel énumère, dans leur ordre même, les quatre récits traduits dans les Blocs II-III de cette sourate — Shuʿayb invoque ainsi, comme argument, l'anéantissement des peuples dont l'histoire vient d'être racontée juste avant la sienne dans le texte lui-même.
Istighfār, tawba, et le mot nouveau — Wadūd · S11:90
Point de méthode — wadūd (S11:90). La racine w-d-d est appliquée ici à Allaah dans « inna rabbī raḥīmun wadūd ». Les dictionnaires classiques (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha ; Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab) la rattachent à l’inclination vers une chose et au désir de son bien (al-maḥabba wa-l-mayl), un champ sémantique voisin de celui de la racine ḥ-b-b (ḥubb, yuḥibbu), que l’on rend par « honorer » lorsqu’Allaah en est le sujet, afin de ne projeter sur ce qui est dit d’Allaah aucun sentiment de type humain. Cette solution vaut pour des constructions verbales (Allaah honore / n’honore pas telle catégorie), non pour un nom qualifiant Allaah dans une formule de clôture. Wadūd est donc conservé en translittération, comme les autres noms qu’Allaah Se donne dans ce type de formule (Ghafūr, Raḥīm), sans « aimant » ni « tendre ». La même racine reviendra, comme nom substantivé (al-Wadūd), ailleurs dans le Coran.
S.11:90 · Istighfār et tawba — « mon Rabb est Raḥīm, Wadūd »
- istaghfirū … tūbū ilayhi
- couple *istighfār*/*tawba*, très présent dans le Coran (voir S9:104).
- wadūd
- voir le callout de méthode ci-dessus. Conservé en translittération.
Le rejet de l’assemblée — rahṭ, ẕihriyyā, la mise en garde · S11:91–93
S.11:91 · « Nous ne comprenons pas — sans ton clan, nous t’aurions lapidé »
- mā nafqahu
- racine *f-q-h* : comprendre, saisir le sens de quelque chose — ici en son sens linguistique le plus général, distinct de son emploi technique ultérieur (le *fiqh* comme discipline).
- rahṭuka
- racine *r-h-ṭ* : le clan proche, le petit groupe de parenté immédiate.
- la-rajamnāka
- **Précision.** Racine *r-j-m* : ici une menace de violence collective spontanée, non une procédure judiciaire — à distinguer de l'usage juridique de la même racine traité dans l'étude Lapidation, qui porte sur un cadre normatif distinct.
- bi-ʿazīz
- **Homonymie sans rapport de sens** avec *al-ʿAzīz*, l'un des noms qu'Allaah Se donne dans le Coran (conservé en translittération) — ici appliqué à un être humain (Shuʿayb), au sens ordinaire de puissance ou d'ascendant social.
S.11:92 · « Mon clan est-il plus digne d’égard qu’Allaah ? »
- warāʾakum ẕihriyyan
- racine *ẕ-h-r* (le dos) : idiome arabe attesté signifiant « traiter comme sans importance, écarter de toute considération » (littéralement, « le mettre derrière son dos »). **Dit** : le texte décrit ici une attitude — le fait de ne plus tenir aucun compte d'Allaah — au moyen d'une image spatiale du corps humain. **Non-dit** : rien dans ce verset ne situe Allaah Lui-même en un lieu quelconque, « derrière » ou ailleurs — l'idiome porte uniquement sur le comportement des hommes, non sur une position d'Allaah. Même méthode que pour d'autres idiomes non anthropomorphiques de cette sourate (*ḥāla bayna*, *ākhidhun bi-nāṣiyatihā*, Bloc III).
- muḥīṭ
- même racine *ḥ-w-ṭ* qu'en S11:84 (voir ce Bloc), mais dite ici du Rabb, à propos de ce que font les gens : ce qui est entouré, c'est leur agir, connu tout entier. Aucune position spatiale d'Allaah n'est en jeu.
S.11:93 · « Agissez selon votre position — moi, j’agis »
- ʿmalū ʿalā makānatikum
- même construction, à l'identique, en S11:121 (Bloc V), cette fois adressée par le *nabī* Muḥammad à ceux qui ne croient pas — même défi lancé, dans les mêmes termes, par deux envoyés distincts.
- yukhzīhi
- racine *kh-z-y* (voir S9:2 : *mukhzī l-kāfirīn*).
- raqīb
- racine *r-q-b* (observer avec attention soutenue) — ici appliquée à Shuʿayb lui-même, dans un sens purement humain de vigilance.
Le sauvetage, le Cri, la fin de Madyan · S11:94–95
S.11:94 · Le sauvetage de Shuʿayb, le Cri sur les injustes
- aṣ-ṣayḥatu … jāthimīn
- reprise mot pour mot du châtiment nommé pour Thamūd (S11:67, Bloc III de cette sourate) : le même « Cri » anéantit ainsi deux peuples distincts sous une formule identique.
S.11:95 · « Comme s’ils n’y avaient jamais demeuré » — éloignement pour Madyan
- lam yaghnaw fīhā
- reprise mot pour mot de S7:92 (récit parallèle de la Sourate 7), appliquée là aussi au même peuple de Madyan.
- buʿdan … baʿidat
- racine *b-ʿ-d* (l'éloignement) — cette formule d'exécration met en écho, par la racine partagée, l'anéantissement de Madyan et celui de Thamūd raconté plus haut (S11:61–68, Bloc III).
Mūsā envoyé à Firʿawn — un ordre qui n’est pas rashīd · S11:96–99
S.11:96–97 · Mūsā envoyé à Firʿawn — un ordre qui n’est pas rashīd
- sulṭānin mubīn
- racine *s-l-ṭ* : ici, une autorité démonstrative — la force probante d'un signe manifeste, non un pouvoir politique.
- al-malaʾ
- voir S2:246 ; le terme revient dans chacun des récits de cette sourate.
- bi-rashīd
- même racine que *rajulun rashīd* (S11:78, Bloc III, à propos de Lūṭ) et que *al-ḥalīmu r-rashīd* (S11:87, ce Bloc, par dérision) — ici niée pour l'ordre de Firʿawn : trois emplois successifs et contrastés de la même racine dans cette seule sourate.
S.11:98 · Firʿawn en tête de son peuple vers le Feu
- yaqdumu
- racine *q-d-m* (aller devant, précéder).
- wird … al-mawrūd
- racine *w-r-d* : le point d'accès à l'eau, l'endroit où l'on vient s'abreuver — normalement associé au soulagement de la soif. **Point de style** : le texte applique ici, par antiphrase, ce vocabulaire de l'abreuvement au Feu lui-même — un « point d'accès » qui, au lieu d'apaiser, consume.
S.11:99 · Malédiction ici, détestable soutien au Jour de la Résurrection
- rifd … al-marfūd
- racine *r-f-d* : l'aide, le soutien, le don généreusement apporté. Même procédé rhétorique que *wird*/*al-mawrūd* au verset précédent : un mot qui désigne normalement une aide bienvenue, appliqué par antiphrase à la malédiction elle-même.
Les cités racontées — nulle injustice de Notre part · S11:100–101
S.11:100 · Les cités racontées — debout ou moissonnées
- min anbāʾi l-qurā naquṣṣuhu ʿalayka
- expression proche de S7:101 (« *tilka l-qurā naquṣṣu ʿalayka min anbāʾihā* »).
- qāʾimun wa-ḥaṣīd
- image agricole — *qāʾim* (dressé, encore debout) et *ḥaṣīd* (moissonné, entièrement coupé) — désignant les vestiges encore visibles de certaines cités anéanties, par contraste avec d'autres entièrement rasées. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas nommément quelles cités relèvent de l'une ou l'autre catégorie.
S.11:101 · Nulle injustice de Notre part — l’impuissance de ce qui est invoqué en dehors d’Allaah
- ālihatuhum
- pluriel de *ilāh* : ce que l'on prend pour objet d'adoration. Le terme *ilāh* est conservé en translittération, sans équivalent français.
- ẕalamū anfusahum
- expression fréquente dans le Coran (voir S4:119, S6:31/140, S7:9).
- tatbīb
- racine *t-b-b* : la ruine, la perte totale.
La saisie sévère, le Jour rassemblé, le terme compté · S11:102–104
S.11:102 · La saisie de ton Rabb, douloureuse et sévère
- akhdhu rabbika
- racine *ʾ-kh-dh* (voir S6:42, S7:94, et S11:94 dans ce Bloc).
S.11:103 · Un signe pour qui craint l’Ākhira — le Jour rassemblé et attesté
- mashhūd
- racine *sh-h-d* (témoigner, attester). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ce « témoignage » porté sur ce Jour — on s'en tient à l'affirmation du texte, sans importer d'autres scènes de témoignage.
S.11:104 · Un terme seulement différé, et compté
- ajalin maʿdūd
- *ajal* : voir S6:2 (*ajal musammā*, un terme nommément fixé). *Maʿdūd*, racine *ʿ-d-d* (compter) — insiste sur la précision du décompte, non sur son ampleur.
Le Jour où nul ne parle sans permission — les deux issues, la mashīʾa · S11:105–108
Point sensible — l’exception rattachée à la mashīʾa (S11:107–108). Ces deux versets décrivent symétriquement le séjour des malheureux dans le Feu et celui des heureux dans la Janna par la même formule : une durée assortie à la subsistance des cieux et de la terre (mā dāmati s-samāwātu wa-l-arḍu), elle-même suivie d’une clause d’exception rattachée à la volonté d’Allaah (illā mā shāʾa rabbuka). Dit : le texte pose cette double formule, à l’identique pour les deux issues, sans distinction de traitement entre elles. Non-dit : ce Bloc ne précise ni la nature de cette exception (portant sur la durée elle-même, sur une catégorie de personnes, ou sur un autre aspect que ce verset ne détaille pas), ni si elle s’actualise effectivement pour l’une ou l’autre issue — une partie de la tradition exégétique tire de ce passage des conclusions sur la finitude ou l’infinitude de tel ou tel séjour ; ce Bloc n’importe aucune de ces lectures, et s’en tient à ce que le texte affirme : une durée conditionnée à la mashīʾa d’Allaah, dont l’articulation avec la responsabilité humaine reste, comme pour l’ensemble de la famille mashīʾa/qadar (voir S6:35/39, S8:17/23/24/53, S9:14/46/51, S10:88, S11:34), un point non tranché.
S.11:105 · Nul ne parle sans Son idhn — le malheureux et l’heureux
- bi-idhnihi
- *idhn* : voir S10:3 (nul *shafīʿ* sans *idhn*).
- shaqiyyun wa-saʿīd
- couple qui structure l'ensemble des quatre versets suivants.
S.11:106 · Les malheureux dans le Feu — gémissement et halètement
- zafīrun wa-shahīq
- deux images sonores de la respiration oppressée (l'expiration profonde et bruyante, l'inspiration haletante, selon *Lisān al-ʿArab*). **Non-dit** : la nature exacte de cette expérience (corporelle au sens ordinaire, ou d'une autre nature) n'est pas précisée par ce seul verset.
S.11:107 · L’exception rattachée à la mashīʾa — les malheureux
- illā mā shāʾa rabbuka
- voir le callout de méthode ci-dessus.
S.11:108 · L’exception rattachée à la mashīʾa — les heureux, un don ininterrompu
- illā mā shāʾa rabbuka
- même clause d'exception que S11:107 — appliquée ici symétriquement aux heureux, sans plus de précision que le texte n'en donne pour l'une ou l'autre issue ; voir le callout de méthode ci-dessus.
- ghayra majdhūdh
- racine *j-dh-dh* (couper, trancher) : « non coupé », c'est-à-dire ininterrompu.
Nul doute — la part de chacun, non diminuée · S11:109
S.11:109 · Nul doute — la part de chacun, non diminuée
- mirya
- racine *m-r-y* (le doute, la contestation).
- ghayra manqūṣ
- **Écho intra-Bloc.** Même racine *n-q-ṣ* que *lā tanquṣū l-mikyāla wa-l-mīzāna* (S11:84, l'exigence adressée par Shuʿayb à son peuple de ne pas diminuer la mesure) : le Bloc se referme sur l'assurance qu'Allaah, Lui, ne diminue jamais la part de quiconque — un même verbe encadrant, à distance, l'ensemble du Bloc.